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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 17:30
Les Enfants de Sal Mal Lane, de Ru Freeman

Beaucoup de pays de par le vaste monde sont pluriethniques. Il en est peu, hélas, où l'harmonie règne entre les différentes ethnies, ou alors pendant des périodes qui sont bien courtes au regard du temps long.

 

Pour que l'harmonie règne dans un pays, il faut en effet qu'aucune de ses composantes ne veuille s'imposer aux autres, qui par la force, qui par le nombre, qui par l'argent; que chacune comprenne que la paix entre elles ne peut résulter que de l'échange libre et du respect.

 

Dans Les Enfants de Sal Mal Lane, Ru Freeman raconte l'harmonie précaire qui règne entre les différents habitants d'une impasse de Colombo, au Sri Lanka. Dans ce microcosme vivent des Cingalais, des Tamouls, des Burghers (descendants d'Européens).

 

Les Cingalais de Sal Mal Lane sont bouddhistes, les Tamouls hindouistes. Une autre famille est musulmane, une autre encore catholique. Ce microcosme est donc non seulement pluriethnique, mais encore plurireligieux.

 

Le récit commence en 1979, soit quelques années avant la guerre civile qui ensanglantera le pays à partir d'un attentat commis en juillet 1983 par des extrémistes tamouls contre des militaires cingalais et qui se traduira dès cette année-là par des troubles qui atteindront cette ruelle de Colombo.

 

En 1979 la famille Herath s'installe à Sal Mal Lane. Ils sont cingalais. Mr. Herath est un haut fonctionnaire du gouvernement. Il a des affinités communistes. Sa femme, Savi, est enseignante dans une école privée et ne partage pas les idéaux de son mari.

 

Les Herath sont tous deux d'une classe sociale plus élevée que celles des autres habitants, qu'il s'agisse des Silva, des Nadesan, des Tissera, des Sansoni, des Niles, des Joseph, des Bolling ou des Bin Ahmed. Ce microcosme est également plurisocial.

 

Les Herath ont quatre jeunes enfants, deux garçons, Suren et Nihil, et deux filles, Rashmi et Devi. A Sal Mal Lane, deux autres familles ont des jeunes enfants: les Silva ont deux garçons, Mohan et Jith; les Bolling, un garçon, Sonna, et trois filles, Sophia qui a quitté la maison familiale, et deux jumelles, Rose et Dolly.

 

Dans le titre originel, en anglais, On Sal Mal Lane, il n'est pas question d'enfants, mais les neuf jeunes enfants de l'histoire en sont bien les protagonistes, même si, en dehors de leurs parents, de jeunes adultes, tels que Raju, le fils Joseph, et Kala, la fille Niles, y jouent un rôle non négligeable.

 

L'harmonie à Sal Mal Lane est précaire, mais elle est tout de même harmonie, en dépit d'autres différences que sociales, religieuses ou ethniques. Comme dans toute communauté il existe en effet d'autres différences. Ainsi Suren est-il doué pour la musique, Raju simple d'esprit, Sonna mal aimé de tous...

 

Les relations entre les personnes ne sont pas toutes harmonieuses. Mrs. Silva finit par ne plus s'entendre avec Mrs. Herath et Sonna, son fils, jalouse les autres, sans doute parce qu'il se sent exclu, et, du coup, s'affirme dans la délinquance. Raju, de par son infirmité et sa laideur physique, inspire la méfiance de tout le monde. Mohan a la guerre en lui...

 

D'autres relations, au contraire, sont privilégiées. Nihil s'entend à merveille avec Mr. Niles qui le considère comme le fils qu'il n'a pas eu. Jith, le fils Silva, est amoureux de Dolly, l'une des jumelles Bolling, et les deux jeunes gens entretiennent une correspondance secrète. Devi se met sous la protection de Raju qui lui a fait cadeau d'une bicyclette...

 

Ru Freeman raconte les faits saillants qui émaillent la vie de Sal Mal Lane pendant les années 1979, 1980, 1981, 1982 et 1983. Ce sont, dans l'ensemble des événements heureux, qui rapprochent les uns des autres les habitants de l'impasse: un match de cricket ou un spectacle de variétés mémorables.

 

Pendant toutes ces années, toutefois, quelques événements politiques extérieurs préfigureront ce qui se passera à l'été 1983 et qui apportera son lot de tragédies à Sal Mal Lane. La plupart des habitants n'y prêteront guère attention ou ne les comprendront pas, sinon Mr. Herath, et Raju, peut-être, qui, lui, n'aura qu'une intuition confuse de ce qui se trame.

 

Tous les personnages de Sal Mal Lane, quelle que soit leur importance, quels que soient leurs défauts ou leurs qualités, prennent de la consistance sous la plume de Ru Freeman. Qu'ils commettent des méfaits ou de bonnes actions, ils ne sont jamais vus de manière manichéenne. Ils sont humains tout simplement, et par là même attachants.

 

Une fois le livre refermé, tous les survivants de Sal Mal Lane semblent continuer de vivre. Ils ont acquis une existence propre. Sans doute parce qu'ils ont surmonté ensemble des épreuves et qu'en dépit des vicissitudes ils ont su renouer avec des solidarités naturelles et conserver en eux, vaille que vaille, la flamme de l'espérance.

 

Francis Richard

 

Les Enfants de Sal Mal Lane, Ru Freeman, 528 pages, Zoé

 

Roman traduit de l'anglais par Christine Raguet

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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