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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 22:40
Joram, de Manuela Gay-Crosier

- Figurez-vous que ma génitrice a eu l'excellente idée de me prénommer Joram Josaphat. Elle devait être défoncée au crack quand elle l'a choisi, ce qui était son état quasi permanent en me mettant au monde; il paraît qu'elle ne jurait que par la Bible les derniers mois de sa vie, elle a dû les trouver grâce à cette édifiante lecture.

 

Joram, qui signifie Yahvé est exalté, est en effet le nom d'un roi d'Israël, de même que le nom d'un roi de Juda, et Josaphat, qui signifie Dieu juge, est également celui d'un roi de Juda. Ces deux prénoms bibliques désuets semblent bien difficiles à porter de nos jours.

 

Sivas préfère donc être appelé Jo tout court, comme il le dit à sa jeune et mignonne interlocutrice, Dolores Bourseau, qui se trouve en face en lui dans le parloir de la prison, un carré de cinq mètres sur cinq équipé seulement d'une petite table et de deux chaises...

 

Dolores est étudiante en lettres. Son projet de mémoire de master est de mener une étude sur l'impact de la lecture dans le milieu carcéral. Il s'agit de s'assurer que les détenus lisent, qu'ils comprennent ce qu'ils lisent et de savoir si ça leur apporte quelque chose.

 

Trois détenus ont été désignés volontaires pour l'étude de Dolores. Seul Joram se révèle digne d'intérêt, même si les rapports entre elle et lui ont mal commencé à partir du moment où elle a dit se prénommer Dolores, mais que tout le monde l'appelle Lola:

 

Jo devint blanc comme un linge tout en fixant la jeune femme qui venait de parler et qui rougissait à mesure que l'homme dardait un regard acéré sur elle. D'un geste brusque il envoya valdinguer les papiers qui encombraient la petite table...

 

En principe celle qui mène l'étude et celui qui en est le sujet ne doivent pas se faire de confidences. Au début c'est bien ce qui se passe, mais, si Jo lit les livres que lui donne Dolores, il prend goût, comme elle, à leurs rencontres qui ont lieu tous les quinze jours.

 

De plus, ce que Dolores lui a dit sur le livre qui est une clé pour l'introspection, a bientôt plus de portée sur lui qu'elle ne pouvait l'imaginer. Car Jo se met à fréquenter la bibliothèque de la prison et à préférer l'exercice de la rédaction à la lecture en elle-même.

 

Leurs rencontres, bien qu'épisodiques, ne peuvent qu'avoir des conséquences sur la vie personnelle de Jo, condamné à une longue peine de prison, comme de Dolores, qui vit avec un père divorcé et dont le petit ami, Vincent, n'apprécie guère qu'elle lui parle de Jo.

 

Si, au fond, Dolores parle peu d'elle-même, il n'en est pas de même de Jo qui, en écrivant son histoire, permet à Dolores de comprendre pourquoi le mot de Lola a eu un tel effet sur lui et quels secrets garde pour lui cet homme qui ne la ménage pas lors de leurs entrevues.

 

A priori il est improbable qu'une jeune bourgeoise, à l'avenir tout tracé, puisse s'intéresser à un criminel de son âge, au lourd passé et sans avenir. Le roman de Manuela Gay-Crosier démontre peu à peu le contraire. C'est sans doute ici la vertu de la libération de parole. 

 

Francis Richard

 

Joram, Manuela Gay-Croiser, 300 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents aux mêmes éditions:

 

Mon coeur dans la montagne (2017)

Baiser de glace (2019)

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 21:00
Une semaine à tuer, de Jean-François Thomas

Cyriel n'avait jamais pu complètement oublier le passé. C'était comme un réflexe lié à son ancienne profession: les faits divers, les vols, les viols, les meurtres et toutes les sordides affaires criminelles éveillaient ses vieux réflexes et le limier qu'il avait été avant ce déplorable accident.

 

Cyriel Sivori a été flic, et le reste, dans l'âme. Flic un jour, flic toujours en quelque sorte. Même si, après ce putain d'accident qui a changé sa vie, il a perdu place, réputation et santé, est devenu libraire, prenant la suite de son père décédé.

 

Quand, le lundi, il apprend à la télé qu'un meurtre particulièrement horrible a été commis dans une scierie à Aubonne - le cadavre d'un homme y a été retrouvé scié en deux -, il éprouve le besoin irrépressible de se rendre sur les lieux.

 

Il quitte donc précipitamment le restaurant de l'Avenir à Vevey. Une fois sur place, il se fait interdire l'accès par l'adjudant Henri Schmeichel, qui ne le porte pas dans son coeur et qui, méchamment, depuis l'accident, le surnomme le déglingueur.

 

Qu'à cela ne tienne, Cyriel est décidé à mener sa propre enquête, d'autant qu'un deuxième cadavre est découvert le lendemain dans les filets de son ami Valmir, pêcheur professionnel, à qui il donne un coup de main deux fois par semaine.

 

Redevenu célibataire après que sa femme Nadège a demandé le divorce, il n'est pas insensible aux charmes d'Estelle, une belle cliente qui fréquente sa librairie depuis deux mois. S'il n'a pu encore obtenir d'elle de rendez-vous, ils se tutoient...

 

Il n'est donc pas étonnant qu'il badine avec Estelle ce mardi, où il se trouve sur le stand de Valmir, place du Marché, à Vevey, quand cette blonde, aux gros seins et aux yeux pétillant de malice, qui le font fantasmer, vient se faire servir par lui.

     

Cyriel ne sait pas encore que ce lundi et ce mardi seront, pour lui, les deux premiers jours d'Une semaine à tuer, au sens propre comme au sens figuré, et qu'il montrera qu'il ne faut décidément pas le prendre pour un paisible commerçant...

 

Avec Jean-François Thomas, cette semaine passe vite. Et elle est évocatrice si le lecteur est familier des rives du Léman, dont le nom viendrait du celte, aurait pour origine les termes "lem" qui signifie "grand" et "an", qui veut dire "eau".  

 

Francis Richard

 

Une semaine à tuer, Jean-François Thomas, 200 pages, Bernard Campiche Éditeur

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 17:00
Le syndrome, d'Annette Duchêne

Le syndrome qui caractérise un des deux protagonistes du roman d'Annette Duchêne est le syndrome de Clérambault, autrement dit l'érotomanie.

 

Inès Lavigny, employée de la société d'assurance Federalia, est convaincue d'être aimée par le patron de celle-ci, Maurice Perret, sans qu'il en soit conscient.

 

Cette maladie mentale conduit Inès à harceler Maurice, qu'elle croit aimer et qui ne peut que l'aimer, pendant vingt-cinq ans (le lecteur est prévenu dès le début).

 

Pendant toutes ces années, l'auteure, à propos des mêmes événements de leur existence, donne la parole intime à chacun de ses deux protagonistes.

 

Le décalage entre les perceptions de l'une et de l'autre est proprement hallucinant. D'un côté une femme obsédée, de l'autre un homme trop bienveillant.

 

Elle écrit au début de ses souvenirs:

Il m'a aimée, j'en suis sûre, mais n'a jamais voulu le reconnaître.

Il a ainsi vécu en dehors de sa vérité, a manqué une chance de bonheur... et m'a rendue profondément malheureuse. Un vrai gâchis.

 

Il écrit au début des siens:

Même si je sais maintenant qu'il s'agit d'une maladie, étudiée et bien décrite par des médecins, j'ai de la peine à ne pas en vouloir à cette femme: elle a gâché une grande partie de ma vie.

 

Tout commence par un malentendu, dont, alors, il ne mesure pas les conséquences: chevaleresque, il s'engage à la conduire à la clinique, où elle doit accoucher.

 

Initialement, Inès, la trentaine, ne veut pas s'embarrasser d'un homme dans sa vie. Mais Maurice, la quarantaine, ferait un père adoptif idéal pour son fils...

 

Inès harcèle dès lors Maurice de toutes les manières: filatures, intrusions dans sa vie privée, coups de téléphones nuit et jour, plus tard messages électroniques.

 

Leur existence est littéralement pourrie par cette relation non consentie par l'un et recherchée par l'autre, qui est en manque affectif et qui emploie tous les moyens.

 

Car l'inventivité d'Inès, pour que Maurice devienne son homme et le père de son enfant, est sans limites et lui permet de contourner pratiquement tous les obstacles.

 

Maurice est excédé par Inès et ne sait comment s'en débarrasser. Inès est furieuse de l'ingratitude de Maurice pour tout ce qu'elle imagine faire, avoir fait pour lui.

 

La différence entre ces deux êtres est que Maurice exerce surtout son intelligence à des fins professionnelles, tandis qu'Inès le fait à des fins personnelles.

 

L'originalité de cette histoire est que ce soit une femme qui harcèle un homme, qui plus est son supérieur. Tout peut arriver en ce monde sens dessus dessous...    

 

Francis Richard

 

Le syndrome, Annette Duchêne, 280 pages, Slatkine

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 17:15
Acrostiches, de Pascal Houmard

Acrostiches est le troisième volume de la trilogie de Crystal, l'héroïne policière imaginée par Pascal Houmard. Même s'il est possible de lire chaque volume indépendamment des autres, ce n'est pas recommandé.

 

En lisant ce troisième volume, je m'aperçois que je n'ai pas lu le deuxième auquel il est fait de nombreuses allusions. C'est comme si, horresco referens, je lisais le début et la fin d'un roman sans lire le corps du récit...

 

Cela dit, fort heureusement, le suspense est suffisamment soutenu pour que le lecteur ait envie d'aller jusqu'au bout et de connaître l'identité du tueur en souris, qui sème ses crimes dans tout le canton de Vaud.

 

Crystal est le surnom donné à l'inspectrice en cheffe Antigona Krestaj, qui est à la tête de la Brigade d'Intégrité de Lausanne, une jeune femme perspicace qui aime faire des calembours et surnommer les autres.

 

Le lecteur, en manque d'imagination, pourra toujours se la représenter à partir des photos qui illustrent les couvertures des trois volumes. La comédienne Anna D'Annunzio lui prête en effet ses traits expressifs.

 

Crystal est une quadragénaire qui a du caractère. Dans ce volume, elle n'est pas tout à fait elle-même. Le lecteur saura pourquoi à la fin. En attendant, elle et son équipe sont confrontés à une série morbide.

 

Un acrostiche est un poème où les lettres initiales de chaque vers, lues verticalement, composent un mot. Ici, le premier mot est composé d'initiales de noms de lieux où sont découverts des morceaux de corps humain.

 

Nul besoin d'attendre de découvrir toutes les lettres pour savoir que c'est l'inspectrice en cheffe qui est visée et que cela a peut-être un rapport avec l'évasion d'un criminel serré par elle et qu'elle surnomme Affreuxlter. 

 

Chaque morceau est accompagné d'un mot sibyllin laissé par le tueur, propre à glacer le sang de quiconque le lit. Crystal passe effectivement par nombre d'états d'âme, d'autant que les pistes la touchent affectivement.

 

Il y a deux moi en Krestaj: elle est tantôt Créon, tantôt Antigone. Elle est à la fois l'aliénante et l'altruiste, deux faces opposées et pourtant symétriques, deux faces jumelles. Ce qui en fait une personne très attachante...

 

Quand sera identifié le psychopathe qui se cache derrière ces atrocités, la partie de ce polar littéraire et sanglant ne sera pas jouée. Et la résolution de cette affaire des maux anonymes laissera des traces, à tous points de vue.

 

Francis Richard

 

Acrostiches, Pascal Houmard, 352 pages, Éditions Mon Village (sortie le 31 mars 2020)

 

Le premier volume de la trilogie:

La Surnommeuse (Crystal 1)

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 23:45
L'affaire Louise Carter, de Xavier Pietri

C'est cette expérience du temps qui me réjouit à Eiberlacho, le passé y est encore palpable, le présent y est d'une tendresse infinie et le futur reste accessible en quelques heures d'avion seulement.

 

Tristan Cluzan a justement pris l'avion avec ses deux filles, Charlotte et Annabelle, quatorze et treize ans, depuis Palos Verdes, près de Los Angeles, en Californie, pour passer un dernier été à Eiberlacho.

 

Tristan Cluzan, père célibataire, a décidé de vendre cette maison familiale, qui était celle de Germain, son grand-père maternel et où il passait ses vacances de Toussaint, de Pâques et d'été, et où la vie était simple.

 

La demeure, située en dehors d'un bourg de la vallée de la Vézère en Corrèze, aurait appartenu à un Ordre dont les symboles, deux rosaces et une croix au milieu, sont gravés sur le manteau de la grande cheminée.

 

Jehan Amarzit, qui a connu son grand-père, explique un jour à Tristan qu'elles représentent, pour l'Ordre des Tilleuls, le ciel, l'univers, mais aussi le soleil et donc la vie, et essaie de le dissuader de la vendre.

 

Tristan, un jour, est invité à dîner par le recteur de l'académie de Limoges. Ce dernier l'informe qu'il a été désigné par une dame récemment décédée comme exécuteur testamentaire d'un don qu'elle fait à son université.

 

A l'étude de Me Chabrerie, Tristan apprend l'identité de la testatrice sans héritier: Louise Carter. Seulement il ne la connaît pas et s'interroge d'autant plus sur son rôle que le don est de neuf cent cinquante millions...

 

Compte tenu de l'importance de ce don, sont présents chez le notaire le recteur, un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, Armand Voisin, et une jeune policière, Malika Hachfi, qui sera son garde du corps.

 

Tristan Cluzan veut savoir qui est cette vieille dame et quel lien il peut bien avoir avec elle. D'autant que nul ne connaît l'origine des fonds, ni ne sait s'ils sont suffisants; on sait juste qu'ils se trouvent sur des comptes numérotés.

 

Comme Louise Carter est revenue habiter dans une maison proche d'Eiberlacho, après avoir vécu longtemps au Canada, la clef de toutes les questions que se pose Tristan se trouve peut-être en ce lieu chargé d'histoire.

 

La clef se trouve peut-être dans l'utilisation de cette donation, soumise à conditions impératives, à savoir le financement de la construction et du fonctionnement d'un centre de recherche en génomique humaine.

 

Quoi qu'il en soit Tristan n'imagine certainement pas dans quelles tribulations va le plonger L'affaire Louise Carter. Le fait que, fondateur d'Exploremind Inc., il soit un entrepreneur avisé, sera un atout pour la résoudre...    

 

Francis Richard

 

L'affaire Louise Carter, Xavier Pietri, 272 pages, Slatkine & Cie

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 23:55
Le bouge, de Stéphane Montavon

Une révolution ne fermera pas les bouges.

 

La révolution dont il s'agit est celle de 2011 en Égypte, appelée un peu vite Printemps, et un peu tôt puisqu'elle a en fait commencé en février. Les pouvoirs changent, les bouges, qui sont peut-être les plus vieux lieux du monde, restent.

 

C'est rien de le dire que Stéphane Montavon cherche la difficulté. Celui qui veut le lire ne doit donc pas chercher la facilité. Pour ça, il y a d'autres auteurs, d'autres livres. Pour le lire, il doit faire quelques efforts avant de se voir récompensé.

 

La méthode est de le lire une fois, deux fois, voire plus même si nécessaire; de prendre son temps; de capter ce qui est possible, comme un bruit dans un brouhaha; d'entendre les sons avant d'en distinguer le sens, comme le fait le recordiste.

 

Le mobile de Lang est l'éros écoutant: un libertinage aural [sic] assez mûri au demeurant, qui ne jouit que dans le noir ou l'discrépant. C'est ce qui les a fait venir au Caire en février 2007 lui et son coloc Dante, avec perches et bonnettes.

 

Lang note ce qu'il recorde dans un cahier que lira son pote Lapeyre, rouquin bouclé à lunettes, malin singe de la classe, expérimentateur hyperactif, à la mémoire fabuleuse! de l'électronique amusante jusqu'aux herbiers de rhizomes...

 

Lapeyre s'est rendu à Siwa, cette oasis qui borde la Libye et ouvre sur le Désert Blanc, ses sources chaudes, dépêché par l'uni de Fribourg pour une reconnaissance de terrain. Il ne s'en est pas contenté et a assez trifouillé la littérature autour...

 

Quand la révolution de 2011 tourne à la farce, Lang disparaît du Caire et met ses pas dans ceux de Lapeyre à Siwa, où il convainc de l'y rejoindre Hoda, célibataire trentenaire sans voile, d'une plastique synthétisant Assouan avec le Delta...

 

Là-bas il réalise une lubie avec d'autres tripeurs comme lui, celle du tournage audiovisuel de la huitième pièce de Sophocle, un drame satyrique, Les chiens renifleurs, qui s'avère aussi intemporel que les trifouillages littéraires de Lapeyre.  

 

Francis Richard

 

Le bouge, Stéphane Montavon, 216 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent aux éditions d'autre part:

Crevures (2016)

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 16:45
Les trois fous et la fin du monde, de Philippe Erard

- Si vous êtes sérieux, vous n'êtes certes pas des rigolos. Vous êtes plutôt des fous. Les trois fous de Bollens.

 

Bollens est un hameau dans le Pays de Vaud, qui se trouve sur la commune de La Sarraz. C'était autrefois un village; c'est aujourd'hui un patelin fantôme sans futur. Il y avait  cinq grandes fermes, une entreprise de vente par correspondance, une fabrique d'huile de noix, un bureau de poste, une école, une épicerie, une laiterie et une auberge, La Croix Verte.

 

La population, qui était de quelque 150 habitants pour une vingtaine de maisons, n'est plus que de quatre hommes et une femme, tous âgés entre 65 et 75 ans, un EMS autonome: Paul Ducraux, l'ex maître d'école, Marius Pelet, l'aubergiste (La Croix Verte reste ouverte), Louis Bonzon, un agriculteur-éleveur, Emile Perraudin, un retraité, et Preciosa de Sousa.

 

Preciosa de Sousa vit chez Marius. Avec Marius. Femme de ménage, un peu amante à l'occasion et surtout compagne pour combattre la solitude, partager la vie, converser. Le seul couple de Bollens. C'est elle qui traite Paul, Marius et Emile de fous, après qu'ils ont tenu à l'auberge leur première séance du Stamm créé, sur proposition de Paul, pour, chaque jeudi:

 

Échanger, avoir une discussion, partager une idée, des idées, en débattre, tout ça avec un bon repas dans une bonne ambiance de camaraderie.

 

Preciosa, qui est le bon sens même, a raison de traiter les trois de fous, parce que Paul, qui est le seul connecté avec le monde extérieur, a fait défiler sur l'écran de son ordinateur, qu'ont regardé avec lui Marius et Louis, un fleuve d'informations plus alarmistes les unes que les autres sur le sort de la planète et n' en a prédit pas moins que la fin du monde...

 

- Alors vous êtes quatre, comme les trois mousquetaires. Les fous de Bollens. On verra qui sera D'Artagnan!

 

S'exclame Preciosa quand Marius lui confirme qu'Emile Perraudin, qui jusque-là vit à l'écart, fait désormais partie du Stamm. On ne peut pas dire, comme le dit le proverbe, que plus on est de fous plus on rit, parce que ce passage à quatre ne fait que renforcer leur délire. Ce serait déprimant, si Philippe Erard ne peignait ces Vaudois pur jus avec humour...

 

Francis Richard

 

Les trois fous et la fin du monde, Philippe Erard, 180 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

La dernière carte de Marcel Fischer (2019)

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 23:45
Représailles, de Florian Eglin

A 7 ans il avait osé en parler à ses parents. Il avait expliqué qu'il voyait des choses dans sa tête. Des choses qui l'effrayaient.

 

Tom Gonthier est Suisse. Avec sa femme, Adèle, et ses deux filles, April, à peine cinq ans, et Lucie, tout juste un an, il roule en Corse au volant de sa Mercedes GLS rouge métallisé, dans les Agriates.

 

Tom est maître d'école et écrivain. Il a écrit plusieurs romans, une suite d'horreurs, sans doute une manière d'exorciser les choses effrayantes qu'il voit dans sa tête depuis sa petite enfance.

 

Pour lui, écrire est une nécessité vitale. S'il cesse d'écrire, il devient un animal. Il pourrait arrêter de manger, pas d'écrire. Il mène ainsi une vie parallèle, égaré dans [son] monde peuplé de cadavres.

 

Tom est également un adepte des arts martiaux mixtes. Étudiant, il est allé pendant plus d'un an dans un camp à Bangkok. La vie y était simple. S'entraîner, se nourrir, se reposer. Et puis écrire:

 

Son corps se transforma. Son esprit aussi. Sans l'avoir cherchée, Tom se rendit compte qu'il avait mis la main sur la richesse, la vraie. Celle qui ne se dépense pas.

 

Tout son corps de guerrier est tatoué de citations. Dans son cou, sont ainsi reproduites deux courtes lignes tirées de La pierre et le sabre d' Eiji Yoshikawa. Mais, sur son torse, figure Wolverine...

 

Sa Mercedes est prise en chasse par un SUV, équipé d'un gyrophare et d'un pare-buffle. Après que les deux véhicules se sont heurtés et frottés, Tom s'arrête, descend et se trouve face à trois géants.

 

Ces géants (comme dans les légendes où le sort du monde est en jeu) ne sont pas des flics. L'un d'eux fredonne un air de vieil italien d'un compositeur baroque, Stefano Landi, que Tom écoute en voiture...

 

Tom ne sait pas dans quel engrenage infernal, lui et sa petite famille, sont entraînés. Quoi qu'il en soit, le couteau que lui a offert un admirateur (un Vendetta) et sa pugnacité lui seront d'un grand secours.

 

Car, sur cette terre abrupte, où Représailles n'est pas un vain mot, il n'est pas recommandé d'avoir affaire à des membres d'un clan local, quels que soient les méfaits que ces derniers peuvent commettre.

 

Le monde de Florian Eglin n'a rien à envier à celui de Tom Gonthier, hormis peut-être que ses héroïnes, même quand elles sont mères, peuvent se montrer aussi âpres au combat que les hommes.

 

Les corps à corps entre hommes, ou entre homme et femme, sont épiques. Pour ce qui est du caractère, les héroïnes en sont autant que les hommes, parce qu'elles créent la vie, tandis qu'ils la détruisent.

 

Tout cela ne peut finir que par une hécatombe, comme dans les romans de Tom. Le refrain de l'air de vieil italien, qu'il aime écouter en voiture, ne dit pas autre chose, avec ce refrain du bout de la vie:

 

morire bisogna

mourir, il le faut

 

Francis Richard

 

Représailles, Florian Eglin, 384 pages, Éditions La Baconnière (sortie prévue le 20 mars 2020)

 

A La Baconnière :

Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal (2013)

Une résistance à toute épreuve... Faut-il s'en réjouir pour autant ? (2014)

Holocauste (2015)

Il prononcera ton nom (2019)

 

A La Grande Ourse :

Ciao connard (2016)

 

Chez BSN Press :

En pleine lumière (2019)

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 23:55
Drame à Wally Creek, de Catherine May

Pas facile de faire les premières observations depuis son embarcation. Prioritairement, il doit s'assurer que la victime n'est pas en vie, même si c'est hautement improbable: de longues minutes se sont écoulées depuis qu'il a remarqué le corps.

 

Tout frais émoulu du Dépôt, l'école de formation de la Gendarmerie royale canadienne, Matt Campbell, après un périple en kayak dans une des anses de l'île de Vancouver, sur le retour à Ucluelet où se trouve son poste de police, découvre un corps dans un bras de mer, à hauteur de la pêcherie Stanley.

 

Jusque-là, son travail n'a guère été palpitant. Aussi cela le change-t-il de participer enfin à une enquête criminelle. Car le corps de l'homme, au visage salement amoché, est victime d'un meurtre selon le légiste arrivé sur place. Mais, comme Matt est novice, c'est l'inspectrice Joan Thibault qui dirige l'enquête.

 

Assez vite la victime est identifiée. Il s'agit de Cole Kinnaman, qui travaille à la pêcherie Stanley. Sa veuve, Isabel, n'est décidément pas épargnée par le sort. Deux ans plus tôt, déjà, son fils Stew s'est tué en faisant une chute sur des rochers au bord de la Kennedy River, à Wally Creek, lors d'une partie de pêche.

 

Rob Murray, le meilleur ami de Cole, l'a en effet emmené avec Stew ce jour funeste de septembre 2015. Depuis, le couple Kinnaman se délite: Isabel se laisse aller; Cole devient addict au jeu et à l'alcool; Isabel en veut à Rob; Cole sait qu'il peut toujours compter sur Rob pour lui sauver la mise chez Stanley.

 

Si l'enquête piétine, elle mène à chaque fois au trio Isabel, Cole (qui a des dettes) et Rob (qui a volontiers prêté de l'argent à Cole). Ce qui reste incompréhensible, c'est pourquoi Isabel ou Rob aurait tué Cole. Le binôme formé par Joan et Matt (qui ne reste pas sur un plan strictement professionnel) relève ce défi.

 

Le Drame à Wally Creek est certainement à l'origine de tout ce qui s'en est suivi dans ce thriller: jusqu'à la fin, Catherine May mène allègrement le lecteur en bateau dans les eaux troubles de l'île de Vancouver, où tout se joue, sans doute pour mieux lui faire perdre pied, avant de lui assener sans autre le coup de grâce...

 

Francis Richard

 

Drame à Wally Creek, Catherine May, 334 pages, Plaisir de lire

 

Livres précédents:

Les sacrifiés d'Eyrinques, 456 pages, Xenia (2014)

London Docks, 428 pages, Plaisir de lire (2017)

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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 23:00
Trois heures du matin, de Gianrico Carofiglio

Leur recherche les avait amenés à conclure que le meilleur spécialiste de ce "trouble" chez les enfants et les jeunes était un certain professeur Gastaut à Marseille.

 

Le trouble dont souffre Antonio, le narrateur, est une épilepsie idiopathique, autrement dit dont on ne connaît pas la cause. Se rendant compte que le traitement agressif qui lui a été prescrit est inefficace, ses parents prennent la décision de l'emmener voir ce professeur éminent.

 

Antonio a alors quatorze ans. Ses deux parents, bien que divorcés, font le voyage. Après lui avoir fait subir des examens préliminaires, le professeur leur déclare que son épilepsie n'est pas grave et lui prescrit un barbiturique au lieu des quatre médicaments qu'il prenait jusque-là.

 

Rendez-vous est pris trois ans plus tard. Mais, cette fois, sa mère n'est pas disponible - elle devait aller à Florence pour une communication à une conférence internationale. Antonio retourne donc voir le professeur Gastaut avec son père, en juin 1983, juste avant ses dix-huit ans.

 

Ils avaient prévu de ne rester qu'une journée, mais doivent changer leur plan. Car le professeur Gastaut, après leur avoir dit que l'épilepsie d'Antonio est guérie à 80%, veut lui faire passer un test final (un test de provocation) pour s'assurer qu'il peut abandonner la prise du barbiturique.

 

Ce test consiste pour Antonio à ne pas dormir les deux nuits qui suivent et, pour ce faire, de prendre un cachet toutes les huit heures. En cas de crise, improbable, mais pas impossible selon le professeur, cela voudra dire qu'il n'est pas guéri et qu'il doit poursuivre son traitement.

 

Ces deux jours vont permettre au père et au fils de se parler d'homme à homme et de se connaître comme ils n'auraient jamais imaginer pouvoir le faire. Ils vont non seulement se parler, mais faire des choses ensemble et faire également des rencontres décisives pour les deux.

 

Trois heures du matin sera même pour Antonio, après avoir fait vraiment connaissance avec son père, l'occasion de bondir dans une autre situation nouvelle pour lui. C'est ce que Marianne, une de leurs rencontres, appelle balikwas, en tagalog, la langue majoritaire aux Philippines.

 

Antonio et son père ont lu et aimé Francis Scott Fitzgerald. Une citation de lui à laquelle pense souvent son père: Dans la véritable nuit noire de l'âme, il est trois heures du matin, prendra pour Antonio une signification contraire à celle que cette intuition fulgurante inspire en apparence. 

 

Francis Richard

 

Trois heures du matin, Gianrico Carofiglio, 224 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'italien par Elsa Damien)

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 13:15
Ne pas laisser le temps à la nuit, de Sonia Molinari

- Nous n'avons pas de nouvelles de Juan, Walaya. Nous avons enfin reçu la liste des intervenants du congrès. Ton mari y était bel et bien attendu, mais il ne s'est jamais présenté.

 

Ce 11 avril 1995, à Hong Kong, Selma, la jeune secrétaire de Juan Saez, est la messagère de sa disparition. Cette annonce faite à Walaya, qui est d'origine thaïe, est une véritable catastrophe pour sa famille.

 

Sa fille Maïko devient junkie, vit dans un squat et disparaît à son tour. Son fils Nao est dès ce jour-là frappé de mutisme et ne peut plus s'exprimer que par le langage des signes ou par la peinture, où il excelle.

 

Quelque cinq ans plus tard, Maïko se réveille dans un hôpital de Bruxelles, que la famille a quitté, quand elle avait treize ans, à la suite de l'engagement de son père par une prestigieuse firme de Hong Kong.

 

Juan Saez est chercheur en biologie moléculaire. Il a dû faire une importante découverte, ce qui expliquerait sa disparition. Est-il mort ou vivant? Telle est la question à laquelle Maïko se doit de répondre.

 

Mais, avant de se lancer sur les traces de son père, il lui faut un peu se reconstruire, c'est-à-dire travailler pour vivre, se former pour avancer, revoir incognito sa mère et son frère pour se retrouver.

 

Après, elle enquête, bien que le traumatisme soit toujours présent, jusque dans sa chair - à son réveil à l'hôpital de Bruxelles, elle a senti dans son dos une boursouflure qui mesurait une dizaine de centimètres...

 

Pour financer ses études, après avoir travaillé dans un bar, elle devient hôtesse de l'air à temps partiel dans une compagnie aérienne belge, ce qui lui permet notamment de se rendre à Hong Kong.

 

Si son père est mort, Maïko ne peut mener son enquête que clandestinement, sous plusieurs identités. Dotée d'un fort caractère, ses formations d'hôtesse de l'air et de biologiste lui seront d'une grande utilité.

 

Maïko, tenace malgré ses fêlures, ne peut que parvenir à la vérité. Pour ne pas sombrer et être elle-même, il lui faudra Ne pas laisser le temps à la nuit et faire toute la lumière, celle de millions de soleils...

 

Francis Richard

 

Ne pas laisser le temps à la nuit, Sonia Molinari, 304 pages, Zoé

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 18:15
Fit, de Lolvé Tillmanns

Je hais l'argent. Avant de claquer la porte du vieux, je ne savais pas ce que c'était, le fric. Je me prenais pour une rebelle, mais je n'étais qu'une gentille petite bourgeoise qu'on étouffait de cuillères en or.

 

C'est l'été 2003, un été caniculaire. Lo, 20 ans, tombe de haut, parce que, dans la vraie vie, il faut s'assumer, si personne n'est plus là pour financer ses études à l'Uni.

 

Lo tient en piètre estime son papa chéri, qu'elle range parmi les salopards, et ne veut pas de son pognon. Elle lui souhaite de s'étouffer dans les seins de sa pouffe...

 

Étudiante en sciences, elle doit préparer ses examens. Comme elle ne peut pas crécher dans la rue, il lui faut payer un loyer pour le clapier à lapins qui [lui] sert de baraque.

 

Elle a peut-être été élevée avec des cuillères en or dans la bouche, mais elle n'a pas sa langue dans sa poche, comme les carabins, sans doute parce qu'elle étudie la bio.

 

Par relation, elle obtient le poste de réceptionniste dans un Fit haut de gamme, debout, discrètement élégante et sexy, de 10 heures du matin à 22 heures, sans pause.

 

Comment refuser ce taf, quand on a un putain de loyer à payer? Lo se coltine alors les clients, celui qui drague, celui qui veut être dragué, celui qui s'entraîne beaucoup trop.

 

Il lui est difficile de voler des instants pour mémoriser son manuel de bio. Ce qui n'arrange rien c'est qu'après le taf, elle sort avec l'un ou l'autre, collègue ou client, prête à mordre.

 

Parmi les clients, il y a Antoine, 1m60, 115kg, une montagne de muscles, un informaticien: Toute sa vie semble minutée. L'entraînement, le régime, le travail, le sommeil.

 

Lo lui demande, puisqu'il ne sort plus et se couche à 22h30 au plus tard:

- C'est pour qui tous ces muscles, alors?

- Personne. Et y en a pas tant que ça.

- Mais... des amis, tu en as?

- Toi, je t'ai toi.

 

Lo s'en souviendra quand elle s'inquiétera de ne plus le voir se pointer à la première heure pendant plusieurs jours de suite...

 

Francis Richard

 

Fit, Lolvé Tillmanns, 72 pages, BSN Press (sortie le 5 mars 2020)

 

Livres précédents aux Éditions Cousu Mouche:

33 rue des grottes (2014)

Rosa (2015)

Les fils (2016)

Un amour parfait (2018)

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 20:50
Les Inconsolés, de Minh Tran Huy

Lise a une conscience aiguë des défauts de Louis et les accepte, quand lui s'aveugle absolument sur elle. C'est la différence entre eux, une différence qui finira par leur coûter cher...

 

C'est l'Autre qui dit ça et qui parle d'eux à la troisième personne, tandis que, parallèlement, Lise raconte à la première sa vie et ses amours tumultueuses avec Louis. Car ni Lise ni Louis ne peuvent s'aimer sans peine. Leurs différences ne sont pas seulement des différences de lucidité à l'égard de l'être aimé.

 

Les parents de Lise et de sa petite soeur Liane sont tous deux issus de familles paysannes sans le sou. Ils se sont connus à Paris en faisant les mêmes études d'ingénieur, mais ils ont grandi à quinze mille kilomètres de distance, elle orpheline en Normandie, lui au Vietnam en guerre. Ils habitent une maison en meulière.

 

Les parents de Louis appartiennent à la haute bourgeoisie. Son grand-père a dirigé une banque privée et son père a fondé une société de capital-investissement. Ils habitent à Paris un hôtel particulier XIXe, où leur fils occupe un duplex indépendant, et ils passent leurs week-ends dans leur propriété normande.

 

Comme le dit l'Autre, avec une pointe de dédain, Lise et Louis n'ont été réunis que par les caprices du hasard et de la méritocratie républicaine qui permet encore parfois, rarement, à la fille d'un immigré et d'une petite paysanne initialement sans le sou de faire ses études sur les mêmes bancs qu'un fils de famille.

 

Cette différence n'est pas rédhibitoire, au début du moins, même si Lise, à qui Louis dit qu'elle est une fille comme il n'y en a pas une sur un million, pense qu'il se raconte des histoires pour justifier ses sentiments pour elle, expliquer en quoi il a raison de l'aimer, alors qu'elle l'aime, elle, sans se raconter d'histoires.

 

Lise ne se sent à l'aise nulle part, hormis dans les livres et dans les films, tandis que, pour Louis et ses semblables, tout fond simplement dans les mains, car il leur suffit d'aspirer à être et obtenir le meilleur, à dominer et à commander, à faire plier [sous eux] un monde qui tient du champ de bataille permanent...

 

Le malentendu, souligné par l'Autre, dont l'identité n'apparaît qu'à la fin, a des conséquences néfastes, si bien que, pour eux deux, s'aimer se réduit à un mauvais sort comme on en trouve dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé, ce qui donne un sens au titre nervalien.

 

Francis Richard

 

Les Inconsolés, de Minh Tran Huy, 320 pages, Actes Sud

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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