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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 20:55
Un jour d'été que rien ne distinguait, de Stéphanie Chaillou

Je n'ai pas su, tout d'abord, quelle forme allait prendre mon refus. A quoi, ce que je vivais, ce que j'avais vécu, allait donner naissance. De quelle manière allait se manifester ma résistance. Cet empêchement en moi. Ce dont je ne voulais pas. Ce que je ne pouvais pas accepter.

 

Louise refuse d'être un jour comme ses parents, confrontés à des difficultés financières. Ils ne le lui ont pas dit mais elle les a surpris un soir, sans qu'ils le sachent, tous deux en pleurs dans la cuisine.

 

Louise, la narratrice, est alors une petite fille. Elle a cinq ans. Cela se passe au milieu des années 1970. A l'école elle veut jouer au ballon, mais la maîtresse lui dit: Louise, ce n'est pas pour toi le foot.

 

Louise refuse d'être différente des garçons, tout simplement parce qu'elle ne voit pas pourquoi ils auraient droit et pas elle de jouer au foot. Silencieusement elle est déterminée à ne rien accepter.

 

Ne rien accepter, ça veut dire ne pas faire comme les autres filles, mieux même, ne pas accepter d'être une fille, c'est-à-dire soumise à l'ordre des choses: Les hommes, les femmes, puis les animaux.

 

Elle a une vision: La fille se tenait au bord du fleuve. Au bord de la Garonne. Elle regardait l'eau, former des cercles, puis les défaire, ensuite les décomposer. Avec la fille, elle n'est plus seule.

 

Plus tard, au collège, au lycée ou à l'université, sa détermination ne faiblit pas et elle place l'intelligence avant le savoir: Ne pas suivre l'opinion majoritaire. Questionner les pensées qui arrangent...

 

Peut-être la fille du fleuve lui dirait-elle ce qui la meut dans sa vie de femme si elle la revoyait, et comprendrait-elle que, dès le début, elle préfère l'équivalence de toutes choses au regard d'exister.

 

Francis Richard

 

Un jour d'été que rien ne distinguait, Stéphanie Chaillou, 144 pages, Les éditions Noir sur Blanc

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 21:45
La salamandre noire, de Simon Vermot

Est-il possible d'être amoureux d'une femme que vous n'avez jamais touchée? Je me laisse convaincre que la réponse est oui. Le coup de folie existe. Il a lieu tous les jours dans une gare, un supermarché, une église ou, comme ici, une buvette au bord d'un lac entre des personnes qui n'osent pas se parler.

 

Pierre a ce type de coup de folie pour une femme blonde, cheveux mi-longs, un canon à t'expédier en orbite, qui est attablée avec un homme bronzé, svelte, crâne rasé, à la buvette du port lémanique de Saint-Prex.

 

Pierre ne sait rien d'elle. Il l'a vue monter, avec son compagnon, à bord d'un sloop amarré au ponton Visiteurs. Le seul indice qu'il ait pour la retrouver c'est, peinte sur la coque du bateau, une salamandre noire.

 

Il ne pense plus qu'à elle. Alors il passe une annonce dans un journal local très diffusé avec pour titre La salamandre noire. Dans le texte, il prétend vouloir lui rendre quelque chose qu'elle aurait oublié en partant.

 

A sa grande surprise, le lendemain de la parution, une femme le contacte et lui demande de venir chez elle. Ils se donnent rendez-vous pour le petit-déjeuner du jour suivant. Mais ce n'est pas la sublime inconnue.

 

Alexandra, Alex, la femme qui le reçoit, habite une grande maison originale. Elle n'est pas blonde mais rousse. Elle lui propose de rechercher pour elle l'inconnue du bateau et de rien de moins que de l'éliminer.

 

Cette femme serait extrêmement dangereuse. Elle dirigerait un réseau lié au terrorisme international. Depuis deux ans elle et ses gars la poursuivent en vain. Si Pierre accepte de la lui retrouver, il refuse de la tuer.

 

Alex lui a proposé cinquante mille francs pour la localiser et cinquante mille de plus pour la tuer. Mais Pierre est journaliste, il n'a rien d'un tueur. Veuf, il a une petite fille, Anouk, élevée par sa belle-mère.

 

L'enquête de Pierre va le conduire dans plusieurs régions de Suisse, en France voisine, sur des lieux d'attentats, aussi bien à Rome qu'à Paris et Dakar. Il n'aurait certainement jamais cru jouer un jour les James Bond.

 

Dans le monde de l'ombre, on tue en douce, ou pas, et les gens ne sont pas ce qu'ils paraissent. C'est celui des trahisons et des coups tordus. C'est difficile à admettre pour quelqu'un comme Pierre, qui est carré:

 

C'est tout blanc ou noir, chez moi. Je l'ai déjà dit. Le gris ne me va pas du tout.

 

Aussi Pierre n'est-il pas au bout des surprises, telles que les liens insoupçonnables entre les protagonistes de cette histoire, qu'il ne découvre qu'à la fin et qui expliquent cependant les comportements de chacun d'eux.

 

Francis Richard

 

La salamandre noire, Simon Vermot, 192 pages, Éditions du Roc

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 20:45
Peter und so weiter, d'Alexandre Lecoultre

Bernhard lance souvent en rigolant tu commences quand la vrai vie? Peter ne comprend pas de quoi il parle. Il ne savait pas qu'il y en avait une fausse.

 

Peter und so weiter: seul compte le prénom, le nom importe peu. Peter est monsieur tout le monde, il est transparent.  Il habite le dorf Z. et se laisse porter par la vie. Pour survivre, il fait la plonge au Café du Nord et donne un coup de main aux Petits-Bras qui tiennent l'épicerie du dorf.

 

Il est tellement transparent que sa voisine du dessous, la Dame sans nom, qu'il croise souvent, ne sait toujours pas qu'il habite le même immeuble qu'elle depuis cinq ans. Il faut dire qu'elle est restée dans le monde d'avant qui n'a rien à voir avec celui d'aujourd'hui: Früher était normal...

 

Ébranlé par la question de Bernhard, Peter se demande ce qu'est la vraie vie. Plutôt que d'en faire l'apprentissage en écoutant, en sentant, en regardant, en goûtant ce qui se trouve autour de lui, avant d'avancer, il interroge une voyante pour savoir quel sens donner à son existence.

 

Celle-ci, une dénommée Micha, lui dit d'abord d'attendre. Ce qui n'est guère volontaire. Ce qui peut se comprendre si attendre est limité dans le temps, juste avant d'agir. Au bout de quelques interrogations tarifées, elle lui lâche une prédiction vague qui ne risque pas d'être démentie.

 

Au Schriftsteller qui fréquente le Café du Nord, Peter raconte: Micha a parlé d'une inconnue et d'un inconnu, mais le dorf est grand et beaucoup d'habitants sont inconnus pour Peter, comment savoir laquelle et lequel sont les bons? Cela a le mérite de le mettre en mouvement.

 

(Nina [la serveuse du Café du Nord] dit qu'il parle à la troisième personne, mais Peter répond qu'il parle à toutes les personnes...)

 

Peut-être écoutera-t-il la voix extérieure, qui s'adresse à lui pendant ses déambulations. Peut-être qu'à force de déambuler et de partir pour la solitude, comme il le fait lorsqu'il prend le train, finira-t-il par rencontrer l'inconnue et l'inconnu dont Micha lui a prédit la rencontre.

 

Les horoscopes et les petites annonces que Peter lit ne lui sont pas d'un grand secours pour trouver trace de l'inconnue qui est devenue dans son imaginaire Celle avec le regard qui le regarde et le sourire qui sourit. S'il la rencontre vraiment, la vraie vie ne pourrait-elle pas lui venir?

 

Francis Richard

 

Peter und so weiter, Alexandre Lecoultre, 128 pages, L'Âge d'Homme

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 22:45
La Saison des cerfs-volants, d'Elizabeth Walcott-Hackshaw

Ce fruit ridicule et étrange me revient à l'esprit; ce fruit qui n'est même pas originaire de la Caraïbe, même pas né ici. C'est pourquoi j'ai inventé l'expression "un ramboutan" pour l'appliquer à quiconque abandonne son foyer pour toujours.

 

Ici, c'est l'Île de Trinidad, où est née Elizabeth Walcott-Hackshaw, une île où se déroulent les onze histoires de son recueil de nouvelles, La saison des cerfs-volants, titre de l'une d'entre elles.

 

Dans ce recueil il y a un certain nombre de ramboutans, des hommes comme des femmes d'ailleurs. Et ces ramboutans ne restent pas tous ici. Sans doute s'y sentent-ils trop à l'étroit et sans avenir.

 

Dans Ici, La narratrice doit en principe conduire en voiture sa fille à l'aéroport pour qu'elle rejoigne son ramboutan de père à Miami, pour une durée de deux mois, mais elle a du mal à l'imaginer là-bas:

 

Je pense à mon bébé à Miami et à la façon dont elle va être traitée parce que, même si elle a la peau claire, en Amérique elle sera Noire et souffrira comme jamais ça ne se produirait ici.

 

Dans Fruit étrange, c'est la mère de la narratrice, qui les a abandonnés elle, son frère et son père et tient le rôle de ramboutan. A contre-coeur, en détresse, elle l'appelle quand son père disparaît:

 

D'après les chiffres de meurtres et de kidnappings, nous sommes désormais en troisième position après Haïti et la Jamaïque sur la liste des lieux les plus violents de la Caraïbe.

 

Dans Tuer des lunes, la narratrice ne sait pas qui est son père. Elle sait que sa mère a eu six enfants et de nombreux maris, et que seuls son frère Samuel et elle, qui sont les aînés, ont le même père:

 

Papa venait dans la cour surtout le week-end. Il mangeait, dormait dans un hamac entre les cocotiers, puis il disparaissait de nouveau le dimanche soir. Ce n'était le papa de personne, mais c'était comme ça que manman nous avait dit de l'appeler.

 

Dans La plus longue corde, Katie quitte Andy après six ans de mariage, avec leur fille Lulu (pour laquelle il ne se lève pas la nuit parce que, elle, elle peut faire la sieste le jour) et trouve refuge chez John:

 

A dix-neuf ans, Katie croyait être amoureuse quand elle avait épousé Andrew Gill, âgé de vingt-cinq ans. Elle imaginait une vie très confortable, à ne jamais se soucier de problèmes d'argent, comme cela avait été le cas pour son père avec son salaire de fonctionnaire...

 

Il n'y a pas que des rambutans dans ces histoires, où est dressé le portrait contrasté de Trinidad (dont la capitale n'a d'espagnol que le nom anglicisé) et de ses habitants qui ne se mélangent pas toujours. 

 

Francis Richard

 

La Saison des cerfs-volants, Elizabeth Walcott-Hackshaw, 240 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Christine Raguet et en librairie le 22 mai 2020)

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 22:55
Starlight, de Richard Wagamese

Quand il amorça un demi-tour pour retourner à la maison, il sut qu'il faisait le bon choix en réintégrant ce monde, et il en fut satisfait.

 

Après la mort du vieil homme, Starlight a la tentation de partir voir un peu ce monde extérieur à celui qu'il connaît depuis toujours. Mais il y renonce et ne le regrette pas parce que nulle part ailleurs il sent ne pouvoir être à l'aise.

 

Frank a été élevé par le vieil homme dans une ferme, proche de la petite ville d'Endako, en Colombie Britannique. C'est un endroit qui ne se quitte pas sinon pour se rendre alentour, en pleine nature, qui est sans doute son vrai chez-soi.

 

Pour l'aider à la ferme, il a fallu embaucher un employé, Eugene Roth, qui lui est devenu indispensable. Autant Frank est taiseux, autant Eugene est disert. Autant Frank est un colosse, autant Eugene est un gringalet en comparaison.

 

Emmy a une petite fille, Winnie, neuf ans. C'est l'être qui lui est le plus cher au monde. Si elle a connu nombre d'hommes dans sa vie, c'est à chaque fois pour qu'ils les protègent elle et son enfant. En dernier lieu, elle vit avec Cadotte.

 

Le monde de Cadotte est circonscrit par la picole, qu'elle connaît aussi. Pour ce gaillard, elle n'est qu'un objet qu'il prête volontiers à son comparse Anderson ou à d'autres. Seulement Cadotte la frappe et menace de frapper la petite.

 

Un jour, au bout de trois ans, elle décide de s'enfuir avec Winnie. Cela se passe mal, mais elle y parvient. Avec Cadotte surtout, elle et sa fille ont appris la vie en marge, ce qui les sert pour se mettre à bonne distance des deux brutes.

 

Arrivées à Endako, elles squattent une maison abandonnée. A un moment, n'ayant plus d'argent, Emmy se rend en ville avec Winnie dans un supermarché. Winnie fera diversion, pendant qu'Emmy sortira avec les achats sans payer.

 

Elles se font prendre et ont la chance que Frank, localement respecté, veuille les héberger et donner un salaire à Emmy à condition qu'en contrepartie elle s'occupe de la cuisine, du linge et du ménage, ce qu'elle accepte avec gratitude.

 

Peut-être que le bien le plus précieux qu'ait légué le vieil homme blanc à Starlight l'Indien, c'est de l'avoir amené dans la nature et au contact des animaux sauvages. La nature? C'est encore le meilleur endroit pour apprendre la confiance:  

 

On apprend à lui faire confiance et on apprend à se faire confiance quand on est confronté à elle. Il est facile de s'y déplacer quand on sait où on met les pieds. Le respect vient de ça. Tout comme le courage. L'humilité.

 

Ce sont ces vertus que Starlight transmet à ses hôtes, d'abord à Eugene, puis à Emmy et à Winnie. Ce sont aussi ces vertus qui lui permettent de s'approcher des animaux sauvages, de les photographier, d'être un artiste singulier, à succès.

 

Cadotte et Anderson n'ont bien sûr pas renoncé à se venger de ce qu'Emmy leur a fait. Ils partent à sa recherche. On ne sait s'ils parviennent à leur fin, parce que le roman de Richard Wagamese, publié posthumement, est inachevé...

 

Francis Richard

 

Starlight, Richard Wagamese, 272 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Christine Raguet)

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 20:30
L'Engrenage du mal, de Nicolas Feuz

Le procureur Jemsen dévisageait Tanja Stojkaj avec tristesse. L'ancienne inspectrice de la police judiciaire fédérale n'était plus que l'ombre d'elle-même.

 

Un peu plus de trois mois plus tôt, la vie de l'ancienne inspectrice a basculé et maintenant elle comparaît devant le tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds pour répondre de plusieurs chefs d'accusation.

 

Tout a commencé avec la découverte du corps mutilé d'une septuagénaire dans un appartement de la rue Neuve à Lausanne et de la disparition d'un enfant de deux ans dont celle-ci avait la garde.

 

Tanja lit un article à ce sujet dans l'avion qui la ramène de sa mission en Corse avec Jemsen. Or sa mère et son fils habitent justement rue Neuve à Lausanne. Tanja ne croit pas aux coïncidences.

 

Pourtant Tanja a toujours été prudente, bien obligée parce qu'elle est une agente de la police fédérale infiltrée dans les milieux mafieux, sous le faux-nom d'Alba Dervishaj et l'activité de prostituée.

 

Comme tout indique que c'est bien sa mère qui a été tuée, Tanja part elle-même à la recherche de son fils Loran, n'ayant aucune confiance dans les compétences de la police vaudoise pour le retrouver.

 

En tant que mère, prête à aller très loin pour son enfant, elle commet un certain nombre de délits qu'elle reconnaît volontiers et elle en nie résolument d'autres, plus graves, prétendant avoir été piégée.

 

Les faits remontent à septembre 2018. Les débats ont lieu en janvier 2019. A la faveur de ces derniers Nicolas Feuz dévoile peu à peu L'engrenage du mal dans lequel s'est trouvée prise la prévenue.

 

La progression du récit se fait très habilement, en parallèle avec celle de l'audience, ce qui permet  à l'auteur de développer les faits sordides qui y sont évoqués et de préciser des points qui y restent ignorés.

 

Au fil du récit disparaissent, s'évadent ou meurent des personnages dont on ne comprend qu'à la fin les rapports qu'ils ont avec l'accusée, que ce soit dans sa vie professionnelle ou privée, ou dans les deux.

 

Jouent enfin un rôle important dans l'histoire les Moulins souterrains du Col des Roches que Hans Christian Andersen visita en 1836. L'épigraphe, tirée de ses Voyages en Suisse, en prévient le lecteur...

 

Francis Richard

 

L'Engrenage du mal, Nicolas Feuz, 304 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

 

Eunoto - Les noces de sang, TheBookEdition.com (2017)

Le miroir des âmes, Slatkine & Cie (2018)

L'ombre du renard, Slatkine & Cie (2019)

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 19:00
Carnaval noir, de Metin Arditi

 

 

En 1575, durant le carnaval de Venise, une série de crimes secoua la ville sans qu'on en découvrît jamais ni les auteurs ni les motifs.

Cinq siècles plus tard, à Venise, Genève et Rome, d'autres crimes sont commis, comme en écho aux précédents.

 

Carnaval noir de Metin Arditi commence par cette Note au lecteur. Qui est donc prévenu du contexte de l'intrigue et n'attend plus qu'une chose, que l'auteur la lui raconte par le menu pour comprendre pourquoi cette note liminaire. 

 

Parallèlement est sans doute l'adverbe qui convient le mieux pour qualifier le déroulement de cette histoire qui se passe dans les six premiers mois de 2016 et qui semble une réplique de ce qui s'est passé fin 1574, début 1575, à Venise.

 

Parallèlement, au XXIe, il y a d'une part les recherches effectuées par des érudits sur la série de crimes, qui a eu lieu au XVIe siècle à Venise et que l'on a baptisée alors Carnaval noir, d'autre part des comploteurs catholiques excités.

 

Les seconds veulent empêcher que les premiers ne fassent un rapprochement entre ce qu'ils sont en train de préparer et ce qui s'est produit cinq siècles plus tôt, parce que leurs buts sont les mêmes que leurs mystérieux prédécesseurs.

 

Les comploteurs du XXIe sont inquiets parce que, à la tête de l'Église, le pape, au lieu de défendre la chrétienté, par ses déclarations en faveur des migrants arabo-musulmans, joue le jeu de ses ennemis, comme un autre pape au XVIe.

 

Au XVIe, les ennemis de l'Église se trouvaient dans les rangs de la Réforme. A l'époque une rumeur voulait que le Christ revienne et que le signe auquel on le reconnaîtrait serait sa polydactylie: il aurait six doigts à chaque main.

 

Peintre, Paolo il Nano s'en empare pour défendre l'Église et fait un tableau symbolique où il représente, lors d'une noce, le Christ avec ses douze doigts et, au-dessus, les douze signes du zodiaque, et des convives habillés en rabbins.

 

Les érudits, ce sont une étudiante vénitienne, Donatella, dont la thèse porte sur la Scuola Grande del San Sepolcro et le lien qu'elle a avec Copernic; Bénédict Hugues, professeur de latin médiéval à la faculté de lettres des Bastions à Genève.

 

Les comploteurs, ce sont Bartolomeo San Benedetto, qui a six doigts à chaque main..., son patron, Maurizio Zaccaria, un cardinal, Alfonso Fernandez-Diaz. Leur fondation est dans la lignée d'une congrégation du XVIe, avec même devise:

 

Delendi sint haeritici!

Que les hérétiques soient éliminés!

 

Dans ce récit passionnant, pour les comploteurs la fin justifie les moyens; pour les érudits in latino veritas... Mais, il faut reconnaître, que, dans la vraie vie, tous les moyens ne sont pas bons; personne n'est innocent; tout le monde a des failles...

 

Francis Richard

 

Carnaval noir, Metin Arditi, 400 pages, Grasset

 

Romans précédents:

 

Le Turquetto, 288 pages, Actes Sud  (2011)

Prince d'orchestre, 380 pages, Actes Sud (2012)

La confrérie des moines volants, 350 pages, Grasset (2013)

Juliette dans son bain, 384 pages, Grasset (2015)

L'enfant qui mesurait le monde, 304 pages, Grasset (2016)

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 17:45
Table pour trois à New-York, de Elie Bernheim

Fou amoureux, j'ai épousé Norah, d'origine israélienne, à la beauté enivrante, aux cheveux blonds dorés et au sourire ensorceleur. Je l'ai rencontrée lors d'un dîner chez des amis et l'ai ensuite invitée dans mon restaurant. Un risotto à la trévise, gorgonzola et poire dévoré, elle ne m'a plus jamais quitté.

 

Gabriel Stern, bientôt quarante ans, a tout pour être heureux. Lui et Norah, trente-sept ans, sont les parents de deux amours, Leah et Joshua. Ils sont tous deux des êtres d'exception. S'il est chef étoilé à Paris, elle est concertiste de renommée internationale.

 

Pourtant Gabriel ne dit pas tout à sa femme. Par exemple, il ne lui explique pas pourquoi, subitement, il a décidé d'ouvrir un restaurant à New-York, où, certes, orphelin à douze ans, il a été élevé par son oncle Charles, le frère de son oncle, et sa tante Rachel.

 

A Paris, il a une belle sous-cheffe, Alicia Brickman, qui est follement éprise de lui et qui a accepté d'être à ses côtés à New-York. Après ce qu'un soir Gabriel lui a dit, elle le presse de dire la vérité à sa femme, qui ne peut rester indéfiniment dans l'ignorance.

 

Gabriel s'est confié à Charles, qui est bouleversé par ce qu'il lui a appris. Seule Norah ne sait pas, mais elle sent que Gabriel n'est plus tout à fait le même. De plus, un jour, elle le voit sortir d'un immeuble de Saint-Germain-des-Prés accompagné d'Alicia...

 

Pendant tout le roman, qui se passe à Paris puis à New-York, à l'été et à l'automne 2017, le secret que détiennent Charles et Alicia est presque bien gardé. Presque, parce que Elie Bernheim sème des indices discrets qui lèvent peu à peu des coins du voile.    

 

Cette Table pour trois à New-York réserve donc des surprises. Si les récits de repas donnent l'eau à la bouche, le suspense est finement entretenu par l'auteur via les états d'âme des trois convives, Gabriel, Norah et Alicia, et de Charles, l'ombre tutélaire. 

 

Francis Richard

 

Table pour trois à New-York, Elie Bernheim, 296 pages, Slatkine (sortie le 11 mai 2020)

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 21:50
Champ libre I (Carnets 1968-1993), de Pierre-Alain Tâche

Les carnets de Pierre-Alain Tâche sont révélateurs. Ils permettent de connaître l'homme sur une longue durée, puisque ce premier Champ libre couvre la période de 1968 à 1993, soit un quart de siècle.

 

En 1968, le poète résiste à la tentation d'intégrer les leçons des nouvelles sciences, admises à recadrer toute activité humaine, et s'insurge contre le sort fait à ce qui a nourri la sensibilité de sa génération:

 

Lire Hölderin ou Ronsard, préférer du Bouchet à Aragon, sera bientôt tenu pour une déviance élitaire. (7.XII.68)

 

En 1970, il ne cède pas à la potentielle dictature de l'esprit de certains, qui tendrait à instaurer la primauté de la conceptualisation, du débat abstrait sur ce que l'acte de création possède d'immédiat:

 

On ne fera pas croire que le poème puisse tirer sa force et sa légitimité d'un quelconque fondement dogmatique. (15.XI.70) 

 

Bien qu'il ne soit pas le moins du monde religieux, il envisage le sacré, désignant par là la vibration du transcendant, comme une modalité de l'expérience poétique, ce qui est mal considéré de nos jours:

 

L'excès de rationalité consiste à considérer que ce qui, pour l'heure, échappe à notre compréhension reste à découvrir (et c'est l'attitude de nombreux scientifiques qui évacuent ainsi le doute métaphysique). (16.IX.73)

 

Quelques années plus tard, il reste sur la même trajectoire - le poète, à mes yeux, demeure un être foncièrement subjectif, écrivait-il le 21.III.71 - et se donne des directives personnelles pour la garder:

 

Peut-être s'agit-il seulement de ceci: faire au plus près ce que l'on a à faire sans se soucier des modes et de la rumeur du temps; être en jaillissement à la frontière du visible et de l'invisible, du dedans et du dehors; aller où porte l'intuition... (24.IV.82)

 

Il ne se soucie pas d'être conforme à l'esprit du temps. Sa subjectivité assumée se retrouve au fil des années dans ce qu'il dit des poètes, des musiciens ou des peintres qu'il aime un peu, beaucoup, pas trop:

 

Comment ne pas m'interroger sur l'énigme, cent fois renouvelée, de l'émotion vive et soudaine que je puis ressentir en découvrant certains tableaux? (14.X.90)

 

Ses carnets sont agrémentés de citations, telle celle, figurant au dos du Georges Perros de Jean Roudaut, qui ne laisse pas de l'éblouir par cette acuité de la pensée et par cette justesse de ton, qui sont la marque certaine de Perros:

 

Écrire est un acte religieux, hors de toute religion. Écrire, c'est accepter d'être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l'absurde et du précaire de notre condition. C'est ne pas croire, c'est être certain d'une chose indicible, qui fait corps avec notre fragilité essentielle. (Papiers collés II)

 

Francis Richard

 

Champ libre I (Carnets 1968-1993), Pierre-Alain Tâche, 240 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 16:45
La faute, de Daniel Monnat

Il l'a tant regardée qu'il ne sait plus s'il doit admirer le génie de celui qui l'a peinte ou maudire le destin qui lui a fait croiser la route de cette tête de femme bizarre avec cette énorme main en premier plan.

 

Cette toile, en couverture, de Pablo Picasso, qui date de 1921, est, dans le roman de Daniel Monnat, le corps de La faute commise au début des années 1940 par son jeune protagoniste Michel Suter.

 

En 1939, originaire de La Chaux-de-Fonds, où son père est horloger, celui-ci étudie la médecine à Genève. Ses parents ont fait des sacrifices pour qu'il se rende dans la cité de Calvin où le verbe est roi.

 

En effet, à Genève, les troupes des idéologies totalitaires de l'époque - nazisme, fascisme et communisme - s'y affrontent à coups de slogans et d'injures, mais pas seulement, également à coups de poings.

 

Michel n'est attiré par aucune. D'origine ouvrière et jurassienne, il devrait être proche de la gauche, mais il a surtout l'ambition de s'intégrer dans la bourgeoisie locale et a des vues sur la fille d'un banquier.

 

Bien malgré lui Michel va se trouver au coeur de ces affrontements, d'autant que son frère aîné Alain est un adepte de l'idéologie nazie et que le père de sa dulcinée n'y est pas hostile, par opportunisme.

 

Sa rencontre avec Daniel, sa femme Judith et leur fille Sarah, Munichois de confession juive, lui donne l'occasion de commettre la faute qu'il n'aura de cesse pendant le reste de la guerre de vouloir réparer.

 

Avant de partir pour Paris, les Tauchner lui confient le Picasso, qui a une grande valeur et qui leur servira en cas de besoin pour rebondir s'ils doivent revenir en Suisse, ce qui ne manque pas de se produire.

 

Seulement, entre-temps, Michel, étudiant pauvre, a mis en gage le tableau pour avoir les moyens d'offrir une bague de fiançailles à sa promise. Aussi Michel ne sait-il pas comment se dépêtrer de la situation.

 

Michel a le tort d'en parler à son frère, qui ne recule pas devant les grands moyens pour résoudre le problème: il s'occupe de refouler les Tauchner quand ils traversent la frontière et les livre aux Allemands.

 

Dès lors Michel change. L'exempté de service militaire paye de sa personne pour retrouver les Tauchner dans l'enfer de cette guerre atroce où les Juifs sont exterminés, ce qui le conduit à Smolensk et à Minsk.

 

Ce que Michel voit là-bas, en Russie et en Biélorussie, l'auteur le raconte avec force détails et le lecteur doit s'accrocher parce que, si nombre de personnages sont fictifs, les faits sont bien réels et documentés.

 

Le prologue se passe à Genève en 1959 et précède l'épilogue dans le temps. Le lecteur sait donc dès le début la fin de l'histoire. Mais le roman à rebondissements lui apprend ce qui s'est passé de 1939 à 1944.

 

Francis Richard

 

La faute, Daniel Monnat, 320 pages, Slatkine

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 22:00
Couchers de soleil, de Marie-Claire Dewarrat

Les Couchers de soleil sont les fins de vie d'aînés au grand âge. On parle beaucoup d'eux en ces jours de confinement, qui n'est qu'un isolement de plus infligé à leur existence en EMS.

 

Le livre de Marie-Claire Dewarrat est composé de trois récits, précédé chacun d'un épigraphe éloquent dû aux plumes de Mikhail Boulgakov, Dino Buzatti et Arthur C. Clarke.

 

Dans Ernest, quelquefois, ledit Ernest quitte sa petite maison dans sa quatre-vingt huitième année pour se rendre, en centre ville, dans la Boîte à Vieux sise avenue Guillaume Tell.

 

Il y a un avant et un après la Boîte à Vieux. Avant, c'est pépère et routinier. Il bénéficie d'assistances en tout genre auquel l'État pourvoie à condition de suivre son dédale technocratique:

 

Pour l'État, l'âge humain se définit en période d'allocations, subventions, compensations et autres indemnités variables, inversement proportionnelles aux bénéfices fiscaux rapportés par les entités contribuables que nous sommes.

 

L'après, c'est quand il se sent fin prêt, c'est-à-dire avant que les choses ne se gâtent vraiment, quand il se sent libre de finaliser son adhésion au concept innovant de la Boîte à Vieux.

 

Dans Maurice et moi, les aînés ont choisi de survivre en milieu carcéral protégé. Maurice et moi, Stanley, un couple non conventionnel, ont jeté leur dévolu sur le Three Cliffs Palace.

 

Ils ne s'y sont résolus que lorsqu'il fut évident que les forces de Stanley ne suffisaient plus à la maintenance des vols quotidiens d'Icare (Maurice), lit-fauteuil, fauteuil-lit, sans escale...

 

La vox populi est en train de se taire parce qu'ils ont été projetés hors de leur sphère discriminatoire particulière pour accéder à celle de la discrimination sans particularité du grand âge.

 

En arrivant ils n'ont pas échappé à la bureaucratie: L'entrevue, chaleureuse, tenait à la fois de la promotion locative de luxe et de l'achat sur plan de vacances personnalisées perpétuelles.

 

Dans Siegfried, on est projeté dans un futur proche. L'Institut de Protection de Macro-Sénescences abrite sous ses verrières les plantes en voie d'extinction que sont ses pensionnaires.

 

Ses cadres dirigeants se mettent à employer des androïdes de compagnie au lieu d'assistants de vie. Mais leurs Siegfried du programme SS (Sécurité -Sensibilité) sont insuffisamment empathiques.

 

En tout cas ils sont insupportables pour les pensionnaires de l'IMPS qui, d'ailleurs, ne les supportent pas, quels que soient les talents ajoutés à chaque nouveau modèle de Pear of Pear.

 

Dans ces trois récits, l'auteure observe avec acuité et verve que des technocrates, des bureaucrates, des cadres dirigeants favorisent la quantité au détriment de la qualité, autrement dit de l'humain.

 

Francis Richard

 

Couchers de soleil - Ernest, Maurice, Siegfried, de Marie-Claire Dewarrat, 204 pages, Éditions de l'Aire

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 18:45
Coupable?, de Laurent Loison

Coupable? est composé de deux histoires parallèles. Le lecteur se demande presque jusqu'au bout pourquoi Laurent Loison fait ces deux récits, à moins qu'attentif, un détail, un seul, ne l'est mis dès le début sur la voie...

 

Quoi qu'il en soit, les deux histoires, dont l'une se passe à Garges-les-Gonesse en banlieue parisienne et l'autre à Scottsdale en banlieue de Phoenix, raconte un cambriolage qui tourne mal et où le criminel se fait prendre.

 

A Garges-les.Gonesse, un garçon de quatorze ans, en rupture avec sa famille, veut faire partie d'un gang de banlieue, les Frères de sang. Mais, pour en faire partie, Ivan, son nom de futur Frère, doit faire ses preuves.

 

Ivan entre, pour le voler, dans la maison d'un retraité, ancien de la Légion. Comme celui-ci ne veut rien lui dire, il met à cuire ses fesses sur les plaques de la cuisine et, malin, rien qu'en le regardant, devine sa cachette.

 

Ivan est arrêté et est condamné à une longue peine de prison. Il ne fait aucun doute qu'il est coupable des faits qui lui sont reprochés. La question du titre là ne se pose pas. La prison d'ailleurs change Ivan et il s'amende.

 

Patrick Jones, la trentaine, s'introduit de nuit dans la maison du docteur Mark Francis qui se trouve dans la banlieue chic de la capitale de l'Arizona. Mark, sa femme et leurs trois filles dorment paisiblement à l'étage.

 

La femme de Mark, Julia, entend du bruit, le réveille et il descend non sans avoir pris au préalable un revolver dans un faux tiroir de sa coiffeuse, ce qu'elle ignorait. Mark surprend l'hôte indésirable, tire sur lui, le rate.

 

S'ensuit une bagarre entre Mark et Patrick. Un coup de feu part. Mark est tué. Peu de temps après s'être enfui, Patrick est arrêté et se met en marche la machine judiciaire américaine, très différente de ce qu'elle est en France.

 

L'avocate Kenza Longford, fille du gouverneur Stephen Longford, est commise d'office. Face à elle, elle a un redoutable adversaire en la personne du procureur George Kendall, un amoureux qu'elle a sèchement éconduit.

 

En principe cette deuxième affaire est aussi simple que la première. Patrick est bien coupable de vol, a commis un homicide involontaire et doit être condamné à une peine sévère mais négociable comme c'est l'usage.

 

Seulement Patrick est victime d'une machination à ressorts qui fait de lui l'assassin volontaire du docteur Francis, un médecin honorable et de réputation. Contre toute attente la peine capitale est requise contre lui.

 

Tout le suspense du livre est de savoir si la machination contre Patrick sera déjouée. Au-delà de cette histoire rondement menée, se pose la lancinante question: faut-il croire ou non en la justice d'un pays, quel qu'il soit?

 

Francis Richard

 

Coupable ?, Laurent Loison, 352 pages, Slatkine & Cie

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 19:15
Le brasier des Anges, de François-Éric Sage

Le brasier des Anges est cet incendie gigantesque qui ravagea des dizaines de milliers d'hectares au nord de Los Angeles en juillet 2012. Il sert de toile de fond au roman de François-Éric Sage et lui donne une touche dramatique supplémentaire.

 

Ce thriller trépidant est l'histoire de la disparition simultanée de deux jeunes filles, Jennifer Alvarez et Cassidy Miller, qui n'ont, apparemment, aucun lien entre elles. Jennifer est recherchée par deux agents du FBI et Cassidy par son père, enquêteur d'assurance.

 

La mère de Jennifer, 17 ans, pour qu'il retrouve sa fille, va trouver l'agent du FBI Stanley Cohle, responsable indirect de la mort, cinq ans plus tôt, de son mari, agent de sécurité lors de l'attaque de la Capital Trust. Elle ne lui en veut pas, ayant compris qui il est.

 

Le père de Cassidy, 25 ans, Arthur Lacroix, est venu spécialement de Paris parce qu'il n'a pas de nouvelles d'elle depuis des jours et qu'il est très inquiet. Il a l'habitude de voyager dans le monde et aller à L.A. n'est pas un problème pour cet homme déterminé.

 

Jennifer est une bonne élève. Peut-être s'est-elle réfugiée dans l'enfance, puisqu'elle n'est pas comme les autres filles de son âge: pas de Facebook, des posters de chevaux et de poneys, des romans pour enfants. Elle se fait un peu d'argent dans une station-service.

 

Cassidy est venue à Los Angeles pour devenir actrice. Chez elle elle a laissé toutes ses affaires: a-t-elle fui ou a-t-elle disparu? La seconde hypothèse s'avère la plus probable. En tout cas elle s'est bien gardée de dire à son père qu'elle avait trouvé un boulot dans un club.

 

A Los Angeles les gangs se font la guerre. Les polices, que ce soit le FBI, le GND ou le LAPD, ne sont pas de reste. Aussi l'enquête de Stan et de son coéquipier Fitzgerald n'est-elle pas facilitée, d'autant qu'ils ont un supérieur qui ne pense qu'à sa carrière.

 

De son côté, Arthur se démène en milieu hostile, ce qui ne le décourage pas pour autant. Car que ne ferait-il pas pour sa fille chérie qu'il se reproche de ne pas avoir protégé contre ce qu'il imagine au début être des prédateurs, des rabatteurs ou des loups?

 

Le récit est jalonné de coups de feu, de bagarres à mains nues, de poursuites de voitures, de morts et de blessés. Bref, c'est l'Amérique. Ceux qui sont allés un jour dans la cité des Anges reconnaîtront les quartiers où les deux enquêtes à rebondissements les emmènent.

 

Aux enquêteurs surtout se pose la question qui se posa à Antigone: faut-il accomplir sa mission en observant les lois éternelles et non écrites ou se soumettre à des lois de circonstances qui rendent illégales les actions légitimes? Leur réponse n'est pas équivoque.

 

Francis Richard

 

Le brasier des Anges, François-Éric Sage, 492 pages, Plaisir de Lire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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