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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 07:00
Emprise fatale, de Suzy Heim

A Saint-Tropez, le vicomte Amaury de Chastenay flâne dans le quartier de la Ponche à la recherche d'une proie.

 

Ce prédateur, qui veut faire de sa proie son animal de compagnie et l'initier à ses déviances ne trouve pas là son bonheur, mais dans un orphelinat de Genève. Et ce n'est pas sur un petit garçon que ce veuf en mal d'enfant jette son dévolu mais sur une petite fille.

 

Cette petite fille, de père inconnu et de mère pute, s'appelle Yvette Grognuz. Elle a dix ans quand elle est adoptée par le vicomte. Cette adoption est une aubaine pour l'un comme pour l'autre: elle devient riche héritière sous le prénom d'Ambre et il devient Père.

 

Ambre reçoit la parfaite éducation d'une fille de bonne famille. Père et elle habitent un manoir, à Buchillon. Elle va à l'école à Gilamont, après avoir été mise à niveau par un précepteur. Le seul grain de sable dans cette mécanique, c'est Sacha, un camarade d'école.

 

Jusque-là en mal d'affection, Ambre tombe amoureuse de ce garçon de son âge et partage avec lui ses premiers émois. Père, contrarié dans ses plans, parvient, croit-il, à mettre fin à cette idylle, ce qui renforce chez Ambre ses capacités de fourberie et de nuisance.

 

Père n'est pas un prédateur sexuel pour Ambre. Ce dandy lui révèle préfèrer les garçons et aimer se travestir. Les déviances auxquelles il veut l'initier sont tout autres. C'est un psychopathe, aux pulsions destructrices, fin connaisseur des armes et des poisons.

 

L'initiation d'Ambre, qui veut devenir criminologue, commence à quatorze ans alors que Père et elle fêtent Noël. Elle découvre alors quel père délirant il est et se demande si elle a vraiment envie de suivre sa voie... Mais, comment échapper à son Emprise fatale?

 

A trente ans, Ambre revient sur son parcours, véritable thriller psychologique. D'avoir un bon fond n'empêche pas de succomber à des délires quand l'occasion de rédemption se dérobe. Alors ne reste qu'une solution, celle qu'un certain Sigmund Freud un jour identifia...

 

Francis Richard

 

PS

Pour un exemplaire dédicacé, l'auteure peut être contactée à l'adresse suivante: su.heim@bluewin.ch

 

Emprise fatale, Suzy Heim, 162 pages, ISCA

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 18:00
Citadelle de sable, de Frédéric Mairy

Dans Citadelle de sable, Frédéric Mairy, Helvète d'adoption, tente de savoir ce qui le rattache à son pays d'origine, la Belgique. Après avoir écarté patrieracines, il se dit que provenance conviendrait peut-être.

 

Il essaie de ressusciter le portrait mythifié que sa mémoire a gardé de ses grands-parents, Albert et Emma, à qui il rendait visite à Namur avec ses parents, même si c'est une image morcelée, comme celle du pays.

 

Il tente de savoir d'où il provient et ce qu'il y laisse. En faisant ses études à Strasbourg, il aura touché inconsciemment au trait d'union entre son pays natal et celui où il ne peut s'empêcher de rentrer sans y avoir vécu.

 

Un tout autre lien unit les membres de sa famille, tant paternelle que maternelle, le scoutisme, dont la devise est d'être toujours prêts. Il cite alors Shakespeare, qui fait dire à Hamlet: The readiness is all, et il commente:

 

L'essentiel est d'être prêt, non pas à s'entraider, à s'engager, ou à être un citoyen actif, mais à l'avènement du grand départ, notre seule certitude.

 

Avant le grand départ, il y a toutefois l'éternel retour dans ce pays si attachant, une terre magique, peuplée d'esprits facétieux et de fantômes, située aux portes d'un monde auxquelles sans cesse [il reviendra] frapper.

 

Sur cette terre se trouvait la citadelle d'Emma et d'Albert, un parallélépipède au toit plat fascinant, dont ce dernier avait signé les plans et dont les images auront façonné l'auteur comme tant d'autres paysages.

 

Seules les pages impaires de ce livre sont noircies de caractères. Elles sont autant de touches d'une fresque intime qui conduisent à l'essentiel et qui, comme l'écrit l'auteur in fine, débouchent sur ce simple constat:

 

De la bougie, seule danse la flamme, le reste n'est que fumée.

 

Francis Richard

 

Citadelle de sable, Frédéric Mairy, 116 pages, éditions d'autre part

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 23:30
Vol 417, de Marie-José Imsand

Le titre, Vol 417, fait référence à un vol de renvoi, ou d'expulsion, d'étrangers et à la votation 417 du 4 décembre 1994 dont l'objet était la loi fédérale sur les mesures de contrainte en matière de droit des étrangers, acceptée par le peuple suisse par 72,9% des bulletins valables.

 

Dans son roman, qui se passe en décembre 1995,  Marie-José Imsand donne la parole à plusieurs narrateurs au sujet de l'application, un an plus tard, de ces mesures de contrainte, qui sont, entre autres, la détention, puis le renvoi, ou l'expulsion, de requérants d'asile.

 

Le point de vue le plus radical est celui d'Alberto Rosso, tenancier d'origine italienne d'un bistro, le Magenta (comme le nom de son village), qui, un matin, de colère, prend ses clients en otages pour leur faire comprendre la violence que représente une séquestration.

 

Par là même, Alberto Rosso entend protester contre l'arrestation d'amis immigrés de son immeuble, qui ont été expulsés à l'aube, et faire savoir au peuple suisse que c'est une indignité. Il le fait en mémoire de son père qui a perdu sa santé en travaillant ici jour et nuit sur des chantiers...

 

Parmi les otages, il y a Célia Magda, trente-trois ans, divorcée. Mais elle est soupçonnée d'être la complice d'Alberto Rosso, parce que son petit ami fait partie du groupe d'immigrés qui habitent l'immeuble du tenancier à Lausanne et qui ont été arrêtés à cinq heures du matin.

 

Célia enseigne le français à des migrants dans un centre d'accueil. L'an passé, à l'occasion de la fête de fin d'année, elle et son petit ami, un jeune Roumain, se sont connus, évitant dès lors de fréquenter les lieux publics afin d'échapper aux regards jugeant leur différence d'âge.

 

Le jeune Roumain raconte les conditions cruelles de sa détention au centre administratif de détention de Frambois dans le canton de Genève, tout près de l'aéroport. Il n'est pas le premier à s'y retrouver depuis la votation 417, l'étape suivante étant de quitter la Suisse par vol spécial.

 

Charles Edward Sun, psychiatre, dans le cadre de l'enquête sur l'affaire du Magenta, pris d'assaut et détruit par la police, rédige un rapport et prend des notes personnelles pleines d'empathie pour Célia Magda, qu'il interroge et qui lui relate ses amours avec son bel homme de l'Est.

 

Ces points de vue convergent et soulignent le caractère inhumain de la procédure de détention puis de renvoi des étrangers arrêtés, qui, en l'occurrence, ne sont pas des criminels, mais qui sont - c'est le pire - traités comme tels lorsqu'ils sont embarqués pour leur vol spécial.  

 

Francis Richard

 

Vol 417, Marie-José Imsand, 104 pages, BSN Press (sortie le 21 novembre 2019)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le musée brûle (2016)

Affaires étrangères (2018)

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 23:45
Révolution aux confins, d'Annette Hug

Révolution aux confins est un roman inspiré de l'histoire vraie de José Rizal (1861-1896), poète et médecin, qui fit des études à Madrid et Paris, puis passa deux années en Allemagne avant de rentrer aux Philippines.

 

En février 1886, José Rizal arrive à Heidelberg, où il devient l'assistant du professeur Otto Becker, directeur de la clinique universitaire d'ophtalmologie, qui lui a été recommandée comme étant la meilleure de la ville.

 

A la brasserie Gulden, il fait la connaissance d'étudiants dont les passe-temps favoris sont de boire de la bière et de croiser le fer dans une arrière-salle, où il va aider un médecin, le Dr Immisch, à recoudre les têtes ou les visages...

 

Venu pour parfaire son allemand et réviser un roman, Noli me tangere, qu'il a entrepris à Madrid et poursuivi à Paris, à la demande de son frère, il se lance dans la traduction d'une pièce de Schiller en tagalog, sa langue maternelle.

 

Après avoir retravaillé son roman, il se rend à Leipzig dans le but de le faire imprimer. Ensuite il en enverra les deux mille exemplaires à Manille par bateau, clandestinement, pour échapper à la censure espagnole.

 

La pièce de Schiller que son frère Paciano préfère est Marie Stuart, mais, à Leipzig, il se met plutôt à traduire Wilhelm Tell. La lecture de cette pièce faisant fondre en lui-même les paysages suisse et philippin...

 

Le tagalog est certes sa langue maternelle, mais les mots des anciens sont très profondément enfouis, et parfois Rizal n'en perçoit plus que le son vague et lointain. Or il n'existe pas de dictionnaire allemand-tagalog...

 

Annette Hug, qui a appris le tagalog, fait le récit, en connaissance de cause, de cette traduction et transposition, ainsi que de l'épopée de Guillaume Tell et des conjurés du Grütli à partir desquels Schiller a écrit sa pièce.

 

Rizal, venu de la colonie espagnole des Philippines, a commencé ses études à Madrid. La République [en Espagne] renaîtra de ses cendres, dit alors en secret le professeur Miguel Morayta, à la conférence duquel il assiste.

 

A ce moment-là, Ryzal pense que son pays est très loin d'une révolution, mais [qu'] il lui faut des réformes; et [que] celles-ci sont possibles. [...] Il s'agit de commencer par les petites choses... Il n'a donc rien d'un insurgé.

 

Plus tard, bien que ses espoirs [reposent] sur la science, l'éducation populaire, l'amélioration des conditions d'hygiène, on prétendra, qu'il est le chef de l'insurrection menée en août 1896 par une confrérie secrète, le Katipunan...

 

Rizal n'avait pas pensé à ce mot pour traduire l'alliance dans le Guillermo Tell...

 

Francis Richard

 

Révolution aux confins, Annette Hug, 208 pages, Zoé (traduit de l'allemand par Camille Luscher)

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 23:55
Remise du Prix des Écrivains Vaudois à Étienne Barilier, au Cazard, à Lausanne

Ce soir a eu lieu, au Cazard, à Lausanne, la remise du Prix des Écrivains Vaudois à Étienne Barilier, en  présence d'Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre de la Ville de Lausanne.

 

Ce prix est décerné à un auteur membre actif de l'Association [des Écrivains Vaudois], pour l'importance de son oeuvre.

Suzy Heim

Suzy Heim

Dans son introduction, Suzy Heim, présidente ad interim après la démission en septembre 2019 de Sylvie Ulmann (élue en mars 2019), rappelle que l'AVE , l'Association vaudoise des écrivains, n'en est pas à son premier remous, ni peut-être à son dernier.

 

Créée le 11 novembre 1944, il y a 75 ans et trois jours, elle en a en effet connu quelques-uns.

 

Son premier président, Paul Budry, a ainsi adressé une réponse vive, avec prière s'insérer, à un journaliste, qui, dans le journal L'Action du 17 novembre 1944, avait rendu compte de sa création en des termes peu amènes.

 

L'AVE, créée pour défendre les intérêts des écrivains vaudois, a aussi dû remettre, en 1950, son premier Prix des Écrivains Vaudois à titre posthume à son lauréat, William Thomi...

 

Même si les statuts de l'AVE ne précisent pas que les femmes y sont admises (comme le soulignait le journaliste épinglé par Paul Budry) et qu'une seule femme (sur onze) a obtenu le prix entre 1999 et 2019, sept (sur onze) l'ont obtenu entre 1989 et 1998...

 

L'AVE a développé d'autres activités: les Journées du livre vaudois (où Georges Simenon fit une apparition en 1962), un Concours littéraire, la revue Sillages, des visites d'écrivains dans les classes etc.

 

Suzy Heim remercie plus particulièrement Sabine Dormond et Olivier Chapuis qui, en alternance, ont assuré la présidence de l'AVE de 2011 jusqu'à 2019...

 

Pour en revenir au Prix des Écrivains Vaudois décerné ce soir, Suzy Heim donne les noms des trois autres nominés, dans l'ordre alphabétique: Anne Brégani (seule présente), Anne-Frédérique Rochat (absente parce qu'également comédienne, elle est en répétition) et Marie-Laure Zoss (souffrante).

Sylvie Blondel

Sylvie Blondel

Sylvie Blondel a l'heureuse tâche de présenter le lauréat. Elle rappelle d'abord qu'il est l'auteur d'une thèse de doctorat ès lettres sur Albert Camus, avec lequel il a des affinités.

 

Elle rappelle ensuite qu'il est l'auteur d'une cinquantaine de romans, nouvelles, contes, essais (littéraires et philosophiques) etc. et qu'entre 1980 et 2011, il a reçu six prix littéraires.

 

Elle dit enfin un mot sur trois des romans d'Étienne Barilier, Un Véronèse (2010), Ruiz doit mourir (2014) et Dans Khartoum assiégée (2018), dans lesquels il exprime, de façon différente à chaque fois, toute la complexité, et tragédie, du monde.

Suzy Heim et Étienne Barilier

Suzy Heim et Étienne Barilier

Étienne Barilier

Étienne Barilier

Dans ses remerciements, Étienne Barilier remarque qu'il ne peut, à son âge, voir dans ce prix un encouragement à écrire comme ce pourrait être le cas d'un prix destiné à récompenser un jeune auteur.

 

Il y voit donc plutôt un encouragement à continuer une oeuvre où effectivement il exprime toute la complexité, et tragédie, du monde.

 

L'homme veut en effet assouvir trois désirs qui peuvent le pousser à commettre le mal: le désir de domination, le désir de jouissance et le désir de possession. Mais n'est-ce pas au fond par soif de reconnaissance?

 

Étienne Barilier termine en dédiant son prix à sa femme, qui, pour des raisons de santé, n'a pu être présente à la cérémonie.

Lilou et Christian Campiche

Lilou et Christian Campiche

Pendant la soirée, le duo El Campiche & Lilou interprète des intermèdes musicaux qui sont, parfois, de véritables récitals, et où la musique est de Christian Campiche, tandis que les paroles sont souvent, mais pas toujours, de son cru...

 

La soirée se termine par un apéritif dînatoire suivi d'un gâteau d'anniversaire...

 

Francis Richard

Gâteau d'anniversaire (Photo de Preux)

Gâteau d'anniversaire (Photo de Preux)

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 23:30
La Sterne, d'Adelmo Venturelli

Je regarde Évane. En détaillant son visage plutôt allongé, je trouve tout à coup qu'il ressemble au profil pointu et mince de celui d'une sterne, raconte Francesco Fabiani.

 

Évane - c'est sa mère agonisante qui l'y a poussée - est partie de Montréal, au Québec, pour Lausanne, en Pays de Vaud. Elle y va à la fois pour travailler comme infirmière à l'hôpital, faire la connaissance de son père, Francesco Fabiani, et fuir un amant brutal et possessif, Zacharias.

 

La mère d'Évane, trente-deux ans plus tôt, l'âge d'Évane, a fait l'amour une seule fois avec Fabiani et s'est retrouvée enceinte de lui sans qu'il le sache jamais. Peu avant d'être emportée par un cancer, elle a révélé à sa fille cette paternité surprenante puisqu'elle est lesbienne.

 

Le moyen de savoir si Francesco est bien le père d'Évane, c'est de faire tous deux un test ADN. Seulement Francesco est fortuné et l'irruption dans sa vie d'une fille, alors qu'il n'a pas eu d'enfant, est problématique, psychologiquement pour lui et matériellement  pour ses héritiers.

 

Personne, parmi ses proches, ne souhaite qu'il fasse ce test, qu'il s'agisse de sa soeur ou de Fabien, l'un de ses deux neveux qui gèrent avec lui la fortune immobilière héritée de son grand-père, et même de sa compagne Azzia que ces derniers ont convaincue de faire pression sur lui. 

 

Sinon, Francesco est à la retraite. Il écrit des romans, mais n'a jamais été publié. En dehors de cela, il a un hobby, l'ornithologie. Aussi, pour faire connaissance avec sa fille présumée, lui donne-t-il rendez-vous à l'île aux Oiseaux sur la plage de Préverenges, à l'ouest de Lausanne.

 

En raison de la ressemblance d'Évane avec l'oiseau gracieux, un des personnages la surnomme La Sterne, si bien qu'après avoir observé des moineaux qui picorent sur le rebord de sa fenêtre, elle se dit: Je suis certainement destinée à un brillant avenir d'ornithologue, moi, la sterne.

 

Dans un tel contexte, tous les éléments d'un drame sont réunis, d'autant que Zacharias annonce sa venue imminente en Suisse pour ramener Évane au Canada, de gré ou de force, alors que, très mâle, il fait toujours de l'effet à la belle: c'est toute l'ambiguïté de leurs rapports.

 

Quand le drame survient, Adelmo Venturelli, qui fait parler tour à tour Évane, Fabio et Flavien, avec quelques menus retours en arrière dans le temps, induit en erreurs le lecteur, qui, jusque dans les dernières pages, se demande par qui il a bien pu se produire dans la roselière lémanique.

 

Francis Richard

 

La Sterne, Adelmo Venturelli, 220 pages, Pearlbooksedition

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 21:45
L'Ode et le Requiem, de Maeva Christelle Dubois

Il refusait l'idée de la vieillesse et du déclin. Il refusait catégoriquement l'idée même de la Mort. Il voulait atteindre la grandeur, jamais il n'accepterait de se résigner. Jamais.

 

Kenshi, Ken, est un comédien de trente-deux ans dans cette disposition d'esprit. Il vient de la capitale. Son professeur, Frédéric Mori, Fred, lui a demandé de faire un voyage pour changer, sans quoi il ne pourrait jamais jouer mieux.

 

Ken est donc parti pour le pays natal de Frédéric, une région désertique et méconnue, l'Albe, un pays de neige et de sapins noirs, un chant silencieux de Mort et de désolation, à la pointe Nord de laquelle se dresse une montagne.

 

Il s'agit du Mont de Nivée, que les hommes du Hameau appellent parfois la Nivéale: A l'image du perce-neige, la Nivéale fleurissait dans le chaos des mois les plus sombres comme fleurirait une rose diaphane aux matins de mai.

 

Ken est venu au Hameau pour apprendre à vivre une vie simple comme l'eau et le vent, une vie que ses habitants, d'une légèreté aérienne, considèrent comme sans importance. Car leur conception singulière de l'existence est la beauté:

 

C'est-à-dire la force de s'élever au-dessus de sa propre vie pour la contempler en silence.

 

Ken le veut de toutes ses forces, mais, pour y parvenir, il sait qu'il doit vaincre son arrogance, devenir modeste, vivre au rythme ennuyeux de la Nivéale, la montagne sacrée, qui est apaisante et dont l'écosystème régit toute la région.

 

En cette fin d'hiver, quand il débarque au Hameau, il est le seul client de la pension. L'aubergiste Mortimer Démant lui fait bonne accueil mais laisse transparaître son doute qu'il puisse trouver ici la rédemption à laquelle il aspire.

 

Le problème est que les habitants ne sont guère enclins à l'aider à faire cet apprentissage: ils ne sont pas liants, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils semblent satisfaits de leurs petites vies tranquilles qu'ils estiment pleinement remplies.

 

La rencontre avec l'énigmatique Chara, une musicienne de dix-huit ans, qui joue L'Ode et le Requiem, lui permet finalement d'entrevoir la possibilité de concilier beauté et grandeur. Ne serait-ce pas une manière élégante de s'en sortir?

 

Francis Richard

 

L'Ode et le Requiem, Maeva Christelle Dubois, 212 pages, Les Éditions Romann

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 22:00
Est-ce la lune ou un réverbère?, de Katia Delay

La narratrice de Katia Delay a pris de bonnes résolutions. Elle a décidé de se rendre un jour férié dans une abbaye pour faire le point en se donnant un projet d'écriture:

 

J'ai quatre jours. Pas un de plus. Et le premier est déjà terminé. Arrivée à onze heures, j'ai écrit jusqu'au dîner. Midi dix. Autant dire rien, quelques lignes. Un passage piéton qui ne me protège de rien.

 

Le dîner se passe en silence, comme de juste. Ce qui lui convient bien. Elle peut regarder autour d'elle tout à loisir, scruter les êtres humains dans chaque détail de leur être.

 

Pascal, son voisin à côté d'elle, lui demande du pain sans prononcer un mot et laisse tomber des miettes sur sa manche: elle le baptise silencieusement monsieur Miettes.

 

Son voisin d'en face porte un T-shirt Desert Rally. La femme assise à sa gauche est certainement son épouse: elle et Desert Rally portent en effet des alliances identiques.

 

Après le repas elle marche autour de l'abbaye et voit un chat orange: A sa démarche lente et détachée, il semble avoir cent ans. Le chat des pères? A moins que ce ne soit le père des chats.

 

Son premier amour et elle se sont quittés, ont bâti une famille chacun de son côté pendant vingt-cinq ans, puis se sont retrouvés, enfin se sont séparés il y a quatre mois.

 

Il est parti: Passées les toutes premières semaines, j'ai vu le film. J'ai entendu ta peur, il n'a suffi que de quelques phrases, une position de ton corps à l'évocation de l'incertain à venir.

 

Il est parti: J'ai vu ton départ, il a suffi des deux phares arrière de ta voiture, qui pourtant ne sont pas réputés pour être expressifs. Eh bien les tiens, ce soir-là, éclairaient vaillamment le désastre...

 

Qu'est-elle donc venue faire ici? se demande-t-elle. Son projet d'écriture tombe à l'eau. Peut-être est-elle ici pour transformer l'incertitude en sève. Créer. C'est-à-dire bercer l'absence...

 

Le deuxième jour elle reçoit de lui un mail proposant une rencontre. Sans doute se reverront-ils, mais les mots qu'il lui dira n'offriront-ils pas une perle de plus au chapelet de [ses] incertitudes?

 

Car elle sait qu'il a peur et ce que sa peur protège: mais la comprendre ne m'empêche pas de la détester. Les femmes ont moins souvent ces lâchetés, elles qui ont rarement le temps de pactiser avec les ambiguïtés...

 

C'est pourquoi, lors du dernier repas du soir, elle s'est posé intérieurement la question au sujet du temps béni de leurs retrouvailles, où ils se sont aussi justement accordés:

 

Est-ce la lune ou un réverbère? 

 

Francis Richard

 

Est-ce la lune ou un réverbère?, Katia Delay, 80 pages, BSN Press (sortie le 7 novembre 2019)

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6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 10:15
Le palais aux 37 378 fenêtres, de Corinne Desarzens

Tout le monde connaît l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, mais qui connaît celle d'Yverdon? Elle a refait surface il y a quelque seize ans sous forme d'un DVD. Mais dix ans plus tôt, Clorinda Donato, qui y a consacré toute sa vie, en avait fait l'inventaire.

 

Corinne Desarzens est allée, en 2015, en consulter un exemplaire conservé au fonds ancien, au sous-sol de la Bibliothèque d'Yverdon et on lui a apporté un des cinquante-huit volumes de l'oeuvre dirigée par l'encyclopédiste qui a eu treize enfants de trois femmes:

 

Un papier imperceptiblement ondulé, texturé, voluptueux, à l'encre très noire. L'envie de le manger plutôt que le lire.

 

Corinne Desarzens n'a pas longtemps hésité. Elle a foncé. Elle s'est mise à écrire Le palais aux 37 378 fenêtres qui raconte la genèse et l'aventure éditoriale de ce monument qui fut publié entre 1770 et 1780 sous la direction de Fortunato Bartolomeo De Felice.

 

L'Encyclopédie, ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines pallie les insuffisances et les erreurs de celle de Diderot et d'Alembert, se veut universelle tandis que la française est surtout très... française, négligeant d'autres apports de connaissances:

 

Fortunato accorde une vive attention à l'antiquité gréco-romaine, s'efforce de mettre en valeur les traditions en dehors de l'Europe, souhaite la bienvenue aux Chinois, aux Arabes, aux Persans, et pour la période moderne, manifeste une volonté évidente d'équilibrer la représentation des pays européens: voilà que les savants allemands et italiens caracolent en tête, devant les Hollandais et les Danois, avec les Français et les Anglais en queue.

 

Paris n'aime pas la concurrence d'Yverdon:

 

Acharné sera le combat entre les deux clans qui, chacun, veut faire oeuvre d'apostolat. Déchristianiser la France, s'attaquer à la religion partout où elle sévit, entendent les philosophes. Et voilà que Fortunato et ses gens, insensibles aux ironies et aux sarcasmes se mettent en travers de leur route...

 

Cela n'empêche pas les deux clans de faire des emprunts à l'autre, sans le nommer, sans ouvrir de guillemets: La contrefaçon est courante à l'époque et le droit d'auteur n'existe pas [...]. Pourquoi serait-il interdit de contrefaire un bon livre [...]? Pourquoi avoir honte du plagiat si c'est au profit du lecteur?

 

Il est bon de séjourner dans ce palais, éclairé par de nombreuses lumières: Rien n'enchante plus Fortunato que de voir s'allumer les fenêtres des maisons la nuit. Une fenêtre est la partie la plus merveilleuse d'une maison. Encore mieux quand une seule brille dans une ville plongée dans le noir...

 

Corinne Desarzens précise:

 

Une page n'est autre qu'une fenêtre allumée.

 

Francis Richard

 

PS

Jusqu'au 16 novembre 2019, on peut découvrir au 1er étage de la bibliothèque d'Yverdon, mis en parallèle, des extraits du livre de Corinne Desarzens et des livres anciens de Fortunato De Felice.

 

Le palais aux 37 378 fenêtres, Corinne Desarzens, 352 pages, Éditions de l'Aire

 

 

Livres précédents:

Un roi, 304 pages, Grasset (2011)

Carnet d'Arménie, 88 pages, Éditions de l'Aire (2015)

Honorée Mademoiselle, 176 pages, Editions de l'Aire (2017)

Couilles de velours, 96 pages, Éditions d'Autre Part (2017)

Le soutien-gorge noir, 192 pages, Editions de l'Aire (2017)

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 20:00
Manifeste incertain 8, de Frédéric Pajak

Frédéric Pajak poursuit avec Manifeste incertain 8 son évocation de l'Histoire effacée et de la guerre du temps, l'épithète incertain qualifiant le rythme de parution de ses volumes.

 

Dans ce volume-ci, comme dans les précédents, il parle de personnes connues et inconnues. Et, parmi les personnes connues, il y a Paul Léautaud, qui est pour lui l'homme d'une seule oeuvre, son Journal littéraire:

 

En apparence, tout n'y est qu'anecdotes, faits divers, potins, réflexions à brûle-pourpoint, mais aussi: langue virevoltante.

 

Il dit aussi de Léautaud qu'il aime moins la France - qu'il n'a jamais quittée - que la langue française.

 

Eh bien il y a quelque chose de Léautaud chez Pajak, sauf que, dans le volume 8, il part de France pour la Suisse et la Chine et que ce n'est pas un journal qu'il tient: il cartographie le souvenir, lu ou vécu.

 

En Suisse, il croque, en dessinant et en écrivant, le portrait de son beau-père, Arnolphe (au prénom moliéresque) et, ce faisant, il [raconte] un individu (ce qui n'aurait pas déplu à Léautaud) de façon très directe:

 

Il ne savait que soliloquer, ressasser ses préjugés, et tourner en rond dans sa cage.

 

Son coeur n'avait rien de sec: il n'en avait pas.

 

En Chine, il se rend en 2018 et se souvient de son premier séjour en 1982. Il illustre ses propos d'alors et de maintenant de collages et non pas de dessins. Ce sont en quelque sorte des calligraphies:

 

Ces signes sont-ils chinois? Japonais? Sont-ils des hiéroglyphes? Pour le moins c'est un salut aux écritures, une façon de réparer les mots.

 

Pajak n'est pas tendre avec les dilettantes qui sont capables d'écrire des dizaines de pages par jour, qui se muent en écrivains professionnels quand ils sont publiés et qui ne sont que des graphomanes. Pour lui, publier c'est tout autre chose:

 

Publier, c'est un acte de bravoure aussi égoïste que généreux. Chaque mot publié met en danger tous les autres, comme dans le jeu du Mikado.

 

La tentation est de rapprocher ces propos de ceux de Léautaud, cités par Pajak:

 

Je n'ai jamais écrit par obligation. Je tiens la littérature alimentaire pour méprisable. C'est pourquoi toute ma vie j'ai été employé. Pour assurer ma liberté et n'écrire que lorsque j'y avais plaisir.

 

Quand Pajak décrit ce qu'est devenu Paris, qu'il a quittée pour aller vivre en France, il peint l'époque avec une grande liberté de ton, ce qui, là aussi, aurait plu à Léautaud:

 

Les nouveaux habitants de Paris se partagent entre les nantis et leurs fervents subalternes, plutôt mal payés, plutôt mal logés, et qui s'évertuent à courir toujours plus vite pour, disent-ils, "gagner du temps". Malheureux habitants qui ignorent tout de la ville ancienne, jusqu'aux vestiges que les touristes viennent contempler en meute.

 

Pourquoi s'étonner, dans ces conditions, que Pajak consacre, dans ce volume, des pages à un autre écrivain au franc-parler, Ernest Renan, qu'il dépeint en ces termes:

 

Ce qui le caractérise, c'est le dédain absolu du goût bourgeois et de son mode de vie. Rien de matérialiste chez Renan: il est idéaliste, n'aime que le "maniement pur des choses de l'esprit".

 

Le volume se termine par l'histoire de Stella, une jeune armailli, farouche, insaisissable, qui fait un fromage exceptionnel, crémeux à souhait, doux mais corsé, très fruité, avec sous la dent une sorte de texture à peine sablée.

 

Dans le chalet d'alpage de Stella, sous la fenêtre, une bible, ouverte à une page de l'apôtre Jean:

 

Oui, oui, je vous le dis, l'heure vient...

 

Cela aurait pu être le mot de la fin, mais Pajak en a trouvé un autre...

 

Francis Richard

 

Manifeste incertain 8, de Frédéric Pajak, 288 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Volumes précédents chez le même éditeur:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

Manifeste incertain 6

Manifeste incertain 7

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 23:45
La panthère des neiges, de Sylvain Tesson

Dans ma jumelle, je la vis s'étirer. Elle se recoucha. Elle régnait sur sa vie. Elle était la formule du lieu. Sa seule présence signifiait "pouvoir". Le monde constituant son trône, elle emplissait l'espace là où elle se tenait. Elle incarnait ce mystérieux concept du "corps du roi". Un vrai souverain se contente d'être. Il s'épargne d'agir et se dispense d'apparaître. Son existence fonde son autorité.

 

Elle? La panthère des neiges, telle qu'elle apparaît, en majesté, pour la première fois, à Sylvain Tesson...

 

Un jour Sylvain Tesson rencontre le photographe animalier Vincent Munier qui lui parle des techniques de l'affût, sans lequel il n'est pas possible de photographier les bêtes et qui suppose de les guetter longtemps, sans le moindre mouvement et en silence:

 

A l'affût, on connaît ce que l'on attend. Les bêtes sont des dieux déjà apparus. Rien ne conteste leur existence. Si quelque chose advient, ce sera la récompense. Si rien n'arrive, on lèvera le camp, décidé à reprendre l'affût le lendemain. Alors, si la bête se montre, ce sera la fête. Et l'on accueillera ce compagnon dont la présence était sûre, mais la visite incertaine. L'affût est une foi modeste.

 

Vincent Munier l'emmène d'abord avec lui en Moselle à l'affût d'une famille de blaireaux. Comme il s'aperçoit de sa joie, il lui propose de venir avec lui pour apercevoir si possible une bête qu'il poursuit depuis six ans au Tibet, la panthère des neiges, justement.

 

L'hiver au Tibet, en haute altitude, la température est fortement négative. Il faut vraiment vouloir s'y rendre pour voir apparaître peut-être une bête, au nombre de cinq mille dans le monde. Mais Sylvain Tesson trouve noble, antimoderne, cette acceptation de l'incertitude.

 

Sylvain part avec Vincent et sa fiancée Marie, et Léo, un philosophe, à la recherche de l'animal mythique, qui vit en haute Asie. Au bout d'un grand nombre de jours d'attente, elle apparaît enfin à ses yeux dans la lunette la plus puissante que lui a passée Vincent:

 

Les traits de la face convergeaient vers le museau, en lignes de force. Elle tourna la tête, pleine face. Les yeux me fixèrent. C'étaient deux cristaux de mépris, brûlants, glacials. Elle se leva, tendit l'encolure vers nous. "Elle nous a repérés, pensai-je. Que va-t-elle faire? Bondir?"

Elle bâilla.

Voilà l'effet de l'homme sur la panthère du Tibet.

 

Sylvain Tesson, cet antimoderne assumé, ne serait pas lui-même si son récit n'était pas jalonné de réflexions, notamment cette antienne sur l'homme et les bêtes, que celui-ci aurait éradiquées en faisant le ménage, avec pour conséquence ultime de se retrouver seul...

 

On peut préférer son analogie entre l'attente de  la panthère des neiges et le contentement que le Swann de La Recherche, amoureux d'Odette de Crécy, tirait de la simple certitude qu'elle pouvait se trouver près de lui quand bien même ne la rencontrerait-il pas:

 

La possibilité de la panthère palpitait dans la montagne. Et nous ne demandions qu'à elle de maintenir une tension d'espérance suffisante pour tout supporter.

 

Francis Richard

 

La panthère de neiges, Sylvain Tesson, 176 pages, Gallimard

 

Livre précédent avec Thomas Goisque chez Albin Michel:

En avant, calme et fou (2018)

 

Livres précédents de Sylvain Tesson:

 

Aux éditions Équateurs:

Une très légère oscillation (2017)

Notre-Dame de Paris - Ô Reine de douleur (2019)

 

Aux éditions Gallimard:

Dans les forêts de Sibérie (2011)

S'abandonner à vivre (2014)

Sur les chemins noirs (2016)

 

Aux éditions Guérin:

Berezina (2015)

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 22:00
De fiel et de fleurs, de Guy Y. Chevalley

Hector Doudieux, 25 ans, représentant de la maison Guillaume, rompt en 1901 avec Marie Bourette, 30 ans, vendeuse aux magasins du Louvre, à leur cinquième rendez-vous. Il lui dit juste qu'il regrette sincèrement:

 

Avec cette manière d'agir, il n'avait pas conscience de susciter plus de rancune que par un discours franc...

 

Il avait tort. Parce que la rancune de Marie sera tenace... Et, bien des années plus tard, elle va petit à petit lui pourrir la vie et celle de son épouse Irène, alors que tout semble sourire à ce couple qui s'est installé au Vésinet.

 

Hector Doudieux, désormais entrepreneur fortuné, y est devenu un homme en vue, dont le luxe ostentatoire est contrebalancé par une réputation de philanthrope et de mécène dans les domaines de l'art, du sport et des fêtes.

 

Hector a tout oublié de la vendeuse du Louvre. Il n'imagine même pas qu'elle puisse être l'auteur de missives contenant des flèches empoisonnées et du cadeau tout aussi empoisonné qu'il reçoit à son domicile vésigondin.

 

Un jour de 1910, la visite chez leurs voisins Mionnet tourne au drame avec la mort de leur invité, le ténor belge Jules Godart, à qui ils ont offert l'hospitalité et deux cachets d'antipyrine, après qu'il a été victime d'un malaise.

 

Quand on veut nuire aux autres, il faut savoir s'arrêter, ce que ne veut pas Marie. Une fois démasquée après le méfait de trop, elle aura une attitude de déni qui ne laissera pas de surprendre comme sa disparition des radars...

 

Dans De fiel et de fleurs, Guy Chevalley fait la peinture clinique de bourgeois parvenus à une grande aisance matérielle et d'une femme obstinée qui, par dépit amoureux, exerce sa formidable capacité de nuisance à leur encontre.

 

Francis Richard

 

De fiel et de fleurs, Guy Y. Chevalley, 128 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Cellulose, Olivier Morattel Éditeur (2015)

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 19:25
Encre sympathique, de Patrick Modiano

Il y a quelques décennies le narrateur, Jean Eyben, s'est vu confié une enquête par l'agence de Hutte. Il s'agissait de retrouver Noëlle Lefebvre, disparue tout soudain.

 

Son enquête n'avait pas abouti. Mais, en quittant l'agence, quelques mois plus tard, il avait emporté avec lui, en souvenir, le dossier bleu qui en contenait la fiche.

 

Dans la table de nuit de la chambre où Noëlle avait passé quelques temps, Jean avait découvert, dissimulé derrière un tiroir, de moitié plus court que celle-ci, un agenda.

 

C'était un agenda de toile noire avec le chiffre de l'année en caractères dorés. Dans cet agenda, qui appartenait à Noëlle, il n'y avait que quelques notes à l'encre bleue.

 

Ces notes ne lui permettent pas de combler les blancs de la vie de Noëlle. Tout au plus, peuvent-elles lui faire surgir quelques bribes du passé en laissant courir sa plume:

 

Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fond de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface.

 

Ces détails ne remonteront pas, un par un, à la surface dans un ordre chronologique, mais au détour d'une page, comme si tout était déjà écrit à l'encre sympathique.

 

Alors il pourra trouver les réponses aux questions qu'il se pose sur la disparition de Noëlle et la raison pour laquelle il se les pose. Car il en est de plus en plus convaincu:

 

Si vous avez des trous de mémoire, tous les détails de votre vie sont écrits quelque part à l'encre sympathique.

 

Jean s'en est laissé convaincre parce qu'il y voit une analogie avec les notes prises par Noëlle dans son agenda: il a l'impression d'y voir des traces d'écriture en filigrane.

 

Soit, à l'aide d'une substance déterminée, tout ce qu'elle a noté remontera à la surface de la page blanche; soit, naturellement, avec le temps, tout deviendra lisible.

 

Quoi qu'il en soit, le lecteur comprendra in fine pourquoi l'auteur a mis en épigraphe cette citation de Maurice Blanchot, tirée du Livre à venir, sur la mémoire et l'oubli:

 

Qui veut se souvenir doit se confier à l'oubli, à ce risque qu'est l'oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir.

 

Francis Richard

 

Encre sympathique, Patrick Modiano, 144 pages, Gallimard

 

Article précédent sur l'auteur:

Patrick Modiano à Stockholm (8 décembre 2014)

 

Livres précédents:

L'herbe des nuits, 192 pages (2012)

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, 160 pages (2014)

Souvenirs dormants, 112 pages (2017)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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