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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 01:00
"La marche des lemmings" de Serge Federbusch

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde." Albert Camus

 

Dans la dernière page de son livre, La marche des lemmings, Serge Federbusch fait cette citation, en manière de conclusion. Et il est vrai que cette citation résume bien sa démarche, nommer sans détours le danger que représentent les progrès de l'islamisme en France.

 

Pour cela il montre dans son livre que ce danger n'a pas été mesuré à sa juste hauteur avant et après la première mort de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

 

Le premier chapitre s'intitule Les grands cimeterres sous la lune, qui font immédiatement penser au livre de Georges BernanosLes grands cimetières sous la lune, où il dénonçait les atrocités commises par les nationalistes espagnols, prétendument chrétiens, pendant la Guerre Civile.

 

Le premier paragraphe de ce premier chapitre s'intitule Balles tragiques chez  Charlie: douze morts, qui font immédiatement penser à la une fatale de Hara-Kiri après la mort de Charles de Gaulle: Bal tragique à Colombey: un mort. Une semaine plus tard Hara-Kiri, qui s'était fait seppuku, renaissait de ses cendres, tel le phénix, sous le nom de Charlie-Hebdo...

 

Ces allusions, à peine voilées, à des titres antérieurs, ne sont pas fortuites: il y a d'un côté l'islam fondamental, celui des origines - les cimeterres sont des sabres courbes employés par les musulmans du Moyen-Orient lors de leurs conquêtes -, de l'autre le goût souvent douteux des attaques contre les cibles de l'hebdo satirique:

 

"Charlie Hebdo avait tendance, on l'oublie un peu vite, à réserver les plus salaces croquis aux catholiques, moins hargneux et moins dangereux que les musulmans."...

 

Une étude montre de plus que les unes de l'hebdo sur une période de dix ans prennent trois fois plus pour cibles les chrétiens que les musulmans...

 

Les cibles des frères Kouachi, Chérif et Saïd, et d'Amedy Coulibaly n'étaient pas toutes des caricaturistes ni des journalistes, mais il faut croire qu'il y a des victimes moins anonymes que d'autres...

 

Quoi qu'il en soit, tous ces morts sont le résultat d'un nombre incroyable de carences que Serge Federbusch souligne d'entrée, force détails à l'appui: allègement insensé de la protection de  Charlie Hebdo peu de temps auparavant, étonnante inertie des services de renseignement à l'encontre des futurs assassins, étrange cavale des frères Kouachi, qui n'ont rien fait pourtant, dans leur fuite, pour se dissimuler...

 

Pour occulter les responsabilités de l'État, rien de tel qu'une diversion, si possible de grande ampleur, histoire aussi de faire oublier, un temps du moins, les piteux résultats d'une politique socialiste: hausses ralenties seulement de l'impôt et des dépenses publiques, inversion improbable de la courbe du chômage, croissance des déficits et de la dette, soumission à Berlin...

 

La communication est essentielle dans ces circonstances et les communicants présidentiels, aidés par la presse socialisante, vont transformer Hollande "en quasi héros ayant su dominer ses émotions et la situation alors qu'il fit le minimum obligé":

 

"Hollande a été absous de ses errements antérieurs grâce aux frères Kouachi et à Coulibaly. Les crimes de janvier 2015 n'ont eu qu'un seul bénéficiaire objectif et il se trouve à la tête de l'État."

 

Mais, pour faire diversion, une grande manifestation populaire, c'est encore mieux qu'une simple communication médiatique, fût-elle unanime:

 

"Le principe d'une manifestation sous la houlette de l'État fut acquis dès le 8 janvier. Elle devint immédiatement l'une des préoccupations essentielles du pouvoir, aussi importante que la traque des assassins. Les services de la préfecture seront en effet mobilisés avec des moyens jamais vus dans des délais aussi courts pour un événement imprévisible trois jours plus tôt."

 

Et tout est fait pour contribuer au succès de cette grande manifestation: moyens considérables alloués à l'organisation, appels au peuple des médias unanimes, invitation à manifester faite à des représentants d'États étrangers, dont nombre d'entre eux, pourtant, n'hésitent pas, chez eux, à réduire les journalistes au silence...

 

Et puis il y a la trouvaille de Joachim Roncin, directeur artistique de la revue Stylist, qui publie son logo "Je suis Charlie" à 12:52 sur Twitter le 7 janvier, une heure et quart à peine après le massacre, et qui aura, repris par une foultitude, le succès phénoménal que l'on sait, sans que l'on sache comment l'interpréter:

 

"Un premier niveau de lecture y voit une forme directe et émouvante de solidarité courageuse. Un second y décèle au contraire une pulsion suicidaire, une incitation à l'attentat, un réflexe d'identification périlleux. Un troisième y voit un talisman protecteur: arborer "Je suis Charlie", c'est montrer à d'éventuels adversaires qu'on fait partie d'une communauté nombreuse et puissante qui ne se laissera pas malmener.

 

Après avoir fait diversion pour occulter les responsabilités du pouvoir en place, une autre diversion est mise en place, se superposant à la première, avec pour but de dévier "la charge émotive susceptible de se diriger contre les musulmans". Ce fut l'adoption des deux lignes de défense suivantes:

 

"La première consistait à réfuter le lien entre islam et terreur en le qualifiant d'amalgame; la seconde ne craignant ni paradoxe ni contradiction, à opérer aussitôt un amalgame en mettant sur le même plan l'extrême-droite et le terrorisme musulman."

 

Ces deux lignes de défense, où un amalgame chasse l'autre, sont adoptées par tout ce qu'il existe de médias à gauche: Libération, L'Obs, Médiapart etc. et "repris, comment s'en étonner, par la plupart des politiciens de gauche et une large fraction de ceux de droite".

 

François Hollande, en visite à l'Institut du monde arabe à Paris, poussera le bouchon plus loin en parlant, sans rire, des "musulmans, premières victimes du fanatisme, du fondamentalisme et de l'intolérance"...

 

Serge Federbusch pose la question qui fâche: "L'islam et les populations d'origine immigrée ont-ils une responsabilité particulière dans ces événements? En d'autres termes, comment en sommes-nous arrivés là?"

 

L'auteur rappelle que deux lobbies ont trouvé un intérêt dans l'immigration africaine: dans un premier temps le patronat et ses sergents recruteurs pour bénéficier d'une main-d'oeuvre à bas prix et obéissante; dans un deuxième temps, la gauche, notamment socialiste, pour bénéficier d'un électorat de "grande substitution", comme l'appelle le think tank de gauche Terra nova, aux ouvriers partis massivement voter FN:

 

"Dans ce contexte, la pression migratoire a en retour alimenté une réaction de rejet à l'extrême-droite qui a touché ensuite un plus large spectre de la sensibilité politique. Sa formulation la plus directe, qui a été donnée par Renaud Camus sous le nom de "grand remplacement", peut être considéré comme le pendant de la grande substitution de Terra nova."

 

Force est de constater que "l'islam se répand rapidement en France" et qu'on peut y voir une réaction identitaire et une recherche de dignité de la part de populations réduites à des emplois subalternes ou qui ont des difficultés à s'insérer dans le marché du travail: "L'islam est la réponse conservatrice, protectrice" à un univers perturbant de compétition permanente.

 

Force est de constater que cette dynamique religieuse s'accompagne d'une "montée d'un sentiment antijuif, d'une haine de l'ordre établi et d'un fondamentalisme musulman qui peut déraper vers une violence à la Kouachi". Il n'y a pas de "séparation étanche entre islam et islamisme".

 

L'islam, au contraire de l'Eglise catholique qui s'est assagie et n'est plus celle de l'Inquisition et des croisades, éprouve de grandes difficultés à s'adapter et le blasphème reste pour lui un crime. Et le nombre de plus en plus important de musulmans "permet une radicalité et une véhémence que l'extrême minorité des temps passés n'autorisait pas".

 

Le fait est que "les prédicateurs extrémistes  investissent un nombre croissant de mosquées", que nombre de musulmans ne se sont pas sentis "Charlie" et que peu de Français arabes et noirs ont participé à la grande manifestation du 11 janvier.

 

Il n'en demeure pas moins que ce refus généralisé de voir cette réalité de la montée de l'islamisme conduit à une attitude de plus en plus conciliatrice - Serge Federbusch parle de dhimmicratie - à l'égard de ce fondamentalisme et à une censure et autocensure "sur les sujets migratoires et/ou musulmans" pour prétendument éviter l'amalgame: 

 

"En définitive, le résultat paradoxal des meurtres de janvier 2015 est d'ores et déjà de conférer aux fondamentalistes davantage d'impunité."

 

Bref, les foules qui ont manifesté le 11 janvier, ont été trompées: "La marche républicaine peut donc être considérée comme un défilé de lemmings." Au sens symbolique que leur confère la croyance populaire de leur suicide en masse lors de leurs migrations:

 

"En s'identifiant à la victime, avec comme seul correctif le nombre, la foule espère se protéger sans avoir à combattre. Mais l'islamisme agit comme un germe qui a déjà franchi les barrières immunitaires de la société d'accueil. La multitude d'organismes hôtes et leur proximité ne peuvent, au contraire, qu'accélérer la diffusion."

 

Les seules piètres réponses de l'État aux progrès de l'islamisme? Réprimer davantage ceux qui dénoncent les dérives de l'islam et donner tout pouvoir, liberticide, aux espions français "pour écouter ou intercepter les conversations ou correspondances électroniques de présumés suspects".

 

Il ne sert de rien, comment l'État le fait, de détourner ainsi son regard des progrès de l'islamisme: "Tôt ou tard les lemmings vont devoir apprendre à lutter."

 

Francis Richard

 

La Marche des lemmings, Serge Federbush, 190 pages, Ixelles éditions

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 11:15
"Piketty, au piquet!" de Frédéric Georges-Tudo

Paru il y a près de deux ans maintenant, à l'été 2013, Le Capital au XXIe siècle, de Thomas Piketty, est un best-seller: il se serait vendu à un million et demi d'exemplaires dans le monde... Ne serait-ce que feuilleter ce pavé de 976 pages ne donne pourtant pas envie au lecteur le plus impénitent de s'y plonger...

 

Dans son essai, Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo le résume en 10 points, qui, à lire les recensions, favorables ou non, ne semblent pas trahir les grandes lignes de ce pensum et permettent de ne pas s'en infliger la lecture, même s'il doit être certainement un excellent remède contre l'insomnie...

 

Le résumé du Capital de Piketty

 

En résumé de ce résumé, Thomas Piketty tente de démontrer, force données statistiques à l'appui (115 tableaux et graphiques):

 

1) que le capitalisme génère exponentiellement les inégalités de richesse entre les individus

2) que la part du total des revenus capté par le 1% des plus riches Américains n'a cessé de s'accroître (30% contre 20% au début des années 1980)

3) que ce centile supérieur a capté 60% de la croissance des revenus au cours des 30 dernières années

4) que les inégalités patrimoniales sont encore bien plus criantes

5) que l'explication de ces inégalités est donnée par la loi fondamentale selon laquelle le rendement du capital est toujours supérieur au taux de croissance

6) que cette loi a été mise entre parenthèses pendant une partie du XXe siècle grâce une imposition élevée sur le capital

7) que, la croissance étant désormais atone, environ1%, due à une faible démographie et un ralentissement de l'innovation, et l'imposition sur le capital étant plus faible, cette loi se vérifie à nouveau: le rendement du capital est de l'ordre de 5%

8) que l'accroissement des inégalités qui en résulte est amplifiée du fait que les revenus du travail des plus riches pèsent moins que leurs revenus provenant du capital, du fait qu'ils peuvent faire des placements plus rentables que les autres individus, et du fait que, si leur capital est placé dans des multinationales, son rendement est encore plus élevé

9) que les rentiers sont favorisés au détriment des entrepreneurs

10) que le seul moyen de remédier aux inégalités est d'augmenter la progressivité des impositions sur les revenus et fortunes

 

Les escroqueries intellectuelles

 

La démonstration de Piketty serait, peut-être, davantage convaincante si elle ne reposait pas sur des escroqueries intellectuelles:

 

1) Pour comparer les revenus Thomas Piketty omet d'ajouter les aides sociales et de soustraire les impôts subis, bref il ne tient pas compte des mécanismes de redistribution

2) Une investigation menée par le Financial Times montre qu'il y a, dans les chiffres cités en abondance à l'appui de sa démonstration, des erreurs de transcription, des calculs de moyenne laissant à désirer, des extrapolations hasardeuses, des ajustements inexpliqués etc.

3) Une étude de l'IREF montre, quant à elle, que Thomas Piketty confond sciemment les notions de capital et de patrimoine détenu par les ménages, et qu'il compare les rendements du capital en prix courants aux taux de croissance en prix constants...

4) Thomas Piketty arrive miraculeusement à tracer les graphiques du rendement du capital (après impôts) et du taux de croissance depuis l'Antiquité jusqu'à l'an 2000 et à faire une projection de leur évolution jusqu'en 2200...

5) Thomas Piketty afirme que les millionnaires font des placements peu risqués et très profitables en comparaison de ceux du petit peuple, mais passe sous silence leurs investissements en bourse, qui sont on ne peut plus aléatoires

6) Thomas Piketty attribue à Roosevelt, en 1933, le relèvement à 63% de la dernière tranche d'imposition, alors que c'est Hoover qui l'a fait en... 1932

 

Thomas Piketty est pris la main dans le pot de confiture d'un autre truquage de chiffres par Frédéric Georges-Tudo: il avait dit en 2011, avant la présidentielle de 2012, que "plus vous êtes riche, moins vous payez d'impôts". C'était un mensonge éhonté de l'économiste français... que Tudo démonte sans problème.

 

Les erreurs d'analyse

 

Exemples:

 

1) La contradiction sur le rendement du capital

 

La plus belle contradiction de Thomas Piketty se trouve dans ses deux affirmations suivantes, résumées en ces termes par Frédéric Georges-Tudo:

 

1) "Le capital se reproduit seul et de manière automatique, ce qui contribue à son irréfrénable accumulation entre les mains d'un nombre de plus en plus réduit de bénéficiaires."

2) "Le capital est hautement volatil et incertain comme mécanisme individuel d'accumulation de richesses."

 

La première affirmation vient au secours de sa loi fondamentale du capitalisme (le rendement du capital est supérieur au taux de croissance) et la seconde à son refus de toutes retraites par capitalisation...

 

Si l'affirmation 1) est vraie, elle suppose que le capital est de connivence avec l'Etat. Autrement, le rendement du capital est imprévisible: "L'économie réelle se charge de désigner des vainqueurs et des vaincus dans chaque couche de la société."

 

Frédéric Georges-Tudo passe en revue les démonstrations des contradicteurs de Thomas Piketty. Ils sont légion ceux qui soulignent ses interprétations erronées des lois fondamentales de l'économie:

 

"Qu'ils appartiennent à l'école marxiste, keynésienne, néo-classique ou autrichienne, les chercheurs en science économique sont donc nombreux à rhabiller notre génie national pour l'hiver."

 

Le lecteur lira avec profit leurs diverses démonstrations exposées dans le livre de Frédéric Georges-Tudo.

 

2) Le petit nombre qui accroît sa richesse et qui devient infime

 

Thomas Piketty ne sait pas (en tout cas il se garde d'en parler) que les plus grosses fortunes sont détenues essentiellement par des entrepreneurs (au niveau mondial il n'y a que 13% d'héritiers parmi les 211'275 individus qui ont une fortune supérieure à 30 millions de dollars).

 

Et ce ne sont pas toujours les mêmes au cours du temps: "Une étude du Crédit Suisse révèle ce chiffre saisissant: parmi les 613 milliardaires identifiés en 2000, seuls 52 l'étaient toujours dix ans plus tard." Ce qui est vrai pour les fortunes l'est d'ailleurs pour les gains annuels.  Ce qui remet en cause la théorie de Piketty d'accumulation automatique de capital.

 

Et sa théorie sur la concentration des richesses? Une partie de la réponse se trouve dans cette alternative: est-il préférable d'avoir des inégalités et moins de pauvreté ou moins d'inégalités et plus de pauvreté?

 

Encore faut-il s'entendre sur le terme de pauvreté. Comme on définit le seuil de pauvreté en termes relatifs - vit en-dessous du seuil de pauvreté "la part de la population dont les revenus sont inférieurs à 60% du revenu médian constaté" -, plus une société est riche, plus il est élevé...

 

Si l'on utilise le PIB par tête, "la situation des américains "pauvres" est  dans l'ensemble préférable à celle de la plupart des classes moyennes du reste de l'humanité". Si l'on utilise l'indice de bien-être de l'OCDE, "la catégorie du décile inférieur américain profite d'une existence plus enviable que celle du décile supérieur israélien, russe, portugais, brésilien, mexicain, turc etc.".

 

En admettant que le rendement du capital soit de 5% et que le taux de croissance soit de 1% comme le prétend Piketty, et que le centile supérieur réinvestisse 70% de ses revenus de capital, que se passe-t-il? L'IREF s'est livré  à cet exercice théorique et aboutit à la conclusion que l'histoire s'arrête en 2034: "Faute de patrimoine disponible pour permettre la croissance de leur richesse, les plus riches n'ont plus rien à se mettre sous la dent"...

 

Le ralentissement conjoint de la démographie et de l'innovation risquent-ils de priver durablement l'Occident d'un fort taux de croissance? Cette affirmation pikettyste, basée sur sa deuxième loi fondamentale du capitalisme, relève tout simplement de la science-fiction... Et Frédéric Georges-Tudo, en réponse, envisage des options plus réjouissantes et plus vraisemblables, que le lecteur de son livre découvrira par lui-même.

 

Les recommandations désastreuses

 

Pour stopper la spirale inégalitaire sans fin d'un "capitalisme inhumain" à l'agonie, Thomas Piketty préconise "l'avènement d'un néo-communisme cauchemardesque". Comment? En instaurant une fiscalité mitonnée tout spécialement pour les riches:

 

- un ISF, impôt sur la fortune, annuel, mondial ultraprogressif, idéalement de 10% au-delà d'un milliard d'euros

- un IR, impôt sur le revenu, ultraprogressif, idéalement de 80% au-delà de 400'000 euros.

 

Stefan Homburg, professeur à l'université de Leibniz, a pris un exemple pour voir ce que cela donnait:

 

- patrimoine de 1 milliard d'euros: ISF = 100 millions d'euros

- revenu de ce patrimoine, selon l'affirmation pikettyste: 50 millions d'euros (=5% de 1 milliard)

- IR de 50 millions: 40 millions (=80% de 50 millions)

 Total = 140 millions d'impôt pour 50 millions de revenu disponible, soit 280% de taux d'imposition global (= 140/50)

 

Cet exemple suffit à démontrer qu'avec de telles recommandations, on va droit dans le mur, comme dirait Agnès Verdier-Molinié. Thomas Piketty, prétendument économiste, ne sait pas comment les richesses sont créées et ce qui motive un entrepreneur:

 

"Il est vrai que Thomas Piketty n'a jamais mis les pieds dans la moindre PME ou multinationale. Rémunéré par le contribuable depuis le premier jour de sa carrière sans avoir à se préoccuper d'où sort l'argent qui le fait vivre, il ne cache pas son désintérêt pour ce pan vulgaire de sa discipline qu'est la commercialisation de biens ou de services marchands."

 

Alors Frédéric Georges-Tudo lui rappelle cette vérité d'évidence: UN ENTREPRENEUR NE JOUE JAMAIS POUR L'HONNEUR... Et les entrepreneurs qui réussissent ont un insatiable appétit entrepreneurial. "Sans cet état d'esprit et sans créativité, une entreprise ne serait rien d'autre qu'un tas de déchets et de fer rouillé", disait Ludwig von Mises, le père de l'économie autrichienne...

 

Thomas Piketty ne connaît pas davantage la courbe d'Arthur Laffer (version américaine, et vérifiée dans les faits, de "trop d'impôt tue l'impôt"), il ne sait pas que ce sont les pauvres qui morflent quand les riches sont surimposés et qu'en économie il faut choisir:

 

"Un petit gâteau de plus en plus petit, mais découpé en parts égales? Ou un gâteau que l'on cherche à faire grossir, quitte à accepter que tout le monde n'ait pas une portion identique dans son assiette? Plus d'égalité en nivelant vers le bas ou plus de prospérité en laissant quelques têtes dépasser très largement? Et la seconde option ne peut fonctionner qu'à condition d'accepter... l'inacceptable: certaines d'entre elles vont grimper jusqu'aux nuages."

 

La France de François Hollande a choisi la première option, pikettyste... avec les résultats que l'on sait.

 

Le militant d'extrême-gauche travesti en chercheur scientifique

 

Une citation vaut mieux que toute démonstration. A la page 867 du pensum du documentaliste besogneux qu'est Piketty et qui n'a de chercheur scientifique que le nom, Frédéric Georges-Tudo cite ce passage éloquent:

 

"L'impôt sur le capital permet d'apporter une réponse à la fois plus pacifique et plus efficace [que le communisme] à ce problème éternel posé par le capital privé et son rendement."

 

Frédéric Georges-Tudo commente: "Quelle belle âme! Grâce à lui, il devient inutile d'anéantir le rendement du capital en exterminant les capitalistes, comme l'ont fait les dictateurs du XXe siècle. Il suffit de tout leur confisquer après coup, par le biais de lois démocratiques. Le grand soir fiscal, en somme. On comprend donc que Thomas Piketty ne renie rien de l'héritage intellectuel de Karl Marx. Tout juste se contente-t-il d'emprunter une autre voie pour parvenir à la même peste universelle, nommée égalitarisme."

 

Thomas Piketty ne renie pas non plus l'héritage familial: ses deux parents militaient à Lutte Ouvrière... Il est parfaitement en ligne avec eux quand il laisse entendre qu'il n'est de fortune que dérobée à la collectivité et qu'elle doit donc lui être restituée par l'impôt.

 

Doit-on sous-estimer les thèses de Thomas Piketty? Que non pas: "La société égalitariste, magnifiée par Thomas Piketty, a été tentée à plusieurs reprises et dans de nombreux pays au cours du XXe siècle. Sachant qu'elle n'a engendré que misère, privation et désolation, nous devrions en être vaccinés à tout jamais. Las, la jalousie qui sommeille en chacun rend les peuples amnésiques."

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo, 224 pages, Editions du Moment

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:55
"Changer Bercy pour changer la France" de Bernard Zimmern

Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, vient de publier un livre à contre-courant des économistes en vogue, des égalitaristes tels que Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty, qui, obsédés par la chasse aux inégalités, ne comprennent rien au processus de création de richesses et induisent en erreur ceux qui se laissent séduire par leurs thèses basées sur l'envie.

 

Pour ces prétendus économistes, le riche, surtout américain, voilà l'ennemi, surtout le très riche, et, davantage encore, le très très riche, qui serait un rentier, un profiteur des richesses créées par d'autres. Or, manque de chance, ces très très riches, ces milliardaires américains, sont en grande proportion des entrepreneurs dont les aïeuls étaient pauvres ou sans fortune notable.

 

Bernard Zimmern montre, chiffres à l'appui, l'imposture de ces prétendus économistes. En effet ils voient que la croissance des revenus des très riches est plus rapide que la moyenne, mais ne voient pas que ce sont ces très riches qui font la croissance en créant des richesses et des emplois.

 

Ces prétendus économistes ne voient pas non plus que, si la croissance est toujours plus forte aux Etats-Unis qu'en Europe et que le chômage y est moindre, c'est qu'aux Etats-Unis il y a davantage de milliardaires en proportion qu'en Europe et que ces milliardaires y sont, en outre, en plus grande proportion des entrepreneurs.

 

Ceux qui créent le plus d'emplois, ce sont toutefois les millionnaires, donc les très riches, qui, aux trois quarts, sont des entrepreneurs individuels et représentent plus de la moitié de la fortune industrielle et de l'investissement américains.

 

Parce que ces entrepreneurs, qui risquent leur fortune personnelle, sont mis à l'index par l'administration Obama, et menacés par les dirigeants démocrates, et parce qu'ils sont écoeurés, la reprise américaine est plus lente et plus hésitante qu'elle n'aurait pu l'être...

 

Vous avez dit risque? "Le concept de risque est totalement étranger à des professeurs d'université dont la paie est assurée jusqu'à la fin de leurs jours." C'est pourtant le risque, souvent considérable, que prennent les entrepreneurs qui fait la force d'une économie et qui peut être aussi bien à l'origine de leur fortune que de leur chute.

 

Quand ces prétendus économistes parlent de justice sociale, ils oublient justement le risque pris par les entrepreneurs, qui se traduit pour eux par une plus grande instabilité de revenu que celle d'un salarié: un entrepreneur a certes plus de chances qu'un salarié de grimper l'échelle des revenus, mais il a aussi plus de chances de la dégringoler.

 

Qui sont-ils ces économistes, ces égalitaristes? Ils sont tous fonctionnaires: "Ils réalisent le rêve de tout fonctionnaire: appartenir au secteur public et garder la garantie de l'emploi, mais avec les avantages du secteur privé."... 

 

Si ces égalitaristes promeuvent la redistribution, celle-ci n'améliore pas pour autant réellement les conditions d'existence des plus pauvres et des plus déshérités. Ils n'en perçoivent qu'une partie en espèces, tandis qu'une petite minorité, appartenant au secteur public, perçoit la plus grande partie de la redistribution en nature...

 

Pour étayer leurs propos sur les inégalités croissantes en France, ces égalitaristes trichent avec les statistiques et ne retiennent que les éléments qui vont dans le sens de leurs thèses. Ainsi ils ne tiennent pas compte par exemple dans l'évolution des revenus des revenus de la redistribution ou ils y intègrent au contraire les bénéfices non distribués.

 

Quand ces égalitaristes font des comparaisons de patrimoine, ils ne prennent pas en compte l'âge des détenteurs, de même qu'ils ne tiennent pas compte des capitaux correspondant aux rentes de retraites versées ou des autres prestations sociales perçues, lesquels réduisent pourtant les inégalités entre riches et pauvres.

 

Il n'est pas besoin d'être Einstein pour comprendre qu'en démocratie les voix des pauvres sont plus nombreuses que celles des riches et qu'en conséquence la redistribution sous forme d'avantages en espèces ou en nature, est le moyen le plus efficace pour se faire une clientèle électorale.

 

La redistribution est aussi un alibi moral pour les étatistes, qui présentent ce vol des uns pour remplir la poche des autres, sous les traits vertueux de la justice sociale et qui, en fait, substituent l'immorale solidarité forcée des programmes étatiques à la philanthropie volontaire des anglo-saxons.

 

Bercy est une forteresse imprenable et l'instrument implacable de la redistribution. Le donjon de cette forteresse, c'est la Direction de la Législation Fiscale. C'est cette dernière qui décide de la politique fiscale du pays et l'impose au Parlement qui n'a pas les moyens de s'y opposer. D'autant que ses contrôleurs sont tous issus de Bercy... Quant à la Cour des Comptes, ses membres sortent de la même école que ceux qu'ils examinent...

 

Comment apprécier la valeur des fonctionnaires de Bercy? Comme il n'existe pas d'instrument de mesure au sein de cette entité, un moyen simple de les jauger est de voir ce qu'ils donnent quand ils dirigent des entreprises privées. Là les contre-performances des Pierre-Yves Haberer, Jean-Marie Messier, Michel Albert ou autres Alain Minc sont éloquentes et se passent de commentaires...

 

Bercy décide donc en fait du sort de 63 millions de Français. Le malheur est que les agents de Bercy ne connaissent rien à l'entreprise, pour la bonne raison qu'ils n'y ont jamais travaillé. Aussi toutes les mesures qu'ils cogitent depuis trente ans pour favoriser l'emploi - formation, insertion etc. - sont-elles surtout créatrices de chômage. Parce que, selon Bernard Zimmern, ils ne savent pas notamment que seules les entreprises nouvelles créent des emplois...

 

Pour terminer, Bernard Zimmern raconte toutes les batailles pour l'emploi et pour les Business Angels qu'il a menées de 2002 à 2012 sous un gouvernement dit de droite. Toutes ont été des échecs, parce qu'il n'est pas acceptable pour Bercy d'"encourager les riches à s'enrichir"... Or il ne sert à rien de chercher à réduire la dépense publique si, parallèlement, on ne favorise pas justement la création d'entreprises nouvelles...

 

Selon l'auteur il faut donc que Bercy accepte d'aider les riches à devenir plus riches et accepte de ne pas taxer les plus-values de capital à l'impôt sur le revenu. Dans cet ordre d'idée, exempter tout investissement dans une entreprise de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires d'impôt sur les plus-values serait bénéfique pour l'emploi et ne coûterait rien puisque "toutes les données chiffrées montrent que cette "dépense fiscale" retourne dans les caisses de l'Etat avant d'en être sortie".

 

Même si les mesures préconisées par Bernard Zimmern sont discutables, elles iraient dans la bonne direction en cas d'adoption. Tant il est vrai que la libération de l'économie est la seule voie qui puisse conduire à la prospérité et que "la voie de l'égalitarisme est celle qui mène à la pire forme d'inégalité: le chômage".

 

Francis Richard

 

Changer Bercy pour changer la France - Les riches sont la solution, pas le problème, Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, 196 pages, Tatamis

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 23:45
Jacques Bonhomme, l'éphémère journal de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari

La Monarchie de Juillet s'effondre à la suite des journées révolutionnaires parisiennes du 22 au 24 février 1848, où les insurgés réclament une réforme électorale. Le roi abdique et la Chambre démissionne. Un gouvernement provisoire est constitué. Une assemblée constituante est élue le 23 avril 1848. Du 22 au 28 juin 1848 se produisent de nouvelles insurrections à Paris, cette fois contre la conscription des hommes de moins de 25 ans et la dispersion en province des autres ouvriers des ateliers nationaux, créés le 27 février précédent.

 

C'est dans ce contexte que paraît Jacques Bonhomme, l'éphémère journal de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari. Quatre numéros en effet paraîtront. Le premier le 11 juin 1848, le dernier le 13 juillet 1848. Participent à cette aventure éditoriale d'autres figures libérales, telles que Charles Coquelin, Joseph Garnier et Alcide Fonteyraud. Au XIXe siècle, explique Benoît Malbranque dans sa préface, Jacques Bonhomme est l'équivalent de Monsieur Toulemonde.

 

Ce journal, constitué de deux pages seulement, comprend des articles sans signature, au style relâché, plaisant, voire enfantin, pour reprendre les qualificatifs employés par le préfacier. Il s'agit en effet pour ces auteurs, que cette feuille, comme il en existe tant d'autres à l'époque, soit accessible aux Français moyens et soit vendue au numéro ou placardée sur les murs.

 

Le livre édité, par l'Institut Coppet, qui reprend ces quatre numéros très denses, a donc à la fois valeur historique en traitant de sujets immédiats, telles que l'attente d'une constitution, la dissolution des ateliers nationaux, la mise en place de la république etc., et une valeur pédagogique en traitant de sujets toujours actuels tels que laissez faire, le rôle de l'Etat, le capital, le marché de dupe avec l'Etat, les dépenses publiques etc.

 

Laissez faire!

 

Il faut soit que l'Etat laisse faire, soit qu'il empêche de faire. Ce qui veut dire que l'on est soit libre, soit les bras liés, que, dans le premier cas, cela ne coûte quasiment rien, et, que, dans le second, cela coûte bonbon. Parce que pour empêcher de faire il faut des agents et que pour avoir des agents il faut de l'argent, beaucoup:

 

"A cela les socialistes disent: Laissez faire! Mais c'est une horreur! - Et pourquoi, s'il vous plaît? - Parce que, quand on les laisse faire, les hommes font mal et agissent contre leurs intérêts. Il est bon que l'Etat les dirige.

Voilà qui est plaisant. Quoi! Vous avez une telle foi dans la sagacité humaine que vous voulez le suffrage universel et le gouvernement de tous par tous; et puis, ces mêmes hommes que vous jugez aptes à gouverner les autres, vous les proclamez inaptes à se gouverner eux-mêmes!"

 

Le rôle de l'Etat

 

Le peuple veut des réductions de taxes et, dans le même temps, "il ne cesse de demander à l'Etat, sous toutes les formes, des libéralités": qu'il fonde des crêches, des écoles gratuites, des ateliers nationaux, des pensions de retraite, qu'il fasse les chemins de fer, qu'il prête aux propriétaires, qu'il fournisse le capital aux travailleurs, qu'il favorise l'agriculture etc.:

 

"Tant que le peuple voudra tout cela, il faudra qu'il le paye. Il n'y a pas d'homme de finances qui fasse quelque chose avec rien."

 

Le capital

 

Aux socialistes, un des auteurs essaie d'expliquer ce qu'est le capital:

 

"On a beau leur faire voir que le capital - grossièrement symbolisé par eux sous forme de numéraire - est un élément d'une fluidité, d'une prestesse extrême qui glisse à travers tous les décrets, passe entre tous les gendarmes et n'obéit qu'à lui-même ou à la confiance qu'on lui inspire; que vouloir le supprimer, c'est supprimer la sève qui circule dans les différentes branches du travail; c'est vider les artères et les veines du corps social pour faciliter son développement; en un mot, que c'est vouloir l'absurde: rien n'y fait."

 

Le marché de dupe avec l'Etat

 

Pour que l'Etat donne de l'ouvrage, il faut lui donner de l'argent. C'est un marché de dupe:

 

"J'ai besoin d'ouvrage. Pour m'en faire avoir tu retiendras cinq francs sur mon pain, cinq francs sur mon vin, cinq francs sur mon sel et cinq francs sur mon tabac. Cela fera vingt francs. Tu en garderas six pour vivre et tu me feras une demande d'ouvrage pour quatorze. Evidemment je serai un peu plus pauvre qu'avant; j'en appellerai à toi pour rétablir mes affaires, et voici ce que tu feras. Tu récidiveras. Tu prélèveras autres cinq francs sur mon pain, autres cinq francs sur mon vin, autres cinq francs sur mon sel, autres cinq francs sur mon tabac; ce qui fera autres vingt francs. Sur quoi tu mettras autres six francs dans ta poche et me feras gagner autres quatorze francs. Cela fait, je serai encore d'un degré plus misérable. J'aurai de nouveau recours à toi."

 

Les dépenses publiques

 

L'Etat est déficitaire: il dépense plus qu'il n'a de recettes et il ne peut plus les augmenter parce que "l'impôt est arrivé à sa dernière limite".

 

En fait l'Etat se comporte comme le père Mathurin, qui peine à joindre les deux bouts parce que ses dépenses débordent ses recettes. Jacques Bonhomme lui dit qu'"il faut tâcher de gagner un peu plus". A quoi il répond que c'est impossible:

 

"Alors, il faut se résoudre à dépenser moins."

 

Mais le père Mathurin ne veut pas suivre ce conseil. Pour équilibrer son budget il trouve "des prêteurs d'une complaisance charmante", sans augmenter ses recettes "d'une obole". A-t-il diminué ses dépenses pour autant? Que nenni. Il les a augmentées. Jacques Bonhomme lui fait observer:

 

"Si l'an passé vous ne pouviez joindre les deux bouts, comment les joindrez-vous, maintenant que, sans augmenter vos recettes, vous augmentez vos dépenses et avez des arrérages à payer?"

 

Le père Mathurin ne veut rien entendre et persévère. Et ce qui devait arriver arriva: "Mathurin mécontenta ses prêteurs, qui disparurent tous."

 

Avec ses propos Bonhomme, Jacques n'est-il pas d'une grande actualité?

 

Francis Richard

 

Jacques Bonhomme, L'éphémère journal de F. Bastiat et de G. de Molinari, 140 pages, Institut Coppet

 

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 23:00
"Pour un antiracisme de droite" de Jean Robin

Au titre de Pour un antiracisme de droite, choisi par Jean Robin, j'aurais préféré qu'il donnât celui de Pour un antiracisme libéral. Il aurait été plus conforme à l'esprit de son livre. Car est-il seulement possible de qualifier la droite de libérale?

 

Le 15 octobre 1984, l'association SOS Racisme était créée, il y a un peu plus de trente ans aujourd'hui. Or l'action de cette association antiraciste correspond à un développement du multi-racisme - anti-juif, anti-blanc, anti-noir, anti-arabe -, et, donc, à un échec de cette action, sur toute la ligne.

 

La dérive liberticide de l'antiracisme de gauche

 

Depuis la loi Pleven (1er juillet 1972) il est permis à toute association qui défend un groupe, d'ester en justice, au bout de 5 ans d'existence, pour faire condamner quiconque a tenu des propos supposés racistes, sans souci du contexte ni du ton employé.

 

Les associations de gauche ont aujourd'hui le monopole de l'antiracisme et ne manquent aucune occasion d'étiqueter racistes, d'intimider, de harceler judiciairement et financièrement, pour propos racistes, ceux qui leur déplaisent, justifiant ainsi leur existence et récoltant de massives subventions publiques, à défaut de récolter suffisamment de cotisations et de dons pour subsister.

 

Le racisme est devenu un délit sans que soit distinguée "la parole qui veut tuer, de celle qui n'a pas pour but de tuer". Cela "rend toute discussion impossible, et tout débat quasiment impossible". D'ailleurs, du fait du monopole de fait de l'antiracisme de gauche, "la droite est coupable de racisme, jamais la gauche".

 

Historiquement de hautes figures de la gauche figurent pourtant au palmarès du racisme: "antisémitisme (Vacher de Lapouge, Marx, Toussenel), racisme anti-noir (la colonisation de l'Afrique a été véritablement mise en place par la gauche), racisme anti-arabe (Jules Ferry voulait  civiliser les races inférieures, en Algérie notamment), etc."

 

Les pièges de l'antiracisme de gauche

 

Jean Robin rappelle que "la critique des religions est légitime en France depuis les Lumières". Il est donc tout à fait légitime de critiquer l'islam, comme toute autre religion. Or, sous le vocable d'islamophobie, des musulmans tentent d'amalgamer à la critique légitime de l'islam la critique condamnable des musulmans: "En fait c'est l'islam qui est historiquement raciste, anti-blanc, antisémite et anti-noir. [...] L'antiracisme conséquent combat donc l'islam, et peut se voir traiter d'islamophobe par des racistes."

 

Il y a deux poids deux mesures: "Le racisme est à sens unique: les blancs ne peuvent être que les bourreaux, jamais les victimes." Jean Robin, avec Alain Finkielkraut, pense qu'il ne faut pas faire le cadeau du réel aux racistes: "Le racisme n'est le monopole d'aucune culture, ni d'aucune condition sociale, il est très largement réparti dans la société. Nier ou relativiser le racisme anti-blanc, qui ne serait qu'une réaction des minorités aux violences dont elles sont par ailleurs victimes, reviendrait à justifier les violences d'un skin-head parce qu'il a eu une enfance difficile."

 

"La loi Gayssot est typiquement communiste en ce qu'elle inscrit une vérité historique dans la loi." Ce faisant, elle se retourne contre les juifs en ne condamnant que la négation de leur génocide, en faisant des négationnistes des martyrs, en rendant suspecte l'histoire officielle, en créant un précédent fâcheux dont d'autres communautés peuvent s'inspirer pour obtenir pour elles une loi analogue.

 

L'immigration n'est pas une et indivisible: "Un antiracisme responsable doit garantir un traitement humain et le plus juste possible de ce phénomène qu'on appelle trop rapidement l'immigration, mais qui recouvre autant de situations qu'il existe d'immigrés [...]. Un antiracisme de droite reconnaît que trop d'immigration tue l'immigration. [...] L'immigraton qui s'installe dans un pays n'est pas de même nature selon que l'Etat est providence ou pas.[...] Pour les antiracistes conséquents, le problème n'est donc pas et n'a jamais été l'immigration, le problème c'est l'Etat."

 

Pour un antiracisme de droite et donc libéral

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux sont pour la liberté d'expression: "Un antiracisme de droite ou libéral consisterait à laisser s'exprimer les racistes, afin de pouvoir les identifier, et de pouvoir les condamner moralement, en leur démontrant rationnellement que leur analyse est fausse et dommageable pour le vivre ensemble."

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux sont pour l'égalité en droit: "Un antiracisme de droite ou libéral placerait sur le même plan tous les racismes, et donc tous les antiracismes, quels qu'ils soient."

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux n'ont rien contre l'inégalité de fait, qui est naturelle et source de richesses: "Un antiracisme de droite ou libéral considèrerait que la discrimination fait partie de la vie, qu'elle ne doit pas être interdite par l'Etat, mais que la justice et/ou l'opinion publique doivent en tenir compte si l'application d'une discrimination quelle qu'elle soit mène à des conséquences néfastes, démontrables factuellement."

 

Francis Richard

 

Pour un antiracisme de droite, Jean Robin, 50 pages, Tatamis

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 23:45
"L'Ethique de la redistribution" de Bertrand de Jouvenel

On ne peut pas dire que Bertrand de Jouvenel (1903-1987) ait été une grande figure de la pensée libérale. Dans le ciel de cette galaxie, il n'aura été qu'une étoile filante, l'espace de quelques années, d'environ 1943 (année de son exil en Suisse) jusqu'à environ 1960. Auparavant Jouvenel est un étatiste bon teint - un planiste -, puis un socialiste national, enfin un compagon de route du futur collaborationniste Jacques Doriot - il a adhéré au PPF en 1936. Après, ce sera un pionnier de la prospective et de l'écologie politique.

 

Pendant sa période libérale, Bertrand de Jouvenel écrit Du pouvoir (1945) et est membre de la Société du Mont Pèlerin. En 1949, il donne deux conférences à l'Université de Cambridge: l'une sur L'idéal socialiste et l'autre sur La dépense publique. En 1951, ces deux conférences paraissent en volume, en anglais, sous le titre The Ethics of the Redistribution. Plus de soixante ans plus tard, paraît aujourd'hui sa première traduction en français. L'intérêt d'Ethique de la redistribution est son caractère prémonitoire.

 

Le dévoiement de l'idéal socialiste

 

Quel est le but du socialisme: "Son but est de promouvoir un ordre nouveau, celui de l'amour fraternel. Le sentiment profond qui habite les socialistes ne procède pas du constat que le monde a perdu le sens des proportions et est devenu injuste, que l'effort n'est pas récompensé à sa juste mesure, mais d'un sentiment de révolte émotionnelle contre les antagonismes qui agitent la société, et contre la laideur du comportement des hommes vis-à-vis de leur prochain."

 

Le socialisme veut détruire la propriété privée, tenue responsable de ces antagonismes. Après cette destruction et la disparition des antagonismes, l'Etat n'aura plus de raison d'être. Seulement, de détruire la propriété privée, comme cela s'est fait dans certains pays, n'a pas réduit pour autant les antagonismes.

 

Au début les socialistes ne voient pas d'un bon oeil que, face au scandale de la pauvreté, la redistribution des revenus soit le remède. Avant de succomber à la tentation de la redistribution, produit de l'individualisme utilitariste, ils considèrent qu'elle est une façon de "soudoyer les classes ouvrières pour les détourner des finalités nobles du socialisme".

 

Or, au lieu que l'Etat ne s'étiole, tout surcroît de redistribution de revenus se traduit par un surcroît de pouvoir dévolu à l'Etat. Pourquoi? Parce qu'en écrêtant les plus hauts revenus, l'Etat prélève "un montant égal, ou peu s'en faut, à celui qui était réservé à l'investissement". La conséquence est qu'en contrepartie l'Etat prend à sa charge l'investissement, "fonction importante, responsabilité imposante, et pouvoir considérable".

 

L'augmentation des dépenses publiques

 

Comment se fait l'écrêtement des plus hauts revenus? Par l'impôt progressif. Celui-ci n'est pas seulement dissuasif, mais il empêche toute ascension, toute augmentation de capital, toute possibilité d'entrer en concurrence avec des entreprises ayant déjà pignon sur rue.

 

Comme l'impôt progressif des plus hauts revenus s'avère rapidement insuffisant pour le Minotaure qu'est l'Etat et qu'il s'applique également aux classes moyennes, il incite ces autres victimes "à redoubler d'efforts pour préserver, du moins en partie, leur niveau de vie antérieur".

 

Pourquoi les dépenses publiques augmentent-elles? Les redistributionnistes "font tout pour conserver en l'état, et parfois même développer au maximum, des services que leur "société d'égaux" serait bien en peine d'acheter sur le marché au prix que supportent les pouvoirs publics": "Les coupes dans les revenus des classes supérieures et moyennes entraînent donc nécessairement un surcroît dans les dépenses et les taxes publiques."

 

Jouvenel précise: "Parce que l'Etat ampute les hauts revenus, c'est à lui de prendre à son compte leurs fonctions d'épargne et d'investissement, et c'est ainsi que nous en arrivons à la centralisation de l'investissement. Parce que le revenu individuel seul ne suffit plus à couvrir les frais de formation et d'entretien des personnels qui remplissent les fonctions sociales les plus délicates et les plus spécialisées, c'est à l'Etat de prendre à sa charge ces dépenses de formation et d'entretien pour ce même personnel."

 

C'est ainsi que les Etats-providence sont entrés dans un cercle vicieux, dont nous ne sommes pas près de sortir: "La redistribution a pour conséquence l'extension du rôle de l'Etat. Et, a contrario, l'augmentation des montants prélevés par l'Etat ne passe pour acceptable qu'à la condition de l'accompagner de mesures de redistribution."

 

Francis Richard

 

L'Ethique de la redistribution, Bertrand de Jouvenel, 144 pages Les Belles Lettres

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 22:45
"La liberté aux Etats-Unis (1849)" de Michel Chevalier

Michel Chevalier (1806-1879) est un économiste français contemporain d'Alexis de Tocqueville et de Frédéric Bastiat. Il est, davantage encore qu'eux, une figure oubliée de l'école libérale française.

 

Un séjour aux Etats-Unis, dans les années 1830, lui a permis de découvrir que "l'Américain est de tous les hommes, celui qui a au plus haut degré la liberté de sa personne; il est, sous ce rapport, libre comme l'air".

 

Alexis de Tocqueville ayant traité avec maestria de la liberté politique aux Etats-Unis, Michel Chevalier se propose de parler dans son livre de la liberté civile, "celle dont a besoin l'homme intelligent et laborieux, à chaque instant de la vie pour ainsi dire, en chacun de ses actes, dans chacune de ses affaires".

 

Il précise cependant que "la liberté civile est l'objet de la liberté politique; celle-ci est le bouclier de celle-là, bouclier, malheureusement, aussi difficile à manier que celui du grand Ajax.".

 

Aux Etats-Unis, la loi de l'habeas corpus, apportée par les colons anglais depuis la mère-patrie, garantit les personnes contre toute séquestration arbitraire. Dans le même esprit les visites domiciliaires sont soumises à conditions. Ce qui n'est pas le cas, à l'époque en France, où les domiciles de particuliers peuvent être violés par le fisc et les douanes... et, par extension, ceux des commerçants qui vendent des marchandises que l'Etat a décidé arbitrairement de prohiber.

 

La loi militaire, qui pourvoit à la défense d'un pays permet d'apprécier en quel respect est tenue la liberté individuelle. Aux Etats-Unis, du temps de Michel Chevalier, "l'armée régulière se forme exclusivement par l'enrôlement volontaire. La garde nationale appelée milice, qui comprend toute la population mâle de plus de vingt et un ans, ne serait convoquée qu'en cas d'invasion".

 

En France, mais également dans toute l'Europe occidentale, l'armée est une armée de conscription. L'Etat tire au sort les hommes pour la constituer et ils deviennent sa propriété pendant sept ans. Sans possibilité d'échappatoire, ils sont alors enlevés, pendant les plus belles années de leur vie, "à leur clocher, à leurs habitudes, à leurs affections. à leur existence productive" et désapprennent leur métier. 

 

Michel Chevalier ne nie pas qu'une armée ne soit nécessaire mais il conteste que la conscription soit indispensable. Il en veut pour preuve l'exemple de l'armée anglaise: "L'Angleterre n'a que l'enrôlement volontaire, et son armée n'en est pas moins solide. Elle a des soldats tant qu'elle veut." Mieux, cet exemple montre qu'"avec l'enrôlement volontaire, pour avoir un même effectif réel, on pourrait se contenter d'un effectif moindre" et que cela donne de meilleures troupes.

 

Le cas le plus ordinaire du citoyen américain est le cultivateur. Il acquiert à prix raisonnable, dans l'Ouest, des parcelles de terres publiques sécurisées, sur lesquelles il a jeté librement son dévolu: "Si la terre était concédée gratuitement, on a pensé que le cultivateur y tiendrait moins, s'en séparerait plus aisément.".

 

Le cultivateur américain valorise donc ces terres, sans aide, à ses risques et périls. S'il n'a pas les moyens de payer, il peut le faire après les avoir valorisées, faisant jouer son droit de préemption ou les ayant achetées préalablement aux enchères, ce qui lui permet de détenir un titre de propriété provisoire.

 

Rien de comparable avec la politique de pays tels que la France, la Suisse ou l'Allemagne, à l'égard des populations agricoles, pour ce qui concerne les terres d'Afrique: "Le gouvernement donne gratis des terres, des semences, du bétail, mais il ne donne pas la liberté d'acquérir ce qu'on veut, quand on veut et comme l'on veut. C'en est assez pour que ses dons soient dédaignés."

 

D'une manière plus générale les formalités administratives pour qui veut entreprendre aux Etats-Unis sont réduites et se traitent au plus proche, localement, le contraire de qui se passe en France: "Les affaires dans lesquelles la permission ou l'intervention de quelque autorité est requise ne dure pas en Amérique plus de semaines qu'il n'y faudrait des années en France".

 

Cette lenteur résulte de la centralisation, que l'on justifie "pour prévenir des abus possibles", alors qu'elle attente en réalité, systématiquement, à la liberté d'agir et de travailler et organise "un abus certain et pemanent". Ses exagérations sont en fait dues aux gouvernements despotiques de la Convention et de l'Empire.

 

En Amérique les professions sont libres: "Si, par surprise ou par abus, un des Etats conférait à quelqu'un le privilège exclusif d'une fabrication ou d'un travail quelconque, on chercherait et on trouverait le moyen de traduire l'acte à la barre de la cour suprême des Etats-Unis, qui ferait de son mieux, dans les bornes de la légalité, pour le frapper de nullité comme inconstitutionnel."

 

Aussi n'existe-t-il pas aux Etats-Unis d'alors, telles qu'elles sont appelées aujourd'hui en France, de professions réglementées: "Chacun est libre de se faire commissaire-priseur, agent de change, huissier, avoué, notaire, autant que ces professions ont leurs analogues en Amérique, car le mécanisme judiciaire et ministériel y est tout différent."

 

Chacun est d'autant plus libre d'exercer telle ou telle profession que, dans nombre d'Etats, il n'a pas l'obligation d'être gradué pour cet exercice. Michel Chevalier considère cependant comme "infiniment prématuré de calquer la liberté française sur la liberté américaine", à l'égard des professions qu'il vient d'indiquer, auxquelles il a ajouté l'exercice de la médecine...

 

Pour ce qui concerne les associations d'entreprises industrielles, Michel Chevalier regrette certaines faiblesses du libéralisme américain. Dans l'octroi d'autorisations, les Etats, à l'origine, évitaient autant que possible de conférer à des compagnies un privilège exclusif. Mais certains d'entre eux y ont fait exception pour eux-mêmes en se réservant, par exemple, le monopole d'établissements bancaires ou de voies de communication.

 

Ces entorses sont toutefois limitées: "Les monopoles que se sont attribués les gouvernements de plusieurs pays de l'Europe dans une pensée fiscale, comme le monopole des tabacs en France, ou celui des voitures publiques en Allemagne, sont complètement inconnus en Amérique."

 

Michel Chevalier peut donc dire: "Liberté, liberté extrême, liberté illimitée dans le travail et dans l'emploi des capitaux, voilà, malgré quelques anomalies, l'esprit général de la législation des Etats-Unis."

 

Certes des réglementations existent aux Etats-Unis, mais elles ne sont pas toujours dénuées de raison. Ainsi des inspections de marchandises à la sortie et à l'entrée du pays permettent de s'assurer qu'elles sont de qualité. Sinon, "en résumé, tenons pour démontré qu'en Amérique l'homme de travail, soit qu'il cultive, soit qu'il manufacture ou qu'il commerce, soit qu'il ait une profession libérale, possède pour exercer ses facultés, pour suivre ses idées, une liberté extrêmement étendue. C'est le pays du monde qui en a le plus."

 

A l'origine, sous l'influence des puritains, "la loi réglementait tout, statuait sur tous les actes de la vie; elle n'était pas seulement exclusive, elle était impitoyable". Les idées européennes, "qui faisaient prévaloir la séparation de l'autorité civile et de l'autorité religieuse, la liberté de conscience et la liberté individuelle, et qui interdisaient au législateur de pénétrer dans le foyer domestique et de s'immiscer dans la vie privée", ont heureusement traversé l'Atlantique et se sont implantées en Amérique.

 

Michel Chevalier conclut: "Aujourd'hui donc, d'une extrémité de l'Union à l'autre, ce n'est plus guère que par exception qu'on charge la loi de maintenir les pratiques religieuses, de garantir en détail les principes de morale qui servent de base à la société, à la famille, et par suite aux institutions libres, et de perpétuer par des prescriptions impératives les habitudes d'ordre, d'économie, de bonne conduite, par où se font jour ces principes de vie individuelle. Cette grande mission est confiée aux moeurs."

 

Les moeurs? Michel Chevalier se sert des expressions d'Alexis de Tocqueville: "J'entends ici l'expression de moeurs dans le sens qu'attachaient les anciens au mot mores. Non seulement je l'applique aux moeurs proprement dites qu'on pourrait appeler les habitudes du coeur, mais aux différentes notions que possèdent les hommes, aux diverses opinions qui ont cours au milieu d'eux et à l'ensemble des idées dont se forment les habitudes de l'esprit."

 

Francis Richard

 

La liberté aux Etats-Unis (1849), Michel Chevalier, 76 pages Institut Coppet

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 23:30
"Causeries économiques d'un grand-père" de Frédéric Passy

Qui est Frédéric Passy?

 

Né en 1822, mort en 1912, cet économiste et homme politique français est une grande figure de la pensée libérale, et un homme de paix. Ce qui lui a valu de recevoir, en 1901, le premier Prix Nobel de la Paix, conjointement avec le Suisse Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge.

 

Frédéric Passy s'est rendu compte, à la faveur des nombreuses conférences qu'il a données dans sa vie, que les notions les plus simples restent enveloppées d'ombres pour un certain nombre d'auditeurs, que, pour peu qu'ils aient des préventions, les démonstrations les plus évidentes ne les convainquent pas.

 

La lecture de La science du bonhomme Richard, livre de Benjamin Franklin, ainsi que l'heureux hasard de questions enfantines, l'ont amené à élaborer les Causeries du grand-père, où, sous la forme de conversations entre un grand-père et ses petits-enfants, il aborde notions simples et démonstrations évidentes qui sont à la base du raisonnement économique.

 

Au total, ce ne sont pas moins de trente-trois causeries que Frédéric Passy a ainsi dictées. Pour se faire comprendre de ses petits-enfants, le grand-père des Causeries illustre ses propos d'histoires édifiantes et, ce faisant, se met à leur portée. Il les assortit de commentaires et de conclusions d'une grande limpidité, dont on trouvera ci-après quelques exemples.

 

La valeur

 

"Ce ne sont pas les choses qui valent, et ce n'est pas à vrai dire, elles que l'on paie: c'est la peine qu'il a fallu prendre, ou la dépense qu'il a fallu faire pour les obtenir."

 

"Quand une marchandise ou un service sont très demandés et peu offerts, leur prix monte. Quand ils sont peu demandés et beaucoup offert, leur prix baisse."

 

"[Frédéric Bastiat] a dit que la valeur est le rapport de deux services échangés."

 

"Turgot, qui vivait au XVIIIe siècle, a dit dans un de ses ouvrages: "L'homme fait un premier commerce avec la nature". L'homme a des besoins; il veut les satisfaire; mais pour les satisfaire il est obligé de faire un effort."

 

Le patrimoine commun

 

"Toutes les inventions sont à tout le monde; toutes les découvertes scientifiques également; tous les procédés perfectionnés de fabrication, l'amélioration des moyens de transports et des voies de communications; tout se répand de proche en proche. Et c'est pour cela que l'on dit qu'il y a un patrimoine commun."

 

"Ce rayonnement de la richesse produite par les travaux individuels, c'est l'héritage de ceux que l'on appelle bien improprement des déshérités."

 

La propriété

 

"Je travaille et je produis. Le produit de mon travail, qui en est la représentation, l'équivalent de mon temps et de ma peine, de ma vie, en d'autres termes, m'appartient; c'est ma propriété. Ce produit, j'en consomme une partie pour réparer mes forces ou me mettre à l'abri des dangers qui menaceraient mon existence, et j'en mets de côté une partie: c'est une épargne. Aurai-je moins de droits sur ce produit non consommé, parce qu'à l'effort de l'obtenir par mon travail, j'aurai joint le mérite de le conserver par mon abstinence? Evidemment non. Mon droit sera en quelque sorte doublé."

 

Le capital

 

"Le capital, produit du travail, c'est tout ce qui, sous une forme quelconque, rend le travail plus facile ou plus productif. Ce sont les instruments, les ressources accumulées, les provisions qui permettent de songer à l'avenir au lieu d'être absorbé par le présent; ce sont surtout les connaissances, les idées, les habiletés manuelles, les qualités intellectuelles et les habitudes morales, sans lesquelles les efforts humains se traîneraient dans une perpétuelle routine."

 

La monnaie

 

"Les rois condamnaient aux peines les plus atroces les misérables qui altéraient les monnaies; et eux-mêmes, par un abus de leur puissance, faisaient de la fausse monnaie et prétendaient l'imposer pour bonne au public."

 

"Si, en cas de besoin, le papier qui promet des francs, des dollars ou des livres sterling ne pouvait pas les procurer, ce ne serait qu'un chiffon dont personne ne voudrait. Et c'est ce qu'on appelle du papier-monnaie."

 

"Le papier est un bon de monnaie; la monnaie est un bon de produits et de services."

 

"L'argent n'est pas la vraie richesse; il n'en est que la représentation ou le gage. C'est une richesse provisoire dont on ne jouit réellement qu'en s'en défaisant, comme on ne se nourrit qu'en consommant les aliments."

 

Le salaire

 

"Si le public consent, comme cela arrive quelquefois, à payer certains produits très cher, s'ils ont la vogue, le fabricant qui gagne beaucoup dessus et qui tient à profiter de cette vogue, ne manquera pas d'augmenter son salaire pour attirer de bons ouvriers; si au contraire, l'objet n'est plus demandé, il ne pourra continuer à le vendre qu'à la condition de baisser le prix; et la réduction de salaire sera inévitable. C'est pourquoi, tout en ne se laissant pas aller à changer légèrement de métier, il est bon d'avoir l'oeil ouvert sur les fluctuations du marché et d'être capable d'abandonner à temps une branche d'industrie qui dépérit, pour se porter vers une autre qui se développe."

 

L'intérêt

 

"Ce que le prêteur demande pour prix de son prêt n'est autre chose, au fond que la compensation présumée de la détérioration subie par la chose prêtée, de son usure, ainsi que de la privation supportée par le prêteur.

- Et du risque de perte; car il y a des emprunteurs qui ne rendent pas ce qu'on leur a prêté, comme il y a des acheteurs qui ne paient pas ce qu'on leur a vendu."

 

Ces quelques citations donnent un aperçu de la matière du livre de Frédéric Passy, qui parle de bien d'autres sujets, développés via des histoires compréhensibles par de jeunes esprits, leurs conclusions étant l'aboutissement de raisonnements clairement exprimés.

 

Les machines, la spéculation, le libre-échange, le luxe, les services privés et les services publics etc. ne sont pas esquivés. Ce qui frappe, c'est l'actualité de ces sujets abordés. Finalement, ce qui est préoccupation au début du XXe siècle le demeure au début du XXIe.

 

Dans sa dernière causerie, en guise de conclusion, il rappelle la solidarité naturelle qui lie les êtres humains les uns aux autres. Cela devrait donner matière à réflexion aux adeptes de la contrainte (qui engendre jalousie, animosité et haine), alors que le nom de la solidarité volontaire est fraternité:

 

"Emulation, soit; rivalité, mais rivalité féconde et tempérée par la justice et la bienveillance. Le mal, comme le bien, se partage et se répercute. Nous sommes solidaires. Et chacun de nous, en travaillant pour lui, devrait songer qu'il travaille pour les autres, et que les autres travaillent pour lui."

 

Francis Richard

 

Causeries économiques d'un grand-père, Frédéric Passy, 152 pages, Institut Coppet

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 23:00
"Charles Monnard - L'éthique de la responsabilité" de Pierre Bessard

Qui est Charles Monnard?

 

Né en 1790, mort en 1865, ce fut à la fois un professeur de lettres - étudiant, il a cofondé et présidé la Société de Belles-Lettres de Lausanne -, un théologien - il a été pasteur -, un homme politique - il a été député libéral au Grand Conseil vaudois, puis représentant du canton de Vaud à la Diète fédérale -, et un penseur libéral.

 

Il y a tout juste un an, le 30 novembre 2013, se tenait un colloque sur les idées de Charles Monnard, au Théâtre du Lapin-Vert à Lausanne (ce théâtre appartient à la Société de Belles-Lettres), au cours duquel ont été retracées "certaines des nombreuses facettes de Monnard et de son expérience".

 

Le livre publié par l'Institut Libéral, sous la signature de son directeur, Pierre Bessard, en est en quelque sorte le prolongement: "Le présent ouvrage propose de redécouvrir l'univers de ses idées essentielles, sans visée exhaustive, et d'en extraire la pertinence pour le monde d'aujourd'hui".

 

Avant de parler des idées essentielles de Charles Monnard il n'est pas moins essentiel de souligner avec Pierre Bessard "la grande compatibilité et surtout la grande correspondance de sa pensée avec les inspirations que sont les géants Emmanuel Kant et Benjamin Constant, avec ses contemporains économistes Frédéric Bastiat et Michel Chevalier, qui tirent les mêmes conclusions sur la justice et la morale, ou encore avec son ami l'historien Alexis de Tocqueville".

 

Comment alors ignorer un tel homme? Il est d'autant plus impossible de le faire quand on a pris connaissance de la conclusion de l'introduction de Pierre Bessard: "Le goût de la patrie n'empêche pas l'homme des Lumières d'honorer et d'apprécier celle des autres. Ubi libertas ibi patria, là où prévaut la liberté se trouve ma patrie: telle pourrait être la devise personnelle de Charles Monnard...".

 

Quelles sont les idées essentielles de Monnard?

 

Monnard a examiné le célèbre couple kantien du droit et du devoir. Le fruit de cet examen? Un humanisme du devoir et une éthique du devoir conformes à la sensibilité libérale: la reconnaissance de l'égalité en droits, qui doit être réciproque, l'amour du devoir, qui ne doit pas être utilitaire mais déontologique, et résulter de "la volonté raisonnable et intrinsèque de faire ce qui est juste et ce qui est bien".

 

La contrainte? "La contrainte morale est toujours exercée par la raison individuelle; l'obligation est acceptée librement par la volonté de la personne. La contrainte forcée qu'exerce le pouvoir organisé par l'Etat dans la société ne peut légitimement entraver que les actes individuels contraires à la liberté."

 

Charles Monnard distingue les vrais droits des faux, lesquels menacent l'équilibre entre le droit et le devoir. Il distingue ainsi les droits de (faire quelque chose) des droits à (obtenir quelque chose). Quand l'Etat ne joue plus son rôle d'administrateur du droit, il devient, comme le dit Monnard "une source de bénéfices où chacun puise le plus qu'il peut".

 

Les droits à sont donc un abus de langage, comme l'est la solidarité si elle n'est pas volontaire: "C'est bien pour préserver l'éthique de la responsabilité et de l'autonomie, mais aussi la générosité et la solidarité en vertu de l'éthique du devoir, que [les libéraux] s'opposent à l'Etat-providence bureaucratique."

 

Il est une autre manière de dire le couple "droit et devoir", c'est de dire "liberté et responsabilité". En les dissociant, l'Etat-providence infantilise les citoyens, alors "qu'une vie humaine digne et remplie requiert de se prendre en charge": "Le fonctionnement d'une société libre repose sur l'égalité en droits et l'inégalité des situations, reflet de l'infinie variété humaine. [...] La liberté conduit à l'harmonie, relève Monnard, grâce aux inégalités des forces, des talents, des richesses."

 

Monnard dit bien que la liberté "n'est pas le but de la vie, mais la condition d'une vie complète, la condition de la civilisation, du développement de la pensée, de l'activité, de l'industrie, des lettres, des sciences, la condition des progrès de l'humanité". Mais cela ne signifie pas qu'elle autorise à faire tout ce dont on a envie, "mais tout ce qu'on est en droit de faire, c'est-à-dire tout ce qui est juste et honorable", autrement dit l'accomplissement du devoir.

 

L'Etat n'est légitime et utile que dans la mesure où il assure droit et justice. Aussi doit-il être limité à ce seul rôle, subsidiaire: "Les libéraux ne reconnaissent le droit de violer les droits individuels ni à une majorité, selon l'absolutisme démocratique de Rousseau, ni à l'"utilité" d'un Jeremy Bentham sans les limites du droit, qui tend à conduire à l'arbitraire et à l'extension ininterrompue de l'Etat dans l'espoir d'en tirer profit, au détriment du devoir, du fait que les justifications des interventions publiques peuvent bien sûr s'inventer à l'envi."

 

Quelles sont les conditions culturelles de la liberté? Cela passe par l'éducation et la persuasion, et par ce rappel: "Poursuivre son intérêt aux dépens des autres n'est pas acceptable moralement. Poursuivre son intérêt bien compris implique de reconnaître que ses droits sont accompagnés de devoirs, selon les principes de la bonne volonté et de la réciprocité."

 

La morale judéo-chrétienne a joué un rôle, continue et continuera à le jouer pour que ces conditions culturelles de la liberté soient remplies: "La séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir divin, et la reconnaissance de la nature spirituelle du christianisme ne signifient pas cependant que celui-ci ne comporte aucune dimension politique. Le message chrétien est essentiellement un plaidoyer pour la liberté et la responsabilité personnelles, qui suppose un scepticisme envers l'Etat, tant au niveau culturel que politique ou économique."

 

Francis Richard

 

Charles Monnard - L'éthique de la responsabilité, Pierre Bessard, 94 pages Institut Libéral

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 23:45
"Esthétique de la liberté" de Philippe Nemo

Lors de La 33e Université d'été de la nouvelle économie à Aix-en-Provence , fin août 2012, Philippe Nemo avait annoncé la parution de son livre Esthétique de la liberté pour l'automne 2013... Il est enfin paru cet été 2014 et c'est l'essentiel.

 

En octobre 2011, l'auteur était intervenu, à la demande du Pr Heritier, sur ce thème, dans un séminaire consacré à l'Anthropologie de la liberté, qui se tenait à Dogliani dans le Piémont, thème qui avait suscité son intérêt d'abord, "une vraie passion ensuite":

 

"Cet angle original s'est révélé fécond pour aborder la question de la valeur des sociétés humaines."

 

Dans ce livre très dense, l'auteur reproduit dans son introduction la fable de La Fontaine, Le chien et le loup, qui, mieux que de longs discours, fait le lien entre liberté et beauté et que, comme lui, je ne peux m'empêcher de reproduire in extenso:

 

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.


Philippe Nemo commente: "La fable ne laisse aucun doute: le loup est plus beau que le chien, sa vie est plus brillante, plus prestigieuse."

 

Il ajoute: "Le propos du présent ouvrage est de savoir si La Fontaine a raison. Le lien qu'il établit entre liberté et beauté est-il une vérité philosophique permanente et universelle? Beauté et liberté sont-elles dissociables?"

 

Au début de la première partie de son livre, Situation de la beauté et de la liberté dans une anthropologie philosophique, il reformule ces deux questions: "1)Beauté et liberté sont-elles des réalités "empiriques" ou "transcendantales"? 2) Sont-elles corrélées entre elles, et avec d'autres idéaux comme le vrai et le bien, ou sont-elles disparates, vouées à être souvent, voire toujours et par principe, en conflit?". Et il commence par passer en revue les réponses que leur donnent la tradition naturaliste, la tradition idéaliste et la tradition biblique.

 

Il montre qu'"il existe une contradiction massive entre les conceptions philosophiques et bibliques, les unes axées sur la forme, les autres sur l'infini, chacune faisant valoir des aspects différents de la beauté et de la liberté". Il met surtout en évidence "comment Rome a changé les données du problème en créant un droit de la propriété privée qui a abouti à valoriser plus que jamais auparavant la personne humaine individuelle et ses libres réalisations".

 

Les effets anthropologiques de cette création seront immenses et irréversibles. Car les sociétés humaines avaient surtout été holistes jusque-là. Elles le deviennent de moins en moins dès lors.

 

La pensée occidentale va longtemps hésiter entre deux conceptions: "D'une part, héritant des sciences rationnelles grecques et romaines, elle continuera à explorer les formes de la nature et à estimer qu'il convient de les respecter et de s'y conformer. D'autre part, le christianisme lui suggérera d'envisager le dépassement possible des formes et de souligner les capacités créatrices et réformatrices de Dieu et de l'homme."

 

Philippe Nemo évoque alors quelques jalons qui vont lui permettre de construire l'anthropologie philosophique dont il a besoin pour répondre aux deux questions posées. Ces jalons sont Grégoire de Nysse, saint Augustin, la doctrine médiévale des transcendantaux, saint Thomas d'Aquin et Pic de la Mirandole:

 

"Les chemins de la beauté ne seront ouverts qu'à un homme "inquiet" [sans repos], ayant le sens du mystère, désireux d'explorer toutes les formes sensibles de la nature et de l'art, et de poursuivre le vrai et le bien autant que le beau. S'il doit être en mesure de mener une telle recherche, il devra jouir non seulement de la liberté intérieure chère aux platoniciens et aux mystiques, mais de toutes les libertés qui lui permettront d'agir dans le monde, tant pour le découvrir que pour y imprimer sa marque."

 

En complément à ces jalons posés, il fait appel à des auteurs modernes qui apportent leur pierre à cette anthropologie philosophique: à Kant, pour qui "le sublime met l'esprit en mouvement, l'"ébranle"", à Proust, qui "professe une foi en l'immortalité de l'âme", foi inclassable, cependant explicite, à Heidegger, pour qui "l'oeuvre d'art est un événement ontologique à part entière", à Gadamer, pour qui "l'oeuvre d'art, loin d'être une projection de la subjectivité humaine, dévoile l'être du monde" et à Castoriadis, qui explique la "haine affirmative du Beau" qui caractérise le communisme, percevant inconsciemment le danger, mortel pour lui, que représente la véritable oeuvre d'art.

 

Tous ces apports permettent à Philippe Nemo de formuler une réponse aux deux questions posées au début, qu'il résume ainsi, avant de la développer point par point:

 

"Nous pensons, d'une part, que chaque fois qu'un être humain est témoin de l'apparition du bien, du vrai, du beau et de la liberté, dans le monde empirique, il touche un absolu. A cet être humain, "Dieu vient à l'idée" - pour reprendre, en étendant son sens, la formule d'Emmanuel Levinas. D'autre part, nous pensons que les idéaux de l'esprit qui, logiquement, psychologiquement et socialement, sont disjoints et potentiellement en conflit, convergent en cette transcendance même."

 

Peut-être la phrase la plus importante de son développement est-elle celle-ci:

 

"Pas de charité sans liberté, pas de vérité sans liberté, pas de beauté sans liberté. Par suite, ce quatrième idéal est lié par essence aux trois autres."

 

Dans la deuxième partie d'Esthétique de la liberté, intitulée Laideur de la servitude, trois livres, auxquels se réfère Philippe Nemo, montrent amplement que les totalitarismes, qu'il s'agisse du communisme ou du nazisme, enlaidissent l'homme:

 

- 1984 de George Orwell

- Les origines du totalitarisme d'Hannah Arendt

- La Route de la servitude de Friedrich Hayek

 

Les totalitarismes ne sont pas les seuls à enlaidir l'homme. Les socialismes le font également, même si c'est à un moindre degré.

 

Il est trois conceptions de l'intérêt général, selon Philippe Nemo:

 

- assurer l'ordre public et prélever l'impôt qui le permet (le principe juste serait d'en diviser la charge en parts égales);

- assurer les biens et services collectifs (qui sont utiles à tous, mais qui ne peuvent être fournis de manière adéquate par le marché) et de prélever l'impôt pour les financer (la justice veut qu'il soit proportionnel);

- réduire les inégalités sociales et répartir les richesses en prélevant l'impôt chez les uns pour donner à d'autres, sans qu'il n'y ait de prestation en contrepartie.

 

Cette dernière conception est propre aux socialismes. Deux fautes l'entachent:

 

- c'est une erreur économique: on amoindrit un capital qui ne sera pas reconstitué, avec pour conséquence un appauvrissement à terme de toute la société;

- c'est une faute morale: en prenant l'argent des uns (pour le donner à d'autres) sans contrepartie, on les vole, tout simplement.

 

La fiscalité socialiste enlaidit l'homme, parce qu'elle le mutile en le volant de manière permanente.

 

Dans une troisième partie, intitulée Beauté de l'existence libre, Philippe Nemo fait l'éloge du voyage, symbole de l'existence libre, celle du loup de la fable. Le voyage a en effet bien des vertus:

 

- il réserve à celui qui s'y adonne des surprises géographiques et des découvertes de sociétés inconnues;

- il l'oblige à se découvrir lui-même en le faisant abandonner ses habitudes;

- il lui fait prendre conscience qu'il n'est pas possible d'embrasser le monde d'un seul regard et que sa propre vie est elle-même un voyage, ce dont témoignent la littérature et la vie créatrice des artistes.

 

Quelle société permet ce voyage, cette existence où la beauté et la liberté s'appellent l'une l'autre?

 

Dans nos pays, il subsiste trois modèles de sociétés:

 

- les traditionalismes: pour eux il existe un ordre naturel dont il ne faut pas s'écarter, ils se défient de l'innovation et de la liberté;

- les socialismes: pour eux l'ordre social doit être organisé, construit, ils redoutent la liberté individuelle qui pourrait le menacer;

- les démocraties libérales: pour elles l'ordre social est spontané et la liberté est "une valeur principielle".

 

Pour Philippe Nemo, seules les démocraties libérales conduisent à la beauté morale. Pour le démontrer, il passe en revue les vertus naturelles qui, dans de telles sociétés, illustrent cette assertion:

 

- la justice: la loyauté dans les échanges, le respect de la propriété et des contrats obligent et rendent juste;

- la véracité: celui qui dit la vérité ne court pas de risques inconsidérés;

- la libéralité (la bienveillance): pour donner, il faut avoir;

- l'esprit de paix: le sort des citoyens dépend de leurs succès et de leurs réussites et non pas de violences faites à autrui ou de faveurs de l'autorité;

- la tolérance: la liberté n'est pas concevable sans celle d'être différent, ce qui suppose le respect de la différence des autres et celui de sa différence par les autres;

- la prudence: d'être guidé par les données objectives de la réussite et de l'échec y incite;

- la tempérance, la force: la responsabilité individuelle incite à les développer.

 

Dans une société libre, l'homme, bien sûr, prend en compte l'environnement administratif et juridique, respecte les formalités, cultive les relations sociales, mais "il s'intéresse bien plus au travail bien fait, à l'innovation scientifique, technique, aux nouvelles demandes sociales à satisfaire, aux "nouvelles frontières" qui se dessinent à chaque époque".

 

Au terme de ce livre, Philippe Nemo ose quelques réflexions au sujet des vertus théologales, foi, espérance, charité. Il dit que la foi et l'espérance vivent peut-être mieux dans une société libre qui, d'une part, reconnaît l'incomplétude du savoir humain et qui, d'autre part, reconnaît le rôle créateur de la liberté humaine. A contrario la charité est incompatible avec les sociétés où la propriété privée et la liberté individuelle sont réduites à une peau de chagrin:

 

"La charité [...] est le fait d'aimer autrui unilatéralement, sans rien exiger de lui en retour, de venir à son secours et de vouloir son bien inconditionnellement. Il est clair qu'elle est usurpée et défigurée par la prétendue solidarité collectiviste prenant la forme d'impôts redistributifs."

 

Etre charitable avec le bien d'autrui est de fait contradictoire avec le concept même de charité...

 

Philippe Nemo, dans sa conclusion, évoque la formule de Friedrich Nietzsche selon qui "nous voulons toujours revivre en oeuvre d'art":

 

"L'homme doit forger sa vie de telle sorte que, puisqu'elle doit revenir éternellement, elle soit à jamais une oeuvre d'art parfaitement belle. Je crois cette idée de Nietzsche en harmonie avec la doctrine chrétienne des fins dernières qui dit que chaque homme sauvé ressuscitera avec sa pleine et riche personnalité, avec tout ce qu'il a fait de bien dans sa vie."

 

Philippe Nemo enfin fait part, dans cette même conclusion, d'une thèse indémontrable à laquelle je souscris:

 

"Dieu a créé l'homme libre, or le concept même de liberté comporte la création du Nouveau, donc de l'imprévisible. Il faut ainsi admettre, contre saint Augustin et son incompréhensible théorie de la prédestination, qu'en créant l'homme, Dieu a accepté a priori d'être surpris par ce que la liberté humaine créerait."

 

Francis Richard

 

Esthétique de la liberté, Philippe Nemo, 200 pages, PUF

 

Livre précédent de l'auteur, chez le même éditeur, recensé sur ce blog:

 

La belle mort de l'athéisme moderne (2012)

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 23:45
"Nos préjugés politiques" d'Yves Guyot

Il y a près de 150 ans, en 1872, paraissait un livre sur les préjugés politiques des Français. Ce livre, écrit par Yves Guyot (1843-1928), n'a pas pris une ride sur le fond, s'il est daté dans le temps - il fait ainsi souvent référence à des faits proches de son époque pour étayer ses propos.

 

En effet, à le lire, il semblerait que les Français aient aujourd'hui comme hier, hier comme jadis, les mêmes préjugés en matière de politique (ils n'en ont toutefois pas l'entière exclusivité: d'autres peuples en partagent quelques uns, qu'ils se rassurent...).

 

L'auteur définit en ces termes ce qu'il appelle préjugé:

 

"Le préjugé est, selon nous, une opinion a priori, reposant, soit sur des observations non contrôlées, soit sur des affirmations non vérifiées.

Ou autrement:

Le préjugé est une opinion subjective."

 

Il serait préférable pourtant que les Français aient des principes et qu'ils soient instruits.

 

Du principe Benjamin Constant dit: "Son essence n'est pas tant d'être général que d'être fixe". Yves Guyot commente: "Une fois admis, il doit servir de guide invariable; il n'y a point de transaction possible avec lui."

 

A propos de l'instruction Yves Guyot ironise: "L'instruction, c'est le désordre, car c'est la pensée, la discussion, substituées à l'automatisme."

 

Les préjugés sont en conséquence plus commodes. Les principes, il faut se donner la peine de les vérifier et, une fois vérifiés, de les respecter tout au long de sa vie. Alors qu'il n'est pas besoin d'être instruits pour adopter les préjugés: ils sont tout faits, disponibles, prêts à l'emploi, et, d'ailleurs, "pour les politiques, les principes ne sont rien, le succès est tout"...

 

Avant de faire le tour de Nos préjugés politiques, Yves Guyot explique d'où ils viennent.

 

Les Français sont en effet des dialecticiens - adeptes de la méthode subjective - et raisonnent sans s'inquiéter de la justesse du point de départ de leur raisonnement. Ils sont éduqués comme ça. Les scientifiques - praticiens de la méthode objective -, au contraire, se doivent d'observer les faits, d'étudier les rapports constants des faits entre eux et d'en former des lois.

 

Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les Français aient peur des idées neuves. C'est bien pourquoi "toutes les inventions que quelques individus ont faites ou apportées en France ont d'abord été appliquées et exploitées chez les peuples étrangers". Cela ne vous rappelle-t-il rien?

 

Les utopistes français disent que tout est mal et qu'il faut tout changer, en commençant par la nature humaine: "Tous les utopistes concluent au despotisme, parce qu'ils savent bien que, par la liberté, les sociétés arriveront à l'application des lois qui régissent la nature de l'homme, et qu'eux ont pour but la violation de ces lois."

 

Les conservateurs disent que tout est bien et qu'il faut tout garder: "Pour eux, l'ordre, c'est ce qui est, tout ce qui est sans exception, rien que ce qui est". Pour eux, "l'ordre étant ce qui existe, le meilleur gouvernement est celui qui [leur] semble pouvoir se maintenir avec plus de force". Ce faisant ils arrivent au même résultat que les utopistes, ils violent les lois qui régissent la nature pour maintenir leur ordre, qui est en fait un désordre.

 

Quels sont donc les préjugés politiques des Français?

 

- la raison d'Etat: mot "inventé par les gouvernements pour se donner le droit de déraisonner de manière absolue"

- le salut de l'Etat, loi suprême sous la monarchie, le salut public, loi suprême depuis Rousseau et Robespierre: "Toutes les tyrannies, toutes les injustices, tous les crimes, sont justifiés par la volonté générale, au nom de la liberté".

- le principe d'autorité (droit divin, puis droit social): "Les partisans de la raison d'Etat, du salut public, déclarent que les peuples ne peuvent vivre sans lui"...

- la loi de la majorité du peuple: "Si à l'unanimité, il est du même avis, il peut se tromper, mais nul ne peut se plaindre. Mais si de cette unanimité, j'ôte un seul citoyen, il y a d'un côté un souverain et de l'autre un esclave".

- la souveraineté du peuple: "C'est la liberté des gouvernants et l'esclavage des gouvernés".

- les sauveurs: "C'est la haine du despotisme immédiat qui pousse le peuple à se jeter dans le despotisme absolu".

- la nécessité d'un pouvoir fort: "Si c'est à rendre la liberté que servent les bons despotes, avouons qu'il serait bien plus simple de s'en passer"

- le progrès par l'Etat: "Le progrès est toujours oeuvre d'une minorité. Comme l'Etat forcément représente la majorité, il se trouve par vocation ennemi de toute nouveauté."

- l'indifférence politique: il faut surveiller avec soin ceux qui dirigent l'Etat. "Ce soin s'appelle l'esprit public. Les peuples qui veulent se donner la peine de le prendre sont les seuls libres".

 

Comment combattre ces préjugés?

 

En rappelant qu'aucune loi ne peut porter atteinte aux droits naturels: "L'individu ne peut aliéner ses droits, sans se diminuer et s'anéantir lui-même. Il entre dans la société avec la plénitude de ses facultés, de sa force, de sa puissance. Toute loi qui a pour but de restreindre cette puissance et cette force, est une violation de la personnalité humaine."

 

En rappelant que "les seuls peuples libres, en définitif, sont [...] ceux qui ont de larges libertés locales", que le progrès - l'assimilation des forces de la nature - ne peut avoir lieu sans sécurité et qu'"il n'y a pas d'autre sécurité pour l'homme que la garantie absolue, sans restrictions possibles, de ses droits individuels".

 

Francis Richard

 

Nos préjugés politiques, Yves Guyot, 148 pages, Institut Coppet

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 22:55
"Voici revenu le temps des imposteurs" de Guy Millière

"J'ai regardé les gens autour de moi, les phrases dans les journaux, les programmes à la télévision, et j'ai vu des gens prétendant être ce qu'ils ne sont pas, d'autres ne sachant pas qui ils sont ou ce qu'ils sont."

 

Ainsi s'exprime Guy Millière à la fin de son dernier livre, Voici venu le temps des imposteurs. Car les imposteurs sont à l'oeuvre en France. Ils font tout pour que les yeux des Français ne se désillent pas, pour qu'ils ne comprennent pas pourquoi leur pays meurt.

 

Certes les Français se rendent bien compte que l'univers dans lequel ils vivent est gris désormais, et sans âme. Les villes ont été bétonnées (disharmonie délibérée, semble-t-il), transformées pour qu'il ne soit plus possible d'y circuler librement en voiture (avenues rétrécies, trottoirs élargis, places de stationnement supprimées), et sont mal entretenues.

 

Les Français, contraints à une promiscuité non désirée dans les transports publics, contraints à la soumission, à l'attente, à l'absence de choix, comme des animaux pris aux pièges, deviennent discourtois, impolis, ne sourient plus, ou rarement: "Viennent dès lors souvent, de plus en plus souvent, les mots: conflits, tensions, frictions."

 

La décroissance est là: "La misère absolue, la faim, le froid, le dénuement presque total sont de retour en France.". Les plus actifs, les plus créatifs, les plus dynamiques ne sont plus incités à l'être, ou s'en vont. Les moins actifs, les moins créatifs, les moins dynamiques sont encouragés à le rester, ou arrivent.

 

La France vit au-dessus de moyens qu'elle n'a plus:"S'approche le moment où le pays n'aura même plus la possibilité de trouver l'argent qu'il n'a plus ou qu'il n'a pas auprès de prêteurs, et où il n'y aura plus rien à redistribuer, et plus rien à dépenser."

 

Dans les périphéries des grandes villes, les cités, les quartiers sont l'épicentre de l'implosion gigantesque qui se propage et qui résulte d'une cohérence à l'oeuvre: "Cette cohérence est celle de l'Etat [...]. L'Etat est désormais tentaculaire, hypertrophique, omniprésent et en cela jamais localisable, délimitable, jamais à même d'être défini, circonscrit, endigué."

 

L'esprit bureaucratique se propage et anéantit la possibilité de choisir, la créativité, l'initiative, le dynamisme etc. Les institutions essentielles, telles que la justice et la police, ne remplissent plus leurs rôles:

 

"Une société où la sécurité devient aléatoire, une société où la loi se détache du rôle qui est le sien dans une société libre, garantir la sécurité des personnes et des biens, et assurer la liberté (liberté de parler, écrire, penser, aller et venir, entreprendre, passer contrat, disposer de la liberté de soi-même et de ses biens) avec pour seule limite ce qui nuit à autrui (vol, viol, meurtre, agression, pillage, incitation au vol, viol, meurtre, diffamation) cesse d'être une société libre et devient société de l'arbitraire."

 

Guy Millière passe en revue les différents domaines où le monopole de l'Etat s'exerce (santé, retraites, naissances, logement, enseignement) et montre qu'il s'agit d'empêcher toute alternative à l'Etat, qu'il s'agit d'imposer son hégémonie. Ce modelage des esprits se retrouve dans la presse, la télévision, la culture. Les tendances lourdes de cette hégémonie ne date pas d'hier, elles remontent à l'absolutisme, à la Terreur...

 

La cohérence à l'oeuvre ne souffre pas de contradiction. Les idées contraires sont marginalisées sinon tues. Qui, en France, parle de droit naturel, "garde-fou contre la loi sans limites, rappel de ce que les droits appartiennent à l'être humain en tant qu'il est un être humain et n'appartiennent jamais au gouvernement"? Qui parle de John Locke, d'Anne Robert Jacques Turgot, d'Edmund Burke, d'Alexis de Tocqueville, de Frédéric Bastiat, de Raymond Aron, de Jean-François Revel? Des minoritaires, réduits à une quasi clandestinité.

 

Le sens des mots se perd: ""Social libéralisme", dites-vous. Que signifie le mot libéralisme accompagné du mot "social"? Le socialisme c'est la redistribution, l'érosion de la propriété privée et de l'initiative individuelle, l'Etat en charge de la redistribution, l'asservissement à l'Etat."

 

Le libéralisme? "C'est l'économie de marché et un Etat de droit basé sur le droit naturel, limité au rôle de garant des droits individuels. L'économie paralysée, tétraplégique, croulant sous la lourdeur de cliquetis qui harassent et exténuent serait donc une économie de marché? Vraiment? Le dispositif qui redistribue, réduit à la passivité, à l'assistance, au délitement généralisé serait un Etat de droit?"

 

L'hégémonie produit l'anomie, dans le sens que lui donnait Emile Durkheim: "L'état vers lequel se dirige une société lorsque tout ce qui lui permet de fonctionner encore en tant que société, règles, normes, références, valeurs, se disloque, se désagrège et s'anéantit."

 

Devant l'anomie qui vient, que faire? Constater la catastrophe. Certes, mais encore? Guy Millière doute qu'il soit possible de rebâtir, mais il sera "du côté de ceux qui rebâtissent, en France, s'il y a lieu". Rebâtir signifiera "refonder le travail des idées":

 

"Un travail des idées digne de ce nom impliquerait de redonner du sens aux mots les plus essentiels. Liberté. Droit. Marché. Création. Richesse.

Mais ce serait un commencement, oui. Juste un commencement."

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Voici venu le temps des imposteurs, Guy Millière, 80 pages, Tatamis (2014)

 

Quelques livres précédents de l'auteur:

 

La Septième dimension, Guy Millière, Cheminements (2009)

Le désastre Obama, Guy Millière, 216 pages, Tatamis (2012)

Face à l'islam radical, Daniel Pipes - Guy Millière, 82 pages, David Reinharc (2012)

L'islam radical est une arme de destruction massive, Guy Millière, 80 pages, David Reinharc (2013)

L'Etat à l'étoile jaune, Guy Millière, 186 pages, Tatamis (2013)

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 19:30
"Trop tard pour la France?" de Cécile Philippe

"Il n'est jamais trop tard pour bien faire."

 

Ce qui est vrai pour un individu l'est-il pour un Etat? On peut se le demander.

 

La France ne se porte pas bien. Le constat est vite dressé. La croissance est en panne. N'en déplaise aux partisans de la décroissance, cela signifie "chômage, pauvreté et morosité".

 

On accuse le libéralisme et le capitalisme de cette panne, mais l'accusation est-elle pertinente quand, en France, en 2013, les dépenses publiques représentent 57,1% du PIB, les recettes publiques 52,8% et la dette publique 93,5%?

 

Cécile Philippe cite un grand nombre d'études qui arrivent à cette conclusion qu'il y a "un lien négatif entre dépenses publiques et croissance économique".

 

Comment ce lien peut-il être établi?

 

La taxation et l'endettement permettent de financer les dépenses publiques. Or, il ne faut pas seulement tenir compte des coûts divers de son recouvrement par l'Etat et des coûts divers subis par les privés, mais aussi des incitations contre-productives qu'elle engendre chez ces derniers.

 

La taxation et l'endettement permettent d'effacer les pertes de l'Etat, ce qui évite aux politiques et aux bureaucrates de mener un calcul économique, mais ce ne sont évidemment pas des incitations à faire un usage efficace des ressources dont ils disposent.

 

Cécile Philippe peut écrire: "La croissance de l'Etat n'est donc pas forcément gage de croissance économique et au contraire, elle peut nuire à un développement durable de l'économie. Dans le même temps, la vie économique est régulièrement entravée par des crises financières qui peuvent légitimer la croissance de l'Etat pour la secourir."

 

Cécile Philippe fait un rappel historique des crises financières qui émaillent les dernières décennies du XXe siècle et les débuts du XXIe.

 

Pourquoi ont-elles eu lieu? Et pourquoi ont-elles et auront-elles lieu?

 

Pour les économistes mainstream, "le développement d'un pessimisme irrationnel au sein du secteur privé pourrait être une des raisons de l'émergence périodique des crises":

 

"Pour les surmonter, une intervention publique contra-cyclique serait nécessaire."

 

Pour les économistes autrichiens, "un excès de monnaie - créé en multipliant les crédits offerts - va financer des projets d'investissement qui ne pourront pas être terminés, faute de ressources réelles":

 

"Au fur et à mesure que les acteurs vont s'en rendre compte, ils vont dans un premier temps chercher par tous les moyens des ressources pour finir leurs projets. Faute de les trouver, ils devront mettre la clé sous la porte."

 

La crise des subprimes est l'illustration de cette explication autrichienne des cycles économiques, avec, facteur aggravant, une réglementation qui a obligé les banques à octroyer des crédits immobiliers aux minorités défavorisées.

 

L'explication des économistes autrichiens amène à se pencher sur le rôle de la monnaie dans le développement et dans les crises.

 

La monnaie sert au développement des échanges et à la spécialisation des tâches, mais surtout elle sert à l'expression des prix: "Les prix sont nécessaires si l'on veut que la production s'adapte spontanément à la consommation, ce qui est primordial dans une société fondée sur la division du travail.

 

Cécile Philippe fait le diagnostic, dans la logique aurichienne, que la monnaie est bien au centre des crises. Car elle est manipulée et fausse le baromètre des prix; de surcroît, elle est créée de manière excessive.

 

Les banques, en effet, bénéficiant de l'assurance de pouvoir se refinancer, en cas de besoin, auprès des banques centrales, qui sont prêteurs en dernier ressort, et bénéficiant de la garantie étatique des dépôts, usent et abusent de cet aléa moral pour créer de la monnaie scripturale:

 

"Si le diagnostic de ce livre est exact, la crise est la conséquence d'une gestion laxiste de la liquidité engendrant des niveaux d'endettement insoutenables, et des malinvestissements dans toute l'économie."

 

Comment ces niveaux d'endettement insoutenables ont-ils été atteints?

 

L'euro a permis à la France - qui n'a pas connu d'excédent depuis 1974 - et aux pays structurellement déficitaires tels que la Grèce, l'Espagne ou le Portugal, d'emprunter à des taux beaucoup plus faibles qu'auparavant. Cela leur a permis d'ajourner les réformes qui étaient nécessaires et de prolonger leur folie dépensière.

 

Il y a deux moyens pour résorber de tels déficits publics devenus aujourd'hui insoutenables:

 

"Le premier consiste à augmenter les recettes fiscales, alors que le second vise à réduire les dépenses publiques."

 

Ces deux moyens correspondent à deux philosophies:

 

"Celle qui voit dans l'Etat la source de la croissance et se traduit par une hausse des impôts et celle qui, au contraire, juge que la croissance de l'Etat nuit à la croissance de l'économie, et qu'il faut inverser la tendance en diminuant les dépenses."

 

La France a choisi la premier moyen correspondant à la première philosophie: les impôts ont fortement augmenté, les dépenses ont continué d'augmenter. Les particuliers ont fait une cure d'austérité que l'Etat ne s'est pas infligée à lui-même, avec les résultats catastrophiques que l'on sait.

 

A contrario, le Canada, au milieu des années 1990, a choisi le second moyen, correspondant à la seconde philosophie, avec pour résultats: 12 années de surplus budgétaire à partir de 1998, une proportion de bas revenus en diminution et une baisse de l'endettement public qui est passé de près de 70% du PIB en 1995-1996 à moins de 30% en 2007-2008.

 

Cécile Philippe montre quelles réformes structurelles sont possibles en France, mais elles signifient la remise en cause de la gestion publique de risques tels que la santé, la retraite et le chômage.

 

Le monopole de l'assurance maladie a succédé, en 1946, pour des raisons politiques, aux sociétés de secours mutuel. Alors que ces sociétés n'étaient pas déficitaires (Cécile Philippe en rappelle le fonctionnement dans son livre), l'assurance maladie l'est depuis le début.

 

Pour endiguer ces déficits, il a été fait recours au déremboursement des soins et à l'augmentation des cotisations. Comme cela ne suffisait pas, la maîtrise comptable des coûts a été instituée de manière bureaucratique et, de réglementation en réglementation, a porté atteinte aux libertés de prescription, d'installation des médecins et des infirmières, de détermination des prix des médicaments etc.

 

Les déficits n'ont pas été endigués pour autant et le système de santé français prend le chemin des systèmes de santé étatisés du Canada et du Royaume-Uni, caractérisés par leurs files d'attente, tandis que l'abandon du monopole de l'assurance maladie aux Pays-bas, où le système de santé est malheureusement encore trop réglementé (ce qui est problématique à terme), a permis de réduire les dépenses de santé et les files d'attente.

 

Comme dans le cas de l'assurance maladie, le risque retraite, par le passé, a été couvert par des caisses d'épargne, des sociétés de secours mutuel ou des caisses patronales. Avant que l'assurance vieillesse ne devienne une organisation monopolistique en 1945, les pouvoirs publics n'ont eu de cesse de capter l'épargne recueillie par ces organisations et d'en entraver leur fonctionnement, ce depuis leur apparition au XIXe siècle.

 

Pour ce qui concerne le secteur privé, le système de retraite par répartition est devenu un monopole obligatoire en 1945. Pour qu'il fonctionne, il faut que le montant des cotisations des personnes actives soit égal à celui des rentes versées aux personnes retraitées.

 

Comme il n'a pas été constitué de réserves, le montant des cotisations ne suffisant plus, pour des raisons démographiques (longévité, etc.) et économiques (chômage, etc.), les retraites du privé (calculées sur les 25 meilleures années) sont, depuis 2005, assurées en partie par l'endettement...

 

Pour ce qui concerne le secteur public, la situation n'est guère plus brillante. Comme le niveau des retraites est garanti (c'est au minimum 75% du dernier traitement) et que l'Etat n'a pas davantage constitué de réserves, c'est le contribuable qui paie...

 

Il faut donc changer les systèmes de retraite. Dans le privé, par exemple, en optant pour un fonctionnement en points, en permettant la constitution d'épargne, en prévoyant une période de transition pour assumer le passé sans compromettre l'avenir. Dans le public, en mettant de côté, chaque année, de quoi financer les droits à la retraite des personnes employées.

 

Le chômage en France est une hantise pour les Français, parce que son taux est élevé, parce qu'il dure pour celui qui perd son emploi, parce qu'il est difficile d'en trouver un.

 

Les causes de ce chômage structurel sont à chercher du côté de l'absence de flexibilité:

 

- le salaire minimum (un salarié doit rapporter au moins autant qu'il ne coûte), qui pénalise les jeunes et les moins diplômés,

- les charges sociales obligatoires (même remarque, un salarié doit rapporter au moins autant qu'il ne coûte, et, de plus, le montant des charges sociales ne doit pas l'inciter à préférer le chômage à l'activité),

- la protection contre le licenciement économique (il est incertain et coûteux), qui empêche les entreprises de "s'adapter à l'évolution des préférences des consommateurs et aux changements technologiques",

- la durée légale du travail et la réglementation des heures supplémentaires, qui, là encore, empêchent les entreprises de s'adapter aux changements permanents.

 

Les causes sont également à chercher du côté des incitations négatives, mieux gérées jadis par les sociétés de secours mutuel, telles que :

 

- les allocations chômage: "un individu recevant des revenus trop généreux pendant sa période de chômage peut avoir intérêt à la prolonger jusqu'à l'extinction des indemnités",

- les minima sociaux: "ils ont l'avantage d'assurer un revenu minimum aux plus démunis, mais ont aussi l'inconvénient d'avoir rendu le travail non payant".

 

De ce qui précède, "il faut retenir qu'on a d'autant moins à craindre le chômage qu'il est facile de retrouver un emploi. C'est en réduisant le coût du travail et les entraves au licenciement qu'on permettra un retour au plein emploi, avec davantage de création de richesses. C'est avec davantage de liberté d'association, de liberté contractuelle, de protection sociale réellement négociée au lieu d'être imposée, qu'on retrouvera le plein emploi."

 

Cécile Philippe termine par une réforme structurelle qui ne coûte rien mais peut rapporter gros, la suppression du principe de précaution dans la Constitution française:

 

"Le principe de précaution souffre d'un biais en faveur de choix conservateurs plutôt qu'innovateurs et ne tient pas compte du risque qu'il fait courir à l'ensemble de la population, celui d'interdire trop d'innovations utiles."

 

Des institutions concurrentes de l'Etat sont plus efficaces que lui en matière de gestion du risque:

 

- "Le droit de propriété fait que les gens n'auront pas intérêt à abuser d'une ressource, de peur qu'autrui ne le fasse à leur place",

- "Les entreprises investissent des milliards de dollars dans leur marque pour fonder et maintenir une réputation qui du jour au lendemain peut être ruinée en cas de scandale",

- "L'assureur a tout intérêt à inciter son client à prendre les précautions nécessaires pour éviter la multiplication des sinistres".

 

En conclusion, Cécile Philippe énonce l'équation impossible à atteindre: "On ne peut pas en même temps baisser les impôts, augmenter les prestations et renoncer à l'endettement." Alors que faut-il faire? Remettre l'Etat à sa place. Comment? "Il s'agit clairement de décider de ce qui doit être maintenu et de ce qui ne peut pas l'être."

 

Mais, avant toutes réformes de l'Etat, la priorité des priorités est de réformer le marché du travail:

 

"Il sera difficile de proposer une baisse des effectifs de la fonction publique si la seule alternative est un marché du travail bouché"...

 

Réformer, c'est possible, le Canada l'a fait, mais "cela suppose que nous acceptions de reprendre la main sur notre santé, nos retraites, nos emplois, nos innovations, et bien sûr nos libertés"...

 

Francis Richard

 

Trop tard pour la France? Osons remettre l'Etat à sa place, Cécile Philippe, 158 pages Manitoba/Les belles lettres

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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