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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 21:30
Jacques Rueff - Un libéral français, de Gérard Minart

Il y a autant de libéralismes que de libéraux.

 

Il est excessif, bien sûr, de parler ainsi, mais il y a du vrai dans cette assertion, car la diversité de la pensée libérale ne peut être que le reflet de la diversité de la pensée humaine quand elle s'exerce librement, sans contrainte autre que la soumission à l'impératif catégorique de la raison.

 

Un libéralisme, fût-il français, se reconnaît toutefois aux mêmes principes sur lequel ils se fondent tous: liberté individuelle, droits de propriété, sécurité des biens et des personnes, égalité en droit, avec la caractéristique qu'aucun de ces principes ne peut exister sans les autres.

 

Le livre sur Jacques Rueff de Gérard Minart expose la théorie économique d'un libéral français, qui a la particularité d'être un ingénieur (il part des faits pour vérifier et articuler ces principes entre eux de manière cohérente) et de l'avoir mise en pratique avec succès en 1926, en 1938 et en 1958.

 

Comme cette théorie économique est très vaste et que, de plus, elle s'insère dans une théorie encore plus vaste qui la concilie, par exemple, au social, il convient, pour la goûter, d'en prélever quelques singularités qui en font la richesse et qui la distinguent des autres libéralismes sans présenter pour autant avec eux de solution de continuité. 

 

Sa formation scientifique a par exemple permis à Jacques Rueff de valider, grâce à l'outil statistique, l'équilibre auquel aboutit le mécanisme des prix, ce qui n'avait pas été fait avant lui, et qu'il compare à l'équilibre global d'un gaz où les molécules, indépendantes, sont prises dans un mouvement brownien.

 

Ce merveilleux mécanisme, ce monarque discrets'applique à tous les domaines, qu'il s'agisse des prix, des salaires, des taux d'intérêt, des changes ou du chômage. Son biographe résume: il présente [...] cette faculté que tout en respectant la liberté, les désirs, les préférences, les penchants des individus, il organise un ordre collectif qui permet à la société de durer. 

 

Selon Jacques Rueff, il faut distinguer le droit de propriété de la chose possédée: le premier réside dans la faculté de disposer de la seconde. Le droit de propriété naît avec la richesse qu'il englobe et meurt quand elle cesse d'exister, par consommation ou destruction. Il n'est pas autre chose qu'un récipient de valeur.

 

A partir de là Jacques Rueff explique ce qu'est un vrai droit: Un droit dont le volume répond à la valeur que représente son contenu, non aux yeux de quelque théoricien de cabinet, mais sur le marché, à la lumière des offres et des demandes effectivement formulées, et de telle façon que les premières soient absorbées par les secondes.

 

Et il explique ce qu'est un faux droit: Un faux droit, au contraire, est un droit dont le volume a été fixé a priori sans égard aux conditions qui doivent être satisfaites pour que toutes les quantités effectivement offertes trouvent preneur sur le marché.

 

Jacques Rueff ne définit pas de périmètre de l'Etat (des libéraux sont pour plus ou moins d'Etat, d'autres pour pas d'Etat du tout). Pour lui, l'Etat peut intervenir à fins sociales, morales ou politiques. Mais il faut que ces interventions soient compatibles avec le mécanisme des prix, qu'elles affectent essentiellement le cadre juridique et monétaire, les causes des prix ou les effets des prix.

 

La croyance de Jacques Rueff dans l'or n'a rien de fétichiste, n'est pas de nature religieuse: L'or n'est pas une fin en soi. Comme l'explicite Gérard Minart, dans une économie fonctionnant sous le système de l'étalon-or, c'est la perte d'or que subit le pays débiteur qui, en réduisant sa masse monétaire interne, réduit la demande globale, ce qui a pour effet d'obtenir une baisse des prix intérieurs.

 

Là encore ce pilotage automatique s'apparente au mécanisme des prix: Les ajustements des balances des paiements s'effectuent par sorties ou entrées d'or, selon que les pays concernés sont débiteurs ou créanciers, et l'avantage de tels ajustements est qu'ils s'effectuent en douceur, sans brusques embardées.

 

Ces singularités qui sont la marque du libéralisme de Jacques Rueff s'inscrivent pourtant dans la filiation directe de:

- Turgot pour son exigence rationnelle,

- Jean-Baptiste Say pour le droit de propriété analysé comme premier facteur de l'expansion économique,

- Frédéric Bastiat pour la liberté des échanges, ainsi que pour le refus du protectionnisme et la dénonciation des attitudes malthusiennes,

- Walras et Colson  pour les aspects bénéfiques du mécanisme des prix libres, sur des marchés libres, dans des sociétés libres. 

 

Le libéralisme français de Jacques Rueff est donc le point d'aboutissement de cette tradition, mais il est aussi le point de départ d'une autre tradition, celle des ingénieurs-économistes, qui entend rajeunir et mettre de l'ordre dans cet héritage par une exigence de rationalité sans tomber dans un excès de mathématisation...

 

Francis Richard

 

Jacques Rueff - Un libéral français, Gérard Minart, 364 pages Odile Jacob

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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Published by Francis Richard - dans Lectures libérales
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commentaires

MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 13/08/2016 10:03

L'excès de "mathématisation" est effectivement l'un des maux les plus répandus, notamment avec les efforts de modélisations qui ont amplifiés ce qu'ont appelle les "modèles économétriques". L'enseignement supérieur au Ministère des Finances et à la Banque de France ont bien failli m'absorber.

Heureusement, Jacques RUEFF, avec son livre : "Le Péché monétaire de l'Occident" m'a sauvé de ce péril.

La rigueur mathématique avait démontré, sous sa plume, ce qui était du simple bon sens : porter à 400 dollars US le prix de l'Once d'Or pure permettait en 1964-1967 de resolvabiliser la totalité des monnaies de réserves du monde connu = occidental : soit les £g, les USD, les Francs, les Marks... Cela aurait permis de rebaser tout le système monétaire en rétablissant la justice des échanges.

Malheureusement, les USA, qui imprimaient la monnaie de réserve du monde, à leur guise, disposaient d'un avantage énorme sur les autres Pays et interdirent ce retour au bon sens, à la logique et à la vraie JUSTICE internationale. A l'époque, l'excuse fut que les particuliers thésaurisateurs auraient bénéficié, du même coup, d'un enrichissement. A l'époque, j'ai bien vu, à 18 ans, que cette excuse ne tenait pas debout. Si, en effet, les devises avaient perdu leur pouvoir d'achat à 35 $US l'Oz et qu'elles le retrouvaient à 400, il n'y avait aucun enrichissement sans cause pour eux ! Par contre l'ampleur de la dévaluation masquée du Dollar US, principalement, m'est apparue chiffrée, à nue ! Elle portait déjà en germe tous les désordres et les inversions de valeurs actuellement constatés en 2016 et... depuis des décennies, en aggravations constantes !

Le "pompon" fut décroché au manège infernal des monnaies occidentales avec les trois coups :
- Dévaluation du USD à 70 puis à 100 $US/Oz, entre 1971 et 1973,
- Flottement impur car avec interventions des Etats via leurs BCN, de toutes les monnaies occidentales,
- SME décidé de 1974 à 1976 entre les monnaies européennes. Ce qu'on appela le "Serpent" Monétaire européen. J'ai alors découvert que toutes les cervelles, fort peu nombreuses ( la mienne et deux ou trois autres au plus sur 150 étudiants à la l'ENA (VP) qui refusaient les "taux de changes flottants" pourtant démontrés dans le même temps comme un avantage économique certain pour les USA, étaient aussitôt "barrées en rouge" avec des notes devenant systématiquement plafonnées à 9/20 pour nous éliminer. La dictature monétaire et politique se mit en marche alors.

Je n'ai pas changé d'avis depuis, et j'eus l'honneur et l'avantage d'être reçu, par mon ancien Maître de Conférence, Pol GARGAM, en 1986 qui me conforta dans ma position avec des confidences et des chiffres, à l'époque secrets parce que justement trop révélateurs de ce qui se passait et qui annonçait la suite désastreuse que l'on connaît maintenant de manière évidente. Du moins pour les cervelles qui réfléchissent...

Personnellement, ayant tout vécu de l'intérieur du monde bancaire de 1964 à 1984, le livre à couverture dorée de Jacques RUEFF de 1964 me suffit, comme base dans ma bibliothèque économique augmentée de tous les bulletins de la BDF depuis 1969 avec rétropolation depuis la fin des années 40 des toutes les statistiques monétaires.Complétées de bien des ouvrages de mémoires divers, je pense disposer de tout ce qu'il faut avoir pour réfléchir scientifiquement. D'ailleurs je l'ai prouvé : je ne me suis JAMAIS trompé sur les évolutions relatives des monnaies depuis 1973 !!! J'ai fait profité bien des gens de mes connaissances et de ma clairvoyance. Ceux qui en ont le plus profité ont, en plus, refusé de payer mes conseils suivant nos conventions pourtant ultra-scrupuleuses de ma part. D'où ma pauvreté actuelle car le temps passé à travailler pour eux ne m'a rien rapporté...

Ma constatation générale est que les vrais ESCROCS, ont profité largement de tout ce système monétaire d'escrocs, pensé, voulu, décidé, maîtrisé pour eux et par eux ! D'où le fait que de nos jours on constate que les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, et en premier lieu, les plus lésés, les producteurs réels de bien réels.

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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