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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 18:55

blocher 13Christoph Blocher a répondu aux questions de Titus Plattner dans Le Matin Dimanche d'hier ici [d'où provient sa photo, ci-contre].

 

Les journalistes n'ont retenu à tort de cet entretien fort instructif que la proposition faite par le stratège de l'UDC :

 

"Il faudrait peut-être [...] que l'UDC lance une initiative pour exclure l'adhésion à l'UE et à l'OTAN".

 

Ils n'ont d'ailleurs retenu que la première partie de cette proposition : "exclure l'adhésion à l'UE", annoncée la veille. Ils ont tu son argumentation, faute de pouvoir y répondre.

 

Pour se rassurer certains journalistes entonnent un air connu. Christoph Blocher était en panne de thème électoral. Il aurait trouvé cette idée de non-adhésion inscrite dans la Constitution pour l'emporter une nouvelle fois en 2011. Le salaud !

 

Titus Plattner demande ainsi à Christoph Blocher :

 

"Vous ne saviez pas sur quoi mener campagne en 2011. Maintenant, vous avez votre thème électoral."

 

L'édito de Serge Gumy de 24 Heures de ce jour ici est sur la même longueur d'ondes :

 

"A la faveur du creux de l'été, le débat sur l'Europe, soudain, ressuscite. Pour l'heure il ne mène nulle part, sinon sur le chemin pentu et caillouteux des bilatérales. Pas de quoi encore effrayer l'UDC. A moins qu'elle ne se trouve en panne de sujet fort pour sa campagne électorale ?"

 

[selon Gumy, comme le vote sur les criminels étrangers, représentés par les moutons noirs de la désormais célèbre affiche, aura lieu avant, en novembre prochain, il ne pourra donc plus resservir en 2011...]

 

A court d'imagination et en panne d'originalité, les journalistes romands emploient le même mot dérisoire, épouvantail, pour définir la manoeuvre de Christoph Blocher :

 

"L'UE reste l'épouvantail préféré de l'UDC." [Yves Petignat, Le Temps, 24 juillet 2010 ici]

 

"Faute de mouton noir, Christophe Blocher ressort l'Europe, son vieil épouvantail." [Serge Gumy, 24 Heures, 26 juillet 2010].

 

Depuis le refus par la Suisse de l'Espace économique européen en 1992, le temps n'a rien arrangé aux affaires de l'UE. La déception et la désillusion gagnent de plus en plus de terrain en Suisse: merci, entre autres, à Eric Woerth et à Peer Steinbrück, et à leurs attaques immorales contre le secret bancaire ! 

 

Le peuple - et même une partie des pseudo-élites - est de moins en moins enclin à souhaiter une adhésion à l'Union européenne :

 

"On est loin des grands élans du coeur, des déclarations d'amour à une Europe idéalisée. La crise de l'euro, la détérioration de l'image de l'UE ont fait des dégâts dans l'opinion." [Yves Petignat, Le Temps, 24 juillet 2010].

 

"Où sont passés ceux qui pensaient qu'il y a, dans cette affaire, un peu plus qu'un enjeu économique, la participation à un idéal de construction politique de paix ?" [Ariane Dayer, Le Matin Dimanche, 25 juillet 2010].

 

Comment compte-t-on répondre aux exigences de plus en plus contraignantes de l'UE ? Yves Petignat, dans Le Temps, répond : par la technique. Comme Avenir Suisse l'a fait récemment [voir mon article "La souveraineté en cause" publiée par Avenir Suisse ]:

 

"Nous sommes désormais dans un débat moins idéologique que dans les années 90, à la recherche de la meilleure solution pour conjuguer souveraineté et intérêts économiques."

 

Ariane Dayer fustige cette "technicisation ambiante", car, du coup, les idéaux européens, qui la font jouir, "paraissent dérisoires, presque obscènes".

 

En fait l'UE, que d'aucuns avaient idéalisée il y a 18 ans, a montré son vrai visage. Elle n'est pas plus attractive économiquement que politiquement et vice-versa. Elle est devenue une construction bureaucratique, sans âme et complètement inefficace. C'est un bâteau qui coule et qu'il convient de regarder sombrer, les pieds sur la terre ferme, en refusant de se laisser agripper par des mains qui se tendent pour vous entraîner avec elle par le fond. 

 

Christoph Blocher met le doigt où ça fait mal :

 

"Depuis la crise de l'euro, nos voisins sont massivement surendettés, alors que la Suisse va bien. Du coup ils veulent augmenter la pression. [...] Même si la Suisse le voulait, elle ne pourrait pas adhérer. Ou alors il faudrait renoncer à notre démocratie directe, au fédéralisme et à notre neutralité. La Suisse ne serait alors plus la Suisse."

 

Pourquoi alors ancrer la non-adhésion dans la Constitution si les Suisses ne sont de toute façon pas prêts d'adhérer ?

 

"Nous ne pouvons décemment pas, répond Christoph Blocher, lancer une initiative pour l'adhésion dans le seul but de la voir rejetée en votation. Mais nous pouvons faire l'inverse, c'est-à-dire proposer au peuple d'ancrer dans la Constitution le fait que la Suisse ne peut adhérer à une organisation qui signifierait une perte substantielle de sa souveraineté."

 

Ariane Dayer ne s'y est pas trompée :

 

"En proposant d'inscrire la non-adhésion dans la Constitution, (Christoph Blocher) est clair, tranché et lisible".

 

Le meilleur des Pascal Décaillet nous dépeint en ces termes celui que des naïfs avaient cru tuer et enterrer le 12 décembre 2007, en ne le réélisant pas au Conseil fédéral ici :

 

"Dans son combat contre l’Union européenne, le vieux lion est parfaitement clair, cohérent, il a défini une stratégie à très long terme, s’y tient contre vents et marées, se contrefout de ce qu’on dit de lui. Il est debout. Il se bat. Les aigris, les ratiocineurs ricanent. Ou font la morale. Ils ne savent faire, à peu près, que cela. Pendant ce temps, lui, dans un terrain qu’il étudie depuis quarante ans et dont il connaît chaque anfractuosité, conquiert patiemment des positions, les tient, progresse. Il n’est pas Masséna, ni Joffre, ni Nivelle : contrairement aux apparences, il est loin d’être l’homme des grandes offensives. Il serait plutôt celui de la guerre de position, tranchée après tranchée. Il n’a pas peur du temps qui passe."

 

Francis Richard

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commentaires

Catoneo 31/07/2010 10:50



Je ne connais pas assez Blocher pour juger sa queue de trajectoire, mais l'Europe bruxelloise et ses tentacules judiciaires se déconsidèrent chaque jour, à tel point qu'il n'est pas difficile de
la faire éviter par l'opinion suisse. Blocher a choisi la facilité !
Des pays en négociation d'adhésion ou qui s'y préparent, il n'y a que des suceurs de subventions bien éloignés des idéaux de Jean Monnet.
Les Islandais, un moment effrayés de leur solitude lors de la crise bancaire, trouvent aujourd'hui qu'une adhésion ne serait qu'une reddition. Leurs fondamentaux (essentiellement la pêche)
seraient immédiatement gouvernés par la bureaucratie anonyme continentale, sans parler de la mutualisation obligatoire des dettes bancaires. Ils ont mieux à faire. Se rapprocher de la Norvège
indépendante qui partage leurs valeurs traditionnelles et dispose d'argent frais.
Si la Suisse a vraiment besoin d'un espace économique intégré plus large que la Confédération actuelle, elle pourrait réfléchir à une fédération économique alpine avec des pays comme l'Autriche,
la Slovénie, fédération qui aimanterait plus tard certains débris d'états désintégrés, comme la Haute Savoie, le comté de Nice et Monaco ou la Padanie.
Mais elle peut aussi s'en sortir seule.



Francis Richard 31/07/2010 13:13



Dans un sens vous avez raison l'Union européenne est largement déconsidérée en Suisse, mais les médias et une grande partie de la classe politique, à la nette exception de l'UDC de
Blocher, essaie de relancer le débat sur une adhésion à l'Union, à défaut sur une adhésion à l'Espace économique européen ou à un accord-cadre. Le but est d'abandonner la voie
bilatérale présentée comme une impasse pour parvenir subrepticement et progressivement à l'adhésion à l'UE.  



Ben Palmer 28/07/2010 09:27



"dont le seul but est de ramener des voix au
parti"


N'est-ce pas le but principal de chaque parti :  représenter
une majorité des citoyens ? 


Et le but d'un politicien devrait être de définir les lignes
directrices pour toute décision politique.



Francis Richard 28/07/2010 10:19



Si ce n'était pas le cas nous ne serions plus en démocratie.



Le passant ordinaire 27/07/2010 05:53



Pour
les ceusses qui ne veulent pas comprendre que la politique de l’UDC est le résultat de la cogitation des têtes d’œuf zurichoise dirigée par Blocher la réponse est clair et nette : je décide
et vous la fermer, circulez, il n’y a rien à voir !


Les
cadors romands Freysinger et Perrin ne sont que des faire-valoirs urbains et agricoles  dont le seul but est de ramener des voix au parti.
 Ruer dans les brancards ne sert à rien et rappelle les rots que poussent les petits nourrissons.



Francis Richard 27/07/2010 06:55



Si Blocher continue d'être le stratège de l'UDC, ne croyez pas que les Freysinger et Perrin n'aient aucune influence. Ce serait une lourde erreur.


 


Comme le dit Christoph Blocher dans l'entretien du Matin :


 


"Ceux qui veulent me voir disparaître de la scène politique devront encore attendre. Et ensuite il leur faudra accepter que contrairement à ce qu'ils espèrent, l'UDC ne s'effondre pas."



Philippe Boehler 26/07/2010 21:34



  Merci à Francis Richard pour cette intéressante synthèse.Je viens de répercuter son billet  sur mon site
Facebook...


Pour moi, qui étais il y a quelques années un partisan de l'UE, je déplore une déruve du système, qui devient  de plus en plus CENTRALISATEUR et déconnecté de l'opinion des citoyens
européens...L'UE devient en quelque sorte un "MACHIN" (clin d'oeil au Général de Gaulle, qui utilisait  ce terme pour l'ONU)..



Francis Richard 27/07/2010 06:49



Malheureusement beaucoup d'organisations internationales deviennent assez rapidement des machins... 



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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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