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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 00:30
"Le despotisme démocratique" d'Alexis de Tocqueville

Il y a quelque deux ans, les Editions de L'Herne ont eu la bonne idée de publier en tiré-à-part de De la démocratie en Amérique, dans leur collection des Carnets, les huit chapitres de la quatrième partie du volume 2, qui est, en quelque sorte, la conclusion de l'ouvrage. Elles l'ont intitulé, à juste titre, Le despotisme démocratique.

 

En écrivant cette dernière partie, Alexis de Tocqueville espérait conjurer ce qu'il pressentait, c'est-à-dire que l'égalité aurait finalement raison de la liberté.

 

L'égalité, selon Tocqueville, produit deux tendances:

 

"L'une mène directement les hommes à l'indépendance et peut les pousser tout à coup vers l'anarchie; l'autre les conduit par un chemin plus long, plus secret, mais plus sûr, vers la servitude."

 

C'est cette deuxième tendance que, selon lui, il faut craindre. Il avait parfaitement raison, parce que nous y sommes... dans la servitude.

 

Le chemin vers la servitude

 

Dans les temps aristocratiques, que Tocqueville ne regrette pas et qu'il ne cherche d'ailleurs pas à rétablir, il constate qu'il existait des pouvoirs secondaires. Or ces pouvoirs secondaires ont disparu avec l'avènement des temps démocratiques. Certes ils pourraient être rétablis artificiellement, mais ils auraient bien du mal à se maintenir. Parce que les hommes des temps démocratiques "conçoivent, pour ainsi dire sans y penser, l'idée d'un pouvoir unique et central qui mène tous les citoyens par lui-même".

 

A cette idée s'ajoute l'idée d'une législation uniforme, qui n'aurait pas été possible dans les temps aristocratiques. Seulement, comme Tocqueville le remarque:

 

"A mesure que les conditions s'égalisent chez un peuple, les individus paraissent plus petits et la société semble plus grande, ou plutôt chaque citoyen, devenu semblable à tous les autres, se perd dans la foule, et l'on n'aperçoit plus que la vaste et magnifique image du peuple lui-même."

 

Conséquence:

 

"Cela donne naturellement aux hommes des temps démocratiques une opinion très haute des privilèges de la société et une idée fort humble des droits de l'individu."

 

L'État finit par s'occuper de tout

 

Ces hommes sont à la fois indépendants - ils s'occupent de leurs oignons -, et faibles - ils ne peuvent compter sur l'appui de personne. Alors, vers qui se tournent-ils? "Vers cet être immense qui seul s'élève au milieu de l'abaissement universel." Autrement dit, l'État.

 

Ces hommes ont même du goût pour lui, parce que l'État aime ce qu'ils aiment (du moins essaie-t-il de le leur faire croire): l'égalité et l'uniformité, qui le favorisent et qui lui facilitent la tâche. Car, il lui est plus facile d'imposer une règle à tous que d'essayer de trouver une règle pour chacun...

 

Il en résulte que l'État finit par s'occuper de tout.

 

L'État se fait providence:

 

"C'est l'État qui a entrepris presque seul de donner du pain à ceux qui ont faim, des secours et un asile aux malades, du travail aux oisifs, il s'est fait le réparateur presque unique de toutes les misères."

 

L'État se fait éducateur:

 

"L'État reçoit et souvent prend l'enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents; c'est lui qui se charge d'inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées."

 

L'État se fait gardien des cultes:

 

"[Les souverains des temps démocratiques] ôtent au clergé ses propriétés, lui assignent un salaire, détournent et utilisent à leur seul profit l'influence que le prêtre possède; ils en font un de leurs fonctionnaires et souvent un de leurs serviteurs, et ils pénètrent avec lui jusqu'au plus profond de l'âme de chaque homme."

 

(Il faut lire deux des notes que Tocqueville ajoute à ces textes qui précèdent.

 

Sur la disparition de la liberté de tester:

 

"Chez les Français de nos jours, on ne saurait distribuer son patrimoine entre ses enfants, sans que l'État intervienne. Après avoir régenté la vie entière, il veut encore en régler le dernier acte."

 

Sur les fonctionnaires:

 

"Presque partout, en Europe, le souverain domine de deux manières: il mène une partie des citoyens par la crainte de ses agents, et l'autre par l'espérance qu'ils conçoivent de devenir ses agents.")

 

L'État se fait juge et partie quand il crée des tribunaux spéciaux "dont l'objet particulier est de décider exceptionnellement les questions litigieuses qui peuvent s'élever entre l'administration publique et les citoyens".

 

Sous tutelle peut-être, mais en choisissant ses tuteurs...

 

Les hommes de son temps - comme ceux du nôtre - sont "travaillés par deux passions ennemies":

 

"Ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres."

 

Alors, ils font contre mauvaise fortune bon coeur:

 

"Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont choisi eux-mêmes leurs tuteurs."

 

Vous avez dit tuteurs?

 

"Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'État, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes."

 

Le deuxième volume de De la démocratie en Amérique a paru en 1840...

 

Francis Richard

 

Le despotisme démocratique, Alexis de Tocqueville, 104 pages, L'Herne

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 20:35

La-tyrannie-fiscale-SALIN.jpgLa France est devenue un enfer fiscal, années après années. La droite et la gauche ont apporté tour à tour leurs pierres à ce monstrueux édifice. Depuis des décennies, en effet, les prélèvements obligatoires y croissent et embellissent sans le moindre frein.

 

Pour être réélus, gens de gauche comme gens de droite prennent l'argent des uns pour le donner à d'autres, sans souci des conséquences que cette rapine engendre pour les ressortissants du pays. Pour faire avaler la pilule, ils prennent d'ailleurs beaucoup aux plus riches et un tout petit peu au plus grand nombre, profitant de l'effet d'échelle, ce qui a l'avantage de ne pas leur faire perdre un trop grand nombre des voix.

 

Dans une démocratie représentative en effet (qui vaut certes mieux qu'un pouvoir illimité), les plus riches n'ont pas le poids du nombre et ne peuvent se faire entendre; et le plus grand nombre ne sent pas sa douleur quand on ne lui prend qu'un chouya à la fois.

 

Aussi la France va-t-elle mal. Elle ira de plus en plus mal tant qu'un remède de cheval fiscal ne lui sera pas administré, c'est-à-dire tant que le poids global de la fiscalité n'aura pas diminué et tant que les dépenses publiques n'auront pas diminué de même. Qu'est-ce que la fiscalité, sinon l'arme essentielle de la spoliation sur laquelle se fonde l'action étatique, qui ne profite vraiment qu'aux seuls hommes de l'Etat.

 

Pascal Salin classe les modes d'imposition, tous arbitraires, dans l'ordre dégressif de leur (im)possible justification morale, l'impôt par capitation, l'impôt proportionnel et l'impôt progressif. Car le mode d'imposition n'est pas sans influence sur le comportement individuel, dont politiques et prétendus économistes ne veulent pas entendre parler, préférant raisonner sur des masses macroéconomiques, incapables pourtant de rendre compte de la réalité humaine.


Dans les faits, l'impôt par capitation se traduit en moyenne par un accroissement de la production et une diminution de la consommation; l'impôt proportionnel conduit à une moindre accumulation de capital et à une moindre croissance économique, et discrimine socialement les individus les plus dynamiques; l'impôt progressif est tout simplement confiscatoire et a deux effets néfastes: un effet "désincitatif" et un effet de distorsion des choix individuels.

 

Tous les impôts, en France, et dans nombre de pays occidentaux, sont essentiellement assis sur le revenu des individus. Le revenu étant impossible à définir de manière précise, et pas autrement que pécuniairement, la fiscalité s'est démultipliée en une cascade d'impôts destinés à cerner ce satané revenu pour en tirer le maximum de rendement pour les hommes de l'Etat et pour tenter de n'épargner personne.

 

Pascal Salin rappelle l'équivalence entre le revenu et le capital:

 

"Le revenu, en effet, n'est rien d'autre que le rendement par période d'un capital, c'est-à-dire d'un ensemble de ressources matérielles et immatérielles. Le capital est la source du revenu et sa valeur se calcule d'ailleurs à partir des flux de revenu qu'il permet d'obtenir dans le temps."

 

Que l'on impose le capital ou le revenu, on opère en réalité une discrimination entre celui qui consomme et celui qui épargne, en faveur du premier, l'épargne étant pourtant le préalable à toute création de richesses, à toute stimulation de croissance, alors que toute consommation les détruit. L'Etat en France draine à lui la plus grande part de l'épargne et la collectivise, sans être à même, comme les entrepreneurs, à partir d'elle, de créer des richesses...

 

Pascal Salin passe en revue les impôts, autres que l'impôt sur le revenu, existant en France et montre qu'ils frappent soit le capital, tels les droits de successions, l'impôt sur la fortune ou l'imposition des plus-values, soit le revenu, telle la TVA - qui est présentée de manière erronée comme un impôt sur la consommation, alors qu'elle taxe, comme son nom l'indique, la valeur ajoutée, c'est-à-dire le revenu des salariés et celui des propriétaires (en réalité l'entreprise ne paie pas d'impôts, elle les collecte, ce qui est très différent: ce sont toujours des individus qui les paient...).

 

Comme le revenu est mal défini, certains individus ayant le même revenu pécuniaire au départ, suivant ce qu'ils en font, sont taxés une fois, deux fois, trois fois, ou pas du tout... Sous l'angle fiscal français, ainsi vaut-il beaucoup mieux être cigale que fourmi, contrairement à la morale de la fable, parce que le capital, au bout des comptes, est surtaxé, comme le démontre Pascal Salin dans nombre d'exemples probants.

 

Pour libérer l'épargne, sans laquelle il n'est pas de création de richesses, si impôt il doit y avoir, puisqu'aujourd'hui force est de constater que l'Etat existe et qu'il est obèse, Pascal Salin préconise que l'assiette en soit la dépense globale et non plus le seul revenu, ou son équivalent, le capital:

 

dépense globale = revenu + emprunts + dons reçus + ventes d'actifs - épargne - amortissements de la dette - dons effectués

 

L'impôt sur la dépense globale serait un impôt déclaratif:

 

"La déclaration annuelle serait identique à celle qui est rédigée pour l'actuel impôt sur le revenu, si ce n'est que le contribuable déclarerait en outre le montant de son épargne de l'année, tout du moins s'il le souhaite. Il lui faudra évidemment déclarer le rendement de cette épargne au cours des années ultérieures."

 

Changer d'assiette de l'impôt ne suffirait pas à tout changer, mais au moins cette assiette-là aurait le mérite d'empêcher la surtaxation de l'épargne. S'il fallait appliquer un mode d'imposition à cette assiette, ce serait, à tout prendre, l'impôt proportionnel qui est, bien sûr, préférable à l'impôt progressif...

 

Le corollaire de l'adoption de cet impôt sur la dépense globale serait de supprimer les impôts sur les successions, sur la fortune et sur les plus-values, pour ne pas défaire par ailleurs ce qui serait ainsi obtenu en faveur de la constitution d'épargne individuelle.

 

Pour donner une impulsion considérable à l'économie, Pascal Salin préconise également le remplacement des retraites par répartition par des retraites par capitalisation, l'ouverture de l'assurance-maladie à la concurrence et ... la baisse significative des impôts. Pour que le déficit public provisoire, qui résulterait d'une telle baisse, ne s'accroisse pas outre mesure, il faudrait supprimer les niches fiscales et réduire drastiquement les dépenses publiques...

 

Cela ne vous rappelle rien?

 

Francis Richard

 

La Tyrannie fiscale, Pascal Salin, 336 pages, Odile Jacob

 

Livre précédent:

 

Revenir au capitalisme pour éviter les crises, 256 pages, Odile Jacob

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 20:25

 

Angélisme pénal LAURENTQuand ceux qui ont pour métier de juger les autres le font avec angélisme, oublieux du nécessaire réalisme qui incombe à leur rôle, attention danger.

 

Ces angélistes le font sous couvert d'humanisme, mais leur humanisme a des oeillères. Seuls trouvent grâce à leurs yeux les criminels. Ils se soucient comme d'une guigne de leurs victimes qui bénéficient ainsi d'une double peine, tandis que leurs bourreaux sont transfigurés.

 

Dans son dernier livre, En finir avec l'angélisme pénal, Alain Laurent oppose ce dernier au réalisme pénal, auquel il faudrait bien pourtant que les juges en France reviennent, parce que c'est un enjeu de civilisation.

 

Qu'est-ce que l'angélisme pénal?

 

Il se dissimule sous un prétendu humanisme pénal prôné, par exemple, par un Marc Ancel: il faut "donner la priorité à la prévention et à la réhabilitation sur la répression et la punition" et puisque les prisonniers ne s'améliorent pas en leur faisant du mal, c'est-à-dire en les jetant en prison, il faut dépeupler les prisons.

 

De là à faire des prisonniers des victimes, victimes de la société, de l'ordre bourgeois et capitaliste, il n'y a qu'un pas, franchi par Michel Foucault et consorts:

 

"Le délinquant se mue en innocent (celui qui n'a pas la volonté de nuire), en victime à double titre d'un ordre social injuste et d'une odieuse répression policière puis de la prison."

 

La responsabilité individuelle n'existe pas. Et, en conséquence, la culpabilité n'existe pas non plus. Le criminel "n'est jamais irrécupérable et est forcément amendable, n'aspirant qu'à réintégrer paisiblement la communauté civilisée".

 

Aussi la prison n'est-elle pas la solution, mais le problème. Sous l'influence de l'angélisme pénal, la peine de prison est "rabotée aux deux extrémitées opposées", celle des longues peines et celle des courtes peines, et "tend à se réduire progressivement à la portion congrue".

 

De plus, les séjours en prison, dès lors raréfiés, devront être toujours plus humanisés:

 

"Les établissements pénitentiaires (quel vilain nom: à améliorer lexicalement au plus vite) se mueront en quelque sorte en centres socio-culturels semi-fermés, pourvoyeurs de stages de réadaptation à la vie en liberté et, pourquoi pas, autogérés par des comités ou des syndicats de détenus."

 

Pour leur clouer le bec, voire les diaboliser, ceux qui s'opposent à cet angélisme pénal sont taxés d'adeptes d'un populisme pénal, les mesures efficaces pour assurer la sécurité sont qualifiées de sécuritaires et la compassion pour les victimes est assimilée à une nauséabonde idéologie... victimaire. Car, avec cet angélisme pénal, les victimes de la société (et agresseurs) que sont les criminels sont plus égales que leurs victimes dans la société (et agressés)...

 

Qu'est-ce le réalisme pénal?

 

Alain Laurent reprend à son compte, dans une version minimaliste (i.e. sans y appliquer le rigorisme de son auteur: loi du talion et peine de mort), le point suivant, d'origine kantienne:

 

"Etre moral, c'est s'astreindre à ne pas nuire à autrui [...] en ne lui faisant pas violence."

 

Et reprend, également chez Kant, cet autre point qu'est la libre volonté dont est doté l'être humain:

 

"En chaque être humain, la volonté est une causalité agissante indépendante des déterminations empiriques extérieures qui résulte de l'usage de la raison."

 

De ces deux points, il appert que la personne humaine est responsable de ses actes, peut être punie et doit être punie quand elle ne respecte pas la vie ou la liberté d'autrui:

 

"L'humanisme, pour peu qu'il soit cohérent et réaliste, doit savoir se montrer intraitable avec tout ce qui est proprement inhumain (tuer, violer ou torturer) ou si peu respectueux d'autrui (délinquance ordinaire)."

 

Les tenants les plus fanatiques de l'angélisme pénal veulent faire croire que le droit de vivre en sûreté figurant dans la déclaration des droits de l'homme ne s'applique qu'à la certitude des lois et à la protection des citoyens contre le despotisme. Or, comme l'ont confirmé des humanistes libéraux tels que Wilhelm von Humboldt ou Benjamin Constant, il s'applique tout autant à la protection contre l'insécurité criminelle et délinquante:

 

"La sûreté est forcément... sécuritaire, au meilleur sens du mot [...]. Peut-on a contrario imaginer un Etat de droit policé dans lequel les citoyens seraient bien à l'abri de toute arrestation arbitraire mais où les violences privées pourraient se donner libre cours sans autre forme de procès - si l'on peut dire?"

 

Chaque individu est-il responsable?

 

La libre volonté implique la responsabilité individuelle. Chaque individu est en dernier ressort auteur et responsable de ses choix et de ses actes:

 

"Si les explications mécaniquement déterministes étaient vraies, toutes les personnes confrontées aux mêmes conditions sociales ou culturelles, surtout défavorisées, devraient se comporter de semblable manière."

 

A quelles conditions et dans quelle mesure un individu est-il responsable de ses actes nuisibles à l'égard d'autrui?

 

"Sauf en cas de troubles pathologiques avérés et d'une minorité en âge certainement à réviser à la baisse dans notre ère dite post-moderne, il l'est intégralement."

 

Les criminels et délinquants ne sont pas ces êtres amendables, "n'aspirant qu'à réintégrer paisiblement la communauté civilisée", qu'imaginent les angélistes. Leur objectif, choisi en toute conscience - ils ne veulent pas être des "blaireaux"-, est d'obtenir, au moindre effort, et par tous les moyens, "vie facile, argent et sexe". Pour cela ils mobilisent leur intelligence, qui aurait pu être au service d'un tout autre, et meilleur, usage.

 

Les trangresseurs violents, n'ont pas le moindre sentiment de culpabilité et se trouvent toujours de bonnes excuses pour justifier leurs agissements. Et les angélistes les renforcent dans cette attitude en disant que tout le monde pourrait un jour devenir comme eux...

 

L'utilité économique n'est pas le seul moteur qui anime ces criminels et délinquants (qui ne devraient pas inspirer pitié, ce qui serait cruel pour ceux qui ne le sont pas, pensait Tocqueville), quels que soient leurs méfaits, petits ou grands:

 

"Faire souffrir moralement et parfois physiquement, faire éprouver sa toute-puissance momentanée, dominer - et en jouir: voici également ce qui fait courir ces adeptes de la loi du plus fort et pratiquants d'un hédonisme cruel."

 

A-t-on le droit et le devoir de punir sévèrement les criminels et délinquants?

 

John Locke a été le premier à soutenir que punir les criminels et délinquants était un droit, qui s'apparente à la légitime défense contre une agression, dont l'exercice est confié à une autorité judiciaire dans une société civile et civilisée.

 

Punir n'est pas seulement un droit, mais un devoir répondant à une nécessité morale et civile (voir Humbold):

 

"La peine doit logiquement et moralement stigmatiser l'injustice commise par l'auteur d'une "transgression"."

 

Comme le rappelle Alain Laurent, John Locke soutenait même "qu'en se plaçant volontairement hors des normes de l'humanité commune, le criminel perd justement ses droits d'homme"...

 

Il est juste de sanctionner tout acte d'un individu qui en empêche un autre de vivre librement et paisiblement, et qui porte ainsi atteinte à la norme de non-violence entre être humains qui se doivent respect mutuel.

 

Si elle doit être modulée en fonction de la gravité de l'acte commis et ne pas molester son auteur, la peine doit être... pénible, pour écarter toute tentation de contrevenir à cette règle et "pour rendre sensible  à ce qu'il y a de proprement intolérable et donc de répréhensible dans toute atteinte à l'intégrité morale ou physique d'autrui":

 

"La certitude de la sévérité de la peine compte plus que la certitude d'une peine qui ne le serait pas."

 

C'est pourquoi "réduire le pénal au civil est proprement inacceptable et une insulte aux victimes" d'un crime ou d'un délit, qui ont subi en conséquence un dommage irréparable, au-delà du matériel:

 

"[Cette perspective] équivaut à gommer la nature transgressive du crime pour en faire un trivial objet de transaction financière."

 

Est-il juste de mettre en prison les transgresseurs violents?

 

Le fait de mettre sous les verrous et de priver d'une partie de ses droits un condamné est un acte légitime, qui n'a rien à voir avec la violence de l'agresseur:

 

"La violence n'existe que du côté de la partie qui commence, qui décide de rompre l'équilibre des relations pacifiques entre individus en usant de la ruse, de la fraude ou de la force physique brutale pour agresser des personnes qui ne leur ont rien fait et dont le seul tort est de constituer des proies faciles."

 

Il est enfin juste de punir avant toute considération utilitariste. Alain Laurent cite Benjamin Constant:

 

"Le droit est un principe; l'utilité n'est qu'un résultat. Le droit est une cause; l'utilité n'est qu'un effet."

 

Alain Laurent commente:

 

"Il est déontologiquement nécessaire et non pas même "utile" qu'un transgresseur violent soit puni afin que l'autorité de la loi morale minimale et son respect soient catégoriquement réaffirmés et que la civilité qui en découle conserve son sens."

 

Cela n'exclut pas qu'une juste peine puisse être utile...

 

Faut-il construire des prisons?

 

Si des peines punitives, plus sévères, sont prononcées, les prisons françaises actuelles seront insuffisantes. Alain Laurent l'assume.

 

Il remarque que le taux d'incarcération français est bien inférieur à celui du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de la moyenne de l'Union européenne.

 

Il remarque que les prisons françaises sont encombrées "par la détention de délinquants étrangers en situation irrégulière sur le territoire national et de condamnés pour de petits trafics de stupéfiants ou de légères infractions routières à répétition":

 

"La reconduite administrative immédiate aux frontières des uns et une certaine dépénalisation mesurée pour les autres désemcombrerait... utilement les établissements pénitentiaires en faisant de la place pour de nouveaux arrivants à la présence plus justifiée."

 

Cela ne suffira certainement pas à résoudre le problème de la surpopulation carcérale. Il faudra donc implanter de nouveaux établissements et remédier à la vétusteté et à l'insalubrité d'un trop grand nombre de ceux qui existent actuellement, en n'oubliant pas que:

 

"La vie en prison ne peut être la poursuite d'une existence bénéficiant de la liberté de disposer des commodités courantes en milieu fermé, mais symboliquement son opposé. Seules les libertés de travailler et de se former ou de se cultiver peuvent légitimement y trouver place."

 

Il ajoute:

 

"Tel est le prix à payer pour qu'adviennent des prisons de la raison, qui sont seules en mesure de faire exécuter des peines réellement punitives."

 

Il n'y a pas d'autre moyen de conjurer "les excès inverses de la commisération inconsidérée pour les détenus et des appels aveugles au retour de la peine capitale".

 

Francis Richard

 

En finir avec l'angélisme pénal, Alain Laurent, 130 pages, Les Belles Lettres

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 22:20

Dépasser la démocratie KARSTEN BECKMANLa démocratie est-elle l'horizon indépassable de la liberté? Deux auteurs néerlandais, Frank Karsten et Karel Beckman, font la démonstration, accessible à tous, du contraire.

 

Ainsi la démocratie représentative, basée sur la tyrannie du nombre, conduit-elle tout droit à la croissance de l'Etat, qui se transforme mécaniquement en Etat-providence, sans échappatoire, et remet-elle en cause la prospérité.

 

Dans leur livre iconoclaste, Dépasser la démocratie, ces deux auteurs démontent d'abord 13 mythes qui fondent la religion séculaire de la démocratie, telle que nous la connaissons dans les Etats-nations.

 

Puis ils démontrent que plus de démocratie se traduit par moins de liberté et moins d'harmonie.

 

Enfin ils proposent une alternative qui met en avant la liberté individuelle.

 

Quels sont ces 13 mythes de la démocratie?

 

1. Chaque vote compte: un vote sur des millions n'a aucune influence réelle et ne constitue qu'une vague préférence: "Il existe rarement une personne ou un parti avec lesquels vous êtes d'accord sur tous les sujets." Une fois que vous avez voté, on prend à votre place pendant des années (quatre ou cinq) de multiples décisions auxquelles vous n'avez pas donné votre accord.

2. Dans une démocratie le peuple gouverne: en réalité, ce n'est pas le peuple dans son entier qui gouverne, mais tout au plus une majorité d'électeurs, représentés par un plus petit nombre d'hommes politiques qui décident à leur place, souvent contre leur volonté, sous la pression de lobbys, de groupes d'intérêts et d'activistes.

3. La majorité a raison: "une chose n'est pas vraie par le simple fait que de nombreuses personnes croient en sa véracité.". De plus "[les gens] espèrent partager la charge avec d'autres et profiter d'avantages payés par d'autres" et "la quantité l'emporte sur la qualité". Ce n'est donc ni rationnel, ni moral.

4. La démocratie est politiquement neutre: "sur le long terme les démocraties occidentales ont constamment avancé dans la direction d'une plus forte interférence étatique, d'une plus grande dépendance envers l'Etat et d'un plus haut niveau de dépenses publiques."

5. La démocratie mène à la prospérité: il n'y a pas corrélation entre pays démocratiques et prospérité. L'évolution récente prouve même l'inverse: "Le secteur privé s'érode progressivement, dans un processus menaçant de détruire la richesse formidable créée par l'Occicent pendant des siècles."Dans une démocratie, "les citoyens sont incités à obtenir des avantages au détriment des autres" et les hommes politiques "à dépenser autant que possible, afin de pouvoir obtenir les mérites et laisser leurs successeurs payer la note".

6. La démocratie est nécessaire pour assurer une juste distribution des richesses et pour venir en aide aux pauvres: la distribution des richesses, sous forme de subventions, de privilèges et d'emplois, se fait sous la pression de lobbys: "Dans ce système, le parasitisme, le favoritisme, et la dépendance sont encouragés, tandis que la responsabilité individuelle et l'autonomie sont découragés." Pour aider les gens incapables de subvenir à leurs propres besoins, "il n'est pas nécessaire de créer la machine redistributive massive de nos démocraties. Cela peut être fait par des institutions privées de charité".

7. La démocratie permet de vivre tous en harmonie: "l'une des conséquences malheureuses du système démocratique est que les gens sont incités à former des groupes qui entreront nécessairement en conflit avec d'autres groupes. Il en est ainsi parce que vous n'avez aucune chance de transformer vos idées en loi qu'en faisant partie d'un groupe (ou d'un bloc d'électeurs)."

8. La démocratie est nécessaire pour créer un sentiment de communauté: "la démocratie est une organisation dont l'adhésion est obligatoire. Une véritable communauté repose sur la participation volontaire."

9. La démocratie signifie la liberté et la tolérance: "la liberté signifie que vous n'avez pas à faire ce que la majorité de vos semblables veut que vous fassiez, mais que vous pouvez décider pour vous-même." Les démocraties protègent quelques minorités et d'autres pas, limitent la liberté d'expression par de nombreuses exceptions.

10. La démocratie favorise la paix et aide à lutter contre la corruption: historiquement les démocraties ne sont pas pacifiques les unes avec les autres (voir les belligérants de la Grande Guerre) ou les récentes guerres (entre Russie et Géorgie ou entre Israël et Liban). "La corruption est inévitable là où l'Etat a beaucoup de pouvoir, quel que soit le système politique, et cela inclut évidemment la démocratie."

11. Dans une démocratie les gens obtiennent ce qu'ils désirent: en fait, c'est le contraire, parce que plus de démocratie conduit à plus de bureaucratie et à plus d'entraves pour le marché : "Le marché libre ne fonctionne pas par des processus démocratiques. Pourtant, dans un sens, le marché libre est plus "démocratique" que la démocratie car les citoyens peuvent faire leurs propres choix plutôt que d'avoir le gouvernement qui choisit pour eux."

12. Nous sommes tous favorables à la démocratie: parce que nous n'avons pas le choix, sinon. "En fait de nombreux démocrates bien-pensants seraient sans doute heureux d'échapper aux mesures qu'ils sont censés avoir choisies par les urnes."

13. Il n'y a pas de meilleure alternative: "nous n'utilisons pas la démocratie dans le domaine scientifique, nous ne votons pas sur la vérité scientifique, mais nous utilisons la logique et les faits. Il n'y a donc aucune raison de penser que la démocratie est nécessairement le meilleur système politique." De fait, "plus un Etat démocratique est grand et plus sa population est hétérogène, plus des tensions naîtront. Les différents groupes d'un tel Etat n'hésiteront pas à utiliser le processus démocratique pour piller les autres autant que possible, et pour interférer avec eux. A l'inverse, plus les unités administratives sont petites et plus la population est homogène, plus il est probable que les excès de la démocratie restent limités. Les gens qui se connaissent personellement ou se sentent liés les uns aux autres sont moins enclins à se voler et à s'opprimer les uns les autres".

 

Cette démythification est nécessaire et montre que la démocratie est intrinsèquement collectiviste:

 

"Les gens dans une démocratie se tournent naturellement vers l'Etat pour qu'il prenne soin d'eux."

 

Les hommes politiques, pour avoir la faveur des électeurs, jettent de l'argent sur les problèmes, réglementent à tout va et créent des commissions pour mettre en oeuvre leurs règles et réglementations. Il ne faut pas s'étonner que les bureaucraties fleurissent, que les parasites qui doivent leur existence à l'Etat pulullent, que les hommes politiques soient saisis par la mégalomanie et que des citoyens toujours plus nombreux deviennent des assistés.

 

L'Etat-providence encourage ceux qui en profitent et décourage ceux qu'il spolie. Le nivellement se fait par le bas. "Les désaccords privés sont continuellement transformés en conflits sociaux". "Tout le monde se sent poussé et encouragé à imposer sa vision du monde aux autres". Les hommes politiques ont une vue à court terme, celui de leurs échéances électorales et dépensent sans compter pour être réélus. L'argent manque? Ils augmentent les impôts, puis empruntent, enfin font tourner la planche à billets, c'est-à-dire pratiquent le vol légal d'une manière ou d'une autre.

 

Le mécontentement est général. Plus personne n'a confiance. Peu de gens remettent en cause l'origine principal des maux qu'ils subissent, la nature collectiviste de la démocratie. La situation est mûre pour l'appel à l'homme providentiel, au dictateur bienveillant:

 

"Fini les débats sans fin, l'indécision, la querelle , l'inefficacité. Mais ce serait une bien mauvaise affaire. Nous recevrions l'ordre public, c'est vrai. Mais le prix serait la fin de la liberté, du dynamisme et de la croissance."

 

Il existe une autre voie, celle de la décentralisation du pouvoir et de la liberté individuelle:

 

"La décentralisation, contrairement à la démocratie nationale, est un système de "vivre et laisser vivre". Alors laissons fleurir un millier de nations.

La diversité dans la gouvernance implique que les gens peuvent décider plus facilement sous quel système ils souhaitent vivre."

 

Les auteurs donnent l'exemple de la Suisse avec ses vingt-six cantons, ses 2'900 communes, ses impôts versés majoritairement au niveau cantonal et communal, et non pas fédéral, ses différentes réglementations qui se font concurrence, sa non-appartenance à l'Union européenne.

 

La Suisse est en effet "un pays qui réussit très bien":

 

"Au niveau mondial elle est dans le peloton de tête en termes d'espérance de vie, de niveau d'emploi, de bien-être et de prospérité. Elle est l'un des rares pays au monde qui n'a pas connu de guerre depuis plus d'un siècle. Malgré l'existence de quatre langues (allemand, français, italien et romanche), il y a beaucoup d'harmonie sociale."

 

Les auteurs ne préconisent pas la Suisse "comme un idéal ou comme la seule option":

 

"Mais c'est un exemple qui montre comment le pouvoir décentralisé pourrait fonctionner et comment il conduit à une baisse des impôts et à une plus grande liberté individuelle."

 

Pour les auteurs la société idéale serait la suivante:

 

"En fait, notre société idéale et libre serait semblable au modèle sur lequel est basé Internet. Avec Internet quelques règles s'appliquent. Elles sont simples à respecter. Pour le reste, chacun peut participer à sa guise."

 

Transposé, cela donne:

 

"Dans une société libre, la règle principale est de ne commettre ni fraude, ni violence, ni vol. Tant que les gens s'en tiennent à cette règle, ils peuvent offrir tous les services, y compris ceux qui sont considérés comme des "services publics". Ils peuvent également créer comme ils l'entendent leurs propres communautés - monarchiste, communiste, conservatrice, religieuse ou même autoritaire, pour peu que leurs "clients" adhèrent volontairement et pour peu qu'ils laissent les autres communautés tranquilles."

 

Cette société libre serait contractuelle:

 

"Une société devrait être fondée sur des contrats où les droits sont respectés et où toutes les parties savent à quoi s'en tenir."

 

Les auteurs sont confiants et pensent que leur société idéale n'est pas utopique. Ils placent leur espoir dans la technologie pour y parvenir:

 

"En réalité, la technologie est la véritable force de démocratisation, bien plus que le système démocratique lui-même."

 

Ils appellent de leurs voeux la constitution de petites unités administratives:

 

"Nous croyons que l'Etat-nation et la démocratie qui va avec sont des institutions du XXe siècle, pas du XXIe siècle. Le chemin vers l'autonomie et l'autogouvernement continuera, mais il ne passera pas par les larges démocraties. Il passera par la décentralisation et par l'organisation des personnes en plus petites unités administratives, conçues par les gens eux-mêmes."

 

Le préalable se trouve dans leur conclusion:

 

"Il est temps de nous libérer de la tyrannie de la majorité. Nous n'avons rien à perdre, à part les chaînes qui nous lient les uns aux autres."

 

Francis Richard

 

Dépasser la démocratie, Frank Karsten et Karel Beckman, 144 pages, Institut Coppet

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 21:50

Incorrect H16Il n'est vraiment pas correct ce petit dictionnaire. Son usage est fortement déconseillé à ceux qui portent à gauche et à celles qui penchent à gauche.

 

Les auteurs ont en effet décidé d'offrir les mots qui manquaient à ceux qui veulent se lâcher, notamment en public, sans se laisser intimider par un quelconque groupe de pression.

 

Ils ont donc fourni avec ce petit dictionnaire "une solide batterie de termes idoines pour appeler "un chat, un chat", sans que celui-ci ne vienne miauler sa désapprobation".

 

Ce petit dictionnaire délectable comprend 76 entrées. Il s'agit de néologismes qui ressemblent comme des frères à de vieux mots ayant perdu de leur jus à force de les presser à tort et à travers.

 

Chaque terme, qui étrille le socialisme sous toutes ses formes, est ainsi formé de jeu de mots laids, ce qui paradoxalement en fait toute leur beauté. Ce qui ne ravira pas, on s'en doute, les socialistes de gauche, de droite, d'ailleurs et de nulle part.

 

Chaque terme peut avoir plusieurs sens, suivant le contexte et le domaine d'application, qui sont au nombre de 48. Ce petit dictionnaire a donc beau être petit, il est riche - le vilain mot - et costaud.

 

Comme il se doit, pour un dictionnaire digne de ce nom, les termes sont rangés dans l'ordre alphabétique. Ils sont illustrés par une vaillante image à gauche et par un texte incorrect à droite.

 

Pour chaque terme idoine, une citation d'un auteur émerite, tout aussi idoine, vient en renforcer l'acception générale, pour ceux qui auraient du mal à se familiariser avec le monde complexe de la Fraônce, autrement dit de la Socialie.

 

Pour vous donner un aperçu de ce petit dictionnaire et vous mettre un peu en appétit, je me suis permis - j'espère que les auteurs ne m'en voudront pas - de prendre quatre termes au hasard. Il en restera tout de même encore 72 à découvrir...

 

Autruchien

 

Nom commun masculin

 

I. (Communic.) Intellectuel volatile qui refuse de regarder les problèmes en face.

 

Exemple: économiste autruchien

 

* La politique de l'autruche est respectable: tout dépend de ce qu'il y a dans le sable. - [Didier Van Cauwelaert]

 

La photo représente un homme à genoux, pantalon noir et chemise blanche, mains bien à plat sur le sol et la tête dans le sable.

 

Dressement reproductif

 

Concept socialiste fraônçais (2012).

 

I. (Communic.) Erection économique conceptuelle médiatiquement orchestrée.

II. (Polit. éco.) Nouvelle pompe à subventions publiques pour redresser l'économie fraônçaise.

 

* Les érections de la pensée sont comme celles du corps: elles ne viennent pas à volonté. - [Gustave Flaubert]

 

La photo représente une pompe à vide de couleur rose.

 

Gréviculture

 

Nom commun féminin, euphémisme.

 

I. (Psychiat.) Tendance pathologique au recours à l'arrêt de travail pour en réclamer toujours plus en en faisant encore moins.

 

* Je n'ai jamais très bien compris pourquoi une journée de grève s'appelle une journée d'action. - [André Frossard]

 

La photo représente à gauche un homme sur le blouson duquel est collé l'inscription "Rêve Général" qui montre du doigt un tract en lettres rouges que lui tend un homme situé à droite, et qui pourrait être du Front de Gauche...

 

Prélavements (obligatoires)

 

Nom commun systématiquement pluriel.

 

I. (Méd.) (ConFisc.) Clystères constitutionnalisés

II (Physiol.) Action de purger le contribuable par le bas.

III. (Anglic.) Fisc-fucking.

Voir également Démocrassie.

 

* C'est au moment de payer ses impôts qu'on s'aperçoit qu'on n'a pas les moyens de s'offrir l'argent qu'on gagne. - [Frédéric Dard]

 

La photo représente une poire à lavement rouge avec un embout blanc.

 

Les termes de ce petit dictionnaire incorrect vont d'Absurdistan jusqu'à Zoocialisme. C'est dire toute l'étendue des ravages que ce livre peut faire et des décryptages de la langue de bois qu'il opère, tandis que, désormais, en France, elle "rugit à pleine puissance".

 

H16 sévit sur son blog h16free.com et sur des sites peu recommandables comme Atlantico.fr ou Contrepoints.org.


Son compère, Olivier Vitri "twitte aussi régulièrement que possible":

 

twitterlogo.png   @oliviervitri

 

 

Francis Richard

 

Petit dictionnaire incorrect mais vaillamment illustré, H16/Olivier Vitri, 164 pages, Les Belles Lettres

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 10:30

Peur-de-la-liberte-FALISSARD.jpgLe libéralisme n'a pas bonne presse. Certains médias en font même un fléau qui menacerait la planète. Rien de moins. Le mot de Talleyrand - "tout ce qui est excessif est insignifiant" - ne peut trouver meilleure application en la circonstance.

 

De deux choses l'une: dans le meilleur cas ces médias sont ignares, dans le pire ils sont de mauvaise foi. Ce qui n'exclut pas, après réflexion, qu'ils soient les deux. Ignares et de mauvaise foi...

 

Thierry Falissard a fait le pari de répondre à toutes les principales questions que vous vous posez sur le libéralisme sans recevoir de réponses justes, sinon honnêtes.

 

Dans un compendium de quelque 70 pages, qui se lisent en un peu plus d'une heure, il pose 21 bonnes questions sur le libéralisme et donne 21 bonnes réponses...

 

Ce texte d'initiation ne suffit évidemment pas pour bien connaître le libéralisme, qui est "multiforme tout en ayant sa propre cohérence", mais au minimum il remet les choses à l'endroit, avec l'espoir que le lecteur pris au jeu de la connaissance se laissera tenter par de plus amples développements.

 

A la fin de l'ouvrage Thierry Falissard dresse d'ailleurs une liste de 31 livres de référence qui pourront satisfaire la curiosité du lecteur. Ce sera d'autant plus facile pour lui qu'un certain nombre d'entre ces livres sont en libre accès sur Internet.

 

Résumer un texte aussi synthétique relève de la gageure. Mais, comme il faut enfoncer le clou, remettre cent fois l'ouvrage sur le métier pour contrecarrer la toute-puissante propagande anti-libérale, il n'est pas inutile de rappeler avec l'auteur quelques vérités.

 

Les libéraux sont pluriels, mais leurs nombreuses écoles de pensées ont un socle commun:

 

"Le concept de liberté est central, le consentement de l'individu est une exigence morale, et tout pouvoir de quelque espèce qu'il soit qui s'impose sans ce consentement est suspect si ce n'est illégitime."

 

Quelle liberté?

 

"Pour un libéral, la liberté positive, contrepartie de la liberté négative [ne pas nuire à autrui ou ne pas l'agresser], est la possibilité d'agir comme on l'entend dans le respect de la liberté d'autrui."

 

L'éthique libérale? 

 

Elle aboutit à l'énoncé de droits, "qu'on qualifie de "naturels", car ils ne tiennent qu'au fait qu'on soit un être humain", qui s'appliquent à tous les hommes, sans distinction - c'est l'égalité en droit -, et dont la liste est courte:

 

- droit à la vie

- liberté

- droit de propriété

 

Quel pouvoir est légitime?

 

Celui dont la seule fonction est de protéger le droit. Qu'importe la nature de ce pouvoir, pourvu qu'il assure justice et sécurité.

 

Les deux droits de liberté et de propriété ont pour corollaire la responsabilité:

 

"Chacun est responsable de ses actions, des décisions qu'il a prises, des obligations qu'il a contractées volontairement, des dommages (même involontaires) causés par lui-même ou sa propriété [...]. Liberté, propriété, responsabilité forment les trois piliers indissociables du libéralisme."

 

Quand la démocratie ne respecte pas les droits naturels, elle est critiquable du point de vue libéral, de même que le collectif:

 

"L'égoïsme bien compris de chacun le porte à coopérer avec autrui, ce qui rend inutile et incertaine (si ce n'est nuisible au plus haut point) toute théorie collectiviste."

 

Ainsi est-il liberticide de vouloir faire le bonheur des gens malgré eux.

 

Le droit de propriété est la seule limite à la liberté d'expression:

 

"Les idées et leur expression ne lèsent personne, sauf à admettre l'existence d'un improbable délit moral qui irait contre un "ordre moral" encore plus improbable."

 

Comme on vient de le voir, le libéralisme ne se réduit pas au libéralisme économique, il est avant tout une éthique:

 

"L'économie libérale découle des principes de liberté et de propriété, et de la possibilité d'échange libre dans le respect de ces principes: le laissez-faire ou libre-échange. On échange ce qu'on possède avec qui le veut bien."

 

Pour le libéral le marché n'est pas la réponse à tous les problèmes de société:

 

"En revanche, le marché, expression de la liberté et de la propriété, est pour lui ce qu'il y a de plus juste, dès lors qu'il n'est pas faussé par une intervention extérieure."

 

Les interventions extérieures qui faussent le marché?

 

- le protectionnisme

- les subventions à l'exportation

- les commandes publiques réservées aux nationaux

- les aides de toutes sortes aux entreprises

- les monopoles de droit imposés par un pouvoir etc.

 

Le capitalisme est-il libéral?

 

"Dans un certain sens, tout le monde est capitaliste, car chacun dispose de son popre capital humain."

 

Mais le capitalisme qui ne respecte pas le principe de non-agression n'est pas libéral. Il en est ainsi du capitalisme d'Etat, du capitalisme d'économie mixte (où prospère le capitalisme de connivence) et du capitalisme mafieux.

 

La propriété publique n'a pas de propriétaire précis ni de responsabilité. Pour un libéral, le seul moyen d'avoir un propriétaire réel et responsable est de désétatiser:

 

"Désétatiser ne signifie pas qu'on remplace un monopole public par un monopole privé. Cela signifie qu'on libère le marché, c'est-à-dire l'initiative privée, éventuellement par étapes, en commençant par une déréglementation."

 

Aux dernière questions du livre (sur la monnaie, la propriété intellectuelle, les dispositifs étatiques de protection sociale, les inégalités et la pauvreté, l'écologie), l'auteur donne les réponses libérales, toujours à la lumière des principes énoncés précédemment. Le lecteur intéressé par ces questions les lira avec profit...

 

Alors, faut-il avoir peur du libéralisme?

 

"Ce n'est peut-être pas tant le libéralisme qui fait peur, que la façon dont la société évolue, vers plus de complexité et d'incertitude, sans possibilité pour quiconque de la régenter, de la diriger autoritairement vers un objectif défini. Il ne sert à rien de regretter les servitudes rassurantes du passé. La peur de la liberté est-elle autre chose qu'une peur de soi-même?"

 

Même pas peur!

 

Francis Richard

 

Faut-il avoir peur de la liberté?, Thierry Falissard, 70 pages, Collectif La Main Invisible et Institut Coppet.

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:55

Modèle français CACCOMOAu commencement étaient deux voies, le socialisme et le libéralisme. Il n'y en avait pas de troisième.

 

Puis le socialisme prit la forme de l'Etat-providence et l'Etat-totalitaire apparut comme la troisième voie possible après le refus du socialisme et du libéralisme. Celui-ci devint alors la vraie troisième voie, celle qui marche, alors que les deux autres produisent toujours misère et désolation.

 

Dans son dernier livre, Le modèle français dans l'impasse, Jean-Louis Caccomo explique pourquoi le modèle français, dans l'impasse totale, est gros d'Etat-totalitaire.

 

L'Etat-providence est le problème et le libéralisme la solution, si l'on entend bien sûr par libéralisme ce qu'il est vraiment et non pas la caricature qui en est faite par les ignares et ceux qui les écoutent.

 

Dans le modèle français l'Etat se proclame infaillible. Il est le seul - miracle! - à être parfait dans un monde qui, comme la condition humaine, est imparfait.

 

Le marché est de ces imperfections que seul l'Etat infaillible peut corriger. Il le fait donc, détruisant par là même la concurrence (qui n'existerait pas si le marché était parfait) et, dans le même temps, les effets bénéfiques qu'elle produit en permettant à tout un chacun de faire l'apprentissage de ce qui marche et de ce qui ne marche pas.

 

Pour les ignares d'experts, l'Etat infaillible peut intervenir partout - santé, éducation, études, retraite etc.- parce qu'il détient un trésor caché, inépuisable. En réalité, les contribuables sont la source de ce prétendu trésor, et elle n'est pas intarissable. Car, quand la coupe est pleine, l'économie parallèle et l'émigration des personnes qualifiées se développent:

 

"Pour rendre artificiellement rare une ressource, il suffit d'en faire une matière fiscale."

 

Cette réalité, les ignares d'experts ne veulent pas la voir. Ils croient au Père Noël. Ils croient que l'Etat peut perdurer, même s'il est un panier percé: 

 

"Qui serait assez fou pour continuer à remplir avec un liquide précieux une baignoire percée? Les plus sensés couperaient le robinet pour pouvoir réparer ou même changer la baignoire. C'est ce qu'on appelle la réforme. D'autres plus inconscients vous diraient qu'il sufffit d'ouvrir encore plus le robinet pour maintenir le niveau et compenser ainsi les fuites. C'est précisément ce que disent les "experts" quand ils nous invitent à dépenser plus, à consommer plus pour soutenir la croissance!"

 

L'Etat régulateur infaillible, en imposant un contrôle des prix, des loyers, des salaires, en partageant autoritairement le travail, organise en fait la pénurie des produits, des logements, des qualifications, des emplois.

 

L'Etat, en voulant éradiquer toutes les inégalités, conduit en fait à la ruine générale et à la misère. Qu'est-il pourtant préférable: d'être tous pauvres ou qu'une partie toujours plus grande ne le soit plus, même si c'est de manière inégale?

 

Les "experts", et ceux qui les écoutent, dans le meilleur des cas, ont oublié les lois économiques, sinon ils les ignorent, tout simplement.

 

Ainsi, apparemment, ils ne savent pas - confondant l'effet et la cause - que c'est le travail de l'homme qui transforme des ressources naturelles en richesses économiques et que, si l'homme cesse de travailler, les richesses s'épuisent. Elles ne sont jamais acquises pour toujours. Une partie des richesses est détruite dans la consommation, une autre est disponible pour l'investissement, qui va permettre de créer d'autres richesses.

 

Or, tous ces beaux esprits incitent les Français à ne pas travailler en leur accordant des droits sociaux, qui sont de faux droits, et en leur garantissant par là-même un minimum de subsistance:

 

"La génération de 68 a hérité de l'effort accumulé par les précédentes générations durant les trente glorieuses, lesquelles ont rempli le grenier du pays, grenier dilapidé pendant les trente "piteuses" par les générations qui ont cru pouvoir consommer et jouir des droits sociaux sans produire et sans travailler."

 

Maintenant que le grenier est dilapidé, les Français, encouragés par leurs soi-disant élites, croient qu'ils sont les victimes du fonctionnement injuste de l'économie et persévèrent dans l'erreur - qui, à force, en devient diabolique - que l'Etat est la panacée de tous leurs maux et qu'il détient ce fichu trésor caché:

 

"Tout le monde est pour le maintien, voire l'extension du service public mais personne ne veut payer d'impôts. Tout le monde aspire à toucher des retraites correctes mais personne n'est prêt à supporter de nouvelles augmentations de charges. Tout le monde veut une école de qualité et une université de haut niveau mais personne ne veut mettre la main à la poche."

 

Pour justifier l'intervention de l'Etat infaillible, la droite et la gauche invoquent les défaillances du marché. Ils font du marché un "être mystique qui manipule les hommes". Ils se fourvoient complètement:

 

"Le marché, c'est ce qui émerge spontanément si on laisse les gens libres d'agir. Et les gens veulent être libres d'agir. C'est pourquoi ceux qui se battent contre le marché se battent en vain, car ils se battent contre eux-mêmes."

 

Les gens se trompent. Et alors? Ils apprennent. Tout choix comporte un risque. C'est dans la nature du choix. Il est impossible de faire un choix sans faille. S'ils vont trop loin dans l'erreur, la sanction c'est la faillite. Ils évoluent. Ils sont obligés d'évoluer.

 

Rien de tel avec l'Etat:

 

"Les responsables politiques sont sans doute les seules personnes qui peuvent prendre des décisions sans se demander, par avance, si on pourra les financer, si on pourra en supporter les conséquences."

 

D'où la nécessité de limiter leurs responsabilités.

 

De plus:

 

"Le contrôle et la planification ont pour effet de bloquer généralement toute évolution. C'est ce qui rend le changement dans la fonction publique très difficile sinon impossible. La planification est soucieuse d'ordre social et de contrôle social parce que l'on ne peut planifier que ce qui se répète immuablement."

 

C'est l'impasse, totale.

 

Alors, pour en sortir, il faut rappeler d'où viennent croissance et prospérité.

 

La croissance suppose que tous les individus aient les mêmes droits et les mêmes devoirs - ce qui est remis en cause par la multiplication des faux droits que sont les droits sociaux, "fondés sur la défense d'intérêts prétendus collectifs":

 

"C'est [...] la possibilité de bénéficier de droits sociaux sans aucun effort en contrepartie, et donc sans avoir nullement cotisé, qui constitue un attracteur sans pareil dans le monde aux yeux de millions d'individus qui vivent dans des conditions misérables chez eux."

 

Le résultat est mirifique:

 

"Les actifs [qui sont de moins en moins nombreux], découragés, quittent le territoire tandis que les assistés du monde entier trouvent un refuge inespéré en France."

 

La prospérité ne tombe pas du ciel. Elle vient de l'épargne et de l'accumulation de capital, de l'échange et de l'innovation, "tous ces phénomènes étant liés entre eux dans une dynamique qui est précisément l'objet d'étude principal de la science économique."

 

Or, l'Etat-providence s'y oppose:

 

"L'augmentation des charges réduit l'intérêt d'embaucher pour les entreprises, et l'intérêt d'aller travailler pour celui qui perçoit des aides sociales."

 

Cette impasse du modèle français fait le jeu des extrémismes de droite comme de gauche et la tentation totalitaire reprend du poil des bêtes immondes que furent le national-socialisme et le communisme.

 

Alors la seule voie qui reste possible est la troisième, le libéralisme, après l'Etat-providence et l'Etat-totalitaire. Alors le seul ordre possible est l'ordre spontané, qui n'est ni l'ordre naturel des conservateurs ni l'ordre construit des révolutionnaires:

 

"La prospérité est aussi fragile que les droits individuels sur lesquels elle repose. Mais elle est encore plus fragile et toujours plus hypothétique quand l'Etat, oubliant sa mission originelle et ses devoirs essentiels, devient lui-même le fossoyeur de notre liberté."

 

Francis Richard

 

Le modèle français dans l'impasse - Recette pour une troisième voie qui marche, Jean-Louis Caccomo, 252 pages, Tatamis

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 13:00

Chômeurs ou esclaves SIMONNOTVous êtes-vous demandé pourquoi les Français sont les plus grands consommateurs d'antidépresseurs au monde? Le dernier livre de Philippe Simonnot apporte un élément de réponse à cette lancinante interrogation.

 

En effet les Français auraient une vision du monde à nulle autre pareille. Leur dilemme dans la vie serait d'être ou chômeurs, ou esclaves. Une vision enthousiasmante, à tous points de vue. Encore que.

 

Au tout début de son livre Philippe Simonnot pose les termes du problème: le chômage en France augmente inexorablement depuis trente ans, par paliers succcessifs, sans jamais redescendre, par effet de cliquet:

 

"Le chômage en France, de fait, est devenu un mode de régulation de la crise sociale. Les chômeurs sont silencieux, ayant honte de leur état, ils descendent peu dans la rue, ils n'ont aucun moyen de pression. Outsiders par excellence, ils ne sont défendus par personne; de plus, la menace du chômage pèse sur l'ensemble des salariés et fait qu'ils se tiennent cois comme des esclaves."

 

Comment a-t-on pu en arriver là?

 

En France tout le monde, ou presque, est anticapitaliste, même les patrons, qui n'osent pas s'affirmer comme tels. Il faut dire que les Français, dans leur grande majorité, conçoivent les patrons comme des exploiteurs, des spéculateurs, guidés par la seule cupidité. Ils l'apprennent tout petits, à l'école, et ils écoutent sans broncher cette antienne jusque sur les bancs de la fac:

 

"Le peuple français est peut-être le peuple le plus inculte économiquement. Il reste le champion de l'anticapitalisme."

 

Il n'est pas étonnant que le premier d'entre eux, celui qui porte le nom d'un autre pays, n'aime pas les riches.

 

Cet anticapitalisme primaire, l'auteur le fait remonter au Code Civil de Napoléon dont les rédacteurs craignaient que le salariat ne rétablisse l'esclavage. Aussi dans leur grande incompétence, distinguaient-ils travail manuel, qui pouvait faire l'objet d'un échange marchand, et travail intellectuel, qui ne pouvait être rétribué que par des honneurs... Distinction intenable aujourd'hui.

 

A l'époque les auteurs du Code Civil pensaient que pour ne pas devenir esclaves il fallait que les salariés puissent résilier leur contrat de travail unilatéralement. Si le contrat était conclu ad vitam, c'était le retour à l'esclavage. De fait, le contrat à durée déterminée était donc considéré comme préférable au contrat à durée indéterminée, la liberté préférable à la sécurité...

 

Dans ce sillage beaucoup de juristes français ont perçu le salariat "comme une continuation plus ou moins civilisée de l'esclavage", qu'il convenait de dissimuler sous un habillage juridique fictif, Droits de l'Homme compatible, en distinguant deux personnes dans chaque salarié, l'homme libre et le salarié, et en corrigeant par des lois et des règlements étatistes tout ce qui pourrait porter atteinte à la première.

 

Conséquence du refus d'admettre l'existence d'un marché du travail (ou conséquence de le considérer comme une barbarie): "Chômage massif, décrochage industriel et déclassement sur le plan international.":

 

"Le chômage involontaire provient du fait qu'on ne laisse pas jouer librement l'offre et la demande sur le marché du travail."

 

Comment ce libre jeu de l'offre et de la demande est-il empêché? Par des interventions étatistes.

 

Le salaire minimum, Smic, qui s'applique uniformément en France, "sans distinction d'âge, de lieu, d'activité ou de profession", se situe "au-dessus du salaire qui s'établirait à la suite d'une libre confrontation de l'offre et de la demande de travail non qualifié", avec pour résultats mirifiques une augmentation de l'offre et une baisse de la demande, en conséquence un chômage massif et une proportion toujours plus grande de smicards.

 

De plus:

 

"En France, le salaire minimum est à l'origine d'un cercle vicieux qui s'auto-entretient: les hausses automatiques du Smic poussent à la désyndicalisation qui elle-même incite le gouvernement à donner des "coups de pouce" au Smic.".. (4% de syndiqués dans le privé et 17% dans le public...)

 

Le chômage volontaire est entretenu par les aides multiples de l'Etat:

 

"Le supplément de revenu qu'apporterait un emploi n'est pas suffisant pour faire abandonner les avantages de la situation de chômeur, même si ces avantages sont maigres. Dans certains cas même, retrouver un emploi ferait perdre de l'argent."

 

Les 35 heures obligatoires sont une application de l'idée que le partage du travail est le meilleur moyen de lutter contre le chômage:

 

"On sait aujourd'hui que les effets des lois Aubry ont été catastrophiques sur la place du travail et de l'effort dans la société, sans oublier l'augmentation du stress, des accidents du travail et l'appauvrissement du lien social au travail. L'accumulation de points de RTT dans le CET (compte épargne temps) est devenue un objectif, pour ne pas dire une obsession de tous les jours."

 

Et la création d'emplois s'est surtout faite dans "les entreprises de moins de 20 personnes non concernées par les 35 heures"...

 

L'interdiction du licenciement économique pour améliorer la rentabilité d'une entreprise, a pour but de bloquer la destruction d'emplois et se traduit en fait par le blocage de la croissance ("qui détruit des emplois à peu près autant qu'elle en crée") et de la création d'emplois:

 

"Une entreprise ne peut licencier qu'au bord de la faillite. Si ce n'est pas le cas, toute débauche est considérée comme scandaleuse et profitable seulement aux capitalistes."

 

Face au manque de flexibilité du marché du travail les CDD, qui devraient être l'exception, et le statut d'auto-entrepreneurs sont des parades dérisoires pour le fluidifier...Les entreprises françaises, pour ne pas sombrer, n'ont d'autres possibilités que d'embaucher des immigrés, notamment en provenance d'Europe centrale, de délocaliser ou de substituer du capital au travail...

 

Le chômage continuera donc d'augmenter en France, inexorablement. Et n'y changera rien, au contraire, la création "d'emplois bidons subventionnés sur fonds publics qui transformeront de vrais chômeurs en faux travailleurs aux frais du contribuable"...

 

Un nouveau palier sera seulement franchi:

 

"A préférer le chômage à l'esclavage, beaucoup de nos concitoyens [...] amplifient la terreur d'être virés dans le camp de ceux qui ont encore un emploi [qui doivent travailler pour tous les autres]. De sorte que plus il y a de chômeurs, et plus il y a d'esclaves, et plus il y a d'esclaves, plus il y a de chômeurs."

 

Francis Richard

 

Chômeurs ou esclaves - Le dilemme français, Philippe Simonnot, 112 pages, Pierre Guillaume de Roux

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 22:35

Libres MAIN INVISIBLEDans quelques mois nous disposerons des chiffres de 2012 relatifs aux comptes des administrations publiques françaises. Ils seront certainement bien pires que ceux de 2011 et meilleurs que ceux de 2013.

 

En 2011, la dette publique s'élevait à 1 717, 3 milliards d'euros, soit 78,8% du PIB et le déficit de l'ensemble des administrations publiques à 103,1 milliards d'euros, soit 5,2% du PIB, dont 87,2 milliards pour le seul Etat.

 

Ce déficit de 87,2 milliards d'euros - ce que personne ne dit et qui est beaucoup plus parlant - représente plus de 21% des dépenses de l'Etat (414 milliards d'euros) et près de 27% de ses recettes (326,8 milliards d'euros)...

 

Les administrations publiques françaises ont dépensé en 2011 56% de la richesse nationale et le taux de chômage était de 9,8%. Oppression et inefficacité...

 

En 2012 tous ces records de l'Etat providence ont été battus et ils devraient encore être battus en 2013. Les catastrophes se profilent à l'horizon. Mais à part ça, tout va très bien, Madame la Marquise...

 

Il est loin le temps où Michel Audiard, par la voix de Jean-Paul Belmondo, dans La chasse à l'homme (1964) d'Edouard Molinaro, disait:

 

"Deux milliards d'impôts nouveaux [et ce n'était que des milliards de francs...]! Moi, j'appelle plus ça du budget, j'appelle ça de l'attaque à main armée!"...

 

Les électeurs français, déçus à juste titre par Nicolas Sarkozy, ont voulu changer de monture et l'ont remplacé par François Hollande. En fait ils n'ont rien changé:

 

"C'est là le drame des électeurs d'une sociale-démocratie. Convaincus que l'homme est mauvais, que seule l'action de l'Etat est à même d'oeuvrer dans le sens de l'intérêt général, ils placent tous leurs espoirs en elle. Mais lorsque les solutions s'avèrent pires que le mal qu'elles prétendaient combattre, lorsque les échecs s'enchaînent, les électeurs déçus n'envisagent pas un instant de remettre en cause leur foi en l'action publique: ils reprochent au gouvernement d'avoir mis en oeuvre les mauvaises solutions ou de n'avoir pas agi avec assez de vigueur et lui cherchent un remplaçant." (Georges Kaplan, Assoiffés de pouvoir)

 

Les électeurs voient que ça ne marche pas. Ils ne voient pas que l'Etat n'est pas la solution, mais le problème...

 

Pourquoi? Parce que l'Etat joue tous les rôles à l'exception de ceux qui pourraient justifier son existence, notamment celui de protéger l'individu de la coercition, de l'oppression, de l'action collective.

 

C'est ainsi qu'au lieu de rendre la justice, il s'occupe de justice sociale:

 

"La justice sociale viole les principes de justice. Pour que l'apparence de la société soit ceci plutôt que cela, la place des individus doit être fixée - ou a minima favorisée ou défavorisée. C'est-à-dire que les lois ne doivent plus être justes, sans autre objectif que de rendre à chacun son dû ou ses responsabilités, mais forgées en vue d'un objectif précis sur la situation des individus après l'application de la loi, sans considération particulière pour les responsabilités ou les droits de chacun." (Daniel Tourre, La justice sociale)

 

C'est ainsi qu'au lieu de rendre hommage aux fourmis il récompense les cigales en leur accordant des subventions:

 

"Pourquoi l'entreprise plus performante devrait-elle être pénalisée? Pourquoi, si un secteur économique est naissant, et même "écologique", devrait-il être subventionné? Si sa performance est si claire, son intérêt pour tous si évident, que ne trouve-t-il les moyens de son financement, comme n'importe quel secteur économique?" (Guillaume d'Urval, Les subventions)

 

C'est ainsi qu'au lieu de se contenter de faire respecter les droits naturels, il devient bouffi de pouvoir, réglemente à tours de bras et favorise le lobbying du capitalisme de connivence:

 

"Pour diminuer le lobbying, il faut limiter le pouvoir de l'Etat: on n'influence pas quelqu'un qui n'a aucun pouvoir. Pour le réformateur, l'intensité du lobbying est un excellent indicateur de la localisation du pouvoir à limiter. Pour l'élu, sa compréhension offre une opportunité de rendre populaires nos idées en soulignant de façon intelligente le capitalisme de connivence et le parasitisme réglementaire." (Alex Korbel, Le lobbying)

 

C'est ainsi qu'au lieu de défendre la propriété privée, il vole les épargnants en faisant tourner la planche à billets:

 

"Comment a-t-on pu s'imaginer que tout cet argent obtenu facticement puisse vraiment surgir de nulle part sans qu'un jour personne n'ait à le payer? Comment faire comprendre aux épargnants que l'émission infondée de monnaie leur fait payer au centime près (via l'inflation qui s'ensuit) le défaut de paiement des Etats?" (Nicolas Houtrique, L'Etat, faux-monnayeur permanent)

 

C'est ainsi qu'au lieu d'obtenir réparation pour les victimes, il met au chaud criminels et délinquants:

 

"Le fait d'axer le châtiment sur la réparation est à l'opposé de notre système actuel. Dans notre système judiciaire, dans un délit comme le vol, le voleur sera poursuivi par les services de l'Etat puis condamné à de la prison aux frais du contribuable, c'est-à-dire partiellement aux frais de la victime à travers ses impôts. Victime qui restera orpheline de son bien ou de son remboursement." (Christophe Ozimek, Le droit "punisseur")

 

C'est ainsi qu'au lieu de protéger les biens et les personnes, il s'en prend à l'automobiliste, sa vache à pétrole préférée - c'est plus facile:

 

"En dix ans, le nombre des atteintes à l'intégrité physique des personnes a presque doublé. Ne devrait-il pas être la première mission de la police de protéger les citoyens des violences physiques? Eh bien non. Pendant que vous craignez pour votre sécurité ou celle de vos proches, les forces de l'ordre sont à l'action pour faire diminuer les statistiques de la sécurité routière et par-là même remplir les caisses de l'Etat grâce à l'ensemble des recettes fiscales, provoquées par les procès-verbaux que vous payez pour les stationnements gênants, l'absence de ceinture, le portable ou les excès de vitesse." (Christophe Chalvignac, Vivre sous la coupe policière)

 

C'est ainsi qu'au lieu de dire les choses comme elles sont, il se fait marchand d'illusions, c'est-à-dire menteur:

 

"Pervertir le sens des mots, leur donner une deuxième définition, est un des moyens de l'illusionniste étatique. La "solidarité" n'est plus volontaire, et devient, en fait, une contrainte étatique de spoliation. Le "principe de précaution" n'est plus synonyme de "prudence". Il devient, en fait, un principe  constitutionnel d'arbitraire et d'irresponsabilité de l'Etat. La "comptabilité nationale" considère que toute dépense produirait une valeur égale à la dépense. Elle est ainsi conçue pour falsifier toute estimation de valeur." (Gérard Dalardot, L'Etat illusionniste)

 

Bref l'Etat, au lieu d'être utile, est nuisible. Il est fort avec les faibles et faible avec les forts. Il érige l'irresponsabilité en système. Michel Audiard, toujours lui, disait:

 

"L'Etat ne participe jamais aux catastrophes, il participe toujours aux bénéfices."

 

Le problème est que c'est lui qui provoque les catastrophes et qu'il n'est jamais pour rien dans les bénéfices.

 

Francis Richard

Libres!, collectif de La Main Invisible, 100 auteurs, 100 idées, 382 pages

Rappel des épisodes précédents:

"Libres !" du collectif La Main Invisible (1/6) : "Le libéralisme: les principes" du 10 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (2/6): "Mon travail, mon argent" du 17 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (3/6): "Mes enfants, notre avenir" du 24 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (4/6): "Ma vie, ma décision" du 31 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (5/6): "Mes risques, ma protection" du 7 février 2013

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:25

Libres MAIN INVISIBLEDans le milieu, on parle de protection. On entend par là le fait de rançonner quelqu'un, la plupart du temps un commerçant, en lui promettant de protéger ses propriétés et de le défendre contre d'autres prédateurs.

 

Eh bien, l'Etat providence, plus familièrement appelé Etat nounou, assure la protection de ses administrés de manière analogue, moyennant le paiement d'impôts toujours plus sonnants et plus trébuchants.

 

Les hommes de l'Etat inventent des menaces contre lesquelles il se présente alors comme le meilleur des protecteurs. Ces menaces créées de toutes pièces relèvent de deux catégories:

 

"D'une part, une menace extérieure, désignée habituellement par "la mondialisation". On la connaît bien et l'Etat est très fier de la combattre. Elle se nomme tour à tour: Chinois, traders, finance internationale, multinationale. D'autre part, une menace intérieure selon laquelle l'ennemi serait... nous-mêmes. L'Etat prétend en effet que les individus seraient incapables de gérer correctement leurs retraites, leur assurance-maladie, pas plus que l'éducation de leurs enfants." (Alain Cohen Dumouchel, Protéger, c'est desservir)

 

Les libres sont contre cette pseudo-protection qu'est le protectionnisme:

 

"D'une part, il peut être considéré comme un privilège instauré au profit d'une personne au détriment de la liberté de vendre d'un concurrent. D'autre part, il constitue une restriction à la liberté de choix du consommateur. Vous pourriez, par exemple, acheter un produit de choix de bonne qualité - sauf bien sûr à un prix surévalué." (Jean-Philippe Paile, Tous différents, tous égaux)

 

Les Français, puisqu'il s'agit d'eux, pourraient très bien gérer leur retraite eux-mêmes:

 

"Pourquoi jugerait-on le citoyen suffisamment mature et autonome pour pouvoir voter et influer sur l'avenir du pays, mais pas [...] pour se constituer une épargne-retraite et cotiser à un fonds de pension?" (Thierry Falissard, La Sécurité Sociale mise en concurrence)

 

Ou pourraient très bien gérer eux-mêmes leur assurance maladie:

 

"Les Français, qui savent choisir un abonnement téléphonique ou le contrat d'assurance de véhicules à moteur qui leur convient, sont tout à fait capables de choisir leur assureur maladie et le contrat qui va avec. Ils sont capables d'en changer s'il ne leur convient pas et ce, au bénéfice de leur pouvoir d'achat." (Guy-André Pelouze, Système de soins)

 

Seulement, en dépit de l'Acte unique européen de 1992, qui les abolissait, les monopoles sociaux ont la vie toujours aussi durable en France. Ils se portent mal - ce sont des puits sans fonds -, mais ils se maintiennent en dépit du bon sens et à la faveur d'un endettement abyssal:

 

"Une mise en concurrence des assurances santé ferait rapidement baisser les prix, rendrait chacun plus responsable. Chaque Français toucherait son salaire réel (le salaire brut plus les charges) et devrait par la suite arbitrer entre des assurances privées mises en concurrence." (David Attia, Les monopoles)

 

Mais il n'en est évidemment pas question. A quoi servirait l'Etat et les hommes qui en vivent?

 

A rendre la justice?

 

"Petit à petit le droit de se défendre s'est mué en droit d'attaquer préventivement [...]. Tout se passe comme si nos sociétés avaient oublié le sens même de victime et d'agresseur pour ne plus fournir qu'au second un droit exorbitant de se défendre de toutes les façons possibles, et au premier, le droit de subir, aussi silencieusement que possible." (Henry Trèsétroy, Le droit de se défendre)

 

Seulement l'Etat hypertrophié n'a aucun intérêt à défendre les vraies victimes. Au contraire:

 

"L'agresseur le plus puissant, potentiellement et dans les faits, étant l'Etat, on comprendra sans peine que ce dernier ait tout intérêt à limiter autant que possible les capacités des victimes qu'il entend contrôler." (Henri Trèsétroy, Le droit de se défendre)

 

L'Etat, un agresseur?

 

Oui, puisque, par la contrainte et en dépit du droit, il appauvrit tout le monde en pratiquant la solidarité forcée et en tuant, par là même, la fraternité spontanée entre les hommes:

 

"Lorsque l'on regarde de plus près les chiffres, on s'aperçoit que le niveau des dons - monétaires - par pays est inversement proportionnel à leur niveau d'imposition [...]. Nous revenons là au problème de la limite qu'engendre un système d'entraide géré par l'Etat. En créant plus d'impôts et de taxes, celui-ci entrave la création de richesse et sa redistribution spontanée. Le système à long terme [...], après avoir appauvri de manière continue chaque individu, devra alors répondre à une demande d'aide croissante qu'il ne sera plus en mesure de financer, même à crédit, condamnant d'avance les pauvres de demain...pourtant peut-être contributeurs aujourd'hui." (Nelly Champion, Lutter contre la misère)

 

Oui, puisque, par la contrainte et en dépit du droit, il réglemente le sol, provoquant par là même des bulles immobilières:

 

"Dans les Etats ou cités qui ont conservé l'urbanisme libre qui prévalait au début du XXe siècle, où un terrain est constructible par défaut, une bulle ne peut se former [...]. En revanche, toutes les villes dotées de "zonages" ou "plans de croissance maîtrisée", où un terrain est gelé par défaut, où sa constructibilité dépend du bon vouloir des administrations locales, ont vu les prix des logements exploser, au détriment du niveau de vie de leurs populations modestes et ont concentré 80% des pertes immobilières du secteur financier." (Vincent Bénard, Foncier réglementé, familles mal logées)

 

Oui, puisque, par la contrainte et en dépit du droit, il planifie la gestion de l'environnement - "les plus grandes catastrophes écologiques sont principalement le fait d'Etats à l'économie centralisée":

 

"Aux antipodes du modèle dogmatique, alarmiste, culpabilisant, infantilisant, contraignant, restrictif et contre-productif de l'écologisme dominant, l'écologie de marché est une réponse réaliste, sereine, optimiste, humaniste et progressiste aux défis environnementaux actuels et futurs. Du libéralisme elle reprend une institution juridique (la propriété), trois valeurs (la liberté, la responsabilité et la diversité) et une dynamique (la croissance)." (Corentin de Salle, L'écologie de marché)

 

Etc.

 

L'Etat nounou se présente comme un ami qui vous veut du bien.

 

Pour votre bien, il prétend vouloir vous protéger, alors qu'en réalité il s'en prend à vos propriétés au lieu de les défendre, en vous en soustrayant une part toujours plus grande, pour la dilapider.

 

Pour votre bien, il réglemente tout au lieu de faire respecter vos droits naturels et de faire respecter les droits naturels d'autrui, et faillit à sa tâche de rendre justice.

 

Pour votre bien, il planifie votre existence et vous infantilise au lieu de vous considérer comme des êtres de coeur et de raison, responsables et capables de se gérer eux-mêmes.

 

Je mets un tel ami dans le même panier que tous ces amis qui se prétendent mes amis pour mieux me faire du tort. Et, pensant à l'Etat et à eux, je m'unis à la prière de mon saint patron, François d'Assise:

 

"Mon Dieu, protégez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge."

 

De demander la protection du Seigneur - la seule protection à laquelle je consens - ne m'empêche pas, bien sûr, d'agir et de lutter de toutes mes forces pour la liberté, la mienne et celle des autres.

 

Francis Richard

Libres!, collectif de La Main Invisible, 100 auteurs, 100 idées, 382 pages

 

Rappel des épisodes précédents:

 

"Libres !" du collectif La Main Invisible (1/6) : "Le libéralisme: les principes" du 10 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (2/6): "Mon travail, mon argent" du 17 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (3/6): "Mes enfants, notre avenir" du 24 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (4/6): "Ma vie, ma décision" du 31 janvier 2013

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:30
Libres MAIN INVISIBLELa quatrième partie de Libres!, intitulée Ma vie, ma décision, parle de la liberté de l'individu en société, parle de l'égalité en droits de tous les êtres humains.
 
Pour les libéraux la Droite et la Gauche sont incohérentes parce que, chacune à sa manière, elle essaye de concilier deux objectifs inconciliables:
 
"D'un côté, l'Etat devrait défendre la liberté individuelle; mais, d'un autre côté, il devrait promouvoir le bien public." (Jérémie Rostan, La morale, une affaire individuelle)
 
Seule l'approche libérale est cohérente.
 
La Droite certes défend les libertés économiques et sociales, mais demande à l'Etat de protéger les valeurs traditionnelles.

La Gauche certes défend la liberté de chacun de vivre sa vie comme il l'entend, mais demande à l'Etat d'intervenir dans l'économique et le social.
 
Quel que soit le domaine l'approche libérale se résume à dire: "C'est ma vie!", c'est-à-dire à privilégier l'individu:

"Si "c'est ma vie", alors je suis propriétaire de moi-même, de mon corps et de ses facultés, ainsi que du résultat de leur exercice, et il est donc immoral d'intervenir dans mes choix, que ce soit "pour mon bien", ou pour me forcer à "bien agir" à moins, comme le notait Kant, que mes actes ne violent eux-mêmes la propriété de soi d'autrui." (Jérémie Rostan, La morale, une affaire individuelle)

L'expression individuelle est appauvrie en cas de limitation par la loi:

"La faille principale de cette limitation est l'appauvrissement du champ des possibles auquel peut s'ouvrir l'esprit humain, et par conséquent, de la concurrence entre les différentes opinions qui se présentent à lui." (Kevin Mailly, La passion de la raison)

L'immigration individuelle est bénéfique:
  
"Une immigration libre ne saurait être néfaste, tant pour l'individu lui-même que pour la société qu'il intègre, malgré les virulents poncifs protectionnistes." (Grégory Perrachon, L'immigration)

Seulement les immigrés ne peuvent-ils pas être incités à débarquer en nombre parce qu'ils sont "en quête d'oisiveté et d'argent public facile"? 

"S'il y a incitation à venir immigrer pour les raisons susnommées, c'est seulement du fait de l'Etat providence et des différentes politiques socialistes qui l'ont développé." (Grégory Perrachon, L'immigration)       
 

La nature de la nation est individuelle: 

 

"La nature de la nation est en fait individuelle, et non globale. Sa nature est culturelle, historique, linguistique et autres, mais il s'agit de la culture, de l'histoire et de la langue d'un individu, de chaque individu, et non d'un groupe, forcément indéfini. Chacun a son histoire et c'est son vécu qui crée le sentiment d'appartenance dite "nationale"." (Stéphane Geyres, La nation individualiste)

Si l'individu doit pouvoir vivre sa vie comme il l'entend, alors il peut faire usage de drogue s'il en a envie:

 

"Soyons réalistes: une consommation ponctuelle et maîtrisée n'est probablement pas beaucoup plus dangereuse qu'un déjeuner abondant et bien alcoolisé." (Antoine Lagneau, L'usage de la drogue)

 

[Je ne suis pas convaincu que l'usage de toutes les drogues soit maîtrisable]

 

Il doit pouvoir cultiver son cannabis dans son jardin:

 

"Un adulte cultivant chez lui quelques pieds de cannabis pour son usage privé nuit-il à la société? Présente-t-il une menace pour autrui?" (Gilles Branquart, Production personnelle de cannabis)

 

Il doit pouvoir librement jouer de l'argent:

 

"Jouer de l'argent n'a rien d'obscène, ni de malsain. Chacun est libre de jouer ou de ne pas jouer, c'est un acte volontaire qui ne nuit pas à autrui." (Gilles Laurent, Le poker)

 

Il doit pouvoir détenir une arme, dont la dangerosité est réfutée par le jurisconsulte Cesare Beccaria en 1754:

 

"Le feu brûle, l'eau noie, pourtant personne ne songe à se priver de leurs immenses avantages. En désarmant les citoyens paisibles, l'interdiction de porter des armes ne profitent qu'aux malfaiteurs." (Jan Laarman, Aux armes citoyens)

 

Il doit pouvoir prendre des risques en toute connaissance de cause:

 

"Des primes de risque faibles et des assurances obligatoires (en dépit des nobles intentions qui les promeuvent) n'annulent pas les dangers. Elles créent au contraire l'illusion d'une absence de danger, et encouragent donc une prise de risques excessive [...]. Les prises de risques sont stimulées par des rémunérations élevées et freinées par l'ampleur des responsabilités que chacun devrait assumer en contrepartie. Seule cette conception du risque nous permet d'obtenir des indices fiables pour prendre des décisions raisonnables dans un monde incertain." (Marian Eabrasu, Le risque, une affaire individuelle)


Deux hommes libres se prononcent enfin, l'un sur le mariage civil pour tous, dont un projet de loi est débattu à l'Assemblée nationale française en ce moment, et l'autre sur l'euthanasie, dont un projet de loi sera débattu en juin prochain.


Le mariage civil pour tous a le soutien du premier, car:

 

"Les homosexuels méritent le même respect des pouvoirs publics que les autres. Ils ne doivent plus être des citoyens de seconde zone au nom de préjugés d'un autre âge, car la dignité de l'individu est la condition de la liberté." (Frédérick Carles-Font, Liberté, égalité... même pour les gays)

[Ma position personnelle est quelque peu divergente: le mot de mariage est utilisé par l'Eglise dès le XIIe siècle pour désigner le sacrement légitimant l'union entre un homme et une femme. Le mariage civil en est une singerie, créée par une loi étatiste de 1792. A partir de là est née la confusion entre les différentes composantes d'une union entre être humains que sont l'amour, le contrat et le sacré. L'amour profane n'a besoin ni de contrat, ni de sacré. Le contrat se passe fort bien d'amour et de sacré: c'est pourquoi je suis favorable à la liberté contractuelle pour tous et hostile au mariage civil, et à son terme même, pour quiconque. Quant au sacré, par définition, il ne peut pas être laïc; il ne peut être que religieux. C'est pourquoi le mot de mariage devrait, selon moi, être utilisé dans sa seule acception originelle: tordre le sens profond d'un mot en effet n'est que forgerie...]

 

L'euthanasie a le soutien du second, car:

 

"Le patient, la personne en fin de vie, doit être accompagné du mieux possible, avec tout le conseil et les soins humainement possibles. Un environnement chaleureux ainsi qu'une pharmacopée adaptée doivent être mis en place et les malheureusement trop rares unités de soins palliatifs sont la réponse à ces besoins. Mais il est clair qu'au moment où cette personne estime que l'heure de partir est venue, qu'aspirer à ne plus vivre devient une évidence, alors à cet instant-là, elle doit avoir la possibilité, le choix, de voir sa volonté exaucée." (Ulrich Genisson, Euthanasie: le droit au choix)

[A titre personnel, je regretterai toujours qu'une personne choisisse de se donner la mort ou de demander qu'on la lui donne, deux des aspects que revêt la culture de mort qui désolait Jean-Paul II]

Tout seul, comme un grand, je me suis collé l'étiquette de libéral, ne demandant rien à personne.

 

J'ai ma cohérence. Elle n'est peut-être pas tout à fait celle de l'approche libérale, comme l'entendent nombre de mes amis libéraux. Ils diront peut-être même que mon approche n'est ni libérale ni cohérente...

Avançant gentiment en âge, j'ignore si je deviens mûr. Alors Emil Cioran me console : "Heureux ceux qui ignorent que mûrir c'est assister à l'aggravation de ses incohérences et que c'est là le seul vrai progrès dont il devrait être permis de se vanter."

 

Je suis heureux surtout que Dieu me tienne dans son invisible main...

 

Francis Richard

 

Libres!, collectif de La Main Invisible, 100 auteurs, 100 idées, 382 pages 

 

 

Rappel des épisodes précédents:

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 23:45

Libres MAIN INVISIBLELa troisième partie de Libres ! est consacrée principalement à l'Education nationale française, qui se caractérise par de petits résultats au regard des gros moyens mis en oeuvre.

 

Alexis de Tocqueville, dans La démocratie en Amérique, avait anticipé la mise sous tutelle de la population française par l'Etat, destinée à la "fixer irrévocablement dans l'enfance". Il pensait que le dernier refuge de la liberté serait le cercle familial.

 

Tocqueville n'imaginait pas que ce cercle familial lui-même serait investi et que les enfants deviendraient des étrangers pour leurs parents, qu'ils seraient "éduqués par des fonctionnaires et retirés à [leurs] soins au nom du sacro-saint principe de précaution":

 

"La famille, déresponsabilisée à outrance par l'institution scolaire, des services sociaux, voire même du planning familial, des psychologues, des magistrats et j'en passe, est niée dans sa fonction institutionnelle de base auprès de l'enfant. Elle ne saurait, en tout cas, imposer des choix contraires à ceux des institutions publiques. Il est même devenu indiqué de faire des enfants les éducateurs de leurs propres parents quitte à les dénoncer au cas où les "droits de l'enfant" ne seraient pas respectés." (Xavier Collet, Dérives familiales de l'Etat-providence)

 

Le contributeur est gentil, me semble-t-il, quand il parle de dérives familiales de l'Etat-providence. N'est-ce pas une caractéristique des Etats totalitaires que de vouloir formater les enfants contre le gré de leurs parents? La méthode douce a certes remplacé la manière forte, mais le résultat est le même: il s'agit de fabriquer de bons citoyens, dociles et, dorénavant, assistés... Ce qui, heureusement, commence à susciter quelques résistances:

 

"De quelque bord qu'ils soient, ceux qui résistent accordent plus de prix à l'amour de leur enfant qu'à la drogue du conditionnement social. Fasse alors que ce soit dans la persécution de la famille que l'Etat-providence ait commis son Pearl Harbor." (Xavier Collet, Les dérives familiales de l'Etat-providence)

 

En attendant que les résistances s'organisent, il est nécessaire de dresser un constat:

 

"Autant la gestion matérielle est relativement décentralisée ["Les communes gèrent les écoles primaires, les départements les collèges et les régions les lycées"], autant le coeur de l'éducation reste fortement centralisé: méthodes, programmes et ressources humaines. L'idéologie égalitariste, influente dans la société française, impose que l'enseignement soit exactement le même d'un bout à l'autre de la France, pour prétendre donner à chacun la même chance de réussir. S'adapter et expérimenter en fonction de chacun? Il faut juste donner l'illusion au peuple qu'il n'y a pas d'inégalité de traitement." (Thibaud Denolle, Rôle de l'éducation)

 

Toute concurrence en matière éducative est bannie. Pourtant:

 

"La concurrence a toujours tiré la qualité vers le haut et les prix vers le bas. Rien ne montre que ce serait différent dans ce secteur." (Thibaud Denolle, Rôle de l'éducation)

 

Mais cherche-t-on de la qualité et des prix bas?

 

Il est possible que le monopole des savoirs, qui se trouve aujourd'hui entre les mains de l'Etat français, finisse par être ébranlé par les nouvelles technologies:

 

"Les technologies numériques sont en train de bouleverser notre paysage culturel en même temps que les conditions d'apprentissage. On dit souvent qu'elles le font d'une manière aussi profonde et radicale qu'au XVe siècle l'invention de l'imprimerie. Soulignons que leur impact n'est pas d'une nature très différente, puisqu'ils consistent à permettre un accès plus direct aux savoirs. Les dispositifs d'apprentissage et de formation tout au long de la vie contredisent l'exigence normative de programmes et concours nationaux dont les jours sont comptés." (Christian Jacomino, La curiosité, l'excellence et le plaisir)

 

Certes. Mais encore faut-il que les enfants apprennent le discernement et qu'ils reçoivent une éducation aux libertés:

 

"Se défaire du clan, des préjugés, des oeillères idéologiques, passe par une solide initiation aux sciences et à l'économie, à travers la liberté d'entreprendre, mais aussi par une ouverture à l'Histoire, aux littératures et philosophies, aux langues et aux arts, grâce auxquelles la formation d'une personnalité, d'une culture et des compétences pourra atteindre le maximum des potentialités de chacun et contribuer à la création de richesses, du bonheur, dans le cadre d'un nécessaire état de droit libéral partagé." (Thierry Guinhut, Pour une éducation libérale)

 

"Cours magistral" ou "éducation mutuelle du maître et de l'élève"? Le meilleur moyen de les départager (l'un n'est d'ailleurs pas nécessairement incompatible avec l'autre) serait de les mettre en concurrence. Ce que le chèque éducation permettrait.

 

Le monopole de l'Etat ne s'exerce pas seulement sur l'école française, mais également sur les universités françaises et la recherche française, avec le CNRS et l'INSERM, ces "monstres bureaucratiques en grande partie déconnectés de l'Université":


"Une réelle libération de notre système de recherche et d'enseignement supérieur devrait englober à la fois la refonte des universités publiques et la suppression des dispositions légales entravant la création d'universités libres. La loi de 2007 relative à l'autonomie des universités n'est qu'un trompe-l'oeil: les universités devraient devenir des établissements réellement indépendants, libres de gérer sans pilotage ministériel un capital, un budget, une politique d'enseignement et de recherche." (Guillaume Varès, Se réapproprier la recherche)

 

Au lieu de se satisfaire du statu quo, les Français feraient bien de regarder ce qui se fait à l'étranger et qui réussit, tels les fonds de dotations universitaires aux Etats-Unis ou la création ex nihilo d'universités libres au Royaume-Uni, qui y favorisent autrement mieux le développement des sciences et du savoir.

 

Enfin il est un domaine du savoir où la France est vraiment mal lotie, sans doute parce qu'elle a succombé à l'idéologie qui lui cache la réalité. C'est celui de l'économie:

 

"La France est probablement le seul pays au monde où l'enseignement de la science économique, du lycée à l'université, fait polémique. La rédaction des manuels d'économie fait l'objet de discussion au sens où ils présentent tous une vision largement orientée de l'économie et de l'entreprise où la lutte des classes est omniprésente. Dans cette vue, l'entreprise est plus un lieu d'exploitation du travail qu'un instrument de création de richesse tandis que patrons et actionnaires sont présentés comme des profiteurs sans scrupule. Comment s'étonner, dès lors, que des jeunes bacheliers deviennent fonctionnaires plutôt qu'entrepreneurs? L'enseignement officiel cautionne l'inculture économique française." (Jean-Louis Caccomo, L'inculture économique française)

 

Le trait commun de ces contributions est de souligner l'enseignement uniforme dispensé par l'Education nationale française, en dehors duquel il n'y aurait point de salut et qui s'oppose à ce qui est inhérent à la nature des hommes et qui fait leur richesse, à savoir leur diversité.

Antoine Houdar de La Motte publiait en 1719 des Fables nouvelles. De celle intitulée Les amis trop d'accord, j'extrais ces vers:

"C’est un grand agrément que la diversité.
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité."

De l'uniformité ne naît pas seulement l'ennui, mais la servitude...

Francis Richard

Libres !, collectif de la La Main Invisible, 100 auteurs, 100 idées, 282 pages

 

Rappel des épisodes précédents:

 

"Libres !" du collectif La Main Invisible (1/6) : "Le libéralisme: les principes"  du 10 janvier 2013

"Libres !" du collectif La Main Invisible (2/6): "Mon travail, mon argent"  du 17 janvier 2013

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:25

Libres MAIN INVISIBLELa semaine dernière j'ai présenté la première partie de Libres !, ce livre-événement.

  

Si cette première partie parle des principes du libéralisme, la deuxième partie est consacrée à Mon travail, mon argent, vus par des libéraux.

 

Il n'est pas inutile de rappeler ce qu'implique la propriété de soi pour un libéral, et, pour ce faire, je reviens à la définition d'Henri Lepage, que j'ai citée dans mon premier article:

 

"La propriété de soi - que personne ne peut contester - implique celle de son travail, sinon on est réduit à une situation d'esclave (donc le contraire de la liberté), mais aussi celle des fruits de son travail (pour les mêmes raisons) et, par extension, des ressources naturelles auxquelles on a mêlé son labeur."(Henri Lepage, Libéralisme et propriété privée)

La propriété de soi commence par la liberté d'être et la responsabilité qui en est le corollaire. Une femme libre exhorte donc les êtres libres à s'exprimer en ce sens:

"Au nom de votre liberté, affirmez-vous et déclarez votre intention: "Laissez-moi exister en toute liberté, laissez-moi penser par moi-même et agir selon ma conscience; j'assume mes besoins comme mes choix, et je choisis d'être cet individu libre et heureux. Alors, ne me dites pas qui je devrais être, parce que voici qui je suis." (Héloïse De Smet, Exister en toute liberté)

La  propriété de son travail est incompatible avec l'existence de privilèges. Par exemple, sous la pression des auto-taxis, un moto-taxi n'a tout simplement pas le droit d'exister en France et même de porter le nom de taxi:

"Je ne suis pas libre de travailler dans le pays où "liberté" est inscrit sur tous les frontons des mairies. Plus précisément, l'Etat ne me laisse pas la possibilité d'utiliser le marché librement, c'est-à-dire offrir l'activité de transport de personne à moto, en réponse à une clientèle demandeuse de ce service." (Stanislas Mozoluk, Taxi! Vous êtes libre?)      

De la propriété de son travail découle la liberté de commercer:

  

"L'échange commercial permet au vendeur et à l'acheteur de convenir d'un prix qui assure aux deux parties un avantage: l'achat d'un bien procurera à son acheteur un avantage d'une valeur qu'il aura estimée supérieure à l'argent dépensé pour son acquisition; réciproquement, la vente de ce bien aura apporté au vendeur un revenu qu'il considère de valeur supérieure à l'exercice de la seule détention, ou propriété, de ce qui fut son bien." (Pierre-Yves Novalet, La liberté de commercer)

 

Cette liberté de commercer est entravée, en France - et ailleurs -, par de multiples réglementations au caractère totalitaire, qui n'ont rien à voir avec les règles de bonne conduite dont parlait Friedrich Hayek et au respect desquelles l'Etat devrait veiller, ce qu'il ne fait pas ou mal.

 

La liberté de commercer est antinomique avec le protectionnisme, qui fut un des facteurs des deux guerres mondiales du XXe siècle, en se généralisant de plus en plus à toutes les nations européennes:

 

"Qu'en aurait-il été si les commerçants de ces pays avaient au contraire noué des liens économiques forts? Leurs dirigeants auraient-ils pu se permettre d'entrer en conflit avec leurs voisins? La réponse est probablement négative et devrait être méditée." (Ronny Ktorza, Le protectionnisme)

La liberté de commercer suppose la possibilité de délocaliser:

"La recherche de production à bas coût est [...] bien loin d'être la seule raison des délocalisations. La recherche de nouveaux marchés, d'infrastructures et de compétences peuvent amener des dirigeants à vouloir s'implanter dans certaines régions du monde, y compris dans des pays occidentaux, avec toujours à la clef des créations d'emploi." (Frédéric Vanderplancke, Les délocalisations)

 

La liberté de commercer a pour corrolaire la concurrence, qui, quand l'Etat n'intervient pas, a bien des vertus:

 

"Contrairement aux idées reçues, la concurrence est le plus puissant outil d'égalité sociale, car partout où elle passe, elle rend du pouvoir d'achat à tous, y compris aux plus pauvres, parfois plus en proportion." (Philippe Rouzet, La concurrence)

 

La propriété des fruits de son travail est réduite à peu de choses quand les prélèvements sont obligatoires, comme en France:

 

"L'Etat vous prend chaque mois environ la moitié du fruit de votre travail! Etes-vous satisfait de ces prestations en échange de ces cotisations forcées? Savez-vous qu'il est possible d'avoir des prestations de meilleure qualité pour beaucoup moins cher avec un système privé? Mais l'Etat vous l'interdit! Où est votre liberté de choix?" (David Vincent, L'Etat prend la moitié de votre salaire)

 

La propriété des fruits de son travail est impossible quand vous n'êtes pas libre de négocier votre salaire. Cela se produit quand l'égalité des salaires est imposée entre les hommes et les femmes en début de carrière, alors que les risques ne sont pas les mêmes pour l'employeur, une jeune femme ayant alors peu de chances d'être embauchée quand elle est en concurrence avec un jeune homme, à compétence égale:

 

"Il reste la solution d'une loi qui dirait que les hommes et les femmes se relaieront à tour de rôle dans la gestation, ainsi les risques économiques liés à leur embauche seraient vraiment égalitaires. Mais la nature et la culture en ont décidé autrement." (Nathalie Beffa, Egalité homme/femme?)

 

Cela se produit également quand un salaire minimum est imposé:

 

"Le premier effet mathématique est de détruire des emplois en général peu qualifiés. Les pauvres deviennent plus pauvres. Mettant le prix d'un travail au-dessus de la valeur de ce travail pour l'entreprise, il décourage le recrutement et pousse, le cas échéant, au licenciement. L'employeur éventuel cherche d'autres solutions: soit investissement, soit renonciation au projet, soit délocalisation." (Michel de Poncins, Le SMIC français, antisocial?)

 

Les autres effets d'un salaire minimum étant, s'il est supérieur aux plus bas salaires, de niveler par le bas - il y a de plus en plus de smicards -, et d'écraser la hiérarchie des salaires...


Une grande partie des fruits de son travail n'est pas seulement confisquée par des cotisations forcées, des impôts et des taxes, mais par les manipulations monétaires:

 

"La monnaie peut se définir comme "un pouvoir d'achat généralisé". Cette expression signifie que le détenteur d'un bien auquel on peut appliquer cette définition peut l'échanger à n'importe quel moment contre n'importe quoi et auprès de n'importe qui.[...] Mais il faut distinguer cette définition "naturelle" de la monnaie de la définition "formelle" qui est habituelle à notre époque: ainsi on donnera le nom de monnaie à des billets de banque dont le pouvoir d'achat se détériore à toute vitesse." (Pascal Salin, Qu'est-ce que la monnaie?)

 

L'exemple emblématique de monnaie qui répond à cette définition "formelle" est l'euro:

 

"Les faux-monnayeurs qui nous gouvernent doivent abolir le cours légal de l'euro, cause aujourd'hui de la ruine de l'Europe. Nous ne voulons plus être obligés ni de payer nos dettes en euro ni d'accepter l'euro qu'on nous présente pour rembourser nos créances. [...] Une bonne monnaie n'a pas besoin de cours légal pour circuler. Si elle s'appuie sur un cours légal, c'est qu'elle est une mauvaise monnaie - d'autant plus que jouissant de ce privilège, elle tend à chasser la bonne monnaie." (Philippe Simonnot, L'imposture de l'euro)

 

La concurrence est bénéfique pour la monnaie, comme elle l'est pour l'économie. Et la concurrence entre les banques ne l'est pas moins pour celui qui veut y confier les fruits de son travail:

 

"La vertu de la concurrence conduit les banques à adopter une gestion des moyens de paiement qu'elles émettent ainsi que de leurs portefeuilles telle qu'elle leur permette de renforcer la confiance, afin d'élargir la base de leur clientèle et de conquérir des parts de marché." (Nathalie Janson, La banque libre)

 

Comme on le voit, toutes ces contributions - qui ne sont qu'un aperçu partiel du sujet traité dans Libres! - vont à l'encontre des idées reçues et peuvent heurter les âmes sensibles et les petits Français à qui l'on tient dès le plus jeune âge un tout autre discours. Avant de les rejeter a priori, tous feraient bien cependant de méditer un texte des plus classiques sur la servitude consentie, laquelle conduit à l'indignité.

 

Le Loup de la fable faisait compliment au Chien de son embonpoint. Celui-ci lui expliqua qu'il ne tenait qu'à lui d'être aussi gras que lui. Par son boniment, le Loup allait se laisser convaincre lorsque, chemin faisant, il découvrit le cou du Chien pelé:

 

- Qu'est-ce là? lui dit-il. - Rien. - Quoi? Rien? - Peu de chose.

- Mais encor? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

- Attaché? dit le Loup: vous ne courez pas

Où vous voulez? - Pas toujours, mais qu'importe?

- Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

 

Francis Richard

 

Libres !, collectif de la La Main Invisible, 100 auteurs, 100 idées, 282 pages

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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