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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 16:45
Une femme obscure, de Daniel Maggetti

Il n'y avait pas de place pour les autres autour de Melanía, pour les autres femmes s'entend...

 

Le lecteur est prévenu. La grand-mère de l'auteur, qui est morte cinq mois avant sa naissance, est Une femme obscure qui fait le vide féminin autour d'elle. Mais elle n'est pas seulement obscure pour cela.

 

Le souvenir de Melanía est en effet un tissu si troué qu'il lui faut bien l'inventer, à défaut d'autres éléments, à partir des dates nues et des indications lapidaires des registres de la paroisse et de la commune.

 

Daniel Maggetti fait oeuvre à la fois de romancier et d'historien pour raconter son aïeule fascinante, sixième enfant, née cinq ans et demi après la cinquième, dans une famille vivant dans le dénuement.

 

Ses deux frères s'en vont: Severino au val Maggia retenu par Clemente, son amant (?), qui lui fait épouser sa fille unique Marta; Matteo en Amérique. A huit ans, elle reste la seule créature vaillante de la famille. 

 

Melanía au contraire de ses frères et sœurs, se développe inexplicablement en cette fin du XIXe siècle dans un village du Tessin. Après la mort de sa tante Antonia, c'est elle, à douze ans, qui régente la maison.

 

Ses deux soeurs, Rosa et Marianna, s'atrophient tandis qu'elle, elle fleurit. En mars 1903, elle tombe enceinte - c'est le cas de le dire - de manière obscure puisque jamais ne sera connu le géniteur d'Agostino.

 

L'année de naissance de Gustu est tout aussi obscure: il serait né en 1902... L'auteur précise qu'il y eut un certain nombre de bâtards dans la commune après l'ouverture de la route pour l'Italie, entre 1900 et 1910:

 

Ce qui déroutait, cependant, dans le cas de Melanía, c'est que personne ne l'avait vue coqueter avec quiconque, elle n'était pas du genre à traîner avec les garçons, et en plus ça avait dû se passer vers Noël; à la belle saison, on avait vite fait de renverser une fille à l'orée d'un pré, mais en plein hiver?

 

Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises en lisant le roman vrai de l'auteur, parce que le destin de Melanía ne sera pas de rester fille-mère indéfiniment. Elle épousera un homme, avec la bénédiction de l'Église.

 

A trente-cinq ans, elle se marie avec un parent qui en a près de soixante, ce qui est une bonne chose: assistance pour lui, sécurité pour elle, l'infirmité et l'âge de l'époux excluant de facto la procréation... 

 

Sans ce mauvais calcul, l'auteur n'aurait pas vu le jour... et n'aurait pas tenté de retracer, à partir de pas grand chose, au moins une des vies possibles de Melanía, toujours sur le qui-vive car la mièvrerie nous menace.

 

Francis Richard

 

Une femme obscure, Daniel Maggetti, 128 pages, Zoé (sortie le 5 octobre 2019)

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 18:15
Hôtel Belvédère, de Jacques Pilet

Cette nuit, c'était début août, le temps paraissait avoir viré à l'automne alors qu'il faisait si beau la veille. L'hôtel Belvédère qui, des hauteurs de Montreux, domine le lac Léman et s'ouvre sur les montagnes suisses et françaises, était enveloppé de brouillard, plongé dans le nuage.

 

Ainsi commence le roman de Jacques Pilet. Ainsi commence un voyage dans le temps puisque le mois d'août dont il s'agit est celui de 1914 et des déclarations de guerre européennes. Et un voyage personnel pour l'auteur puisque certains des personnages lui ont été inspirés par des membres de sa famille.

 

La Suisse est neutre, mais la guerre gronde autour d'elle et cela ne peut avoir que des conséquences pour ceux qui s'y trouvent au moment où éclate le conflit. En tout cas l'Hôtel Belvédère est inévitablement dans la tourmente: Si le personnel était international depuis plus de trente ans, la clientèle l'était aussi.

 

On pense que la guerre ne durera pas. Le directeur du palace de Glion, Gian Caviezel, un Grison romanche, n'est pas de cet avis. Il est lucide et il écrit dans une lettre à Louise, sa maîtresse française, qui se trouve à Nice: La Suisse échappera peut-être aux combats, elle risque cependant de partir en morceaux:

 

Notre économie s'effondre. Je ne sais si je pourrai garder l'hôtel ouvert. Plusieurs employés s'en vont. Il n'arrive plus de nouveaux clients. […] Ici, les gens se font du souci pour leurs affaires et leurs emplois, ils ne mesurent pas l'ampleur du drame. Ils se croient protégés, par les montagnes, par l'armée, par le gouvernement, par leur bonne conscience… 

 

Petit à petit un autre personnage émerge de l'histoire: Jules Monod, 18 ans, futur protégé de Gian. Son père est paysan, mais lui ne veut pas l'être. Lui aussi doute que la Suisse soit préservée. Il aimerait échapper à la conscription, quitter cette Suisse paisible seulement en apparence, aller loin, très loin, outre-mer.

 

Cet amoureux des livres, dont la sœur, Esther, vend des fruits à l'hôtel Belvédère, rencontre à la Librairie internationale, tenue par un Ukrainien, Tatiana, une étudiante russe qui fréquente les révolutionnaires, mais qui surtout va lui faire découvrir la vie. Elle aimerait agir mais elle est au fond comme lui, spectatrice.

 

Avant d'émigrer, son rêve depuis longtemps, tandis que les horreurs de la guerre continuent tout autour, lui, Jules, ne [s'engage] pas, il [erre) entre des aspirations diverses. Il se [voit] en voyeur. Voyeur de la tragédie européenne. Voyeur du combat social. Et il en [éprouve] un vertige. "Je ne suis même plus un paysan.".

 

Comme bien des Suisses, il tournera le dos à l'Europe ensanglantée (ou à son milieu ressenti comme étouffant). Se sera-t-il agi d'une fuite ou d'une quête de richesses? Il lui aura suffi pour se décider d'une question de son ami français Emile qui, au front, très tôt, a perdu une jambe: Et maintenant que vas-tu faire?

 

Il écrira, au soir de sa vie, dont il fait le récit sans démêler le pourquoi de son départ: Je ne crois pas que l'on décide tout seul de son destin. Il y faut de la volonté mais aussi, en écho, les mots des autres. Le regard qui encourage ou désapprouve, ce qui peut d'ailleurs pousser à faire le contraire de ce qui est suggéré.

 

Francis Richard

 

Hôtel Belvédère, Jacques Pilet, 188 pages, Editions de l'Aire

 

Livre précédent:

Polonaises (2016)

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 16:35
Ramdam, d'Antonin Moeri

A cet instant, je ressentis une forte envie d'écrire ce livre; une envie irrépressible de me glisser dans la peau d'un personnage arabo-suisse, un personnage qui verrait s'acharner contre lui un citoyen balèze, dont le lecteur ne saura pas si ce citoyen balèze est une projection ou non de l'esprit d'un homme réduit à sa plus petite dimension.

 

Malik Oussedik est le personnage arabo-suisse. Roger Bugnon est le citoyen balèze. Ils habitent le même immeuble dans une ville de cinq cent mille habitants, au bout d'un lac, dans un petit pays ne disposant d'aucune ouverture sur la mer.

 

Malik vit depuis cinq ans dans son appartement mais le cauchemar [dure] depuis un an. Depuis, Roger occupe l'appartement du dessus: il rentre au milieu de la nuit en claquant la porte; son berger allemand aboie comme une bête traquée.

 

Ce n'est pas tout: il ricane quand il croise Malik et son ami Naïm dans la rue; il passe l'aspirateur à minuit; il laisse allumé son téléviseur à toute heure du jour et de la nuit et, quand Malik essaie de lui parler, il lui répond élégamment:

 

Va chier sale bougnoule! 

 

Malik se défend. Il appelle la police pour faire cesser ce Ramdam. Il voit un responsable du service spécialisé dans la gestion de crises. A sa demande il remplit de notes deux cahiers pour raconter ce qui lui arrive. Il porte plainte.

 

A partir de ces cahiers et de l'épais dossier gris qui lui ont été remis, le narrateur comprend que, tout simplement, le costaud [reproche] à Malik d'exister et que celui-ci, au moindre bruit, exaspéré, le harcèle aussitôt en lui téléphonant.

 

Le narrateur rencontre les témoins de l'affaire: Naïm Baroudi, le confident de Malik, Loulia Vesel, la compagne de Malik, Ariane P., l'amante de Roger. Il explore les passés de Malik et de Roger et leurs relations avec leurs pères.

 

Malik paraît normal, mais il présente des signes qui auraient dû alerter son entourage: trouble du sommeil, indécision, agitation inhabituelle, paroles erratiques, idées de ruine aussitôt suivies d'un gonflement d'égo spectaculaire.

 

Antonin Moeri laisse ouverte la fin de son histoire: au lecteur de l'imaginer, à partir des derniers éléments qu'il lui donne, notamment le jugement que le Tribunal de police rend après avoir examiné la plainte que Malik a déposée.   

 

Francis Richard

 

Ramdam, Antonin Moeri, 192 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Juste un jour (2007)

Encore chéri ! (2013)

Pap's (2015)

L'homme en veste de pyjama (2017)

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 22:10
La dernière carte de Marcel Fischer, de Philippe Erard

Avant que La dernière carte de Marcel Fischer ne se joue, il faut remonter dans le temps, au début des années 1950, quand ses parents se sont connus au Venezuela, pour comprendre, comme le raconte Philippe Erard, comment et pourquoi il s'est mis dans une situation telle qu'il n'aura pas vraiment le choix.

 

Son père, Hans-Rudie Fischer est né à Lausanne, le samedi 19 janvier 1918, sur les hauts de la ville à la maternité. Quand commence la Deuxième Guerre mondiale, il est étudiant à l'Ecole d'Ingénieurs de l'Université de Lausanne qui deviendra l'EPFL. Il est mobilisé et ne devient donc ingénieur-mécanicien qu'en 1948.

 

Il trouve un emploi chez Bobst, à Prilly, près de Lausanne: une importante fabrique de machines pour les arts graphiques, pour les matériaux d'emballages plus précisément. Or son chef lui propose en 1950 de diriger une petite équipe de deux mécaniciens-monteurs pour aller installer une Autoplatine au Venezuela.

 

Là bas, à la légation suisse de Caracas, il fait la connaissance d'une jeune stagiaire, Céline Masson, qui lui dresse un portrait prometteur du pays: Pour l'instant, c'est la croissance économique qui domine et avec elle s'accroît la prospérité générale. Très vite il est atteint par deux virus: Céline en premier et le Venezuela.

 

Comme Céline est atteint des mêmes virus, Hans et elle mènent de front deux projets: se marier et créer ensemble une entreprise de représentation d'entreprises susceptibles d'être intéressées au marché vénézuélien, d'abord en Allemagne, mais en Suisse aussi et éventuellement dans les régions voisines de France et d'Italie.

 

Pour que le bonheur de Céline et de Hans soit complet il ne leur reste une fois mariés qu'à mener à terme un troisième projet, celui de faire un bébé. Peut-être Céline devient-elle enceinte grâce aux bénédictions de Maria Lonza, déesse locale de la fertilité… Quoi qu'il en soit Marcel naît le lundi 22 septembre 1952.

 

Quand Marcel, qui a obtenu une licence HEC à Lausanne en 1973, reprend les rênes de MTE en 1978, il est atteint du virus: Lui, d'ordinaire si réservé, était devenu étonnamment entreprenant et audacieux. MTE, qui n'avait pas eu de dettes bancaires importantes commençait à en accumuler, pour sa croissance.

 

Quand, au début des années 1980, la conjoncture donne des signes de faiblesse, Marcel ne change pas de stratégie. MTE est bientôt surendettée: Ce n'était pas encore la panique, mais l'angoisse montait. La dévaluation du bolivar le 18 février 1983 et le contrôle des changes du 28 n'arrangent évidemment rien.

 

Marcel calcule que, d'ici peu, il lui manquera 5 millions de dollars: S'il ne les trouvait pas, MTE allait droit à la faillite. C'est à ce moment-là qu'une carte lui est tendue qui lui permettrait d'honorer l'échéance. Comme il pourrait éviter ainsi la honte de faire faillite, il se décide à la saisir, en désespoir de cause.

 

C'est le malheureux avantage de ceux qui n'ont rien à perdre de pouvoir beaucoup hasarder, disait Vauvenargues.

 

Francis Richard

 

La dernière carte de Marcel Fischer, Philippe Erard, 216 pages, Editions de l'Aire

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 18:50
Journal d'un amour perdu, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Pendant deux ans, le temps de faire son deuil du décès de sa mère Jeannine Schmitt, née Trolliet (1930-2017), survenu quelques jours avant son cinquante-septième anniversaire, Eric-Emmanuel Schmitt, né le 28 mars 1960, tient un journal, Journal d'un amour perdu, celui qu'il avait pour sa mère. Il le tient parallèlement à ses autres activités, nombreuses: 

 

Le travail sauve.

Il m'a toujours arraché à mes marasmes.

 

En effet, il codirige à Paris le Théâtre Rive Gauche; il poursuit son œuvre d'écrivain (La Vengeance du pardon paraît en 2017, Madame Pylinska et le secret de Chopin en 2018, Felix et la source invisible en 2019); il est comédien; il est metteur en scène; il voyage à l'étranger pour la promotion de ses livres; il est obligé d'en lire parce qu'il est académicien Goncourt.

 

Dans ce journal de deuil, il dit ce que sa mère était pour lui: Maman ne m'est pas apparue: j'en suis apparu. Nous faisions corps. D'une fusion primitive, nous avons progressivement dérivé, ce qui peu à peu nous a individués. Il dit que, juste après l'annonce de sa mort, il est devenu orphelin (son père était mort cinq ans plus tôt): Je ne suis plus l'enfant de personne.

 

Au fil de la plume, il livre dans ce journal non seulement tout ce qu'il doit à sa mère (qui l'a notamment initié au théâtre en l'emmenant, l'année de ses dix ans, aux Célestins de Lyon assister à une représentation de Cyrano de Bergerac) mais également quelques aveux qui le révèlent dans son humanité et quelques réflexions inspirées, que j'ai choisies de citer à dessein, en toute subjectivité:

 

La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l'incertitude.

 

La foi n'est pas un savoir mais une façon d'habiter l'ignorance.

 

Une vie de création ne se révèle pas une vie de domination, mais une vie de servitude. On donne tout de soi à l'œuvre qui veut naître.

 

Ce n'est pas une mère qui me manque, c'est elle.

 

On doit parler du deuil en se gardant d'endeuiller, on doit troubler en évitant de semer un trouble irrémédiable.

 

Absurdité du suicide: on sait ce que l'on fuit, on ignore ce que l'on trouve.

 

Ma mère ne me voulait pas seulement en vie, elle me voulait heureux. Envers elle, j'ai un devoir de bonheur.

 

Une fiction mille fois ressassée finit par prendre l'épaisseur de la réalité.

 

Quand un enfant vient au monde, une mère aussi vient au monde.

 

On pense moins à la mort quand on se bat concrètement pour la vie.

 

J'aime la vie d'un amour renforcé par la peur de la perdre.

 

Se méfier de deux assassins: la nostalgie, l'espoir. Ils tuent le présent.

 

Rien de moins unique que de se croire unique.

 

A la fin de ce journal, qui aura été pour lui un viatique, il conclut:

 

Voilà que se termine le voyage de deux années: je le percevais comme une errance, c'était en fait un chemin.

 

Francis Richard

 

Journal d'un amour perdu, Eric-Emmanuel Schmitt, 256 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

La nuit de feu (2015)

L'homme qui voyait à travers les visages (2016)

La Vengeance du pardon (2017)

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 21:00
Le Cristal de nos nuits, de Frédéric Lamoth

Les Mémoires dont il s'agit dans Le Cristal de nos nuits ne sont pas ceux de l'auteur, comme le lecteur pourrait le penser de prime abord. Ce sont celles de personnages qui se cristallisent à partir d'une réminiscence nocturne.

 

Comme ces histoires ont toutes un lien avec la Seconde Guerre mondiale, le titre ne peut que faire penser à la terrible Nuit de Cristal pendant laquelle furent victimes de nombreux Juifs les 9 et 10 novembre 1938 sur tout le territoire du Reich.

 

Ces sept histoires se passent cependant en Suisse, pendant ces heures parmi les plus sombres de l'Histoire du XXe siècle. Frédéric Lamoth ne leur donne pas de titre, mais, en prologue, il reproduit des coupures de presse de 1939 à 1944, pour l'ambiance.

 

Les réminiscences nocturnes?

 

 - En 1945, après douze ans d'absence, Monique est réapparue aux yeux du narrateur dans un restaurant à côté du Montreux Palace où il l'avait connue;

- L'hiver rappelle au narrateur l'hiver 1943-1944 pendant la Mob, où un drame s'était produit accidentellement en montagne;

- Une commerçante reconnaît dans une cliente la femme qui lui avait donné à garder son fils Horst à partir de février 1941;

- Une jeune femme se souvient de son camarade d'enfance, Rémi, qu'elle a perdu de vue en juillet 1944 quand les Allemands ont incendié Saint-Gingolph;

- Un aviateur américain est hanté par la seule fois où, dans une scierie, il a étreint Irene à l'été 1944, dans le sang et les larmes;

- Un faire-part de décès en 1989 d'une femme juive remémore à un compositeur le temps où il voulait jouer en trio avec elle et un jeune homme, juste après guerre;

- Le fracas des verres d'une fenêtre qui s'ouvre rappelle au narrateur quand un bombardier s'était écrasé sur le Grammont et que les fenêtres avaient volé en éclats. 

 

Toutes ces histoires donnent des visages bien sombres de la Suisse, parce que la guerre ne s'est pas arrêtée à ses frontières ou, en tout cas, a eu des conséquences sur la vie de ses habitants et sur celle de ceux et celles qui s'y sont retrouvés.

 

Ces histoires sont, pour les personnages, au mieux des occasions manquées ou des moments de plus de peur que de mal, mais qui suscitent l'angoisse. 

 

Ces histoires sont au pire des accidents mortels, provoqués par négligence ou pour donner une leçon, ou des relations non consenties.

 

Les circonstances exceptionnelles, si elles les favorisent, n'excusent pas certains actes.

 

Francis Richard

 

Le Cristal de nos nuits, Frédéric Lamoth, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Sur fond blanc (2013)

Lève-toi et marche (2016)

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 11:30
La clé USB, de Jean-Philippe Toussaint

Jean Detrez, le narrateur, travaille sur l'avenir à la Commission européenne, au sein du Centre commun de recherche. Il est le fils de Jean-Yves Detrez, ex Commissaire européen à la recherche. Tel père, tel fils… 

 

Dans le cadre de son travail, il s'intéresse notamment à la blockchain - un immense registre anonyme et infalsifiable -, qui est associée dans le public au bitcoin, mais qui a bien d'autres applications.

 

A l'automne 2016, il présente au Parlement européen un rapport d'une cinquantaine de pages sur les perspectives d'avenir de la blockchain. A la suite de cette présentation il est approché par des lobbyistes.

 

Ces lobbyistes sont intéressés par l'annonce qu'il a faite au cours de son intervention sur la nécessité de développer une technologie blockchain européenne autonome, car c'est un enjeu géopolitique majeur.

 

En effet ils se proposent de servir d'intermédiaires entre clients européens et asiatiques à même de fournir une blockchain cent pour cent européenne, et qui plus est, exclusivement développée sur le continent.

 

En principe Jean Detrez ne doit pas entretenir de relations non déclarées avec des lobbyistes. Il le fait pourtant en se gardant bien toutefois de s'engager formellement et en refusant tout avantage.

 

Lors d'une de ces rencontres au Sofitel, l'un de ses interlocuteurs perd, ou oublie volontairement, La clé USB qui donne son titre au récit. En la parcourant l'intérêt de Jean pour les lobbyistes est aiguisé.

 

En effet il tombe entre autres sur le prototype d'une machine à miner dont il n'a jamais entendu parler et surtout sur la possibilité d'une porte dérobée qui permettrait de contrôler la machine à distance.

 

Cela amène le narrateur à prendre des risques pour vérifier cette hypothèse et à devenir parano parce qu'il a le sentiment que l'on sait qu'il sait quelque chose et que, du coup, il est surveillé en permanence.

 

En apparence il s'agit d'une simple transaction commerciale entre une société bulgare, sollicitant des aides au développement de l'Union Européenne, et une société chinoise fabriquant du matériel de minage.

 

Mais, raconte Detrez, je me rendais compte que, en réalité, tous les acteurs de cette transaction étaient à des degrés divers, indélicats, si ce n'est malhonnêtes. Il a donc vite le pressentiment d'un désastre.

 

Cet expert de l'avenir ne l'est pas du sien. Au début du récit, il en est bien conscient. A la fin, face au désastre, s'il observe que c'est émouvant, il n'éprouve pas ça vraiment et ne peut donc exprimer d'émotions.

 

Francis Richard

 

La clé USB, Jean-Philippe Toussaint, 192 pages, Les Editions de Minuit

 

Livres précédents:

Football (2015)

Nue (2013) 

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 11:40
Tout au long de nos soifs, de Claudine Houriet

L'existence réserve des surprises tellement extraordinaires...

 

Cette phrase tirée d'une des vingt-et-une nouvelles de Tout au long de nos soifs pourrait en être l'épigraphe. Car, dans chacune de ces nouvelles, il y a quelque chose qui sort de l'ordinaire dont elle provient pourtant.

 

Les personnages de ces nouvelles sont effet des gens ordinaires même lorsqu'il ne s'agit pas de petites gens. Mais ils ont le don, sans doute comme Claudine Houriet, de voir au-delà de leurs perceptions immédiates.

 

Peut-être est-ce parce qu'ils ont une certaine candeur et que, même lorsqu'ils font du mal, ils le font avec de bonnes intentions dont on dit qu'un certain lieu peu recommandable, et d'ailleurs sans retour, serait pavé.

 

Ce qu'ils voient au-delà de ce que les autres voient touche au merveilleux. Ce sont des visions féeriques qui suscitent l'incompréhension, des récompenses pour ce que l'on a fait de bon cœur, des objets dont ils détectent l'âme.

 

Ces histoires ne finissent pas toutes bien dans le sens habituel, mais, parfois, dans un sens surnaturel, parce que, justement, il existe un monde au-delà des apparences trompeuses, un monde rêvé pour y étancher ses soifs. 

 

Parmi ces soifs, il y a, cela ne surprendra pas, une soif d'amour qui ne se laisse pas toujours prendre ou qui conduit à des extrémités quand il semble vouloir échapper à qui se trouve sous son charme et entend le rester.

 

La vérité est une autre soif inévitable: un garçon de 12 ans, bon élève en classe, mais volontiers poète, entend un jour des voix pendant ses vacances et le raconte dans une rédaction sur Votre plus beau souvenir de vacances.

 

Son professeur le traite de menteur quand il maintient qu'il les a entendues et lui inflige une lourde punition: La classe avait d'abord hurlé de rire. Elle se taisait maintenant, prête à admirer la ténacité, le courage du garçon.

 

Le garçon avait pourtant dit vrai, mais ne pouvait malheureusement pas le prouver. Il ne connaitrait jamais l'explication de ce phénomène extraordinaire qu'il avait vécu dans une clairière de la forêt des environs de Münster:

 

Debout, les yeux fermés, il écoutait avec ravissement le bruissement feutré des murmures et il se sentait dans un monde de beauté et d'amour. Seules des fées étaient capables d'un tel prodige.

 

Quand, enfant, vous dites la vérité à un adulte et qu'il ne vous croit pas, c'est pour vous la fin de l'enfance…  

 

Francis Richard

 

Tout au long de nos soifs, Claudine Houriet, 164 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents aux Editions Luce Wilquin:

Le mascaret des jours (2014)

L'enlèvement (2016)

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 19:45
Grand-Mère et la mer, de Janine Massard

Grand-Mère et la mer se passe en 1960. Le général de Gaulle est au pouvoir. C'est la guerre en Algérie. Albert Camus est mort le 4 janvier dans un accident de voiture.

 

Claire, née dans la dernière décennie du XIXe, a un rêve. Elle aimerait connaître la mer, c'est-à-dire la Méditerranée, avant de... Car elle sait que ses jours sont comptés.

 

La petite-fille de son second mari, Line, 21 ans le 6 août, est une bourlingueuse. Peut-être que tite Line, vu son expérience des pérégrinations, pourrait l'emmener voir la mer.

 

Claire ne veut pas la voir n'importe où. Elle veut aller en France dont son père était originaire. Dans ses rêves, Méditerranée et la France sont synonymes de perfection.

 

Cela tombe bien. Line est secrétaire d'un avocat, qui, avec sa famille, a passé ses vacances l'été précédent dans un petit hôtel sympa de Golfe-Juan. Elles pourraient aller là.

 

Certes Line ne peut pas prendre de vacances quand elle veut, mais elle a accumulé des heures supplémentaires et peut partir une semaine en septembre pour la Côte d'Azur.

 

Claire et Line partent donc ensemble, par le train, en seconde classe, places assises, à partir des rives du Léman, en direction de la mer: Milan-Gênes-Vintimille-Nice-Golfe-Juan.

 

Les voyages sans agence réservent de l'inattendu. Celui-là ne fait pas exception. Mais, plus important, il modifie la vision des choses de Grand-Mère, fascinée par sa petite-fille.

 

A l'issue de leur voyage, reste un décalage entre Claire et Line dans la vision des choses, mais l'écart s'est réduit un peu, alors qu'il reste abyssal entre Line et sa mère Marthe.

 

Line est déjà une jeune femme très indépendante en un temps où les femmes, comme sa mère, sont encore soumises aux hommes et suivent en cela selon elles le droit chemin.

 

Claire, bien qu'elle ne les approuve pas, continue à se soumettre aux règles en vigueur pendant des générations. Elle s'adresse toujours à Dieu... mais pour lui faire des reproches.

 

Claire est admirative parce que Line, qui est pour elle la gamine, a du caractère, mais, dans le même temps, elle est un tantinet agacée qu'elle ne veuille rien faire comme avant. 

 

Line comprend que Claire ait du mal à s'adapter à ces temps qui changent à vitesse accélérée, sait que les femmes ne sont pas vraiment ici les égales des hommes, mais fait comme si

 

Francis Richard

 

Grand-Mère et la mer, Janine Massard, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

Question d'honneur, 216 pages, Bernard Campiche Editeur (2016)

Terre noire d'usine, 292 pages, CamPoche (2014)

Gens du lac, 192 pages, Bernard Campiche Editeur (2013)

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 22:30
Course, d'Alex Baladi et de Pierre Yves Lador

Course est à l'origine une BD de Baladi sans texte. Toujours sans bulles, Pierre Yves Lador l'éclaire avec un texte à sa façon. Le résultat est là: une BD d'un nouveau genre, une histoire illustrée d'aujourd'hui sur ce qui meut les humains.

 

Selon Lador, le maître-mot commun de l'ouvrage, c'est invisibles. Mais comme il est savant et qu'il a beaucoup lu, le mot approprié serait plutôt anekphantes...

 

Qu'entend-il par là? Il entend par là les bactéries qui sont les créatures terriennes les plus nombreuses, des créatures microscopiques.

 

Et la Course? La course est horizontale, le rêve vertical...

 

Pour courir vite, plus vite, les humains se font porter: La phorésie est métaphorique pour eux. Même la terre les porte, comme une chienne puces et tiques...

 

Les humains courent tout le temps: Leur seule lenteur est celle du cortège funèbre.

 

Que reste-t-il d'ailleurs d'eux après la mort? L'os. L'os fait rêver, il est de notre corps la partie la plus durable, la plus proche de l'immortalité, de l'éternité, il est l'ultime trace de ce que nous fûmes, sommes, serons.

 

A tous ces humains qui courent, il rappelle: Il y a des milliards d'ossements dans la couche vivante et des milliards de bactéries dans nos intestins, vous ne les battrez jamais à la course...

 

Il leur rappelle donc par là même sur quoi ils courent: Vous courez sur vos ancêtres, que les invisibles ont dévoré avant leur pétrification.

 

Pierre Yves fait alors du Lador. Bienvenue dans son monde, où les mots se répondent et se répandent:

 

La putréfaction ou putréfiction, ou putrification, précède la pétrification et la putride purification. Les bactéries sont les agents de la métamorphose, pas d'histoires sans bactéries. Vous roulez inlassablement sur des tombes antiques.

 

L'exégète des dessins d'Alex Baladi se pose la question existentielle de l'écrivain face à eux:

 

Comment saurai-je si en regardant ces planches par mes yeux, mes nerfs, mon cerveau, mon corps, les bactéries de mes intestins sont influencées et me dictent le texte qui va les accompagner?

 

Pourquoi court-on? le questionne une de ces planches. Il répond:

 

On court pour fuir le passé, pour échapper à un ennemi ou pour attraper le désir par la queue, un rêve, une image, un fantasme, mais plus vite on court plus vite il s'enfuit.

 

N'en déplaise à Rabelais, qui ne doit pas déplaire à Lador, ce n'est pas le rire, selon ce dernier, qui est le propre de l'homme, c'est la course, car il veut la réalisation du rêve...

 

Francis Richard

 

Course, Alex Baladi et Pierre Yves Lador, 80 pages, (Y)

 

Livres précédents de Pierre Yves Lador:

 

Chambranles et embrasures, 192 pages, L'Aire (2013)

Confession d'un repenti, 240 pages, Olivier Morattel Éditeur (2014)

Les chevaux sauveurs, 200 pages, Hélice Hélas (2015)

Poussière demain, 360 pages, Olivier Morattel Éditeur (2018)

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 21:30
Un boudoir sur l'Atlantique, de Jessica Da Silva Villacastín

La Guyane est un prétexte; la vraie destination est le mode d'y prétexter: un porte-conteneurs. Car si la marchandise justifie la route, ce sont bien les hommes et la mer qui l'esquissent, au final.

 

Le prétexte? La journaliste Jessica Da Silva Villacastín se fait accréditer auprès du Centre Spatial Guyanais pour assister au lancement d'une fusée Ariane.

 

Le porte-conteneurs? Le CMA CGM Platon, qui mesure 170 mètres de long, 27,2 mètres de large et qui a une capacité de 1700 conteneurs équivalents à vingt pieds.

 

Le carnet de bord commence en fait le 19 janvier 2015, alors que l'embarquement aura lieu le 5 août 2015 et que le cargo arrivera le 19 août 2015 à Dégrad des Cannes: La disproportion du temps dévolu aux préparatifs et celui de la route me semble déjà ridicule, à la fois que respectable...

 

Elle sera seule femme à bord et aura trente ans le 14 août 2015, au moment où le cargo fera escale à Saint-Martin: Ma peur et mon désir, c'est la mer. Pas le mâle.

 

Quel titre donner à son carnet de voyage à bord du porte-conteneurs? L'auteure pense d'abord à: Effleurer les Atlantiques, Temps des Atlantiques, Pont F, Effleurer la marine marchande,  Some nautical pastorals, Les heures de l'Atlantique. Puis elle arrête son choix à: Un boudoir sur l'Atlantique.

 

Originellement, un boudoir c'est une petite pièce dédiée aux causeries féminines. Après un temps d'accoutumance, la cabine de l'auteure devient effectivement son boudoir à elle, où elle peut se confronter avec elle-même:

 

Je commence à adopter une nouvelle habitude qui me rappelle ma marque de fabrique: m'isoler le matin. Depuis quelques jours, je reste dans ma cabine, bois un ou deux thés verts en écrivant, en lisant la biographie captivante de La Fayette sous la plume du romantique Gonzague Saint Bris...

 

Le reste du temps, elle le passe à faire connaissance avec le cargo, au coeur de l'océan, chargé à bloc d'humains, de vivres, de valeurs, mû par une ingénierie potentiellement explosive (quand il ne s'agit pas de son chargement même).

 

Ce qui l'amène à rencontrer l'autre: Être interdépendant dans la solitude; être enfermé en pleine mer tout en contemplant des ciels presque divins... Un marin contemporain est un oxymore parfait.

 

Arrivée à bon port, depuis qu'elle a quitté sa cabine et les marins elle est triste: J'aimais la mer, je m'y sentais bien.

 

Pourtant elle ne rentre que le 5 octobre 2015 et séjourne auparavant en Guyane, où elle comprend qu'il y a un voyage après un autre, et ainsi de suite nécessairement:

 

Écrire sur le microcosme propre à un bateau marchand s'est mêlé à merveille avec la découverte graduelle de cette société multiculturelle, qui balade son panier du Super U au marché aux poissons traditionnel.

 

La Guyane? Ici, la différence c'est la norme. Faire du stop, c'est la norme...

 

A la fin de son carnet de voyage, elle tire toutes les conclusions de cette aventure qui l'a réellement changée et le termine en disant:

 

Ce recueil, c'est la mémoire de ce dépassement du "moi" social, avec ses étapes, le voyage, c'était la proposition, l'écrit, la trace. Le but, vivre un peu plus léger dans la profondeur de toute chose, au prix de ne jamais vraiment y revenir.[...] La mer et ce qui s'y passe, amères plus que salées, les lèvres du coeur, m'ont laissée.

 

Francis Richard

 

Un boudoir sur l'Atlantique, Jessica Da Silva Villacastín, 152 pages, Éditions Encre Fraîche

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 21:15
Crimes sacrés, sacrés meurtres, d'Yves Paudex

Dans Crimes sacrés, sacrés meurtres, la police de sûreté vaudoise est confrontée à un sacré crime. Le 1er novembre 2010, un tronc humain est découvert au Sépey, au coeur des Ormonts: la date du décès de ce qui fut un homme est estimée entre le 10 et le 12 octobre.

 

Plus tard sont retrouvés: les jambes, le 24 décembre 2010 à Versoix; le crâne, le 15 mars 2011 à Cheseaux-Noréaz; un tonneau (qui émerge avec la baisse de eaux) contenant les deux bras, un couteau, des habits, des chaussures, le 16 avril 2011 dans le lac de Gruyère:

 

Les chemises sont de taille 44, les chaussures de taille 43. Selon le médecin légiste, la victime avait 178 cm pour un poids d'environ 80 kilos.

 

On est sûr qu'il s'agit de la même victime grâce à l'ADN, qui est identique mais n'est toutefois pas répertorié dans le fichier helvétique. Les autres pays européens sont interrogés, mais il ne faut guère espérer de réponse rapide de la part de certains d'entre eux.

 

Dans une poche de chemise, il y a un papier déchiré: Au recto de ce qui devait être une carte de visite, il est imprimé: "dalla Lib...", avec une inscription au verso: "1515-29-17". Le recto laisse supposer que la victime est d'origine italienne, mais le verso...

 

L'enquête est confiée à un duo a priori incompatible: Bavaud représentait la police de demain, Rosset celle de hier. L'aîné avait bâti son fonds de commerce sur l'aveu, le cadet privilégiait les preuves scientifiques et techniques, jugées désormais plus fiables.

 

Denis Bavaud est un jeune inspecteur aux dents longues. Valentin Rosset doit bientôt partir à la retraite. Ce sont deux professionnels. Comme le dit l'aîné au cadet, ils sont d'une époque différente, mais deux flics quand même, différents mais complémentaires.

 

Un jeune inspecteur disparaît. Un vol est commis dans une paroisse de village sans que plainte soit déposée. D'autres meurtres sont commis. Les deux inspecteurs ont du mal à s'y retrouver dans cet écheveau et se demandent s'il existe des liens entre tous ces faits.

 

Leurs méthodes sont bien complémentaires, mais restent faillibles: l'un fait des recherches techniques sur les réseaux sociaux et la téléphonie, l'autre a l'expérience du terrain et des prémonitions (qui s'appuient parfois sur la symbolique spirituelle ou des coups de dés).

 

Cette faillibilité humaine est la marque de ce polar plein de méandres. Les personnages y apparaissent avec qualités et défauts, points forts et points faibles, et, qu'ils soient aimables ou non, leur histoire et celle des leurs permettent au moins de les comprendre.

   

Francis Richard

 

Crimes sacrés, sacrés meurtres, Yves Paudex, 470 pages, Plaisir de Lire

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 21:45
Après la colonie, d'Olivier Pitteloud

La colonie est située tout en haut du village. A la fin des années 1970, il y a un peu plus de vingt ans, il s'y est passé quelque chose de grave. A la fin de l'été, elle a été fermée et est devenue une ruine.

 

A l'époque, pendant l'été, les enfants des gros de la plaine, des gosses de riches, y étaient envoyés. Mais cet été-là, il y avait aussi, parmi eux, le gosse de l'Allemand. Qui d'ailleurs était un Autrichien...

 

Ce qui s'est passé, au village on n'en parle pas. On sait qui était la victime, mais les avis sont encore partagés parce que l'Allemand, on ne l'aimait pas. Quant au coupable, on n'a été sûr de qui c'était qu'après sa fuite.

 

Quoi qu'il en soit, les conséquences de ce qui s'est passé cet été-là seront lourdes pour la famille de l'Allemand et pour celle du président de commune. Aucun d'entre leurs membres ne s'en remettra.

 

Il y a donc un avant et un Après la colonie. Et même si Olivier Pitteloud parle de l'avant pour expliquer comment et pourquoi ça s'est passé ainsi, c'est surtout l'après qu'il décrit qui est terrible et mortel.

 

L'auteur a choisi de faire des allers-retours entre présent et passé du village et d'employer des pronoms indéfinis et démonstratifs tels que des on et des ça pour parler des êtres et de la communauté, créant une curieuse ambiance:

 

On n'aurait rien fait parce qu'on n'est pas bien courageux, ici, au village, on parle plus qu'on ne fait, on est comme ça, mais ça nous aurait dégoûté de penser chaque jour qu'un type comme ça habite juste à côté.

 

Ce microcosme, avec tout ce qui s'y est dit, et se dit, avec ses non-dits, avec ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas, est un lieu qui ne laisse pas beaucoup d'échappatoires aux individus, hormis la mort, bien entendu...      

 

Francis Richard

 

Après la colonie, Olivier Pitteloud, 128 pages, L'Âge d'Homme (à paraître)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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