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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 21:30

La foule de deux millions de personnes venues acclamer le quarante-quatrième président des Etats-Unis lors de son investiture à Washington ne m'impressionne pas : j'en ai connu bien d'autres ...

Il y a quarante ans, le 30 mai 1968, un million de personnes remontent les Champs-Elysées pour faire cesser la chienlit dans les universités et dans la rue... Il y a vingt-cinq ans, le 24 juin 1984, deux millions de personnes défilent à Paris pour la défense de l'école libre... Il y a dix ans, le 12 juillet 1998, l'équipe de France de football remporte la Coupe du monde et un million et demi de personnes se retrouvent tout unies sur les Champs-Elysées pour célébrer les trois couleurs...  

Je n'ai même pas besoin de développer pour conclure que plus haute était l'espérance qui avait rassemblé ces foules, plus grande a été la déception qui a suivi, un peu comme la gueule de bois les lendemains de fête. Peut-être conviendrait-il d'ailleurs d'employer "deception" en anglais, qui veut dire dans cet idiom "tromperie", "duperie"...

Je remarque d'ailleurs que dans son discours d'investiture Barack Obama (version française ici - qui omet les phrases finales où Obama demande la bénédiction de Dieu - et version anglaise ici ) est déjà en retrait par rapport à ce qu'il disait pendant toute la campagne qui l'a conduit à la victoire : Yes we can, oui mais quand ? Sa première phrase comporte même le terme d'humilité (qu'il emploie à un autre endroit de son discours) :  

Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Un peu plus loin, comme pour prendre date, il confirme qu'il ne minimise pas la tâche à accomplir et ne promet pas de résultats immédiats, tout en gardant le ferme espoir de la remplir au bout du compte :

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous les relèverons.


Dans l'article que j'écrivais au lendemain de la victoire d'Obama j'employais à dessein l'expression de "sentiments métissés" ( Victoire d'Obama : sentiments métissés  ). Je persiste et signe.

 

Quand Obama parle de Dieu, je prie à ses côtés :


Pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages.Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Ou quand il dit :

 

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.


Quand il en appelle aux Pères fondateurs de l'Amérique et à l'histoire de la nation américaine, j'applaudis :

Nous demeurons une jeune nation. [...] Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Ou quand, dans cette lignée, il se veut ferme sur les principes :

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

Ou encore quand il promet de combattre le terrorisme :

Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.


Mais j'ai des doutes sur le rôle qu'il veut faire jouer à l'Etat. Certes d'un côté il reste prudent et se veut pragmatique :

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne - s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

D'un autre il s'illusionne :

L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons - non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.


Il donne lui-même les raisons sur lesquelles cette illusion se fonde :

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.


Pascal Salin dans son rapport sur la crise financière (voir mon article Pour Pascal Salin la crise financière est due à l'interventionnisme ) explique pourquoi la régulation ne peut pas venir de l'Etat. Il voudrait mieux qu'Obama abandonne tout de suite ses programmes...avant de les expérimenter.

Je suis atterré quand Obama dit :


La façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ou quand il dit :


Nous allons travailler inlassablement pour [...] faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Je suis atterré parce qu'Obama privilégie une explication des changements climatiques de plus en plus contestée (voir l'article du Matin Dimanche du 18 janvier, écrit par Catherine Riva et intitulé : Al Gore doit-il rendre son Nobel ?
ici  et mon article Existe-t-il un plan B en cas de refroidissement climatique ? ) et parce que l'Amérique et le monde risquent de se trouver fort dépourvus quand la bise sera venue...

Parce qu'ils idolâtrent Obama, les média s'inquiètent. Ils lui passent des propos qu'ils admettraient difficilement dans la bouche d'un autre, notamment sur Dieu et sur la nation. Bien qu'ils se trompent régulièrement, ils se rendent bien compte que les espoirs placés dans Obama - dont ils ont contribué à la victoire - ne peuvent qu'être déçus. S'ils ne savent pas vraiment pourquoi ils le seront, ils s'interrogent du moins ( 
ici ) sur la capacité d'Obama à ne pas décevoir . S'ils savaient...  

Francis Richard

Voici l'inaugural adress d'Obama en version intégrale originale :

 

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Published by Francis Richard - dans International
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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