Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:45

Petit Pierre Delsol L'Education nationale française qui se prétend le meilleur système au monde avec un effectif comparable à celui de l'ex-Armée rouge a pour résultats mirifiques : illettrisme et échec scolaire.

Dans son dernier livre, La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire, paru dans la collection Tribune libre chez Plon ici, Chantal Delsol explique quelle idéologie sous-tend ce système qui serait parfait.

Il est intéressant de lire ce livre du fait que cette idéologie sévit dans d'autres pays, même si en France elle est pousssée au paroxysme dans ses effets néfastes.

La base de cette idéologie est l'invention d'un enfant qui n'existe que dans le cerveau perverti de ses promoteurs. Le système unitaire français, qui n'autorise pas de penser autrement, a empêché de se rendre compte que cet enfant inventé était un déni de réalité.

Quel est cet enfant inventé ?

"L'enfant est considéré [...] comme un citoyen à part entière, déjà doté de toutes les capacités et attributs nécessaires. [...] Il est autonome de nature, et il s'agit seulement de laisser s'épanouir en lui ses capacités."

Cette conception de l'enfant, où l'on refuse de voir en lui "un être en devenir et attendant pour se structurer des modèles adultes" est à l'origine du déficit d'autorité qui se manifeste à l'école. L'enseignant ne peut plus être un maître que l'enfant respecte parce que :

 

"On commence par enseigner à l'enfant la liste de ses droits, comme s'il était un adulte responsable de soi et capable déjà de savoir à quels devoirs l'exposent ces droits. Il est le roi du monde." 

Cette idéologie provient de la démocratisation généralisée, supposée s'appliquer à tout. Chantal Delsol montre que la démocratie ne peut s'appliquer qu'à la société civile parce qu'il s'agit d'une société ouverte qui "transforme ses finalités au gré du temps".

 

La démocratie ne peut pas s'appliquer à des sociétés fermées qui se donnent des "finalités précises" telles qu'un syndicat, une armée, une église, avec des règles à observer connues à l'avance. L'école est justement une société fermée :

 

"Elle se donne pour but d'élever l'enfant à une vie adulte et raisonnable en l'insérant dans le monde culturel qui est le sien."

L'égalité des chances était réelle naguère. Il s'agissait d'offrir à tous les possibilités de s'élever, sans garantie de succès, puisque celui-ci dépendait des talents et des efforts de chacun. La réussite n'était pas encore devenue un droit pour tous. Il y avait égalité des conditions et non pas des situations :

"L'école républicaine des origines était fondée sur la certitude que tout enfant peut acquérir un savoir de base, essentiel pour accéder à l'autonomie citoyenne et à la maîtrise de son propre destin."

Petite parenthèse : mon père, né en 1906, n'avait que le certificat d'études. Il avait appris à lire, écrire et compter. Ce savoir de base  lui a permis de réussir professionnellement de manière exceptionnelle, tout aussi bien, voire mieux que son frère qui était sorti d'une grande école.

 

L'égalitarisme n'a rien avoir avec cette conception de l'égalité des chances puisqu'à l'école "tous sont censés tout y apprendre", sans tenir compte de la différence des esprits. En conséquence on enseigne d'abord le tout avant les éléments, globalement au lieu de partir du b-a-ba, et les notes sont proscrites puisqu'elles feraient ressortir les différences.

Le pire est que ce "système égalitaire ne produit pas du tout une société égalitaire, mais un vaste marché noir de la distinction". Chantal Delsol raconte ainsi comment les plus malins contournent la carte scolaire pour mettre leurs enfants dans les meilleurs établissements.

De même l'égalitarisme conduit à sélectionner les enseignants sur le seul savoir, sans tenir compte de leur pédagogie et de leur vocation... Une fois réussi leur concours ils deviennent fonctionnaires à vie et ne doivent pas leur avancement à leur mérite, mais à l'ancienneté. Dans ces conditions il faut être très motivé et avoir vraiment la vocation pour accomplir son devoir...

Le refus de la sélection conduit à un système hypocrite. Il y a d'une part l'élite émoulue des grandes écoles fortement sélectives, de l'autre la masse des étudiants qui sortent d'une université non sélective sans diplôme - deux tiers des étudiants abandonnent après la première année - ou avec des diplômes sans valeur :

"Il y a une telle différence entre l'université et la vie que, sorti des campus, l'étudiant ne reconnaît plus le monde."

Ce qui alimente son ressentiment et sa révolte... Tout cela parce que l'on refuse d'admettre que la diversité est la loi de la vie. Quand on est bien obligé de l'admettre, on refuse de lui reconnaître une légitimité...

Les Français sont fâchés avec l'argent et avec l'économie. Ils sont au-dessus de ces contingences matérielles. L'école et l'université sont donc gratuites pour tous, les moins aisés comme les plus aisés, au nom de l'égalité. Il ne faut pas faire apparaître qu'il y a des nécessiteux, au détriment d'une réelle solidarité mais au bénéfice des plus aisés. C'est un encouragement à la facilité, à la paresse, à la ruse, à l'indiscipline. Pourtant :

 

"Ne mérite l'estime que ce qui coûte, pas forcément de l'argent, mais de l'effort." 

Dans cet esprit les Français ne refusent pas de recevoir toujours plus de bienfaits gratuits, qu'ils considèrent comme des droits, car ils sont de fervents adeptes de l'Etat-Providence, responsable pourtant de leur paupérisation :

 

"Les droits deviennent exponentiels comme l'exigence de recevoir."

Les formations professionnelles sont dépréciées en France :

"Dans ce pays travailler uniquement avec son cerveau est infiniment plus respectable que travailler avec ses mains."

Du coup il y a peu de places dans l'enseignement technique, alors qu'il y a plein de débouchés, et beaucoup de places dans l'enseignement général, alors qu'il n'y a que très peu de débouchés. La création du collège unique n'a fait que dévaloriser encore plus les filières professionnelles sous prétexte d'égalité.

Le système scolaire français ne fonctionne pas pour la bonne raison qu'il est immense et ingérable :

"On se trouve devant un gaspillage d'argent et de talents, non pas du tout volontaire ni dû à la désinvolture, mais inhérent à l'organisation."

Ce système planifié engendre l'irresponsabilité de ses acteurs et, pour eux, la nécessité de combines telles, par exemple, que le recours au PACS pour être mutés à l'endroit désiré. Tout le monde en France sait ce qu'il faudrait faire pour y remédier mais, se heurte à l'opposition des personnels de l'Education nationale, idéologues et corporatistes confondus.

Que dit, dans un récent rapport, la Cour des Comptes ?

"Elle réclame la différenciation des moyens d'enseignement, l'accompagnement individualisé, la reponsabilisation des établissements : autrement dit, l'assouplissement général de la Machine, soit une libéralisation des énergies, des responsabilités et des autonomies."

Pour obtenir cet assouplissement du Mammouth, seraient bénéfiques la mise en concurrence de ce monopole avec le privé, où les élèves sont "mieux tenus", et le libre choix, qui est à la base de notre culture "où la personne est censée être autonome".

Pour ce faire, il faudrait justement que le monopole de la collation des grades soit aboli à l'université - il commence à être contourné par la collation de grades européens dans les universités privées - et que les écoles, collèges et lycées privés puissent dépasser le quota actuel de 17% d'élèves, respecté par les gouvernements de gauche comme de droite.

L'autonomie des universités fait l'objet du dernier chapitre du livre. Elle n'est pas cet épouvantail qu'agitent les personnels de l'Education nationale pour l'empêcher. Il faut dire que ces derniers s'accrochent à leur privilège de salaire à vie et à leur place inamovible, récompenses d'un mérite
qu'ils n'ont démontré qu'en début de carrière :

"A l'heure qu'il est les personnels de l'Education nationale savent bien que toute réforme profonde - apte à répondre aux problèmes - ira dans le sens d'une diminution de leur protection statutaire. Aussi préfèrent-ils que l'institution moisisse en l'état, dans un environnement de plus en plus délabré, avec des salaires bas par rapport à leurs homologues étrangers."

Entre-temps le scandale continue : le petit Pierre ne sait pas lire.

Francis Richard

PS du 27 septembre 2011 :

Le grand Francis croyait ne plus savoir lire [voir le premier commentaire]. Il n'en est rien. Voici la couverture de mon exemplaire du livre de Chantal Delsol. A comparer avec la couverture qui illustre l'article et qui provient du site Amazon.fr :

Petit-Pierre-Chantal-Delsol.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by Francis Richard - dans International
commenter cet article

commentaires

Catoneo 28/09/2011 18:05



Le Mammouth est carrément crevé !


En contrepoint du bouquin de Delsol, vous avez sur Atlantico l'entretien de Natacha Polony qui explique la destruction du professorat depuis les réformes Lang.


A preuve les postes de CAPES ne sont pas tous remplis faute de candidats.


http://www.atlantico.fr/decryptage/natacha-polony-greve-enseignants-education-nationale-crise-due-decennies-destruction-forme-autorite-190996.html



Francis Richard 29/09/2011 06:37



Merci beaucoup pour le lien et pour votre commentaire.


 


Je relève que Natacha Polony parle de "pédagogies modernistes et constructivistes centrées sur l'enfant". Ce sont de telles pédagogies qui
ont également sévi dans l'école vaudoise ... et qui ont suscité l'initiative "Ecole 2010" qui a malheureusement échoué :


 


http://www.francisrichard.net/article-l-initiative-ecole-2010-pour-sauver-l-ecole-vaudoise-83013792.html



DF 26/09/2011 11:33



Il n'est pas forcément dans mes habitudes d'intervenir sur des questions d'orthographe, mais "illettrisme" avec un seul T, au début de votre billet, fait un peu mal aux yeux... surtout vu le sens
de ce substantif. :-)



Francis Richard 26/09/2011 13:32



Vous avez tout à fait raison. C'est corrigé. Merci !


 


J'étais bien fatigué hier. Initialement je n'avais pas reproduit le titre exact du livre que j'avais sous les yeux... Du coup dans les moteurs de recherche on trouve mon article  sous La
détresse de petit Pierre qui ne sait pas lire.


 


Autrement dit, le grand Francis ne sait pas lire non plus !  



Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages