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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 09:25

Port d'OuchyHier, au sortir du bureau, le ciel se dégage et le jour finissant, les derniers rayons d’un soleil d’hiver, incitent à la promenade, bien qu’il fasse vraiment cru. La narcose complète que j’ai subie, il y a trois semaines déjà, produit encore sur moi ses effets d’assommoir. Pourtant je ne résiste pas à cet appel. Bientôt mes gants de cuir élimés, qui autrefois ont dû être élégants, ne suffiront plus à protéger mes doigts du froid.

Face à la Migros, de l’autre côté de l’avenue de La Harpe, il a été fait table rase de l’Hôtel de La Navigation, qui doit laisser la place à une résidence cossue, avec vue sur le lac. Le souvenir de repas pris ici, en sous-sol, dans le cadre de  La Pompe, l’association des étudiants mécaniciens de l’EPFL, vient taquiner ma mémoire et me rajeunir de quelque quarante ans… C’était au temps où le GM s’appelait encore La Chaloupe.

Après avoir posté une lettre je traverse la route à la hauteur de la station du M2 , qui a remplacé la Ficelle, et du kiosque à journaux, son vis-à-vis. Je me dirige vers le lac, longeant le château d’Ouchy, où mes parents descendaient quand ils me rendaient visite et qui a bien changé depuis. Il y a là derrière un parc à deux roues. Une motocycliste vient d’arriver, tout de cuir noir vêtue. Elle ôte son casque et ébroue sa chevelure blonde qui se répand sur ses épaules, d’un mouvement que ne renierait pas Valérie Kaprisky.

statue plantureuseTandis que je me dirige vers le quai de Belgique, une ombre portée se déplace derrière la mienne. Je me retourne de trois quarts. C’est ma motocycliste de tout à l’heure. Je constate furtivement qu’elle est plantureuse, comme la statue qui, un peu plus loin, regarde, au-delà du Léman, la rive de France. Sa silhouette m’évoque l’image fantasmée que je me fais d’une walkyrie.

Plus loin, à la hauteur de pédalos à louer l’été, me croise une autre jeune femme, en tenue de cycliste, lunettes noires, chevelure tout aussi noire, dissimulée sous une casquette, qui laisse échapper une queue de cheval ... noire. Mon œil est attiré par sa démarche athlétique que je jalouse un peu, parce que j’ai mal au pied droit, que de temps à temps je sens une pointe au ventre et que bientôt, dans deux semaines, j’ajouterai une année de plus à ma collection inattendue.

Les moignons des arbresLe poème de Corneille, chanté par Brassens, me revient à l’esprit :

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux

Souvenez-vous qu’à mon âge

Vous ne voudrez guère mieux.

 

Avec sa conclusion pondue sur un autre ton par Tristan Bernard :

 

Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant.


Quelques photos plus tard ma marcheuse athlétique, de retour, me dépasse à bonne allure, qui ne me permettrait pas de la suivre si seulement l’envie m’en prenait. J’ai toutefois le temps de mieux voir qu’elle porte sur le haut du corps une veste matelassée et sur le bas, rien d’autre, comme une seconde peau, que ce pantalon de cycliste, une chemise bleu tendre lui descendant juste au-dessus du postérieur, dont les muscles, avec netteté,  paraissent bien vigoureux pour une partie charnue.

Arbre pleurant ses branches doréesLe quai devient quai d’Ouchy quand commence le parc du Denantou de l’autre côté de la chaussée. Les arbres de la promenade alignent leurs moignons. De part en part, dans leurs rotondes, d’autres arbres pleurent leurs branches, dorées par le couchant. Le lac est d’un bleu scintillant qui reflète celui du ciel, parsemé de quelques cotons d’ouate rosie. L’air est de plus en plus vif. Une légère brise en accroît le ressenti réel.

Après la tour Haldimand commence le Sentier des rives du lac. Je quitte Lausanne et suis désormais à Pully. Je passe devant le domaine de Verte-Rive, la demeure où est mort il y a tout juste 50 ans le bien-aimé Général Guisan, celui qui dirigea avec force la défense nationale helvétique lors de la seconde guerre mondiale. Je marche encore un peu, au-delà de la station de relevage de Verney et croise d’autres inconnues. Car, curieusement, il n’y a que des promeneuses en cette tombée du soir. Je prends d’autres photos de paysage et doit cesser, non pas faute de pellicule mais faute de courant, l’objectif resté bloqué en position prise de vue.

Sentier des rives du lac PullyIl ne m’est donc plus possible de figer numériquement le soleil qui se couche derrière le Jura, de conserver, autrement que sur la rétine, les ombres des montagnes se dessinant sur une bande de ciel rose qui se dégrade en bleu toujours plus sombre quand on s'en éloigne. Il fait de plus en plus cru, un vrai froid de canards, qui s’ébattent d'ailleurs joyeusement dans l’eau. Clopin-clopant je me hâte de regagner mes pénates, non sans me remémorer un passage du dernier livre de Jacques Chessex ici qui décrit les mêmes lieux, à une autre saison et à une autre heure :

La rive du lac Léman, à Lausanne , est d’une beauté fulgurante en fin d’automne. A l’aube, les eaux scintillent dans un dégradé de bleu jusqu’à la Savoie violette, dont la montagne se précise à la lumière montante. Les saules, les ormeaux, les petits peupliers de la côte sont jaunes, émettant des rayons concentrés dans la fraîcheur, où appellent les oiseaux des parcs et de l’eau qui lèche les galets blancs.

Un sentiment de calme, de sérénité, gagne le promeneur de ces lieux. La profondeur du paysage, l’étendue lacustre, le découpage des cimes qui agrandissent le ciel, l’étrange paix même des eaux mouvantes, gratifient celui qui en jouit d’une immédiate dilatation de tout l’être.

Ce matin il fait gris. Quelques flocons de neige confirment que ce n’est pas encore le printemps...

Francis Richard

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Max Göldi

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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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