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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 12:00

Echec euroTelle était le titre de la conférence organisée à Genève, mercredi soir 21 novembre 2012, par l’Institut Libéral.

A cette question ont répondu deux intervenants, Philippe Simonnot et Pierre Leconte, qui ont traité chacun un thème connexe.

Philippe Simonnot, économiste, co-auteur de La monnaie, histoire d’une imposture, a montré dans sa communication que la manipulation monétaire était à la source des crises.

Qu’est-ce que la monnaie? La monnaie est à l’origine une marchandise, qui facilite l’échange volontaire entre deux parties qui y gagnent.

En l’absence de monnaie, plus le nombre de marchandises augmente, plus le nombre de prix nécessaires pour les valoriser entre elles, et les échanger, augmente. Ainsi l’échange de 100 marchandises nécessite-t-il la fixation de 4'950 prix. En présence de monnaie, chaque marchandise a son  prix. Il suffit donc alors de fixer 100 prix. Ce qui correspond à la loi humaine du moindre effort…

Quelles sont les qualités requises pour une monnaie? La facilité de transport, la sécurité, la divisibilité, la conservation de valeur à travers le temps.

Très naturellement, et très spontanément, les métaux précieux, qui ont ces quatre qualités, ont joué le rôle de monnaie-marchandise. Il n’y a pas eu besoin d’intervention de l’Etat pour ce faire, sinon, éventuellement, pour certifier leur aloi, comme peuvent être certifiés par lui les poids et les mesures.

Dans le cas des poids et mesures, l’intervention de l’Etat est bénéfique parce qu’ils ne sont pas facilement modifiables, tandis que, dans le cas de la monnaie, celle-ci étant modifiable à l’envi, elle peut ne pas l’être du tout. Car, la tentation est grande pour l’Etat de succomber au vice de modifier l’aloi, ce à quoi il s’est adonné sans vergogne quand il s’est finalement approprié la monnaie.

La monnaie-marchandise – c’est-à-dire les métaux précieux –, a été remplacée par de la monnaie de banque. A ce sujet, parmi les partisans de l’économie de marché, il y a deux écoles qui s’affrontent: celle qui défend les réserves à 100% et celle qui défend les réserves fractionnaires.

Dans le cas de 100% de réserves, les dépôts sont disponibles à tout instant, ce qui empêche toute utilisation frauduleuse, mais pose la question du paiement du service bancaire. Cette école s’inscrit dans la tradition du droit romain.

Dans le cas des réserves fractionnaires, les banquiers créent plus de monnaie qu’il n’y a de réserves. Les banquiers gagnent de l’argent et disposent d’un pouvoir explosif. Cette tradition remonte aux banquiers juifs et s’inscrit dans celle du talmud.

Le principal défaut de cette dernière école est que la concurrence aboutit à des oligopoles qui, étant de plus en plus gros, peuvent faire appel aux banques centrales, organismes étatiques, pour se refinancer. Se pose alors la question posée par Juvénal en son temps: qui garde le gardien? Autrement dit, qui empêche les banques centrales de créer de la monnaie indéfiniment ?

En matière monétaire le seul gardien possible est l’or. Il a été progressivement abandonné. En 1914 les gens ont pris peur et ont réclamé leur or et, en conséquence, l’étalon-or a été suspendu. A partir de là, par étapes successives – Gênes en 1922 et Bretton Woods en 1944 –, l’or a peu à peu perdu son rôle de gardien qui empêchait les crises.

Le 15 août 1971, la décision unilatérale de Richard Nixon de non convertibilité du dollar en or a parachevé la suppression de ce gardien, ouvrant la voie à toutes les crises qui ont suivi.

De Napoléon à la guerre de 1914 le franc français n’avait pas bougé. A partir de 1914 jusqu’à sa disparition, il a perdu 99,99% de sa valeur…

Pierre Leconte, président du Forum monétaire de Genève, dans sa communication, a expliqué pourquoi l’euro a échoué [la photo ci-dessus provient d'ici].

Selon lui il y a cinq niveaux d’explication:

-          L’euro n’a pas une qualité supérieure aux monnaies nationales: on est passé d’un monopole étatique au niveau national à un monopole étatique au niveau supranational;

-          La convergence entre les pays de la zone euro n’a pas eu lieu, que ce soit au niveau macro-économique ou au niveau micro-économique;

-          La zone euro n’a pas un caractère optimal;

-          La construction européenne n’est pas plus démocratique qu’auparavant, au contraire;

-          L’euro ne fait pas le poids dans la concurrence avec le dollar (62% des réserves des banques centrales sont libellés en dollars, 24% en euros). 

La construction européenne a échoué parce que les technocrates à la tête de l’UE ont dissimulé aux peuples que leur objectif réel était de créer un Etat supranational et parce qu’il s’agissait d’une construction constructiviste: ils pensaient se servir de l’union monétaire pour aboutir à l’union politique (et ils le pensent toujours).

Les hommes politiques comme Charles de Gaulle avaient opté pour une coopération intergouvernementale et le maintien des monnaies nationales. Au lieu de cela les hommes politiques européens ont préféré opter pour une intégration forcée.

De cette intégration forcée il est résulté une confiscation des processus démocratiques  – comme les peuples ne veulent pas de cette intégration, on ne les consulte plus –, et une régression sociale – dans certains pays le taux de chômage atteint 25 à 30%.

Les pays faibles de la zone euro ont, comme les autres pays de la zone, emprunté de manière colossale, l’argent étant créé sans frein par les banques centrales. Les critères de Maastricht n’ont été respectés par aucun de ces pays. Comme monnaie unique ne signifie pas taux uniques, les difficultés ont finalement grandi pour les pays les moins crédibles, qui s’étaient jusque-là comportés en passagers clandestins.

Au sein de cette construction forcée, les pays les moins touchés veulent de moins en moins venir au secours des plus touchés. Cela se passe de même à l’intérieur des pays entre régions plus ou moins riches. La mutualisation des dettes y est par conséquent impossible, de même que les transferts. Les divergences économiques ne permettent pas non plus d’union fiscale qui serait refusée par les pays les plus vertueux et qui serait pourtant indispensable à une union monétaire.

Des économistes qui ne sont pas libéraux, tels que Jacques Sapir, en viennent à dire que la fin de l’euro ne serait pas un drame…

Alors, comment en sortir?

Il faudrait ne pas oublier que, quand il n’y a pas liberté monétaire, il n’y a pas non plus de liberté économique, ni de liberté politique.

Il faudrait redonner à l’or son rôle de monnaie, et de gardien, non pas en fixant des parités à la faveur d’une conférence monétaire, qui n’aura jamais lieu, mais en faisant le pari du marché pour les déterminer.

L’annulation du cours légal de la monnaie et la suppression de la taxe fiscale sur l’or devraient alors permettre l’éclosion d’une concurrence des monnaies jusqu’ici taboue, où les banques aux réserves à 100% pourraient bien, par le marché, prendre l’avantage sur les autres. 

Francis Richard

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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Published by Francis Richard - dans Economie
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commentaires

gidmoz 24/11/2012 13:59


Philippe Simonnot dit justement qu'il est utile qu'une monnaie à étalon-argent-métal circule en meme temps que la monnaie à étalon-or. La condition est cette monnaie-argent-métal soit entierement
indéopendant de la monnaie-or. Là encore Philippe Simonnot a raison.


Une deuxieme monnaie produit ainsi une valeur supplémentaire l'activité économique. Le raisonement de Simonnot est profondément vrai. Réciproquement, l'interdiction légale de cette deuxieme
monnaie supprimerait une occasion de création de valeur dans l'économie.


Ce même raisonnement s'applique nécessairement à une troisième monnaie. cette troisième monnaie aurait une autre commodity qui lui servirait d'étalon de valeur. Cette troisième monnaie
apporterait, elle aussi, une plus grande occasion de freation de valeur dans l'économie. Et son interdiction supprimerait des ocvcasion nde creation de valeur dans l'économie.


Et ainsi de suite. Seul la banque qui lance une noiuvelle monnaie sait dire les condition du succes de son investissement. S'il parvient à lancer correctement sa monnaie, et etre rentable, c'est
que sa monnaie crée de la valeur pour ses clients, donc pour l'économie.


C'est ainsi que, en toute logique, le freebanking est meilleur qu'un étalon-or avec interdiction d'émettre d'autres types de monnaie. Le freebanking est aussi meilleur qu'une limitation des
monnaies à l'or et à l'argent-métal.


 


 


 

Francis Richard 24/11/2012 14:35



C'est pourquoi il ne faut interdire aucune monnaie.



gidmoz 24/11/2012 00:06


@Francis Richard


Un économiste fut emprisonné Ddns un camp de prisonniers de guerre. Chacun recevait sa ratio. cet économiste constatat que les cigarettes devirent rapidement la monnaie d'échange. je doute que le
troc ait existé comme forme généralisée d'échange. Il me semble évident que toute communauté humaine sait se trouver en qq jours une ou plusieurs monnaies pour échanger.


La doctrine des effets réels rapelle que tout bien peut devenir une monnaie. Le freebanking me semble préférable à l'étalon-or. Il permet une plus grande masse monétaire, donc plus de prets
bancaires, donc plus de creation de valeur, de richesses.

Francis Richard 24/11/2012 06:31



Philippe Simonot répond à cet argument de la quantité - il n'y aurait pas assez d'or - par le prix que pourrait prendre l'or.



Thierry Jallas 23/11/2012 16:29


Cher Francis,


Je t'adresse un grand merci pour cet article qui complète de façon détaillée celui qu'a rédigé Pierre Chappaz après la réunion à Genève.


Je me permets de corriger une petite erreur concernant le nombre de cours qu'il faudrait avoir dans l'hypothèse d'un marché comportant 100 marchandises différentes, en l'absence de monnaie.
Ce nombre est égal au nombre de combinaisons de 2 marchandises choisies parmi 100 (par exemple, ces 2 marchandises pourraient être les choux et les carottes). Ce nombre de combinaisons est égal à
factorielle 100 divisé par factorielle (100 - 2) puis divisé à nouveau par factorielle 2, ce qui est noté
100! / [(100 - 2)! x 2!]
= 100! / [98! x 2!]
= 100 x 99 / 2
= 4 950


On peut même multiplier par deux ce nombre par deux, au motif qu'une même combinaison peut donner lieu à deux cours. Par exemple, pour la combinaison (choux, carottes), on peut dire que 1 kg de
chou = y kg de carottes et 1 kg de carottes = z kg de chou (les marchés financiers expriment d'ailleurs le cours du dollar en euros et le cours de
l'euro en dollars). Selon ce raisonnement, on cherche le nombre d'arrangements de 2 marchandises choisies parmi 100, soit factorielle 100 divisé par factorielle (100 - 2)
= 100! / (100 - 2)!
= 100x 99
= 9 900

Dans l'hypothèse où existe une monnaie, le nombre de cours utiles n'est pas à multiplier par 2. En effet, ça nous intéresse de savoir qu'un kg de carottes vaut y euros, mais il est inutile de
savoir qu'un euro vaut z kg de carottes.

P.-S. : je rappelle que n! = n x (n-1) x (n-2) x (n-3) ....x 2 x 1

Francis Richard 23/11/2012 17:26



Cher Thierry,


 


Merci pour ta lecture attentive et pour ton rappel mathématique.


 


Philippe Simonnot a dû dire 4'950 et j'ai dû mal entendre. J'avoue que je n'ai pas vérifié si le nombre obtenu était exact. Ce qui m'importait était de montrer l'importance de l'existence de la
monnaie pour simplifier les échanges.


 


Je corrige l'article, mets 4'950 au lieu 4'050, mais publie ton excellent commentaire.


 


Bien cordialement.



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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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