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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 23:45

philipp-hildebrand-3.jpgPhilipp Hildebrand [dont la photo provient d'ici] a donc démissionné aujourd’hui. Il a tiré les conclusions de la faute morale commise par lui-même et par sa femme.

 

On ne peut évidemment que saluer cette décision de responsable.

 

Il était pourtant soutenu par la Banque nationale suisse, BNS, et par le Conseil fédéral, et dernièrement, en particulier, par Eveline Widmer-Schlumpf ici, présidente de la Confédération, mais aussi la meilleure ennemie de l’UDC, qui a dévoilé le scandale.

 

Dans son communiqué de ce jour il se rend à l’évidence ici:

 

"Après examen minutieux de l’ensemble de la documentation ainsi que mûre réflexion depuis la conférence de presse [du jeudi 5 janvier 2011], j’en arrive à la conclusion que je ne suis pas à même d’apporter la preuve irréfutable que ma femme a transmis à mon insu l’ordre concernant l’opération du 15 août. Je vous donne toutefois ma parole d’honneur que c’est pourtant le cas."

 

Le Matin Dimanche a publié hier ici des extraits de deux courriels, l’un envoyé par Kashya Hildebrand, l'autre par Philipp Hildebrand, à leur conseiller financier, Felix Scheuber, de la Banque Sarrasin. Ce n'était pas vraiment un scoop...

 

Le premier courriel, daté du 15 août 2011, envoyé à 13:20 par Kashya Hildebrand, n’était qu’une confirmation de l'ordre verbal, donné plus tôt par elle (on remarquera toutefois qu'elle écrit "nous") et évoqué par Philipp Hildebrand lors de sa conférence de presse de jeudi dernier. Extrait :

 

"Cher Felix, Comme discuté, nous aimerions faire passer notre position FX [Foreign Exchange, ndlr] de 31 à 50%. […]"

 

Extrait du deuxième courriel, déjà évoqué dans l'audit du Contrôle fédéral des finances du 21 décembre 2011 ici :

 

"Cher Felix, Chère Kashya, […] à l’avenir, pour des raisons de compliance [contrôle interne, ndlr.], vous n’avez pas l’autorisation d’exécuter des ordres sur des monnaies sans que l’ordre vienne de moi ou que je le confirme. […] Notez également que les positions en monnaies sur ce compte doivent être tenues au moins six mois, conformément aux règles internes de la BNS. […]"

 

Dans les annexes au communiqué publié par Philipp Hildebrand annonçant sa démission ici , figurent les mêmes courriels, en anglais. On s’aperçoit que l’extrait du message de Kashya publié par Le Matin Dimanche n’est pas une citation mais un résumé, qui n’en déforme d’ailleurs pas la teneur :

 

"Dear Felix

As discussed we would like to get out dollar FX exposure up to 50% in our account. As discussed our current dollar exposure is 31%. We would like to increase our dollar exposure to 50%. Feel free to call me if you have questions.

Kind regards

Kashya"

 

A ce message Felix répond par un autre, à 14:50. Il dit à Kashya - il ne met pas Philipp en copie - qu'il a non seulement acheté les titres convenus, mais aussi la contrevaleur de 400'000 CHF en USD, au taux de 0.7909. Kashya le remercie à 15:10 par un nouveau message, copie à son mari.



C’est après avoir reçu ce courriel que Philipp Hildebrand écrit à Felix le message dont Le Matin Dimanche a publié l’extrait ci-dessus. Juste avant cet extrait, dans ce même message le président de la BNS écrit:



"I am surprised reference to a dollar transaction in your mail. We never discussed any dollar purchases yesterday. Given Kashya's response and copy to me, I assume she gave you the order. Please confirm that. I will obviously speak to her as well today. Needless to say, Kashya has full authority on that account."

 

Ce qui peut se traduire :

 

"Je suis surpris de la référence à une transaction en dollars dans votre courriel. Nous n’avons jamais discuté d’achats de dollars hier. Etant donné la réponse de Kashya me mettant en copie, je présume qu’elle vous a donné l’ordre. Confirmez-le s’il vous plaît. J’en parlerai évidemment avec elle aujourd’hui. Inutile de dire que Kashya a plein pouvoir sur ce compte."

 

Ce courriel montre que Philipp Hildebrand était bien conscient que cette transaction était une faute morale, commise par sa femme, en conséquence par lui, puisqu'en son nom. Sans juger de ses intentions, ce courriel du lendemain pouvait, éventuellement, servir de justification ultérieure...

 

Si on comprend bien l’ex-président de la BNS, il n’aurait pas démissionné s’il avait pu prouver de manière irréfutable, que sa femme avait passé à son insu l’ordre d’achat des dollars du 15 août 2011.

Apparemment il n’admet donc toujours pas que cela ne change rien à l’affaire. Qu’il n’ait pas lui-même commis d’irrégularité directe ne l’exonère pas de responsabilité, ne serait-ce que parce que sa femme avait la procuration sur le compte en question et qu’il n’a pas annulé l’ordre d’achat des dollars, alors qu’il était encore temps de le faire quand il a appris l'opération.

Il admet seulement dans son communiqué que désormais, si la Banque nationale peut retrouver sa crédibilité en devenant plus transparente et en contrôlant mieux les transactions financières de ses dirigeants, il n’est pas sûr lui-même d’être en état, dorénavant, de toujours pouvoir faire face à sa fonction :

"Il existe cependant un risque : celui que suite à ces évènements regrettables, je ne sois plus en mesure de prendre des décisions délicates durant un certain temps et de les mettre à exécution de manière déterminée et efficace, comme je l’ai fait jusqu’ici."

 

Il demande en quelque sorte à ceux qui lisent son communiqué d’écraser une larme…

 

Francis Richard


Articles précédents :

Affaire Hildebrand: les précisions utiles de Christoph Blocher du 7 janvier 2011

Affaire Hildebrand: rien de nouveau après les explications de Philipp du 5 janvier 2011

Affaire Hildebrand: même si rien n'est irrégulier, est-ce bien moral ? du 4 janvier 2011

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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