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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 18:30
Le poids d'un ange, d'Eugen Uricaru

La plus grande peur des futurs cadres de pays totalitaires est que soient exhumés des épisodes de leur passé qui pourraient ternir leur image et rendre résistible leur ascension vers le pouvoir.

 

Dans la Roumanie de 1964, celle pour un an encore de Gheorghe Gheorghiu-Dej, le camarade Todor Grancea, une étoile montante du régime, envoie à Peta, ville du Banat, l'officier Neculai Craciun pour y accomplir une mission délicate.

 

Grancea ne dit pas à Craciun ce qu'il doit trouver. Il lui demande seulement de fouiner dans son passé, de résoudre l'impondérable, invisible et inodore problème de son passé. Un passé qui dort, dans l'indifférence, effacé, gris.

 

A Peta, Craciun rencontre Petra Maier, qui est une des rares personnes à faire partie du passé de Grancea. Elle fait des ménages dans l'administration du système. Elle vit avec son fils Cezar, un enfant étrange, qui a le don de prédiction.

 

Craciun, au bout d'un an, devient intime de cette femme, de ce cas qui n'est pas moins étrange que celui de son fils: La grande découverte, dans le cas de Petra Maier, était que cette femme effacée ne laissait rien filer entre les doigts...

 

Un personnage attire son attention: Basarab Zapa, un mendiant qui vit chichement en vendant des bouteilles vides. Or il s'avère que Cezar parle de lui comme de son protecteur, le seul qui soit capable de s'occuper de lui quand il s'évanouit...

 

Basarab est d'autant plus suspect que cet ancien ingénieur vit en dehors du système et qu'il semble bien qu'il sache des choses. Et c'est vrai qu'il sait des choses, mais qui n'ont peut-être pas de rapport avec ce que cherche Craciun, à l'aveuglette, faute d'indices.

 

Dans les années 1918-1919, Basarab s'est rendu au Tibet. Il y a rencontré Dorji Lama qui l'a initié aux mystères:

- on peut créer l'obscurité,

- on peut rester dans le froid sans geler,

- on peut se rendre invisible,

- on peut parcourir d'immenses distances en quelques heures en courant.

 

Et au mystère des mystères:

Celui qui sait ne parle pas, celui qui le découvre donne son avis, celui qui ne sait pas caquette comme une poule.

 

Basarab n'avait pas parlé, mais il avait entretenu une correspondance avec l'explorateur pro-allemand Sven Hedin. Trois ans plus tard, il était revenu à Cernauti, où il n'avait raconté à personne ses aventures tibétaines.

 

Bien plus tard, en 1937, un de ses anciens condisciples de Polytechnique de Vienne, l'avait contacté: la Fondation nazie Ahnenerbe voulait monter avec lui une expédition au Tibet. Avec pour but réel de rendre leurs guerriers invincibles:

Basarab s'était enfui pour ne pas se perdre...

 

Depuis Basarab vit hors système. Il n'en est que plus suspect aux yeux de Craciun, qui le fait arrêter, pour le faire parler. Cette arrestation est illégale, mais Craciun n'en a cure: la fin justifie les moyens. Et le temps presse puisqu'une amnistie est en vue...

 

Basarab est mis au secret pendant trois jours. Et, dès le début du récit, le lecteur sait qu'il a bien l'intention de parvenir à cacher tout à tout le monde:

Hermès naquit le doigt sur les lèvres.

 

Tout le long du récit l'auteur restitue l'ambiance de ces années de plomb où un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure et montre la paranoïa des hommes du système. Lesquels ne comprennent pas qu'il puisse y avoir de salut hors de lui.

 

Les hommes du système ne comprendront jamais non plus qu'il puisse y avoir quelque chose d'autre que lui pour quoi il vaut la peine de mourir, qu'un ange ne pèse rien et que c'est à cela qu'on le reconnaît...

 

Francis Richard

 

Le poids d'un ange, d'Eugen Uricaru, 288 pages Les Éditions Noir sur Blanc (traduit du roumain par Marily Le Nir)

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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