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Jusqu'au 24 mai 2010 la Fondation de l'Hermitage de Lausanne ici propose 100
chefs-d'oeuvre en provenance du Städel Museum de Francfort ici. Ce musée, né de la volonté testamentaire d'un
marchand et banquier de la ville, Johann Friedrich Städel, a ouvert ses portes en 1815 et n'a pas cessé depuis de s'enrichir d'oeuvres remarquables, représentatives
de différentes écoles d'art pictural.
L'affiche de l'exposition [ci-contre à
droite] a pour toile de fond un tableau de Degas, dont on connaît la prédilection justifiée pour les danseuses. Ce tableau, Musiciens à l'orchestre,
1876, présente la particularité d'avoir été redimensionné par l'artiste. Le haut a été rajouté - de près on voit d'ailleurs la trace du rajout - et les côtés ont été
rabotés. Le résultat final est étonnant. On a l'impression d'être un des musiciens, dont l'oeil ne manque pas d'être attiré par les gracieuses créatures qui évoluent sur
scène.
Pour ma
part je reste un fervent amateur des impressionnistes qui y sont représentés par Degas, Manet, Monet, Renoir et
Sisley. La fin du déjeuner, 1879, d'Auguste Renoir est un tableau plein de charme. On voit sur la reproduction [ci-contre à
gauche] que nous sommes bien en fin de repas et sous une tonnelle fleurie, celle du Cabaret d'Olivier à Montmartre. Sur la table se trouvent une carafe d'eau quasiment vide et un
plateau, sur lequel reposent un verre de vin et une carafe de vin, plus petite que la carafe d'eau, en bon chemin d'être vidée elle aussi. La femme perdue dans ses pensées, un
verre à la main, est l'actrice Ellen André; la femme qui se tient debout est un des modèles du peintre; l'homme à droite, qui - horresco referens - allume une cigarette est Edmond, le frère de
l'artiste. Les convives en sont au café, le moment idéal pour en fumer une. L'hygiènement correct n'existait pas encore. Ce qui prouve bien qu'à cette époque-là on ne savait pas
vivre...
La jalousie, 1913,
[ci-contre à droite] d'Edvard Munch, montre que nous avons changé d'époque. A la douceur de vivre succède une certaine fureur à peine contenue. Les sentiments
délicats laissent la place à des désirs plus précis. La femme, faussement ingénue dans sa robe blanche, s'offre aux regards de son voisin immédiat. Cet homme, situé
à droite sur le tableau, n'a pas ses yeux dans sa poche, il a l'air de guetter cette tendre proie. Il la contemple avec ardeur. L'homme de gauche, un peu en avant des deux
autres figures, semble comblé, extatique. Il ne se rend pas compte, le moins du monde, de la concupiscence jalouse de son rival, qui ne présente pas un visage spécialement amène.
Max Beckmann prône l'art de déformation. La synagogue à Francfort-sur-le-Main, 1919, en est une illustration. Le peintre a voulu
représenter ce qu'il a vu, au petit matin, de retour, en compagnie de deux amis, d'une fête bien arrosée. Les trois lascars titubent et s'éloignent de cet endroit vacillant par la rue
étroite du fond. Les lampadaires de cette rue se rapprochent tandis que s'écartent les immeubles, dont la synagogue, à gauche de la toile, qui est tout illuminée pour le Chaharit, la
prière du matin. La place s'est rétrécie comme une peau de chagrin. Un chat immobile ignore superbement ces images déformées derrière lui. Il est le point fixe que rien autour de lui ne peut
venir perturber.
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