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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 23:55
Les Morb(y)des, de Sébastien David, au Poche, à Genève

Ce soir a lieu la première de Les Morb(y)des, de l'auteur canadien Sébastien David, mise en scène par Manon Krüttli. C'est la deuxième pièce du Sloop3 du théâtre genevois de la vieille ville.

 

Un  sloop? C'est, en langage marin, une sorte de voilier.

 

En l'occurrence il s'agit ici d'une embarcation légère, où l'équipage est composé de:

- trois metteurs en scène

- cinq comédiens,

- une assistante

- une équipe artistique.

 

Ces membres d'équipage montent ensemble quatre pièces (avec un maximum de deux semaines de répétition pour chacune), destinées à être présentées dans le même lieu et dans le même temps, devant le même public.

 

Les Morb(y)des a pour thème l'obésité morbide.

 

Dans le bon vieux Larousse, morbide est un adjectif qui a deux acceptions:

. Qui relève de la maladie, la caractérise ou en résulte.

. Qui a un caractère malsain, anormal.

 

(y) signifie en langage numérique un poing avec le pouce levé. C'est un symbole d'espoir et de puissance.

 

Le titre de la pièce, qui pourrait être celui d'une tragédie grecque, est donc déjà lourd de significations.

 

Le rideau se lève - si l'on peut dire, puisqu'il n'y a pas de rideau au Poche/GVE - sur un appartement en demi-sous-sol. Deux femmes obèses se disputent. Ce sont deux soeurs.

 

L'une des deux soeurs a pour nom, Stéphany (Charlotte Dumartheray), avec un y, c'est du moins ainsi qu'elle l'écrit depuis qu'elle fréquente le monde virtuel, et son ami virtuel Kevyn (François Revaclier), avec un y également.

 

L'autre des deux soeurs n'a pas de nom. Enfin elle ne s'en souvient pas elle-même. Et Stéphany ne l'appelle pas autrement que Sa Soeur (Rébecca Balestra), sauf à la fin où son nom lui revient à l'esprit.

 

C'est au fil de leurs disputes que le spectateur comprend que les deux soeurs sont obèses: si Sa Soeur est faite de rondeurs - ses formes sont amplifiées par des ballons -, Stéphany arbore à ses yeux un corps svelte et sportif.

 

En fait le corps de Sa Soeur est celui qu'on voit - elle ne se prive de rien - et le corps de Stéphany est celui dont celle-ci rêve, parce qu'elle aimerait que les autres la regardent. Pour cela elle fait du vélo d'appartement: elle ne va nulle part, mais elle y va, sans perdre de poids...

 

Les deux soeurs diffèrent aussi par le langage. Sa Soeur ne se prive pas d'employer des jurons québecois et d'avoir un franc parler populaire. Stéphany se livre à des incantations pleines de noirceur: elle est tour à tour l'univers, la nuit ou les égouts de Montréal.

 

Sa Soeur est recluse. Elle n'est pas sortie de leur demi-sous-sol depuis 13 ans. Sa seule ouverture sur l'extérieur, ce sont les émissions de télévision qu'elle regarde affalée sur son sofa: elle est entourée de ballons blancs, au milieu desquels elle s'enfonce.

 

Stéphany sort un peu, la nuit, bien que ce ne soit pas prudent - une cinquième victime d'un tueur en série a été découverte tout près de là où elle se promenait. Sinon, sa fenêtre à elle, c'est le site Morb(y)des.com et la musique kitch de Moby, avec un y...

 

Si Sa Soeur s'enfonce, elle, Stéphany, désire s'envoler.

 

Toutes deux se plaignent des odeurs, qui puent. A l'intérieur, celle de Brise du fleuve, qui sent l'indien; à l'extérieur celle qui provient de Lallemand, une usine de production de levures pour toutes sortes d'usage.

 

Kevyn, qui se trouvait pendant tout le début du spectacle côté jardin de la scène, fait son apparition, réelle. Il semble être habillé comme un scout. C'est en tout cas ainsi qu'il apparaît aux deux soeurs. Il va servir de catalyseur.

 

A un moment donné Kevyn demande à Stéphany ce qu'elle voudrait que l'on se souvienne d'elle si elle mourait:

 

Une fille disparue, c'est comme ça que j'aimerais qu'on se souvienne de moi.

 

Car il y a en Stéphany, comme en Sa Soeur, à la fois une pulsion de vie et une pulsion de mort. Stéphany dit aussi, à propos du tueur qui rôde que, s'il est capable de la tuer, il doit être tout aussi capable de lui faire l'amour, la petite mort mise sur le même plan que la grande, en somme.

 

S'il y a des moments où l'on rit - certains propos et certaines actions sont franchement burlesques -, plus sérieusement, la pièce interroge le spectateur sur les dualités dans lesquelles se débattent les protagonistes: le physique et le psychique, le réel et la fiction, la réalité et la virtualité.

 

Les Morb(y)des, pièce exigeante, a suscité ce soir un réel enthousiasme.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations:

Lieu:

POCHE/GVE

Rue du Cheval-Blanc 7, 1204 Genève

Tél.: 022 310 37 59

http://poche---gve.ch/info-billetterie_/

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Published by Francis Richard - dans Théâtre
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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