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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 09:15

DimitrijevicCe livre a été publié une première fois il y a près de vingt-cinq ans. Il n'a pas pris une ride. Il a été écrit sous une forme singulière. En effet, en principe, il s'agit d'un livre d'entretiens. En réalité seul Vladimir Dimitrijevic semble parler et seul Jean-Louis Kuffer semble tenir la plume. 

Jean-Louis ne se contente pas de transcrire ce que Vladimir lui  dit au cours de longs entretiens. Il fait oeuvre d'écrivain en réécrivant ces dialogues sous la forme de monologues qui rendent vie aux paroles de Vladimir sous une forme achevée. Il est donc justifié que le livre soit signé par les deux.

Vladimir Dimitrijevic est une figure dans le monde de l'édition. Comme l'avait traité un de ses professeurs, parce qu'il en savait plus que les autres élèves, cette petite tête serbe nous raconte comment il quitte la mère Serbie, en 1954. C'est un nouveau et plus grand déplacement que celui qui l'a conduit de sa Macédoine natale à Belgrade quand il était enfant. Cette fois le déplacement se fait clandestinement, en prenant des risques. Car un rideau de fer est désormais baissé tout autour de la Yougoslavie communiste du camarade Tito.

Pour Vladimir il s'agit de se consacrer entièrement à  la première de ses deux passions, que sont la littérature et le football. Cet amoureux des livres ne va pas se contenter de les lire. Dans un premier temps, après avoir accompli divers boulots en Suisse où il s'est exilé, il va les vendre en devenant libraire. Dans un second il va se lancer dans leur édition, sous le vocable devenu mythique de L'Age d'Homme ici, avec des idées et des objectifs dont il a très tôt les grandes lignes en tête, mais qu'il saura affiner au fil du temps et des circonstances.

Comme le rappelle Jean-Michel Olivier, actuel directeur de la collection Poche Suisse, en quatrième de couverture du livre :

Les Editions L'Age d'Homme "auront publié près de 4000 titres dans les domaines les plus divers: le monde slave, classique et contemporain, représente environ le quart du catalogue. La Suisse, bien évidemment, constitue le fonds même du travail de la maison, avec quelque 1500 titres traitant de tous les aspects de la culture helvétique: littérature, histoire, sociologie, philosophie, théâtre, cinéma."

Ce qui est une aventure éditoriale hors du commun.

Que de chemin parcouru par celui qui se disait barbare parce qu'il croyait ne jamais pouvoir combler son retard sur les soi-disants civilisés du monde libre, dont il avait gagné les rives pour s'échapper de son pays sous le joug !

Ce lecteur impénitent et intelligent, pour qui le livre est salvateur, est devenu un passeur dans tous les sens du terme. Il nous fait passer les frontières, comme il l'a fait une première fois, physiquement, à vingt ans, en nous ouvrant le monde entier, qu'il soit anglo-saxon, européen de l'est, français, germanique, italien, slave ou suisse, sans que la liste ne soit exhaustive. Il nous fait passer le nom des véritables écrivains. Il nous les révèle au milieu de l'immense production de livres utilitaires ou de simple divertissement - il en arriverait même à me culpabiliser en raison de mon penchant pour les thrillers et autres livres bien fabriqués par des professionnels ...

Quand on a lu ce livre, on se dit qu'il faudrait vivre plusieurs vies pour avoir le temps de lire tous les livres que Vladimir a lus, pour lire au moins ceux qu'il nous recommande si nous voulons comprendre quelque chose à l'homme. Car Vladimir est un lecteur qui est à la fois exigeant et plein de mansuétude. D'un auteur il ne retient pas que le meilleur. Il prend le tout, comme on ne peut apprécier un ami qu'en aimant ses défauts autant que ses qualités.

Cet amoureux du mot juste est féroce pour ceux qui abusent de la langue française et lui font perdre sa beauté,  par des expressions détournées de leur sens ou qui en sont tout simplement dépourvues. Il nous fait passer des messages tels que celui-ci qui reste d'actualité :

"Sous le couvert d'un simulacre de rigueur et d'exigence, l'empire de l'à-peu-près s'est répandu, qui culmine dans l'expression quelque part"

Enfin ce croyant nous transmet ce mot de passe qui devrait illuminer notre vie :

"La somme des instants où l'on sent les choses devenir sans poids et de la vie émaner un parfum constitue pour moi la preuve de la communion avec Dieu".

Francis Richard

Ne manquez pas le portrait-interview de Vladimir Dimitrijevic, fondateur et directeur des Editions L’Âge d’Homme, sur France 2, dans l’émission Orthodoxie dirigée par le père Ozoline :

Dimanche 14 Mars 2010 de 9h30 à 10h (1ère partie), le dimanche
4 Avril 2010 9h30 à 10h (2ème partie) et le dimanche 9 Mai 2010 de 9h30 à 10h (3ème partie).

Nous en sommes au

602e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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Published by Francis Richard - dans Poche Suisse
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commentaires

anne brassie 01/07/2011 15:52



Nous sommes tous deux peiner de la disparition de Vladimir Dimitrijevic.Il ne sera plus jamais une personne déplacée.Il est à sa place auprès de Dieu.Amitié


Anne B



Francis Richard 01/07/2011 21:13



Tu m'apprends, chère Anne, la disparition de Vladimir. Je suis effectivement peiné tout comme toi de sa disparition. Comme tu le dis la place de ce croyant est auprès de Dieu.


 


Amitiés,


 


Francis


 


 



Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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