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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 23:55
Le grand projet, de Nicolas Kissling

Je regarde derrière moi, et je vois une foule d'attente immense. Presque tous les hommes valides de San Michele di Fresu sont là. Je n'imaginais pas les choses comme ça. La Suisse doit être dans un état catastrophique pour avoir besoin de tous ces hommes pour la réparer.

 

1947. Ivo Castelli, 19 ans, fait partie de ces Italiens venus travailler en Suisse pour construire des routes et des barrages: ils ont besoin d'argent pour leurs familles restées au pays et la Suisse, elle, manque de bras. Il est recruté, lui, pour la construction du barrage de Rossens, sur la Sarine.

 

1948. Ivo est chargé avec Matteo et Carlo de démonter les maisons qui vont se retrouver sous l'eau le jour où le barrage sera mis en fonction. Un jour, il continue seul le démontage de la maison de Fernand Vial, un vieux paysan méchant comme un chien qui n'a pas mangé depuis dix jours.

 

Le vieux Fernand Vial ne voulait pas quitter sa maison. Il a refusé toutes les offres de dédommagement ou de relogement. A la fin, il s'est pendu à une poutre de sa maison. Juste en-dessous de cette poutre, en démontant le plancher, Ivo découvre une caisse, dont il ouvre le couvercle.

 

Cette caisse, ouverte avec appréhension, contient de l'or à la pelle. Des pièces d'argent. Des billets aussi. Un trésor de pirate, comme dans les livres. Au lieu de faire part aux autres de sa découverte, il met ce butin dans quatre sacs, qu'il enfouit en terre, en un lieu plus haut que le futur niveau du lac. 

 

Antoine est le fils d'Ivo, mort alors qu'il n'avait que 4 ans. Ce que l'on raconte sur son compte à l'école et ce qu'il apprend, en 1985, en se rendant à la police de Fribourg, lui font honnir ce père, qui trompait sa mère et s'est tué. Il n'a jamais compris pourquoi sa mère et sa soeur lui vouaient un culte.

 

Sa mère, Jacqueline, née Keller, meurt, à l'été 2006. Peu de temps après il reçoit un paquet expédié par sa grande soeur Fanny, qui vit avec son mari et ses deux filles à San Diego. Ce paquet contient une lettre de sa mère, trois cahiers d'écolier et deux billets d'avion Genève-San Diego aller-retour.

 

En lisant les trois cahiers, rédigés par sa mère et sa soeur à partir des cahiers d'Ivo, Antoine apprend ce qu'a été le début de la vie de son immigré de père et ce qu'a été pour lui ce qu'il appelait Le grand projet: un fonds d'aide mutuelle réservé aux Italiens mariés, avec charge de famille:

 

En échange de primes mensuelles raisonnables, je leur garantis que s'ils devaient mourir en Suisse, leurs femmes et leurs enfants restés au pays toucheraient un capital suffisant pour pouvoir s'en sortir.

 

Cette lecture le met dans un état de dégoût-fascination-incrédulité. Et, en toute conscience, il se décide à tomber dans le piège tendu par sa mère post mortem, qui aura eu le dernier mot: il ira à San Diego lire les nombreux autres cahiers; il pourra ainsi en finir avec l'autre, et boucler cette histoire.

 

Nicolas Kissling donne à lire, parallèlement, les cahiers d'Ivo, qui couvrent la période de 1947 à 1971 et qui sont écrits à la troisième personne, à l'exception du dernier, et le journal d'Antoine, du 24 juillet au 16 août 2006, qui relate sa quête et son enquête pour savoir réellement d'où il vient.

 

Comme Antoine, le lecteur a envie de connaître le fin mot de cette histoire bien documentée, complexe à souhait et bien construite. Histoire qui confirme qu'il ne faut décidément jamais se fier aux apparences et que les préjugés pourrissent autant la vie de ceux qui les ont que celle des autres...

 

Francis Richard

 

Le grand projet, Nicolas Kissling, 330 pages Editions de l'Aire

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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