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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 20:30
Je suis mort un soir d'été, de Silvia Härri

Le narrateur du roman de Silvia Härri est mort, un soir d'été, à Florence. Pour être précis, c'était le 26 juillet 1957. Il est mort ce soir-là, à six ans et demi. Pourtant, c'est lui qui raconte. En fait, il n'est pas mort au sens propre mais au sens figuré, ce qui est tout comme et n'en est pas moins douloureux pour lui.

 

Pietro Cerretani a une petit soeur, Margherita. En janvier ou février, ils jouent les deux au ballon. Il lui lance la grosse balle rouge qu'elle a choisie (leur père n'a pas voulu acheter un vrai ballon de foot, car elle est trop petite). Margherita la laisse passer, ne bouge pas, et s'en va faire un tour du côté des rosiers.

 

En mai c'est le troisième anniversaire de Margherita. Mais la fête est sans entrain. Tout sonne faux. Ainsi est-ce Pietro qui souffle les trois bougies du gâteau confectionné par leur mère. De toute la journée Margherita ouvre à peine la bouche, si ce n'est pour émettre quelques gémissements ou onomatopées.

 

Le fameux soir de cet été torride arrive. Pietro et Margherita sont dans le jardin, peu avant la tombée du soir, avec leurs parents. Un orage serait le bienvenu pour apporter un peu de fraîcheur. Pietro et Margherita jouent à cache-cache. Quand il l'appelle, elle ne se retourne pas. Elle ne se retourne que lorsqu'il lui touche l'épaule:

 

Tu me regardes. Pas comme un grand frère, non, comme un étranger. Tu ne me reconnais pas. Les trois années que nous avons passées ensemble s'effacent sous mes yeux comme on efface d'un seul coup le tableau noir ou l'ardoise d'un écolier.

 

Margherita est passée de la planète des mots à celle de leur absence, sournoisement, progressivement. C'est l'oeuvre de la pieuvre, dont le nom n'est révélé qu'à la fin. En attendant, elle suit Pietro comme un jeune chiot, sans plus savoir comment elle s'appelle. Il y a eu un avant ce soir-là, il y aura un après.

 

Le narrateur de Je suis mort un soir d'été, devenu orphelin de soeur, raconte dans une langue souvent poétique, toujours superbe, ce qu'a été sa vie après sa mort d'enfant, et explique son attitude de fils prétendument unique, ses peurs devant l'existence, empoisonnée par le secret bien gardé d'une soeur atteinte par la pieuvre.

 

Pietro avoue:

Chaque fois que j'ai trop aimé j'ai fui.

Chaque fois que j'ai eu trop mal ou que la rage m'a envahi.

Chaque fois que j'ai eu peur.

 

Le lecteur empathique ne peut que lui pardonner ses fuites après cet aveu...

 

Francis Richard

 

Je suis mort un soir d'été, Silvia Härri, 168 pages Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Loin de soi (2013)

Nouaison (2015)

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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