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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 23:45
Arlette, d'Antoinette Rychner, au Poche, à Genève

Hier soir avait lieu la première de cette pièce sans intrigue, mais intrigante.

 

L'histoire, bien qu'il n'y ait donc pas vraiment d'histoire, se passe dans les étages d'un immeuble. Encore qu'il faille le dire vite. Parce que les notions de temps et d'espace sont confuses, chaotiques.

 

L'héroïne de la pièce, c'est Arlette Biscuit, qui lui donne son titre. Arlette qui a une soeur, qui se prénomme Josette. Arlette dont la créatrice s'appelle Antoinette (Rychner). Arlette dont le père l'appelait sa belette...

 

A la dame du rez-de-chaussée, qui lui dit avoir eu une tante s'appelant comme elle, elle répond:

- Oui, ç'ont souvent des personnes pas toutes jeunes qui partagent mon prénom.

 

Si le temps ne s'écoule pas dans le sens chronologique, il passe tout de même et laisse des traces, les plus marquantes remontant à l'enfance.

 

A Ginesse, son amie d'adolescence, rencontrée dans l'escalier, elle dit que la mélancolie est entrée en elle, inopinément, sur une balançoire, entre cinq et neuf ans, puis corrige:

- La mélancolie n'est pas entrée, pas d'l'extérieur. Elle a éclos, c'est tout.

 

A sa soeur Josette, elle confie qu'elle a pris conscience de l'irrémédiable, qu'il s'est mis à exister grâce à elle, qu'elle l'a activé, qu'elle l'a fait germer trop tôt:

- T'as huit ans. Et tu m'dis: "Tu t'rends compte, c'est l'dernier jour où t'as quatre ans.

 

Un moment Josette est morte, le moment d'après Arlette lui rend visite. Arlette veut l'emmener voir leur père au plus mal, alors qu'en fait elles doivent assister ensemble à son remariage.

 

Josette dit à Arlette que la fille avec laquelle leur père se marie va la déprimer:

- D'abord elle est nett'ment plus jeune que toi. J'peux te dire qu'elle a les seins qui tiennent.


Comme Arlette est attendue en bas de l'immeuble pour se rendre au mariage de son père, le temps presse et, dans le même temps, elle s'attarde, elle recule devant ce qui paraît un obstacle.

 

Elle baise ainsi avec Dan, un homme marié; elle partage un repas avec l'ami dont elle ne se souvient pas du prénom, et avec la compagne de celui-ci, dont elle se souvient, au contraire, du sien, avec une extraordinaire netteté...

 

Le temps passe. Les masques tombent. Arlette prend conscience de plein de choses qu'elle recélait en elle, qu'elle n'osait pas se dire ou auxquelles il fallait des circonstances particulières pour qu'elles se révèlent à elle.

 

Le temps passe et il est cruel avec les femmes:

- D'ailleurs, viole-t-on encore les femmes de quarante à cinquante balais?

 

Tout cela est bien grave, et pourtant Arlette est une pièce où l'on rit beaucoup. C'est bien sûr dû au texte (écrit dans une langue inspirée de l'accent neuchâtelois), mais aussi à la mise en scène:

Pascale Güdel a veillé à ce que le langage n'enferme pas les personnages dans une classe sociale ou une région précise.

 

Du coup, le langage est plus fluide à l'oral qu'à l'écrit, mais il conserve juste ce qu'il faut pour être fortement évocateur.

 

Céline Nidegger tient le rôle d'Arlette tout du long, ses comparses, Céline Bolomey, Jacqueline Ricciardi et Vincent Fontannaz se partagent à tour de rôle les autres personnages.

 

Le texte très profond en définitive se suffit à lui-même. C'est pourquoi le jeu, se mettant au service du rire accentué par la mise en scène, ne fait qu'en souligner la gravité par contraste et permet même d'éviter de tomber dans le scabreux de certaines situations...

 

Francis Richard

 

Accès:

POCHE /GVE /Théâtre Vieille-Ville
Rue du Cheval-Blanc 7
1204 Genève

 

Réservation:
billetterie@pochegve.ch
+41 22 310 37 59

 

Jeu:  Céline Bolomey, Vincent Fontannaz, Céline Nidegger, Jacqueline Ricciardi

Assistanat à la mise en scène: Lucile Carré

Costumes: Paola Mulone

Son: Andrès Garcìa

Lumière: Luc Gendroz

Maquillage: Katrine Zingg

Accessoires: Stéphanie Mérat

Confection des costumes: Léa Bettenfeld

Construction du décor: Cédric Bertoud

Régie:David Kretonic

 

Prochaines représentations:

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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