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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 23:30
Lettre ouverte au monde musulman, d'Abdennour Bidar

Cette lettre ouverte est écrite par un musulman au monde musulman. Elle l'a été en janvier 2015, après les attentats que l'on sait. Cette lettre n'est pas pour autant une lettre de pure circonstance. Elle va beaucoup plus loin. Sans doute parce que son auteur est philosophe.

 

C'est une lettre courageuse parce que son auteur dit au monde musulman ce qu'il pense de lui sans complaisance. Il le fait parce qu'il lui veut réellement du bien et qu'il s'afflige sincèrement des voies sans issue dans lesquelles il est engagé.

 

Cette lettre montre que l'islam pourrait très bien s'accomplir, comme je l'ai dit en rendant compte du livre de Antoine-Joseph Assaf sur L'islam radical. Ce qui n'a pas été compris par les péremptoires qui pensent de manière définitive, ou par les hostiles a priori qui l'ont interprété comme une possibilité de victoire.

 

Dans cette Lettre ouverte au monde musulman, Abdennour Bidar pose la seule question qui vaille à propos de ce "monstre qui prétend se nommer Etat islamique": "Pourquoi a-t-il pris le masque de l'islam et pas un autre?"

 

Derrière ce monstre se cache en fait le problème des racines du mal, de "la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière". Les docteurs du monde musulman, eux, ne veulent pas voir, ou cachent, ce que dit le Coran: 

 

"L'homme est appelé à grandir jusqu'à ce qu'il devienne créateur."

 

Toutes les conditions sont réunies aujourd'hui pour qu'il le devienne, mais, hélas, "c'est pour l'instant sans aucun but spirituel!" Et ceux qui le poursuivent, musulmans ou non, ne sont pas encore assez nombreux; et leur parole n'est pas assez puissante.

 

En admettant qu'il en soit fini du terrorisme islamiste, l'islam n'en aura pas résolu ses problèmes pour autant. Ces problèmes, qui le minent, demeureront tant qu'il restera "une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive":

 

"[Le] refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une des racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un des antres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier."

 

Le monde musulman, pour guérir de son mal, doit réformer toute l'éducation qu'il donne à ses enfants et les diriger vers les principes universels que sont:

 

"La liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias".

 

Car s'il n'éradique pas les métastases du cancer qui le ronge - fondamentalisme, intégrisme, radicalisme, antisémitisme, machisme, littéralisme etc. -, le monde musulman continuera d'enfanter des monstres qui finiront bien par le dévaster à son tour par leur puissance de destruction.

 

La modernité de l'Occident n'est pas que négative. Certes "il est épuisé, il s'est beaucoup contredit, il a causé de terrifiantes destructions, mais sa complexité prodigieuse est d'avoir aussi fait avancer l'humanité tout entière à pas de géant depuis plusieurs siècles avec ses droits de l'homme et son progrès scientifique."

 

Abdennour Bidar ajoute: "Et plus encore avec la "sortie de la religion" qu'il a initiée", et à laquelle le monde musulman "persiste à ne rien comprendre", parce qu'il ne voit pas que la religion ne peut plus occuper la position centrale qui était la sienne dans la civilisation humaine. La confusion est toutefois née du fait que l'Occident a, dans le même temps, fait l'abandon de la vie spirituelle.

 

Abdennour Bidar peut alors s'adresser au monde musulman en ces termes: "Tu possèdes un sacré, et tu vois qu'en face de toi l'Occident, lui, n'arrive plus à sacraliser grand-chose - pas même cette dignité humaine, qui est au centre de ses droits de l'homme!" Et lui dire que lui, tout comme l'Occident, est au fond au bord d'un gouffre.

 

Le "choc des civilisations" entre le monde musulman et l'Occident est celui d'un extrême qui se heurte à son inverse: "Tandis que [l'Occident] a tranché le lien sacré entre l'homme et l'infini, toi tu étrangles l'homme avec ce même lien de l'infini! [...] L'Occident a coupé le lien de la transcendance, toi tu t'en sers pour ligoter tes consciences et tes corps."

 

Alors il faut que l'Occident et le monde musulman réparent le lien sacré à l'infini: "Que l'on croit en l'existence d'un dieu ou pas, son nom désigne une puissance créatrice infinie et un lien infini, la convergence de tous les liens, le coeur infini où arrivent tous les liens et d'où tous s'élancent comme autant de traits d'une lumière qui donne la vie!"

 

Abdennour Bidar est convaincu que "l'être humain peut devenir lui-même ce coeur infini": "C'est la vocation de la vie bien reliée - du triple lien à soi, aux autres, à l'univers. Plus nous nous connectons à la vie universelle par ce triple lien, plus ce coeur infini se développe en nous-mêmes. Et plus il se développe, moins la mort peut quelque chose contre nous.

 

Aussi exhorte-t-il l'Islam et l'Occident à se réconcilier: "Et faites-le en vous ressaisissant ensemble de votre secret partagé - mais oublié des deux côtés - que la vie créatrice est le but et la fraternité le principe de notre vie spirituelle."

 

Francis Richard

 

Lettre ouverte au monde musulman, Abdennour Bidar, 64 pages, Les liens qui libèrent

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Published by Francis Richard - dans Lectures philosophiques
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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