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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 11:00

Dieu-surfe-COBERT.jpgLe livre sur les quais de Morges est un lieu privilégié pour faire connaissance avec des auteurs. Lors d'une journée marathon, le 8 septembre dernier, j'ai ainsi rencontré brièvement Harold Cobert au sortir d'une table ronde à laquelle il participait avec Anne-Sylvie Sprenger que je venais voir.

 

Ce jeune homme charmant - il vient de publier un Petit éloge du charme - m'a donné envie de lire Dieu surfe au Pays Basque. J'ai donc encore enfreint la règle proustienne que je me suis donnée de dissocier la personne de l'écrivain, de ne pas me laisser influencer par l'une au profit de l'autre.

 

La tentation était toutefois trop forte pour résister: le mot Pays Basque figurait dans le titre, le sésame pour éveiller immanquablement mon intérêt.

 

Un samedi matin de juin 2008 le narrateur se réveille en sursaut après avoir fait un mauvais rêve. Sa femme lui a annoncé que "le bébé est mort"... Ils se sont mariés le 22 septembre 2007. Ils savent qu'ils attendent un enfant depuis la deuxième quinzaine de mars. Ils se sont donc mis très vite à l'ouvrage. Son rêve serait-il prémonitoire? Toujours est-il que, ce matin-là, sa femme a des pertes de sang... et que les choses ne s'arrangent pas le lendemain.

 

Ils se sont connus pendant l'été 2005 à Biarritz. Lui sortait d'une liaison avec "une perverse narcissique" qui l'avait laissé "exsangue de sentiments et de désirs" et il venait passer des vacances chez sa marraine pour s'offrir une "parenthèse de folie" digne de ses quinze ans. Une amie lesbienne l'avait mis en relation avec elle qui ne l'était pas, qui n'avait personne et dont les parents avaient une maison ici. De prime abord, à la première rencontre, elle lui était apparue "jolie, mais pas ravissante".

 

Les yeux ne voient cependant pas les choses de la même manière quand le coeur s'en mêle. Ces trentenaires étaient rapidement devenus intimes, comme on l'est à quinze ans, c'est-à-dire obligés de refréner leurs désirs - une opportunité d'aller plus loin se présentera malgré tout peu avant de se quitter -, parce qu'ils vivaient l'un chez sa marraine, l'autre chez ses parents, où quelqu'un "pouvait débarquer à tout moment":

 

"Nous ne pouvions cependant pas nous empêcher de nous toucher. La main, le bras, les cheveux, bises, bisous, baisers. Nous étions littéralement collés, ventousés l'un à l'autre."

 

Avant de le rencontrer elle avait vécu pendant cinq ans avec un autre homme. Ils avaient eu un bébé, Ferdinand. Le 2 janvier 2001, la mort de cet enfant, né cinq jours plus tôt, le 29 décembre 2000, avait été le point final de l'histoire de leur couple. Cet enfant n'avait été qu'"une petite comète" dans leur ciel ("il avait vécu cinq jours, un siècle, un millénaire"). Pendant sa grossesse cet homme n'avait pas été tendre. Maintenant il était pleinement démissionnaire.

 

Le narrateur n'est pas croyant, du moins au début de l'histoire. Ancien élève des Jésuites, il a fait le pari pascalien à l'envers:

 

"Plutôt que de miser sur l'existence de Dieu et de régler ma vie sur Ses préceptes, je préfère jouer - et jouir - ici et maintenant."

 

Illustration de la citation de Dostoïevski, mise en exergue du livre:

 

"Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis."

 

Seulement quand son rêve morbide est avéré - sa femme fait une fausse-couche et est délivrée par des moyens qu'il qualifie de médiévaux -, il s'en prend tout de même au Créateur, quel que soit son nom, de manière blasphématoire. Il est superstitieux à rebours. Peut-être aurait-il fallu ne pas annoncer cette grossesse à tout le monde avant d'être sûrs de leur fait. Mais il regimbe:

 

"La poisse, la chance, le hasard, les signes, le destin, Jéhovah, Dieu, Allah, tralalla youpi, je m'en fous. Tout ça, c'est des conneries. Ils se sont tous barrés surfer au Pays Basque et laissent le monde courir à sa perte."

 

Les derniers mots de cette histoire, qui se termine bien, deux ans plus tard, sont cependant:

 

"Et Dieu merci."

 

Ce roman, qui est une version actuelle, et en prose, du Revenant, le poème de Victor Hugo, est le témoignage de ce que peut ressentir un futur père pendant la grossesse de son aimée et de sa douleur quand ils perdent leur enfant à naître, dans des lieux qui se révèlent inhospitaliers, avec des détails très prosaïques, qui rappelleront des souvenirs à ceux qui, comme moi, sont passés par là. L'auteur le fait heureusement sur le ton de la dérision, voire de l'autodérision.

 

Le narrateur s'illumine ainsi quand sa femme emploie dans une phrase son fameux "un petit peu" - au tout début elle lui avait envoyé ce texto: "je vous aime... enfin, un petit peu" - qui est sa litote préférée. Il rit de sa propre gaucherie, de sa timidité maladive, de ses remarques mondaines de "chien de salon". Ce mec du Sud-Ouest a du sang basque dans les veines et Cyrano, d'Artagnan sont ses "cousins germains mythologiques", sous la tutelle desquels il se place pour se donner du courage.

 

Enfin il donne un aperçu du Pays Basque qui fera sourire les connaisseurs:

 

"Ici, il y a des priorités non négociables: le rugby, le surf, les potes, l'apéro et les nanas."

 

Francis Richard

 

Dieu surfe au Pays Basque, Harold Cobert, 160 pages, Editions Héloïse d'Ormesson

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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