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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 21:45
Le retour de Babette, de Pierre-Alain Gendre

Ici, tout le monde ou presque arrive et repart par la mer. L'intérieur, à ce qu'on dit, est désolé et inhospitalier, et bien peu empruntent les sentiers qui traversent les montagnes.

 

Ici c'est Verlag, village situé tout au nord de la Norvège, au bord de l'Arctique. C'est la destination d'Armin Lavallée, policier français dont la mission est de rapatrier une pétroleuse qui s'y est réfugiée.

 

Babette Hersant a fui Paris il y a vingt ans. Elle est recherchée pour des actes de terrorisme commis lors des événements de la Commune. Ici elle est hébergée par deux soeurs, Martine et Philippa.

 

Pour accomplir sa mission, Armin a dû laisser sa fille Charlotte, bientôt 15 ans, à son frère Emil. Il ne se doute pas que celui-ci la fait trimer et que Clément, le beau-père d'Emil, est plutôt pressant...

 

Armin arrive chez les deux soeurs, mais Babette s'est envolée... à bicyclette. La traque de l'exilée lui fait faire un long périple à bicyclette, comme il le raconte dans des lettres détaillées à sa fille.

 

Cette traque est trépidante pour Armin, parce que Babette est un sacré numéro, qu'elle ne se laisse pas attraper si facilement et que, chemin roulant, ses préjugés sur le monde et les femmes tombent.

 

Armin va de surprise en surprise et le lecteur aussi. Pendant des semaines, il n'aura pas eu une minute à lui et eu trop peu de temps pour sa fille. Est-ce qu'il aura pour autant vraiment perdu son temps?

 

Francis Richard

 

PS

 

Toute ressemblance de Babette et des deux soeurs, Martine et Philippa, avec les personnages du Festin de Babette, la nouvelle de Karen Blixen, ne serait pas fortuite...

 

Le retour de Babette, de Pierre-Alain Gendre, 208 pages, Éditions de l'Aire

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 17:30
Atlas, de Laurent Koutaïssoff

Je n'ai appris qu'une chose durant toutes ces années: "Le destin n'existe pas!". C'est le nom qu'on donne à nos faiblesses et nos petites lâchetés. Il faut vivre tout simplement, faire face, avec nos propres idées et bien prendre la mesure de notre impuissance. Mais la seule chose à laquelle on n'échappe pas, c'est la famille.

 

Ce que dit un des personnages d'Atlas aurait pu être mis en épigraphe par Laurent Koutaïssoff à son roman, qui raconte l'histoire de Christophe Doinet, parce que cela la résume bien et la met en perspective.

 

Christophe Doinet est un jeune homme qui semble toujours ailleurs. Au début il travaille dans un magasin de DVD, Valentino. Il y a été embauché par Allan, parce qu'il connaît bien les films sans les avoir vus.

 

Christophe est un grand lecteur de critiques de cinéma. Sinon, il lit très peu, hormis peut-être un livre aimé, Le Comte de Monte-Christo, qu'il a tenté d'offrir à son père après l'avoir dérobé dans une proche librairie.

 

S'il ne lit guère, il connaît aussi bien les livres que les films. Isabelle Renaud, la libraire, à qui il a rapporté le Dumas, dont elle lui fait la lecture, les lui raconte par le menu et il en enregistre le contenu dans sa tête.

 

Alors que le Comte de Monte-Christo se venge à la fin de l'histoire, Christophe le fait à son début. Il met un jour le feu à l'appartement familial qu'il occupe tout seul depuis que ses parents ne sont plus de ce monde.

 

Cet incendie volontaire lui vaut un an de prison, ce à quoi il s'attendait, sans le détourner de la commission de cet acte, dont on ne comprend la raison que peu à peu, comme tant d'autres choses de son existence.

 

Cet an de prison est un entre-deux, entre un passé, où les peines sont plus nombreuses que les joies, et un avenir qui se profile curieusement avec un travail dans une déchetterie où il doit surveiller le niveau des bennes.

 

Le lien, entre cet avant et cet après, est un cahier, une sorte d'aide-mémoire, que seul il peut décrypter et dans lequel il écrit, dessine précisément ce qu'il voit ou ressent, colle photos qu'il prend ou images qu'il découpe.

 

Des occasions se présentent à Christophe qu'il saisira pour avancer. Il acceptera les aides que lui offrent des personnes compréhensives et la définition du mot atlas qu'il recherchait éperdument lui sera donnée in fine.

 

Francis Richard

 

Atlas, Laurent Koutaïssoff, 296 pages, Bernard Campiche Editeur

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 20:45
Le Graveur, de Bronwyn Law-Viljoen

Je continue à graver, reproduisant dix fois ou plus une image que j'aime, pour me donner l'impression de faire quelque chose. Je me réfugie dans l'odeur de l'atelier, dans la sensation familière du chiffon dans ma main, du roulement de l'encre sur la plaque. (March, décembre 2005)

 

March Halberg est Le Graveur de l'histoire racontée par Bronwyn Law-Viljoen, laquelle se passe pour l'essentiel à Johannesbourg en Afrique du Sud, dans une maison avec jardin et atelier de gravure, dans une banlieue protégée.

 

Pour la raconter, l'auteure fait appel à March lui-même, à sa mère Ann, à Thea, son amie de trente ans, à Stephen, un réfugié du Zimbabwe qui, pendant une année, aura entretenu son jardin, à Helena, une galeriste contactée par Thea.

 

Le roman se déroule sur près de quarante ans, mais ce n'est pas une histoire linéaire. Les narrations vont et viennent dans le temps, datées de 1976 pour les plus anciennes et de 2011 pour les plus récentes (qui en font l'épilogue). 

 

Ann raconte, en 1976 et 1980, March et sa soeur Jane, sa cadette d'un an, et leur amie Thea, qui a quelque vingt ans de moins. Elle parle d'un temps où elle était modiste et où le vent commençait à tourner dans le ciel d'Afrique du Sud.

 

March meurt en mars 2007, à soixante-et-onze ans. Après la mort de sa mère en 1990, il a vécu seul dans la maison maternelle où sa soeur Jane, morte en 1980, n'aura jamais vécu, mais où Thea vient l'aider quand il a besoin d'elle:

 

Nous étions proches mais pas dans le sens ordinaire. Je sentais lorsqu'il avait des ennuis, même en Nouvelle-Zélande avec mes propres problèmes, John qui n'était pas bien et tous les soucis que j'avais en tête. Il n'avait même pas besoin de téléphoner, je le savais, parce qu'il y avait une connexion entre nous.

 

Thea se retrouve, en avril 2007, face à l'oeuvre monumentale, que March lui a léguée ainsi que sa maison, point final à leur longue relation, aussi originale que les milliers de gravures, bonnes et mauvaises, qu'il laisse derrière lui:

 

Malgré tout ce qu'elle m'inspirait, dit March en février 2006, c'est comme si dès les premiers jours de notre relation nous avions construit un pont dont, par consentement mutuel, nous n'avons jamais franchi le milieu, bien que ce pont nous connectât l'un à l'autre et que beaucoup de choses aient pu y circuler.

 

Si Stephen parle de l'homme tel qu'il le connaît pendant sa dernière année, le voyant faire du taïchi et échangeant avec lui notamment sur la poésie, Helena, qui se voit confier par Thea le sort de l'oeuvre, apprend à le connaître par elle:

 

Comme jamais personne n'avait écrit sur cette oeuvre, je pénétrais un territoire vierge sans être entravée par les opinions et les jugements. Je ne pouvais compter que sur mon instinct.

 

March était un génie. Pendant toute sa vie, personne d'autre que Thea ne le savait, hormis deux ou trois personnes, à qui il apportait et donnait des gravures (un coin du voile est levé à la fin sur le pourquoi de cette ignorance du public):

 

On n'avait aucune idée de combien il en avait fait ni de qui avait quoi ni d'où se trouvait l'ensemble de son travail    

 

Francis Richard

 

Le Graveur, Bronwyn Law-Viljoen, 304 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Elisabeth Gilles)

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 17:00
Rouge Tango, de Charles Aubert

Il y avait bien eu le Rouge Tango qui avait réussi à me maintenir la tête hors de l'eau pendant quelques mois, mais les ventes commençaient à décliner aussi. J'avais besoin de me renouveler, de sortir un nouveau modèle qui ferait date, comme le Bleu Calypso en son temps.

 

Niels Hogan, quinqua, est un ancien cadre dynamique qui a sévi un temps dans le domaine des assurances. Un jour il en a eu assez de la société robotisée et s'en est allé fabriquer des leurres pour la pêche en mer.

 

Il s'est donc installé dans une cabane au bord d'un étang salin tout proche de Montpellier, mais ce n'est pas pour autant qu'il a déserté complètement cette société des hommes qu'il considère désormais en perdition.

 

En effet, pour sa vente de leurres, Malik lui a conçu un site sur la Toile. Il y tient un blog qui a attiré l'attention d'une rédactrice en chef, laquelle a mis sa tronche en couverture de son magazine économique.

 

Une success story a alors commencé pour lui, mais il n'aurait pas dû se reposer sur ses lauriers. Dans tous les domaines qui marchent, la concurrence ne tarde jamais longtemps à pointer le bout de son nez.

 

Après en avoir discuté avec ses amis Vieux Bob, dont il est le coéquipier à la pêche, et Serge Malkovitch, qui est capitaine de gendarmerie, Niels décide d'aller voir Malik pour qu'il lui refasse un site à la page.

 

Quand il se rend à la cabane de Malik, la porte est entrouverte et celui-ci n'est pas là. Tout y est sens dessus dessous; ses ordinateurs ont disparu; il découvre même une grande tache de sang sur le plancher...

 

Niels appelle Serge qui, à la tête de la Section de Recherches de Montpellier, enquête. Lorsqu'ils se revoient, Niels se souvient que Malik a une cabane de pêche, prêtée par leur autre ami Alex, le restaurateur.

 

Ils s'y rendent. Malik n'y est pas non plus, mais ils y trouvent le cadavre d'un homme. Serge renvoie Niels chez lui où il a la surprise de trouver la porte entrebâillée avant d'être littéralement assailli par Lizzie.

 

Lizzie est la fille de Vieux Bob et partage la vie de Niels depuis peu, enfin quand elle n'est pas partie. Niels se demande toujours pourquoi cette jeune journaliste a jeté son dévolu sur lui. Elle doit aimer les vieux cons...

 

Lizzie et Niels d'un côté, Malko et son équipe de l'autre, recherchent Malik disparu. Cela vaut bien des tribulations à Niels, le narrateur, féru de littérature nipponne et plein d'humour, de ce polar romanesque.

 

Le sang irlandais qui coule dans ses veines n'est sans doute pas étranger à sa ténacité face aux avanies: Il [faut] se battre, jusqu'au bout. Ne jamais s'avouer vaincu, jusqu'au dernier souffle. Never surrender. 

 

Si Lizzie est piquante avec lui, délicieusement piquante, redoutablement piquante, elle est pour Niels l'aiguillon qu'il lui faut comme il est pour elle le vieux beau qu'il lui faut, et beaucoup plus qu'un crétin... 

 

Francis Richard

 

Rouge Tango, Charles Aubert, 320 pages, Slatkine & Cie

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 22:15
La Volupté des yeux, d'Alain Favarger

La grandeur de la nature fait du bien aux yeux, disait Thomas Mann dans son journal. La grandeur de la nature n'est pas la seule à avoir cet effet sur ceux d'Alain Favarger.

 

Dans ce livre, l'auteur invite à partager sa Volupté des yeux lorsqu'il voyage ici ou là, lorsqu'il regarde des films ou des oeuvres d'art, lorsqu'il habite des livres, petits ou gros.

 

La vue n'est certes pas le seul sens à procurer du plaisir, mais elle a ce pouvoir de le faire à distance ou à proximité, dans la réalité ou l'imaginaire, dans l'instant ou la réminiscence.

 

Dans ce livre, ce pérégrin invite au voyage en Suisse (chez lui) et dans les pays qu'il aime l'Italie (au Lac Majeur), l'Écosse (à Édimbourg), la France (au Mont Ventoux et à Paris).

 

Dans ce livre, ce regardeur propose d'aller en des lieux qu'il aime, des églises ou des musées, où se trouvent tableaux ou installations dus à des artistes anciens ou modernes.

 

Dans ce livre ce regardeur donne à voir ou revoir des photographies de Willy Ronis, Sally Mann ou Jacques Thévoz, des films de Visconti, Chabrol ou Serebrennikov.

 

Dans ce livre, ce lecteur incite à habiter avec lui La Recherche de Proust, les romans de Duras, qui ont tant marqué sa génération (des années 1950), ou les oeuvres de Perec.

 

Ses yeux sans malice le conduisent à revisiter son propre passé, éloigné ou proche, à confier des souvenirs intimes ou à dire ce qu'il retient d'actualités plus ou moins récentes.   

 

Comme il a le don de rendre compte avec élégance et précision de ce qu'il voit ou revoit, qu'il a une dilection pour l'exquise beauté, il en met plein les yeux et c'est un compliment.

 

Francis Richard

 

La Volupté des yeux, Alain Favarger, 276 pages, Éditions de l'Aire

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 22:55
Sam, d'Edmond Vullioud

Avant, tu n'étais déjà pas bavard, après, tu ne le fus plus du tout.

 

Après la mort de sa mère, Samuel est devenu muet. Dès lors il a été considéré par tous les gens de sa ville comme l'enfant imbécile ou le crétin municipal. S'il ne parle plus, ou très peu, il dessine à la perfection.

 

Il est devenu le souffre-douleur de son père qui ne s'est pas remis de la disparition de sa femme. Il est devenu la proie du fils du pasteur, un peu plus âgé que lui, à la fois flatté et furieux de ne pas savoir lui dire non.

 

On lui a dit que la vengeance est un vilain sentiment. Cela ne l'empêche pas de l'éprouver et de passer à l'acte, mais d'une manière tellement indirecte qu'elle ne peut être comprise par ceux qui en sont l'objet.

 

Ce qui peu à peu le sort de son mutisme, c'est la reconnaissance que lui vaut son don pour le dessin. Doué d'une mémoire visuelle hors du commun, il restitue sur tous supports ce qui s'offre ou s'est offert à ses yeux.

 

Ses vengeances, au lieu de l'enfoncer, le font échapper sans qu'il le veuille à la maltraitance et à l'abus. Le dessin, puis la peinture, lui valent une reconnaissance comme artiste et, du coup, une certaine indépendance.

 

Cette indépendance, toute relative donc, est l'occasion pour lui de découvertes sur l'existence qu'il n'aurait pas faites autrement. Mais, moins mutique, il se rend compte du confort que procure le fait d'être mal considéré.

 

Il vaut mieux en quelque sorte être pris pour un imbécile et ne pas l'être que l'inverse... Quoi qu'il en soit il est impressionné par la devise de l'institution pour enfants comme lui, où il a été placé pendant un temps:

 

Tout ce qui mérite d'être fait mérite d'être bien fait.

 

En matière d'art, cette devise, il la fait sienne. En matière de vie personnelle, c'est autre chose, car, s'il l'applique dans certains domaines, dans d'autres il se montre plus malin et chanceux qu'aspirant à la perfection.

 

Le tutoiement de Sam dans le récit, qui se déroule avant, pendant et après la Grande Guerre, le rend proche, mais il reste lointain par l'emploi d'expressions de l'époque, remarquablement restituée, qui sont désuètes.     

 

Francis Richard

 

Sam, Edmond Vullioud, 432 pages, BSN Press

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 22:40
Joram, de Manuela Gay-Crosier

- Figurez-vous que ma génitrice a eu l'excellente idée de me prénommer Joram Josaphat. Elle devait être défoncée au crack quand elle l'a choisi, ce qui était son état quasi permanent en me mettant au monde; il paraît qu'elle ne jurait que par la Bible les derniers mois de sa vie, elle a dû les trouver grâce à cette édifiante lecture.

 

Joram, qui signifie Yahvé est exalté, est en effet le nom d'un roi d'Israël, de même que le nom d'un roi de Juda, et Josaphat, qui signifie Dieu juge, est également celui d'un roi de Juda. Ces deux prénoms bibliques désuets semblent bien difficiles à porter de nos jours.

 

Sivas préfère donc être appelé Jo tout court, comme il le dit à sa jeune et mignonne interlocutrice, Dolores Bourseau, qui se trouve en face en lui dans le parloir de la prison, un carré de cinq mètres sur cinq équipé seulement d'une petite table et de deux chaises...

 

Dolores est étudiante en lettres. Son projet de mémoire de master est de mener une étude sur l'impact de la lecture dans le milieu carcéral. Il s'agit de s'assurer que les détenus lisent, qu'ils comprennent ce qu'ils lisent et de savoir si ça leur apporte quelque chose.

 

Trois détenus ont été désignés volontaires pour l'étude de Dolores. Seul Joram se révèle digne d'intérêt, même si les rapports entre elle et lui ont mal commencé à partir du moment où elle a dit se prénommer Dolores, mais que tout le monde l'appelle Lola:

 

Jo devint blanc comme un linge tout en fixant la jeune femme qui venait de parler et qui rougissait à mesure que l'homme dardait un regard acéré sur elle. D'un geste brusque il envoya valdinguer les papiers qui encombraient la petite table...

 

En principe celle qui mène l'étude et celui qui en est le sujet ne doivent pas se faire de confidences. Au début c'est bien ce qui se passe, mais, si Jo lit les livres que lui donne Dolores, il prend goût, comme elle, à leurs rencontres qui ont lieu tous les quinze jours.

 

De plus, ce que Dolores lui a dit sur le livre qui est une clé pour l'introspection, a bientôt plus de portée sur lui qu'elle ne pouvait l'imaginer. Car Jo se met à fréquenter la bibliothèque de la prison et à préférer l'exercice de la rédaction à la lecture en elle-même.

 

Leurs rencontres, bien qu'épisodiques, ne peuvent qu'avoir des conséquences sur la vie personnelle de Jo, condamné à une longue peine de prison, comme de Dolores, qui vit avec un père divorcé et dont le petit ami, Vincent, n'apprécie guère qu'elle lui parle de Jo.

 

Si, au fond, Dolores parle peu d'elle-même, il n'en est pas de même de Jo qui, en écrivant son histoire, permet à Dolores de comprendre pourquoi le mot de Lola a eu un tel effet sur lui et quels secrets garde pour lui cet homme qui ne la ménage pas lors de leurs entrevues.

 

A priori il est improbable qu'une jeune bourgeoise, à l'avenir tout tracé, puisse s'intéresser à un criminel de son âge, au lourd passé et sans avenir. Le roman de Manuela Gay-Crosier démontre peu à peu le contraire. C'est sans doute ici la vertu de la libération de parole. 

 

Francis Richard

 

Joram, Manuela Gay-Croiser, 300 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents aux mêmes éditions:

 

Mon coeur dans la montagne (2017)

Baiser de glace (2019)

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 21:00
Une semaine à tuer, de Jean-François Thomas

Cyriel n'avait jamais pu complètement oublier le passé. C'était comme un réflexe lié à son ancienne profession: les faits divers, les vols, les viols, les meurtres et toutes les sordides affaires criminelles éveillaient ses vieux réflexes et le limier qu'il avait été avant ce déplorable accident.

 

Cyriel Sivori a été flic, et le reste, dans l'âme. Flic un jour, flic toujours en quelque sorte. Même si, après ce putain d'accident qui a changé sa vie, il a perdu place, réputation et santé, est devenu libraire, prenant la suite de son père décédé.

 

Quand, le lundi, il apprend à la télé qu'un meurtre particulièrement horrible a été commis dans une scierie à Aubonne - le cadavre d'un homme y a été retrouvé scié en deux -, il éprouve le besoin irrépressible de se rendre sur les lieux.

 

Il quitte donc précipitamment le restaurant de l'Avenir à Vevey. Une fois sur place, il se fait interdire l'accès par l'adjudant Henri Schmeichel, qui ne le porte pas dans son coeur et qui, méchamment, depuis l'accident, le surnomme le déglingueur.

 

Qu'à cela ne tienne, Cyriel est décidé à mener sa propre enquête, d'autant qu'un deuxième cadavre est découvert le lendemain dans les filets de son ami Valmir, pêcheur professionnel, à qui il donne un coup de main deux fois par semaine.

 

Redevenu célibataire après que sa femme Nadège a demandé le divorce, il n'est pas insensible aux charmes d'Estelle, une belle cliente qui fréquente sa librairie depuis deux mois. S'il n'a pu encore obtenir d'elle de rendez-vous, ils se tutoient...

 

Il n'est donc pas étonnant qu'il badine avec Estelle ce mardi, où il se trouve sur le stand de Valmir, place du Marché, à Vevey, quand cette blonde, aux gros seins et aux yeux pétillant de malice, qui le font fantasmer, vient se faire servir par lui.

     

Cyriel ne sait pas encore que ce lundi et ce mardi seront, pour lui, les deux premiers jours d'Une semaine à tuer, au sens propre comme au sens figuré, et qu'il montrera qu'il ne faut décidément pas le prendre pour un paisible commerçant...

 

Avec Jean-François Thomas, cette semaine passe vite. Et elle est évocatrice si le lecteur est familier des rives du Léman, dont le nom viendrait du celte, aurait pour origine les termes "lem" qui signifie "grand" et "an", qui veut dire "eau".  

 

Francis Richard

 

Une semaine à tuer, Jean-François Thomas, 200 pages, Bernard Campiche Éditeur

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 17:00
Le syndrome, d'Annette Duchêne

Le syndrome qui caractérise un des deux protagonistes du roman d'Annette Duchêne est le syndrome de Clérambault, autrement dit l'érotomanie.

 

Inès Lavigny, employée de la société d'assurance Federalia, est convaincue d'être aimée par le patron de celle-ci, Maurice Perret, sans qu'il en soit conscient.

 

Cette maladie mentale conduit Inès à harceler Maurice, qu'elle croit aimer et qui ne peut que l'aimer, pendant vingt-cinq ans (le lecteur est prévenu dès le début).

 

Pendant toutes ces années, l'auteure, à propos des mêmes événements de leur existence, donne la parole intime à chacun de ses deux protagonistes.

 

Le décalage entre les perceptions de l'une et de l'autre est proprement hallucinant. D'un côté une femme obsédée, de l'autre un homme trop bienveillant.

 

Elle écrit au début de ses souvenirs:

Il m'a aimée, j'en suis sûre, mais n'a jamais voulu le reconnaître.

Il a ainsi vécu en dehors de sa vérité, a manqué une chance de bonheur... et m'a rendue profondément malheureuse. Un vrai gâchis.

 

Il écrit au début des siens:

Même si je sais maintenant qu'il s'agit d'une maladie, étudiée et bien décrite par des médecins, j'ai de la peine à ne pas en vouloir à cette femme: elle a gâché une grande partie de ma vie.

 

Tout commence par un malentendu, dont, alors, il ne mesure pas les conséquences: chevaleresque, il s'engage à la conduire à la clinique, où elle doit accoucher.

 

Initialement, Inès, la trentaine, ne veut pas s'embarrasser d'un homme dans sa vie. Mais Maurice, la quarantaine, ferait un père adoptif idéal pour son fils...

 

Inès harcèle dès lors Maurice de toutes les manières: filatures, intrusions dans sa vie privée, coups de téléphones nuit et jour, plus tard messages électroniques.

 

Leur existence est littéralement pourrie par cette relation non consentie par l'un et recherchée par l'autre, qui est en manque affectif et qui emploie tous les moyens.

 

Car l'inventivité d'Inès, pour que Maurice devienne son homme et le père de son enfant, est sans limites et lui permet de contourner pratiquement tous les obstacles.

 

Maurice est excédé par Inès et ne sait comment s'en débarrasser. Inès est furieuse de l'ingratitude de Maurice pour tout ce qu'elle imagine faire, avoir fait pour lui.

 

La différence entre ces deux êtres est que Maurice exerce surtout son intelligence à des fins professionnelles, tandis qu'Inès le fait à des fins personnelles.

 

L'originalité de cette histoire est que ce soit une femme qui harcèle un homme, qui plus est son supérieur. Tout peut arriver en ce monde sens dessus dessous...    

 

Francis Richard

 

Le syndrome, Annette Duchêne, 280 pages, Slatkine

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 17:15
Acrostiches, de Pascal Houmard

Acrostiches est le troisième volume de la trilogie de Crystal, l'héroïne policière imaginée par Pascal Houmard. Même s'il est possible de lire chaque volume indépendamment des autres, ce n'est pas recommandé.

 

En lisant ce troisième volume, je m'aperçois que je n'ai pas lu le deuxième auquel il est fait de nombreuses allusions. C'est comme si, horresco referens, je lisais le début et la fin d'un roman sans lire le corps du récit...

 

Cela dit, fort heureusement, le suspense est suffisamment soutenu pour que le lecteur ait envie d'aller jusqu'au bout et de connaître l'identité du tueur en souris, qui sème ses crimes dans tout le canton de Vaud.

 

Crystal est le surnom donné à l'inspectrice en cheffe Antigona Krestaj, qui est à la tête de la Brigade d'Intégrité de Lausanne, une jeune femme perspicace qui aime faire des calembours et surnommer les autres.

 

Le lecteur, en manque d'imagination, pourra toujours se la représenter à partir des photos qui illustrent les couvertures des trois volumes. La comédienne Anna D'Annunzio lui prête en effet ses traits expressifs.

 

Crystal est une quadragénaire qui a du caractère. Dans ce volume, elle n'est pas tout à fait elle-même. Le lecteur saura pourquoi à la fin. En attendant, elle et son équipe sont confrontés à une série morbide.

 

Un acrostiche est un poème où les lettres initiales de chaque vers, lues verticalement, composent un mot. Ici, le premier mot est composé d'initiales de noms de lieux où sont découverts des morceaux de corps humain.

 

Nul besoin d'attendre de découvrir toutes les lettres pour savoir que c'est l'inspectrice en cheffe qui est visée et que cela a peut-être un rapport avec l'évasion d'un criminel serré par elle et qu'elle surnomme Affreuxlter. 

 

Chaque morceau est accompagné d'un mot sibyllin laissé par le tueur, propre à glacer le sang de quiconque le lit. Crystal passe effectivement par nombre d'états d'âme, d'autant que les pistes la touchent affectivement.

 

Il y a deux moi en Krestaj: elle est tantôt Créon, tantôt Antigone. Elle est à la fois l'aliénante et l'altruiste, deux faces opposées et pourtant symétriques, deux faces jumelles. Ce qui en fait une personne très attachante...

 

Quand sera identifié le psychopathe qui se cache derrière ces atrocités, la partie de ce polar littéraire et sanglant ne sera pas jouée. Et la résolution de cette affaire des maux anonymes laissera des traces, à tous points de vue.

 

Francis Richard

 

Acrostiches, Pascal Houmard, 352 pages, Éditions Mon Village (sortie le 31 mars 2020)

 

Le premier volume de la trilogie:

La Surnommeuse (Crystal 1)

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 23:45
L'affaire Louise Carter, de Xavier Pietri

C'est cette expérience du temps qui me réjouit à Eiberlacho, le passé y est encore palpable, le présent y est d'une tendresse infinie et le futur reste accessible en quelques heures d'avion seulement.

 

Tristan Cluzan a justement pris l'avion avec ses deux filles, Charlotte et Annabelle, quatorze et treize ans, depuis Palos Verdes, près de Los Angeles, en Californie, pour passer un dernier été à Eiberlacho.

 

Tristan Cluzan, père célibataire, a décidé de vendre cette maison familiale, qui était celle de Germain, son grand-père maternel et où il passait ses vacances de Toussaint, de Pâques et d'été, et où la vie était simple.

 

La demeure, située en dehors d'un bourg de la vallée de la Vézère en Corrèze, aurait appartenu à un Ordre dont les symboles, deux rosaces et une croix au milieu, sont gravés sur le manteau de la grande cheminée.

 

Jehan Amarzit, qui a connu son grand-père, explique un jour à Tristan qu'elles représentent, pour l'Ordre des Tilleuls, le ciel, l'univers, mais aussi le soleil et donc la vie, et essaie de le dissuader de la vendre.

 

Tristan, un jour, est invité à dîner par le recteur de l'académie de Limoges. Ce dernier l'informe qu'il a été désigné par une dame récemment décédée comme exécuteur testamentaire d'un don qu'elle fait à son université.

 

A l'étude de Me Chabrerie, Tristan apprend l'identité de la testatrice sans héritier: Louise Carter. Seulement il ne la connaît pas et s'interroge d'autant plus sur son rôle que le don est de neuf cent cinquante millions...

 

Compte tenu de l'importance de ce don, sont présents chez le notaire le recteur, un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, Armand Voisin, et une jeune policière, Malika Hachfi, qui sera son garde du corps.

 

Tristan Cluzan veut savoir qui est cette vieille dame et quel lien il peut bien avoir avec elle. D'autant que nul ne connaît l'origine des fonds, ni ne sait s'ils sont suffisants; on sait juste qu'ils se trouvent sur des comptes numérotés.

 

Comme Louise Carter est revenue habiter dans une maison proche d'Eiberlacho, après avoir vécu longtemps au Canada, la clef de toutes les questions que se pose Tristan se trouve peut-être en ce lieu chargé d'histoire.

 

La clef se trouve peut-être dans l'utilisation de cette donation, soumise à conditions impératives, à savoir le financement de la construction et du fonctionnement d'un centre de recherche en génomique humaine.

 

Quoi qu'il en soit Tristan n'imagine certainement pas dans quelles tribulations va le plonger L'affaire Louise Carter. Le fait que, fondateur d'Exploremind Inc., il soit un entrepreneur avisé, sera un atout pour la résoudre...    

 

Francis Richard

 

L'affaire Louise Carter, Xavier Pietri, 272 pages, Slatkine & Cie

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 23:55
Le bouge, de Stéphane Montavon

Une révolution ne fermera pas les bouges.

 

La révolution dont il s'agit est celle de 2011 en Égypte, appelée un peu vite Printemps, et un peu tôt puisqu'elle a en fait commencé en février. Les pouvoirs changent, les bouges, qui sont peut-être les plus vieux lieux du monde, restent.

 

C'est rien de le dire que Stéphane Montavon cherche la difficulté. Celui qui veut le lire ne doit donc pas chercher la facilité. Pour ça, il y a d'autres auteurs, d'autres livres. Pour le lire, il doit faire quelques efforts avant de se voir récompensé.

 

La méthode est de le lire une fois, deux fois, voire plus même si nécessaire; de prendre son temps; de capter ce qui est possible, comme un bruit dans un brouhaha; d'entendre les sons avant d'en distinguer le sens, comme le fait le recordiste.

 

Le mobile de Lang est l'éros écoutant: un libertinage aural [sic] assez mûri au demeurant, qui ne jouit que dans le noir ou l'discrépant. C'est ce qui les a fait venir au Caire en février 2007 lui et son coloc Dante, avec perches et bonnettes.

 

Lang note ce qu'il recorde dans un cahier que lira son pote Lapeyre, rouquin bouclé à lunettes, malin singe de la classe, expérimentateur hyperactif, à la mémoire fabuleuse! de l'électronique amusante jusqu'aux herbiers de rhizomes...

 

Lapeyre s'est rendu à Siwa, cette oasis qui borde la Libye et ouvre sur le Désert Blanc, ses sources chaudes, dépêché par l'uni de Fribourg pour une reconnaissance de terrain. Il ne s'en est pas contenté et a assez trifouillé la littérature autour...

 

Quand la révolution de 2011 tourne à la farce, Lang disparaît du Caire et met ses pas dans ceux de Lapeyre à Siwa, où il convainc de l'y rejoindre Hoda, célibataire trentenaire sans voile, d'une plastique synthétisant Assouan avec le Delta...

 

Là-bas il réalise une lubie avec d'autres tripeurs comme lui, celle du tournage audiovisuel de la huitième pièce de Sophocle, un drame satyrique, Les chiens renifleurs, qui s'avère aussi intemporel que les trifouillages littéraires de Lapeyre.  

 

Francis Richard

 

Le bouge, Stéphane Montavon, 216 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent aux éditions d'autre part:

Crevures (2016)

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 16:45
Les trois fous et la fin du monde, de Philippe Erard

- Si vous êtes sérieux, vous n'êtes certes pas des rigolos. Vous êtes plutôt des fous. Les trois fous de Bollens.

 

Bollens est un hameau dans le Pays de Vaud, qui se trouve sur la commune de La Sarraz. C'était autrefois un village; c'est aujourd'hui un patelin fantôme sans futur. Il y avait  cinq grandes fermes, une entreprise de vente par correspondance, une fabrique d'huile de noix, un bureau de poste, une école, une épicerie, une laiterie et une auberge, La Croix Verte.

 

La population, qui était de quelque 150 habitants pour une vingtaine de maisons, n'est plus que de quatre hommes et une femme, tous âgés entre 65 et 75 ans, un EMS autonome: Paul Ducraux, l'ex maître d'école, Marius Pelet, l'aubergiste (La Croix Verte reste ouverte), Louis Bonzon, un agriculteur-éleveur, Emile Perraudin, un retraité, et Preciosa de Sousa.

 

Preciosa de Sousa vit chez Marius. Avec Marius. Femme de ménage, un peu amante à l'occasion et surtout compagne pour combattre la solitude, partager la vie, converser. Le seul couple de Bollens. C'est elle qui traite Paul, Marius et Emile de fous, après qu'ils ont tenu à l'auberge leur première séance du Stamm créé, sur proposition de Paul, pour, chaque jeudi:

 

Échanger, avoir une discussion, partager une idée, des idées, en débattre, tout ça avec un bon repas dans une bonne ambiance de camaraderie.

 

Preciosa, qui est le bon sens même, a raison de traiter les trois de fous, parce que Paul, qui est le seul connecté avec le monde extérieur, a fait défiler sur l'écran de son ordinateur, qu'ont regardé avec lui Marius et Louis, un fleuve d'informations plus alarmistes les unes que les autres sur le sort de la planète et n' en a prédit pas moins que la fin du monde...

 

- Alors vous êtes quatre, comme les trois mousquetaires. Les fous de Bollens. On verra qui sera D'Artagnan!

 

S'exclame Preciosa quand Marius lui confirme qu'Emile Perraudin, qui jusque-là vit à l'écart, fait désormais partie du Stamm. On ne peut pas dire, comme le dit le proverbe, que plus on est de fous plus on rit, parce que ce passage à quatre ne fait que renforcer leur délire. Ce serait déprimant, si Philippe Erard ne peignait ces Vaudois pur jus avec humour...

 

Francis Richard

 

Les trois fous et la fin du monde, Philippe Erard, 180 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

La dernière carte de Marcel Fischer (2019)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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