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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 23:15
Niria, de Johanna Struck

"Niri", l'interrompit-elle en levant un doigt menaçant et en lui réexpliquant pourquoi elle voulait être appelée Niri et non Niria.

 

Ce sont les dernières paroles que Niri, 14 ans, adresse à son grand-père, Malamon, avant qu'il ne disparaisse et ne la laisse seule, sans explication, endormie dans la calèche.

 

Quand elle parvient à en sortir, elle se trouve face à un jeune homme qu'elle suit, malgré qu'elle en ait, jusqu'à Ingium, une école destinée aux créatures.

 

Les créatures, ce sont les vampires, les loups-garous, les fantômes, les magiciens, les sorciers, les sirènes, les phénix... C'est-à-dire toutes des créatures de légende.

 

La jeune auteure, Johanna Struck, les a réunies en un lieu improbable où Niri se demande ce qu'elle vient faire, n'ayant vécu jusque-là qu'avec son grand-père.

 

Pourquoi son grand-père l'a-t-il abandonnée et inscrite dans cette école? A quoi sert l'amulette qu'elle a héritée de lui? Ce ne peut être les fruits du hasard.

 

Niri ne se sent pas à sa place à Ingium, alors que tout laisse à penser qu'elle est une semi-vampire... Elle y apprend à distinguer les différentes sortes de créatures...

 

Toutes ces créatures - les Sémènes - ont une odeur et des yeux caractéristiques, et possèdent un don magique qu'ils doivent apprendre à maîtriser: en a-t-elle un, elle aussi?

 

Niri n'a pas réellement de préjugés pour ce qui concerne ces créatures, même si elle leur débite des clichés: ainsi se lie-t-elle d'amitié avec un vampire, une sirène et un loup-garou...

 

En résumé, Niria est le récit inventif des tribulations à Ingium de Niri, aux yeux lumineux, verts et jaunes. Le fin mot de cette histoire fantastique n'étant, bien sûr, connu qu'à la fin...

 

Francis Richard

 

Niria, Johanna Struck, 368 pages, L'Âge d'Homme (traduction de Florence Bourqui)

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 22:25
Le Maître parfumeur, de Nagaoka Taeko

- Petit canot est-elle libre?

- Quel petit canot, quel petit canot?

 

Ce dialogue rituel illumine cette nouvelle de Nagaoka Taeko, auteur japonais non seulement méconnu, mais inconnu.

 

Celui qui pose la question, c'est Le Maître parfumeur, Kazuo. Celle qui lui répond par une autre question, c'est Kayoko.

 

Entre elle et lui, il n'y a en principe que des relations commerciales: il est un vieux client de sa maison de plaisirs, dont le personnel se [compose] de deux filles, qui ne [restent] jamais guère plus d'une année...

 

Kazuo donne aux odeurs des noms français, des noms de parfums; Kayoko donne à ses filles des noms occidentaux:

 

Les hommes aiment l'anonymat et l'exotisme...

 

Ce sont des invitations aux voyages, ceux des parfums et ceux de la vie, pourquoi pas à bord d'un petit canot:

 

Une traversée de la vie en clandestin sous la bâche, une traversée en hors-la-loi, tremblant du risque de se voir balancer à la mer...

 

et de disparaître, inévitablement: la vieillesse ou la mort...

 

Francis Richard

 

Le Maître parfumeur, Nagaoka Taeko, 40 pages, Éditions de l'Aire (traduit du japonais par Charles Timori)

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 22:30
Quand les nuages poursuivent les corneilles, de Matthias Zschokke

Le héros de ce roman de Matthias Zschokke vit à Berlin avec sa bien-aimée. Il s'appelle Roman. Il espère, avec ce nom, avoir du succès et atteindre le bonheur.

 

En attendant de remplir ces objectifs, il tient à répondre aussitôt qu'il les reçoit aux mails que sa mère, son ami B., sa tante d'Amérique, ou d'autres encore, lui envoient.

 

Sa mère et son ami B. voudraient bien qu'il les abatte, mais il s'essaie dans ses messages à leur donner le goût de vivre, en leur prodiguant des conseils sensés.

 

Il a un autre ami, mais, comme il ne se souvient jamais de son nom, il l'appelle Stoffelmeier comme le supérieur d'Adrien Monk (non cité) de la série télévisée.

 

Autrement, Roman, lui-même routinier, observe dans la rue les routines des êtres qu'il rencontre et ne manque pas de relever ce qu'ils ont de bizarre à ses yeux.

 

Ils sont surtout bizarres de par les raisonnements qu'il tient à leur sujet. Sinon, d'aucuns les trouveraient certainement d'une grande banalité, indignes d'attention.

 

Ses raisonnements sont alimentés par une imagination fertile, si bien que cet homme, d'apparence ordinaire, finit par se raconter des histoires surréalistes.

 

Il y a en lui du rêveur debout - le fait qu'il soit insomniaque n'y est peut-être pas étranger. Est-ce de l'onirisme ou de la poésie? Un peu des deux, sans doute.

 

En dehors des trois semaines d'été qu'il passe à voyager avec sa bien-aimée, il est plutôt sédentaire. Il se rend à son travail à vélo, ce qui lui permet là encore d'observer.

 

Quand sa mère meurt sans qu'il y soit pour quelque chose, Roman reçoit une carte de condoléances de sa tante d'Amérique, d'un convenu des plus ruisselant :

 

Il laissa tomber la carte, leva les yeux et regarda des lambeaux de nuages qui poursuivaient une corneille.

 

Cette attitude d'esprit, dont le titre s'inspire, est révélatrice de Roman dont on sait seulement qu'à son bureau il écrit des lettres et que, sinon, il n'a rien à raconter sur lui-même.

 

Il aurait bien des ambitions cinématographiques mais il n'en a pas les moyens. Alors, il se met en tête de s'exprimer sous forme d'une pièce de théâtre qu'il finit par écrire.

 

Il imagine dès lors ce que cette pièce donnerait avec le comédien qu'il a pressenti pour jouer le rôle d'un des cinq personnages, dont l'un dit aux autres:

 

Pourquoi ne suffit-il pas d'être tièdes? Les corps sont tièdes, finalement. Pourquoi est-ce que ça ne vous suffit pas de vous faner, tout simplement? Pourquoi voulez-vous vous consumer?

 

Francis Richard

 

Quand les nuages poursuivent les corneilles, Matthias Zschokke, 192 pages, Zoé (traduit de l'allemand par Isabelle Rüf)

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 18:30
Le Collectionneur, de Fiona Cummins

Le vendredi 16 novembre 2012, Clara Foyle, 5 ans, franchit les grilles de son école de Blackheath, au sud-est de Londres, et rentre toute seule à la maison. Un peu plus loin, un homme sort de la boutique d'un Pendjabi qui vend des bonbons. Il vient d'en acheter et en offre à Clara. C'est pour mieux enlever cette enfant...

 

Non loin de là, le même jour, Jakey, 6 ans, et son père, Erdman Frith, 39 ans, se blessent à la maison et, accompagnés de Lilith, mère de l'un et femme de l'autre, vont se faire soigner au Royal Southern Hospital.

 

Ils ne sont finalement pas gravement blessés, ni l'un ni l'autre, mais Jakey souffre d'une terrible maladie et toute chute, comme celle qu'il a faite, peut avoir de terribles conséquences:

 

La maladie de l'homme de pierre (fibrodysplasie ossifiante progressive) est une maladie rare et paralysante provoquant chez les personnes atteintes l'apparition d'un second squelette qui les enferme littéralement à l'intérieur d'une prison d'os...

 

Erdman ne sait pas encore que son fils est déjà en danger et qu'il a dix jours pour lui sauver la vie.

 

Le lendemain, samedi 17 novembre 2012, l'inspectrice Etta Fitzroy, chargée de l'enquête sur la disparition de Clara, s'est occupée un an plus tôt de la disparition d'une autre petite fille, Grace Rodriguez, dont on n'a retrouvé dans un bois que les bouts de doigts et les orteils dans de petits sachets en plastique et soigneusement alignés.

 

Quand Fitzroy lui rend visite, Amy Foyle, la mère de Clara, lui apprend que sa fille souffre d'ectrodactylie: il lui manque des doigts aux deux mains. Fitzroy sait aussi que son mari, Miles Fitzroy, est un coupable tout trouvé puisqu'il a été soupçonné de pédophilie dans le passé.

 

Le même jour, le lecteur fait la connaissance du personnage-titre, Le Collectionneur, héritier de l'Ossuaire, une collection d'os familiale, constituée pendant des générations par une lignée de mâles, qu'il se fait un devoir d'enrichir à son tour de spécimens rares:

 

... Il s'attarde dans le couloir, s'abreuve du squelette enfermé dans sa double prison de verre et d'os.

Il pense à l'autre garçon, et le frisson des possibilités se répand dans tout son corps...

 

Pendant les jours suivants, jusqu'au mardi 27 novembre 2012, Fiona Cummins, presque heure par heure, raconte, avec la précision d'un scalpel qui découperait des chairs vivantes, les faits et gestes de ces protagonistes, les liens qui se tissent entre eux ou leurs relations conflictuelles, leurs états d'âme. Elle n'épargne au lecteur aucun détail...

 

Le suspens et les frissons sont garantis jusqu'au bout de cette histoire d'os. Et même l'épilogue ne permet pas de souffler. Ce gros volume n'en a donc que l'air: bien que l'intrigue soit d'une grande densité, il est difficile de s'en défaire en cours de lecture.

 

Francis Richard

 

Le Collectionneur, Fiona Cummins, 512 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'anglais par Jean Esch)

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 22:45
La constellation des naufrages, d'Elodie Glerum

Ils sont trois amis, Laurens, Robin et Matthijs, les deux premiers inséparables encore aujourd'hui, en l'an 2015. Ils étaient tous trois dans la même classe, à Amsterdam, pendant l'année scolaire 1998-1999, lors du drame.

 

Un de leurs camarades, Tino, s'était en effet donné la mort par asphyxie au printemps et avait nommément accusé le trio de l'avoir poussé à commettre son suicide dans une lettre vengeresse qu'il avait laissée derrière lui.

 

Il n'y avait pourtant aucune preuve de leur harcèlement à son égard, à l'exception de cette lettre. Mais la classe avait été manipulée par l'outre-tombe et il avait fallu du temps à Laurens pour se remettre de son ostracisme.

 

Laurens et Merel s'étaient mis en couple à dix-neuf ans. Sans doute lasse de servir de défouloir à son copain, elle avait rompu, après quatre ans de vie commune, et après qu'il l'avait trompée, pour retourner au... célibat.

 

Deux ans plus tard, Laurens rencontrait Jacqueline, croisée six ans plus tôt, bien au courant de son passé avec Merel. Depuis, ils forment un de ces couples modernes et libres, où l'un n'empêche pas l'autre de sortir sans lui...

 

Diplômé à 26 ans, Laurens, par relation, décroche un emploi à la hauteur de ses attentes dans le Zuidas, tandis que Jacqueline, un an de moins que lui mais diplômée deux ans plus tôt, fait de la recherche opérationnelle.

 

Tout serait pour le mieux dans leur monde où règnent la musique, le sexe, les alcools, Skype et les réseaux sociaux, si ne réapparaissait la mère de Tino, Sara Carofiglio (sic), sur une chaîne de télévision régionale italienne.

 

Sara, 49 ans, qui était déjà belle à l'époque, vient d'écrire un livre à la mémoire de son fils. Mais elle ne se contente pas de remuer le passé, elle veut aussi rencontrer les membres du trio, pour comprendre et faire son deuil. 

 

Le roman est bien La constellation des naufrages, qui jalonnent l'existence de Laurens. Car, après les quatre disparus de sa génération, Tino, Silvia, Siri et Werner, il n'est pas au bout de ses peines quand Sara réapparaît.

 

Cette constellation est aussi celle de l'époque actuelle, dépeinte par Elodie Glerum, où la cruauté se manifeste en paroles, voire en actions. Laurens en est l'archétype, inconscient de ce qu'il a fait, ou fait, aux plus faibles.

 

Jacqueline en a un jour un aperçu quand Laurens dit d'un ancien collègue: Une erreur humaine, un golem! Il avait peut-être des notes correctes, mais aucune boîte ne l'aurait embauché, par sécurité pour ses employés...  

 

Avec une telle disposition d'esprit chez Laurens, le lecteur peut se demander s'il échappera toujours lui-même au naufrage, alors qu'autour de lui les naufrages forment de plus en plus une véritable et sinistre constellation.

 

Francis Richard

 

La constellation des naufrages, Elodie Glerum, 320 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Erasmus, éditions d'autre part (2018)

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8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 17:15
Des jours meilleurs, de Marie Houriet

Le signe astrologique de notre fille n'est pas le lion, mais le Watergate.

 

Raphaëlle est née en effet fin juillet 1974. Le 9 août suivant Richard Nixon démissionnait avant la fin de son mandat de président des États-Unis. Elle est la seconde enfant de Jean-Louis, ouvrier syndiqué, et de Liliane, médiatrice scolaire, qui, avant elle, ont eu Juliette, de quatre ans son aînée.

 

Ses parents engagés (à gauche, évidemment) se sont réjouis un peu vite de l'accession au pouvoir de Salvador Allende au Chili, un président utopiste, certes renversé par la CIA, mais qui, mal élu (36,6% des voix), a imposé des remèdes marxistes à une population qui n'en voulait pas...

 

Bien sûr Jean-Louis et Liliane sont contre la guerre du Vietnam (pourtant initiée par John Kennedy), pays qui tombera l'année suivante aux mains des partisans de la même utopie mortifère à laquelle ils croient, oublieux d'une population qui en souffre encore aujourd'hui.

 

Une certaine actualité est donc la toile de fond du roman de Marie Houriet: ses protagonistes poursuivent des rêves utopistes, espèrent en Des jours meilleurs, qui, les uns après les autres, s'effondrent parce qu'ils se heurtent à la dure réalité qu'ils ne veulent pas voir et qui les meurtrira.

 

Raphaëlle a vécu ado dans le quartier de la Jonction à Genève, où ses parents se sont installés avec d'autres pour fonder une ville qu'ils imaginaient libre, pour créer une communauté romantique qui serait hors système: un pendant alternatif au Mur des Réformateurs et au jet d'eau sur la rade.

 

Yvan, fils de Régis et de Danièle, a épousé Raphaëlle. Il travaille à la banque Bergues en septembre 2008, au moment de la crise des subprimes (conséquence de l'utopique co-régulation financiers-gouvernement) et de la chute de Lehmann Brothers qui emploie Franklin, leur ami d'enfance.

 

Alors le trio, Raphaëlle, Yvan et Franklin, auquel se joint Jean-Louis, décide de faire un doigt d'honneur au système, de brûler l'incendie. Leur projet, anarchiste, est pour eux l'occasion de tirer les ficelles, quelles qu'en soient les conséquences: ils se fichent bien de ce qui peut leur arriver...

 

Francis richard

 

Des jours meilleurs, Marie Houriet, 260 pages, Éditions de l'Aire

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 23:55
Il n'y aura pas beaucoup de honte, de Jean-François Sonnay

Je te dis moi que la réprobation ne durera que le temps d'une ondée, quelques jours au plus, et qu'il n'y aura pas beaucoup de honte.

 

Le recueil de Jean-François Sonnay et un de ses textes tirent leur titre de ce bout de phrase: Il n'y aura pas beaucoup de honte, dans le cas d'une infidélité involontaire.

 

Cet extrait donne le ton. Celui d'un moraliste qui, confronté à la réalité, sait bien que les grands principes auxquels les hommes prétendent obéir sont vite oubliés dans la vraie vie.

 

Dans La cour des petits, il revient sur la honte mais dans un cas différent, celui de la lâcheté, et fait cette remarque: Il n'y a pas de honte dans le troupeau. C'est une responsabilité que seules portent les personnes...

 

Le premier récit, De bonne guerre, est dans cette lignée d'écriture, puisque l'auteur y recense les noms de combattants et de batailles donnés à des lieux de la capitale française:

 

Le fait est qu'à Paris on chemine sous le vocable de nombreux généraux et de nombreuses victoires, mais que les victimes de la guerre sont infiniment plus discrètes...

 

Dans La guerre dite antidrogue, il ironise: Dans toute guerre, il y a une part de morale et la guerre, comme la morale, requiert des choix. Les hommes civilisés sont heureusement dotés d'un cerveau pour analyser, réfléchir et se déterminer.

 

L'auteur qui a été engagé à plusieurs reprises dans l'action humanitaire ne se fait guère d'illusion sur les individus de l'espèce humaine:

 

Qui n'ont pas leurs pareils pour exterminer les espèces qu'ils jugent inutiles ou nuisibles et qui se pincent le museau en face de leurs semblables dits mal léchés... (Geste du coucou geai)

 

Il compare l'homme aux autres animaux dans Conte de la ménagerie (dont la morale est qu'expérience faite, il apparaît de moins en moins convenable, politiquement parlant, de déterminer quel animal serait le plus formidable sur terre):

 

Quant au plus dangereux, toutes catégories confondues, l'homme n'a pas encore trouvé son maître.

 

Il ne se fait pas plus d'illusion sur ce qu'ils racontent sur eux-mêmes, ou leurs aïeuls, après coup. Il écrit ainsi dans La fausse légende des ours de Berne:

 

Volontiers manipulée par des gouvernements en mal de légitimité, l'histoire, la grande comme la petite, se mêle souvent à la légende quand elle ne s'y réduit pas.

 

L'exigence morale qu'il apprécie toutefois dans l'histoire d'Alma  n'est pas qu'elle condamne le vice pour promouvoir la vertu comme certaines polices religieuses, mais qu'elle met en cause les préjugés qui ne font voir que bien et mal là où précisément la raison se perd...

 

Il ne faut pas croire qu'il soit pour autant dépourvu d'humour. Il en administre heureusement la preuve dans Fanfaronnade où, à deux reprises, il semble que de fumer la pipe lui ait permis d'avoir une influence sur la circulation aérienne... Cependant il ne se risqua jamais à ce petit jeu une troisième fois:

 

Les miracles sont trop précieux pour être transformés en trucs ou en calculs de probabilité.

 

Il y a deux textes qui parlent de l'anonymat. Dans l'un, Conte de l'homme piano, un prodige qui joue de cet instrument ne présente plus d'intérêt à partir du moment où est découvert son vrai nom et ce qu'il est:

 

Le rêve était brisé, ce n'était donc qu'un mauvais rêve, et on se dépêcha de passer à autre chose.

 

A contrario, c'est l'anonymat, dans Légende de l'affiche, laquelle représente les yeux exorbités d'un enfant affamé, misérable, qui indispose: Être humain, c'est être reconnu, avoir un nom, être respecté. On n'achète pas l'humanité, pas plus qu'on ne rachète l'inhumanité.

 

Dans l'ensemble de ces textes, l'auteur est donc, d'expérience, critique à l'égard des hommes, voire désabusé. Même si on comprend qu'il le soit, on n'est pas obligé de l'être comme lui, ni autant que lui, mais, pour ce faire, il faut toujours vouloir rechercher et trouver en eux ce qui peut être digne...

 

Francis Richard

 

Il n'y aura pas beaucoup de honte, Jean-François Sonnay, 240 pages, Bernard Campiche Editeur

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 23:15
Fondre, de Marianne Brun

Cette histoire est librement inspirée de faits réels.

 

Dans son roman Marianne Brun raconte en effet l'histoire de Samia Yusuf, une jeune Somalienne, sélectionnée par le comité olympique de son pays pour le représenter aux Jeux de Pékin.

 

Samia Yusuf est, avec Abdinasir Saaed, la seule athlète de la délégation de la Somalie à ces JO de 2008: C'était important que la Somalie [y] envoie une femme [...]. Elle marquerait l'histoire.

 

Pour Samia, qui n'a encore que seize ans à ce moment-là, courir est naturel. Si elle s'est fait remarquer, c'est qu'elle court comme une gazelle. On dirait qu'elle ne touche pas terre. Elle paraît s'envoler...

 

Samia est une coureuse de fond et de demi-fond. Elle est entraînée pour ça. Ce n'est pas une sprinteuse. Or le jour venu, elle est inscrite par le chef de sa délégation au deux cents mètres...

 

Elle va donc marquer l'histoire, mais pas du tout comme espéré, car elle arrive bonne dernière de cette épreuve. Et sur la ligne d'arrivée, elle n'est plus une athlète semblable aux autres:

 

Elle est une femme africaine, noire et musulmane.

 

Son échec éclipse la qualification de Veronica Campbell Brown: on ne parle que d'elle, seule athlète féminine d'un pays ravagé par la guerre, déchiré par les guerres depuis sa naissance en 1991...

 

Cet échec programmé - par qui? - la condamne, en principe, à l'oubli. Mais ça ne l'empêche pas de courir, en cachette, parce qu'elle ne peut désormais plus s'en passer, c'est devenu viscéral.

 

Marianne Brun raconte dans Fondre avec quelle détermination Samia va, en dépit des obstacles dressés sur sa route, notamment en Somalie, se préparer pour participer aux JO de 2012 à Londres.

 

Préalablement Samia va accomplir un exploit, en parcourant une distance quotidienne inimaginable, à partir de laquelle on fond, mou, suant, mourant et on quitte son corps pour ôter sa douleur...

 

L'auteure décrit si bien cette douleur endurée par Samia que le lecteur la ressent; si bien la victoire qu'elle remporte sur elle-même qu'elle devient sienne, de même que le mektoub qu'elle accomplit:

 

Cet instant de grâce qui prouve qu'on est en plein accord avec ce que Dieu avait prévu qu'on soit.

 

Samia ne représentera pas son pays à Londres, elle ne sera pas son faire-valoir, mais elle aura rempli une mission, inattendue, conforme à la devise du baron Pierre de Coubertin: citius, altius, fortius... 

 

Francis Richard

 

Fondre, Marianne Brun, 112 pages, BSN Press

 

Rencontres-dédicaces:

Librairie Payot, à Lausanne, le 5.12.2018, de 16h30 à 18h

Librairie Des livres et moi, à Martigny, le 8 décembre 2018, de 10h30 à 12h30

 

Livres précédents:

L'accident  L'Âge d'Homme (2014)

La nature des choses L'Âge d'Homme (2016)

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 18:15
Esmeralda, de Bernard Fischli

Dans un futur plus ou moins lointain...

 

Il y a eu une guerre interplanétaire entre Mars et la Terre, c'est-à-dire entre un endroit  froid, sec, irrespirable et un endroit chaud, sec, irrespirable.

 

La Terre a gagné, faute de combattants.

 

Les colonies, ce sont des planètes que l'armée prétend avoir découvertes, là-bas, très loin dans l'espace. 

 

S'y rendent ceux qui n'ont plus rien à perdre, c'est-à-dire la plupart des gens.

 

Marko est de ceux-là. Il se rend à Esmeralda à bord d'un vaisseau qui fait des sauts pour y parvenir: Un machin va d'un point à un autre sans passer par le milieu.

 

Marko a quitté la planète bleue pour la planète verte, d'où son nom, Esmeralda. On a envie de dire qu'il l'a fait parce qu'il pensait que l'herbe y était plus verte...

 

Dans un sens, il ne s'est pas trompé: le vert y est la teinte dominante. Dans un autre, il va de surprises en surprises. Car, sur Esmeralda, la Nature est carrément hostile.

 

Il ne faut pas se fier aux apparences. Elles sont réellement trompeuses, disent les instructeurs militaires aux nouveaux colons. Car ce qui a un air familier ne l'est pas, mais alors pas du tout:

 

Ce que vous prendrez pour un arbre se déplacera soudain dans votre direction en lançant vers vous ce que vous auriez tort de prendre pour des lianes. L'eau grouillera de germes qui nécroseront votre oesophage en une heure. Un rocher cédera sous votre poids et se mettra à vous digérer vivant.

 

Le fait est donc que Esmeralda est un endroit humide, irrespirable, où il faut apprendre à survivre et où les colons morts sont plus nombreux que les colons vivants. Où, en attendant, de s'aventurer dans la forêt dominante, les colons sont confinés dans une base bétonnée.

 

Une scientifique leur précise ce qui les attend:

 

Ici, nous avons des plantes qui se déplacent, ou des animaux fixés au sol, des plantes qui dévorent des plantes, tellement de créatures bizarres que nous avons été obligés de tout réinventer. Nous avons appelé biotes tout ce qui vit sur Esmeralda.

 

Ici, comme partout ailleurs dans l'univers, il y a des humains qui profitent de n'importe quelle situation pour devenir les prédateurs des autres. C'est ce que découvre peu à peu Marko.

 

Mais il découvre aussi qu'il y a toujours, comme partout ailleurs, des humains qui leur résistent et se trouvent des alliés dans la Nature, sans bien savoir toutefois s'ils n'en sont pas les captifs consentants...   

 

Il ressort de ce premier volume de la trilogie annoncée de Bernard Fischli que la grande leçon de toute survie en milieu hostile est l'adaptation. Marko se demande s'il sera encore possible alors de parler d'humanité.  

 

Mais n'est-ce pas le propre de l'homme de s'adapter, d'évoluer? A l'homo sapiens ne doit-il pas succéder l'homo esmeraldensis?

 

Francis Richard

 

Esmeralda, Bernard Fischli, 256 pages, Hélice Hélas

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 21:30
La nuit la plus longue - Au temps de l'Escalade, de Henri Gautschi

Brunaulieu, lieutenant d'Albigny, est l'âme de cette entreprise. Il a suggéré d'attaquer Genève dans la nuit du onze au douze décembre, parce que c'est la nuit la plus longue de l'année.

 

Cette attaque de Genève, lancée en l'an de grâce 1602 par les mercenaires du Duc de Savoie, est plus connue sous le nom d'Escalade, sous-entendu des remparts de la cité de Calvin, censés la protéger contre les envahisseurs.

 

Henri Gautschi situe son roman, La nuit la plus longue, Au temps de l'Escalade, justement. C'est sa manière à lui de commémorer l'événement, qui donne lieu chaque année à des festivités et à une célèbre Course en ville.

 

Les deux héros, Jean et Marianne, sont deux jeunes gens, du même âge - vingt ans -, qui, quelques jours plus tôt, font connaissance sur le marché de la place du Mollard à Genève, où leurs parents tiennent des étals qui se font face.

 

Louis Bovier, père de Jean, est charron, comme son père avant lui. Il vend avec son fils, sur ce marché genevois, des brouettes en bois à roue pleine et des miniatures sculptées dans du bois par Théodore, le petit frère de Jean.

 

Les Détraz, viennent au marché depuis cet automne avec leur fille pour y vendre des légumes de [chez eux]: cardons, poireaux, patenailles, navets, choux et puis des pommes, des oeufs et, quelquefois, des tommes de chèvre.

 

Les Bovier sont de Chancy, sur la rive droite du Rhône, village situé en France et les Détraz de Malagny, sur la rive gauche, en Savoie: ces derniers n'ont en principe pas le droit de vendre de la nourriture à Genève mais... ils le prennent.

 

La liberté de circulation des biens et des personnes pose déjà des problèmes à l'époque entre République de Genève, Royaume de France, qui la protège, et Duché de Savoie, le grand perdant du traité de 1601 signé par Henri IV.

 

C'est dans ce contexte que l'auteur raconte les tribulations de Jean et de Marianne, dont l'attirance réciproque est soumise à de rudes épreuves, d'autant que règne l'insécurité due aux sbires de la maison de Savoie, qui violent et tuent.

 

Aux revendications territoriales s'ajoutent les querelles religieuses entre catholiques et réformés, qui semblent être plus le fait des politiques que des populations, mais qui conduisent celles-ci pour survivre à se convertir.

 

Ce livre bien documenté historiquement se lit comme un roman. Car l'intrigue amoureuse est émaillée de moult rebondissements et péripéties, parfois lumineux, souvent bien sombres, car c'étaient encore des temps barbares...

 

Francis Richard

 

La nuit la plus longue - Au temps de l'Escalade, de Henri Gautschi, 240 pages, Édition Encre Fraîche

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23 novembre 2018 5 23 /11 /novembre /2018 23:45
Vesoul, le 7 janvier 2015, de Quentin Mouron

Le picaro est toujours sûr de lui; il ne faillit pas, ne se retourne jamais. Son rire se maintient au-dessus des brumes. Eh bien c'est un picaro d'aujourd'hui, se rendant à un congrès, qui prend en stop le narrateur sur la nationale 57, en direction de Vesoul:

 

Le picaro a gagné quelque chose de précieux en cinq siècles: il est désormais respectable et envié.

 

Le narrateur, lui, a quitté la Suisse, n'y ayant pas d'attache, ni de racine, et souhaitant se libérer des barbecues ringards de ses amis, des convocations orange de l'Administration et de tout un train d'obligations pour lesquelles il n'est décidément pas fait.

 

Route faisant, il voit dans le picaro au volant le maître qui lui apprendra la légèreté, le renoncement, l'oubli. Un maître nomade, sans frontière ni religion, à qui les sédentaires fournissent l'exotisme dont il a besoin, en mettant du sel dans son errance.

 

En tout cas, à Vesoul, le narrateur et son maître apprennent plein de choses, par exemple qu'il faut censurer les grands auteurs pour ne pas stigmatiser les autres ou qu'il faut se pâmer sans vergogne devant une prose dérangeante et questionnante...

 

A Vesoul ils rencontrent des amis des animaux qui vouent à l'homme une haine incroyable, des nationaux-socialistes opposés à la violence, à la haine, à la guerre (sic) ou encore des amis du Hezbollah, adeptes à leurs heures de poterie et de graffiti thérapeutique...

 

Ils font des rencontres encore plus improbables et même de mauvaises rencontres, parfois violentes, qui tournent à la rixe. Mais rien ne semble ébranler l'équanimité du maître, on ne peut plus picaro, picaro toujours, toujours en marge.

 

Vesoul, le 7 janvier 2015, c'est le même jour que l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris. Comme à Paris et comme dans le monde entier, il y a à Vesoul le cercle de ceux qui se tiennent par la main dans l'adversité et ceux qui refusent d'être Charlie...

 

Ce roman picaresque est donc l'occasion pour Quentin Mouron de dresser de l'époque un portrait sans complaisance, ce qu'il fait d'une plume alerte et nourrie de moult lectures, auxquelles il se réfère pour le plus grand bonheur des initiés...

 

Francis Richard

 

Vesoul, le 7 janvier 2015, Quentin Mouron, 120 pages, Olivier Morattel Éditeur

 

Livres précédents:

 

L'âge de l'héroïne, La Grande Ourse (2016)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, La Grande Ourse (2015)

La combustion humaine, Olivier Morattel Éditeur (2013)

Notre Dame de la Merci, Olivier Morattel Éditeur (2012)

Au point d'effusion des égouts, Olivier Morattel Éditeur (2011)

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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 21:35
La femme en rouge, d'Annik Mahaim

Au bout d'une allée, elle découvre sur une dalle en granit noir l'inscription:

Olga Demarsay-Müller

1930-1991

Elle est là.

La mythique grand-mère Müller.

 

Nina, sa petite-fille, a, comme elle un foutu caractère, est, comme elle, butée. Elle est venue se recueillir sur sa tombe, située dans un cimetière du Jorat, pour se confronter au mythe.

 

Pour l'heure elle travaille, à temps partiel, à 30%, pour une ONG. Elle le veut bien. C'est le prix de son indépendance. Si elle voulait, son père Jacques lui procurerait une meilleure situation.

 

Une vieille cousine de son père, Doris, qui a connu de loin sa grand-mère et avec qui elle s'entend bien, lui propose de lui écrire la vie d'Olga, parce qu'elle ne connaît pas grand-chose d'elle.

 

Elles concluent un accord: l'idée est que Doris la paie pour faire un livre qu'elle a envie de lire à partir des papiers que son père lui a montrés dans une armoire l'autre jour. Elle doit se sentir libre:

 

Tu as le droit d'arrêter quand tu veux, le droit de rester bloquée, de ne pas réussir, tu as tous les droits.

 

La seule condition est donc qu'elle accepte d'être payée par Doris. Là elle n'a pas le choix. Après réflexion, Nina n'accepte d'être payée que si elle apporte à Doris quelque chose de valable.

 

Le roman est le récit de cette quête de Nina pour reconstituer la vie de cette aïeule qui lui ressemble tant: comme elle, elle est une femme libre qui veut surtout être ce qu'elle est, être elle-même.

 

Issue d'un milieu modeste où les convictions sont communistes - son père, cheminot, l'est, un de ses frères l'est -, Olga découvre qu'elle est artiste et qu'elle ne peut l'être pleinement si elle milite.

 

Nina apprend comment Olga devient une peintre célèbre en se faisant l'historienne documentée de l'itinéraire d'Olga de 1939 à 1945, de 1950 à 1952, en 1959, dès 1960 et jusqu'en 1991.

 

Cette quête, qui a pour cadre la région lausannoise, puis la Saintonge, lui apporte au début davantage de questions que de réponses: notamment sur l'identité de son grand-père et la mort d'Olga...

 

La vocation d'Olga est née quand, adolescente, elle est restée en arrêt devant La femme en rouge, autoportrait de Marguerite Burnat-Provins, au Musée des Beaux-Arts du Palais de Rumine.

 

Olga avait alors juré au tableau qu'un jour elle peindrait son autoportrait en rouge. Quand Nina le découvrira, ce sera la fin de sa quête d'un an. Elle pourra dès lors enfin se tourner vers sa vie à elle:

 

Entrer de plain-pied dans son propre futur mouvant. Recouvrer sa liberté. Inventer une nouvelle femme en rouge. Devenir Nina.

 

Francis Richard

 

La femme en rouge, Annik Mahaim, 326 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents:

Pas de souci! Plaisir de lire (2015)

Radieuse matinée  Éditions de l'Aire (2016)

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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 17:30
Sous l'oeil du chat, d'Anna Felder

Anna Felder, née en 1937, est tessinoise. Elle a reçu cette année le Grand Prix suisse de littérature pour l'ensemble de son oeuvre, composée de romans, de pièces radiophoniques et de théâtre.

 

Cette oeuvre est largement méconnue du public francophone, et pour cause. Jusqu'à présent, seul son premier roman, Le Ciel est beau ici aussi (Alphil, 2014) a été traduit en français.

 

Le titre originel de son deuxième roman, Sous l'oeil du chat, qui vient d'être édité en français, est La disdetta. La traductrice, Florence Courriol-Seita, explique ce que ce mot veut dire:

 

La disdetta en italien désigne à la fois la malchance, la déveine, et l'avis d'expropriation...

 

Deux idées, dédite et maudite, sont donc incluses dans le titre qui préfigure ce récit subtil d'un monde en démolition fait par un chat mystérieux, mais pas seulement: ce n'est pas aussi net que chat... 

 

Au 18 de la rue vivent, dans une maison de trois niveaux, plusieurs habitants:

Il y avait un chat, une pomme, un vieux, une radio.

Derrière, il y avait la présentatrice, Nabucco, la professeure de chant.

 

Quels sont les liens entre eux?

Nabucco était le fils du vieux, la professeur de chant était la femme de Nabucco, la présentatrice était la fille du vieux, c'est-à-dire la soeur de Nabucco.

 

Le vieux occupe le rez-de-chaussée, Nabucco et la professeure de chant le premier étage, la présentatrice la mansarde, et la couturière... un cagibi sur lequel donne la cuisine du rez-de-chaussée. 

 

Michel Roi rend visite à la présentatrice, mais il a du mal à se tenir debout dans la mansarde. Il vient lui apporter des dossiers, puis repart, ne faisant pas partie de la famille... Personne n'est dupe.

 

Le chat de son oeil de sphinx observe la maisonnée, le jardin, la circulation automobile, déambule dans le quartier. Au 14 il y a la baraque des bonnes soeurs, au 16 une maison attenante.

 

Chacun imagine son déménagement après un dernier hiver passé ici, à l'exception du vieux qui n'a pas l'air de prendre conscience de l'avis d'expropriation et qui se satisfait de la présence du chat.

 

Et si le temps s'immobilisait?

Qu'est-ce qui nous empêchait d'y être plongés jusqu'au cou dans l'éternité: nous avions à la maison une femme mariée et une présentatrice, lui c'était le vieux, moi c'était le chat, il y avait Nabucco et il y avait la voiture de Michel Roi, alors pourquoi en changer?

 

Francis Richard

 

Sous l'oeil du chat, Anna Felder, 180 pages, Le Soupirail (traduit de l'italien par Florence Courriol Seita)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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