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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 09:00
Sur le marché bancaire helvétique UBS occupe une position dominante. A l'échelle mondiale, quand il s'agit de Microsoft, tout le monde s'offusque et crie au scandale : il ne faut pas que cette tête dépasse (voir mon article Chasse aux sorcières contre Microsoft par G. Millière et F. Guillaumat ). Quand il s'agit d'UBS, sous prétexte que sa disparition aurait de graves conséquences - impossibles à mesurer - pour l'économie helvétique, tous les moyens sont bons pour introduire une grave distorsion de concurrence (voir mon article Comme les autres: le Conseil fédéral veut intervenir pour sauver l'UBS ). Il est remarquable, dans ces conditions, que Crédit Suisse n'ait pas cédé à la tentation de recourir à la manne étatique (voir mon article Deux banque attitudes : UBS et Credit Suisse ).

En réalité Crédit Suisse a très bien compris que cette distorsion de concurrence présentait aussi des inconvénients. Comme je le soulignais dans mon article sur les deux banque attitudes, UBS, portant désormais un collier, "n'est plus libre de ses décisions, aux dépens de son redressement éventuel", notamment en matière de rémunérations. Elle a des comptes à rendre non seulement à ses actionnaires, mais à l'Etat, qui n'est pas le plus qualifié pour juger de leur bien-fondé. Dans la querelle des bonus l'intérêt d'avoir du personnel motivé a été occulté par l'envie que suscitent des montants importants. 

Dans l'immédiat, certes, la faillite d'UBS a été évitée, mais à quel prix ! L'Etat a apporté -temporairement nous dit-on - 6 milliards de dollars pour renflouer le navire, tandis que la Banque Nationale Suisse accordait un prêt pouvant aller jusqu'à 54 milliards de dollars. Les actionnaires, qui se sont réunis mercredi dernier en assemblée générale au Hallenstadion, se plaignent que leurs actions ne valent plus grand chose. Ils ont raison quand ils incriminent les dirigeants passés d'avoir mal piloté le bateau. Mais ils ont encore de la chance que leurs actions valent quelque chose et ils devraient remercier les contribuables de leur avoir épargné la ruine complète.

Mais est-ce moral ? Alors que l'on se voile la face devant les rémunérations des dirigeants et des cadres des banques( ici ), on trouve moral de socialiser les pertes, ce qui est un encouragement à continuer ou à récidiver, sinon dans l'immédiat, du moins plus tard. On ne veut plus tolérer que des traders ou des grands patrons gagnent des ponts d'or ou bénéficient de parachutes dorés - on n'a pas la même intolérance à l'égard des joueurs de football par exemple -, mais dans le même temps on leur épargne de devoir assumer pleinement leurs responsabilités en les mettant à l'abri de faillites et de poursuites qui pourraient, alors, être engagées contre eux.

A partir du moment où l'Etat intervient pour aider une société, le droit des contrats deviendrait caduc. Les uns demandent que les salaires des dirigeants soient limités d'autorité, les autres que les bonus soient supprimés. Mais est-ce moral ? Cela signifie tout simplement qu'il n'y a plus de droit et que l'arbitraire peut régner. Je comprends que l'on puisse être choqué que des dirigeants bénéficient de parachutes dorés quand ils ont failli à leur tâche, mais ces parachutes dorés ne sont pas tombés du ciel, ils sont contractuels. Par contre il serait moral que ceux qui ont failli renoncent d'eux-mêmes à bénéficier de telles sommes, toutes contractuelles qu'elles soient.

L'aide de l'Etat renforce la position dominante d'UBS. C'est ce qui apparaît à court terme. Elle lui permet de poursuivre son existence imméritée. Si UBS avait fait faillite, les choses auraient été claires. Elle n'occuperait plus une position dominante, également imméritée, ce qui n'est pas le cas de Microsoft. L'argent investi par l'Etat aurait pu l'être par des entreprises privées, car si tout n'est pas bon dans UBS, tout n'est pas à jeter non plus. Et des concurrents meilleurs gestionnaires, et plus compétents, auraient pu en reprendre les meilleures parts. L'aide de l'Etat, avec l'argent pris à tout le monde, n'a permis que de différer le moment d'opérer des coupes sombres. Maintenant nous y sommes.

Certains commentateurs trouvent scandaleux, d'autres désolant, que la suppression de 8'700 postes d'UBS, dont 2'500 en Suisse ( ici ), ait été annoncée lors de l'assemblée générale de mercredi par le nouveau patron depuis deux mois, Oswald Grübel (photo ci-dessus tirée de 24 Heures ici ). Ce qui porte à 19'000 les emplois supprimés par UBS depuis le début de la crise. La seule question digne d'être posée est la suivante : cela sera-t-il suffisant ? Une seule chose est rassurante : ces suppressions semblent ciblées par Oswald Grübel. C'est la gestion de fortune qui en supportera les plus gros frais. Ce qu'une faillite aurait permis, il l'accomplit de lui-même. Après, si cela s'avère suffisant, UBS retrouvera son effectif total d'il y a 5 ans, ce qui serait le moindre mal.

Le redressement d'UBS est-il en vue ? La nouvelle perte annoncée de 2 milliards au premier trimestre de cette année ( ici ) n'est pas en principe de bon augure. C'est ce qu'on voit. Ce qu'on ne voit pas - et que la bourse n'a pas vu - c'est que cette perte résulte surtout d'un nouvel amortissement de 4 milliards d'actifs toxiques après les 33 milliards amortis en 2008. Or Oswald Grübel est un patron réputé pour faire le ménage en arrivant en fonction; il aurait chargé le bateau tout de suite pour ne plus y revenir. Plus inquiétants seraient les retraits opérés par les clients, 23 milliards depuis la Suisse, au cours du même premier trimestre, s'ils n'étaient en partie compensés par l'apport de 16 milliards sur le continent américain. Où les gestionnaires sont "payés à prix d'or" : tiens, tiens !

Je pose à nouveau la question : le redressement d'UBS est-il en vue ? Difficile à dire à ce stade. En effet si UBS bénéficie maintenant d'un vrai patron, sans états d'âme, au franc-parler, qui a fait ses preuves au Crédit Suisse, reste que la justice américaine pourrait porter encore des coups fatals à UBS, grâce à l'éventuel assouplissement du secret bancaire, qui a permis à la Suisse de figurer en bonne place sur la liste grise concoctée par l'OCDE.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème. 

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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