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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 22:50
Prendre un enfant par le coeur, de Raymond Durous

Dans Prendre un enfant par le coeur, titre inspiré de la chanson d'Yves Duteil, Prendre un enfant, Raymond Durous commémore la sombre et terrible histoire des enfants placés en Suisse:

 

Dès le milieu du XIXe siècle jusqu'en 1960, cent mille enfants furent placés arbitrairement dans des familles paysannes. Et plus tard des milliers d'autres enfants furent internés, des années durant, jusqu'à la fin des années quatre-vingt, dans des institutions, des maisons d'éducation, ou plus précisément de ré-éducation, voire de redressement.

 

Placés est un terme galant pour dire des choses qui ne le sont pas du tout. Car ces enfants  étaient en fait frappés, exploités, rabaissés, brisés, humiliés, violés, comme le résume Fabio Lo Verso dans la préface.

 

Qu'avaient donc fait ces enfants pour mériter un tel sort?

 

Ils avaient eu le tort de n'être nés ni au bon endroit, ni au bon moment. Ils étaient nés le plus souvent dans des familles extrêmement pauvres, où sévissaient chômage ou alcoolisme, ou les deux. Soit leurs parents étaient divorcés, soit ils étaient morts (l'un ou l'autre, ou les deux), soit encore ils étaient jugés inaptes à s'occuper d'eux.

 

A l'époque, l'un de leurs sorts le plus douloureux était d'être des enfants du péché, c'est-à-dire des enfants illégitimes, que l'on dit naturels... comme si une vie humaine pouvait ne pas être légitime, quelle qu'elle soit. Ils n'étaient pas traités comme des êtres humains, et encore moins comme de véritables enfants qui ont besoin d'affection:

 

Les autorités administratives, sociales, tutélaires, éducatives et religieuses, tout comme les autorités locales, connaissaient l'existence de nombreuses pratiques d'exploitation et de maltraitance infligées impunément aux enfants placés. Elles savaient et ne disaient rien, s'estimant quasiment intouchables.

 

Dans son livre, Raymond Durous développe trois exemples d'enfants - Alain, Marlise et Victor - pour illustrer cette atteinte caractérisée à l'égalité en droit dont devraient bénéficier tous les êtres humains, a fortiori les plus faibles d'entre eux que sont les enfants, ici réduits en esclavage, sans que personne ou presque s'en offusque pendant des décennies.

 

Il décrit par le menu les maltraitances et les humiliations qu'ils ont subies et qui les ont marqués à vie. Il est d'autant plus extraordinaire dans ces conditions qu'Alain, Marlise et Victor (le père de l'auteur) aient réussi à renaître de leur souffrance. Mais ils y sont parvenus grâce à des rencontres providentielles et salvatrices et une volonté hors du commun.

 

Il faut donc lire ce livre, qui montre que, malheureusement, les pires infamies peuvent être commises dans un pays, qui, à d'autres titres, peut être donné en exemple:

 

- pour Alain, il est impératif que les hommes et les femmes de ce pays sachent ce qui s'est passé, combien des dizaines de milliers d'enfants ont souffert, et combien leur vie d'adulte fut bouleversée, voire saccagée. Et surtout que de telles tribulations enfantines en Suisse deviennent choses impossibles dans l'avenir.

 

- pour Marlise, les marques de respect et de confiance que lui ont prodiguées deux femmes de valeur lui ont donné le courage de s'en sortir: quel bonheur de s'entendre dire qu'on est quelqu'un, qu'on peut y arriver, alors que durant toute mon enfance j'étais méprisée, humiliée et considérée comme une moins que rien.

 

- pour Victor, en dépit de toutes les avanies qu'il a connues dans son enfance et son adolescence, comme il l'a dit à l'auteur un jour de printemps à l'heure de l'apéro: La vie, vois-tu, c'est quelque chose de formidable, la plus précieuse qui soit !, petite phrase qu'il n'oubliera jamais et qui ne peut laisser un lecteur indifférent.

 

Francis Richard

 

Prendre un enfant par le coeur, Raymons Durous, 168 pages, L'Aire

 

PS

 

Chaque partie du livre est précédée d'une phrase de la chanson Prendre un enfant d'Yves Duteil, qui en a composé les paroles et la musique et qu'il faut écouter et faire écouter, pour que jamais ne revienne le temps des enfants placés:

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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