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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 16:30
... au point 1230, de Laurence Voïta

Exceptionnellement cette fois, il avait acheté un billet le mercredi et c'est le jeudi qu'il a eu le résultat. Pas un dimanche. C'est ce qui a tout changé.

 

Jacques Banier est physiothérapeute à La Tour. Le mercredi 13 juin, il a pris un billet de loterie au kiosque tenu par Jean Parisod, alias Johnny, et gagné la coquette somme imposable de trois millions cinq cent soixante-cinq mille francs et cinquante centimes.

 

Ce qui a tout changé, c'est ce que lui a dit sa femme Sylvaine le lendemain quand il a émis l'hypothèse d'un tel gain: Si demain tu gagnais au Loto, je ne sais pas ce que je ferais, mais si c'était aujourd'hui, je prendrais ma part et je m'en irais au bout du monde.

 

Seize semaines plus tard, le samedi 6 octobre, il met sa décision longuement réfléchie à exécution: Il va renoncer à cet argent, en laissant ouverte la poche arrière de son short de course, et, effectivement, à l'arrivée, ... au point 1230, il constate qu'il l'a perdu.

 

Une semaine plus tard, le samedi 13 octobre, Nathalie Galic, professeure de biologie au gymnase de la ville, trouve, dans la montagne, alors qu'elle court, le billet de Loto, un papier qui lui est familier - elle joue régulièrement -, perdu par Jacques Banier.

 

À la différence de Jacques, Nathalie en parle à son compagnon Greg. Mais elle a des scrupules. Elle retarde le moment d'aller chercher le gain, car elle voudrait le partager avec celui qui l'a perdu en partant du point 1230, l'altitude qui est inscrite sur la carte.

 

Le mercredi 24 octobre, un jour peu propice aux baignades, un témoin anonyme et fortuit d'une déchirure dans la prospérité de ce petit coin du monde aperçoit le corps inanimé de Nathalie Galic à l'extrémité de la petite plage de la Becque et compose le 117:

 

Allongée sur le dos, elle semblait prendre le premier soleil du matin, avec les pieds dans l'eau. Des pieds chaussés de baskets roses, avec la virgule blanche bercée au gré des petites vagues qui animaient les jambes.

 

L'enquête menée au gymnase et auprès des proches de la victime par le vieux flic Bruno et son équipe, Sophie, Jérémie, Luisa, le petit Blanchard et l'immense Gérald, ne donne rien pendant des jours. Ils ignorent, ce que sait le lecteur, l'existence du billet de Loto...

 

Avant que les policiers ne résolvent le mystère de la mort de Nathalie, où le billet de Loto ne peut que jouer un rôle, direct ou indirect, Laurence Voïta fait une analyse psychologique très fine des personnages de cette histoire si bien que c'est celle-ci qui importe.

 

Aussi, quand la clé du mystère est remise au lecteur à la fin du livre, celui-ci ne s'y attend pas et s'y attend à la fois, parce qu'il sait que les comportements et les secrets de Jacques Banier et de Nathalie Galic ne peuvent pas être compris par leurs entourages respectifs.

 

Francis Richard

 

... au point 1230, Laurence Voïta, 284 pages, Les Éditions Romann

 

Livre précédent aux mêmes éditions:

 

Vers vos vingt ans (2019)

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 20:22
Tolle, lege !, de Daniel Fattore

La photocopieuse de l'évêché était le seul objet moderne jamais entré dans la vénérable institution. Du coup, quitte à assécher les budgets pour dix ans, on avait mis le paquet: la machine peut copier tout et n'importe quoi...

 

Paulo, l'apprenti, est chargé par Pétronille, son fantasme favori, qui tape ses lettres sur une Remington historique, millésimée 1920, de faire de multiples copies sur cet engin complexe au point qu'il faut le tempérament d'un dompteur de cirque pour en tirer quelque chose.

 

Ce photocopieur (ou cette photocopieuse, car Daniel Fattore emploie indifféremment l'un ou l'autre terme) se révèle pour le moins capricieux. C'est un objet inanimé (façon de parler) qui semble donc avoir une âme et les états qui vont avec cet attribut exclusif de l'humanité.

 

L'engin lui fait des réflexions improbables via son écran, n'en fait qu'à sa tête, se met en panne quand ça lui chante, ce qui retarde Paulo dans cette seule tâche que lui confie Pétronille, qui n'a pas que ça à faire d'attendre, puisqu'elle doit aussi peinturlurer ses doigts de pieds.

 

Les utilisateurs de tels engins ne seront pas surpris que le mode d'emploi de cette machine comprenne plus de mille pages par langue. Ce qui les surprendra davantage, c'est que la deuxième langue, le japonais étant la première, soit le latin, c'est-à-dire celle de l'acquéreur...

 

Les facéties - ce qui est une litote - de cette machine sont les ressorts de cette histoire burlesque, qui est une satire à la fois d'une institution succombant à la pensée magique, d'une entreprise ringarde et peu soucieuse de ses employés, d'une intelligence aiguë prêtée à des objets.

 

Le lecteur rira de bon coeur à ce récit où les noms propres sont volontiers potaches, où des formules consacrées du vocabulaire religieux sont détournées habilement de leur usage, où l'auteur ne se prend pas au sérieux et est le premier à se gausser de ses propres plaisanteries.

 

Le lecteur répondra donc oui à l'impératif de ramasser ce livre plein d'humour et de le lire, comme le lui suggère son titre, Tolle, lege!, que, selon l'auteur, il comprendra s'il compulse la méthode de latin Magnard ou, s'il est un peu plus avancé, qu'il traduira en ouvrant son Gaffiot.  

 

Francis Richard

 

Tolle, lege !, Daniel Fattore, 208 pages, Hélice Hélas

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 19:10
Aller voir les arbres, de Fabienne Morales

A la suite de l'atelier, nous nous sommes retrouvées chaque semaine ou presque, nous téléphonant lorsqu'il était impossible de se voir, partageant nos expériences, nos attentes, nos déceptions, nos lectures.

 

Claire a suivi un atelier d'écriture avec Jeanne. Sept ans plus tard, empêchée de le faire cet été-là pour raison impérative et familiale, Jeanne demande à Claire de la remplacer. Ce qu'elle accepte sans se rendre compte que ce n'est pas aussi simple que le dit Jeanne:

 

Selon Jeanne, écrire était simple mais impliquait de piocher dans le formidable réservoir de l'inconscient: alambiqué, richissime, monstrueux.

 

Car Claire n'est pas devenue écrivaine pour autant et doute jusqu'au bout d'être capable de mener à bien cet atelier d'écriture, même si, aux côtés de Jeanne, elle a assisté au jaillissement de l'idée créatrice, du parcours d'une histoire et de ses interminables errances.

 

Claire, initiée par son cousin Edouard à la marche dans la nature et à Aller voir les arbres, surtout quand un chagrin vient l'étreindre, l'a fait découvrir à Jeanne, qui dit qu'écrire ou aller voir les arbres, c'est en fait la même chose: elle devrait donc pouvoir s'en sortir.

 

L'atelier d'écriture durera quatre jours. Il n'y aura que deux participantes, Celia, la septentaine, et Doris, guère plus âgée qu'elle. Il se déroulera dans une propriété de la campagne vaudoise, non loin de Rolle, comprenant une demeure principale et une annexe:

 

Le grand salon permettait aux ateliers de se tenir en cas de ciel maussade, et la tonnelle recouverte de vigne offrait l'ombre nécessaire pour pouvoir écrire dehors du matin jusqu'au soir.

 

L'atelier ne se déroule évidemment pas comme prévu. Le premier imprévu, et non le moindre, étant l'inscription tardive, à quatre heures du matin du premier jour, par courriel adressé à Jeanne et redirigé vers la messagerie de Claire, d'un certain Pierre Bergstein:

 

Madame, c'est une urgence. Acceptez-moi à l'atelier.

 

La première consigne que donne Claire aux trois participants de l'atelier est Je me souviens, comme le titre d'un des recueils de Georges Perec. En écrivant l'histoire de cet atelier, Claire aura appliqué cette consigne à son tour et aura réussi à aller voir les arbres...

 

Francis Richard

 

Aller voir les arbres, Fabienne Morales, 138 pages, Plaisir de lire

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 17:20
L'anatomie d'une décision, d'Anna Szücs

- Tu ne réalises pas que, de toute manière, quoi que tu fasses, ça ne changera pas le cours des choses?

- Je ne pourrai peut-être pas changer leur cours, mais je peux choisir d'aller ailleurs, plutôt que de me laisser persécuter comme un mouton.

 

Ce jeudi 25 octobre 1956, Imre Spiegel n'est pas rassuré par ce que lui dit de la situation à Budapest son frère Jószef, invité à dîner. La veille, le Zala, l'unique quotidien de la région, a publié ce titre à la une:

 

Budapest: attaque à main armée de bandits contre-révolutionnaires.

 

Imre Spiegel n'est pas membre du Parti, mais il occupe le poste de sous-directeur local du Népbolt, soit les Magasins du peuple, qui regroupent une quarantaine de commerces de la ville de Zalaegerszeg.

 

Imre peut donc craindre pour lui et sa famille, d'autant qu'il est juif et que l'antisémitisme semble renaître dans cette Hongrie communiste, ce qui lui rappelle les heures les plus sombres des nationalistes.

 

Imre doit prendre une décision: partir ou ne pas partir. Pendant une petite semaine, du 24 au 29 octobre, il va tergiverser, essayer, face à la situation, de rester rationnel, de ne pas se laisser gagner par l'émotion.

 

Le régime est ébranlé et il est difficile de savoir quel côté l'emportera des universitaires et des ouvriers, qui souhaitent des réformes, ou du gouvernement qui les accuse d'être soutenus par les pays de l'Ouest.

 

Le roman d'Anna Szücs n'est pas seulement L'anatomie d'une décision qu'Imre doit prendre, mais aussi l'anatomie du  communisme, qui prétend alors constituer la seule révolution populaire légitime.

 

Ainsi Imre est-il le véritable chef du Népbolt. Son supérieur, dépourvu de toutes notions commerciales, se contente de répandre l'idéologie communiste et de répercuter les directives venant de plus haut.

 

Compte tenu de cela, Imre doit-il avoir peur de la tournure des événements puisqu'il s'est toujours refusé à faire de la politique? Ce n'est cependant pas une telle considération qui emportera sa décision...

 

Francis Richard

 

L'anatomie d'une décision, Anna Szücs, 168 pages, Éditions Encre Fraîche (avec des illustrations de l'auteure)

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 18:55
Distance, d'Ivan Vladislavic

J'essaie d'écrire cette histoire depuis dix ans, non, depuis près de vingt ans. Cela ne débouche sur rien. Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était. Je ne sais plus s'il s'agit de souvenirs ou d'imagination.

 

Joe Blahavic est pourtant écrivain, mais il n'arrive pas à raconter son histoire, celle du temps où son frère Branko et lui étaient ensemble, dans les années 1970, en Afrique du Sud.

 

À l'époque Joe admirait Mohamed Ali, qui n'était plus Cassius Clay depuis qu'il s'était converti à l'islam. Ce n'était pas le boxeur qui intéressait Joe, c'était le personnage hors normes.

 

Au cours des années 1970, Joe avait constitué des albums sur Ali avec des coupures de presse qu'ils y avaient collées. C'étaient les journalistes sportifs qui avaient développé sa passion.

 

Pour écrire ce livre, Joe fait donc appel à son frère Branko. Il compte sur lui pour l'aider à le rédiger parce qu'il a besoin de se souvenir des choses telles qu'elles se sont réellement passées.

 

Branko prend cela comme un devoir de famille et se met, difficilement, à la tâche, en essayant de s'inspirer des albums sur Ali et des brouillons griffonnés au crayon que Joe lui a laissés.

 

Le livre d'Ivan Vladislavic est un roman bivocal, qui donne la parole en alternance aux deux frères. Alors que Joe parle d'Ali et de ses facettes, Branko retrace le contexte de ses années-là.

 

L'époque est donc restituée par ce double éclairage. En tout cas, s'il est une chose que Branko a apprise de son frère Joe, c'est que penser à écrire, ce n'est pas la même chose que de s'y mettre.

 

Branko continuera cependant d'écrire sa partie, vaille que vaille, comme un cogneur qui n'est pas assez malin pour rester dans son coin quand il prend des coups et cherche à casser la distance.

 

Dans l'épilogue du livre Sting like a bee, que Jose Torres a consacré à l'histoire de Mohamed Ali, Budd Shulberg explique que les écrivains et les boxeurs ont des affinités particulières.

 

Peut-être que les affinités particulières que Joe, l'écrivain en devenir, avait pour Ali, le boxeur accompli, correspondent-elles au fond à cette remarque faite par Budd Schulberg et citée par Branko: 

 

Au sommet de leur art, l'écriture et la boxe exigent la même concentration, l'autodiscipline et une aspiration supérieure. 

 

Francis Richard

 

Distance, Ivan Vladislavic, 304 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Georges Lory)

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 16:00
Rachel et les siens, de Metin Arditi

Son monde est celui des naïfs, de ceux qui s'accrochent à des principes plutôt qu'au goût du jour. A ce qui dérange plutôt qu'à ce qui plaît.

 

Au moment où commence le récit, Rachel Alkabès a douze ans, mais en paraît quinze. Juive de Palestine, elle aime déjà observer les autres, en tirer des histoires, créer un monde à elle qu'elle raconte avec plaisir à qui veut l'entendre et qui ne laisse pas indifférent ceux qui l'écoutent.

 

Rachel et les siens est l'histoire de sa vie. Il faudrait dire plutôt de ses vies, car elle en a vécues plusieurs, à Jaffa, à Tel-Aviv, à Istanbul, à Paris, à Genève. Entre-temps ses historiettes seront devenues des pièces de théâtre, c'est-à-dire qu'elles auront pris la dimension où elle excelle.

 

Ses vies sont égrenées de séparations et de deuils, de déchirements et d'incompréhensions, alors que Rachel, naïvement, ne rêve que de bonne entente entre les êtres, entre ceux qui sont en grand nombre et ceux qui sont en minorité, d'autant que les proportions ne sont pas immuables.

 

Ce rêve perdure toute sa vie, en dépit des démentis, sans doute parce que dans son enfance les Alkabès et les Khalifa, des Arabes chrétiens, vivent sous le même toit et que cette cohabitation n'est pas un rêve mais une réalité. À l'époque, sa tante Aïcha l'avait surnommée Rachel Pacha:

 

Tu es notre Rachel, disait le sobriquet. Nous t'aimons, nous t'admirons. Et tu es aussi notre pacha, notre seigneur, parce que rien ne te résiste, tu prends ton temps en majesté, et lorsque tu arrives à tes fins, quitte pour cela à nous soumettre, nous t'admirons et nous t'aimons autant et même plus, tant nous sommes fiers de toi.

 

Aïcha Khalifa n'imaginait pas à quel point elle avait vu juste en donnant ce surnom à Rachel et que, la descendance de Rachel et de tous les siens, de Mounir, son frère de lait et d'Ida sa soeur adoptée, ne pourrait à son tour que la désigner ainsi, en témoignage d'amour et d'admiration.

 

Francis Richard

 

Rachel et les siens, Metin Arditi, 512 pages, Grasset

 

Romans précédents:

 

Le Turquetto, 288 pages, Actes Sud  (2011)

Prince d'orchestre, 380 pages, Actes Sud (2012)

La confrérie des moines volants, 350 pages, Grasset (2013)

Juliette dans son bain, 384 pages, Grasset (2015)

L'enfant qui mesurait le monde, 304 pages, Grasset (2016)

Carnaval noir, 400 pages, Grasset (2019)

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 22:55
Française, d'Alexandre Jardin

Pas question de m'étioler dans un rôle de violée.

Je voulais demeurer une femme puissante, entortillée de plaisir, un soleil d'audace, l'un de ces êtres qui approvisionnent les autres de joie.

Intégrer cette saleté dans ma biographie officielle avant de m'en être vengée, m'était, je le dis, impossible.

 

Kelly Francoeur est Française. Ce n'est pas le genre à se laisser faire dans la vie, jamais, elle a la gifle prompte et leste. Après qu'elle a été violée et qu'elle s'est réveillée dans sa voiture sur un parking de Rouen, son chien mort sur la banquette arrière, elle est bien décidée à retrouver son abuseur et tueur de chien, et à le faire payer.

 

Kelly est tout à la fois une femme d'insoumission et une femme qui rêve d'un homme qui comblerait l'amour [qu'elle] a imaginé. L'histoire montre qu'elle a un fort tempérament, mais qu'elle ne sait pas retenir ceux avec lesquels elle couche. Car ils la quittent en lui laissant des dettes, en la mettant enceinte ou en épousant une autre.

 

Kelly habite un F2 dans une HLM cubiste près de Vire, à Maisoncelles-la-Petite. Elle est professeure de français, vacataire, mais elle a grandi sur les docks de Cherbourg comme une mauvaise herbe. La narratrice du roman d'Alexandre Jardin peut donc dire que sa langue est double, s'adresser au lecteur de son récit en ces termes:

 

Vous pardonnerez donc mon style métissé, mi-hard mi-distingué, populacier et maîtrisé mais tout de suite très relâché - voire vert, façon bistrot -, dès que l'émotion m'emporte le coeur que j'ai mal-commode.

 

Kelly a son franc-parler. Elle ne se gêne pas pour dire que les provinciaux comme elle sont méprisés par les bobos de Paris, que l'administration est spécialement inventée pour contrarier l'homme, qu'en France, c'est toujours une loi qui veut votre bien, qui vous tuméfie et vous punit, que la diversité heureuse n'a pas que des bienfaits.

 

Un jour, trop, c'est beaucoup trop. Alors les petits regimbent, se révoltent: Il fallait bien qu'on passe du je au nous, du désir perso façon Stendhal à l'ample colère des Misérables, celle qui brasse les rues miteuses et retourne les campagnes. Celle qui fait de nous des contestants lutteurs, comme il y a eu jadis des protestants durs à cuire.

 

Francis Richard

 

Française, Alexandre Jardin, 320 pages, Albin Michel

 

Livres précédents:

Laissez-nous faire!, Robert Laffont (2015)

Le roman vrai d'Alexandre, Éditions de l'Observatoire (2019)

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 22:55
Maugis, de Christopher Gérard

Depuis vingt-cinq siècles, la Phratrie des Hellènes transmettait les mythes de la Grèce archaïque, celle des devins et des chamanes. Persécutée, forcée à une dangereuse clandestinité, cette société secrète avait, par un miracle permanent, survécu dans un monde hostile, et perpétré les rites de l'Ancienne Religion.

 

François d'Aygremont a été initié à Delphes quatre ans avant la Déflagration. Il y a reçu le nom initiatique de Maugis, comme l'enchanteur de la chanson, celui qui, d'après une autre chanson, celle des quatre fils Aymon, les aida, par enchantement, un jour à s'enfuir.

 

Bis repetita placent. Ce Maugis du XXe siècle, pendant la Drôle de Guerre, se retrouve donc avec une poignée de survivants, un sergent et quatre frères, des Ardennais solides comme des chênes, à qui ont été donnés les mêmes prénoms que les fils Aymon.

 

Alors qu'ils ont été faits prisonniers par les Teutons, leur évasion est relatée dans le premier des sept carnets de cette nouvelle chanson de geste. Mais l'épisode tourne court avec la capitulation des armées royales belges et avec la séparation des valeureux.

 

En fait l'histoire de Maugis l'Ardennais a débuté douze mois auparavant, à Oxford, l'Athènes anglaise, où il rencontre des membres de sa Phratrie, des Oxoniens mais aussi un étranger, un Brahmane du Cachemire, avec lequel il se sent en parfaite communion.

 

Ces deux ans passés à Oxford sont importants parce que Maugis y découvre qu'il est plus qu'un poète et y fait la connaissance de Doria, qui, délaissée par son mari, aura été son amie de coeur et métamorphosé l'étudiant empoté qu'il était en un jeune homme accompli.

 

Ce jeune homme, fin connaisseur de Nerval, s'est donné pour tâche de traduire La mort d'Empédocle de Hölderlin et de publier une étude sur ce poète qui n'avait rien d'un fou et tout du météore. Mais ce sont travaux par trop inactuels par ces temps qui courent.

 

Alors, pendant les années d'Occupation, Maugis va un peu flotter, sans jamais trahir, car il restera fidèle à l'Ancienne Religion, à ses Dieux qui sont ceux d'un univers aux cycles éternels, refusant le dogme et la révélation, leur préférant le symbole et le mythe.

 

Ses flottements, il les paiera en devenant proscrit, voué à la disparition et à l'errance. Son périple aura débuté à Oxford, la ville du savoir. Il fera étape à Rome, la ville du souvenir. Il ne s'arrêtera pas non plus à Bénarès, la ville de la délivrance et de la mort.

 

Une parole l'aura abasourdi: Un poème murmuré dans un cachot peut faire choir un tyran. Une autre l'aura marqué: Nous sortons d'une nuit pour entrer dans une autre. Après la coagulation des Rouges et des Noirs, la dissolution effrénée des mercantis.

 

Francis Richard

 

Maugis, Christopher Gérard, 256 pages, Pierre-Guillaune de Roux

 

Livre précédent chez Pierre-Guillaume de Roux:

Le Prince d'Aquitaine (2018)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

Osbert et autres historiettes (2014)

Le songe d'Empédocle (2015)

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 22:55
Éteint ciel, de Didier Burkhalter

 

Je suis là où la mer étincelle et où descendre, sans marches, éteint ciel et terre; j'irai là où une mère étincelle et où descendre, sans marcher, éteint ciel et père.

 

Dans ce poème anonyme et insolite, reçu par Caleb en 1974, apparaît l'expression Éteint ciel, non moins insolite, qui se décline tout le long du roman de Didier Burkhalter.

 

Ce roman commence par les brèves amours de personnages singuliers, un jeune homme de 21 ans, prénommé Folker, et une jeune fille de 17 ans, prénommée Fleure.

 

Ils sont singuliers parce que Folker est autiste et que Fleure est sourde-muette. Ils se sont aimés une nuit de mai 1944 en Normandie, peu avant le Débarquement.

 

Folker est l'auteur du poème et Caleb son père. Leurs relations étaient mauvaises. Un jour, son père lui ayant dit de partir, Folker s'en est allé et a disparu de sa vie.

 

L'histoire se passe essentiellement entre 1944, où Folker disparaît, et 1984, où Enor, un voisin, et Thessa, une petite nièce de Caleb se mettent ensemble à sa recherche.

 

La toile de fond, ce sont le Débarquement, la vie et la mort dans les camps, l'Allemagne divisée, la guerre que se livrent dans l'ombre la Stasi, le KGB et le MI6, la chute du Mur...

 

L'histoire, c'est aussi la quête de Folker pour savoir ce qu'est devenue Fleure, qui attend un enfant de lui, ce qu'il ignore, car ils ont été séparés juste après s'être connus.

 

Les protagonistes sont fictifs mais ils se fondent si bien dans la réalité de l'époque qu'ils sont vrais et que lorsque, pour certains, s'éteint le ciel, on voit avec eux l'étincelle.  

 

Francis Richard

 

Éteint ciel, Didier Burkhalter, 568 pages, L'Aire (à paraître)

 

Livres précédents:

 

Enfance de Terre (2017)

Là où lac et montagne se parlent (2018)

Mer porteuse (2018)

Terre minée (2019)

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 22:35
Les aérostats, d'Amélie Nothomb

A l'université, je n'étais pas populaire. Les étudiants ne s'apercevaient pas de mon existence. Parfois je réunissais mon courage pour adresser la parole à un garçon ou une fille qui me semblait sympathique: on me répondait par monosyllabes.

 

Ange Daulnoy, dix-neuf ans, étudie la philologie et vit en colocation avec Donate qui lui fait subir des avanies, mais, au moins, elle a sa chambre à elle, ce qui la rend capable de les supporter.

 

Parce qu'elle a besoin d'argent, elle passe une petite annonce de répétitrice en français, littérature et grammaire, pour des adolescents. C'est ainsi qu'elle reçoit un appel de Grégoire Roussaire:

 

Mon fils de seize ans est dyslexique. Pouvez-vous vous occuper de lui?

 

Le fils en question s'appelle Pie (les protagonistes d'Amélie Nothomb portent souvent des prénoms peu banals). Effectivement Pie est dyslexique et ne parvient pas à lire, sauf ce qui l'intéresse...

 

Son père, Grégoire, est cambiste et sa mère, Carole, sans profession. Ces quadras habitent une belle maison de ville comme on n'en voit qu'à Bruxelles dans les quartiers riches. Pie les détestent cordialement.

 

Grégoire propose à Ange de venir tous les jours pour un salaire mirobolant qu'il lui est difficile de refuser. Les notes en français de son fils l'affligent d'autant plus qu'il est supérieurement intelligent.

 

La méthode d'Ange est simple: Pie doit se mettre à lire des romans, lui qui n'en a jamais lu un, ni en entier, ni en partie. La première fois elle lui donne à lire Le Rouge et le Noir pour le lendemain...

 

Pie s'avère un lecteur brillant quand il le veut, ce qui ravit sa répétitrice au point qu'elle prend plaisir à voir régulièrement cet autre solitaire, nonobstant l'attitude déplaisante de Grégoire, qui les épie...

 

Quoi qu'il en soit, Ange réussit à transformer Pie en lecteur de grande littérature, ce qui ne sera pas sans conséquences pour lui d'abord, pour elle ensuite. En attendant, ils auront fait preuve de beaucoup d'esprit.

 

Car ce sont les traits d'esprit de cette histoire qui en font tout l'intérêt, qu'il s'agisse de ceux échangés par Ange avec Donate, Pie, Grégoire ou Dominique, son professeur de mythologies comparées...

 

Pie aurait voulu créer une agence de zeppelins: Idéalement, je les conduirais moi-même. On me les louerait pour des voyages. Mais ce n'était qu'un rêve et la réalité ne pouvait que lui apporter un démenti.

 

Francis Richard

 

Les aérostats, Amélie Nothomb, 180 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Petronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

Soif (2019)

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20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 22:55
L'or du temps - Livre III: Mes cercles dérangés, de François Sureau

Mon livre est pareil à la Seine, il s'écoule et ne tarit pas.

 

C'est sur ces paroles d'Agram Bagramko, qu'il fait siennes, que le livre III de François Sureau s'achève, ou plutôt ne s'achève pas, parce que l'auteur, conteur intarissable, laisse à un moment augurer d'autres développements.

 

Peut-être davantage encore que dans les livres précédents, contenus dans ce seul et même volume, l'auteur se livre-t-il, mais il le fait à chaque fois au détour d'une de ses multiples digressions, comme lorsqu'il écrit:

 

En matière de littérature, j'aurai, peut-être toute ma vie, balancé entre l'acceptation et le refus, comme ces pages en témoignent; mais j'ai conçu, à l'usage, du dégoût pour l'anti-littérature des littérateurs.

 

Il suit les traces de Bagramko, qu'il n'a pas connu et qu'il ne cherche d'ailleurs pas à connaître (le pourrait-il vraiment?). Car ce sont ses traces seules qui l'intéressent, qu'elles soient réelles ou imaginées, ce qui est sans importance.

 

En suivant Bagramko, avec pour fil conducteur son livre Ma source la Seine, il revisite des lieux où il a vécu, en découvre d'autres. Mais est-ce vraiment les lieux qui importent? N'est-ce pas plutôt les personnes que ces lieux évoquent.

 

Ces personnes l'entraînent vers d'autres lieux, vers d'autres temps, vers d'autres personnes. À partir d'eux, des cercles (dérangés?) toujours plus grands lui permettent d'entrer dans des considérations plus générales telles que celle-ci:

 

Le roman policier nous retient par le mépris des circonstances adventices - les transformations sociales - et sa concentration sur les seules conséquences du péché originel: la possibilité du meurtre et la douleur d'être désormais livré sans défenses à un monde dans lequel il faut lutter pour survivre, les formes d'organisation successives qu'il peut prendre étant au fond de peu d'intérêt.

 

Ou celle-ci:

 

Chez les modernes, l'incessante production de plans et de programmes va de pair avec une grande pusillanimité dans leur mise en oeuvre. Dans une société où l'on trouve normal d'être gouvernés par des fonctionnaires, au point que leurs échecs ou leurs fautes n'entraînent pas de conséquences qui soient en proportion, il est logique que ces employés qui sont devenus les maîtres se désintéressent des suites effectives de leurs actes.

 

François Sureau parle de lieux et de personnes très divers, connus, inconnus ou méconnus (l'index des noms ne comprend pas moins de vingt-huit pages et l'index des lieux en comprend neuf), sans autre guide que Bagramko.

 

Un lieu revient toutefois plus souvent dans le troisième livre que dans les deux premiers. C'est le château de La Geneste, à Chateaufort, dans la vallée de Chevreuse, où Grigoriev, l'ami de Bagramko, avait un pavillon de peinture.

 

Ce château, que l'auteur prétend n'avoir visité que deux trois fois appartenait au professeur M., dont il reconnaît, au début du livre I, puis dans une note en bas de page du livre III, être le petit-fils. N'aurait-il pas dû s'appeler La Genèse

 

Francis Richard

 

L'or du temps, François Sureau, 850 pages, Gallimard

 

Article sur le livre I:

Des origines à Draveil (3 août 2020)

Article sur le livre II:

Mystiques parisiennes (6 août 2020)

 

Livre précédent:

Sans la liberté (2019)

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 22:45
Vladivostok Circus, d'Elisa Shua Dusapin

Le trio à la barre russe, avec qui nous collaborerons, s'est arrangé avec le directeur pour préparer son numéro au Vladivostok Circus sans payer de loyer, en échange de quoi il se produira ici dans le spectacle du printemps.

 

En ce début novembre, Léon, le metteur en scène canadien, explique à Nathalie, qui vient d'arriver à Vladivostok, qui est là pour créer les costumes du trio et qui ne connaît rien au cirque, pourquoi celui-ci sera bientôt déserté.

 

La barre russe, s'est-elle renseignée avant de venir, est un engin long d'environ trois mètres, large de vingt centimètres, soutenu à chaque extrémité par un porteur, et sur lequel le troisième membre du groupe enchaîne des figures.

 

Le trio est composé d'Anton, qui vient de la région du lac Baïkal, de Nino, d'Allemagne, et d'Anna, de Kiev. Ils vont tenter bientôt ensemble le triple saut périlleux quatre fois d'affilée face aux cinq meilleurs trios de barre russe:

 

Ils se préparent pour l'un des plus grands festivals internationaux du cirque, qui a lieu cette année à Oulan-Oude, en Sibérie, dans un peu plus de six semaines, juste avant Noël.

 

Cette préparation est racontée par Nathalie, qui vient d'Europe et qui explique à Léon pourquoi elle a choisi le costume plutôt que la mode: Je suis moins intéressée par ce que dit un habit que par le fait de travailler sur des corps.

 

Nathalie apprend à mieux connaître les quatre autres, comme ils font plus ample connaissance avec elle. Mais plus l'échéance approche, plus la tension est palpable: la barre russe demande de la précision, ne souffre pas l'aléa.

 

Car la voltigeuse, comme les martinets ont besoin d'un promontoire, a besoin des porteurs pour s'envoler, et, si elle ne passe pas sa vie à voler comme certains d'entre eux, elle s'y met pourtant comme eux en se laissant tomber... 

 

Francis Richard

 

Vladivostok Circus, Elisa Shua Dusapin, 176 pages, Zoé (sortie le 20 août 2020)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Hiver à Sokcho (2016)

Les billes du Pachinko (2018)

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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 16:30
Guerilla II, de Laurent Obertone

Dans le premier volume de Guerilla, sous-titré Le jour où tout s'embrasa, une étincelle a mis le feu aux poudres.

 

Intervenus à la suite de l'appel au secours d'une femme dans la cité Taubira de La Courneuve, trois policiers ont été assaillis par une dizaine de racailles.

 

L'un d'entre eux, roué de coups, a sorti son arme de service et descendu six des assaillants, les deux autres policiers ont trouvé leur salut dans la fuite.

 

Le deuxième volume commence le quatrième jour, après que la cité s'est soulevée, que les banlieues ont suivi et que le président s'est fait tuer.

 

Le pays s'est effondré. Il n'y a plus d'État. C'est l'anarchie, que l'auteur définit ainsi: Désordre, confusion due à un défaut d'organisation, à l'absence de règles, de lois, de principes directeurs.

 

Le temps des barbares commence. Laurent Obertone en fait la cruelle et réaliste description sur le terrain, en plusieurs endroits de France, après que l'électricité a été coupée et que les approvisionnements ont cessé.

 

Des barbares, il y en a ainsi à Paris, dans les Hauts-de-Seine, dans l'Essonne, dans les Yvelines, dans la Somme, en Lozère, en Haute Savoie. Et, dans le neuf-trois, le Califat a été instauré...

 

De ce chaos, de cette sauvagerie, un homme espère bien tirer profit: Directeur général de la DGSI, inconnu du grand public, il est le plus haut fonctionnaire réfugié dans la forteresse de Vincennes,[...] l'ultime bastion de l'État français.

 

C'est bien simple, l'État c'est lui, et il a une piètre opinion des Français. Sciemment il fait tout pour qu'ils soient livrés à eux-mêmes, à l'hiver, aux barbares:

 

Pour eux rien n'est pire que cette liberté. Ils sont faits pour l'esclavage, pour être dirigés et comblés, et doivent l'être par quelqu'un de fort. Je serai celui-là.

 

Cet homme cynique ne craint pas le Califat. Le moment venu, à la fin de l'hiver, la reconquête militaire du pays le balaiera de même que les gangs et les groupes armés.

 

Seulement, il ne faudra laisser subsister, nulle part en France, de groupes autonomes qui pourraient concurrencer l'État, c'est-à-dire lui...

 

Beau programme, bien qu'aventureux !

 

Francis Richard

 

Guerilla II, Laurent Obertone, 432 pages, Ring

 

Livres précédents:

 

La France orange mécanique (2013)

Utoya (2013)

La France Big Brother (2015)

Guerilla (2017)

La France interdite (2018)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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