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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 22:00
"L'excès des impôts conduit à la subversion de la justice" Benjamin Constant

Cette année,l'Institut Libéral, en partenariat avec L'Agefi et avec le parrainage de la fondation Action Libérale, a lancé un concours d'essai pour étudiants, basé sur cette citation de Benjamin Constant:

 

"L'excès des impôts conduit à la subversion de la justice."

 

Le jury était composé de:

 

- Léonard Burnand, directeur de l'Institut Benjamin Constant

- Alphonse Crespo, vice-président du comité de l'Institut Libéral

- Fathi Derder, conseiller national

- Nicolette de Joncaire, journaliste de L'Agefi

- Olivier Meuwly, historien

 

Les trois lauréats sont:

- Premier prix: Amel Merabet, étudiante en droit aux universités de Genève et de Paris II Panthéon-Assas;

- Deuxième prix: Fabio Capelletti, doctorant et assistant au département de science politique et relations internationales de l'Université de Genève;

- Troisième prix: David Pardo, bachelor en droit, tout frais émoulu de l'Université de Genève, et juriste dans une banque privée.

 

Les prix ont été remis aux lauréats par Alphonse Crespo, le 30 septembre 2014, à l'issue de la conférence de Pascal Salin qui venait de faire part à l'assistance de ses réflexions sur l'éthique et la philosophie politique de la fiscalité.

 

Dans son numéro du 30 septembre 2014, L'Agefi a reproduit l'essai médaillé d'or d'Amel Merabet. C'est un texte, tant sur le fond que sur la forme, digne de l'auteur de la citation qui l'a inspiré.

 

Son essai commence par des extraits de l'inventaire à la Prévert, qui figure dans Le Roi et l'Oiseau, le film d'animation de Paul Grimault, et qui décrit "l'absurdité et la lourdeur du sytème bureaucratique" d'un petit royaume, la Takicardie, soumis à l'arbitraire de son despote de Roi, auquel s'oppose l'Oiseau:

 

"Dans le chef-d'oeuvre poétique de Paul Grimault et de Jacques Prévert, deux cent soixante-neuf étages séparent les appartements secrets de Sa Majesté, le roi Charles V (et III font VIII et VIII font XVI), et le petit peuple de Takicardie."

 

Comme la Suisse n'a rien à envier au royaume de Takicardie en matière de bureaucratie et d'impositions diverses et variées, à tous les étages, qu'ils soient fédéraux, cantonaux ou communaux, Amel Merabet en dresse à son tour "un inventaire à la Prévert [...], où tout est vrai, sinon cinq ou six ratons laveurs", dont elle imagine la taxation avec humour...

 

Que ferait-on sans impôts? 

 

"Point d'écoles! d'hôpitaux! de trains! de routes! d'agricultures! grondent les thuriféraires du service public."

 

Mais le prix à payer pour ce secteur public, qui ponctionne inconsidérément le secteur privé, n'est-il pas exorbitant?

 

"Les mécontents déplorent des impôts trop lourds, mal répartis ou mal utilisés. Ils rêvent aussi d'un système ne pressurant pas le contribuable: pas de lenteurs bureaucratiques, pas d'attentes injustifiées, pas d'incertitudes, pas de passages devant des commissions anonymes et souvent froides et hostiles, pas de soumissions à des règles jamais clairement nommées."

 

A quoi se heurtent les mécontents? A l'arbitraire, que Benjamin Constant définissait comme le principal ennemi de la liberté et auquel s'opposent les droits fondamentaux que sont la "liberté personnelle, la liberté religieuse, la liberté d'opinion et de diffusion, et la jouissance de la propriété".

 

Aussi Amel Merabet considère-t-elle la citation de Benjamin Constant sur l'excès des impôts, comme "un avertissement pertinent dans la mesure où l'excès des impôts est avant toute chose perçu comme un excès du pouvoir, par le truchement de la loi qui décide des impôts. Or, le rôle de la loi est précisément d'empêcher les excès du pouvoir".

 

"La valeur suprême, dans la pensée libérale, est la liberté individuelle". Laquelle conditionne la morale et la justice:

 

"Comment jouir de la liberté individuelle si la loi, chargée de garantir cette liberté contre les excès du pouvoir, devient elle-même l'instrument des excès du pouvoir?"

 

Dans un système où la loi s'oppose à la liberté individuelle, la morale est détruite, car le citoyen devient ou esclave d'un pouvoir injuste, ou fauteur de troubles s'il se révolte contre lui.

 

La justice, au "sens philosophique et théologique classique" de "rendre à chacun ce qui lui appartient", n'est pas mieux lotie:

 

"Si la loi spolie les citoyens, on voit bien que la justice est absente de la loi puisqu'elle enlève au lieu de laisser à chacun son dû - sauf à appeler cette justice "sociale"."

 

Or, la justice sociale est "une parodie de justice, une subversion de la justice à proprement parler":

 

"On ne possède pas parce qu'on a travaillé, mais parce que l'Etat a décidé que l'on possède."

 

On retrouve là l'arbitraire de l'Etat, dénoncé au début de l'essai:

 

"La justice vient de l'arbitraire de l'Etat, et non d'un ordre naturel - conforme avec le mérite et la morale - façonné par la somme du travail de chacun. Benjamin Constant définissait déjà l'impôt excessif comme "un vol d'autant plus odieux qu'il s'exécute avec toute la solennité de la loi"."

 

Cette conception de la justice, qui dissocie droit naturel et morale, fonde l'Etat-providence et son "impératif de redistribution de la richesse collective", avec ses conséquences inéluctables: charité étatisée et subie, détérioration du pouvoir d'achat, fuite des talents etc.

 

Aussi devient-il impérieux de remettre l'Etat à sa place et de contrecarrer les dangers que présente l'excès des impôts en luttant contre tout arbitraire, en protégeant la liberté individuelle et en garantissant la propriété privée:

 

"Un véritable défi contemporain qu'il faudra maintenant irriguer, cultiver pour enfin voir fleurir l'arbre de la liberté."

 

Francis Richard

 

Le texte d'Amel Merabet peut être lu ici

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 22:15
"Libres!!" du collectif La Main Invisible 4/7: Mieux Comprendre la Liberté

Il y a deux ans paraissait Libres!, opus n°1. C'était un événement éditorial sans précédent.

 

Libres!!, opus n°2, poursuit l'oeuvre entreprise alors de donner la parole dans un seul volume à une centaine de contributeurs libres.

 

Stéphane Geyres, dans son introduction à Libres!!, souligne que, si l'opus n°1 parlait surtout des principes de la liberté, l'opus n°2 parle de "la liberté en pratique". Et que l'empreinte y est nettement plus libérale que dans l'opus précédent, c'est-à-dire plus radicale...

 

Après la présentation de la première partie, Points de Vues de Libéraux, celle de la deuxième, Aspects Cachés de la Liberté, celle de la troisième, Mythes à la Peau Dure, voici la quatrième:

 

MIEUX COMPRENDRE LA LIBERTE

 

"Arrive un moment plus technique, la partie Mieux Comprendre la Liberté proposant d'approfondir certains points de théorie libérale." (Introduction de Stéphane Geyres)

 

Patrick Aubin aborde la définition de la propriété. La définition réductrice est de dire qu'il s'agit de "la possession d'un bien matériel acquis après un échange économique", alors que la propriété au sens plein du terme est constitutive du droit supérieur, le droit naturel. Du fait de sa présence sur terre l'homme est propriétaire de lui-même et des fruits de son travail et cette propriété de soi-même est antérieure à toute loi et à toute organisation humaines:

 

"L'unique but de la loi humaine: garantir la propriété de soi et des fruits du travail de chacun contre l'arbitraire. Par conséquence, il est illégitime que la loi écrite octroie au moindre pouvoir la possibilité de spolier et de redistribuer, même sous un noble prétexte, la propriété naturelle légitime." ( Reconnaître la propriété de soi)

 

C'est pourquoi, que le pouvoir soit absolu ou qu'il soit démocratique, il est illégitime quand il se livre à la spoliation ou à la redistribution.

 

Emmanuel Brunet Bommert distingue deux élites rivales, l'élite naturelle, à qui il est possible de faire confiance - elle fait preuve de sagesse -, et l'élite autoritaire, qui en abuse en accordant des privilèges à ceux qui se soumettent à elle:

 

"L'élite se fait autoritaire lorsqu'elle représente une  menace et voit se développer son influence en touchant un nombre croissant de personnes. Ceci l'autorise à prélever des ressources, à imposer ses croyances, contraignant de quelque façon que ce soit, à agir d'une manière inadmissible autrement." (L'élite morale)

 

La liberté consiste donc aussi à reconnaître l'élite de confiance sans laquelle il n'est point de garde-fous.

 

Nicolas Prin continue avec la confiance qui est un préalable à tout échange entre deux personnes dans un contexte donné:

 

"Faire confiance à quelqu'un signifie, dans une société libre, envisager positivement la possibilité d'une coopération volontaire, condition  sine qua non à l'établissement d'une transaction future. Sans confiance, le coût de la transaction est alors considérablement augmenté et la qualité de la communication avec la contrepartie est minimisée, car moins spontanée." (La relation de confiance)

 

Le mot important est volontaire. Sans consentement il ne peut y avoir d'échange libre, donc relation de confiance. Cette relation de confiance n'empêche pas qu'un contrat ne soit établi pour "faire de la promesse une réalité aux yeux d'autrui et permettre ainsi le recours à un tiers".

 

Thomas Heinis approfondit la notion d'échange, qui est gagnant-gagnant ou n'est pas:

 

"Un échange a lieu lorsque deux partenaires y trouvent un avantage mutuel: l'un a besoin de quelque chose qui appartient à l'autre et inversement. Or, chacun de nous ayant sa propre échelle de valeurs, l'échange n'a pas lieu parce que les valeurs accordées aux objets sont les mêmes selon chacun des partenaires, mais parce que chacun d'eux estime être gagnant dans cet échange." (La paix par le négoce)

 

C'est parce que chacun y est gagnant que le commerce est un outil de cohésion sociale. A l'échelle internationale, il "est au coeur même du progrès pacifique". L'Histoire montre que le développement humain n'est en effet pas le fruit de conquêtes militaires...

 

Marc Lassort montre que les crises économiques sont prévisibles et prévues par les économistes de l'Ecole autrichienne, qui n'ont pas besoin d'économétrie, de statistiques ou de mathématiques pour ce faire:

 

"Pourquoi sont-elles brutales? Pourquoi se produisent-elles soudainement et pourquoi sont-elles d'une rare violence? Tout simplement parce que des politiques monétaires ou budgétaires, des normes, des réglementations, des monopoles et des rentes sont venus parturber le processus naturel de rééquilibrage du marché." (Pourquoi des crises économiques?)

 

Jean-Louis Guenego rappelle que la monnaie existe parce qu'elle permet des échanges plus faciles entre les gens, des échanges indirects - le troc étant l'échange direct. Les propriétés d'une monnaie sont toujours celles définies par Aristote: l'intermédiaire dans les échanges, l'unité de compte et la réserve de valeur. Une monnaie forcée est une monnaie imposée par un Etat sur son territoire sans garantie de personne, alors qu'une monnaie libre est choisie par ses détenteurs, qui en sont chacun un petit peu les garants:

 

"Ces monnaies sont la monnaie. Elles existent depuis la généralisation de l'échange indirect par l'homme. Les monnaies libres sont encore utilisées et le seront encore même si les Etats imposent leurs monnaies fiat. Elles sont par exemple constituées des métaux précieux, dont le plus connu est l'or. Les monnaies libres se réinventent et elles envahissent le monde de l'Internet avec les monnaies virtuelles totalement décentralisées dont la plus connue est le bitcoin." (Pour la monnaie libre)

 

La déflation n'est pas la calamité à éviter à tout prix, comme l'explique Thibaut André. A condition qu'elle soit naturelle. Ce qui se produit quand la monnaie est libre comme l'or, par exemple. Dans ce cas-là, en raison de son extraction et de sa production difficiles, la masse monétaire est relativement stable:

 

"D'une masse monétaire relativement stable rapportée à une production croissante, il résulte une baisse des prix. C'est la manifestation de la déflation. Sa cause est soit la contraction de la masse monétaire, soit la stabilité de cette dernière par rapport à la croissance de la production, et en général, une conjonction des deux phénomènes." (La déflation)

 

La déflation "entraîne un aléa moral en faveur de l'épargnant et du créancier et sanctionne le débiteur permanent par un renchérissement de sa dette. Ce faisant, elle induit une limitation des abus de tous les individus et organisations satellites gravitant autour de l'appareil étatique"...

 

Tout le monde discrimine, rappelle Guillaume Nicoulaud:

 

"Discriminer c'est choisir, c'est adapter son comportement à ses préférences, c'est exercer son libre-arbitre. Nous faisons ça tout le temps. Tous. Nous discriminons entre des produits et des services, nous discriminons entre des candidats aux élections, nous avons tous discriminé en choisissant celui ou celle qui partage notre vie - et pas qu'un peu!" (La discrimination)

 

Cependant, la discrimination en fonction de caractères ethniques, religieux ou de préférences sexuelles est imbécile. Pourquoi? Parce que "celui qui porte de tels jugements prend des décisions contraires à ses propres intérêts". Mais il ne sert de rien d'adopter des dispositifs réglementaires pour l'en empêcher. Seuls les champions de tels dispositifs en tirent profit: "on est dans le domaine de la communication politique et de la posture à vocation électoraliste. Ni plus ni moins."

 

Jan Patteyn défend la liberté d'expression, nécessaire à l'épanouissement de l'homme:

 

"Le recours à la censure, en imposant le singulier aux dépens du pluriel, casse la faculté de l'homme de se définir en tant qu'individu. Victime de la standardisation de la pensée, celui-ci n'est alors plus en mesure de s'épanouir pleinement. Une société authentiquement libérale ne peut tolérer de tels procédés. L'homme libre est propriétaire de ses idées, assume ses choix. L'expression publique de son avis ne tient qu'à lui et ne saurait donc faire l'objet du contrôle de l'Etat." (La liberté d'expression)

 

La libre expression a cependant une limite, celle du respect de la propriété de soi comme de la propriété des biens: "l'agression, par exemple, parce qu'elle constitue une violation de propriété privée (celle de la victime) ne peut être tolérée".

 

Les diplômes de l'enseignement supérieur sont dévalorisés parce que l'offre de diplômés est supérieure  à la demande et parce que la valeur intrinsèque des diplômes a baissé pour permettre le succès au plus grand nombre. Les conséquences en sont désastreuses: le nombre de personnes surqualifiées augmente et ceux qui sont peu qualifiés ne trouvent pas d'emploi faute d'être détenteurs du diplôme requis. Nicola Tournay propose comme remède de privatiser l'enseignement supérieur:

 

"La revalorisation des diplômes n'est ni coûteuse ni compliquée à mettre en oeuvre: elle nécessite juste le retrait pur et simple de l'Etat. Une mesure que d'aucuns pourront qualifier de "réactionnaire" ou "antisociale", tellement le dogme du financement public de l'enseignement est tenace, tant à droite qu'à gauche." (La revalorisation des diplômes)

 

Avantages: les étudiants paient le coût réel de leurs études - les meilleurs obtiennent des bourses, les plus motivés empruntent -, le fardeau fiscal diminue, les établissements mis en concurrence sont obligés de veiller à la réputation de leurs diplômes.

 

Parallèlement il faut abolir les conditions étatiques d'emploi sur diplôme...

 

Kévin Mailly souhaite la suppression des subventions aux associations caritatives pour qu'elles fonctionnent mieux:

 

"Laisser aux individus la liberté de financer les organismes qu'ils désirent soutenir, par conviction, solidarité ou raison personnelle, est justement le meilleur moyen d'allouer des ressources sans que les organismes publics n'en détruisent une bonne part en frais de fonctionnement. D'autant qu'en octroyant des subventions, l'Etat engage une compétition entre les associations qui vont alors consacrer une part de leurs ressources à monter des dossiers, rencontrer des fonctionnaires dédiés, remplir les formulaires adéquats à leur obtention etc." (Les associations caritatives)

 

La Charity Aid Foundation dans son rapport annuel constate que plus un pays est libre, plus ses habitants se montrent généreux envers les causes de leur choix... Les Etats-Unis détiennent la palme en 2013...

 

Laurent Carnis part du constat que les réseaux routiers sont mal entretenus, que la sécurité des personnes n'y est pas assurée, qu'il y a des niveaux de congestion importants et que les accidents y sont trop nombreux. En cause? Leur gestion socialisée. Il propose de privatiser les routes pour y remédier:

 

"La privatisation des routes représente à la fois le meilleur moyen pour que la population puisse bénéficier de services routiers performants et une mesure de justice à l'égard des légitimes propriétaires spoliés [ceux qui ont fait l'objet d'expropriation]. Le processus de privatisation défendu dans cette contribution repose sur le principe d'identification des propriétaires initiaux et celui de restitution fiscale."

 

Gabriele Lafranchi s'attaque aux politiques d'immigration:

 

"Les politiques migratoires ne sont rien d'autre que des politiques de limitation de la liberté de mouvement, d'échange libre ainsi que de la liberté de contracter. Pour un libéral, la liberté d'immigrer (et donc d'émigrer) est un droit fondamental de l'individu qui vient de la liberté de faire ce qu'on veut de sa propriété. Louer mon appartement à un étranger ou engager dans mon entreprise quelqu'un qui provient d'un autre pays, c'est mon choix et mon droit absolu." (L'immigration)

 

C'est la théorie. En pratique, les libéraux divergent sur le sujet et l'existence de l'Etat - notamment de l'Etat-providence - est à l'origine de ces divergences. Il convient donc, pragmatiquement, de se battre pour plus de choix de marché et moins de choix démocratiques, pour que les décisions politiques se prennent au niveau le plus proche des individus, pour que les lois anti-discrimination soient abolies et pour que le libre-échange devienne le seul arbitre des relations humaines.

 

Nicolas Fabre cite la définition que donnait Thomas Jefferson, dans son discours inaugural de 1801, sur ce que devrait être une politique étrangère juste: "La paix, le commerce, et l'amitié honnête avec toutes les nations - des alliances contraignantes avec aucune." Autrement dit, la politique étrangère ne devrait pas exister:

 

"Comment deux peuples qui échangent, qui sont interdépendants, pourraient-ils se faire la guerre? Les classiques l'avaient compris. De Smith à Ricardo, la thèse défendue - celle des avantages comparatifs - fut que deux peuples qui commercent ne se font pas la guerre, et au contraire deviendront tous deux prospères. Le capitalisme mène certes un jeu de concurrence, mais ce dernier est juste et repose sur la profonde égalité entre les agents qui prospèrent librement et mutuellement." (Politique étrangère, ou pas?)

 

Comment pensait-on résoudre les problèmes de l'humanité il y a seulement vingt ans? David Renaud Kessler répond: par des organisations para-étatiques. Aujourd'hui, dans un monde de plus en plus connecté, c'est "laissez faire les individus" qui est la bonne réponse: de plus en plus les individus prennent leur destin en main, ils s'associent librement et spontanément pour des causes communes limitées dans le temps et dans l'espace et ils savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux:

 

"Les solutions apportées par des individus aux problèmes globaux sont plus nombreuses chaque jour. Celles qui feront la différence demain ne sont pas encore connues." (Les problèmes à l'échelle de l'humanité)

 

Stéphane Geyres, à ceux qui craignent l'épuisement des ressources de la planète, objecte:

 

"L'histoire et la logique montrent que l'humanité est bien plus sophistiquée et sait s'adapter bien mieux qu'il n'y paraît, en faisant évoluer son besoin et sa consommation en ressources à la fois en nature (technologie) et en quantité (marché)." (Demain, la décroissance?)

 

Mais l'humanité ne s'adapte que grâce au mécanisme des prix qui permet justement de contrôler la consommation des ressources. Quant une ressource devient plus rare, son coût augmente et des solutions alternatives trop coûteuses auparavant deviennent abordables; la probabilité même de trouver ces solutions augmente.

 

Ce mécanisme des prix - le marché - ne fonctionne que s'il est libre. Quand il ne fonctionne pas, c'est " toujours le signe d'un biais étatique, d'une intervention ou d'une loi qui sort le marché de sa fonction. Sans exception." Plutôt donc que de chercher à réduire les besoins, il convient de militer pour une plus grande liberté de tous et de chacun dans la société pour trouver moyen de les satisfaire autrement.

 

Thierry Falissard se fait défenseur d'un Etat qui serait "rendu à ses missions principales", c'est-à-dire en définitive à peu de chose. Il serait recentré sur son corps de métier qui est de rendre le meilleur service aux citoyens considérés comme des clients plutôt que les citoyens ne soient à son service et considérés comme des esclaves:

 

"A qui nous accuserait de vouloir faire passer l'Etat en des mains privées, nous répondrons que c'est déjà le cas! L'Etat actuel est la propriété de ceux qui en ont les rênes, officiellement (politiciens, fonctionnaires) ou officieusement (lobbies, syndicats, associations). Il faudrait le rendre à ses propriétaires légitimes, ceux qui paient pour lui: que les décideurs soient les payeurs, les payeurs les bénéficiaires."

 

C'est ainsi que l'on passera un jour, peut-être lointain, "d'une société d'oppression et de pauvreté à une société de liberté et de prospérité"...

 

Francis Richard

 

La Main Invisible c'est ici

 

Episodes précédents:

 

"Libres!!" du collectif La Main Invisible 1/7: Points de Vues de Libéraux

"Libres!!" du collectif La Main Invisible 2/7: Aspects Cachés de la Liberté

"Libres!!" du collectif La Main Invisible 3/7: Mythes à la Peau Dure

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 22:00
"Libres!!" du collectif La Main Invisible 3/7: Mythes à la Peau Dure

Il y a deux ans paraissait Libres!, opus n°1. C'était un événement éditorial sans précédent.

 

Libres!!, opus n°2, poursuit l'oeuvre entreprise alors de donner la parole dans un seul volume à une centaine de contributeurs libres.

 

Stéphane Geyres, dans son introduction à Libres!!, souligne que, si l'opus n°1 parlait surtout des principes de la liberté, l'opus n°2 parle de "la liberté en pratique". Et que l'empreinte y est nettement plus libérale que dans l'opus précédent, c'est-à-dire plus radicale...

 

Après la présentation de la première partie, Points de Vues de Libéraux et celle de la deuxième, Aspects Cachés de la Liberté, voici celle de la troisième.

 

MYTHES A LA PEAU DURE

 

"Ces diverses croyances qui ont cours à l'encontre des idées libérales et sont pourtant sans fondement ni réalité." (Introduction de Stéphane Geyres)

 

Pourquoi ne serait-il pas possible de privatiser les routes?

 

Si la privatisation de routes inexistantes ne pose pas de problème majeur, celle de routes existantes, tout en étant plus complexe, n'est pas impossible. David Quesnel montre comment s'y prendre, dans un article inspiré du livre de Walter Block, The Privatization of Roads and Highways:

 

"A part créer un palier admnistratif supplémentaire entre l'utilisateur et la personne morale responsable de son entretien, en quoi le gouvernement est-il nécessaire à l'existence des routes?" (Qui entretiendra les routes?)

 

Poser la question, c'est donc y répondre.

 

Répondre à la même question au sujet de l'instruction est d'autant plus aisé que l'instruction libre a préexisté à l'instruction étatique.

 

Philippe Fabry rappelle que l'instruction est apparue spontanément en France dès le Moyen Age pour répondre à un besoin né de l'accélération de l'activité économique et que les universités sont apparues de la même façon progressive, d'abord en Italie, quand il s'est agi de résoudre les conflits de manière rationnelle et pacifique avec la redécouverte de la richesse de compilations de droit romain.

 

L'interventionnisme de l'Etat en la matière n'apparaît qu'au XVe siècle. Mais ce n'est que sous la Troisième République, quelques siècles plus tard, que l'instruction devient étatique, pour des raisons idéologiques:

 

"En aucune façon l'école étatique ne remédia à une "défaillance du marché": le marché était là, et fonctionnait. Ce qu'il produisait n'était tout simplement pas conforme à l'opinion des gouvernants." (L'instruction libre dans l'histoire)

 

La corruption a toujours existé et existera toujours, sous forme privée ou publique. La différence principale est que dans le premier cas elle ne met en cause que l'argent des acteurs et fait partie du jeu de la concurrence, alors que dans le deuxième c'est celui du contribuable:

 

"Finalement, la corruption c'est l'usage du pouvoir qu'on détient pour ditribuer des privilèges, des avantages, des passe-droits en échange d'une rétribution et/ou bienveillance. Là où il y a pouvoir, il peut y avoir corruption, c'est simple." (La corruption)

 

Pour combattre la corruption, nous dit Olivier Devoet, c'est tout aussi simple, "il faut moins ou pas d'Etat, moins ou pas de fonctionnaires, moins ou pas de lois"... Bref, c'est la réponse libérale, le laissez-faire.

 

Bruno Ginestou ironise: "vous reprendrez bien un peu d'angoisse". Les OGM ne nuisent pas à la santé, mais ils pourraient très bien lui nuire. Principe de précaution oblige, dans le doute, il vaut donc mieux s'abstenir d'en produire et d'en consommer...

 

A cette peur irrationnelle s'ajoute que la société Monsanto a le monopole des semences d'OGM:

 

"Dans un système agricole libre, les brevets n'existeraient pas. Le secret des croisements deviendrait la meilleure arme contre la copie d'invention. L'agriculteur aurait le droit de réensemencer à volonté, tant que cela respecte le contrat de l'ensemencier et lui-même. [...] La responsabilité individuelle rendrait chaque producteur d'OGM responsable des éventuels méfaits d'une semence réellement dangereuse: la meilleure garantie de prudence." (Monsanto et les OGM)

 

Grégoire Canlorbe s'attaque à un autre mythe, celui du consumérisme. Les travaux actuels en neuropsychologie montrent que les besoins sensualistes et matérialistes ne sont pas le moins du monde artificiels, ils sont innés à nos neurones:

 

"La publicité n'a en aucun cas ce pouvoir de créer des besoins ex nihilo qui terrifie la plupart des critiques de l'économie de marché.

Sur 100 produits nouveaux qui sont lancés chaque année, 80 échouent. Aussi surprenant et politiquement incorrect cela puisse-t-il sonner, la publicité est impuissante à créer nos besoins."

 

Le marché noir est une soupape de sécurité. C'est ce qui ressort de la contribution de Jean-Philippe Paile. Mieux, c'est une expression du marché libre qui se défend contre le marché administré par l'Etat:

 

"La science économique nous enseigne que chaque fois qu'on essaye d'imposer à quelqu'un un comportement qui ne lui convient pas, il trouvera une manière d'y échapper. Ainsi, le marché noir joue un rôle en tant que moyen naturel et efficace de résistance passive à la coercition et à l'excès réglementaire. Il est le véritable marché face à une économie dirigée par l'Etat."

 

Que le propriétaire connaisse le mieux le parti qu'il peut tirer de sa chose est toujours un argument pertinent en faveur de la propriété privée. Mais, ce concept, comme le souligne François Facchini, doit être complété par celui des incitations ou des non incitations à la faire fructifier. Plus le risque d'expropriation est élevé, moins le propriétaire est incité à le faire. Parmi de tels riques, l'impôt est en France l'un des principaux "auquel les individus et leurs entreprises peuvent être confrontés":

 

"Alors que le nombre de jours travaillés pour financer les biens publics était de 53 jours en 1870, il était en 2011 de 166 jours. La conséquence de cette évolution a été la baisse du taux de croissance de la production."

 

La finance a un rôle à jouer dans l'économie. Arnaud-Cyprien Nana Mvogo rappelle qu'il s'agit pour elle "de chercher à aider certains à rendre leurs capitaux profitables et à d'autres à rendre leurs projets possibles". Quand l'Etat, au lieu de veiller au respect des contrats librement convenus, se mêle d'intervenir dans l'économie, c'est lui qui provoque les crises:

 

"La crise des subprimes a été générée par la conjonction de la politique monétaire de la Fed trop accommodante après le "9/11", et la volonté explicite de la législation du  Community Reinsvestment Act et des effets pervers liés à l'abolition du  Glass Steagall Act aux Etats-Unis. La généralisation de la titrisation et l'avidité de revendeurs de crédits subprimes n'ont été que les vecteurs, mais certainement pas les causes de la crise de 2008. L'Etat (fédéral américain) est la seule cause de la crise de 2008."

 

D'aucuns s'offusquent des rémunérations des grands patrons, qui ne trouvent pas indécents les revenus des élites sportives et artistiques. Dans tous les cas ils sont évalués pourtant librement, comme l'écrit Frédéric Georges-Tudo:

 

"Dans le cas du chanteur, ce sont ses fans qui décident  librement d'acheter ou non ses disques. Avec un tennisman, ce sont les organisateurs de tournois qui décident librement de la dotation revenant au vainqueur. Enfin, pour un PDG, ce sont les actionnaires qui décident librement de la rémunération à accorder à la personne qui prend les rênes de leur entreprise." (Ecart salarial entre salariés et grands patrons)

 

Que ce soit l'Assemblée Générale des actionnaires plutôt que le Conseil d'Administration ne change rien à l'affaire: "Les salaires des grands patrons américains  [qui sont validés par les AG] restent de loin les plus élevés du monde."...

 

Que n'entend-on pas sur les actionnaires. Jean-François Nimsgern prend leur défense:

 

"Loin d'être le prédateur tant décrié de l'entreprise, l'actionnaire est la condition de son existence: c'est lui qui engage ses fonds propres et les met à disposition de la société nouvellement créée pour lui assurer un patrimoine propre permettant de démarrer les opérations. De ce fait, c'est lui également qui supporte l'aléa économique, qui prend les risques."

 

Il est donc parfairement logique qu'il s'attribue des dividendes sur le bénéfice réalisé.

 

Thierry Afschrift  explique que les parachutes dorés ne sont pas plus criticables que les rémunérations des grands patrons, puisque, là encore, il s'agit de conventions privées librement consenties entre les sociétés et leurs dirigeants:

 

"La seule question qui puisse toucher à l'éthique des affaires est celle de la régularité des délibérations qui justifient l'octroi de telles rémunérations de parachutes dorés: ont-elles réellement été prises par des organes indépendants, agissant dans l'intérêt de l'entreprise? C'est là à nouveau une question de pur droit privé, à régler par les actionnaires et seulement par eux." (Les parachutes dorés)

 

Vincent Bénard donne à son tour une explication de la crise de 2008 qui n'est pas celle des médias conformistes. Ce n'est pas faute de réglementations qu'elle a eu lieu, il y a en avait pléthore...

 

En contrepartie de leur sauvetage par l'intervention publique, l'Etat a exigé des grandes banques qu'elles financent sa politique sociale en matière de logement et qu'elles prêtent à des familles pauvres, insolvables, la Fed étant prête à baisser ses taux pour soutenir le marché. Fortes de tous ces soutiens, pourquoi auraient-elles limité les risques qu'elles prenaient? Il aurait été sain de les laisser faire faillite en ne leur accordant pas de protection étatique:

 

"Il serait parfaitement possible de laisser les banques sans parachute étatique, en dessinant un processus de mise en faillite rigoureux mettant à contribution uniquement les détenteurs  de créances sur les établissements défaillants. Si la firme est en très mauvais état, les actionnaires sont éliminés et les dettes obligataires sont converties en actions, les créanciers devenant actionnaires de la banque ainsi restructurée. Celle-ci voyant ses charges d'intérêt diminuer fortement, peut redenir profitable, et ce sans que ses opérations courantes n'aient à s'interrompre." (Jamais trop gros pour la faillite)

 

Loïc Fleury estime que les deux systèmes de retraite possibles, par répartition et par capitalisation, sont viables, mais qu'ils peuvent tous deux échouer.

 

En fait le système par répartition a échoué parce que les conditions nécessaires à son fonctionnement ne sont plus remplies: la démographie s'est effondrée, la durée des études a augmenté, l'espérance de vie s'est allongée, etc.

 

La retraite par capitalisation est viable à long terme, même si la Bourse connaît de temps en temps quelques effondrements retentissants.

 

Le problème est donc de passer d'un système à l'autre. L'auteur parle, entre autres, du système suisse qui avec ses trois piliers donne de bons résultats, mais c'est surtout le REER canadien, régime enregistré d'épargne retraite, qui retient son attention:

 

"Contrat de droit privé entre un individu et une société quelconque, l'outil financier qu'est le REER permet d'épargner à l'abri de l'impôt tout en gardant le capital disponible. Les sommes placées au sein du REER sont alors taxées de manière uniforme lorsque le propriétaire décaisse progressivement l'épargne accumulée." (Retraite: répartition ou capitalisation?)

 

Philippe Lognoul propose de privatiser les espaces et les biens publics, c'est-à-dire administrés et gérés par des politiques et des hauts fonctionnaires, en les transférant à des habitants volontaires, plus légitimes pour les administrer et les gérer. Comment? En constituant des associations de tels habitants, susceptibles de créer un rapport de force avec les gouvernants de l'Etat, "autour de revendications peu nombreuses, mais fortes afin d'obtenir le consensus le plus large possible":

 

"Un des premiers objectifs consiste à parvenir à des revendications claires et aussi largement soutenues que possible. A cette fin, les membres des assemblées populaires précitées pourraient recourir utilement à l'aide de médiateurs. Pour élargir leur marge de manoeuvre de manière générale, ces associations peuvent formuler comme revendication, parmi d'autres, la réduction de leurs taxes et impôts. Un autre exemple de revendication est le transfert gratuit de la propriété de terrains communaux aux habitants intéressés, selon des règles à définir." (La privatisation des espaces publics)

 

François-René Rideau montre que la distinction habituelle entre public et privé est fallacieuse. En effet si l'on entend par privé ce qui relève de décisions prises par un individu dans son intérêt propre, alors tout est privé. Mais si l'on entend par public ce qui relève d'actions qui affectent tout le monde, alors tout est public. La perspective change quand on fait intervenir la responsabilité:

 

"Que celui qui agit bien, avec ses propres ressources, soit récompensé par la valeur propre de ses travaux et la reconnaissance volontaire d'autrui, voilà un cercle vertueux, celui du comportement économique. Que celui qui n'est pas tenu comptable de ses actes sur ses ressources propres soit récompensé pour son talent à accaparer les ressources d'autrui - voilà un cercle vicieux, celui du comportement politique: vol, violence, contrainte." (Le mythe du "public" et du "privé")

 

Stéphane Nahoum parle de parodie de société. Au lieu que l'impôt serve à assurer liberté et sécurité, il est "utilisé pour forcer le comportement humain". Pour être certains qu'aucun revenu (le revenu est indéfinissable) n'échappe à l'impôt, tout est taxé:

 

"Ainsi, le travailleur produit-il un bien ou un service? Il est taxé au niveau de sa société. Il se rémunère? Il est taxé à titre personnel. Il capitalise? Il est taxé. Il consomme? Il est taxé. Il mourra et sera encore taxé." (De parodie à paradis fiscal)

 

Le paradis fiscal? Un pays où l'on extorque moins d'impôt ou un pays où il est difficile d'obtenir pour un tiers des informations à des fins fiscales? Ce serait plutôt un pays où "tout le monde puisse trouver sa voie, la satisfaction de son intérêt, et une accession aux richesses sans entraves", autrement dit un pays où les impôts sur le revenu et sur les sociétés seraient supprimés...

 

Francis Richard

 

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Episodes précédents:

 

"Libres!!" du collectif La Main Invisible 1/7: Points de Vues de Libéraux

"Libres!!" du collectif La Main Invisible 2/7: Aspects Cachés de la Liberté

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 22:15
"Libres!!" du collectif La Main Invisible 2/7: Aspects Cachés de la Liberté

Il y a deux ans paraissait Libres!, opus n°1. C'était un événement éditorial sans précédent.

 

Libres!!, opus n°2, poursuit l'oeuvre entreprise alors de donner la parole dans un seul volume à une centaine de contributeurs libres.

 

Stéphane Geyres, dans son introduction à Libres!!, souligne que, si l'opus n°1 parlait surtout des principes de la liberté, l'opus n°2 parle de "la liberté en pratique". Et que l'empreinte y est nettement plus libérale que dans l'opus précédent, c'est-à-dire plus radicale...

 

Après la présentation de la première partie, Points de Vues de Libéraux, qui est en quelque sorte une mise en bouche, voici celle de la deuxième.

 

ASPECTS CACHES DE LA LIBERTE

 

"Dans cette partie, nous prolongeons le premier volume en abordant des sujets très concrets, de la vie de tous les jours, mais où le regard de nos auteurs révèle le rôle clé de la liberté qui souvent s'essouffle." (Introduction de Stéphane Geyres).

 

Quand la liberté s'essouffle, tout s'essouffle...

 

Philippe Rouchy prend l'exemple de l'accident du tunnel du Mont-Blanc en 1999, où la société d'exploitation était à la fois responsable de l'infrastructure et assureur des victimes (il y en eut 39), c'est-à-dire qu'elle était juge et partie.

 

Quel est le prix à payer pour de telles concessions publiques, qui font partie de la structure politico-administrative française et qui exercent un monopole? Comment s'en sortent-elles?

 

"Le prix en est la désinformation des acteurs de la société civile. La technique d'absorption des chocs envers elle, c'est l'Etat-providence." (Etat, idéologie, désinformation)

 

Comme ça, on dissimule coûts, inefficacité, et on empêche les acteurs de la société civile de faire le libre choix de leurs prestataires de biens et services...

 

Il faut dire que le langage employé de nos jours facilite la désinformation: "On remédie au langage, faute de remédier au réel." constate Thierry Guinhut. Il donne, comme exemple d'euphémisme, la grève, rebaptisée mouvement social...

 

Deux mots de la Novlangue sont aujourd'hui inattaquables: modèle social et service public. Parlons simplement du premier, le second étant symbolisé par la SNCF, ce qui suffit à le démystifier:

 

"Qui voudrait de notre protection sociale exsangue, de notre système de retraite à bout de souffle, de notre sécurité sociale déficitaire, de notre coûteux assistanat profitant trop souvent à des immigrants inoccupés, que SMIC, charges et code éléphantesque du travail contribuent à écarter du marché du travail." (Euphémismes et Novlangue)

 

Julien Moreau raconte l'histoire du grain de blé à travers les âges. C'est sans doute une des meilleures illustrations qui puisse être donnée des bienfaits réels de la mondialisation, et de ses échanges libres, grâce aux immenses gains de productivité qu'elle a induits:

 

"Bien qu'encore trop élevée, la manultrition n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui, provoquant  de facto une augmentation de la population mondiale. La pauvreté a reculé et l'espérance de vie a considérablement progressé." (Moi, grain de blé)

 

A contrario l'économie administrée tue les entreprises qui s'y soumettent ou qui y sont contraintes. L'exemple de l'AOC, l'appellation d'origine contrôlée, que donne Olivier Perotto - notamment quand il s'agit du vin -, dont le but est "la typicité, pas la qualité", est emblématique. L'activité viticole, dans ces conditions, ne peut plus être rentable:

 

"La crise viticole actuelle est aussi la crise de notre modèle d'AOC sclérosé. Les nouveaux pays producteurs de vins ont choisi des modèles plus souples: ils réussissent et se développent."

 

Rémy Poix, issu d'un milieu de gauche, longtemps de gauche lui-même, s'est converti au libéralisme quand il s'est rendu compte que la permaculture et le marché libre étaient comparables:

 

"Chaque composant de ce système [agraire] (plante, herbivore, prédateur, décomposeur, etc.), bien qu'ayant des intérêts qui lui sont propres (la coopération, la prédation, la synthétisation, le recyclage, etc.), contribue à l'élaboration et à l'entretien du système, l'intérêt personnel de chacun oeuvrant involontairement pour le bien de tous." (La permaculture, libéralisme agraire)

 

En matière de grossesse, deux valeurs fondamentales s'opposent, nous dit Isabelle Broussy: "Le droit de la mère de disposer librement et sans contrainte de son corps et le droit à la vie de tout être."

 

Les pro-avortement considèrent qu'il n'y a de droit à la vie que quand un individu voit le jour et les anti-avortement qu'il commence dès le stade embryonnaire.

 

Les avortements auraient dû diminuer avec la diffusion de nouveaux moyens contraceptifs. Il n'en a rien été, au contraire, parce que l'Etat est intervenu:

 

"En décrétant quand et comment une femme serait en droit d'interrompre sa grossesse, et pour ce faire en l'assistant matériellement, l'Etat l'a libérée de l'effort nécessaire de réflexion et de responsabilité morale auquel elle est soumise comme être pensant." (L'avortement, épineuse question)

 

Alors que la plupart des avortements sont le fait de jeunes femmes qui ne peuvent assumer matériellement l'éducation d'un enfant, l'Etat décourage l'adoption par une réglementation dissuasive... L'Etat ferait donc mieux de ne pas s'occuper de ces problèmes...

 

"Quand devient-on adulte, c'est-à-dire propriétaire de soi?" demande Sarah Coudert.

 

En fait il n'y a pas d'âge précis:

 

"Une personne n'est adulte que lorsqu'elle peut défendre sa propre vie, en prendre les rênes, subir les conséquences de ses actes librement effectués, signer des contrats par elle-même, sans dépendre d'autrui.

C'est lorsqu'on a enfin les capacités nécessaires pour se débrouiller seul et ne plus dépendre de ses parents, lorsqu'on peut quitter le foyer familial et se confirmer autonome, qu'on devient adulte, c'est-à-dire majeur du point de vue moral et social."

 

Rien à voir donc avec la majorité à dix-huit ans...

 

Luc Astier rappelle que la légitime défense est un droit naturel de l'homme, mais qu'il est de moins en moins reconnu par les juges, qui, à l'appui de textes liberticides, en font une interprétation des plus restrictives. La détention et le transport d'armes le sont tout autant:

 

"Dans la France du XXIe siècle, il n'est possible de porter ou de transporter légalement pour se défendre qu'une... simple lampe-torche!" (La défense personnelle)

 

Les enfants sont à la merci de l'Etat et peuvent être placés contre la volonté des parents, alerte Xavier Collet:

 

"Il suffit de connaître des difficultés matérielles ou de santé, de subir une crise conjugale, de solliciter des conseils éducatifs, de remettre en cause le contenu des enseignements officiels, pour exposer ses enfants à un catastrophique placement." (La protection des familles)

 

Le CEDIF a été créé par ce contributeur pour défendre les familles contre les exactions commises par les services de l'Etat...

 

Si vous n'êtes pas satisfait de l'enseignement officiel et que vous n'avez pas les moyens, ou l'envie, de mettre vos enfants dans une école privée, il vous reste la possibilité "de faire "l'école à domicile" ou plus exactement pratiquer l'instruction en famille". Après avoir expliqué quelles modalités peut prendre cette instruction en famille (cours par correspondance, instruction par les parents, Internet, etc.), Caroline Hervieux conclut:

 

"L'école à domicile, c'est la liberté de pouvoir choisir, puis de mettre en oeuvre librement, les meilleurs outils et la meilleure instruction pour nos enfants, de leur transmettre cette liberté en leur apprenant à penser par eux-mêmes, à ne plus étudier pour donner satisfaction à un professeur, mais dans le but de construire sa propre vie, de faire ses propres choix et d'en assumer la pleine responsabilité."

 

Tous les libéraux ne sont pas d'accord sur le sujet des brevets. La propriété peut-elle s'exercer sur une idée? Telle est la question.

 

Selon Romain Héry, deux arguments s'y opposent: "une idée peut être utilisée par un nombre infini de personnes sans nuire à quiconque pour autant"; "accorder un droit de propriété sur une idée à quelqu'un limite nécessairement  l'usage que les autres individus ont de leurs ressources tangibles".

 

A ces arguments théoriques (sans oublier que la propriété intellectuelle profite surtout aux grandes entités qui ont, davantage que les petites et moyennes, les moyens de protéger leurs rentes), s'ajoutent un argument économique:

 

"Une société de la connaissance ne peut fonctionner correctement si des brevets segmentent le stock d'informations. En effet, plus on utilise les idées et plus elles prennent de la valeur et engendrent à leur tour de nouvelles idées. Mais cela suppose une diffusion ouverte." (Inventer sans brevet)

 

Sans brevet, l'innovation peut croître à un rythme plus soutenu...

 

Alain Toullec est favorable à la suppression de toute subvention, à quelque organisation que ce soit, parce que c'est foncièrement immoral:

 

"Le caractère immoral ne réside même pas dans le montant des sommes escamotées, mais dans le parfait sentiment d'impunité des bénéficiaires. Or en dernière instance, subventionner c'est corrompre." (Boycotter les organisations subventionnées)

 

Comme les bénéficiaires s'opposeront à une telle suppression, le meilleur moyen d'y parvenir est encore de boycotter les organisations subventionnées et de décerner le label "Bastiat" à toute organisation saine et indépendante des pouvoirs publics, c'est-à-dire garantie "libre de toute subvention".

 

A cette aune-là, la quasi totalité de la presse écrite devrait être boycottée... Yul Caravage remarque que "plus un journal se situe à gauche, plus il est subventionné" et, comme un pourcentage soviétique des journalistes vote à gauche, tous les journaux le sont peu ou prou:

 

"Le problème de fond demeurant la piètre qualité des analyses, donc du produit offert, le changement de support n'y change rien [...]. La réduction générale des budgets a favorisé le copier-coller des dépêches AFP. Les articles d'opinion, quant à eux, suivent une ligne brejnévienne peu informative mais souvent chargée d'émotion, voire de haine et de mépris." (La subvention de la presse écrite)

 

Les subventions permettent juste d'échapper à la faillite...

 

Dans le domaine de la culture, il en est de même, sous la forme d'aides à la création "dans chacune des branches, du cinéma au théâtre en passant par la télévision", souligne Christian Brunet-Lévitan, avec les mêmes piètres résultats:

 

"L'idéal d'excellence pour tous a cédé le pas à l'idéologie, la politique de l'exception culturelle consacre la non-démocratisation, muant les acteurs du secteur en comptables et gestionnaires de fonds publics. Or à regarder la prodution internationale, on sait qu'il est possible de financer toutes sortes de projets intelligents par des moyens purement privés." (La culture sans exception culturelle)

 

Pour Olivier Méresse, l'anonymat sur Internet est un choix individuel, tant qu'aucun délit n'est commis.

 

Les commerçants utilisent des montagnes de données sur chacun de nous, mais c'est une chimère que de penser qu'ils nous connaissent mieux que nous ne nous connaissons, alors que nous sommes par nature imprévisibles et que nos proches ont du mal à trouver des idées pour nous faire des cadeaux...

 

Le flicage étatique n'est pas plus efficace, puisqu'il n'a pas empêché "les attentats de Boston et les scélérats du monde entier savent depuis longtemps coder leurs noirs desseins ou changer les identifiants de leurs téléphones mobiles". Sans parler de l'effet boomerang:

 

"Si l'Etat n'a pas de mal à trouver des partenaires privés  acceptant de jouer à Big Brother avec lui, il maîtrise moins les hackers et les cyber- militants qui, tel Julian Assange avec son Wikileaks, font jouer la surveillance dans l'autre sens."

 

Boris Navio est, de plus, convaincu qu'avec Internet les idées libérales ne peuvent que triompher. La connaissance est devenue accessible à tous. La coopération entre les internautes leur permettra de se passer de plus en plus de l'Etat. L'indestructibilité du réseau est un gage de ce triomphe des idéaux conformes à la réalité:

 

"Construit de manière distribuée et dépourvu d'intelligence centrale vulnérable aux attaques, Internet ne peut pas être "coupé" par l'Etat si ce dernier se sentait menacé dans sa sûreté. Qu'il neutralise une partie du réseau, le reste fonctionnera encore. Tout ordinateur connecté à un point du réseau trouvera toujours un chemin alternatif pour joindre un autre ordinateur. Internet est virtuellement indestructible, sauf à imaginer une attaque planétaire et simultanée sur tous les noeuds du réseau, peu réaliste."

 

C'est sur cette note optimiste que se termine la deuxième partie de Libres!!...

 

Francis Richard

 

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Episode précédent:

 

"Libres!!" du collectif La main Invisible 1/7: Points de Vues de Libéraux

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 22:55
"Libres!!" du collectif La Main Invisible 1/7: Points de Vues de Libéraux

Il y a deux ans paraissait Libres!. C'était un événement éditorial sans précédent.

 

A l'initiative de Stéphane Geyres et d'Ulrich Genisson, une centaine de libéraux, de toutes conditions sociales et de tous âges, avaient pris leur plus belle plume pour parler de Liberté.

 

A l'époque je n'étais que supporter officiel de cette initiative, parmi une centaine. Cette fois, Stéphane Geyres et Nicolas Prin ont bien voulu m'admettre parmi les 100 auteurs (en réalité 101) qui ont contribué à Libres!!, opus n°2, et me permettre donc d'apporter ma modeste pierre à l'édifice.

 

A l'époque, pour présenter l'opus n°1, j'avais consacré six articles, correspondant chacun à une de ses parties. Comme, cette fois, il y en a sept, ce seront donc sept articles que je lui consacrerai.

 

Stéphane Geyres, dans son introduction à Libres!!, souligne que, si l'opus n°1 parlait surtout des principes de la liberté, l'opus n°2 parle de "la liberté en pratique". Et que l'empreinte y est nettement plus libérale que dans l'opus précédent, c'est-à-dire plus radicale...

 

En lisant la première partie, 11 contributions, j'ai déjà pu vérifier que "la grande liberté laissée aux auteurs, dans la construction de leur contribution", révélait "la vaste diversité qui animent le courant libéral et la richesse de la pensée libérale", comme il est dit dans l'avertissement.

 

Cette diversité ne doit pas faire oublier que "ce qui nous sépare est moins consistant que ce qui réunit l'ensemble des courants, pour qui la liberté est au sommet de la hiérarchie des préférences", dit fort justement Serge Schweitzer dans sa préface.

 

Comme une abeille, je vais donc m'efforcer de butiner tous ces textes divers et variés pour en faire mon miel.

 

POINTS DE VUES DE LIBERAUX

 

"Nous commençons par une série de Points de Vues de Libéraux où divers sujets à la limite des théories libérales, ou de simples témoignages, permettent de nous éveiller doucement et d'entrer dans le sujet. (Introduction de Stéphane Geyres).

 

Quelques sujets d'actualité permettent effectivement de s'éveiller doucement à la liberté en pratique.

 

Emmanuel Martin rappelle que le Printemps arabe est né de la révolte d'un petit entrepreneur, Mohamed Bouazizi, qui s'immole à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010:

 

"Son geste de désespoir  et de révolte est motivé non par une demande de droits politiques ou démocratiques, mais avant tout par une revendication de son droit à faire des affaires et être en mesure de subvenir aux besoins de sa famille." (Le Printemps arabe et la liberté individuelle)

 

Francis Richard, lui-même exilé français devenu suisse, expose que l'une des causes principales de départ en exil est le climat égalitariste qui règne en France:

 

"La réussite est vue d'un sale oeil en France, gagner de l'argent est une honte et, justement, un bon patron est celui qui n'en gagne pas..." (Les Français exilés)

,

Vianney de la Fortelle explique que les étatistes, en voulant bâtir "une société métissée, sans passé et partageant la même idéologie altermondialiste et progressiste" fausse l'intégration traditionnelle, qui pourrait être définie en ces termes:

 

"Chacun vit comme il veut dans sa propriété privée. Par contre, ce qui se passe à l'extérieur de chez soi doit s'inscrire dans les modes de vie existants, les coutumes et culture locales." (L'islamisation)

 

Christophe Chalvignac , pour qui "la laïcité est et demeure un des facteurs principaux de la liberté de conscience", est sur la même longeur d'onde:

 

"La religion doit rester du domaine privé, comme la sexualité, le secret médical." (Religion et laïcité)

 

Pour Jacques Gautron, la liberté eut été préférable à la laïcité pour que la pratique des religions reste dans le domaine privé:

 

"La laïcité est devenue "la religion d'Etat". Une religion contre toutes les autres. Vous êtes libre de pratiquer votre religion à condition de ne pas la montrer." (Extrémisme de la laïcité)

 

Christiane Chavane dénonce le "système absurde, parasitaire et ruineux" qui réglemente les indépendants en France et auquel il est tenté de remédier en créant des palliatifs et en multipliant les statuts:

 

"Si nous ne nous mettons pas très vite au diapason de nos voisins, les freelances français vont disparaître, remplacés en France même, par leurs collègues britanniques et espagnols qui coûtent moins pour gagner plus." (Le statut de freelance)

 

Se soigner n'est pas une mince affaire, d'autant que sont aux prises quatre acteurs: l'Etat, le malade, le soignant et l'industrie pharmaceutique. Les scandales du Mediator, du sang contaminé et de la vaccination contre le virus H1N1, ont montré que c'est encore l'Etat, par ses interventions, qui envenime les choses. Alain Crémades prescrit un remède:

 

"Il convient de libéraliser purement et simplement le marché du médicament, ce qui pousse à une automédication totale, libre et également responsable. Responsable parce que les individus prennent alors pleine conscience des enjeux, des limites de chacun des acteurs de cette partie à quatre." (L'automédication)

 

Raphaël Champeimont qui est "passé de communiste à socialiste, puis de libéral modéré à libertarien", raconte:

 

"Les raisons de mon évolution peuvent être regroupées en trois catégories: la découverte de la philosophie libérale, la découverte de la science économique et enfin mon expérience en tant que conseiller municipal dans une petite commune." (Témoignage d'un ex-communiste)

 

Gérard Foucher a découvert que "la monnaie, indispensable pour acquérir toute richesse, n'est pas d'un accès identique pour tous":

 

"Les émetteurs de monnaie se sont constitués en cartels impossibles à pénétrer, voire même à réformer. Ils en manipulent la valeur, nous la louent, en changent à volonté les règles, en émettent à profusion pour eux-mêmes, endettant à l'avance ceux qui payeront sans le savoir les voleurs d'aujourd'hui." (Découvrir la monnaie)

 

Mikaël Mugneret distingue deux sortes de pro-"liberté": les socialistes libertaires ou "soc-lib", économiquement égalitaires et moralement libéraux, et les libéraux conservateurs ou "li-con", politiquement libéraux mais pas culturellement. Le libéralisme, pour lui, devrait, pour bien faire, se situer au centre gauche de l'échiquier politique:

 

"Le libéralisme est au centre en économie et à gauche en morale. D'où l'intérêt de se rapprocher des "soc-lib". Il s'agit simplement de les convertir à la justice et aux bienfaits du marché libre." (Expérience d'un anarchisme grand angle)

 

Le propos de Grégory Boldyski est de démasquer la jalousie cachée des étatistes, en soulignant les incohérences des arguments utilisés qui tentent de la dissimuler, tels que la solidarité, qui est une forme de générosité et qui n'existe tout simplement pas s'il y a contrainte, par l'impôt par exemple:

 

"Certaines personnes revendiquent tout de même leur générosité en prétextant une disposition volontaire à payer leur impôt. Je n'ai, pour autant, jamais rencontré une seule de ces personnes déclarer, ne serait-ce qu'un seul euro supplémentaire sur son avis d'imposition."...

 

Francis Richard

 

La Main Invisible c'est ici

 

Libres!!, collectif sous la direction de Stéphane Geyres et de Nicolas Prin, 292 pages, La Main Invisible

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 20:15
L'impôt sur les successions: une fausse bonne idée.

Sous ce titre l'Institut Libéral vient de publier un ouvrage collectif sous la direction de Pierre Bessard, son directeur général, et de Victoria Curzon Price, présidente de son comité.

 

Certes ce livre est publié dans le contexte suisse, mais, au-delà de ce contexte, il a une portée générale.

 

Le contexte? On assiste, pour la quatrième fois dans l'histoire helvétique, à une tentative de créer un impôt fédéral sur les successions. Après les tentatives de 1919, de 1946 et de 2003, une initiative populaire fédérale a abouti le 15 février 2013 avec pour objet d'"imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS", c'est-à-dire financer le premier pilier de retraite suisse (par répartition). Il devrait donc y avoir prochainement une votation sur cet objet.

 

Il faut savoir qu'en Suisse, dans la plupart des cantons, il n'y a plus, ou presque, de droits de succession à payer pour le conjoint survivant et pour les descendants en ligne directe (cette disparition s'est faite, dans la plupart des cas, par le biais d'initiatives populaires, contre la volonté des gouvernements...).

 

"L'impôt sur les successions et les donations en Suisse représente l'une des dernières libertés cantonales absolues en matière de politique fiscale" remarquent Christoph Schaltegger et Andrea Opel. C'est une application du principe de subsidiarité qui figure dans la Constitution fédérale et qui est à l'origine de la bénéfique concurrence fiscale entre cantons.

 

Il ne faut pas croire pour autant que la Suisse soit un paradis fiscal, même si, en comparaison avec les enfers fiscaux européens bien connus, les Suisses sont mieux lotis, même si quelques milliers de riches étrangers y bénéficient d'un forfait fiscal, même si quelques cantons pratiquent des taux d'imposition avantageux...

 

En effet, en Suisse, les revenus et la fortune sont imposés de manière fortement progressive et, finalement, même les droits de successions s'avèrent élevés en comparaison internationale, parce que l'imposition des héritages n'y souffre pas d'autant d'exceptions que dans d'autres pays:

 

"Les impôts cantonaux sur les successions [...] génèrent 950 millions de francs par an, soit environ 0,2 pour cent du produit intérieur brut et 0,8 pour cent de la totalité des recettes fiscales. En revanche, l'impôt sur les successions centralisé et élevé qui prévaut en Allemagne et qui impose les héritages en ligne directe à un taux de 30 pour cent et les héritiers sans degré de parenté à un taux de 50 pour cent, ne génère que 4 milliards d'euro par an, ce qui ne représente que 0,16 pour cent du produit intérieur brut allemand.", contaste ainsi Reiner Eichenberger.

 

La portée générale? Dans son prologue, Pierre Bessard répond à un certain nombre d'arguments des partisans de l'imposition des successions.

 

La succession, un revenu ou un bénéfice exonéré?

 

"Cet argument, de toute évidence, est fallacieux, du moment où la succession est formée de capital déjà imposé au titre de revenu et de fortune préalablement."

 

Les successions, pas "méritées" par leurs bénéficiaires?

 

"L'Etat et sa clientèle n'ont en tout état de cause pas davantage "mérité" les successions que leurs propriétaires. D'autant moins que ce capital a déjà été imposé et que son usage par les héritiers est également assujetti à l'impôt."

 

Les successions, dilapidées par leurs bénéficiaires?

 

"Le capital financier et matériel est souvent accompagné de capital moral. Dans une société libre, l'institution de l'héritage est aussi une institution de transfert de savoir et de valeurs: la propriété est étroitement liée à la responsabilité, que l'héritier se fait un point d'honneur d'assumer, ne serait-ce que par respect pour le testateur."

 

Et si ce n'est pas le cas, les fonds ne seront pas perdus. Ils prendront tout bonnement un autre cours dans le circuit économique...

 

En fait deux conceptions s'opposent: ceux qui considèrent que les fortunes accumulées par les individus sont à la libre disposition de la collectivité et qu'elle peut donc les redistribuer à sa guise; ceux qui considèrent, au contraire, qu'elles découlent des efforts de ces mêmes individus sur de nombreuses années et que c'est à eux d'en disposer comme ils l'entendent.

 

La première conception s'apparente au vol légalisé, destiné à réduire la concentration des fortunes, sous le fallacieux prétexte d'égalité des chances (qui, en l'absence de privilèges, existe en fait avec l'égalité devant le droit):

 

"L'égalitarisme matériel conduit immanquablement à moins de prospérité et à davantage d'exclusion sociale."

 

La deuxième conception est conforme au respect des droits de propriété et à la liberté économique (qui sont garantis par la Constitution fédérale suisse). Elle préserve l'épargne privée, "fondement de la croissance économique et de l'innovation":

 

"C'est l'économie de marché, et non l'Etat social, qui a éradiqué la pauvreté absolue dans les économies libérales."

 

Pierre Bessard a donc raison de dire, tant du point de vue de la moralité que de l'efficacité:

 

"La liberté décisionnelle de l'individu sur son propre capital, dérivée du droit de propriété, plaide contre toute disposition contraignante à cet égard et en faveur de l'égalité devant le droit, c'est-à-dire idéalement l'exonération fiscale du transfert de fortune pour tous les héritiers et la liberté de choix intégrale du testateur."

 

Peter Ruch, qui est pasteur évangélique, observe:

 

"Les réserves bibliques envers la richesse sans autre but que la richesse elle-même restent valides - mais comme appel à l'individu, pas comme principe d'action de l'Etat."

 

Dans son épilogue, Victoria Curzon Price pose les termes de l'alternative:

 

"Ou l'on choisit la redistribution de richesses et on crée la pauvreté. Ou l'on choisit la création de richesses et on vit avec les inégalités qu'elle implique, mais également avec le dynamisme économique qui lui est propre."

 

Et elle conclut que, lorsque l'on choisit la première branche de cette alternative, "les effets néfastes prennent du temps à se manifester":

 

"Pendant un long moment, les innovateurs continuent d'innover, les familles continuent d'épargner, les entrepreneurs continuent d'investir. Ils ne peuvent pas imaginer que l'Etat soit aussi bête de vraiment les déposséder. La politique de redistribution des richesses ne paraît avoir aucun coût sur le plan de la croissance. Mais, quand, un jour, le capital familial aura bel et bien disparu, alors la croissance s'en ira pour de bon. Essayez alors de le faire revenir, ce capital! Vous verrez que c'est très difficile... L'Etat aura tué la poule aux oeufs d'or."

 

On dirait à lire la fable éponyme que son auteur est de ce temps, lui qui conclut:

 

"Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus

Qui du soir au matin sont pauvres devenus

Pour vouloir trop tôt être riches?"

 

En dépouillant ceux qui le sont...

 

Francis Richard

 

L'impôt sur les successions - Une fausse bonne idée, Pierre Bessard et Victoria Curzon Price, 116 pages, Institut Libéral

 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 22:55
"L'obsession antilibérale française" de Nicolas Lecaussin

Ce n'est pas un hasard si le livre L'obsession anti-libérale française de Nicolas Lecaussin, paru cette année, est dédié à Jean-François Revel qui avait consacré un superbe livre à une autre obsession bien française:

 

"L'anti-américanisme est le frère jumeau de l'antilibéralisme. Jean-François Revel l'a très bien montré dans l'Obsession anti-américaine (Plon, 2002). C'est un état d'esprit quasi- permanent chez nos politiques et chez une grande partie des journalistes. L'élection d'Obama a un peu atténué le degré d'anti-américanisme en France, mais sans pour autant l'étouffer."

 

En France, le libéralisme est considéré comme à l'origine de tous les maux et les chiens de garde de l'étatisme veillent à ce que cette vérité idéologique ne soit pas contestée. Le mot de libéral est tout simplement tabou.

 

Etre libéral, c'est pas bien et ça vous ferme toutes les portes. Etre social, au contraire, c'est bien et ça vous les ouvre toutes. Aussi, si le monde politico-médiatique se défend d'être libéral, se prétend-il social et fier du modèle du même métal, version française, que la terre entière envierait aux Français.

 

Le modèle social français est en effet on ne peut plus enviable: au cours des 35 dernières années le taux de chômage "s'est maintenu toujours au-dessus de la moyenne européenne et des pays de l'OCDE" (toutes les statistiques du chômage en France sont d'ailleurs remarquables: taux d'emploi de la population, chômage des jeunes, des seniors, de longue durée etc.) et le système des retraites par répartition, emblématique de ce modèle, est proche de la faillite...

 

Il faut dire que la France bat bien des records, inhérents au modèle: la dette publique y dépasse les 90% du PIB; les prélèvements obligatoires les 45%; le déficit public les 4%.

 

Il faut dire que ceux qui y font les lois méconnaissent bienheureusement celles de l'économie: "Les députés et les sénateurs sont très majoritairement issus du secteur public.", et que les ministres des gouvernements successifs partagent avec eux cette origine et cette méconnaissance.

 

Il faut dire que les Français sont bien formatés, dès l'école:

 

- On leur dit que l'économie de marché doit être régulée par l'Etat protecteur et correcteur, que les impôts permettent une juste redistribution des richesses et réduisent les inégalités, que la mondialisation et le libre échange sont dangereux, qu'il n'existe qu'une politique économique, celle de la relance de la consommation, avec les résultats merveilleux cités plus haut.

 

- On ne leur dit pas que les entreprises créent les richesses, que "le partage des risques est l'un des fondements de la relation contractuelle, sans laquelle il n'y aurait tout simplement ni marché, ni économie", que "c'est le contrat dans sa dimension juridique qui permet l'échange libre", qu'il existe d'autres points de vue que ceux de Keynes ou de Marx en matières d'économie et de philosophie.

 

Nicolas Lecaussin donne de multiples exemples du bourrage de crâne auxquel les Français sont soumis via les manuels scolaires, et ce n'est pas triste. Le modèle français est un acquis et il n'y a pas à discuter.

 

Il faut dire que l'exception culturelle française, c'est aussi d'être bienveillant à l'égard des idées marxisantes qui ont pourtant fait faillite partout dans le monde:

 

"La grande leçon de la chute du mur de Berlin, c'est qu'il n'y a pas d'autres systèmes économiques qui marchent, à l'exception du capitalisme. C'est cette vérité que les bien-pensants refusent d'accepter. Ce qui les amène à cette parade idéologique: accuser le libéralisme ou l'ultra-libéralisme, d'être les géniteurs des problèmes économiques actuels, tout en essayant de réhabiliter Marx."

 

Ce formatage explique que, de l'extrême gauche à l'extrême-droite, en passant par les socialistes et l'UMP, les hommes politiques français soient tous antilibéraux et fiers de l'être, et tous, bien sûr, contre la mondialisation.

 

Il n'est donc pas étonnant que le remède unique à la crise économique de ces braves gens soit toujours plus d'intervention de l'Etat et toujours moins de libertés économiques. C'est même écrit noir sur blanc dans leurs programmes, comme le montre Nicolas Lecaussin à l'aide de moult exemples.

 

Les intellectuels qui s'expriment dans les médias, qu'ils soient philosophes, sociologues, économistes ou statisticiens pensent tous de même. Ils sont tous anti-capitalistes et Nicolas Lecaussin relève leurs contradictions et leurs inepties (par exemple, le libéralisme serait responsable de la dégradation de la langue française, du crime organisé, des problèmes des banlieues, des problèmes d'immigration, du réchauffement climatique etc.). 

 

Ils combattent le libéralisme en disant qu'il faut protéger les services publics, qui se caractérisent pourtant par des tarifs exorbitants et des dettes vertigineuses, en dépit de toutes les subventions qu'ils reçoivent...

 

Au sujet des services publics, Nicolas Lecaussin met à mal une idée reçue. On sait que les antilibéraux s'en prennent volontiers à la privatisation partielle, il y a une vingtaine d'années, des chemins de fer britanniques, qui serait à l'origine de nombreux accidents de trains. Or les statistiques d'Eurostat disent qu'en 2007, la France a enregistré 403 accidents de trains et la Grande-Bretagne 107... Or cette dernière transporte plus de passagers par km que la France (460 512 contre 381 995)...

 

Qui sont les meilleurs représentants du libéralisme? Les riches, les patrons, les entreprises privées. Qu'importe qu'ils créent des emplois, qu'ils créent des richesses, pour les en remercier, disent les antilibéraux, il faut les faire payer:

 

"L'histoire et l'actualité fiscale démontrent que la hausse des impôts ne remplit pas les caisses de l'Etat. Faire partir les riches en les taxant encore plus, c'est tuer l'emploi en France! Au-delà d'un certain niveau, augmenter l'impôt des riches, c'est tuer l'économie et appauvrir les pauvres."

 

La France n'aurait pas de tradition libérale et serait colbertiste? Certes, les antilibéraux ont des prédécesseurs (Colbert, Rousseau, Maistre, Maurras), mais il y a eu aussi Turgot, Constant, Tocqueville, Say. Nicolas Lecaussin cite longuement Proudhon et encore plus longuement Bastiat, dont il dit:

 

"Son style, clair, précis, fluide, agréable à lire, devrait, à lui seul, inciter les professeurs et les esthètes à l'enseigner en classe. Et puis, il y a tout cet aspect anecdotique, ce que l'on peut appeler la petite histoire qui rend la lecture de son texte encore plus excitante, en évitant au lecteur de s'ennuyer."

 

Les penseurs libéraux ont démonté les dogmes qui sont à la base des échecs actuels dans les domaines de l'éducation, de la santé, des retraites ou du logement social. Il serait temps de les remettre à l'honneur, en lieu et place des Marx, Bourdieu et Hessel, et de sortir de l'étatisme et du culte des faux-semblants qui condamnent la France à l'échec et à l'impuissance:

 

"On peut guérir d'une obsession à condition d'avoir le courage de reconnaître ses délires avec lucidité, et de les dénoncer avec honnêteté."

 

Francis Richard

 

L'obsession antilibérale française - Ses causes et ses conséquences, Nicolas Lecaussin, 238 pages, Libréchange

 

Livres précédents:

 

A quoi servent les riches, avec Jean-Philippe Delsol (JC Lattès, 2012)

Au secours, ils veulent la peau du capitalisme ! (Editions First, 2009)

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 18:15
"Rome - Du libéralisme au socialisme" de Philippe Fabry

Quelles sont les causes du déclin et de la chute de Rome?

 

Le ramollissement des Romains par le christianisme (Edward Gibbon)? La supériorité technologique des barbares? L'affaiblissement de l'Empire par son instabilité politique (réponse interrogative purement descriptive)? Un accident imprévisible dû à un concours de circonstances (Paul Veyne)?

 

Ce sont autant de réponses classiques. Il en est une, moins connue, que Philippe Fabry a relevée dans Les considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence de Charles-Louis de Segondat, baron de Montesquieu: la liberté perdue. Dans son essai, Rome - Du libéralisme au socialisme, il creuse cette réponse en répondant d'abord à la question: comment l'Empire est-il apparu? Qui pourrait expliquer pourquoi et comment il a disparu.

 

Les mots de libéralisme et de socialisme n'existent pas à l'époque. Philippe Fabry explique leur emploi dans cet essai lumineux, qui retrace, en ses lignes de force, l'histoire de Rome:

 

"Appeler par des termes recouvrant des réalités modernes des faits passés n'est nullement un anachronisme dans la mesure où l'on se montre capable de démontrer que les éléments de définition pertinents se retrouvent dans les deux situations évoquées; on met alors seulement en lumière l'existence d'un invariant, l'un de ces concepts permanents que la philosophie aristotélicienne nomme les universaux."

 

Il fallait vraisemblablement que l'auteur fût à la fois historien et juriste, comme c'est le cas de Philippe Fabry, pour que soit convaincante la démonstration d'une thèse selon laquelle Rome chut en passant du libéralisme au socialisme.

 

Ainsi Philippe Fabry démontre que la République romaine, succédant à la Monarchie étrusque, a instauré dans ses débuts les bases juridiques d'un état de droit, la loi garantissant la liberté, la libertas, et l'isonomie (l'égalité des droits, civils sinon politiques), c'est-à-dire les bases d'un authentique libéralisme, qui ont pris la forme de la Loi des Douze Tables.

 

Dans ses débuts, l'Etat républicain est minimal. Il assure à moindre coût les fonctions régaliennes, dont la justice:

 

"En ce qui concerne la justice, elle se présentait comme un système accusatoire dans lequel un litige n'est porté devant les tribunaux que dans la mesure où un plaignant décide d'agir en justice. C'est alors à chacune des parties de tenter de convaincre le juge de son bon droit. Pour terminer la procédure, les parties peuvent négocier un accord sans aller jusqu'au jugement."

 

Quels sont les effets de cet état de droit (à ne pas confondre avec l'Etat de droit, où l'Etat est censé être limité par la hiérarchie des normes et où la justice est inquisitoire)? L'optimisation du rendement et le dynamisme de la société, la production de richesses par l'échange, l'attractivité de la roman way of life pour les voisins.

 

A nos yeux d'aujourd'hui il y a tout de même un sacré bémol: l'esclavagisme demeure, comme chez tous les voisins de Rome. Il manque donc dans cette société romaine la reconnaissance de la dignité de tous les êtres humains, qui distinguera son libéralisme de sa version moderne. Il convient tout de même de préciser:

 

"Durant les deux premiers siècles et demi de l'histoire de la République romaine, ceux du temps brillant du libéralisme affirmé, l'esclavage resta très marginal, les guerres demeurant limitées et ne déversant pas des flots d'esclaves comme cela devait commencer à se produire à partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ, avec les premiers conflits de grande ampleur que furent les guerres puniques."

 

Ce sont justement les guerres puniques qui sont à l'origine de la mutation du libéralisme vers le socialisme de la République romaine.

 

L'enrichissement ne va plus résulter de l'échange mais de la prédation, laquelle va profiter aux élites et prendre la forme d'un socialisme par le haut, ou capitalisme de connivence. Ce dernier, fauteur de ruine et de déséquilibres économiques, suscitera à son tour des revendications sociales, qui prendront la forme d'un socialisme par le bas: "redistribution publique de la richesse, fourniture publique gratuite des moyens de subsistance aux citoyens pauvres."

 

L'antagonisme de ces deux formes de socialisme se traduira par des guerres civiles et aboutira au principat où le socialisme impérial sera tout de suite à l'oeuvre. La période d'anarchie militaire, qui suivra, ne freinera pas mais, au contraire, achèvera de liquider l'héritage républicain et préparera l'avènement du dominat, c'est-à-dire de la "soviétisation" de l'Empire.

 

Philippe Fabry dit "soviétisation": n'est-ce pas exagéré? Même pas:

 

"Avec Dioclétien l'Empire n'est plus romain, il est Empire tout court. Il n'est plus l'hégémonie d'une nation sur ses voisins mais la domination d'un Etat unique sur un ensemble de territoires. La bureaucratie et l'administration représentant cet Etat en tout point du monde romain s'accroît et s'organise sur le modèle de l'armée."

 

Le modèle économique devient étatiste. Le syndicalisme des corporations devient obligatoire. La production des manufactures d'Etat est planifiée. Les impôts fleurissent et la pression fiscale augmente. Les prix flambent. Lactance peut écrire:

 

"Le nombre de ceux qui recevaient commençait à être plus grand que celui de ceux qui payaient."

 

L'état de droit?

 

"Les droits naturels lockéens garantis dès le début de la République, après avoir subi les attaques du pouvoir sous le principat, et une négation de principe dans la toute-puissance de l'empereur dès Auguste, étaient désormais proprement ignorés."

 

Philippe Fabry résume:

 

"Au total la vie économique, politique, artistique, religieuse sous l'Empire romain au IVe siècle devait ressembler assez fortement à ce qu'elle était sous Brejnev en URSS (et dans les pires moments sous Staline) ou à ce qu'elle peut être aujourd'hui en Corée du Nord: toute la population du monde romain était enrégimentée par le socialisme impérial et en subissait, directement ou indirectement, les effets."

 

Philippe Fabry ajoute que "les faiblesses observées du système impérial [...] sont celles de tous les régimes totalitaires":

 

"Priorité absolue donnée au maintien du système en place, inefficacité dans la production économique, corruption, clientélisme."

 

Le fruit était mûr. Il suffisait d'une poussée pour qu'il tombe...

 

Ce qui est inquiétant avec ce précédent, c'est qu'il peut très bien se reproduire à notre temps. L'auteur établit ainsi un parallèle troublant entre l'histoire romaine et l'histoire américaine et conclut par ces interrogations:

 

"Les Etats-Unis se sont-ils engagés sur la pente du socialisme, de la guerre civile et de l'Empire? Plus encore: comme Rome, après avoir conduit le monde sur le chemin de la prospérité par la liberté, l'entraîneront-ils vers la ruine et la servitude? L'Amérique entendra-t-elle la leçon de son aînée antique ou partagera-t-elle les causes de sa décadence comme celles de sa grandeur?"

 

Heureusement que "le pire n'est pas toujours sûr", comme aurait dit Paul Claudel...

 

Francis Richard

 

Rome - Du libéralisme au socialisme, Philippe Fabry, 160 pages, Jean-Cyrille Godefroy

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 21:45
"Jean-François Revel" de Philippe Boulanger

Le Jean-François Revel de Philippe Boulanger est le quatrième livre de la collection Penseurs de la liberté, éditée par Les Belles Lettres et dirigée par Alain Laurent, après un Herbert Spencer, un Léon Say et un Ayn Rand. Autant de biographies intellectuelles d'auteurs oubliés ou méconnus du grand public.

 

Dans la famille libérale, Jean-François Revel peut être qualifié de libéral intégral. Il faut entendre par là que, pour lui, liberté politique et liberté économique vont de pair:

 

Etat minimal, libre entreprise et capitalisme, individualisme et société ouverte: tels sont les volets du libéralisme intégral de Revel.

 

L'Etat ne doit pas faire ce qu'il ne sait pas faire mais remplir les fonctions qui lui sont imparties. Il ne doit pas intervenir dans l'économie mais assurer un contexte de liberté propice à la création économique:

 

La démocratie libérale de Revel implique un Etat de droit qui garantisse la propriété privée et l'ordre public, un pluralisme protégé par la Constitution, des élus qui respectent la souveraineté populaire et un pragmatisme qui permette de trouver des solutions de plus en plus complexes qui surgissent dans les sociétés modernes.

 

L'Etat tel que le conçoit Revel, ce n'est donc pas l'étatisme:

 

Tout au long du XXe siècle, argue Revel, le monde a été à la fois de plus en plus étatisé et de moins en moins gouverné. Et d'autant moins ou plus mal gouverné qu'il a été plus profondément étatisé. Il faut donc moins d'Etat, qui empiète sur la société civile, et plus de gouvernement qui encourage l'initiative privée et favorise l'économie de marché encadrée par le droit.

 

La corruption est d'ailleurs liée à l'étatisme, qui prend la forme d'économies mixtes ou collectivistes. Dans les économies mixtes, elle découle des relations entre pouvoir politique et entreprises, et elle est d'autant plus importante que celui-ci est interventionniste et dirigiste. Dans les économies collectivistes, elle résulte de la confusion entre propriété de l'Etat et patrimoine national.

 

Revel constate dans L'Express du 6 mars 1978:

 

Depuis la guerre, le capitalisme a été générateur de plus de prospérité, de plus de justice et de plus de démocratie que le socialisme, qui, lui, n'en a pas engendré du tout, au contraire.

 

Il défend l'individualisme:

 

En démocratie libérale, estime-t-il, chaque homme doit pouvoir disposer des moyens de s'accomplir par lui-même et non par l'Etat ou une communauté imposée.

 

D'ailleurs, explique-t-il dans la préface à l'édition américaine de son Regain démocratique, la supériorité de la démocratie libérale, pragmatique, tient à ce qu'elle est le seul système de permanente autorectification sociale par la méthode des essais et des erreurs suivies de corrections.

 

Cela n'est évidemment possible que si la liberté d'expression s'appuie sur l'exactitude de l'information:

 

L'idéologie, assure-t-il dans La Connaissance inutile, fonctionne comme une machine à détruire l'information, au prix même des assertions les plus contraires à l'évidence.

 

Adversaire de la démocratie libérale, exprimée à basse tension, l'idéologie conduit au tiers-mondisme et, à haute tension, au terrorisme, qui s'est placé longtemps sous le parrainage soviétique, puis a été relayé peu à peu par l'islam depuis la révolution iranienne.

 

Les plus redoutables adversaires de la démocratie libérale ont été les totalitarismes communiste et nazi que Revel met dans le même panier, tout en les différenciant, c'est-à-dire en ne trouvant aucune excuse au premier, comme il le fait dans un article du Point du 14 janvier 1995:

 

Ce qui distingue le communisme du nazisme, ce n'est pas le système du pouvoir. Il est identique dans les deux cas. C'est que le premier est une utopie et non le second. Lorsque Hitler supprime la démocratie et crée des camps d'extermination, il réalise ses idées et tient ses promesses. Lorsque c'est Lénine qui le fait, il réalise le contraire de ses idées et trahit ses promesses. Mais il le nie, au nom de l'avenir, qu'il prétend radieux.

 

Dans La grande parade, Revel explique que les procommunistes cherchent à dédouaner le communisme en accablant le nazisme pour éviter tout rapprochement avec ce dernier. Il souligne cependant - il ne s'est évidemment pas fait d'amis à gauche en écrivant cela - que le communisme a duré plus longtemps que le nazisme et a fait davantage de victimes, les 100 millions recensées par Le livre noir du communisme...

 

Revel n'est pas tendre non plus avec les démocraties, qui n'ont pas su démonter le parallèle établi par le totalitarisme communiste entre elles et lui, pour le plus grand avantage de celui-ci, et par les concessions consenties au nom de la détente, qui en ont favorisé la politique expansionniste.

 

La démocratie libérale existe-t-elle seulement quelque part?

 

En tout cas pas en France. Le régime présidentialiste français n'a rien d'une démocratie libérale et tout d'une autocratie inefficace, d'une démocratie confisquée, où les pouvoirs exécutif et judiciaire ne sont pas séparés puisque le président nomme les juges, où la servilité est de mise puisque le président distribue places, prébendes et sinécures, où le président, tout en étant son garant, ne respecte pas la Constitution puisqu'il se réserve, sans mandat constitutionnel, la politique étrangère, depuis de Gaulle.

 

Ce régime présidentialiste est inefficace. Il l'est notamment en raison de ses deux exécutifs, le Premier ministre étant soit le domestique du président, soit son adversaire acharné. De plus, il n'y a pas de contrepoids au président pendant la durée de son mandat, puisque le président peut dissoudre l'Assemblée nationale (qui n'a pas en pratique l'initiative des lois) et que celle-ci ne peut pratiquement pas le démettre. Cela explique pourquoi le seul contrepoids se trouve en France dans la rue et les défilés...

 

Pour Revel, la démocratie libérale en action existe... aux Etats-Unis, où elle est:

 

Attentive à l'équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, respectueuse de l'information fournie aux citoyens, dynamique au plan culturel et économique, disposée à améliorer le sort des minorités (noire, indienne ou féministe).

 

La Constitution y est le ciment de la communauté nationale:

 

La grande leçon de la Constitution américaine est la production de consensus par le système américain, c'est-à-dire non pas le fait que tout le monde soit d'accord, mais le fait que tout le monde soit d'accord sur la manière de ne pas être d'accord, ce qui permet à la majorité de ne pas écraser la minorité et à celle-ci d'accepter sa défaite.

 

Toutes les conditions sont réunies pour qu'une révolution libérale y ait lieu et se répande dans le monde... Et Revel se réjouira que, avec des différences de dosage, les partis communistes européens, à la fin du XXe siècle, deviennent sociaux-démocrates et les partis socialistes européens deviennent libéraux (sans le dire), à l'exception notoire du Parti socialiste français...

 

Philippe Boulanger résume très bien dans sa conclusion l'évolution de Revel:

 

La "maturation libérale" de Revel s'effectue probablement entre la publication de  Ni Marx ni Jésus et celle de  La tentation totalitaire, c'est-à-dire entre 1970 et 1976. Son libéralisme intégral assumé éclot dans les années suivantes et explique en partie son adhésion reaganienne. Entre 1976 et 1980, il devient "pleinement" libéral. Le voyage américain de 1970, l'Union de la gauche, la marxisation des socialistes français au cours des décennies soixante et soixante-dix ont sans aucun doute joué un rôle prépondérant dans cette évolution intellectuelle. Lui qui était convaincu que la vraie gauche ne pouvait être que libérale et antiautoritaire en a été évincé autant qu'il s'en est éloigné pour mieux la critiquer, souvent durement.

 

Philippe Boulanger, qui qualifie Revel de publiciste du XIXe siècle, se demande in fine s'il n'est pas le dernier grand libéral français du XXe siècle... Je ne sais.

 

Je sais que Revel n'était pas un libéral dogmatique, mais un libéral d'expérience, qu'il était attaché aux faits et non pas aux théories, et qu'il a bâti un solide argumentaire libéral. Ce dont il faut lui savoir gré.

 

Je ne sais pas, cependant, si c'est être libéral que de militer pour une Europe politique supranationale et pour un gouvernement mondial, si c'est être libéral que de ne pas être hostile à une redistribution maîtrisée...

 

Francis Richard

 

Jean-François Revel - La démocratie libérale à l'épreuve du XXe siècle, de Philippe Boulanger, 444 pages, Les Belles Lettres

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:45
"La Loi" de Frédéric Bastiat

La loi est un pamphlet de Frédéric Bastiat paru en 1850, année de sa mort. Il figure dans le quatrième tome de l'édition posthume de ses Oeuvres complètes, publiées en 1854 par Guillaumin.

 

Dans ce texte, Frédéric Bastiat rappelle ce qui définit l'homme:

 

"Existence, Facultés, Assimilation, - en d'autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, - voilà l'homme."

 

Il précise que ces trois choses, qui se complètent et sont liées entre elles, sont "antérieures et supérieures à toute législation humaine" et que la Loi, si Loi il y a, n'a et ne peut avoir pour seule mission que de les défendre:

 

"Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le droit de se concerter, de s'entendre, d'organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense."

 

On retrouve ces droits naturels dans La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui, dans son article 1, dit que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits" et dans son article 2 que les droits de l'homme dont il s'agit, naturels et imprescriptibles, sont "la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression".

 

Or, au cours de l'histoire, il s'est avéré que la Loi a été détournée de cette mission. Cela s'est produit bien avant Frédéric Bastiat, ce l'a été de son temps, ce l'est sans doute davantage aujourd'hui.

 

Au lieu que la Loi soit un frein à l'injustice que constitue le non respect des droits naturels (qui sont des droits individuels), la Loi devient dans ce cas-là un instrument d'injustice:

 

"Selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l'esclavage, la Liberté par l'oppression, la Propriété par la spoliation."

 

Cette perversion de la mission de la Loi, due à l'égoïsme inintelligent et à la fausse philanthropie, est en germe dans La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, qui, dans son article 2, ajoute un droit naturel qui ne l'est pas, l'égalité, laquelle, dans son article 3, n'est d'ailleurs plus l'égalité en droits, mais "l'égalité par nature et par la loi". Ce que laissait présager l'article 1: "Le but de la société est le bonheur commun".

 

Comment la société peut-elle atteindre le bonheur commun, sinon en permettant à la Loi "de prendre aux uns pour donner aux autres", c'est-à-dire en devenant l'instrument d'une spoliation légale:

 

"La spoliation légale peut s'exercer d'une multitude infinie de manières: tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l'assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du travail, gratuité du crédit. etc.,etc. Et c'est l'ensemble de tous ces plans, en ce qu'ils ont de commun la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme."

 

Cette spoliation légale est déguisée sous les noms séducteurs de Fraternité, de Solidarité, d'Organisation, d'Association. Cela n'en demeure pas moins une spoliation parce qu'il n'y a pas consentement de la part des spoliés ni compensation.

 

Un siècle après la mort de Frédéric Bastiat, cette spoliation légale apparaît en clair, et impudemment, dans La déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, notamment dans ses articles 22 ("toute personne a droit à la sécurité sociale"), 23 ("toute personne a droit au travail"), 24 ("toute personne a droit au repos et aux loisirs"), 25 ("toute personne a droit à un niveau de vie suffisant"), 26 ("toute personne a droit à l'éducation").

 

Pour que tous ces faux-droits soient satisfaits, il faut pourtant - il ne peut en être autrement - "prendre aux uns pour donner aux autres"...

 

Comme le disait Frédéric Bastiat en son temps, le problème est que Loi et Justice, c'est tout un dans l'esprit des masses:

 

"Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences."

 

Or qui sont les Législateurs? Ils sortent du sein du peuple et appartiennent comme lui au genre humain. Par la grâce de l'élection, un miracle s'opère pourtant en eux, qui relève de l'alchimie.

 

Tant qu'il s'agit d'élire des représentants, en effet, le peuple "a la science infuse":

 

"Sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel."

 

Par un coup de baguette magique, une fois l'élection passée, "la nation rentre dans la passivité, dans l'inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l'omnipotence." Sans sa main mystérieuse, dit-il, l'humanité se dégraderait... Heureusement qu'il existe!

 

On assiste donc à une véritable transmutation, car ce sont, dés lors, les Législateurs qui ont la science infuse:

 

"[Les Législateurs et leurs agents] ont reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l'humanité."

 

Et ils se mettent à régir les consciences, les idées, les volontés, l'instruction, les sentiments, les travaux, les échanges, les dons, les jouissances... Ils empêchent les autres de devenir adultes, de se fortifier "par l'exercice, le tâtonnement, l'expérience et la Liberté", de développer Besoins et Satisfactions dans l'ordre naturel. Ils les infantilisent pour mieux les asservir...

 

Cela ne vous rappelle rien?

 

Francis Richard

 

La Loi, Frédéric Bastiat, Institut Coppet

 

Le 6e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat a lieu du 4 juillet 2014 au dîner jusqu'au 6 juillet 2014 au déjeuner, sur le thème "Services privés, service public", à l'Hôtel Caliceo, à Saint-Paul-Lès-Dax.

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:15
"La France adolescente" de Patrice Huerre et Mathieu Laine

Voilà un livre écrit à quatre mains, très original. Et, finalement, plein d'espoir. Ce qui ravit l'éternel optimiste que je suis, prompt à déceler en toutes choses et en tout être humain la meilleure part et à la mettre en valeur.

 

Qu'y a-t-il d'original dans ce livre, paru il y a un an? Au lieu que de présenter la France comme une vieille décrépite, au déclin (voire au trépas) annoncé, les auteurs la comparent à une adolescente, à qui ne manque que de devenir adulte.

 

Certes comparaison n'est pas raison, mais, en l'occurrence, celle-ci est fructueuse. 

 

Des deux auteurs, Patrice Huerre est le spécialiste des adolescents, tandis que Mathieu Laine est celui des entreprises et des Etats. De leur rencontre est né ce projet qu'il faut bien qualifier d'iconoclaste, parce qu'il bouscule bien des idées reçues, celle notamment d'un déclin français inéluctable.

 

L'adolescence est la période des mutations, qui touchent à l'intime, particulièrement à la sexualité et aux parties les plus privées du corps. Ce temps de changement est aussi un temps de fragilisation et de fatigue, qui ne peut que provoquer doute et désarroi.

 

La France est de même au coeur de mutations qui l'ont affectée, et l'affectent, profondément.

 

La population de la France a vieilli, tandis qu'une population immigrée, représentant 8% de la population totale seulement, est cependant perçue comme importante parce qu'elle s'est concentrée dans les régions Ile France, Rhônes-Alpes et PACA (en Suisse, par comparaison la population immigrée représente 23% de la population totale...).

 

La place croissante des femmes dans la société a bouleversé la donne en deux trois décennies.

 

L'individualisme des hommes et des femmes, qui revient pour chacun d'entre eux à être libre de choisir sa vie, s'est développé...

 

De même que les mutations, qu'il subit, peuvent entraîner l'adolescent au repli sur soi et à la solitude, la France, encouragée par les hommes de l'Etat, rejette avec mépris "le monde extérieur, désigné comme coupable universel", dénonce "les règles d'un jeu vécu comme subi, plutôt que de s'y adapter":

 

"Or, l'adolescence, comme le monde actuel, ce n'est finalement rien d'autre que la fin d'une quiétude enfantine et l'acceptation de l'inquiétude essentielle du monde."

 

Sans incertitudes il n'y aurait pas de vie. Ou alors, si on peut appeler cela une vie, une vie d'habitudes et de servitudes.

 

Pour conjurer ses peurs, la France, comme l'adolescent, doit affronter ses mutations et ne doit pas leur donner une interprétation erronée. Prenons l'exemple des migrations humaines. Elles ont "toujours favorisé la croissance, l'innovation, les recettes fiscales et l'aide aux plus pauvres":

 

"Si l'immigration est aujourd'hui source de difficultés économiques, et donc politiques, c'est uniquement parce qu'une partie des immigrés qui arrivent sur notre sol ne vient pas y chercher du travail, mais des allocations. Plus qu'à l'ouverture des frontières, c'est donc à un système d'assistanat encouragé par l'Etat qu'il faudrait s'en prendre."

 

Pour conjurer ses peurs, la France doit reprendre confiance en elle. Elle ne doit pas refuser l'incertitude et ne pas ignorer le risque - le principe de précaution généralisé et constitutionnalisé est mortifère. Elle ne doit pas se réfugier dans le déni et dans le blocage. Elle doit prendre ses responsabilités.

 

Il faut dire que la France a une longue tradition de déresponsabilisation:

 

"Cette tradition est celle de l'Etat centralisé et centralisateur, d'origine colbertiste puis jacobine, qui depuis des siècles étouffe toutes les velléités d'initiative individuelle depuis le plus jeune âge et prétend guider les citoyens jusque dans leur vie privée."

 

C'est la même déresponsabilisation des adolescents à laquelle conduisent des parents surprotecteurs, laxistes ou autoritaires à mauvais escient, et incapables de tenir les promesses qu'ils font.

 

Les hommes de l'Etat sont ainsi tour à tour laxistes quand ils sont pris d'une frénésie dépensière pour fidéliser leur clientèle électorale - avec pour corollaire un endettement galopant - et autoritaires quand ils sont pris d'une frénésie sécuritaire au moindre fait divers monté en épingle comme s'ils voulaient alors montrer leurs muscles. Ils ne tiennent pas leurs promesses ou, quand ils les tiennent, elles sont déraisonnables...

Tout se passe comme si les émotions dominaient et organisaient l'ajustement au monde, laissant raison et réflexion au vestiaire.

 

La déresponsabilisation se manifeste par l'immixtion de l'Etat partout. Les citoyens sont considérés comme d'éternels immatures qu'il faut protéger des dangers du monde et qui sont entretenus dans cette immaturité en ne leur laissant pas le moindre espoir d'émancipation: ils ne seront jamais adultes, libres et responsables.

 

Et les hommes de l'Etat, on ne sait par quelle opération du Saint-Esprit, sont les seuls à savoir ce qui est bon ou mal pour eux... les empêchant de chercher à ou de vouloir devenir autonomes.

 

Le rapport des Français au travail est curieux. Comme parmi les adolescents, certains sont hyperactifs, beaucoup apathiques...

 

Les hommes de l'Etat leur ont fait admettre cette idée saugrenue qu'on peut créer de l'emploi en les dissuadant de travailler. Ils l'ont admis d'autant plus facilement qu'elle les confortait dans leur vision du travail:

 

"[Le travail] n'est jamais considéré comme un bien en lui-même, au service de l'épanouissement individuel et des relations interhumaines et, par ricochet, de la prospérité d'un pays. En France, le travail est perçu au pire comme une malédiction, au mieux comme un moyen."

 

Ce sont pourtant les pays dans lesquels on travaille le plus qui sont les plus prospères et où le chômage est le plus bas. Cherchez l'erreur...

 

Si elle veut devenir adulte, la France doit cesser de jouer les victimes. Mais cela ne lui sera pas facile. Dans aucun autre pays ne se sont autant développés les droits-créances tels que le droit au logement, le droit au travail, le droit à l'égalité des salaires, le droit à la vie, le droit à la santé (qui a remplacé le droit aux soins), le droit au bonheur...

 

Ces droits, qui n'en sont pas, dispensent de se prendre en mains:

 

"On attend de l'autre ce qu'on refuse de faire soi-même."

 

Face aux mutations qui s'opèrent en eux les adolescents ont deux attitudes: la volonté de maintenir le statu quo (rester en enfance) ou la fuite en avant (potentiellement destructrice), qui procèdent de deux mécanismes, deux faces d'une même médaille: apologie de l'ordre ancien et contestation de l'ordre naturel.

 

Les Français ont le même défectueux rapport à l'histoire. Ils souffrent d'une part d'une sévère contradiction entre la vision de long terme et les échéances électorales et d'autre part d'une sévère distorsion de l'histoire (qui devrait être compréhension du passé): ils l'interprètent et l'appellent désormais mémoire, laquelle est à l'origine de mythes:

 

"Au premier rang de ces mythes issus d'une vision déformée du passé, figure le soi-disant modèle social, qui n'est évidemment un modèle que de nom, puisqu'il cumule les ratés et les handicaps tout en interdisant toute évolution."

 

Le soi-disant modèle social français, c'est en effet un chômage structurel élevé (10%), des déficits publics et sociaux abyssaux, 8 millions de pauvres, un système de retraite non financé, des services publics pléthoriques, une école qui fabrique 120'000 laissés pour compte par an...

 

A ceux qui veulent maintenir ce statu quo idéalisé, s'oppose la gauche de la contestation qui attribue tous les maux du monde au capitalisme et à la société de consommation et qui voudrait à la fois la décroissance et le retour à l'originelle pureté de l'homme, conciliant les deux tendances adolescentes du conservatisme et de la révolution.

 

Aussi, en France: 

 

"Toute tentative de progrès se heurte systématiquement à la double opposition de ceux qui s'accrochent au passé et de ceux qui réclament au contraire une complexe table rase."

 

Pour devenir adultes les adolescents doivent explorer le monde et prendre des risques. Les parents doivent empêcher que ces risques ne soient inconsidérés et ne pas entraver pour autant l'expérimentation qui leur permettra d'acquérir les compétences qui leur seront utiles dans le monde de demain. Mais les parents n'y parviennent pas toujours.

 

Soit des parents ne voient pas les conséquences des risques pris par leurs adolescents, soit, à l'inverse, ils entravent leur expérimentation. Dans les deux cas, les adolescents peuvent être amenés à prendre des risques excessifs.

 

De même, les élus politiques français sont-ils amenés à convaincre les Français de tester des capacités nouvelles qui sont autant d'errements politiques irresponsables, tels que "diminuer la durée du travail pour créer de la croissance, augmenter les dépenses publiques quand leur surpoids est devenu notre croix collective, ou emprunter plus massivement pour guérir un pays malade de ses dettes".

 

Pourtant, en dépit de tout ce qui vient d'être dit, tous les espoirs sont permis à la France, si elle est bien l'adolescente que décrivent les auteurs:

 

"Lorsque nous aurons surmonté nos habitudes et nos atavismes, lorsque nous serons parvenus surtout à nous défaire de l'idéologie nécrosante du tout-Etat pour accepter de donner leur chance aux individus et à l'ordre qu'ils font naître, par leurs actions, alors nous inaugurerons une ère nouvelle de liberté, la seule capable d'offrir aux citoyens la pleine maîtrise de leur destin."

 

Au préalable, pour cela, il faudra que les Français s'attellent à un travail d'introspection, d'analyse et de thérapie, en étant sincères, en rompant avec le court-termisme, en s'ouvrant au monde et aux autres, en retrouvant le goût de l'effort, en renouant avec la volonté farouche de travailler, d'inventer et de produire, en redevenant libres, réellement:

 

"La liberté réelle, c'est celle qui place l'homme et ses forces créatives au coeur de tout projet de société. Et il est fallacieux de croire que cette libération des individus pourrait aboutir à une anarchie quelconque, synonyme de désordre et de malheur, comme se plaisent à le répéter certains idéologues. Car c'est au contraire en poursuivant leurs intérêts personnels, altruistes comme égoïstes, que les individus libres concourent, sans en avoir conscience, à l'intérêt de tous et à un véritable ordre sociétal."

 

Francis Richard

 

La France adolescente - Et si on la laissait grandir? , Patrice Huerre, Mathieu Laine, 264 pages, JC Lattès

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 00:25
"De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes" de Benjamin Constant

En 1819, Benjamin Constant prononce un discours devant l'Athénée Royal de Paris. Dans ce discours resté célèbre, il compare la liberté telle que la concevaient les Anciens à celle des Modernes. Par Anciens il faut comprendre les Antiques, par Modernes, les héritiers libéraux de la Révolution.

 

Quelle conception les Anciens avaient-ils de la liberté?

 

"Celle-ci consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d'alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout le peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre; mais en même temps que c'était là ce que les Anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté l'assujettissement complet de l'individu à l'autorité."

 

En résumé:

 

"Chez les Anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés."

 

Or ce qui caractérise la conception de la liberté chez les Modernes, ce sont a contrario les droits individuels.

 

Comment est-on passé d'une conception à l'autre?

 

On est passé d'une conception à l'autre quand on est passé des limites étroites des républiques anciennes à la plus vaste étendue des Etats modernes.

 

Les républiques anciennes étaient belliqueuses: "chaque peuple, autrefois, formait une famille isolée, ennemie née des autres familles".

 

A la guerre a succédé peu à peu le commerce qui permet d'atteindre le même but que la guerre, "celui de posséder ce que l'on désire".

 

Du fait de cette dimension des Etats modernes, les individus ne pèsent plus le même poids:

 

"L'étendue d'un pays diminue d'autant l'importance politique qui échoit en partage à chaque individu."

 

Du fait de l'abolition de l'esclavage, qui "a enlevé à la population libre tout le loisir qui résultait pour elle de ce que les esclaves étaient chargés de la plupart des travaux", celle-ci ne peut "plus délibérer chaque jour sur la place publique". Le commerce ne lui en laisse d'ailleurs pas le temps et l'incline à aimer vivement l'indépendance individuelle.

 

On voit donc que:

 

"Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances."

 

Autrement dit:

 

"L'indépendance individuelle est le premier besoin des Modernes. En conséquence, il ne faut jamais leur en demander le sacrifice pour établir la liberté politique."

 

Aussi Benjamin Constant demande-t-il de se méfier d'usages républicains antiques "qui permettent de bannir, d'exiler, de dépouiller", tels que l'ostracisme d'Athènes, la censure romaine, de même que, en matière d'éducation, prônée par d'aucuns, "la nécessité de permettre que le gouvernement s'empare des générations naissantes pour les façonner à son gré"...

 

S'il ne faut pas sacrifier la liberté individuelle à la liberté politique, selon Benjamin Constant, la liberté politique est indispensable pour garantir la liberté individuelle. Il ne faut donc pas y renoncer, mais qu'elle prenne d'autres formes. Ces nouvelles formes constituent le système représentatif:

 

"Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d'hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n'a pas toujours le temps de les défendre lui-même.

 

Alors que le danger de la liberté antique était que les droits individuels ne fussent pas défendus, celui de la liberté moderne est qu'il soit renoncé au droit de partage dans le pouvoir politique. L'autorité ne doit cependant pas s'occuper de faire le bonheur des individus. Elle doit rester dans ses limites:

 

"Qu'elle se borne à être juste; nous nous chargerons d'être heureux."

 

Recherchons-nous uniquement le bonheur?

 

"Ce n'est pas au bonheur seul, c'est au perfectionnement que le destin nous appelle; et la liberté politique est le plus puissant, le plus énergique moyen de perfectionnement que le ciel nous ait donné."

 

Il faut croire qu'avec l'avènement des Etats-providence il a été renoncé volontairement à la liberté politique telle que l'entendait Benjamin Constant et qu'en conséquence non seulement le bonheur, mais le perfectionnement espérés ne sont pas au rendez-vous et les droits individuels menacés.

 

Francis Richard

 

De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, Benjamin Constant, 64 pages, Mille et une nuits

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 00:40
"Discours de la servitude volontaire" d'Etienne de La Boétie

Selon son ami Michel de Montaigne, plus jeune que lui de quelque deux ans, Etienne de La Boétie aurait eu seize ans quand il écrivit son Discours de la servitude volontaire. Il ne semble pas que l'on ait jamais trouvé de quoi contredire cette assertion.

 

Quoi qu'il en soit, Etienne de La Boétie fait partie de ces comètes qui illuminent le ciel de la pensée française et disparaissent très vite après. Il est mort en effet à l'âge de 32 ans.

 

Dans ce discours, qui le fit remarquer par Montaigne, La Boétie s'interroge sur les raisons qui poussent les gens à accepter volontairement de servir des tyrans et à être asservis par eux.

 

Pour La Boétie il semble naturel que l'homme soit libre et qu'il veuille l'être. Il est donc d'autant plus curieux qu'il prenne un autre pli.

 

Qu'importe l'origine du pouvoir étatique - élection du peuple, force des armes ou succession de race -, un tyran reste un tyran. Et qu'il tienne son pouvoir du peuple ne le rend pas davantage supportable. Au contraire.

 

La Boétie voit deux raisons à la servitude volontaire à l'égard du tyran:

 

"La première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude."

 

"De cette première raison découle cette autre que, sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés."

 

Par tyran, La Boétie entendait le pouvoir d'un seul. Aujourd'hui le tyran, dans nos pays démocratiques, a pris la figure d'un Etat dont le périmètre n'a cessé de s'étendre. Les Etats étant plus ou moins tyranniques en proportion de leur étendue.

 

Comme du temps de La Boétie, qui avait étudié l'histoire de l'antiquité grecque et latine, la servitude volontaire à cette nouvelle forme de tyrannie qu'est devenue l'Etat provient de la force de l'habitude. Petit à petit, on pourrait dire furtivement, les gens se sont laissé déposséder de leur liberté et l'Etat est devenu tellement puissant qu'ils n'ont même plus la force de lui résister.

 

Comme du temps de La Boétie, un grand nombre de gens, quand ils recouvrent une part de leur bien que l'Etat leur a confisquée par l'impôt, ne s'avisent pas "que cette part même qu'ils en [recouvrent], le tyran n'aurait pas pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée"...

 

Finalement, le résultat de l'actuelle servitude volontaire n'est pas si différent que cela, aujourd'hui, de celui que pouvait décrire La Boétie en 1546:

 

"Par les gains et les faveurs qu'on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu'ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait."

 

Sauf que, dans des pays comme la France, ceux qui profitent de l'Etat, devenu Etat-providence, sont maintenant plus nombreux que ceux auxquels la liberté plairait...

 

Francis Richard

 

Discours de la servitude volontaire, La Boétie, 64 pages, Mille et une nuits

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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