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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 01:30
Ce blog a sept ans: l'âge de raison ou de déraison?

Aujourd'hui ce blog a sept ans. C'est pourquoi hier je me suis mis sur mon 23, en prévision de ce jour et que je me suis fait tirer le portrait, déguisé et revêtu d'une veste, sans aller pour autant jusqu'à porter cravate, sur chemise cintrée, à l'italienne, comme je les aime.

 

Au début, il y a sept ans, les seuls visiteurs de ce blog étaient des proches, puis, au fil des années, ce furent des plus éloignés, maintenant ce sont beaucoup d'inconnus, qui ont la gentillesse non seulement de le visiter mais de le lire.

 

De plus en plus, je consacre les billets de ce blog aux livres de toutes sortes que je lis. Je m'efforce d'être un honnête homme non seulement au sens du XVIIe siècle, mais aussi au sens que l'on donne à un homme quand on dit de lui qu'il est un homme honnête, en inversant les deux mots de l'expression.

 

Dans Le temps retrouvé, Marcel Proust écrit: "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature." Et, effectivement, parmi tous les livres que je lis, ce sont les livres de littérature que je vis réellement, nourrissant de surcroît mes penchants philanthropiques.

 

Des livres que je lis, j'essaie de souligner le bien qu'ils peuvent contenir, parfois de manière elliptique. Dans la mesure où ils en contiennent, bien sûr. Mais c'est rare qu'ils n'en contiennent pas à mes yeux. Louis Millet disait même, dans ses cours de philosophie thomiste, qu'ils en contenaient toujours, fût-ce de manière infime.

 

Dénigrer est facile. Flagorner l'est tout autant. Comprendre l'autre, sans pourtant être obligatoirement de son avis, et l'expliciter l'est beaucoup moins. C'est pourtant par cette porte étroite que j'essaie de me glisser dans les oeuvres que je lis.

 

On peut donc dire que je suis un lecteur bienveillant, ce qui ne veut pas dire que je sois un lecteur béat. Je suis un lecteur bienveillant comme je pense être un homme bienveillant dans la vie, discernant qualités et défauts chez les autres, mais m'efforçant de ne jamais les juger.

 

Comme tout le monde, j'ai pourtant beaucoup de préjugés. Je me bats là-contre. Je combats les préventions que je peux avoir à l'égard de tel ou tel écrivain, parce que ses idées ne sont pas toujours les miennes ou que j'ai écouté un peu trop ceux qui le débinaient.

 

Par exemple, influencé par un Jacques Laurent, j'éprouvais de la prévention à l'égard de Roland Barthes, dont cette année marque le centième anniversaire de la naissance et qui est mort à la suite d'un accident, à l'âge que j'ai aujourd'hui... Jusqu'au jour où j'ai lu L'empire des signes...

 

Aujourd'hui je pense donc à lui doublement. Triplement devrais-je dire. Parce que l'on m'a fait découvrir récemment un texte de lui, très sérieux, sur l'attente, qui figure dans Fragments d'un discours amoureux, dont mon contemporain, Fabrice Luchini, fait une lecture désopilante et qui en relativise opportunément les affres.

 

Il se trouve que mon épreuve de quatorze (lire Espitre à mes amis et La leçon de Sénèque) a trouvé cette année son épilogue, le 20 mars précisément. Je n'attendais pas comme Roland Barthes un coup de téléphone de l'autre, non plus que son arrivée dans une scénographie d'attente, organisée sous forme de pièce en trois actes, ayant pour décor un café.

 

En fait, j'étais dans "le tumulte d'angoisse" d'une réponse à mes messages impatients, de plus en plus rapprochés. La réponse est venue après plusieurs semaines de silence, silence difficile à supporter. Cette réponse était menaçante et m'a blessé, mais je l'ai accueillie comme l'arrivée à l'acte III, imaginée par Roland Barthes, au moment où celui qui attend atteint "l'angoisse toute pure: celle de l'abandon":

 

"C'est la reconnaissance, l'action de grâce: je respire largement, tel Pelléas sortant du souterrain et retrouvant la vie, l'odeur des roses."

 

Cette réponse tant attendue m'apaise enfin. Je suis dans la vraie vie et la littérature la rejoint peu de temps après. C'est terminé. Je sais que désormais, contrairement à ce que cette personne affirme dans sa réponse cruelle, cela lui posera un problème si nous nous croisons à nouveau. Et cela ne manque pas... bien que je respecte son verdict.

 

Ce blog a sept ans. Et j'ai l'impression d'avoir le même âge, comme si ma vie personnelle et la sienne n'en faisaient plus qu'une. Avons-nous désormais tous deux ensemble l'âge de raison ou de déraison? Il me semble que la première l'a emporté sur la seconde. Mais c'est vite dit, parce que la souffrance demeure et demeurera toujours. Mais n'est-elle pas le meilleur aiguillon pour maintenant se dépasser?

 

Francis Richard

 

Lecture du texte de Barthes sur l'attente par Fabrice Luchini:

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Published by Francis Richard - dans Edito
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commentaires

Hélène Richard-Favre 25/05/2015 00:25

Merci, Francis, de votre blog. Et merci de cet heureux rappel de Proust et de sa conception de la littérature. Qu'on la partage ou non, elle ne peut qu'encourager à être méditée tant elle est forte.

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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