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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:10

Démocratie directeDans la série opinion, la collection Le savoir suisse, éditée par les Presses polytechniques et universitaires romandes ici, publie Défendre la démocratie directe, écrit par Antoine Chollet.

 

Qui est Antoine Chollet ? Il est présenté en ces termes sur le site du Savoir suisse ici:
 

"Docteur en science politique de l’Institut d’études politiques de Paris, avec une thèse portant sur les rapports entre temps et démocratie soutenue en 2009, Antoine Chollet est actuellement chercheur au Centre d’histoire des idées politiques et des institutions de l’Université de Lausanne. Il travaille sur la théorie de la démocratie, sur les rapports de cette dernière au passé et au futur, ainsi que sur l’histoire du nationalisme suisse."

Avant de défendre la démocratie directe, l'auteur prend la défense de la démocratie tout court dont il vante les vertus qui reposent sur les valeurs d'égalité, de liberté, d'autonomie et d'émancipation.

 

La valeur d'égalité est la première de ces valeurs non seulement dans l'ordre de présentation, mais aussi aux yeux de l'auteur, qui ne cache pas qu'elle a sa préférence :

 

"Là où des inégalités surgissent - les différences d'aptitudes, de richesses, de naissance, d'éducation, etc. - l'on s'efforcera donc de les corriger, de les amoindrir, de les annuler dans le meilleur des cas."

 

La liberté vient ensuite :

 

"Le sens le plus profond de la liberté politique, en fin de compte, c'est celui de pouvoir participer, avec les mille nuances et les innombrables formes que ce "pouvoir participer" peut prendre selon les circonstances, les contextes, et, aussi, les envies et l'enthousiasme de chacun."

 

L'autonomie est à la fois collective et individuelle :

 

"Sans autonomie instituée pour tous, de mille manières différentes, il ne peut y avoir d'autonomie individuelle."

 

L'émancipation ?

 

"C'est le fait de se charger soi-même de ses affaires et d'être responsable de soi."

 

Pour l'auteur la démocratie ne peut être que "directe":

 

"Tous ses citoyens doivent pouvoir participer effectivement au pouvoir, en son sens le plus général, non parce qu'ils sont populaires ou ambitieux, qu'ils ont été élus à une charge ou à une autre, mais tout simplement parce qu'ils sont des citoyens."

 

La démocratie directe helvétique - l'auteur en rappelle l'histoire, somme toute récente dans sa forme actuelle - ne s'est pas faite en un jour et continue de se faire :

 

"Toute démocratie n'est ni un régime achevé, ni une utopie refermée sur elle-même, mais un projet."

 

Quel but poursuit l'auteur ?

 

"Mon souci ici est, pour faire court, de défendre le parti populaire contre les élites, de défendre le principe démocratique contre le principe élitiste."

 

Dans cet esprit il fait l'éloge en fin de volume de "l'homme ordinaire".

 

Quels sont les reproches adressés à la démocratie directe ? Ils relèvent de "quatre régimes argumentatifs" :

 

- l'élite est éclairée, le peuple ignorant (il faut donc lui donner la parole le moins possible)

- il existe des règles fixées définitivement et intouchables (il y a des sujets tabous)

- l'Etat est nécessaire et doit disposer d'un appareil administratif cohérent, efficace et souverain

- la pratique démocratique est dangereuse pour l'ordre

 

Dans ces reproches l'auteur voit au contraire les traits positifs de la démocratie directe :

 

"Elle est égalitaire et populaire (contre l'aristocratie), anarchique et autofondée (contre le droit naturel), antibureaucratique (contre l'Etat) et désordonnée."

 

Car, pour l'auteur, "une démocratie visera ultimement" la disparition des élites dans tous les domaines, "politique, économique, médiatique, militaire, scientifique, culturel ou autre".

 

"Une démocratie doit au lieu de chercher à les écarter ou à les délégitimer, [...] prendre en charge [les questions politiques nouvelles], en débattre et décider à leur propos lorsqu'elle le souhaite."



"Les manifestations démocratiques débordent l'Etat de toute part, et il faut tout mettre en oeuvre pour empêcher celui-ci d'arraisonner totalement ce débordement."



"Machiavel salue explicitement les désordres comme les meilleurs garants de la liberté d'une cité."



Comme on le voit la conception de la démocratie d'Antoine Chollet n'est pas conformiste. Il aggrave son cas quand il dit :



"Dans une démocratie le peuple n'a ni tort, ni raison, mais il décide. La formule correcte est donc la suivante : les décisions populaires sont toujours légitimes."

 

Une question se pose : combien de lecteurs d'Antoine Chollet rempliront-ils tous ces critères à la fois et pourront-ils se déclarer démocrates, mesurés à cette aune-là ?

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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commentaires

Simone Le Baron 23/04/2013 11:12


Bonjour,


J'ai entre le main ce livre d'Antoine Chollet que m'a envoyé un ami grec, médecin à Lausanne, à Athènes où je réside. Si l'approche D'A. Chollet est bonne pour un jeune contemporain, elle
comporte toutefois de nombreuses lacunes notamment sur la traduction de quelques mots comme par exemple "dimos", peuple. Ce qui est archifaux. Le peuple est le "laos". Le dimos est la commune qui
se dit toujours dème au 21ème siècle et n'a jamais changé de sens. Le dimos est l'assemblée des citoyens qui votent. Le laos est le peuple au sens large.


Je lui conseille donc de lire les oeuvres du grand politologue grec (mon mentor) Georges Contogeorgis dont voici quelques extraits en français.


https://www.facebook.com/GeorgesContogeorgis


J'ai également créé sa page Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Contogeorgis


Merci de votre attention


Simone Le Baron


http://simone-le-baron.blogspot.gr/


http://www.neophilellinikosanthropokentrismos.com

Francis Richard 23/04/2013 11:27



Bonjour,


 


Merci beaucoup pour ces précision !


 


Cordialement



Francis Richard 29/04/2011 18:37



@ Thierry Jallas


 


Cher Thierry, votre commentaire arrive toujours avec la mention "pas de texte".


 


Je publie donc moi-même votre commentaire que vous avez eu l'obligeance de m'adresser par courriel :


 


Quel est le rapport entre la démocratie directe et la démocratie participative ? Voir, à ce sujet, les commentaires de Christian Michel sur la démocratie
participative (« Vivre Ensemble », pages 74-75), ci-après.


 


Démocratie participative


 


Les medias se félicitent parfois que tel ou tel pays soit « en marche vers la démocratie ». On s'en fiche complètement. Ce qui compte est que chacun des habitants
acquière plus d'autonomie. Ce qui importe n'est pas la nature du gouvernement, mais les limites de son pouvoir. Un empereur de droit divin, qui respecte la sécurité des personnes et des biens et
leurs initiatives, assure mieux la paix et la justice qu'une majorité élue, raciste et rapace.


 


Un avatar récent de l'idéologie démocratique, qu'on présente comme un progrès des libertés, est la « démocratie participative ». La ville de Porto Alegre, au Brésil,
lui sert de vitrine. Selon cette nouvelle vulgate, chaque projet municipal est transmis à des comités de citoyens, qui débattent, suggèrent des amendements et recommandent des choix. Un édile de
Genève voudrait qu'on soumettre à un test de démocratie participative l'aménagement des anciennes halles de la ville. On demanderait aux habitants leurs préférences pour la réaffectation des
bâtiments. Les habitants, cependant, n'ignorent pas que le site est disponible. Ceux qui ont des idées veulent déjà les réaliser. Une société horlogère a souhaité installer ses ateliers. Quelques
associations ont suggéré des projets culturels non lucratifs. Ces initiatives viennent de gens qui ont pris la peine d'analyser les besoins du public et ils s'engagent personnellement dans la
réalisation. Si l'on préfère convoquer des assemblées de quartier, les gentils citoyens lanceront des idées sympathiques, d'autant plus facilement qu'ils n'auront pas à les mettre en pratique. La
municipalité en revanche, forte de ces suggestions à l’emporte-pièce, se dotera d'un budget financé par l'impôt et se substituera à l'initiative des gens eux-mêmes, que ce soit, par exemple,
celles de cette entreprise horlogère ou de ces associations.


 


Et c'est bien là le but des hommes de l'État. Car la puissance naît de l'action, pas du discours. La démocratie participative encourage les citoyens à palabrer et
ensuite à laisser agir les hommes de l'État. Quel contraste avec le libéralisme, dont l'affranchissante devise est : >.


 


L'objection classique à l'émancipation de l'individu est que certains ne seraient pas assez responsables pour se prendre en charge. Ils ne donneraient pas
d'éducation à leurs enfants, ils n'assureraient pas leur retraite, ils consommeraient des produits dangereux pour leur santé... Mais venant des démocrates, cette objection n'est pas recevable. Si
les gens sont assez réfléchis pour décider comment les autres doivent vivre, ne le seraient-ils pas suffisamment pour mener leur propre vie ?


 



Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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