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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 22:00
Comme des Mohicans, de Philip Taramarcaz

Betuloz lui avait en particulier offert un livre de Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans. L'ecclésiastique avait reçu cet ouvrage des propres mains de l'écrivain américain, lors de son passage au col en 1832.

 

En ce mois de juillet 1874, Séraphin est novice depuis deux ans à l'hospice du Simplon, mais il n'a pas choisi de l'être. Son père l'a fait pour lui, parce qu'il est le cadet de ses enfants et que c'est donc juste et honorable qu'il entre dans les ordres.

 

Il n'a pas la vocation et n'aime pas les regards graveleux et insistants du chanoine Vernelaid. Une nuit il s'enfuit du monastère, laissant à son triste sort un autre novice, Gabriel, qui lui souhaite bonne chance et lui demande de ne pas l'oublier.

 

Séraphin emporte avec lui, dans son sac, des victuailles, un briquet, un couteau de poche, une veste de toile et, surtout, l'exemplaire du Dernier des Mohicans que lui a offert le chanoine Buteloz, le père maître qui a dépassé les septante ans.

 

Dans la vallée du Rhône, il rencontre Guérin, qui en a assez d'être exploité et battu par son oncle maternel depuis qu'il est gamin, et qui décide de partir, comme Séraphin, sans demander son reste, pour rejoindre sa mère qui travaille à Chandolin.

 

Les deux nouveaux amis, partent ensemble, Comme des Mohicans, qui marcheraient sans bruit dans une forêt profonde... Et connaissent des aventures comme celles racontées par Fenimore Cooper, dont Séraphin lit des passages à Guérin.

 

Même si jamais personne ne maîtrise complètement son destin, les deux amis apprennent, non sans tâtonner, à choisir eux-mêmes la place qu'ils occuperont en cette fin de siècle, où d'aucuns préfèrent perdre l'honneur plutôt que la réputation.

 

Même si leurs places les éloignent l'un de l'autre, ils éprouvent l'un pour l'autre une indéfectible et éternelle amitié. Dans les moments d'abandon ou de doute, Séraphin pourra toujours se souvenir de cette citation d'Épictète, faite par Betuloz:

 

Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes.

 

Francis Richard

 

Comme des Mohicans, Philip Taramarcaz, 232 pages, Slatkine

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 19:55
Nos rendez-vous, d'Éliette Abécassis

Ils restèrent un moment à commenter ce qu'ils aimaient lire, à se demander s'ils connaissaient tel ou tel auteur. Ils trouvèrent leur bonheur et s'offrirent, elle, une édition originale de Belle du Seigneur, et lui, Lettre à un jeune poète de Rilke.

 

Ils ont vingt ans lors de cette première rencontre. Il y en aura quelques autres, si bien qu'ils pourront parler un jour ensemble de Nos rendez-vous, mais ils ne savent pas encore que ce seront autant de rendez-vous manqués et que rien ne se produira naturellement entre eux comme cela aurait dû.

 

Chez elle, Amélie, bien que née en 1968, la libération de la femme [n'a] pas eu lieu. Chez lui, Vincent, bien que né également en 1968, la politesse, la timidité, la même éducation le font douter d'emblée qu'elle puisse s'intéresser à lui et la font considérer comme décidément inabordable.

 

Ce jour-là, ils se parlèrent, longuement, se quittèrent, se laissèrent leur numéro de téléphone. Mais, quand ils se donnèrent rendez-vous, il l'attendit en vain et quand elle vint, après avoir longtemps tergiversé, il était déjà parti, après avoir tenté vainement de la joindre au téléphone.

 

Amélie sait tout de suite qu'elle aime Vincent sans être capable de prendre les devants. Vincent est amoureux d'Amélie sans le savoir. Ils vont se rater à chaque nouvelle rencontre, comme si le destin décidait pour eux, alors qu'il suffirait d'un rien pour qu'il en soit autrement.

 

Amélie et Vincent vivent leur vie parallèlement dans une époque où les moeurs changent, où les familles se composent, se décomposent, se recomposent, ce qu'Éliette Abécassis décrit très bien, et où les nouveaux moyens de communiquer donnent l'illusion de la proximité des sentiments.

 

En géométrie euclidienne, les parallèles ne se rejoignent jamais. Il semble qu'il en soit de même pour les vies d'Amélie et de Vincent. Il faudrait que l'un d'eux fasse le premier pas, puis qu'ils se convainquent, après avoir perdu beaucoup de temps, qu'il est toujours possible d'aimer, de s'aimer...  

 

Francis Richard

 

Nos rendez-vous, Éliette Abécassis, 160 pages, Grasset

 

Livres précédents d'Éliette Abécassis chez Flammarion:

Philothérapie (2016)

L'ombre du Golem (2017)

 

Chez Albin Michel:

Et te voici permise à tout homme (2011)

Le palimpseste d'Archimède (2013)

Alyah (2015)

Le maître du Talmud (2018)

L'envie d'y croire (2019)

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 23:00
L'obscur, de Philippe Testa

Au moins il n'y a pas de solution de continuité dans la vision que Philippe Testa a du monde. Dans ce roman, comme dans le précédent, il peint en noir l'avenir de l'humanité. L'obscur serait ce qui l'attendrait prochainement, aux sens propre et figuré.

 

Son narrateur, qui est en quelque sorte son porte-parole, entonne un des airs connus de notre temps, mais projeté des années plus tard, en guise de présage. Mais cet air n'est pas si nouveau que ça, si bien qu'à bien des égards il s'agit plutôt d'une scie.

 

Il parle ainsi de surexploitation des êtres et des milieux au profit des Winners et des Happy Few, d'injustice sociale, d'aliénation, d'inégalités. Il incrimine propriété et responsabilité individuelle, et ne voit de salut que dans le collectif, le vrai, pas le fictif.

 

En tout cas, le monde dans lequel il vit emploie couramment des anglicismes, une sorte d'extension du domaine anglo-saxon: il est question de news-break, de days off, de socials, de co-workers, de comments ou de Global Screen, symbole de son uniformité...

 

Quand des black-out surviennent, jusqu'à l'ultime panne électrique, le narrateur en rend responsable l'homme et sa suffisance, l'homme et son adaptabilité, l'homme et son insatisfaction, avec pour résultats la laideur et un retour à la sauvagerie.

 

Une autre lecture du monde est cependant possible. Le narrateur n'est pas loin de la faire sienne quand il dit: Au fond, on veut surtout être guidé et qu'on nous dise quoi penser ou qu'il pointe les Leaders guidés au mieux par la cupidité et leur amour du pouvoir...

 

Quoi qu'il en soit, l'intérêt du roman est surtout de montrer les conséquences funestes qu'aurait la disparition de l'électricité pour les hommes, qui se feraient dévorer par les ténèbres (à  moins bien sûr que les Lumières ne réapparaissent avec leurs solutions...).

 

À la fin, le narrateur fait une découverte: Les livres... je ne sais pas ce que je serais devenu sans eux. Il m'a fallu du temps pour m'habituer à la lecture sur papier, car comme tout le monde, je ne lisais jamais plus de trois ou quatre pages d'affilée, et jamais autrement que sur un écran.

 

Comme quoi, il ne faut jamais désespérer... 

 

Francis Richard

 

L'obscur, Philippe Testa, 208 pages, Hélice Hélas

 

Livre précédent:

Le crépuscule des hommes, L'Âge d'Homme (2014)

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 18:15
Un toit, de Bernard Utz

Le narrateur de Bernard Utz a perdu sa femme, Célestine, et ne s'en remet pas. Au bout de quelque temps, il quitte son emploi, sur un coup de colère, et de tristesse.

 

Lui et Célestine avaient projeté de s'établir à la campagne et, à cette fin, avaient fait l'acquisition d'un petit terrain, tout près d'une forêt, à quelque distance d'un village.

 

Sur ce terrain, ils avaient décidé de bâtir Un toit. C'est ce projet qu'il veut maintenant mener à bien. Comme il ne dispose pas de gros moyens, il va le construire lui-même.

 

Oh ce ne sera qu'une modeste cabane, mais il pourra imaginer qu'il s'y touve avec Célestine. Il n'emportera avec lui que quelques effets et toute sa bibliothèque à elle.

 

Construire n'est pas une mince affaire et, ce n'est pas comme jadis, on n'est pas libre de construire ce que l'on veut: il y a des normes à respecter, qu'il ne connaît pas...

 

Il construit pourtant. Comme il n'est guère de distraction - il n'a ni téléphone, ni ordinateur - il se met à lire tous les livres lus par sa femme, ce qu'il n'aurait pas fait naguère.

 

Il construit sans se décourager par l'ampleur de la tâche; il lit, une manière d'être avec Célestine, en mettant ses yeux sur les lignes que les siens ont parcourues avant lui.

 

Il tient un journal dans lequel il confie, au fil des jours, les joies et les peines de sa vie solitaire, qui ne laisse pas d'inquiéter ses beaux-parents et sa soeur Rachel venus le voir:

 

Même si j'ai du plaisir à construire la maison, à écrire dans mon carnet ou à lire un bouquin, j'ai presque tout le temps du vague à l'âme: chaque petit bonheur, chaque découverte, j'ai envie de les partager avec Célestine.

 

Il n'aime pas l'expression faire le deuil employée par sa soeur: ce serait oublier Célestine qu'il aimait et cela voudrait surtout dire que leur amour, à eux deux, n'était pas éternel...

 

En construisant, en lisant, en écrivant, il emprunte une autre voie, celle que suggère Philippe Delerm dans un texte tiré de Et vous avez eu beau temps?, mis en épigraphe:

 

Car on est toujours seul face à la mort de ceux qu'on aime. Et s'il y a vraiment deuil, on a le droit aussi de ne jamais le faire.     

 

Francis Richard

 

Un toit, Bernard Utz, 120 pages, Éditions d'Autre Part

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21 février 2020 5 21 /02 /février /2020 20:15
Le livre des jumelles ou le piège du miroir, Claire Krähenbühl et Denise Mützenberg

Le livre des jumelles ou le piège du miroir est la réédition revue et corrigée du livre qu'ont publié en 2002 deux jumelles, Claire Krähenbühl et Denise Mützenberg, sous un titre différent ... qui est l'inverse. Pour échapper au piège?

 

A la date du 11 janvier 1990, Denise écrit dans son Journal de travail, reproduit en fin d'ouvrage, ce que celui-ci sera finalement: Il n'y aura pas une seule oeuvre mais deux voix distinctes qui se recouperont ici ou là comme nos vies.

 

Denise est éditée en lettres romaines, Claire en italiques. L'une écrit pourtant penché, l'autre droit. C'est ce qu'on apprend, par lecture attentive, et par dédicace. Au début, elles ne sont jamais seules, et disent plus volontiers nous que je.

 

Denise est la rouge, Claire, la transparente. Denise, qui des deux est le garçon manqué, déguisée en Arturo, aura deux fils, et Claire, déguisée en la fille de camp, deux filles. Comment, si jamais, distinguer en elles le vrai du faux?

 

Vous êtes des vraies?, demande-t-on à Denise qui sait que celles et ceux qui les ont aimées les ont toujours voulu singulières. Coque brisée, précise Claire, et chaque demi-fille entière, unique, bien refermée sur son noyau secret.

 

Pour Denise, leur histoire est métamorphose: elles sont d'abord un vocable Clairêdenise, puis deux, Claire et Denise; enfin, à travers un long va et vient de séparations et de retrouvailles, elles s'associent, reliées par une esperluette: 

 

Claire & Denise.

 

N'aura-t-il pas suffi que Claire, celle-qui-n'écrit-pas, écrive des poèmes qui n'étaient plus que beauté et que leur secret, transfiguré, demeurât à distance, sans accuser sa différence, pour que Denise ne soit plus sa rivale mais son éditrice?

 

Francis Richard

 

Le livre des jumelles ou le piège du miroir, Claire Krähenbühl et Denise Mützenberg, 256 pages, Éditions de l'Aire

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 21:45
Le naufragé, de François Colcanap

Le Port, comme je l'appelle, c'était la rue du Port. Elle partait de la mer pour monter vers le haut de la ville, la ville d'en haut, comme on disait au port. A la maison, on disait simplement le pays.

 

Joseph, le narrateur, vit avec ses deux parents dans une petite maison de la rue du Port. C'est-à-dire avec Maman, qui deviendra La Mère quand elle le comptera au nombre des hommes, et Le Père.

 

Cette famille est à elle seule un univers pour lui, comme une île au milieu d'un microcosme composé des commerçants et des pêcheurs de la partie portuaire de cette ville, où le temps semble s'être arrêté.

 

Un jour, à l'exception d'Eugène et de Jules, les pêcheurs se laissent tous convaincre qu'il faut préparer le futur, créer une vraie criée, acquérir de plus gros bateaux, et, pour ce faire, emprunter aux banques.

 

Jules, Le Père, raconte à La Mère ce qu'il a dit: Que ça, j'y connaissais rien et qu'ça m'intéressait pas de m'y intéresser. Or Joseph veut être pêcheur comme Le Père et, à dix-sept ans, le devient avec lui.

 

Les années passent. L'accident, dans lequel périssent Jules et Eugène, change la donne, d'autant que La Mère les suit dans la tombe. Les temps changent aussi, de même que la réglementation, plus contraignante...

 

Joseph, s'il n'est pas un entrepreneur, s'il n'est pas un pêcheur moderne - il est fidèle aux paroles du Père -, a des idées et l'une d'elles va séduire un fabricant à qui il s'est adressé pour la mettre en oeuvre.

 

Cette idée séduit celui-ci tant et si bien qu'ils travaillent ensemble et que, sa femme étant morte en couches et ses deux fils morts à la guerre, Joseph est destiné à lui succéder. Ce qui ne manque pas de se produire.

 

La disparition du patron pourrait changer sa vie, comme le pourraient les projets d'un prétendant à la mairie, un entrepreneur de travaux publics, pour qui le pays ne doit pas rester sur le bas-côté du progrès.

 

Mais nul n'est obligé de suivre ceux qui savent mieux que vous ce qui est bon pour vous, en se servant d'ailleurs copieusement au passage. Vivre, de surcroît libre et digne, c'est en effet tout autre chose:

 

Vivre, c'est être où l'on est, pleinement, être qui on est, sans tricherie.

 

Francis Richard

 

Le naufragé, François Colcanap, 176 pages, Slatkine & Cie

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 16:30
L'écharpe rouge, de Yves Bonnefoy

En fait dans sa première édition, au Mercure de France, en 2016, année de la mort du poète et essayiste, L'écharpe rouge est suivi d'un autre texte, Deux Scènes et notes conjointes, paru en 2009 aux éditions Galilée.

 

Yves Bonnefoy fait dans le premier récit un travail d'exégèse et d'anamnèse à partir d'un poème dont il a écrit des fragments une cinquantaine d'années plus tôt, en 1964, et qu'il n'a jamais pu, ni voulu terminer.

 

Ce travail est celui de la relation qu'il a eue avec ses parents, dont les vies décidèrent de [son] idée de la poésie: y inscrivant [son] sentiment de la finitude, [sa] conviction que c'est seulement l'expérience du temps vécu qui peut rendre sa vie à la parole.

 

Dans les Notes conjointes à Deux Scènes, il effectue un même travail, cette fois sur son récit. Il est donc cohérent que tous ces textes soient publiés dans le même volume et soient l'occasion pour lui d'une analyse à la lumière du passé.

 

Dans ce volume, en tout cas, Yves Bonnefoy se livre au lecteur et fait montre de la qualité de son écriture et de sa réflexion sur le monde, où, en chacun, rêve et rêve éveillé interagissent, sans qu'on en soit pour autant toujours conscient.

 

S'il excelle dans l'essai, ici sur lui-même, en explorant justement son inconscient, il expose aussi son idée de la poésie inspirée de la vie de ses parents. Pour lui la poésie a l'échange pour vocation; elle est bien plutôt métonymie que métaphore.

 

Ce qui le coupe de son père, c'est que celui-ci est quelqu'un qui ne lit pas et qui ne parle pas beaucoup. Ce qui lui fait dire: Le silence est la ressource de ceux qui reconnaissent, ne serait-ce qu'inconsciemment, de la noblesse au langage.

 

Pour sa part, il a toujours aimé dans les mots l'annonce qu'ils semblent faire d'un plus haut niveau de réalité que la pratique commune. C'est ce qui le rapproche de sa mère, d'un autre milieu que son père et dont celui-ci se sent exclu.

 

La poésie lui permet de se rendre compte que le désir d'être est plus profond en chacun de nous que celui d'avoir, de simplement posséder et de comprendre que l'espérance [...] est au coeur du projet de la poésie dont il retrouve le but:

 

C'est bien [...] d'aller dans la profondeur des mots à la réalité comme elle est, levant ce voile qu'est le concept quand il s'en tient à ses choix, c'est-à-dire à ses simplifications, ses oublis, comme c'est le cas dans l'idéologie ou les rêveries...

 

Alors, ce qu'il dit, dans Autre note conjointe, du Janus que nous sommes tous au fond, ne peut que nous interroger:

 

En nous veille quelqu'un qui détient un certain savoir et qui le médite, se le représentant dans sa propre langue quand l'occasion le permet, souvent un texte, ou une peinture, mais nous sommes aussi celui qui ne veut pas de cette sorte de connaissance et ferme ses yeux dans le texte même, ou l'image...

 

Francis Richard

 

L'écharpe rouge, Yves Bonnefoy, 272 pages, Mercure de France

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 17:15
Le Monde est ma ruelle, de Olivier Sillig

Quand Olivier Sillig dit: Le Monde est ma ruelle, il pourrait tout aussi bien dire que la ruelle est son monde, car, dans ce livre, il parle beaucoup de rues et de ruelles, en quelque lieu où il se trouve.

 

Le Monde, au cours des années, il l'a parcouru, à commencer par son pays, la Suisse, et sa ville, Lausanne, où il est né, et où il finit toujours par revenir comme un bateau à son port d'attache.

 

Cette fois, il se montre moins fabuliste qu'humain. Enfin c'est une façon de dire les choses parce que, quand il affabule, il n'en est pas moins humain, sans doute parce que rien d'humain ne lui est étranger.

 

A la faveur de 368 chroniques, il prend des notes sur l'Italie, la France, l'Allemagne, l'Est de l'Europe, l'Afrique de l'Ouest, le Sud de l'Afrique et l'Afrique du Sud, l'Amérique du Sud et le Mexique.

 

La plus ancienne de ses chroniques remonte au 24 avril 1984 et la plus récente au 10 octobre 2017, ce qui représente un sacré voyage dans l'espace et dans le temps pour connaître la vraie vie.

 

Il est bien conscient que, lorsqu'il voyage seul, il regarde trop: Ce qu'on voit est intéressant, éventuellement juste, mais ce n'est pas la vraie vie, la vie de l'intérieur. Alors, il ne voyage pas toujours seul.

 

Sinon il a acquis une grande faculté d'adaptation en voyageant sac au dos, en se logeant quelquefois dans des conditions sommaires ou dans des situation de promiscuité merveilleuse.

 

Son adaptabilité personnelle le conduit à écrire:

 

J'ai souvent tendance à penser que si l'on n'a pas d'aile, on ne doit pas voler. Que si, dès le départ, on est homo, on devrait renoncer à avoir des enfants. De même si pour des raisons physiologiques la nature ne nous le permet pas. Et que si l'on n'est pas content de son sexe, qu'il faut faire avec.

 

Est-ce à dire qu'il n'aime pas ceux qui pourraient ne pas avoir tendance à penser comme lui? Non pas. Dans un taxi-brousse, un bâché 404, au Mali, il ne peut se retenir d'avoir ce cri du coeur:

 

Eux [une jeune infirmière et un apprenti, blottis l'un contre l'autre], et nous, [deux autres passagers et lui], dégageons tous une sensualité immense, asexuée je crois, transgenre, trans-race, trans-classe, trans-tout, trans-univers, totale, genre transe bouddhique. [...] Humanité, je t'aime!

 

Ces notes prises en voyageant ne sont pas perdues puisque, non seulement, elles sont données à lire aujourd'hui, mais qu'elles ont parfois un rapport avec l'imaginaire de l'écrivain qu'il est, entre autres.

 

Ainsi l'idée de départ de son roman, Le Poids des corps, lui a été inspirée par une seringue chargée et crasseuse traînant dans les escaliers d'accès aux caves de son immeuble où son voisin de palier dealait.

 

Parfois la fiction précède la réalité. Dans un township contigu à Soweto, il découvre une cabane basse qui est précisément le décor de la toute fin de [son] roman La Cire perdue, écrit deux ans plus tôt...

 

Dans ses chroniques, il est question de beauté et de laideur, de corps et d'esprits, d'odeurs artificielles et sui generis, de scènes de rues et de beaucoup plus de rencontres que dans la vie ordinaire.

 

Il n'est pourtant pas besoin d'aller loin pour découvrir toute l'ironie qu'une scène de rue peut délivrer. A Lausanne, dans le passage souterrain de Chauderon, il reçoit un jour ce message subliminal:

 

Quatre flics, dont une femme, interceptent un dealer africain. Alors qu'ils le fouillent, dans l'intervalle laissé entre leurs épaules et le harnachement plein de gadgets qui ceint leur tenue de parachutistes bleus, sur le t-shirt de celui qu'ils sont en train de fouiller au corps, sur fond noir, noir comme sa peau, en belle écriture blanche, bien claire, bien nette, je peux lire: J'aime ce que vous faites...   

 

Francis Richard

 

Livres précédents:

 

Gavroche 21.68, Hélice Hélas (2018)

Je dis tue à tous ceux que j'aime, L'Âge d'Homme (2017)

Jambon dodu, Hélice Hélas (2016)

Jiminy Cricket, L'Âge d'Homme (2015)

Le poids des corps, L'Âge d'Homme (2014)

La nuit de la musique, Encre Fraîche (2013)

Skoda, Buchet-Chastel (2011)

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 20:15
Les Rivières du péché, de Yves Balet

Ma vie a été celle d'un handicapé de l'âme et du corps. Pendant toutes ces années, mon tortionnaire a vécu en propageant la parole du Christ et en récoltant les fruits d'une admiration qu'il ne méritait pas de la part de fidèles ignorants.

 

En juillet 2006, revenu en Suisse pour l'enterrement de son père quelque temps auparavant, Christophe Bédat demande conseil à Maître François Ledain, avocat à Sion, du même âge que lui et originaire comme lui du village de Saint-Fortunat en Valais où ils se seraient connus, bien que François ne se souvienne pas de Christophe...

 

Christophe vient voir François parce qu'il risque d'être accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis sur la personne d'un prêtre, Fabrice Merloz, un peu plus âgé qu'eux deux . Or celui-ci, un demi-siècle plus tôt, en avril 1957, l'a violé, le jour du Vendredi Saint, au bord de la rivière de la Borgne, alors qu'il était âgé de treize ans:

 

Chaque jour, l'offense qui m'a été faite, je l'ai portée en moi. Je l'ai ressentie dans le regard de chaque femme que j'ai rencontrée.

 

Alors Christophe décide, en le faisant souffrir moralement, de se venger de Fabrice, qui a gâché sa vie et qui est revenu après avoir été prêtre en Argentine. Là-bas il s'est comporté en prédateur avec des garçons mineurs, incapable de contenir ses pulsions, en dépit de la soutane qu'il a revêtue pour sortir de sa condition de paysan.

 

Fabrice Merloz est mort dans la cure de Saint-Fortunat. L'enquête  conclut d'abord à un suicide, mais risque d'être ré-ouverte à la faveur d'un fait nouveau. Avant de mourir, Fabrice Merloz a rédigé une lettre adressée à un jeune garçon dans laquelle, s'il meurt, il désigne Christophe en termes à peine voilés comme son meurtrier.

 

Ayant reçu une copie de cette lettre, Christophe fait l'objet d'un chantage pour qu'elle ne soit pas divulguée. François lui conseille de ne pas y céder et de faire confiance à la justice. Il veut bien accepter d'être son avocat à condition toutefois qu'il ne lui cèle rien. S'il apprend qu'il lui a menti, il résiliera son mandat sans autre préavis.

 

Hormis la lettre, sur l'arme qui a tué Fabrice, les empreintes digitales de Christophe sont retrouvées. Il est le coupable désigné et il sera difficile à Maître Ledain, aidé de ses associées, Carine et Amandine, de prouver son innocence, d'autant que face à lui le procureur et l'avocat de la partie civile ne sont pas prêts à lui faciliter la tâche.

 

Quoi qu'il en soit, l'instruction, puis les débats réservent bien des surprises aux protagonistes et montrent que la justice humaine l'est bien en ce sens que même les faits en apparence bien établis peuvent être le résultat de manipulations de la part des uns ou des autres. L'épilogue de l'histoire, qui en est l'acmé, ne dément pas le propos.

 

Francis Richard

 

Les rivières du péché, Yves Balet, 336 pages, Slatkine

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 17:15
Le dernier des Dulac, de François Antelme

Le 3 août 1740, Augustin Louis du Lac, né à Saint-Malo en 1716, arrive à l'Isle de France. Ami personnel de Mahé de La Bourdonnais, il y fait fortune. Mais, ayant contracté la fièvre typhoïde, il rend l'âme le 19 janvier 1772.

 

La Révolution Française survient avec l'arrivée d'un paquebot français à Port-Louis le 31 janvier 1790. Les du Lac deviennent les Dulac. Les Anglais conquièrent l'île en décembre 1810, laquelle n'est cédée à l'Angleterre qu'en 1814.

 

A partir de là, l'île de Paul et Virginie ne s'appellera plus jamais France, mais Maurice. En 1835, l'esclavage est aboli. Une main d'oeuvre d'origine indienne arrive en masse. Les générations de Dulac se succèdent et prospèrent.

 

Le roman de François Antelme débute avec la mort de Bérengère Dulac le 25 novembre 1928, après qu'elle a mis au monde un troisième enfant, Marc. Le calvaire de son mari, Eugène, Le dernier des Dulac ?, ne fait que commencer.

 

Car les malheurs s'abattent dès lors sur lui. Si, tout au long de sa vie, il réussit à maintenir sa fortune en dépit des vicissitudes - l'île Maurice est en proie à des difficultés économiques et sociales -, il ne connaît pas de bonheur personnel.

 

En effet la mésentente - le mot est faible - entre lui et son fils Marc empoisonne leur existence à tous les deux et se répercute sur les autres membres de la famille, alors que persistent des zones d'ombre sur les derniers mois de Bérengère. 

 

Pendant la grossesse de sa femme, Eugène est absent longtemps pour remplir une mission à Londres. Il se rend compte à son retour que Bérengère, qu'il aime plus que tout, n'est plus la même. Avant de mourir, elle lui demande pardon...

 

Le journaliste Amaury Deveyne, qui, un jour, est hospitalisé en même temps que Marc à Paris, mène, à partir des années 1980, l'enquête sur la famille Dulac. Parviendra-t-il enfin à connaître la vérité sur cette illustre et finissante cordée?

 

Francis Richard

 

Le dernier des Dulac, François Antelme, 304 pages, Slatkine & Cie

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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 17:00
Au prochain Top, de Julien-François Zbinden

Au prochain Top est le dernier volume d'une trilogie, commencée avec A tu et à toi et avec De vous à moi. Julien-François Zbinden précise toutefois que chacun de ces volumes bénéficie d'une totale autonomie et qu'il peut être lu indépendamment des deux autres...

 

Celui-ci est-il le dernier? Rien n'est jamais sûr, même si le temps passe... En tout cas, ce qui interpelle le lecteur, comme d'aucuns disent, c'est que l'auteur l'a rédigé dans sa 102e année et qu'il a maintenant 102 ans révolus, précisément depuis le 11 novembre passé.

 

Ce n'est pas tant la performance d'écrire à cet âge qui étonne que la jeunesse de ton présente dans ces lignes, où alternent des souvenirs d'autres époques que les moins de ... ne peuvent pas connaître, et des réflexions, entre autres, sur les moeurs et les états d'esprit d'aujourd'hui.

 

Ses souvenirs de naguère évoquent ainsi les figures d'Ernest Ansermet, d'Émile Unger, de Jack Rollan, de Joséphine Baker, de Grock ou d'André Charlet; ses voyages au Sahara, sur le Queen Mary 2 ou en URSS; des événements tels que la Fête des Vignerons de 1955 ou Expo 64.

 

Mais ce sont les réflexions de l'auteur qui retiendront surtout l'attention de lecteurs de tous âges. Un florilège de quelques-unes, tirées bien sûr subjectivement de leur contexte, illustreront le franc-parler et le bon sens de ce compositeur de musique, devenu écrivain sur le tard:

 

A propos de la fainéantise:

Ne pas se poser de question est certainement le préalable incontournable pour ne pas souffrir de ne rien faire.

 

Du football:

Je ne parviens pas à me débarrasser de ce sentiment: le football masculin fait viril, le football féminin fait vulgaire.

 

De Greta Thunberg intervenue au Forum de Davos en 2019:

Je trouve un peu simple de penser qu'il suffit d'une déclaration d'une enfant ou d'une adolescente pour que le monde entier pense que tous les adultes qui consacrent leur vie à la recherche de solutions sont des incapables.

 

Des chiens et des chats:

Un chien qui ne retrouve pas son maître est un chien perdu. Un chat dans la même situation est un chat errant.

 

De la mode:

Je déplore que la mode puisse faire l'apologie du dépenaillé, de la laideur ou de la stupidité comme c'est le cas des jeans troués et des talons aiguilles.

 

De l'emploi du mot juste:

Bientôt, sans friser le ridicule, on pourra dire c'est juste faux!.

 

De l'omission par Dieu d'une chose importante:

Comme l'on éteint la lumière pour s'endormir, on devrait pouvoir, à l'instar du sommeil, éteindre, mais à volonté, le cours des idées qui nous préoccupent...

 

De l'élite:

L'élite? Rien d'autre que la somme de ceux et de celles qui ont le désir, puis la volonté, et souvent le courage, de faire mieux!

 

Francis Richard

 

Au prochain Top, Julien-François Zbinden, 132 pages, Éditions de l'Aire

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 22:45
La plume du calamar, de Sven Bodenmüller

La plume du calamar? C'est le squelette de la bête, laquelle doit être retirée avec précaution afin d'éviter qu'elle ne se brise à l'intérieur du manteau...

 

Avant d'en arriver à l'épisode décisif et prémonitoire, quoique mystérieux, de cette plume, il va se passer quelques années dans l'amitié entre le narrateur et Léo.

 

Même si Léo prétend qu'ils se sont croisés auparavant, le narrateur n'en a aucun souvenir. Mais il se souvient de la première fois où Léo est entré dans l'atelier François Corbin.

 

Il y est en effet entré dans une tenue de cow-boy qui n'est pas passée inaperçue: jean noir, boucle de ceinture démesurée, chemise à carreaux rouges, santiags, stetson sur la tête...

 

Mécanicien de formation, Léo en a eu assez de bouffer de l'huile de vidange matin et soir: pour lui, l'horlogerie, c'est comme le moteur d'une voiture, mais en plus simple...

 

Après sa venue, puis celle de nouveaux apprentis, l'atelier ressemble à un carnaval où se font la guéguerre d'un côté Léo et le narrateur et de l'autre des collègues trop sérieux.

 

Un carnaval? Parce que l'on s'y rie des règles en les transgressant avec une inconséquence des plus légèresun carnaval, où l'insignifiant [prend] des proportions inimaginables.

 

Quand Claudia arrive plus tard dans l'atelier, il suffit à Léo de plonger son regard dans ses yeux tempétueux et d'apercevoir la profondeur abyssale de ses seins... pour en être obsédé.

 

Or Claudia - le narrateur parle de veuve noire - s'avère femme fatale pour Léo dans le plein sens de l'expression. La façon dont elle tisse sa toile pour l'entortiller est... un cas d'école. 

 

D'une telle toile il est impossible de se dépêtrer et Sven Bodenmüller le montre à l'envi dans son récit jusqu'à l'énigmatique épisode de la plume, symbolique de la fin...

 

Francis Richard

 

La plume du calamar, Sven Bodenmüller, 292 pages, Éditions Encre Fraîche

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 20:00
Du quartier des tanneurs à la rue des parfumeurs, d'Alphonse Layaz

Alphonse Layaz se livre à du tableautinage dans ce livre composite. Mais, rassurez-vous, ce n'est pas répréhensible... Il ne s'y livre d'ailleurs pas seulement Du quartier des tanneurs à la rue des parfumeurs à Bagdad...

 

Car Alphonse Layaz, par exemple, emmène le lecteur en Orient, au sens le plus large qui soit, puisque son Orient inclut non seulement le Proche Orient mais le Maghreb et les rapports qu'ils entretiennent avec l'Europe.

 

Il fait alors une observation de portée universelle à propos de terres occupées:

 

Héroïnes pour les uns, terroristes pour les autres: dans toutes les guerres de résistance, les femmes jouent, le plus souvent dans l'ombre, un rôle prédominant.

 

Vous avez dit tableautinage? Oui, parce que le peintre - la couverture est de lui - le dispute à l'écrivain pour élaborer ces textes courts qui sont autant de tableautins sur la vie et la mort des êtres humains passés et à venir.

 

L'épigraphe de Victor Hugo n'est donc pas fortuite:

 

Depuis six mille ans la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs.


Il est question d'animaux, même si les aimer ne veut pas dire pour autant aimer les gens selon le dicton de son aïeule, et notamment de chats, même si l'auteur se demande s'il n'est pas indécent d'en parler après Colette...  

 

Il est question de gens humbles, qui, par exemple, peuvent être des proies faciles pour des puissants que des lois autorisent à dépouiller sans vergogne ou qui sont devenus, malgré eux, des cabossés de la vie, par infortune.

 

Il est question de souvenirs personnels, bons et mauvais, et de sa poliomyélite qui l'a atteint à 18 mois et qui a eu pour conséquences de mettre un terme à un avenir paysan (fomenté par ses parents?), de faire de lui un érudit:

 

Le livre, compagnon le plus souvent clandestin, m'habita dès lors, à la manière d'un songe qui ne meurt jamais.

 

Il est question de croyances et de superstitions et l'auteur est enclin au doute (La foi: phénomène inexplicable), d'autant que les croyants lui donneraient plutôt de mauvaises pensées que ne désavouerait pas Voltaire:

 

Chez les chrétiens et chez les musulmans, persuadés d'être en communication directe avec Dieu, la tentation du fanatisme religieux l'a emporté sur la tolérance que l'on pouvait attendre d'"hommes de bonne volonté".

 

Il est question de la mort qui fait peur aux vieux - l'auteur aura quatre-vingts ans le 8 avril prochain. Même s'il trouve que la Terre ne tourne pas très bien depuis quelque temps, il n'a pas pour autant envie de la quitter:

 

J'aimerais vivre longtemps encore, malgré les ennuis que cette prétention suppose: j'aimerais progresser dans le beau et un peu dans le bien.

 

Francis Richard

 

Du quartier des tanneurs à la rue des parfumeurs, Alphonse Layaz, 160 pages, L'Aire

 

Livres précédents:

La passagère et soixante autres petits faits divers (2015)

J'ai vu le loup, le renard et la belette... (2019)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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