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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 21:30

La Pinacothèque de Paris ( ici ) a eu l'idée judicieuse d'exposer ensemble les oeuvres de Suzanne Valadon et de son fils Maurice Utrillo (ci-contre peint par sa mère). C'était pourtant une gageure que de mettre en parallèle deux oeuvres aussi différentes. Qui sont étrangement complémentaires.

Suzanne Valadon dessine admirablement bien. C'est par des dessins d'elle que mon oeil a été accroché au tout début de l'exposition. Il s'agissait essentiellement de nus de femmes dessinés au crayon noir, femmes aux formes parfois un peu trop avantageuses à mon goût, qui ne se porte pourtant pas vers les modèles anorexiques d'aujourd'hui. Parmi ces dessins de corps dénudés, une sanguine se distingue, encore plus charnelle que les autres, plus humaine si c'est possible.

La peinture de Suzanne Valadon se caractérise par un dessin très affirmé, une composition sûre et surtout des couleurs crues, joyeuses, peu nuancées, mais reflétant l'exubérance et le fort tempérament de l'artiste, qui a été le modèle et la maîtresse de très grands peintres de son temps. En mûrissant d'ailleurs elle peindra de mieux en mieux, ses premières oeuvres apparaissant alors comme des oeuvres de jeunesse avec lesquelles elle aura cherché son style. Il y a une sacrée évolution par exemple entre les Trois nus à la campagne (1907) et le portrait de Germaine Utter (1926). Suzanne Valadon exercera son art aussi bien dans des portraits que des paysages - j'aime particulièrement le Sous-bois (1914) - et des natures mortes. Ce qui montre qu'elle s'est essayée, avec bonheur, dans des registres très divers, de même qu'elle a croqué la vie à pleines dents.     

Les premiers tableaux de Maurice Utrillo représentent la campagne à Montmagny. C'est bien, mais ce n'est pas très original. C'est dans la peinture de rues de banlieue et de Paris qu'il va déployer toute son originalité et ce qu'il faut bien appeler son génie. La plupart des oeuvres qui sont présentées à la Pinacothèque de Paris correspondent à ce que les critiques appellent sa période blanche. Pendant cette période Maurice Utrillo peint essentiellement des rues où il n'y a pas âmes qui vivent, ou sinon juste esquissées au loin, silhouettées. Les rues qu'il peint sont donc désertes, ou quasi. Les fenêtres y sont des trous noirs. Les murs des immeubles y sont blancs, mais d'un blanc obtenu curieusement en mélangeant du plâtre au blanc de zinc. Magie du pinceau, les ciels y sont à la fois lourds et lumineux.

Il y a longtemps que je ne suis pas retourné à Montmartre - une des dernières fois c'était pour y boire un coup avec ADG, l'auteur de polars littéraires, qui était de quatre années mon aîné - mais les tableaux de Maurice Utrillo qui montrent toutes les rues qui serpentent sur les flancs de la Butte donnent bien envie d'y refaire un saut, ce que je ne manquerai pas de faire lorsque je serai prochainement de passage à Paris. Certes je sais qu'il me sera difficile de reconnaître les images dont je me suis rempli les yeux samedi dernier, après m'être fait tremper comme une soupe par une giboulée... de mars. Car les rues Cortot, Norvins, du Mont-Cenis ou Saint Vincent n'auront peut-être pas beaucoup changé par rapport à l'époque où l'artiste les arpentait - encore que - mais il me sera difficile d'y retrouver toute l'âme qu'il y a mise, en sublimant ce qu'il voyait pour le recréer selon son esprit vagabond.

Maurice Utrillo a peint aussi beaucoup d'églises. En dehors de sa dévotion pour la dive bouteille, au point d'être affublé du sobriquet de "Litrillo", Maurice était d'une grande piété et ne se lassait pas de représenter les maisons dédiées à son Créateur, en manière de prière, et pour lui rendre hommage. Au grand dam de sa mère qui ne comprenait rien à ces bondieuseries. Parmi ces représentations d'inspiration religieuse j'ai un faible pour l'Eglise de Villiers-le-Bel, que Francis Carco considérait comme un chef d'oeuvre, et, bien entendu, pour la Petite communiante (reproduite ci-contre et dont la reproduction provient d'un site russe ici ). 

Pour prolonger le charme, mon livre de chevet de cette semaine est Quand j'étais Montmartrois de Roland Dorgelès, qui, à la même époque, du début XXème, y a mené une vie de bohème. Extrait pour l'ambiance :

 

" Nous affections de dédaigner les femmes, qui étaient néanmoins notre préoccupation essentielle, et nous méprisions l'argent qui nous le rendait bien. " 

Francis Richard

L'exposition Valadon-Utrillo a lieu jusqu'au 15 septembre 2009 à la Pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine, 75008, Paris, tous les jours de 10 heures 30 à 18 heures.

Sites chaudement recommandés :

Le blog de la Pinacothèque de Paris (  ici )
Site officiel de Maurice Utrillo V. ( ici )

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Published by Francis Richard - dans Arts
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tilly 02/04/2009 16:09

Bonjour, j'espere que vous aimerez comme moi cet extrait du roman "Le Bonheur" de Marc-Edouard Nabe, 1988

Le personnage principal, l'artiste peintre Andréa de Bocumar (anagramme de MEN), donne une interview radiophonique où il parle des génies méconnus de leur vivant : Van Gogh, Modigliani, ... et de ceux dont le succès vécu à affaiblit le talent : Picabia, Chirico, Severini, Utrillo.

[Utrillo,] "dont le génie s'étiole, toute gloire bue...
l'I. : Vous n'aimez pas Utrillo ?
A.d.B. : Si, beaucoup, mais il ya eu vraiment chez lui Mister Star et Docteur Maudit ! Le dernier Utrillo, entre la grosse Valore et Jeanne d'Arc, passant des heures dans sa chapelle privée à embrasser des reliques avant de peindre de faux Utrillo, n'est pas celui dont sa maman était fière, le roi des cieux parisiens, le maçon des murs pisseux ! Poule tremblotante aux oeufs d'or, enfermé, exploité à fourbir des Montmartres en série, Utrillo est l'exemple type du maudit qui a raté sa malédiction, il était fait pour crever de cirrhose à 30 ans comme les autres... Il a préféré se marier que mourir...
L'I. : Ah, bon ? Pour vous alors, la femme est nocive à l'artiste ?
A.d.B. : Non, pas forcément. Sans sa mère, Utrillo n'aurait jamais peint.
L'I. : Mais sans sa femme il aurait continué, c'est ça ?
A.d.B. : (Rires) Exactement !
[fin de l'extrait]

Francis Richard 02/04/2009 18:06



Merci beaucoup pour cet extrait que japprécie.

S'il est vrai que le talent d'Utrillo a décliné tandis que celui de sa mère grandissait,  je serai bien en peine de dire qui ou ce qu'il faut incriminer dans ce déclin. La
source géniale s'est tarie. Voilà tout. Ce qui ne justifie pas de faire tomber ce peintre inspiré dans l'oubli. C'est pourquoi je trouve cette exposition particulièrement bienvenue.


Cela dit, dans ce dialogue, Marc-Edouard fait de bons mots, bien vachards, comme on n'en fait plus, à notre époque, dure d'un côté, mais bien aseptisée de l'autre. Et c'est bien
dommage. 

Dans le genre vachard, comme vous êtes une femme, et comme vous avez de l'humour, je vous fais part de ce mot d'Henri Jeanson à propos d'une autre femme : "Elle n'a l'air de
rien, mais elle n'en vaut pas plus". 



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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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