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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 23:55
Nuits blanches en Oklahoma, Collectif

Ce volume comprend cinq textes qui ont pour contrainte imposée de comprendre une heure et un lieu, à l'approche d'Halloween, en Oklahoma (Midwest): D'étranges événements se produisent toutes les nuits à 3h11 dans une maison plus qu'inquiétante.

 

Les éditions Okama se sont donné pour ligne de publier des romans qui relèvent du fantastique et de la fantasy. Ces cinq novellas appartiennent à ces deux genres littéraires. Le surnaturel et le magique font ensemble irruption dans leur réalité.

 

Lolvé Tillmannns, dans Oklahoma's ghosts, situe son intrigue dans une vieille bicoque en rénovation, au milieu de nulle part, qui doit accueillir en résidence trois écrivains, histoire de détourner l'attention sur les réelles activités des O, les propriétaires.

 

La bicoque n'est pas prête. En attendant, les écrivains, Max, un Italien, Pierre, un Français, et Becca, une Suissesse, sont installés dans un motel. Ted, le réceptionniste, leur apprend que O Farm, est hantée par un esprit indien: ils ne devraient pas y aller.

 

La dernière personne qui s'est intéressée à O Farm est une journaliste indienne, Asha, mais, au retour, elle est morte toute seule, brûlée dans sa voiture... Finalement seule Becca reste dans la maison et fait d'étranges rencontres la nuit d'Halloween à 3h11...

 

Les Passeurs de Nicolas Feuz commence sur la célèbre Route 66 qui relie Chicago à Santa Monica. Leur voiture partie dans le décor après voir évité un camion, les Jouval, Daniel et Florence, et leur fille, Malika, blessée à la tête, se trouvent isolés de tout.

 

Ils traversaient l'Oklahoma. Ils aperçoivent une habitation et empruntent le sentier qui y mène. C'est une ferme délabrée de type Red Barn. Ils y sont accueillis par un jeune militaire, un Amérindien et un faux prêtre qui leur promettent de s'occuper d'eux.

 

Les trois hommes les installent dans une chambre inconfortable et sont vraisemblablement allés dormir dans la grange. À 3h11, Malika, qui s'est levée pour aller boire de l'eau, est témoin d'une scène qui la pétrifie sans qu'elle puisse en avertir ses parents...

 

Dans La fille aux yeux de perle de David Ruiz Martin, quatre ados, Josh, Sonny, Owen, et Pearl, la petite soeur de Josh, prennent la route à vélo. Josh a eu l'idée de cette escapade, avec pour but de passer les trois jours d'Halloween dans une maison hantée.

 

Un père y aurait tué sa femme et ses cinq enfants ou une maladie satanique y aurait pris sa source. Mais, pour Josh, cette maison serait la demeure du légendaire Jack-o'-Lantern, mort le jour d'Halloween et se manifestant chaque année cette nuit-là à 3h11.

 

Les quatre entrent dans la maison hantée par effraction. Attirés par du bruit à l'extérieur, ils remarquent une lumière à l'étage, retournent à l'intérieur et découvrent Molly dans une pièce qu'ils n'avaient pas découverte et dans laquelle elle a été oubliée...

 

Dans Le gros fantôme qui écoutait du Schubert de Catherine Rolland, Gabriel n'est pas très content que sa mère l'ait envoyé dans ce trou perdu d'Oklahoma, la veille d'Halloween, le privant de sa fête préférée et de la compagnie de ses copains de New-York.

 

Il parcourt ledit trou à vélo. Mais sa récolte est maigre: quatre bonbons. Il avise une maison en piètre état, mais frappe tout de même à la porte. Une femme âgée lui ouvre et lui propose de boire une orangeade en attendant que ses biscuits soient cuits.

 

Meredith, sa petite-fille, la lui apporte et arrive à convaincre Granny de garder la nuit Gabriel. À qui elle confie un secret: Je crois qu'il y a un fantôme dans la grange. Bien qu'elle prenne de la camomille pour dormir, elle l'entend à 3h11 presque chaque nuit...

 

James Ronwell, le protagoniste de Sandra Morier, est un jeune entrepreneur de trente-deux ans. Il achète à bas prix des maisons où un événement tragique s'est produit, ce qui est dissuasif pour les potentiels acheteurs, puis les revend après les avoir remises en état.

 

Il acquiert ainsi aux enchères le domaine Whitman, dans la forêt d'Ouichita. Personne ne veut l'accompagner jusqu'à cette maison maudite, où d'aucuns, nombreux dit-on, ont disparu et où des squatters ont été chassés par des phénomènes étranges et effrayants.

 

James s'y rend cependant. À l'intérieur, il remarque une horloge dont le type est rarissime. Après en avoir découvert la clef sur la cheminée, il la remet en marche et a la surprise de l'entendre sonner alors que son cadran indique 3h11. Il vient d'enclencher un processus...

 

Ce qui est imposé aux cinq auteurs des Nuits blanches en Oklahoma, une maison plus qu'inquiétante et l'heure de 3h11 (les numérologues sont intarissables sur ce genre de chiffres) n'est guère contraignant: c'est comme répondre à une question ouverte.   

 

Encore faut-il que ces auteurs, avec une telle contrainte imposée, aient une imagination débordante. Le lecteur peut être rassuré: aucun d'entre eux n'en manque et chacun, avec son style, avec ses fantasmes, peut en retour susciter en lui des rêves improbables.   

 

Francis Richard

 

Nuits blanches en Oklahoma, Colletif, 240 pages, Okama

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 23:55
Fascination Pacifique, de Joseph Deiss

Pour moi voyager sot signifie qu'il faut arriver sur les territoires sans idées préconçues. En revanche, cela ne veut pas dire qu'il faut en repartir sot, sans avoir prêté la moindre attention aux gens et aux lieux, bien au contraire. Le voyage a justement pour but de se donner l'occasion de découvrir les choses de ses propres yeux.

 

Joseph Deiss est allé à plusieurs reprises dans le Pacifique, sur une période de vingt-trois ans, de 1996 à 2019. S'il est véritablement fasciné par cet océan, y a-t-il trouvé nulle part le paradis qu'il espérait?

 

Car, comme en beaucoup d'autres lieux du monde, il a trouvé ambivalence tragique et heureuse sur les terres qui y émergent, qu'il s'agisse de tout petits confetti ou d'un réel continent comme l'Australie.

 

Dire qu'il ne prépare jamais rien ne semble pas tout à fait exact. S'il ne part pas avec des guides touristiques, il connaît ces terres par la lecture de récits de voyages effectués par d'autres au cours des siècles.

 

Des découvreurs reviennent d'ailleurs régulièrement sous sa plume, qui ont donné leurs noms, à des îles ou des archipels. Il en est ainsi de Samuel Wallis, de James Cook ou d'Antoine de Bougainville.

 

Ce n'est pas quand il tire des plans sur la comète, comme il dit, qu'il emporte l'adhésion du lecteur. Aussi ne s'appesantit-il pas trop, heureusement, sur le réchauffement climatique ou l'épuisement des ressources.

 

Sur ces sujets tendance, l'idéologie le dispute à la science climatique ou économique. Il en est de même du problème des réfugiés ou des victimes du nucléaire où trop de compassion, même légitime, nuit à la réflexion.

 

Quand il rapporte de ses voyages nombre de petits faits vrais relatifs aux êtres et aux choses, il est nettement plus intéressant et plus convaincant. À ce moment-là, le lecteur voyage vraiment avec lui.

 

Ainsi en est-il de la ligne de changement de date qui permet au voyageur de jouer avec le temps, ce qui, pour ceux qui ne se sont jamais trouvés dans les parages, est tout simplement inimaginable et déroutant:

 

En comptant les vingt-quatre heures vécues à Wallis et les dix-huit qui nous restent à Papeete, nous aurons vécu une journée de quarante-deux heures. 

 

Ainsi en est-il de la difficulté qu'il peut y avoir pour quelqu'un d'actif comme lui à mener une vie de farniente sur une belle île comme Wallis où ne sont à sa disposition que la nature, merveilleuse, et le temps:

 

Ne rien faire, la paresse, ça s'apprend.

 

Ainsi en est-il de la ferveur débordante des musiciens et du public qu'il a le bonheur de vivre dans l'église de la Sainte Famille à Moorea, où il assiste à la messe du quinze août, c'est-à-dire le jour de l'Assomption:

 

Heureusement que dans le Pacifique, anciennes terres missionnaires, on sait encore prier comme l'Europe ne le fait plus. Qui sait, un jour, on viendra de ces anciennes missions pour convertir l'Occident.

 

Au sujet du catholicisme, Joseph Deiss rapporte les propos de Tématai, son chauffeur d'un jour à Hiva Oa, relatifs au peintre génial et au poète chanteur au grand coeur qui y sont enterrés dans le même cimetière:

 

Le "mécréant" Gauguin tout comme le "casseur de curés" Brel ont toujours entretenu de bonnes relations avec les religieuses de Saint-Joseph de Cluny, installées sur l'île depuis 1807, jusqu'à aujourd'hui...

 

Au bout de ses voyages, l'idéaliste Joseph Deiss n'a pas découvert le paradis que lui promettait la Fascination Pacifique, mais il a fait un rêve, qui n'est pas la vie facile ou la volupté, même élevées au rang de vertus:

 

Le véritable fantasme inaccessible de l'homme, à ce jour, est la paix entre les peuples, d'une part, et la réconciliation de l'humanité avec la nature et ses Dieux, d'autre part.

 

Francis Richard

 

Fascination Pacifique, Joseph Deiss, 228 pages, L'Aire (à paraître)

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 19:50
Les Protégés de sainte Kinga, de Marc Voltenauer

- Mon téléphone est en mode silencieux. Qu'est-ce qu'elle voulait?

- Il y a une prise d'otages dans les Mines de sel.

 

Les Mines de sel sont celles de Bex, dans le canton de Vaud. Elles ont été découvertes incidemment au XVe siècle par un braconnier, Jean Bouillet, qui, considéré comme un sorcier, faillit subir le sort fatal réservé à ceux qui étaient accusés de l'être à l'époque.

 

Au XIXe siècle, un Juif polonais, Aaron, qui avait travaillé dans les Mines de sel de Wieliczka, où se trouve une chapelle dédié à sainte Kinga, la patronne des mineurs, avait lui aussi eu des démêlés après avoir rendu des services aux Mines de Bex.

 

Avant de devenir un site touristique visité, ces mines n'étaient qu'un lieu de production de l'or blanc. Le sel en effet était alors une denrée précieuse qui certes servait à accommoder les plats, mais surtout à conserver les aliments en l'absence d'autres moyens.

 

Les mines de Bex sont un labyrinthe de 50 kilomètres de galeries, où circulent des trains. La prise d'otages commence le 3 mars 2017 dans ce décor enchanteur et elle est annoncée par une vidéo où l'un des preneurs d'otages, muet, apparaît déguisé en Charlot.

 

Les otages sont des personnes qui travaillent sur les lieux, une classe de seize jeunes élèves en visite avec leurs deux enseignantes et une guide, et les six membres d'une association d'extrême-droite sulfureuse, le Bloc identitaire suisse, qui y tiennent réunion.

 

Pendant une grande partie du récit, le doute demeure sur le nombre exact de PO, preneurs d'otages. De même leurs revendications ne sont-elles connues que peu à peu et ne sont pas banales. Car il ne s'agit pas seulement de demandes habituelles de rançon.

 

Les preneurs d'otages sont bien renseignés sur les forces de police, anticipent leurs réactions et maîtrisent très bien les techniques modernes de communication et d'information. Il ne semble pas y avoir chez eux place pour l'improvisation ou l'impréparation.

 

Tout se déroule comme prévu. Enfin presque. Car il y a un grain de sel, même plusieurs, qui vont enrayer la machine. Mais auparavant, ces PO ne se différencieront pas de sinistres criminels, bien qu'ils justifient leurs crimes par des motifs sociaux et humanistes.

 

Comme toujours, il y a ceux qui payent et ceux qui s'en sortent, sans que l'on sache ce qui vaut aux uns d'être punis, aux autres d'être épargnés. Car la justice n'est pas de ce monde. Évidemment, tant qu'à faire, mieux vaut faire partie des Protégés de sainte Kinga... 

 

Francis Richard

 

Les Protégés de sainte Kinga, Marc Voltenauer, 544 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

 

L'Aigle de sang, 512 pages, Slatkine & Cie (2019)

Qui a tué Heidi?, 448 pages, Slatkine & Cie (2017)

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 20:30
Lucie d'enfer - Conte noir, de Jean-Michel Olivier

C'est le genre de Lucie: entrer par effraction dans la vie des gens. Elle le fait simplement, sans recours au mensonge, en toute ingénuité. Avec un naturel confondant. Bien malin, alors, celui qui sait lui résister.

 

Simon, le narrateur, est devenu écrivain. Il a connu Lucie sur les chaises en bois foncé du collège Rousseau à Genève, en 1989, cette année de grands bouleversements. Comme les autres garçons et comme les guêpes, Simon tournait autour d'elle:

 

Elle était farouche, mais pas pour tout le monde [...] C'était elle qui décidait.

 

Ainsi, lorsque Lucie jetait son dévolu sur un garçon, tel Simon, c'était elle qui fixait les limites de ce qu'il pouvait entreprendre avec elle, comme c'était elle qui choisissait d'aller au cours ou pas, ou de disparaître comme un beau jour de 1992.

 

Ce fut la première de ses disparitions dans la vie de Simon, mais ce ne fut pas la dernière. Car elle réapparut plusieurs fois, au moment où il ne s'y attendait pas. À chaque fois il ne résistait pas quand elle surgissait ou lui demandait d'accourir.

 

Chacun des deux vivra de son côté. Lucie aura plusieurs hommes dans sa vie et Simon plusieurs femmes. Mais elle finira toujours par le retrouver par on ne sait quel maléfice, si bien qu'il se posera cette question ô combien existentielle :

 

Est-on capable d'aimer plusieurs fois dans sa vie ? Ou ne sait-on aimer qu'une seule fois, la première, qui est un désastre inouï ? Nous serions condamnés à emboîter les amours mortes, comme les poupées russes, sans pouvoir jamais retrouver la fraîcheur de l'original.

 

Simon ne sait pas pourquoi il entre à chaque fois dans le jeu de Lucie, pourquoi il joue avec elle le rôle du bon petit soldat, de l'éternel amoureux, du chevalier servant, de l'esclave attaché [à son] tyran comme le chien à sa maîtresse.

   

Est-ce fortuit que Simon fasse sa vie avec des féministes, d'abord avec Adrienne qui est révoltée contre les hommes, puis avec Sylvie qui déteste les femmes, bien que la femme soit l'unique espoir de rédemption d'une humanité à la dérive ?

 

Lucie, prénom qui évoque Lucifer, le porteur de lumières, lequel est paradoxalement le prince des ténèbres, est-elle une créature d'enfer, pour faire tomber toujours Simon sous son charme? Cette question, il se la posera jusqu'au bout...

 

Francis Richard

 

Lucie d'enfer - Conte noir, Jean-Michel Olivier, 160 pages, Éditions de Fallois (en librairie le 4 novembre 2020)

 

Livres précédents:

 

Éditions Bernard de Fallois/ L'Âge d'homme:

L'amour nègre (2010)

Après l'orgie (2012)

L'ami barbare (2014)

 

Éditions L'Âge d'homme:

Passion noire (2017)

Éloge des fantômes (2019)

 

Poche Suisse - L'Âge d'homme:

L'amour fantôme (2010)

Notre Dame du Fort Barreau (2014)

L'enfant secret (2018)

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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 11:20
Balles neuves, d'Olivier Chapuis

RF m'exaspère et je ne comprends pas pourquoi.

 

(RF, pour Roger Federer)

 

Le narrateur envoie ce SMS laconique à son mentor BK, Beat Kaufmann, qui est un ami de longue date, écrivain et cinéaste, auréolé de quelques prix qu'il n'avait pas volés...

 

BK lui répond: Écris! si tu as quelque chose sur le coeur, l'estomac ou la conscience, écris! si tu te sens mal, ou trop bien, écris! plutôt que de vomir ou pourrir [...] écris!

 

Alors il écrit et crée un alter ego, un certain Axel Chang, né d'un père chinois et d'une mère bernoise, marié depuis dix ans à Marie Chang, née Dubochet [...]. Ils ont trois enfants.

 

Axel est chef de rayon dans un grand magasin, étage des appareils électroménagers. C'est un frustré. Sa frustration germe sur le manque, l'absence et l'injustice, comme souvent.

 

Le déclic se produit le 4 juillet 2003, le jour où toute la petite famille d'Axel s'extasie devant le jeu de RF qui l'emporte contre Andy Roddick sur le gazon de Wimbledon.

 

Il n'existe plus. De ce jour date son obsession pour, contre RF, qui est le parfait bouc émissaire de son manque de réussite et du fait qu'il n'aura jamais les moyens de ses ambitions.

 

Au fil des années, des succès et, même, des échecs de RF sur les courts, l'existence d'Axel dépend de la représentation qu'il se fait de RF. Son couple, sa famille, son job en pâtissent.

 

Peut-être que le fait que RF soit suisse, comme lui, et que son père, après avoir abandonné sa mère, soit devenu un célèbre comédien, en rajoute-t-il à sa détestation du joueur.

 

De fait, sa détestation va crescendo. Au lieu de se reprendre, comme c'est parfois le cas d'un tennisman lorsqu'il sert avec des Balles neuves, Axel la pousse jusqu'à un acmé.

 

Francis Richard

 

Balles neuves, Olivier Chapuis, 168 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

Le Parc, 96 pages, BSN Press (2015)

Nage libre, 144 pages, Éditions Encre Fraîche (2016)

Le chat, 272 pages, L'Âge d'Homme (2018)

Les chaussettes en titane, 64 pages, BSN Press (2019)

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 18:30
L'ombre du souterrain, d'Édith Habersaat

Au village, on se perd en conjectures: qui a agressé Alexia Dorval tandis qu'elle traversait le passage souterrain dit des Chauves-souris? Il n'y a eu ni viol, ni détroussement, mais des brutalités soldées par un sévère traumatisme crânien, entre autres lésions.

 

Ainsi commence le roman d'Édith Habersaat. Si on se perd en conjectures, c'est que, dans ce village, où tout le monde se connaît, ce ne sont pas les suspects qui manquent, d'autant que l'agression a eu lieu le soir de la fête de la musique et qu'il y avait foule.

 

C'était un soir d'orage. Ce qui explique pourquoi Alexia a emprunté le passage sous-voie en question, en dépit des recommandations de sa grand-mère maternelle Cécile Marlier, dans le chalet de laquelle elle passait ses vacances avec son demi-frère Dick.

 

En l'occurrence, Dick fait un bon suspect. Depuis que ses parents se sont séparés, il n'y en a plus que pour sa demi-soeur Alexia, fruit de l'union de sa mère, Leslie, avec Vincent Dorval. Par jalousie, il a très bien pu vouloir mettre une fin à cette préférence.

 

Didier Roubin, le père de Dick, fait un autre bon suspect. En effet il a une dent contre son ex-épouse et aurait très bien pu vouloir se venger d'elle en atteignant sa fille adorée: les chroniques des faits divers sont pleines de commissions de tels actes punitifs.

 

Reto Corsini est le suspect idéal. Garçon de ferme, chez Marlène et Lionel Gardy, c'est un enfant placé, qui a un profil de borderline. Une de ses chaussures, maculée de particules de sang identiques à celles relevées dans le souterrain, est retrouvée à demi-calcinée.

 

Armand Dorval, le père de Vincent, est un autre suspect potentiel. Alors qu'Alexia avait quatre ans, sa femme Nadia l'a surpris en train de prendre des photos (d'art selon lui) de la petite pendant qu'elle prenait son bain, après avoir disposé des spots autour.

 

Patrick, le fils du maire Daubry, pourrait être suspect, parce qu'Alexia s'est entichée de lui, qu'elle lui envoie des courriels enflammés et qu'il est agacé par son instance. Mais les époux Daubry témoignent qu'il ne s'est absenté à aucun moment de la fête.

 

Seul Reto Corsini sera arrêté. C'est à la fin de son procès et du roman que le coupable sera enfin démasqué, trahi par quelques détails sans lesquels son horrible crime - Alexia restera handicapée à vie - aurait été parfait. Mais un crime peut en cacher un autre...

 

Francis Richard

 

L'ombre du souterrain, Édith Habersaat, 208 pages, Slatkine

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 21:00
Mathilde-sous-Gare, de Chiara Meichtry-Gonet

Mathilde vendait des portraits de gares et de trains. Elle écoutait les gens, puis transcrivait leur histoire. Ses billets étaient publiés, discutés, suivis. Ils étaient signés, mais elle, elle n'existait pas. Elle se déplaçait constamment, brouillait les pistes.

 

Mathilde-sous-Gare commence dans un train, quand Mathilde a dix-sept ans. Elle vient de quitter Anna avec qui, lors d'une fugue organisée, elle a passé des jours, au bord de la mer, à manger d'affreuses brioches à la glace. Elle remonte vers le Nord, après une étape, à oublier, à Naples, entre deux trains.

 

Arrivée dans sa petite ville, elle sombre. Le contre-coup. Dans le café, sous les colonnes, avant de franchir les six kilomètres qui la séparent de chez elle, elle boit. Car elle qui écrit d'habitude facilement, ne trouve pas les mots. Sans doute est-ce parce qu'elle ressent du vide partout autour d'elle et en elle.

 

Quelques mois plus tard, quand Mathilde revoit Anna, celle-ci n'est pas dupe et comprend tout. Elle voit le voile dans sa pupille. Ensemble elles enterrent le passé de Mathilde: Maintenant, elle allait écouter les histoires du monde et remplir tout son vide. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Jean dans un train.

 

Mathilde a donc écouté les histoires du monde et les a transcrites. C'étaient des histoires de gares et de trains, en Italie, en France, en Espagne, en Roumanie, en Turquie, en Russie et même en Californie: Elle ne volait rien aux gens. Elle leur donnait de la voix, donnait chair à leurs mots et les faisait exister.

 

Jean n'a qu'une crainte, c'est que Mathilde ne parte à nouveau par voies ferrées et par gares. Mais elle reste. Leurs amours se distendent. Jean sombre, mais elle reste, sans pouvoir s'empêcher de regarder passer les trains. Jusqu'au jour où Anna lui annonce qu'elle se marie et l'invite à ses noces, dans le Sud.

 

Dès lors les amours de Mathilde et de Jean demeureront malgré une longue absence. Ils se manqueront, mais rêveront indéfiniment l'un à l'autre, où qu'ils se trouvent. Parce que leurs corps et leurs esprits se souviendront, parce que les mots de Mathilde resteront et parce que Jean, à la fin, saura même les dessiner.

 

Francis Richard

 

Mathilde-sous-Gare, Chiara Meichtry-Gonet, 160 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livre précédent:

 

Passage des coeurs noirs (2019)

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 15:30
La loi des hommes, de Wendall Utroi

Le porte-documents renferme une liasse impressionnante de feuilles d'un papier un peu jauni.

Il écarte la première page, les suivantes sont noircies d'une écriture élégante, faite de pleins et de déliés d'une beauté remarquable.

 

Jacques est cantonnier, employé de la commune de Houtkerque, dans les Hauts de France. Gilles, le maire, lui demande un jour de faire de la place dans le cimetière où trois concessions ont dépassé les cent ans.

 

En déménageant la troisième, celle du mystérieux J. Wallace Hardwell, il tombe sur une boîte de fer oxydé, d'environ trois kilos. D'habitude il ne récupère pas les objets enterrés. Mais cette fois, il est tenté.

 

Le texte est en anglais, langue qu'il ne maîtrise pas. Il demande donc à sa fille Aude de le lui traduire. Sa curiosité éveillée par ce que raconte l'auteur, elle lui en envoie au fur et à mesure la traduction par mail.

 

Wallace était inspecteur de la Couronne britannique. Une enquête un peu spéciale lui avait été confiée. Il devait prévenir la publication d'un scandale qui risquait d'éclabousser la famille royale et ses proches.

 

Or il ne lui est pas dit de quel scandale il s'agit. C'est à lui de le découvrir - le plus vite sera le mieux - en interrogeant trois suspects aux profils nauséabonds qui [lui] [laissent] déjà entrevoir la nature du scandale:

- Rebecca Brianey, est patronne d'un lupanar;

- Myrtle River, vieille femme, est une ancienne entremetteuse, racoleuse et recruteuse;

- Timothy Brianey, fils adoptif de Rebecca, est son homme de main.

 

Tous les moyens, même illégitimes, lui sont permis pour découvrir la vérité, mais il n'est pas ainsi. Il emploie la psychologie plutôt que la brutalité, ce qui lui vaudra certes le succès mais pas la reconnaissance.

 

Aussi l'intègre Wallace apprendra-t-il à ses dépens que La loi des hommes n'est pas le droit. Jacques aura la même désillusion et, parallèlement, constatera qu'elle est relative, dans le temps et dans l'espace.

 

Francis Richard

 

La loi des hommes, Wendall Utroi, 400 pages, Slatkine & Cie

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 18:15
Ecce Homo, de Louise Anne Bouchard

Ecce Homo est un recueil de dix nouvelles. Ce n'est ni de l'expression chrétienne, ni de la nietzschéenne dont il s'agit. Chaque nouvelle est parfois rouge, mais toujours noire. Car c'est le côté sombre de l'homme que Louise Anne Bouchard met chaque fois en lumière.

 

Tommy est le pseudonyme d'un jeune homme gay, victime d'un des plus horribles crimes commis à Montréal. Il est le fils du directeur de la police de l'époque. Ce qui ne lui a pas valu d'être épargné pour autant. Et l'auteure n'en épargne pas les détails sordides au lecteur.

 

Florence est infirmière-anesthésiste. Elle fait la navette entre Thonon et l'hôpital de Vevey. Elle découvre au petit matin son berger allemand mort atrocement, tué pendant son sommeil. Mais ce n'est pas cela le plus terrible, c'est ce qui s'est passé une semaine plus tôt...

 

Bob Demper pète les plombs au bureau, alors qu'il a de quoi être heureux: une femme, jolie et désirable, et quatre filles. Mais rien ne sera plus comme avant. Hospitalisé quinze jours, il prend du poids. Que faire? De la peinture, dans un local au-dessus de Montreux...

 

À la naissance des Jumeaux Erdmann, leur mère avait refusé de les voir. Ils ont été élevés à la dure. Vilains petits canards, ils sont devenus de beaux adolescents, inséparables. Un printemps, ce n'est pas une nouvelle élève qui attire leur attention, c'est leur mère...

 

Anna, Thomas, Big Maggie sont enragés d'équitation, de course à pied, de nage, respectivement. Ils sont de la race des gagnants. L'adolescente et le trentenaire sont beaux. La troisième a mis fin à sa carrière de nageuse, et les observe, jusqu'à l'accident d'Anna...

 

S'appeler Gaspard avait fait de lui la risée des autres enfants de Montréal, dans les années 70, sans que jamais son père le défende. Pour lui, la meilleure des défenses est d'abord de s'isoler, puis de gagner sa vie, enfin d'être comme Emma Peel1 et de rejoindre les arbres:

 

Il avait lu quelque part que soit on pleure, soit on exécute.

 

Les comportements d'enfants des deux soeurs, Clélia et Lula préfigurent ce qu'elles seront. Clélia l'aînée, la volubile, continuellement agitée, ne connaîtra jamais la stabilité, tandis que Lula, la cadette, la mutique, tirera de son semblant d'indifférence une force tranquille...

 

À sa mort, l'enseignante veut être enterrée au cimetière Bois-de-Vaux à Lausanne, près de Gabrielle Chanel. En attendant d'être proche de Coco, ce qui la maintient en vie, c'est le mépris et la rage, depuis qu'elle a été victime d'intimidation de la part de trois étudiantes...

 

Madame de Sève est le nom de son atelier. Elle a perdu son père à 13 ans. C'est quand un concerto lui est tombé du ciel, un dimanche, sur une chaîne de télé autrichienne, avec tous ces hommes vêtus de noir, que le noir ne lui a plus évoqué la douleur de la disparition...

 

Alex in London est le chauffeur que Mr Murray a mis à sa disposition. Il ne rêve que de jouer Shakespeare et la conduit à East End. Elle fait le tour du quartier avant d'entrer au Ten Bells, où Annie Chapman prit un dernier verre avant de se faire étriper par Jack...

 

Francis Richard

 

1- Emma Peel est la partenaire de John Steed dans la série télévisée Chapeau melon et bottes de cuir.

 

Ecce Homo, Louise Anne Bouchard, 144 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

Bleu Magritte, L'Aire (2010)

L'effet Popescu, BSN Press (2012)

Rumeurs, BSN Press (2014)

Les sans-soleil, Le Poche Suisse (2016)

Nora, Slatkine (2018)

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 22:55
Paul-pris-dans-l'écriture, de Barbara Polla

Non, Barbara. L'essentiel est ailleurs. Il faudrait écrire sur l'écriture, plutôt. Parce que l'essentiel de ma vie créative, c'est l'obsession littéraire. La littérature, la recherche littéraire, les travaux littéraires.

 

Barbara Polla avait écrit un joli livre sur Paul Ardenne, ses travaux, sa pensée critique, ses rencontres et ses engagements, c'est-à-dire sur l'enseignant et l'universitaire reconnus. Elle a donc dû remettre courageusement l'ouvrage sur le métier...

 

(Extrême, esthétiques de la limite dépassée lui avait fait comprendre la nécessité absolue de l'étude des représentations artistiques, de leur histoire, de leur exégèse, de leur critique et l'avait engagée dans une vraie étude de l'art contemporain...)

 

L'ouvrage n'était pas inutile. Tel quel il a servi de base à celui-ci, où elle cite longuement Paul Ardenne1 dans ses inédits. Lui qui, dès ses douze ans, s'était dit qu'il serait écrivain, mais ne le serait vraiment que lorsque ses livres le choisiraient...

 

Au début, les mots importants pour Paul Ardenne sont:

- la crise, liée au désir de réalisation: il la pérennise volontairement;

- la pénétration dans l'écriture: elle seule permet l'incarnation;

- le "mon-corps" de tout un chacun: il est envisagé comme réalité, figure, élaboration; il faut se voir et se sentir;

- le singulier: la conscience du singulier seule permet l'épreuve radicale de l'autre;

- la mort ou plutôt écrire la mort: pour se consoler d'être mortel.

 

Le fait que les livres soient lus n'a finalement pas grande importance face à la nécessité d'écrire. Aussi a-t-il d'abord écrit pour écrire. Mais cela ne faisait pas de lui un écrivain. Il l'a compris quand il en est arrivé au stade du dégoût d'écrire.

 

Pour échapper à ce dégoût, il faudrait, dit-il, écrire une grande oeuvre qui soit à la fois une chronique du temps présent et qui le dépasse. Comme Honoré de Balzac. En attendant, il favorise aujourd'hui le plaisir d'écrire, qui est surgissement.

 

Ses dernières oeuvres - Moto notre amour, Comment je suis oiseau, Belly le ventre, Roger-pris-dans-la-terre - sont l'expression insigne de ce surgissement qui n'exclut pas le travail, puisqu'il en dépend et que son sillon est creusé par lui.

 

L'auteure peut faire aujourd'hui de lui ce portrait: Il préfère écrire à s'occuper de littérature ou de mondanités. Il préfère l'écriture essentielle, l'écriture comme recherche, comme invention de soi, sans fin, sur un mode créatif plus qu'introspectif.

 

Francis Richard

 

Paul-pris-dans-l'écriture, de Barbara Polla, 128 pages, La Muette- Le Bord de l'Eau

 

1- Paul Ardenne est le nom qu'il s'est choisi; à la ville il s'appelle Bertrand Gervais.

 

 

Livres précédents de l'auteur:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

Femmes hors normes, Odile Jacob (2017)

Ivory Honey, New River Press (2018)

Le nouveau féminisme, Odile Jacob (2019)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette - Le Bord de l'Eau (2013)

Éloge de l'érection, La Muette - Le Bord de l'Eau (2016)

 

Livres de Paul Ardenne:

Comment je suis oiseau, Le Passage (2014)

Belly le ventre, La Muette - Le Bord de l'Eau (2017)

Roger-pris-dans-la-terre, La Muette - Le Bord de l'Eau (2018)

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 19:30
La famille Martin, de David Foenkinos

Je me suis vraiment dit: tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre.

 

Comme c'est un roman, il est bien difficile de dire si David Foenkinos est le narrateur ou non de cette histoire qui a la couleur de la réalité mais reste une fiction. Car, en panne d'inspiration, celui-ci décide un jour de laisser au hasard le soin de choisir pour lui ses personnages.

 

En tout cas, le narrateur a bien quelque chose de Foenkinos puisque, comme lui, il a reçu le prix Renaudot, que ses livres l'ont rendu suffisamment célèbre pour que d'aucuns le reconnaissent et l'abordent quand ils le croisent dans la rue, qu'il a un compte Facebook et une ex-femme.

 

L'idée, qu'aime finalement le narrateur, est de donner en quelque sorte un auteur à des personnages plutôt que l'inverse, comme dans la pièce de Pirandello, Six personnages en quête d'auteur, de la même manière qu'une couleur pourrait partir à la recherche d'un peintre.

 

Ce hasard organisé ne fait pas les choses comme il les aurait voulues. Il avait repéré une jeune femme qui faisait souvent une pause cigarette devant une agence de voyages, mais la première personne qu'il voit est une femme âgée en train de traverser la rue, tirant un chariot violet.

 

Quatre personnages entrent dans le roman à la suite de Madeleine Tricot, environ 80 ans: sa fille Valérie, 45 ans, son mari, Patrick Martin, 45 ans, leurs deux enfants, Lola, 17 ans, et Jérémie, 15 ans. Tout ce que je savais c'est que j'avais maintenant à ma disposition toute une famille.

 

Pour écrire la biographie de La famille Martin, le narrateur se doit de s'immiscer chez elle pour raconter les vies de ses cinq personnages. Cela n'est pas sans risques. Et le fait est qu'il va perturber la vie de chacun, parce qu'on ne devient pas comme ça le personnage d'un livre.

 

Le narrateur est en fait le sixième personnage de cette histoire, où la réalité, comme il se doit, dépasse la fiction. Encore que la fiction n'est jamais loin, puisque le naturel chez un écrivain, une fois chassé, revient au galop, malgré qu'il en ait, et qu'après tout on ne se refait pas...

 

Francis Richard

 

La famille Martin, David Foenkinos, 240 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Deux soeurs (2019)

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 17:00
Une voiture rayée, c'est dérisoire, d'Anne Bottani-Zuber

Parfois, lorsqu'on est atteint d'un trouble bipolaire, on est plus créatif que la moyenne des gens. Et surtout, jamais on ne s'énerve parce que quelqu'un a rayé sa voiture. Ou parce qu'on a oublié d'acheter des citrons.

Les citrons oubliés, les voitures rayées, c'est si dérisoire.

 

Lise est atteinte par une telle maladie. Elle va d'hospitalisation en hospitalisation, de crise en crise tout au long de sa vie. Le plus incompréhensible est que ces crises sont provoquées aussi bien par des événements heureux que malheureux.

 

En fait, il y a deux femmes en Lise:

 

L'une est grande, ronde et brune et l'ample robe noire qu'elle porte la grandit encore; elle a l'air sévère malgré sa rondeur. L'autre est petite mince et blonde; elle porte un justaucorps blanc et une jupe de tulle blanche et ressemble à la fée-clochette.

 

C'est lorsque leurs deux âmes se rejoignent et n'en font plus qu'une, que tout va bien pour Elise. Sinon, elle sombre dans la dépression quand c'est la première qui l'emporte ou, au contraire, monte dans les hauteurs, si c'est la seconde.

 

Entre deux crises, Lise construit sa vie. Elle se marie même. Et il se passe dix ans avant que son trouble ne réapparaisse. Il suffit cependant d'une émotion trop forte pour qu'il resurgisse et se traduise par une nouvelle hospitalisation.

 

Un nouveau cycle de crises et d'hospitalisations se produit. Ses vies personnelle et professionnelle en pâtissent. Elle vit de plus en plus isolée, à l'exception de Marie, qui lui est fidèle, qui lui téléphone tous les jours lorsque ça ne va pas.

 

Pendant des années, Lise essaie d'écrire à propos de sa maladie. Elle noircit même des pages de papier. Mais elle renonce un jour à briser le silence, posé comme une chape sur sa maladie. Elle trouvera son salut autrement, stoïquement...

 

Francis Richard

 

Une voiture rayée, c'est dérisoire, Anne Bottani-Zuber, 136 pages, Éditions de l'Aire

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 20:30
Presque génial, de Benedict Wells

Francis regarda le plancher. C'était la question. Il ignorait qui était son père. Sa mère n'avait jamais voulu le lui dire. Elle avait simplement mentionné, une fois, une brève liaison avec quelqu'un qui venait de très loin.

 

Francis Dean, bientôt dix-huit ans, vit avec sa mère Katherine dans un mobile-home, dans un parc réservé à ce genre de véhicules. Ce parc se trouve à la sortie de Claymont, un trou sur la côte est, juste assez grand pour disposer de l'équipement standard d'une petite ville [...] mais un peu trop petit pour avoir droit à des festivals ou à une université.

 

Son beau-père, Ryan Wilco, les a quittés après quatre ans et demi de vie commune. Il a emmené avec lui son demi-frère, Nicky, treize ans aujourd'hui. Ils habitent New-York. Quand ils sont partis, Francis et sa mère ont quitté Jersey City pour démarrer une nouvelle vie à Claymont. Six mois plus tard, Katherine faisait un premier séjour en clinique...

 

Un jour de 2005, sa mère commence un autre séjour en clinique. Elle occupe la chambre 039. Tout près, une seule porte de patient est entrouverte. Francis aperçoit une fille - Anne-May Gardener - dans l'entrebâillement: Elle avait des piercings aux oreilles et dans le nez, ses poignets étaient bandés, sans doute son ticket d'entrée pour la chambre 035.

 

Son ancien voisin et meilleur ami, Glover Chedwick, lui rend visite après qu'il est rentré chez lui. Il semble cumuler tous les stéréotypes du nerd, c'est-à-dire de l'intello. Il porte notamment des T-shirts avec devant une formule censée être drôle et qui, en fait, est risible. Ils font une partie d'Unreal Tournament puis passent la nuit chez les Chedwick.

 

Les jours suivants, Francis rend visite à sa mère. Il profite de l'occasion pour faire plus ample connaissance avec Anne-May, qui se montre plus avenante avec lui. Mais, un jour, tout bascule. Sa mère tente de se tuer. On lui fait un lavage d'estomac et on l'emmène dans un autre service. Francis découvre alors une enveloppe qui lui est destinée:

 

La lettre faisait plusieurs pages, il lut la première phrase en retenant son souffle: "Cher Frankie, il est temps que tu apprennes la vérité."

Il survola les lignes. Quand il arriva au bout, il dut s'asseoir. Ce n'était pas seulement le paragraphe où était écrit qui était son père.

C'était tout le reste.

 

Dans cette lettre, Francis apprend qu'il a été conçu à Los Angeles, à la banque des génies, par insémination du sperme d'un homme au QI élevé. Il décide de s'y rendre pour connaître l'identité du donneur. Il obtient de Glover qu'il l'y conduise avec sa Chevy et Anne-May, dont il est amoureux, les accompagne dans ce road trip d'une côte l'autre.

 

Ces onze mille kilomètres, parcourus en quinze jours, de New York à Los Angeles, en passant par le Midwest, Las Vegas, et San Francisco, et retour, n'est pas un long voyage tranquille et leur confirme que quand on regarde l'histoire d'une vie, un écart minuscule suffit parfois à casser l'équilibre, à tout faire basculer d'un côté ou de l'autre.    

 

Comme le dit l'un des personnages rencontrés: Chez les scientifiques, on part du principe que l'intelligence est héréditaire. Mais ça ne fait pas tout, c'est comme quand on plante des graines dans le sol. L'éducation, la famille, l'environnement dans lequel le petit humain grandit jouent aussi leur rôle, c'est l'engrais. La volonté libre fait le reste...

 

Francis Richard

 

Presque génial, Benedict Wells, 416 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'allemand par Dominique Autrand)

 

Livres précédents:

La fin de la solitude (2017)

Le dernier été (2018)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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