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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 00:05

Thomas-Minder-le-3.03.2013.jpgLa Suisse est un pays de tricheurs. Ils profitent de ce qui leur plaît dans l'Union européenne, via les accords bilatéraux, et rejettent ce qui leur déplaît. Ils vivent richement, aux dépens des autres.

 

La Suisse est un pays du secret. Des exilés fiscaux s'y réfugient. Des évadés fiscaux s'y planquent. Ils y apportent leur argent gagné ailleurs, lestant la charge fiscale des restants.

 

La Suisse est un pays de banques, dont les coffres-forts regorgent de l'argent sale du monde. Pas étonnant que les Suisses soient riches. Ils vivent largement de la finance anonyme et vagabonde.

 

A aucun moment ceux qui parlent ainsi de la Suisse, ne cherchent plus loin. Ils se satisfont de cette image caricaturale, qui explique si bien pourquoi chez eux rien ne marche. Car c'est la faute à la Suisse! Comme c'était la faute à Voltaire ou à Rousseau...

 

Il faut les faire plier ces Suisses. Il faut leur faire comprendre que leur insolente réussite est terminée. Et qu'ils devront cracher au bassinet, comme tout le monde.

 

Au-delà de cette caricature facile, il y a la réalité.

 

Et la réalité, c'est que les Suisses travaillent pendant que d'autres roupillent (le nombre d'heures à temps plein est un des plus élevés du continent, sinon le plus élevé: 1'914 heures annuelles en 2011).

 

Et la réalité, c'est que le secteur bancaire ne représente que 10,5% du PIB du pays en 2011 (la législation helvétique contre le blanchiment est une des plus sévères au monde) et que la Suisse excelle dans la microtechnique, dans la biotechnologie, dans la chimie, dans la pharma, dans l'alimentaire, dans l'assurance etc.

 

Et la réalité, c'est que la Suisse, comme le reconnaît Christian Saint-Etienne dans France: état d'urgence, a un système scolaire performant, que son régime fiscal (dû à la concurrence fiscale entre cantons) est incitatif, que les universités y coopèrent avec le privé, que son environnement macro-économique est stable, que ses institutions sont transparentes, que ses infrastructures sont de qualité, que son marché du travail est fluide (d'où un taux de chômage de 3,4% en janvier 2013, considéré ici pourtant comme élevé...).

 

Et la réalité, c'est que la Suisse intègre mieux ses étrangers que les autres (22,8% de la population en 2011).

 

Et la réalité, c'est que la Suisse est moins endettée que les autres (35% du PIB en 2011).

 

Mais tout cela ne compte pas... même si la Suisse démontre par là-même, en étant beaucoup plus libérale que les autres pays qui l'entourent, que le libéralisme, indépendamment du fait qu'il respecte les droits naturels, est plus efficace, même quand il est encore tout relatif...

 

Il a suffi que la votation sur l'initiative Thomas Minder "Contre les rémunérations abusives" obtienne 67,9% des suffrages dimanche dernier, pour que l'opprobre jeté sur la Suisse soit miraculeusement levé. Momentanément...

 

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a déclaré à propos de cette votation:

 

"Une excellente expérience démocratique où les Suisses montrent la voie et personnellement je pense qu'il faut s'en inspirer"

 

Le secrétaire-général du PS français, Harlem Désir, s'est exclamé:

 

"J'ai envie de dire: "Vive les Suisses!""

 

Le porte-parole de Michel Barnier, commissaire européen aux services financiers, Stefaan De Rynck, a opiné le 4 mars 2013:

 

"Nous prenons acte du vote important qui a eu lieu hier en Suisse"

 

Bref, tous ceux qui se prononcent d'ordinaire contre la libre économie, qui réussit si bien à la Suisse, dans une version relative pourtant, se réjouissent du résultat de cette votation. Cela ne laisse pas d'être inquiétant et devrait faire réfléchir tous ceux qui, guidés par l'envie et le populisme, ont voté pour ces dispositions liberticides.

 

Ce soudain engouement pour la Suisse sera sans lendemain, rassurons-nous. Cette intrusion législative dans le fonctionnement des entreprises pourrait cependant bien être un premier pas vers leur mise sous tutelle, surtout si les actionnaires des 260 sociétés suisses cotées en bourse, dans leur intérêt bien compris, ne décident pas de limiter les rémunérations de leurs managers comme le voudrait tant le monde politico-médiatique, toujours prêt à battre les montagnes alpines.

 

Gageons que l'interdiction des indemnités d'entrées et de sorties sera alors suivie d'autres interdictions, d'autres limitations et que les belles paroles de Thomas Minder, qui veut avoir le triomphe modeste, après avoir semé ses grains de servitude dans cette affaire, ne changeront rien au fait que les grands managers d'envergure seront moins bienvenus en Suisse et que cela lui sera préjudiciable.

 

Alors il faudra faire marche arrière. Ce qui est toujours possible en Suisse par la voie démocratique. Et nulle part ailleurs...

 

Francis Richard

 

La photo de Thomas Minder qui illustre cet article provient d'ici

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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commentaires

Ben Palmer 09/03/2013 04:53


"Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a déclaré à propos de cette votation:


"Une excellente expérience démocratique où les Suisses montrent la voie et personnellement je
pense qu'il faut s'en inspirer"


Sauf que le cas échéant ce sera le gouvernement qui prendra la décision en France, sans s'en référer à l'avis de la population. Différence !

Francis Richard 09/03/2013 07:35



Oui. Et les actionnaires des sociétés n'auront rien à dire non plus...



MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 06/03/2013 09:08


VOus parlez des infrastructures de qualité en Suisse.


Je voudrais vous transmettre un de mes souvenirs : stupéfait je me suis arrêté un jour au cours des années 1967-1970, alors que je reliais MORTAUT à BERNE par NeufChâtel, quelque part, dans l'une
des villes du trajet. Littéralement : arrêté ! devant des travaux en cours de réalisation de canalisations souterraines d'eau potable. Ces canalisations étaient... émaillées de teintes marrons !
Revenat sur mes pas pour rentrer quelques jours plus tard, j'ai vu que les tranchées de côté des rues étaient recouvertes de panneaux amovibles parfaitement ajustés formant trottoirs !


J'ai compris qu'au contraire de la France où les services divers passent leurs temps à ouvrir et refermer mal des tranchées en travers de routes, sans aucun concertation entre eux, en Suisse, les
tranchées PROPRES, ASSAINIES et PERENNES étaient réalisées de manière à permettre toutes interventions avec le minimum d'effort et sans aucun perturbation du trafic routier ! D'où des routes
pérennes elles-mêmes !...


Voilà un exemple de mémoire de ce que j'ai vu et qui m'est resté comme un modèle en tête quand j'ai dirigé un village de 200 maisons durant DIX ANS, en Île-de-France... J'ai toujours été déçu du
manque d'intelligence de tous les services soit-disant "publics" français dont j'ai pu voir l'EDF rouvrir une tranchée en travers des routes après que les Eaux l'ai refermée et avant que
l'assainissement communal n'en rouvrent encore d'autres au même endroit ! C'est dingue la connerie avec son corollaire, la PRETENTION, des imbéciles aux commandes en France, comme dirait Mr
TAYLOR de TITAN.

Francis Richard 06/03/2013 13:45



Et cette dinguerie n'a pas encore donné tous ses effets...



Claude 06/03/2013 08:41


Bonjour Francis,


Effectivement les marchés n'ont rien corrigé du tout. Cela dit, les commentaires que j''entends au sujet de la Suisse m'insupportent bien qu'ils changent de ceux que j'entends -très caricaturaux
voire mensongers -  en général.


Je crois que nos "admirateurs" du moment vont vite déchanter car ils n'ont pas compris grand'chose à cette votation. D'abord j'ai entendu dire que 68% de la population avait voté
pour cette initiative quand on sait les taux de participation habituels, c'est risible. Ensuite, on croit que les hauts salaires vont être interdits et la France, plutôt les clowns qui nous
gouvernent en ce moment, se réjouissent de pouvoir en faire autant et là ce sera réel pour les malheureux Français.


Bref, la Suisse se socialise mais heureusement quelques résultats de votations cantonales montrent que tout n'est pas encore perdu.


Très bonne journée


Claude

Francis Richard 06/03/2013 13:43



Bonjour Claude,


 


Effectivement les hauts salaires ne vont pas être interdits et ne sont pas près de l'être.


 


Aussi est-ce surtout l'intrusion de la loi dans le fonctionnement des entreprises qui me semble dangereuse pour elles.


 


Bien à vous,


 


Francis



Achille Tendon 06/03/2013 00:57


Tous les sentiments sont permis après cette votation et on peut tout imaginer quant à l'avenir des grosses "boutiques" de notre pays et accessoirement du futur de la Suisse.


Nous dirons simplement que les marchés ont horreur des exagérations. Celles-ci se corrigent d'elles-mêmes avec pour raison pricipale le bon sens du client, de l'individu, de l'investisseur!


Et nous nous trouvons là pile-poil dans le centre de la cible: il n'était plus concevable que de telles distorsions de revenu/mérite continuent à exister, surtout quand il est apparu que les
soit-disant génies d'un  jour (payés au-delà de tout entendement) dans telle ou telle entreprise avaient en fait précipité un revers de fortune menant nos autorités à venir au secours (avec
nos petits deniers de modestes contribuables) de l'entreprise concernée pour éviter un "bouillon" qui aurait pu être hautement dommageable à la santé financière de notre pays!


Donc, le marché a corrigé:


Nous l'écrivions dans la revue mensuelle d'une grande banque internationale en août 1987, juste un mois et demi avant le krach du 19 octobre :


LES ARBRES NE POUSSENT PAS JUSQU'AU CIEL !


Dans le prolongement de toute cette affaire, n'oublions pas que la Suisse a toujours été bien placée dans ce carrefour européen, tant au plan géographique que financier et pour vous en persuader,
lisez ce blog qui n'en reste pas moins d'actualité:


http://tatanka.blog.tdg.ch/archive/2012/09/22/touche-pas-a-calvin-precurseur-du-secret-bancaire1.html


Histoire d'avoir un peu de recul sur les affres du jour !!!


Et du coup, NOUS (les électeurs) faisons la leçon à nos voisins dont le système démocratique n'en a souvent que le nom !!!

Francis Richard 06/03/2013 01:04



Ce ne sont pas les marchés qui ont fait les corrections...



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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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