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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 21:30
Le pays des autres, de Leïla Slimani

Le régiment d'Amine était stationné dans son bourg à quelques kilomètres de Mulhouse et ils avaient dû attendre pendant des jours des ordres pour avancer vers l'Est. De toutes les filles qui encerclèrent la Jeep le jour de leur arrivée, Mathilde était la plus grande.

 

A l'automne 1944, Amine, le Marocain, et Mathilde, la Française, se rencontrent. Elle a dix-neuf ans, lui vingt-huit. Ils s'aiment follement, au sens biblique, et, quelque temps plus tard, en 1945, ils se marient dans l'église du village alsacien où est né Georges, le père de Mathilde.

 

Ce mariage à l'église doit rester secret, parce que les autres ne comprendraient pas. C'est un crime d'épouser une infidèle, qui plus est devant son dieu à elle. Elle le lui promet. Car elle l'aime cet homme, qui, certes, fait dix centimètres de moins qu'elle mais qui est tellement beau et fort.

 

Lui aussi l'aime, mais une fois qu'elle le rejoint au pays, en mars 1946, il n'est plus le même. Après qu'ils ont passé des semaines à l'hôtel à Rabat, il l'emmène vivre chez sa mère à Meknès, avant qu'ils ne puissent partir pour le bled sur la terre de son père libérée par le locataire.

 

Ce n'est qu'au printemps 1949 qu'ils peuvent s'installer à la ferme paternelle, sur une colline isolée qui fait regretter à Mathilde l'agitation de la médina. Entre-temps, elle a donné naissance à Aïcha le 16 novembre 1947. Pendant quatre ans, ils connaissent toutes les déconvenues...

 

Le pays des autres est une trilogie dont ce volume est le premier. Lequel se déroule de 1944 à 1955, à la veille de l'indépendance qui, en 1956, mettra fin au protectorat de la France, mis en place en 1912. Très documenté, il restitue bien l'époque, avec toutes ses tensions humaines.

 

Le couple que forment Mathilde et Amine, dans un tel contexte, traverse des épreuves et cela n'est pas sans incidence sur leurs deux enfants, Aïcha et Selim, et sur leurs proches qui se trouvent partagés suivant qu'ils s'impliquent ou non dans les événements où la violence va crescendo.

 

Amine et Mathilde composent chacun avec les habitudes culturelles du pays d'origine de l'autre et, pour donner un sens à leur vie, se mettent l'un à se perfectionner dans l'exploitation de la propriété agricole, l'autre dans les soins médicaux prodigués aux gens de leur voisinage.

 

Dans les conflits qui embrasent peu à peu le pays, les Belhaj, c'est-à-dire Mathilde, Amine et leurs deux enfants, ne sont en fait d'aucun côté, ni de celui des gentils ni de celui des méchants, qu'il est d'ailleurs bien difficile de distinguer, puisque ce pays est au fond pour tous celui des autres.

   

Francis Richard

 

Le pays des autres, Leïla Slimani, 368 pages, Gallimard

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 22:45
Un été avec Pascal, d'Antoine Compagnon

Antoine Compagnon a enregistré trente-cinq émissions sur Pascal qui ont été diffusées sur France Inter du 8 juillet 2019 au 22 août 2019. Mais, dans le livre, Un été avec Pascal, ce sont quarante-un textes qu'il publie.

 

(Pour les lecteurs curieux, les six textes non diffusés sont les n°4, 7, 16, 24, 29 et 37)

 

Dans son avant-propos, Antoine Compagnon écrit:

 

Les Pensées naquirent d'un Contre Montaigne, comme A la recherche du temps perdu d'un Contre Sainte-Beuve enfoui sous le roman.

 

 

Un "duo miraculeux"

 

Cette remarque judicieuse éclaire l'ensemble des émissions de l'été 2019 sur France Inter et les textes qui leur ont servi de supports. Car Antoine Compagnon connaît bien ce duo miraculeux.

 

Montaigne et Pascal, en effet, s'ils s'opposent pour ce qui concerne l'attitude - l'un est sceptique et l'autre apologiste de la religion -, se ressemblent puisque l'un et l'autre traitent de tout et de rien indépendamment de tout préjugé.

 

De l'ensemble de ces textes, la méthode pascalienne ressort: Pascal hiérarchise - ce sont ses gradations - et dialectise subtilement - ce sont les contradictions qu'il trouve moyen d'accorder.

 

 

Exemple de gradation:

 

- l'ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naissant,

- l'ignorance savante, où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien,

- les entre-deux qui n'ont plus l'ignorance naturelle et n'ont pas atteint l'ignorance savante: ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout.

 

Antoine Compagnon note:

 

Pascal aime les distinctions et les classements. Par deux: la justice et la force, le coeur et la raison. Ou mieux, par trois: les corps, les esprits et la charité.

 

 

Exemple de contradiction:

 

Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux anges ni aux bêtes, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre.

 

Pour Pascal, cette contradiction se retrouve chez les stoïciens et les pyrrhoniens:

 

Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute.

 

Il faut dépasser ces options contradictoires:

 

L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.

 

Antoine Compagnon note:

 

Pascal revient souvent sur le milieu comme coïncidence des contraires. Ainsi, le Dieu caché se tient au milieu entre le Dieu couvert et ouvert.

 

 

Un style naturel

 

Ressortent aussi des citations faites par Antoine Compagnon que le style de Pascal est un style naturel - il ne se proscrit pas les répétitions - et touche au coeur parce qu'il est exact. De plus il laisse l'interlocuteur se faire son idée:

 

On se persuade mieux pour l'ordinaire par les raisons qu'on a soi-même trouvées que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.

 

Antoine Compagnon note:

 

Les Pensées sont un chef-d'oeuvre de la littérature française, mais d'abord les fragments confus d'un discours dont la maladie et la mort interrompirent la rédaction. L'ouvrage nous séduirait-il autant si Pascal l'avait achevé, qu'il fût devenu une dissertation et qu'il n'eût plus la fulgurance de fusées?

 

 Francis Richard

 

Un été avec Pascal, Antoine Compagnon, 240 pages, Équateurs

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Dans la même collection:

Un été avec Paul Valéry, de Régis Debray (2019)

Un été avec Homère, de Sylvain Tesson (2018)

Un été avec Machiavel, de Patrick Boucheron (2017)

Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne (2016)

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:30
Le Flambeur de la Caspienne, de Jean-Christophe Rufin

Tout était trop parfait et Aurel, habitué à la méchanceté des hommes, n'osait pas croire à son bonheur.

 

Aurel Timescu, Consul adjoint, se trouve bien à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Car ce ne semble pas le pays difficile où son persécuteur du service des ressources humaines du Quai d'Orsay a voulu l'affecter.

 

La ville de Bakou ressemble au centre de Paris. La Consule, Amélie Laugier, vingt-cinq ans tout au plus, lui fait bon accueil et bonne impression. Fausse note, Aurel arrive dans une ambassade toute endeuillée.

 

Marie-Virginie, la femme de l'Ambassadeur, Gilles de Carteyron, est décédée à la suite d'un accident - c'est du moins la version officielle. Son corps a été rapatrié en France où se trouve encore l'Ambassadeur.

 

A son retour, ce dernier convoque Aurel et le reçoit avec brutalité. Il lui dit clairement qu'il ne s'installera pas dans son ambassade. Il sait que personne ne veut de lui et qu'il a la réputation d'être capable de tout.

 

Aurel est surtout capable d'enquêter à partir de fragiles intuitions. Or il a très vite l'intuition que la mort de l'ambassadrice ne peut être accidentelle et que ... l'attitude de l'Ambassadeur à son égard le corrobore.

 

De vagues soupçons ne suffisent évidemment pas. Aurel va donc, contrairement à son habitude, mener l'enquête avec sa cheffe, Amélie, qui lui rappelle sa petite cousine, sans trop lui en dire sur ses intentions.

 

Ses méthodes et ses raisonnements sont très particuliers. Il est difficile de le suivre quand le vin blanc et le manque de sommeil le [conduisent] dans des régions ténébreuses de l'esprit. Mais les résultats sont là.

 

Et, là, Aurel se surpasse. Ses accoutrements et comportements peuvent le faire prendre pour un fou. Peut-être l'est-il en fait. Ce qui est sûr, c'est qu'il est un grand émotif, un grand musicien et un grand timide:

 

C'était toujours la même chose avec les femmes. Il n'osait pas assez. Il n'osait pas se déclarer à celles dont il était amoureux. Et il n'osait pas repousser celles qui avaient décidé de le séduire.

 

Les grands timides sont souvent ceux qui entreprennent le plus. Aurel se surprend lui-même dans ce récit où les enjeux ne sont rien de moins que de grands contrats internationaux profitant à des mafieux.

 

Francis Richard

 

Le Flambeur de la Caspienne, Jean-Christophe Rufin, 334 pages, Flammarion

 

Livre précédent chez Flammarion:

Le Suspendu de Conakry (2018)

 

Livres précédents chez Gallimard:

Sept histoires qui reviennent de loin (2011)

Le collier rouge (2014)

Check-point (2015)

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 18:45
Lettres à la Lune, de Fatoumata Kebe

Rien de ce qui est lunaire ne m'est étranger.

 

Telle pourrait être la devise de Fatoumata Kebe, 35 ans, astronome qui a consacré ses études et sa vie à la Lune. Car la Lune n'est pas seulement pour elle un satellite ou un astre familier: c'est une présence, un oeil qui nous regarde la nuit et s'invite à nos fenêtres.

 

Après avoir, dans La Lune est un roman, confronté les approches scientifiques, astronomiques et physiques aux mythes qui les avaient précédées, elle adopte dans Lettres à la Lune une autre approche en offrant au lecteur un voyage dans la littérature sur la Lune.

 

C'est un voyage dans le temps et dans l'espace, à travers différentes époques et régions du monde, à partir de romans, de poèmes, de chansons folkloriques et de légendes. A notre époque même, elle reste une source majeure de créativité, inspirante et porteuse de rêves.

 

Fatoumata Kebe commence par des récits mythiques qui disent la création du monde et qu'elle a compilés, sans prétendre à l'exhaustivité, tels qu'ils nous sont parvenus depuis la Côte d'Ivoire, le Zambèze, l'Afrique de l'Ouest, l'Inde, la Grèce, le Japon ou les Incas.

 

La raison le dispute à l'imagination chez les auteurs d'autres récits. Les spéculations [y] vont bon train et cela donne des textes plus ou moins fantaisistes, plus ou moins réalistes, et même des textes où les habitants de la Lune sont imaginés similaires à ceux de la Terre. 

 

D'autres récits, parmi lesquels l'auteure opère un nouveau choix de textes, personnifient la Lune: c'est une muse et confidente, une amoureuse, une directrice de conscience. D'autres présentent la face obscure qu'on lui prête ou la reconnaissent comme maîtresse du temps.

 

Fatoumata Kebe cite des textes de près d'une cinquantaine d'auteurs. Dans ses belles notes liminaires, elle fait montre de son amour des lettres et des langues, de sa curiosité, qui ne se limite donc pas à la science mais se prolonge dans l'inépuisable imaginaire lunaire.  

 

Francis Richard

 

Lettres à la Lune, Fatoumata Kebe, 240 pages, Slatkine & Cie (sortie le 2 juillet 2020)

 

Livre précédent:

La Lune est un roman (2019)

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 17:00
L'Énigme de la chambre 622, de Joël Dicker

- Grâce à vous, j'ai l'impression d'avoir un peu connu Bernard.

- Si c'est ce même sentiment qu'éprouveront les lecteurs de ce roman, alors ce livre valait la peine d'être écrit.

 

Ce roman est en effet un bel hommage rendu à Bernard de Fallois, cet éditeur hors du commun dont le roman préféré était Autant en emporte le vent...

 

Car Joël y fait son propre portrait de jeune homme en auteur qui lui doit tout, aussi bien le succès que la notoriété, que le fait qu'on l'appelle l'écrivain et qu'on le lise.

 

Après la mort de Bernard début 2018 et lors de vacances à Verbier, Joël, personnage de roman dans ce roman, se met à l'écrire à partir de questions qu'il se pose.

 

Au sixième étage du Palace de Verbier, où il est descendu il occupe la chambre 623. Or il parcourt tout l'étage et constate qu'il n'existe pas de chambre 622.

 

Sa voisine de chambre Scarlett Leonas l'a reconnu. Il lui explique que pour écrire un roman il faut en avoir envie et que l'intrigue doit répondre à des questions.

 

En l'occurrence le point de départ pourrait être de répondre à celle-ci: pourquoi au Palace de Verbier y a-t-il une chambre 621 bis et pas de chambre 622?

 

Après recherche, Scarlett, en assistante supplétive, apprend à Joël que dans cette chambre, un 16 décembre, il y a eu un meurtre, ce qui fait surgir d'autres questions.

 

Ce 16 décembre était un dimanche, celui du Grand Week-End d'Ebezner, la grande banque privée genevoise, au cours duquel devait être élu son président.

 

L'intrigue est lancée. Joël et Scarlett enquêtent pour nourrir le roman de l'écrivain, qui se passe de nos jours, au moment des faits et quelque quinze ans plus tôt.

 

Joël Dicker, à l'imagination fertile, prend un plaisir certain à brouiller les pistes et fait rebondir l'intrigue en multipliant les occasions manquées par ses héros.

 

L'Énigme de la chambre 622 n'est pas une énième histoire policière à la noix, c'est bien plus que cela, même si le lecteur s'impatiente à obtenir des réponses.

 

Le lecteur vit la vie de palace à Verbier et à Genève, pénètre les secrets de la banque Ebezner et y découvre les luttes internes pour y détenir le pouvoir.

 

Les couples s'y font et s'y défont sur des malentendus, des non-dits. Ils connaissent des hauts et des bas et se voient confirmer que l'argent n'est pas tout dans la vie.

 

Mais, surtout, le lecteur part en vacances pour une véritable aventure à laquelle l'auteur l'invite, une aventure comme chacun aimerait au fond que sa vie soit:

 

La vie est un roman dont on sait déjà comment il se termine: à la fin le héros meurt. Le plus important n'est donc pas comment notre histoire s'achève, mais comment nous en remplissons les pages.

 

Francis Richard

 

L'Énigme de la chambre 622, Joël Dicker, 576 pages, Éditions de Fallois, Paris

 

Livres précédents:

Les derniers jours de nos pères (2012)

La vérité sur l'Affaire Harry Quebert (2012)

Le livre des Baltimore (2015)

La disparition de Stephanie Mailer (2018)

Le Tigre (2019)

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 19:30
La lune bouge lentement mais elle traverse la ville, de Corinne Desarzens

Zanzibar est musulmane. Pas d'image, pas de photo. Un vase et quatre fines baguettes de manguier encadrent une phrase: La lune bouge lentement mais elle traverse la ville.

 

Ce sont des mots énigmatiques. Pour les comprendre il aura fallu que Corinne Desarzens les laisse se décanter dans le temps et l'espace: Les jours ont paru immobiles, mais grand est le chemin parcouru depuis.

 

Corinne Desarzens est allée un peu partout. A chaque voyage elle a apporté ou rapporté des mots dans ses bagages, des mots qui font une langue et permettent de mieux comprendre ceux qui la parlent.

 

Elle éprouve profondément le plaisir d'apprendre une langue, mais, surtout, de saisir d'abord comment ça marche. Il ne s'agit pas pour elle de la maîtriser de fond en comble. Des échantillons lui suffisent.

 

Ce sont aussi bien les sons que les façons de les écrire, les expressions singulières que les mots seuls, qui la fascinent, qu'il s'agisse de langues connues ou méconnues, voire inconnues dans nos contrées:

 

L'albanais, l'américain, le suisse-allemand, le russe, le malgache, le romanche, l'italien, le turc, le géorgien, l'arménien, le japonais, le français, l'espagnol, l'arabe, le hindi, le boro, le grec, le roumain, l'allemand, le swahili ou le tehuelche.

 

Par l'écrit, et même par le dessin pour dire l'Éthiopie, l'auteure s'adresse à ceux qui veulent comprendre leurs semblables dans leur diversité et universalité, à travers des histoires vécues ou transmises:

 

Tenter de comprendre une langue, simplement comment elle fonctionne, offrirait une réponse à d'énormes problèmes insolubles, qui mobilisent des centaines de conférences internationales et des milliers de psychiatres.

 

Francis Richard

 

La lune bouge lentement mais elle traverse la ville, Corinne Desarzens, 344 pages, La Baconnière (sortie le 19 juin 2020)

 

Autres livres de l'auteure:

Un roi, 304 pages, Grasset (2011)

Carnet d'Arménie, 88 pages, Éditions de l'Aire (2015)

Le soutien-gorge noir, 192 pages, Éditions de l'Aire (2017)

Couilles de velours, 96 pages, Éditions D'autre Part (2017)

L'Italie c'est toujours bien, 128 pages, La Baconnière (2018)

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 17:30
Dans l'intervalle des turbulences, de Heike Fiedler

Cinq protagonistes, une auteure. En fait, elles sont au féminin les six personnes de cette expérience littéraire, où la réalité et la fiction se trouvent étroitement mêlées, d'autant que l'auteure a plus d'un trait commun avec Lina, la cinquième de ses protagonistes.

 

Les quatre autres ont réellement existé et ont été confrontées, en 1939, aux turbulences que l'on sait. Lina, qui vit dans les années 2010, autre époque de turbulences, aimerait écrire un livre qui réunirait fictivement les quatre personnes aimées chez l'une d'entre elles.

 

En cette année 1939, la poétesse et dessinatrice, Else Lasker-Schüler (1869-1945), Juive d'origine allemande, se trouve en Palestine, à Jérusalem. Elle aimerait bien rejoindre la Suisse, mais elle y est interdite de séjour, parce qu'il y a déjà trop d'étrangers là-bas.

 

En cette année 1939, l'écrivaine et psychothérapeute suisse Aline Valangin (1889-1986) vit l'été à Comologno, dans sa résidence de La Barca, où elle accueille des réfugiés qui ont fui les dictatures ou des artistes qui sont venus pour profiter d'un lieu de repos, de retraite.

 

En cette année 1939, la poétesse russe Marina Tsvetaïeva (1892-1943) est à Paris, séparée de son mari, impliqué dans le meurtre de cet homme, près de Lausanne, un certain Ignace Reiss, un communiste dissident, assassiné sur l'ordre du camarade Staline, par le NKVD.

 

En cette année 1939, l'artiste suisse Sophie Taeuber (1889-1943) habite Clamart avec Jean Arp, depuis une éternité. Ils sont allés au Tessin chez Aline. Ils savent que Marina Tsvetaïeva n'est pas loin. Ils peuvent en parler à Vladimir Rosenbaum lors d'un dîner.

 

En cette année 1939, l'antiquaire Vladimir Rosenbaum (1894-1984) est encore le mari d'Aline Valangin. Ils reçoivent ensemble des hôtes à La Barca. Vu tous ces liens, Lina, au prénom symbolique, peut vouloir réunir cet été-là les quatre femmes en ce lieu mythique.

 

Des fragments de vie de ces femmes, pour lesquelles Heike Fiedler a une évidente dilection, remplissent l'intervalle des fragments de vie de Lina, que les turbulences du XXIe affectent et qui imagine leur rencontre comme un possible apaisement à la guerre sans fin.

 

Francis Richard

 

Dans l'intervalle des turbulences, Heike Fiedler, 144 pages, Éditions Encre Fraîche

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 15:45
Toute la mer dans un coquillage, de Marie Javet

C'est une exclamation qui m'alerte, quelqu'un pointe l'horizon du doigt. Je porte mon regard dans la direction indiquée et remarque une colonne de fumée qui s'élève de la cathédrale.

 

Il y a des jours où, quoi qu'on fasse, rien ne marche. Ainsi Claire Moulis, 34 ans, se souviendra-t-elle de ce 15 avril où sa vie à Paris a basculé et où elle a commencé à la reprendre en mains.

 

Ce jour-là, Claire se réveille en retard et son retard s'accroît malgré qu'elle en ait pour des raisons qui relèvent ou pas de sa bonne volonté, si bien que sa vie professionnelle en est infléchie.

 

C'est l'occasion pour elle de transformer ce qui peut paraître un échec en réussite, en tirant les leçons de son existence insatisfaisante, aussi bien du point de vue professionnel que personnel.

 

Depuis Vendres, quinze ans plus tôt, elle est montée à Paris pour faire des études et échapper à l'emprise de sa mère qui l'a élevée seule, sans qu'elle sache pourquoi son père les a quittées.

 

Ce retour aux sources va lui permettre de prendre un nouveau départ. Ce sera surtout pour elle l'occasion de rencontrer des personnes plus authentiques que celles connues dans sa vie précédente.

 

Chacun doit trouver sa voie pour parvenir à la bonne vie: cela dépend davantage de soi que des autres. Claire la trouvera dans la simplicité, qui n'exclut pas la technique mais n'en fait pas une addiction.

 

Claire a travaillé dans une maison d'édition, où le bonheur de la lecture était dénaturé par les critères de vente. Elle le retrouvera, grâce à une libraire, en lisant pour le simple plaisir de lire.

 

Le déclic de la simplicité se fera sur la plage, à laquelle sa mère lui interdisait d'aller et où elle fera le geste de porter un coquillage à son oreille pour y vérifier si on entend toujours le bruit de la mer:

 

Je ferme les yeux et, en effet, l'illusion est complète. J'ai l'impression d'entendre le va-et-vient des vagues, comme si toute la mer tenait là, blottie dans un seul coquillage.

 

Francis Richard

 

Toute la mer dans un coquillage, Marie Javet, 272 pages, Solar Éditions (sortie le 11 juin 2020)

 

Livres précédents aux éditions Plaisir de lire:

Avant que l'ombre... (2018)

La petite fille dans le miroir (2017)

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 20:40
Pensées pour une saison - Printemps, de Gabriel Bittar

Ce livre de Gabriel Bittar comprend 127 pensées. Ce sont des textes de diverses longueur, allant de quelques lignes à quelques pages. D'aucuns relèvent ainsi de l'aphorisme, tandis que d'autres de la démonstration.

 

Quand on lit dès les premières pages cet éloge, on ne peut qu'avoir un préjugé favorable:

 

Admirable Michel de Montaigne [1533-1592], très bon compagnon. Guide aimable et raisonnable des vieux jours. On peut entendre une voix tranquille dans ses écrits, celle d'un ami intelligent, sensible et bienveillant.

 

Un peu plus loin, cela se confirme:

 

Les bons livres sont des amis calmes et fidèles, aussi quand il faut m'en séparer, quelle tristesse. A l'instar des merveilles de la nature, je peux rester des heures à les contempler, à les explorer, à réfléchir, à prendre des notes, dans un bonheur toujours renouvelé.

 

Il est difficile de ne pas faire sienne non plus cette pensée:

 

Celui qui est bon doit apprendre à agir avec bonté. Ce n'est pas simple. En effet, pour faire le bien, il faut comprendre; pour comprendre, il faut connaître.

 

Comprendre est décidément important pour lui jusqu'à la limite de propriété:

 

Comprendre s'est toujours avéré, pour moi, une pulsion vitale. Comprendre, avec autant de précision que possible. Autrement, l'affolement me guette.

 

A raison, il n'est pas tendre avec les donneurs de leçons:

 

Moralisateur n'est pas moraliste, pas plus que fans de sport ne sont sportifs. Les rassemblements de moralisateurs, qu'ils soient de type religieux ou politique se ressemblent tous, foncièrement. Ils donnent la primauté à l'opinion conforme et à l'adhésion aveugle, au détriment de la détermination des faits et de l'intelligence de l'analyse.

 

Il aimerait que l'on traite les animaux comme des frères. C'est peut-être beaucoup demandé, mais cela ne signifie pas qu'il faille les traiter avec cruauté, ce qu'une civilisation fondée sur l'éthique devrait dénoncer, quelle qu'en soit la victime, si elle veut être pérenne. 

 

Dans cet ordre d'idée, il regrette que le véganisme ait été réduit à sa portion végétalienne:

 

Le véganisme ne se trouve plus perçu comme une éthique de vie d'abord, une éthique cherchant à infliger aussi peu de souffrance que possible aux êtres sensibles... mais tout simplement comme un régime alimentaire.

 

Gabriel Bittar, dans ce livre de Pensées pour une saison - Printemps, aborde nombre de sujets qui lui tiennent à coeur, parfois longuement comme lorsqu'il démonte le Paradoxe de Zénon sur Achille et la tortue.

 

Être d'accord ou pas avec Gabriel Bittar n'est pas important. Ce qui l'est, c'est que ses pensées donnent matière à réflexion et incitent à faire l'effort de mieux connaître le monde qui nous entoure, pour le mieux comprendre.

 

Francis Richard

 

Pensées pour une saison - Printemps, Gabriel Bittar, 188 pages, Éditions de l'Aire

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 18:30
Jackson Hole, de Karel Gaultier

S'il n'y avait pas la rivière Snake, qui serpente et alimente la petite agglomération, Jackson Hole ressemblerait à un désert en pleine montagne: sommets enneigés, prairies à perte de vue, sapins sur les coteaux, et le bleu du ciel, de la rivière, du lac.

 

Chaque année, depuis 1982, un symposium économique a lieu dans ce trou de Jackson. Il réunit l'élite de la finance mondiale dont la prétention est de rien de moins que d'améliorer la condition humaine:

 

A travers des échanges d'idées libres par tous moyens, ainsi que par des convocations régulières, le Jackson Hole Economics veut offrir une orientation vers de meilleures solutions pour les générations futures, et tous les êtres qui peuplent la planète.

 

Avec son titre, Karel Gaultier annonce donc tout de suite la couleur. Il s'agit pour lui de faire faire au lecteur, avec son roman, un tour dans les coulisses des financiers qui ont pour ambition de mener le monde.

 

S'il y a de nombreux protagonistes, pour la plupart des gouverneurs de banques centrales, il en est un qui sort du lot, un certain Matteo Andreani, qui a fait fortune dans des opérations de bourse automatisées.

 

D'une intelligence supérieure, il a été surnommé le Devin parce qu'il sait anticiper les cours sur les marchés de valeur, comme sur les marchés de devises. En réalité, il y parvient grâce à de savants algorithmes.

 

Ces algorithmes sont conçus par un ami autiste pour prévoir la survenance et la magnitude de séismes sur Terre. Matteo en fait un usage détourné que cet ami ignore et qui, certainement, ne lui plairait pas.

 

Matteo a d'autres ambitions que d'être trader, fût-il couronné de succès. Un accident d'avion dans lequel périssent des gouverneurs de banques centrales, dont celui de la BCE, lui en offre l'opportunité.

 

Matteo, fin manœuvrier, en devient le président. Confronté à une crise internationale, il débat avec ses collègues banquiers de solutions, qui sont devenues classiques depuis la création des banques centrales.

 

Les banques centrales, depuis deux siècles pour les plus anciennes, manipulent les taux d'intérêt à la hausse ou à la baisse, créent de la monnaie ex nihilo et depuis Keynes prétendent relancer l'économie.

 

Si les connivences des banques centrales avec les politiques sont connues, celles avec les mafias de tous pays le sont moins. En tout cas elles permettent des enrichissements indus des uns au détriment des autres.

 

La création d'une monnaie digitale perturbe momentanément le jeu convenu entre tous ces acteurs politiques et financiers. Mais force est de constater qu'il est difficile d'ébranler longtemps un tel mondialisme.

 

Une crise économique peut être créée à tous moments par ceux qui croient être seuls à savoir ce qui est bon pour les autres. L'actualité en est l'illustration et les remèdes habituels ne permettent pas de la résoudre.

 

Francis Richard

 

Jackson Hole, Karel Gaultier, 448 pages, Slatkine & Cie

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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 18:20
Un poil de trop. d'Yvan Sjöstedt

Situé sur un sommet de huit cents mètres d'altitude, Gratte-Cul Les Moineaux était le point culminant de la région départementale de Veau Les Sapins.

 

Cette bourgade, peuplée de trente âmes tout au plus, n'est pas vraiment une capitale. D'ailleurs, celle-ci, c'est Taupinière Les Chocottes. Parler même de village à son propos est donc exagéré. Vu sa taille, ce serait plutôt un hameau, calme, très calme.

 

Gratte-Cul Les Moineaux a tout de même un maire en la personne de Carpette Milborne. Celui-ci aimerait attirer des touristes dans sa commune mais il n'en peut mais. Le seul lieu un tant soit peu animé est encore le mal nommé bistrot, Chez La Grosse.

 

Tout le monde bien sûr se connaît dans un tel microcosme, où les habitants ont des patronymes pour le moins caricaturaux tels qu'Autaquet, Camembert, Chignolle, Ciboulette, Duflacon, Grangosier, Guingois, Gymophane, Mezzanine, Monticule... 

 

Une des particularités de la localité, c'est qu'il n'y a qu'une artère, la rue des Estropiés, qui doit son nom à la venue de plusieurs blessés de la Guerre des Pissenlits qui eut lieu en 1875. Une autre est qu'il n'y a pas de numéros de rue mais des lettres...

 

Les étrangers ou les personnes extérieures au village sont baptisés par l'employé de mairie, Fascicule Autaquet, d'exaltés du dehors. Un seul étranger fait exception à cette règle, c'est Alabama Wonderful, un Noir bien installé, devenu foncé du dehors.

 

Même s'il y a bien quelques controverses de temps en temps, à Gratte-Cul Les Moineaux il ne se passe rien, jusqu'au jour où apparaît un exalté du dehors à la mine patibulaire. Il est venu à pied depuis Limace Les Farines qu'il n'a fait que traverser.

 

Une caractéristique de ce personnage, qui n'a qu'un collier de cheveux longs terminés par un catogan et une barbe pointue, c'est le long poil qui se situe sur la tranche de son nez et qu'il n'a de cesse de pincer puis de glisser entre le pouce et l'index.

 

Qu'est-il venu faire ici? C'est le sujet d'Un poil de trop, roman assez farce qu'Yvan Sjöstedt a pris visiblement du plaisir à écrire et que prend le lecteur à lire. Le maire voulait de l'animation? Il va être servi au-delà de l'imaginé, poil au nez! 

 

Francis Richard

 

Un poil de trop, Yvan Sjöstedt, 128 pages, Éditions du Roc

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 21:25
A la recherche de Karl Kleber, de Daniel Sangsue

Je vais avoir soixante ans, soit trois ans de plus que Kleber lorsqu'il a disparu. Comme lui, je suis professeur d'université en Suisse. J'enseigne à l'Université de Morat, où Karl a fait ses études, a été assistant et a soutenu sa thèse. J'habite cette ville et hante des lieux qu'il a lui-même fréquentés.

 

Le narrateur n'a jamais rencontré Karl Kleber. Il va cependant s'intéresser à lui, vraisemblablement parce qu'il lui ressemble à bien des points de vue. Comme lui, il lit son destin dans la littérature. Comme lui, il est excédé par l'américanisation du système académique.

 

Mais, surtout, il s'aperçoit qu'il a les mêmes goûts littéraires que lui et qu'il vibre aux mêmes auteurs, en prenant connaissance de sa bibliothèque vendue à Georges, qui tient une librairie à Morat, dont l'enseigne est tout un programme: Le Cabinet d'Amateur.

 

Dis-moi qui tu lis, je te dirais qui tu es. C'est un peu cela que pense le narrateur érudit qui, semaine après semaine, rachète des volumes de cette bibliothèque et se met à la recherche du professeur mystérieusement disparu en juillet 1997, c'est-à-dire vingt ans plus tôt.

 

Le roman de Daniel Sangsue est le récit de cette recherche, avec toute la difficulté que ça représente après qu'autant de temps a passé. Cela dit, le narrateur est persévérant et à l'affût du moindre indice qui lui permettrait de reconstituer l'avant et l'après disparition.

 

Parmi les indices, il y a avant tout les livres qu'il a laissés derrière lui et qu'après le décès de sa veuve, son neveu s'est empressé de se débarrasser en les vendant à Georges. Ainsi, dans chaque volume figurent la date d'acquisition, des annotations, des soulignements.

 

Certains volumes contiennent des textes de la main de Kleber, des documents en guise de signets, autant d'indices supplémentaires permettant au narrateur de poursuivre sa quête et de se déplacer pour rencontrer des témoins et, même, être mis en contact avec des esprits...

 

Au-delà de cette quête, le narrateur, qui a quelques traits de l'auteur, auquel il fait des clins d'oeil amusés, fait montre d'un amour communicatif - et partagé par le disparu - pour les livres qui ont la vertu de donner même des réponses aux questions qu'on ne se pose pas:     

 

Selon Pascal Quignard, "ce qui nous pousse à ouvrir des livres les plus divers et les plus incertains, ou encore à terminer des livres alors que leur lecture ne nous satisfait pas, c'est impatiemment la croyance qu'ils vont nous délivrer un savoir que nous n'imaginions pas."

 

Francis Richard

 

A la recherche de Karl Kleber, Daniel Sangsue, 160 pages, Favre

 

Livre précédent:

 

Journal d'un amateur de fantômes, La Baconnière (2018)

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 21:25
Octroi de mer, de Gérard A. Jaeger

Gérard A. Jaeger est l'auteur d'un grand nombre de livres, notamment consacrés à l'histoire maritime. Ce sont ces derniers qui lui ont permis d'accomplir un rêve d'enfant dont le point d'orgue aura été la croisière autour du monde qu'il a faite pour mémoires en 2019.

 

Sa passion pour le voyage et les bateaux qui enjambent les océans est née à l'école primaire quand son institutrice a déroulé sur le tableau noir une carte du monde, et a été confirmée quand il a suivi à la télévision les Aventures dans les îles du Capitaine Troy.

 

Alors qu'il fait des recherches sur les aventuriers de la mer, chez un brocanteur, à Saint-Malo, il acquiert une maquette du Belemun trois-mâts barque construit en 1896 pour le transport du cacao. Apprenant que son épave est en Italie, il aimerait aller la voir.

 

Mais il doit surseoir à ce voyage, pris par sa soutenance de thèse à l'Université de Fribourg qu'il prépare à Paris. Entre-temps un mécène français rachète le Belem pour le restaurer. A sa grande surprise, il découvre un jour le bateau amarré non loin de la Tour Eiffel.

 

Comme il habite quai Blériot, le navire se trouve quasiment sous ses fenêtres. Il n'a plus qu'une envie, monter à bord, ce qu'il fera en y devenant mousse, pour mettre désormais dans ses livres la vérité qui bat en brèche les hypothèses et les approximations.

 

Dans ce récit préliminaire, l'auteur égrène déjà des souvenirs de lectures et de rencontres faites au cours de son existence. Mais c'est le tour du monde accompli du 9 janvier 2019 au 28 avril 2019 à bord du Queen Victoria qui lui donne l'occasion d'en dire davantage.

 

C'est en effet le spécialiste de l'histoire maritime qui voyage et il ne manque pas de ressusciter non seulement le voyage lui-même à partir de quelques notes mais aussi les histoires des lieux où le paquebot de la Cunard  fait escale, ou des océans qu'il parcourt en majesté.

 

Gérard Jaeger est parfois déjà venu en ces lieux, parfois pas, mais, même lorsqu'il n'est pas déjà venu, ce sont ses lectures ou ses recherches qui remontent à la surface, si bien que ce long périple est émaillé de temps retrouvés après ne les avoir que très peu perdus.

 

Gérard Jaeger parle bien sûr de la vie à bord et de ses rites britanniques, mais encore de choses personnelles, voire intimes, qui les regardent lui et sa femme. Il ne cache pas non plus ses convictions, notamment pour ce qui concerne Hong Kong ou l'Afrique du Sud.

 

Gérard Jaeger se raconte à la première personne, ce qu'il a peu fait jusqu'à présent, mais, maintenant après s'être acquitté de l'octroi qui manquait à ses visas de voyage,  il a désormais ouvert grand la porte et la serrure ne ferme plus. Il se livre en toute simplicité:

 

Je n'ai aucun compte à régler, pas de procès à intenter à la vie: juste à raconter que je suis heureux de mes rencontres et conciliant avec mes erreurs. Ces mémoires en alternance tentent de l'expliquer.

 

Francis Richard

 

Octroi de mer, Gérard A. Jaeger, 304 pages, L'Aire et Sept (à paraître)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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