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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 23:55
Une semaine... pas plus ! au Casino-Théâtre, à Genève

A notre époque il est de plus en plus rare que les sentiments, que les hommes ou les femmes ont les uns pour les autres, résistent à l'épreuve du temps. A les entendre, les uns ou les autres, il n'est le plus souvent question que d'ex... et rarement d'amours éternelles. Les amours ne sont décidément plus durables...

 

Dans Une semaine... pas plus, de Clément Michel, au-delà des rires que cette pièce enlevée ne peut pas manquer de susciter, ce thème est traité d'une manière plus profonde qu'il n'y paraît de prime abord. Car la précarité des sentiments a bien évidemment son revers... et ceux qui s'y livrent en font immanquablement un jour les frais.

 

Paul (Christian Baumann) fait ménage commun avec Sophie (Laurence Morisot) depuis seulement quatre mois. Et pourtant il ne la supporte déjà plus. Au point, non seulement d'avoir de mauvaises pensées, mais de mauvais rêves: il rêve par exemple qu'elle est écrasée par un camion et qu'elle en sort désarticulée. Et se réveille tout dépité de la trouver bien vivante, allongée à côté de lui.

 

Que Paul reproche-t-il à Sophie? Il ne le sait pas lui-même. Car elle est jeune et belle, affectueuse et attentionnée. Tout ce qu'il souhaite pourtant est que cette conne quitte l'appartement. Or, il est tout de même un peu gonflé de le souhaiter, parce que dans cet appartement il n'est pas davantage chez lui qu'elle chez elle, peut-être même moins, puisque tout le mobilier vient d'elle, hormis un affreux fauteuil de bureau.

 

C'est Sophie qui, sans le savoir, donne à Paul l'idée qui devrait lui permettre de la mettre dehors. Elle lui a dit incidemment qu'un ménage à trois n'était jamais tenable et qu'il y avait toujours l'un des trois qui finissait par s'en aller. Paul demande donc à son meilleur ami, Martin (Laurent Baier), de venir s'installer chez eux pour rendre la colocation insupportable et faire fuir Sophie. Martin n'est cependant pas très réceptif, parce qu'il souffre d'hémorroïdes, et ne tient pas à ce que cela se sache.

 

Comme Martin refuse d'aider Paul, à qui il manque la composante courage, ce qui est propre à la gent masculine actuelle, ce dernier se décide à forcer la main de Paul en racontant inopinément à Sophie que la mère de Martin est morte écrasée par un camion et qu'elle a été désarticulée - comme dans ses rêves de Sophie - et que Paul va s'installer un moment chez eux pour y faire son deuil.

 

Paul se rend chez Martin pour le prévenir de cette invention, mais, parallèlement, Martin se rend chez Paul et Sophie, laquelle a de la compassion pour Martin, dont la mère est morte dans ces effroyables conditions. Un malentendu, nécessaire à la poursuite de l'intrigue, naît de la douleur ressentie par Martin en son fondement... que Sophie prend pour celle d'un fils affligé, Paul survenant opportunément pour que Martin voit se refermer sur lui le piège tendu par son ami.

 

Martin s'installe donc. Mais Sophie lui réserve un bien meilleur accueil que Paul ne l'avait prévu. Car c'est indéniablement une belle âme, ce que rend très bien le jeu de la comédienne. Au grand dépit de Paul qui trouve que Martin est vraiment quelqu'un de trop bien et qu'il ne joue pas son rôle au sein du ménage d'empêcheur de tourner rond. Il lui intime donc de ne plus faire de la bonne cuisine, de ne plus faire de réparations domestiques, de ne plus se vêtir et comporter avec élégance...

 

Paul coache Martin pour qu'il devienne odieux et grossier. Martin se prête à ce jeu contre sa nature. Mais rien n'y fait. Sophie se réjouit que la douleur sorte enfin de Martin... et le trouve au fond très touchant, au point qu'ils finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre et par coucher ensemble. A Sophie, Martin rappelle son ex qui était raffiné, alors qu'il faut bien dire que Paul est plutôt lourdingue, ce qui correspond très bien à son métier de pigiste dans une revue de machinisme agricole...

 

Les rôles s'inversent donc. Sophie demande maintenant à Martin de l'aider à mettre Paul dehors. Il lui manque la composante cruauté, ce qui est propre à la gent féminine actuelle. Paul constate que Sophie est de plus en plus épanouie depuis que Martin s'est installé et en tombe de nouveau amoureux... et il souhaite finalement que Martin s'en aille, ce que celui-ci ne veut plus... La situation ne peut pas rester en l'état. Et, de fait, elle n'y reste pas, la pièce se terminant sur une chute véritable...

 

Le comique de la pièce provient de paroles à double sens, de mots échappés et rattrapés de justesse, de situations inextricables dans lesquelles se mettent les protagonistes et dont ils ne sortent que par des rebondissements improbables, dus à des malentendus, comme, au début de la pièce, celui de la douleur de Martin qui ne se situait pas où Sophie pensait...

 

La pièce bénéficie de l'interprétation des comédiens qui incarnent à merveille les caractères marqués de leurs personnages - Sophie, la belle âme qui a de la bienveillance jusqu'à un certain point, Paul, le brut de décoffrage qui se croit très fort, Martin, le raffiné qui est embarqué malgré lui dans cette galère. De tels caractères ne peuvent que se frotter et faire fuser les rires par leur décalage.

 

Il faut également remercier, pour ces moments de pur bonheur, qui durent une bonne heure et demie de temps, le metteur en scène, Tony Romaniello, son assistante, Estelle Zweifel, et, pour la scénographie, Célia Zanghi et, pour les lumières, Loïc Rivoalan.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations jusqu'au 8 février 2015:

 

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h

Dimanche à 18h

Lundi relâche

 

Adresse:

 

Casino-Théâtre

Rue de Carouge 42

1205 Genève

 

Réservations:

 

www.lesarts.ch

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Published by Francis Richard - dans Théâtre
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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