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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 23:35

Libres MAIN INVISIBLELibres est un événement éditorial. Sans précédent.

 

Grâce à Facebook, - Merci à Mark Zuckerberg - une centaine de libéraux, de toutes conditions sociales et de tous âges, ont pris leur plus belle plume pour parler de Liberté.

 

En moins d'un an, dix mois je crois, un peu plus que pour faire un enfant, les deux initiateurs de ce livre-événement, Stéphane Geyres et Ulrich Genisson ont réussi à le confectionner, en y passant beaucoup de leurs loisirs et de leurs nuits.

 

Dans cet intervalle de temps ils ont fait appel aux contributeurs, ont collectées les contributions et les ont soumises à un comité de rédaction (Thierry Aschrift, Vincent Benard, Pierre Lemieux, Henri Lepage, Emmanuel Martin, Corentin de Salle, Serge Schweitzer, Pascal Salin, Damien Theillier et... Philippe Lacoude), les ont retournées aux auteurs pour approbation, etc.

 

Aujourd'hui plusieurs milliers d'exemplaires ont déjà été vendus, en dépit du silence assourdissant des grands médias. Mais ce n'est évidemment pas suffisant. Il faut que des dizaines de milliers d'exemplaires soient vendus, voire des centaines de milliers ou, même, pourquoi pas, des millions.

 

A défaut des grands médias, c'est donc aux petits média et aux blogs d'en faire la promotion, sans négliger le bouche à oreille et le buzz sur les réseaux sociaux. Plus que jamais ce livre destiné aux Français - dont tout honnête lecteur qui n'est ni libéral ni français peut faire son miel -, est nécessaire.

 

Supporter officiel de cette initiative, parmi une centaine d'autres, j'ai prévu de lui consacrer cette année six articles, correspondant chacun à une partie de cet ouvrage paru le 20 septembre 2012 et disponible sur Internet, dans les bonnes librairies, ou celles qui sont destinées à le devenir, et, bien sûr, à La Main Invisible.

 

Libre de droits de reproduction, il est vivement recommandé de le citer en long, en large et en travers, la moindre des courtoisies étant cependant de mentionner le nom de l'auteur et le titre de la contribution du passage cité:

 

"L'unique objet du collectif par cette oeuvre est d'encourager chaque lecteur à devenir un homme ou une femme plus libre."

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Libéralisme: les principes (1/6)

 

Le libéralisme est attaqué, mais "jamais un auteur libéral n'est cité" (Charles Anderson, La propagande antilibérale).

 

Si les auteurs libéraux étaient cités, les Français sauraient ce qu'ont dit Turgot, Cantillon, Sieyès, Say, Constant, Tocqueville, Bastiat, Molinari ou Aron...Or ils l'ignorent superbement. 

 

Au lieu de cela, même:

 

"La propagande parlera à tort et à travers des "libéraux" ou du "libéralisme" à propos de n'importe quel sujet ou événement économiquement contestables, même et surtout s'ils sont la conséquence directe de l'étatisme et de ses réglementations." (Charles Anderson, La propagande antilibérale). 

 

Quand on ne caricature pas le libéralisme et quand on donne la parole à des libéraux, on ne leur laisse pas le temps de développer leur argumentation...

 

Les Français ignorent donc aussi que la famille libérale comprend deux grandes sous-familles, les utilitaristes et les jusnaturalistes:

 

"Les utilitaristes trouveront à la mécanique du marché libre la vertu de mettre les comportements égoïstes des individus au service de l'amélioration maximales des conditions de vie d'autrui. Les jusnaturalistes soutiendront au contraire que l'organisation économique et sociale libérale s'impose parce qu'elle est juste, que la vertu ne procède pas du capitalisme, mais le capitalisme de la vertu." (Silvère Tajan, Vertu et capitalime)

 

Les jusnaturalistes, comme leur nom l'indique, partent du droit naturel et s'inscrivent dans la logique suivante:

 

"De ce postulat fondamental qui pose qu'aucun individu n'est en droit de porter atteinte à autrui, ni exercer aucune forme de coercition sur autrui, découle la souveraineté de l'individu sur lui-même. De la souveraineté inaliénable sur soi résulte la pleine propriété du produit de son travail et de son ingénuosité, et la liberté d'échanger sans entrave ni contrainte cette propriété avec tout autre individu." (Silvère Tajan, Vertu et capitalime)

La liberté pour les jurisnaturalistes n'équivaut pas à faire ce qu'on veut, ni ce qu'on désire:

  

"Admettre qu'on puisse faire ce qu'on veut, c'est en effet nier la propriété des autres, et donc violer leur liberté [...]. Sauf si l'on définit la liberté comme "le droit de faire ce qu'on désire avec ce qu'on a"(plus exactement: avec ce à quoi on a "naturellement" droit, ce qu'on s'est légitimement approprié, ou ce qui a été légitimement transmis). (Henri Lepage, Libéralisme et propriété privée)

Liberté et propriété sont donc intimement liés. Pour les libéraux, la propriété commence avec la propriété de soi qui implique toutes les autres formes de propriété:

"La propriété de soi - que personne ne peut contester - implique celle de son travail, sinon on est réduit à une situation d'esclave (donc le contraire de la liberté), mais aussi celle des fruits de son travail (pour les mêmes raisons) et, par extension, des ressources naturelles auxquelles on a mêlé son labeur."(Henri Lepage, Libéralisme et propriété privée)

La liberté implique la responsabilité et la responsabilité suppose la liberté:

"Etre responsable, cela veut dire en effet assumer soi-même les conséquences de ses propres actes. Cela veut dire qu'il ne faut pas imposer aux autres le fardeau de ses erreurs ou de son imprudence. Réciproquement, on ne peut être responsable de ses actes que si on est libre de les commettre ou non." (Jacques de Guenin, Les fondements moraux du libéralisme)

Pour que les droits naturels de liberté et de propriété puissent s'exercer, encore faut-il qu'il y ait sûreté:

"La loi a pour unique rôle de faire respecter les contrats, par la force si nécessaire, et d'assurer la défense des personnes et des droits de propriétés privés. Elle condamne l'injustice et prescrit la justice. Elle n'a pas pour objet de rendre les hommes vertueux ou sages. Elle n'a pas pour objet de faire le bonheur des gens." (Damien Theillier, Moralité et tolérance du libéral)

La loi sort malheureusement souvent de nos jours de cet unique rôle de protection des droits naturels:

"Le respect pour ce qui est bien est plus important que le respect de la loi. Lorsque les deux sont en contradiction, le citoyen a le devoir moral d'ignorer la loi et si nécessaire de lui désobéir." (Alphonse Crespo, La désobéissance civile)

Si le libéral recherche l'égalité devant la loi, il ne recherche pas l'égalité des résultats. Jésus-Christ, Dieu le Fils, ne disait pas autre chose et il était même sévère:

"Dieu nous a fait tous différents, avec plus ou moins de talents, donc inégaux. C'est un scandale pour les envieux et pour les jaloux, mais pas pour Dieu. En effet, à ceux qui auront beaucoup reçu, il leur sera beaucoup demandé [...]. Par contre le serviteur paresseux, qui a enfoui son talent, sans même le faire fructifier à la banque, est jeté dans les ténèbres." (Didier Maréchal, Jésus, ce libéral)

Les droits naturels se trouvent dans le Décalogue - les dix commandements de Dieu - et, dans la lignée de celui-ci, dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui fait partie de la Constitution de la République française [votre serviteur a souligné les mots importants]:

Article 1

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Aussi tous les braves gens qui s'opposent au libéralisme, mais prétendent défendre les droits de l'homme et du citoyen sur lesquels il repose, sont-ils inconséquents avec eux-mêmes et fourvoient-ils les autres...

Francis Richard

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch.

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 10:00

Pulp LibéralismeSamedi 15 décembre 2012, mairie du Ve arrondissement de Paris, se tient le Salon du livre libéral...

 

Vous n'avez pas une impression de déjà-vu? Si, bien sûr, l'année dernière, il y a un siècle, je vous parlais de Je suis libre, un petit livre très bien fait, vademecum de Thomas Heinis, que j'avais découvert en ce "mauvais lieu".

 

Eh bien, Pulp libéralisme, je l'ai découvert là aussi. C'est un peu le gros format en comparaison, un peu lourd (en poids), mais tout aussi utile: 21,5 cm x 28 cm, illustré de bandes dessinées américaines des années 1945-1951, en couleur, avec des bulles plus amusantes que celles des crises provoquées par les manipulations des étatistes.

 

Daniel Tourre a voulu transmettre la tradition libérale aux débutants (comme il n'est pas méprisant il emploie le terme de débutants plutôt que nuls, qui est peut-être une marque déposée révélatrice de notre époque...). Et il y réussit très bien.

 

Il s'adresse au libéral qui s'ignore:

 

"Ce livre est fait pour toi. Il te permettra de mieux connaître cette famille de philosophie politique née au siècle des Lumières."

 

A l'anti-libéral, qu'il l'est pour de mauvaises raisons:

 

"Ce livre est fait pour toi. Il te permettra de mieux connaître cette hydre malfaisante qui conduit le monde à sa perte."

 

Le libéral convaincu appréciera qu'en réponse à 36 clichés sur lui, le libéralisme apparaisse, grâce à son auteur, sous son vrai portrait photographique, que dis-je, son vrai portrait en mouvement.

 

Le débutant, qu'il soit un libéral qui s'ignore ou un anti-libéral pour de mauvaises raisons, apprendra, en s'amusant - n'est-ce pas la meilleure façon d'apprendre -, que le libéralisme est une philosophie qui ne se cantonne pas dans le domaine économique, mais qui se déploie dans le domaine du Droit, dans le domaine moral et dans le domaine...politique.

 

Le débutant, s'il est français, sera surpris d'apprendre que le libéralisme, avant d'être anglo-saxon, était français, bien de chez lui, avec Turgot, Cantillon, Sieyès, Say, Tocqueville, Constant, Bastiat, Molinari, Aron etc. Tant il est vrai que, surtout en France, nul n'est prophète en son pays...

 

Le débutant sera de toute façon surpris d'apprendre que le libéralisme est une philosophie politique qui remonte à Aristote, à Saint Thomas d'Aquin, à l'Ecole de Salamanque, c'est-à-dire à tous ceux qui, bien avant la déclaration des droits de l'homme de 1789 (qui comporte "quelques grumeaux rousseauistes"), ont défendu les droits naturels que sont la liberté, la propriété et la sécurité:

 

"Le Droit naturel est connu par la raison. C'est un effort long et patient basé sur une observation des règles permettant aux hommes de vivre en paix."

 

C'est sur cette base solide que la tradition libérale repose. Tout se tient.

 

La propriété?

 

"Les fondements de la propriété légitime sont le travail, l'échange libre ou le don."

 

La démocratie?

 

"Les décisions, même démocratiques, sont illégitimes si elles violent les droits naturels des individus."

 

L'Etat?

 

"Pour les libéraux, un Etat minimal est souhaitable pour assurer la justice et la sécurité."

 

La souveraineté?

 

"Pour les libéraux, la seule souveraineté qui existe, c'est celle d'un individu sur lui-même dont les relations avec les autres sont encadrées par le droit."

 

L'économie?

 

"L'économie libérale permet modestement d'allouer les ressources matérielles et le temps de travail le moins mal possible compte tenu de la complexité de notre société, tout en respectant les Droits de chaque personne (liberté, sûreté, propriété)."

 

Un gouvernement mondial?

 

"Le monde n'a pas besoin d'un gouvernement mondial et de ses ministres centralisés, il a besoin du règne du Droit et de la protection des droits naturels des individus."

 

Le capitalisme?

 

"Le capitalisme libéral, c'est [...] le cadre institutionnel permettant l'accumulation de capital tout en respectant les droits naturels des individus: liberté, propriété, sécurité."

 

Tout découle donc des droits naturels, qui ne sont pas propres à une époque, mais permanents à travers les siècles.

 

Le débutant aura bien évidemment intérêt à lire ce livre dans son entier, mais, puisque nous sommes en crise, il s'intéressera plus particulièrement aux chapitres consacrés à la monnaie, à l'inflation, aux banques, notamment centrales et aux manipulations des étatistes, qui, violant les droits naturels en faisant de la fausse monnaie, sont à l'origine des crises, dont les pauvres sont les premières victimes.

 

Pulp libéralisme enfin joint l'utile au divertissant. Non seulement Daniel Tourre emploie la BD, mais il fait aussi montre d'un humour décapant. Ce qui prouve qu'on peut être sérieux et ne pas perdre l'envie de rire, qui, comme chacun sait, est le propre de l'homme. Le débutant passera donc de bons - et longs - moments (j'ai fini et commencé l'année avec ce monument).

 

Encore faut-il que le débutant, un libéral qui s'ignore ou un anti-libéral pour de mauvaises raisons, ne veuille pas mourir idiot en matière de libéralisme. Ce n'est pas gagné, car cela demande tout de même quelques petits efforts...

 

Francis Richard

 

Pulp libéralisme, Daniel Tourre, 236 pages, Editions Tulys

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 19:20

je suis libre HEINISSamedi 15 décembre 2012, mairie du Ve arrondissement de Paris, quartier de mon adolescence - j'étais "cloîtré" pendant trois ans au lycée Henri IV -, se tient le Salon du Livre libéral. Y participent une trentaine d'auteurs libéraux.

 

Je confesse à l'ami Georges Lane que j'ai une mauvaise pensée, par analogie à la suppression physique du gouvernement polonais se rendant à Katyn en 2010: comme la fine fleur de la pensée libérale française est là, ce serait une occasion unique de s'en débarrasser d'un coup...

 

Il est heureux, dans ce sens, dans ce sens seulement, que ce salon n'ait pas bénéficié de beaucoup de publicité de la part des médias...

 

L'été dernier, à Dax, j'ai fait la connaissance de Stéphane Geyres. Ce samedi-là, à Paris, je fais la connaissance de son complice Ulrich Genisson.

 

Qui sont-ils? Les jeunes pères de Libres, cette initiative éditoriale phénoménale que j'ai évoquée ici et dont je reparlerai à plusieurs reprises, prochainement, sur ce blog, pour accomplir ma part de soutien à cette relève, qui fait le ravissement de Jacques Garello, le maître d'Aix-en-Provence.

 

Sur la table d'Ulrich, un petit livre, avec ce titre provocateur, Je suis libre, tandis que la France emprunte toujours davantage la route de la servitude, sous la houlette d'un président normal. Il est signé Thomas Heinis, un des contributeurs de Libres justement et est édité par le collectif de La main invisible.

 

Je suis libre est préfacé par David Renaud-Kessler, président fondateur du Mouvement des libertariens, et introduit par Stéphane Geyres...Le monde libre est petit...et sa main invisible...

 

Ce livre se présente sous la forme de six entretiens, du moins dans sa version actuelle (une 1ère édition a paru en juin 2012). Les questions sont simples, parfois un tantinet malicieuses. Les réponses sont claires:

 

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Et les choses pour le dire viennent aisément."

 

disait le cher Boileau...

 

Exemples de réponses (j'ai reformulé laconiquement les questions):

 

Le droit?

 

"Ce qui est un devoir pour chacun constitue la substance des droits des autres."

 

Qu'est-ce qui distingue les faux droits des droits naturels?

 

"Certains faux droits n'existent que dans certaines régions de la Terre, à certaines époques, dans certaines cultures... Les droits naturels existent partout et tout le temps."

 

Un capitaliste?

 

"Tout individu qui possède des biens ou de l'argent, ce qui constitue le capital."

 

Le collectivisme?

 

"Tu possèdes plus que moi, donc j'ai le droit de te prendre une partie pour que nous soyons égaux."

 

La propriété?

 

"La propriété c'est le fruit de ton travail, c'est-à-dire le produit de ton temps, de ton énergie et de ton talent. C'est aussi la partie de la nature que tu mets à profit. Et enfin la propriété ce peut être aussi la propriété d'autrui, que tu peux recevoir par échange volontaire et consentement mutuel avec lui."

 

La démocratie?

 

"La seule démocratie fonctionnant correctement est celle du marché, où chaque centime dépensé est une voix donnée."

 

Etc.

 

Ces dialogues passent en revue toutes les questions que l'on peut et que l'on doit légitimement se poser sur le libéralisme quand on veut échapper au bourrage de crâne sur la question.

 

Ce livre est donc fort utile. Il est bien écrit, simplement, ce qui ne veut pas dire de manière simpliste. Il est court. Il est percutant. La police de caractère est confortable pour les yeux fatigués. Bref, il devrait donner envie à ceux qui ne veulent pas mourir esclaves d'approfondir ce qu'est la liberté...sans laquelle il n'est pas de dignité humaine.

 

Francis Richard

 

Je suis libre, Thomas Heinis, 92 pages, collectif La Main Invisible

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 21:25

Dans un régime socialiste, comme en actuelle normalie française, les riches ne devraient tout simplement pas exister.

 

Les riches sont de méchants exploiteurs qui doivent rendre ce qu'ils ont obligatoirement dérobé au bon peuple. Il est juste de les faire payer et c'est encore une faveur que de leur laisser la vie sauve.

 

Je caricature bien sûr, mais pas tant que cela, après avoir entendu les Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et même François Hollande pendant la campagne de la dernière présidentielle.

 

Mélenchon voulait taxer les riches à 100% à partir d'un revenu annuel de 360'000 euros, Joly à 60% au-delà de 100'000 euros et 70% au-delà de 500'000 euros. Hollande veut les taxer à 75% au-delà d'un million d'euros.

 

Hollande a même répété plusieurs fois qu'il n'aimait pas les riches. Qu'il ne s'étonne pas qu'à l'exception de la nomenklatura qui profite de l'Etat pour s'enrichir sur le dos des contribuables et qui échappe en partie à l'impôt, les riches du privé le lui rendent bien en votant avec leurs pieds sans la moindre intention de se laisser plumer.

 

Dans leur livre paru en fin de campagne présidentielle Jean-Philippe Delsol, avec la participation de Nicolas Lecaussin, montre A quoi servent les riches. Le premier est avocat et administrateur de l'IREF, Institut de recherches économiques et fiscales ici, et le second en est le directeur du développement. Il n'est donc pas surprenant qu'ils nous expliquent que les riches sont des "producteurs de richesse sociale":

 

"Une société sans riches serait une société de pauvres, façon Cuba ou Corée du Nord. Car chaque fois que les sociétés ont voulu éradiquer les riches, à l'exemple de l'Union soviétique et de ses satellites, elles n'ont produit qu'une misère partagée." 

 

Les riches ne sont pas très nombreux en France:

 

"D'après les statistiques (INSEE), 2,9% de la population française auraient des revenus disponibles supérieurs à 4 500 euros par mois et environ 250 000 ménages (les "richissimes") gagneraient autour de 9 000 euros, soit moins de 1% de la population."

 

Les Français ont la mémoire courte. Ils ont oublié, ou ne savent pas pour les plus jeunes, que:

 

"Grâce au capitalisme, le monde se porte mieux qu'il y a vingt, cinquante ou cent ans. Nous vivons dans de meilleures conditions qu'il y a un siècle. On mange mieux, plus sain, on vit beaucoup plus longtemps et, en général, on ne se porte pas trop mal. N'en déplaise aux écolos, la nature aussi va bien, l'environnement n'a jamais été aussi propre qu'aujourd'hui. Si notre vie s'est améliorée, c'est grâce au système capitaliste et à la démocratie."

 

Les 10 premières fortunes de France représentent 700 000 emplois et les 500 premières, dont un tiers sont des self-made men ou women, des millions. Leur fortune représente 14% du PIB, soit 272 milliards. La redistribuer "aux 8,2 millions de pauvres recensés par l'INSEE équivaudrait à donner à chacun d'eux 33 000 euros":

 

"C'est une jolie somme mais elle n'est pas suffisante pour vivre toute une vie."...

 

Contrairement aux idées reçues les chiffres prouvent qu'en France l'écart entre les plus riches et les plus pauvres se réduit plus qu'ailleurs en raison de la part croissante du produit de l'impôt sur le revenu supportée par les plus riches. Le même phénomène est observable en Grèce, en Irlande et en Espagne, qui sont - comme chacun sait - les pays les plus prospères de l'Union européenne et de la Zone euro...

 

La France est de plus un des pays de l'OCDE, après le Royaume-Uni et le Canada, où le patrimoine est le plus taxé, notamment avec l'ISF, l'impôt de solidarité sur la fortune, "qui est insupportable pour ceux qui ont des grandes fortunes et qui préfèrent s'exiler en Suisse, en Belgique ou ailleurs":

 

"L'impôt sur le capital est intelligent lorsqu'il ne devient pas multiforme comme en France et lorsqu'il ne s'ajoute pas à d'autres impôts déjà très élevés."

 

Une autre position idéologique des socialistes est de vouloir limiter les salaires. Les communistes l'ont essayé en Union soviétique avec les résultats que l'on sait... L'alternative est la suivante:

 

"Que voulons-nous: favoriser la croissance des petits salaires, quand bien même les plus hauts croîtraient plus encore, ou niveler les salaires car tout écart devient psychologiquement, et donc politiquement, insupportable au-delà d'un certain niveau?"

 

Le contrôle des salaires finit par - les auteurs disent "peut" - conduire à la pauvreté pour tous et au nivellement par le bas.

 

Comme on l'a vu, si l'écart se réduit entre les plus riches et les plus pauvres, c'est en raison de la part croissante de l'impôt sur le revenu que les premiers supportent. Pourquoi cette part est-elle croissante? La progressivité de l'impôt en est la cause. Mais est-ce juste? En France ceux qui ne payent pas d'impôt sur le revenu sont majoritaires: 

 

"La justice décidée par ceux qui ne payent pas tourne vite à l'injustice pour ceux qui payent."

 

Est-ce seulement efficace? L'histoire récente montre que:

 

"Au-delà d'un certain niveau d'imposition, plus le taux de l'impôt augmente, plus le produit de l'impôt baisse. C'est précisément la fameuse courbe de Laffer qui a convaincu Reagan, avec succès, qu'il fallait réduire les impôts pour augmenter les revenus de l'Etat."

 

Alors, des cadeaux aux riches?

 

"Les contribuables ne sont pas tant intéressés par la masse d'impôts qu'ils payent que par ce qui leur reste de l'argent qu'ils ont gagné, et plus encore par l'évolution des taux d'imposition."

 

Les auteurs condamnent avec raison les niches fiscales parce que leur abondance nuit à la clarté et à la transparence du système fiscal et parce qu'il s'agit d'avantages particuliers souvent indus. De plus:

 

"Les niches occultent le marché, le dévoient, c'est-à-dire qu'elles détournent la logique économique d'allocations du capital au profit de motivations artificielles ou pour le moins faussées."

 

Les auteurs sont favorables à la flat tax - ou impôt proportionnel - dont ils soulignent qu'elle est facile à mettre en oeuvre, qu'elle empêche l'Etat d'interférer dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, qu'elle est synonyme d'économies et d'équité. L'expérience des nombreux pays qui l'ont adoptée montre, de surcroît, qu'elle est efficace et qu'elle donne une dynamique au système économique.

 

Le chapitre sur les riches de l'Etat devrait être largement diffusé en France:

 

"Le personnel du secteur public et para public a continué à profiter de ses privilèges alors que l'Etat croule sous le poids de la dette et des déficits. Salaires, primes, retraites, vacances, crise ou pas crise, les fonctionnaires et les agents publics ont reçu toujours plus."

 

Les chiffres communiqués donnent d'autant plus le vertige que l'emploi public s'est accru, même au cours des dernières années pour atteindre environ 7 millions de personnes sur un emploi total de 25,5 millions, soit 28% de la population active. Comment cela se fait-il? Tandis que le nombre des fonctionnaires d'Etat diminuait, celui des fonctionnaires territoriaux ne cessait d'augmenter...

 

Les auteurs remarquent à juste titre:

 

"Il ne s'agit pas de stigmatiser tous les fonctionnaires alors que certains font leur travail au mieux et dans des conditions parfois difficiles. Mais il y en a beaucoup qui profitent d'un système de privilèges qu'ils défendent becs et ongles et contre vents et marées. Ils se conduisent comme des petits riches, plus arrogants encore que les vrais riches, fort de leur monopole et de leur impunité. Cette richesse-là est plus condamnable que toute autre car elle n'est en rien productive et c'est pourtant celle qui est le plus à l'abri des critiques."

 

Dans leur conclusion ils disent que la richesse n'est pas immorale et qu'elle n'est pas non plus une maladie:

 

"Il ne faut pas bannir la richesse, mais il faut refuser qu'elle soit réservée toujours aux mêmes. Elle doit être le fruit du mérite et du travail, fussent-ils celui des générations qui nous ont précédés."

 

Francis Richard

 

A quoi servent les riches, Jean-Philippe Delsol avec la participation de Nicolas Lecaussin, 238 pages, JC Lattès ici 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 20:30

La-monnaie.jpgLa monnaie a une grande importance dans le fonctionnement des économies. Le grand public européen commence à s'en rendre compte avec la crise de l'euro.

 

Le but du livre de vulgarisation de Philippe Simonnot et de Charles Le Lien est de montrer comment la monnaie déconnectée de l'économie réelle et de l'encaisse métallique est une véritable imposture, à l'origine des crises du XXe siècle et de la crise actuelle.

 

Qu'est-ce que la monnaie? Afin de faciliter les premiers échanges librement consentis, dans lesquels chacun trouve son compte, entre individus propriétaires de biens, la monnaie s'est substituée spontanément au troc bilatéral, qui devenait de plus en plus complexe avec la multiplication des échanges.

 

Quelles sont les qualités requises d'une monnaie? La facilité de transport et les moindres frais de sécurité, la divisibilité et la conservation de valeur au cours du temps. Très vite les métaux précieux sont apparus comme remplissant au mieux ces qualités.

 

La monnaie n'est ni un bien de consommation, ni un bien de production. C'est un bien d'échange. Au début la monnaie est affaire privée, indissociable du marché auquel elle permet de fonctionner. Mais peu à peu l'Etat va s'immiscer dans la fabrication monétaire sous prétexte d'en garantir le bon aloi et de réduire les coûts d'échange.

 

Très vite l'Etat, par la frappe de monnaie, va dégager du profit en imposant aux acteurs du marché sa valeur de la monnaie - le cours légal -, en la vendant plus chère que le métal qui la constitue, en la manipulant, première imposture, mais limitée puisqu'il ne lui est pas encore possible de créer de monnaie ex nihilo.

 

La monnaie-papier va alors faire son apparition pour réduire davantage encore les coûts des transactions engendrés par l'usage des monnaies métalliques, mais elle reste gagée sur les métaux précieux, plus particulièrement sur l'argent et surtout sur l'or. Les agents spécialisés opèrent également des virements entre comptes courants ouverts chez eux par les déposants. 

 

La détention d'or est réduite dans les périodes de prospérité parce que les déposants ont confiance. Inversement dans les périodes de doute, ils veulent le retirer tout de suite. Le système monétaire d'étalon-or est "le plus puissant facteur de retrait de l'or de la circulation monétaire".

 

Avec le temps va naître la tentation de créer de la monnaie, en ouvrant des comptes courants et en émettant des billets de moins en moins gagés, voire plus du tout, sur des réserves métalliques. L'Etat va s'engouffrer dans cette brèche. Il pourra compléter ses besoins en ressources par la création monétaire en sus des impôts et des emprunts.

 

Sous l'Ancien Régime la création monétaire est limitée parce que les besoins sont moindres que de nos jours et que les obstacles à l'absolutisme sont plus grands qu'on ne le pense aujourd'hui. La technostructure de la monarchie française au XVIe siècle représente tout juste 4 pour mille de la population du royaume, à comparer aux 25% de la population active que représentent les trois fonctions publiques françaises actuelles...

 

En fait l'avènement des banques centrales - en 1672 en Angleterre, en 1803 en France, en 1913 aux Etats-Unis -, permet aux Etats de lever les derniers obstacles pour créer de la monnaie ex nihilo en leur octroyant le privilège exclusif de l'émission de billets.

 

Cet avènement profite aussi aux banques, qui sont de plus en plus grandes, lancées qu'elles sont dans une course aux clients - loans make deposits -, échappant aux lois du marché à la faveur de réglementations qui les protègent, toujours plus déresponsabilisées par les privilèges qui leur sont accordés ainsi que par l'assurance que les banques centrales viendront à leur secours en cas de défaut.

 

Les Etats n'ont plus aucun frein à leur vertige de créer de la monnaie artificielle le jour où la convertibilité du dollar en or sera suspendue provisoirement, en fait définitivement, par Richard Nixon, le 15 août 1971, alors que cette convertibilité est "une condition nécessaire, mais non pas suffisante, à garantir un système monétaire mondial solide".

 

Cet abandon de la convertibilité est en fait l'aboutissement d'un long processus au cours duquel, l'or toujours plus vilipendé, le dollar devient une monnaie complètement "déréalisée". Paradoxalement l'or monétaire, détenu comme encaisse métallique, passe totalement des mains des particuliers à celles des banques entre 1845 et 1935...

 

En août 1914 toutes les monnaies occidentales suspendent pour toujours le régime de l'étalon-or qui a assuré la stabilité monétaire pendant les deux siècles précédents. En 1922, au lieu d'augmenter le prix de l'or pour tenir compte de la dépréciation des monnaies par rapport à l'or, ce régime est remplacé par le régime de l'étalon de change-or.

 

Dans ce régime du gold exchange standard, les autres monnaies sont désormais gagées sur l'or et les deux devises clés que sont le dollar et la livre sterling, permettant aux Etats-Unis et à l'Angleterre d'économiser leur or et de bénéficier du "singulier privilège de ne pas équilibrer leur balance commerciale", les dollars et les livres étant replacés dans ces deux pays.

 

Dans le régime de l'étalon-or, gold standard, au contraire, "le pays déficitaire est obligé de rétablir sans délai sa balance des paiements parce qu'il est obligé de payer en or son déficit et que cette sortie d'or le force à réduire la masse des moyens de paiement en circulation, ce qui se traduit par une baisse des prix et par conséquent par un rétablissement de sa compétitivité sur les marchés étrangers".

 

Avec le gold exchange standard les déséquilibres de balance de paiement ne sont pas corrigés et sont même amplifiés provoquant "un besoin de liquidités disproportionné". Ce régime sera pourtant consacré en juillet 1944 à Bretton Woods, avec une différence toutefois. Les monnaies émises par les banques centrales ne seront plus gagées que sur l'or et leurs réserves en dollars, la livre sterling ayant perdu son statut de devise clé.

 

Les auteurs soulignent qu'il existe une autre création de monnaie, qui n'est ni gagée sur l'or ni sur le dollar, mais sur une activité économique réelle. Ce sont les billets commerciaux qui occupent la plus grande part et qui ne sont en réalité que des avances sur recettes:

 

"De cette manière seulement, l'achat de papier par la banque centrale garantit la poursuite de l'équilibre dynamique entre création de richesses et émission de monnaie, c'est-à-dire la croissance économique dans la stabilité monétaire."   

 

Sous la pression des Etats, les banques centrales vont de plus en plus être contraintes de détenir dans leurs portefeuilles des titres de dettes publiques, qui sont de fausses créances - puisqu'elles ne sont pas au final destinées à être remboursées -, et qui sont de fait génératrices de fausses monnaies.  

 

Ce dirigisme monétaire est aussi néfaste que peut l'être le dirigisme économique. Il a pour origine théorique le mythe monétariste, selon lequel il est possible de contrôler la masse monétaire, pourtant indéfinissable et fluctuante, pour contrôler la hausse des prix, alors que les liquidités internationales connaissent une croissance exponentielle, la réglementation bancaire n'ayant pas réussi à plafonner l'activité bancaire, mais à plafonner les fonds propres des banques...

 

L'euro est la monnaie artificielle par excellence. La zone euro est en effet composée de pays dont les divergences conjoncturelles ne peuvent pas être compensées. La circulation des capitaux et surtout des hommes y est difficile, en raison "de toutes sortes de rigidités réglementaires, traditionnelles et institutionnelles":

 

"A défaut d'adosser l'euro sur l'or, il faudra bien, hélas!, lui trouver une base politique. Laquelle ne pourra être qu'une Europe fédérale."

 

Europe fédérale, dont les peuples européens ne veulent pas... 

 

La définition que donnent les auteurs de l'Etat providence dans leur conclusion montre le lien étroit qui existe entre lui et la conception actuelle de la monnaie:

 

"De faux droits financés toujours plus par de la fausse monnaie."

 

Pour sortir de la crise:

 

"L'important est de rétablir un ancrage réel de la monnaie internationale, car c'est la dichotomie, inédite à cette échelle, de l'unité monétaire de tout actif réel qui est à la base de la déconnexion du réel et du financier que tout le monde déplore depuis longtemps sans en connaître le véritable point de départ."

 

En conclusion les auteurs préconisent donc:

 

- "l'établissement d'une unité de compte distincte de toute monnaie nationale existante";

 

- le cantonnement de la puissance publique à "son rôle de garant de l'honnêteté monétaire et de la bonne foi publique", "par une déréglementation véritable, monétaire et fiscale, puisque c'est par une accumulation de réglementations spécifiques visant à édulcorer les disciplines monétaire et budgétaire que l'Etat, les gouvernements et plus largement les secteurs publics ont pu se tailler la part du lion dans les richesses nationales";

 

- le rôle redonné à l'or, grâce à la clause de convertibilité et à sa défiscalisation, "de gardien du gardien de la monnaie".

 

Francis Richard

 

La monnaie -  Histoire d'une imposture, de Philippe Simonnot et Charles Le Lien, 272 pages, Perrin ici

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:25

Foreclosuregate.jpgIl n'est jamais trop tard pour bien faire. J'ai laissé passer plus de six mois avant de lire Foreclosure gate : les gangs de Wall Streeet contre l'Etat US, de Vincent Bénard, édité par Edouard Valys Publications ici. Mais ce livre reste d'une brûlante actualité. Il lève un pan du voile sur la part sombre du déclenchement de la crise économique actuelle.

 

L'auteur rappelle toutes les causes économiques qui ont conduit à cette crise et qui,de près ou de loin, peuvent se résumer en un mot : interventionnisme. Celui de l'Etat qui se mêle de tout, sauf de ce qui le regarde.

 

En effet qu'il s'agisse des déficiences dans leur gestion du risque de Fannie Mae et Freddie Mac, des législations qui ont favorisé les prêts à des emprunteurs insolvables, de celles qui ont favorisé l'expansion bancaire par le sur-endettement ou les investissements douteux, des fausses notes des agences de notation payées par ceux qu'elles doivent noter et qui jouissent de protections étatiques, des règlementations immobilières qui ont créé des bulles, de la politique d'intérêts bas de la FED, on retrouve toujours la main (in)visible de l'Etat.

 

Vincent Bénard nous apprend comment le crédit immobilier fonctionne aux Etats-Unis et ce n'est pas triste. Cela n'a rien à voir avec le crédit immobilier tel qu'il fonctionne en Europe :

 

"La plupart des crédits sont montés par des courtiers qui vont placer l'emprunteur auprès d'une banque qui va octroyer le prêt, la banque "originatrice". Les courtiers sont payés à la commission, et tant pis si le crédit finalement ouvert se révèle mal calculé: la commission est touchée."

 

Les prêts accordés sont placés dans des fonds obligataires, les MBS, Mortgage Backed Securities. Les obligations en question, les CDO, Collateralized Debt Obligations, en quelque sorte des produits dérivés de créances immobilières, sont émises par ces MBS pour financer l'achat des prêts contractés par les banques originatrices. En somme le risque est transféré aux investisseurs qui souscrivent ces titres. Dans cette opération de transfert la perception du risque porté par chaque prêt est évidemment bien altérée.

 

Les dites obligations émises par un MBS vont être divisées en tranches à taux distincts, trois tranches voire plus, de la plus pourrie, la tranche "Z", ou "Junior", au taux le plus élevé, à la meilleure, la tranche "Senior", en passant par la tranche intermédiaire "Mezzanine". Ces modèles à tranches ne servent qu'à une chose, à diminuer la perception du risque par les investisseurs, sans modifier pour autant le risque lui-même.

 

Comme il faut accorder des prêts pour des raisons sociales et non pas économiques, ce système de crédit n'est pas viable, d'autant qu'il nourrit un certain nombre de parasites : le courtier, l'expert immobilier, la banque originatrice, le MBS créé par une banque et placé par une autre, les investisseurs. Il n'est pas étonnant qu'il soit coûteux au final pour l'emprunteur.

 

Pour rendre, entre autres, ce système viable les Fannie Mae, Freddie Mac, et grandes banques, vont créer en 1997 un groupement, le Mortgage Electronic Registration System, MERS, pour enregistrer les transactions sur les propriétés hypothéquées. Il s'agit non seulement de se passer de l'enregistrement notarié, mais aussi d'échapper aux taxes foncières... Joindre l'utile à l'agréable en quelque sorte. 

 

Malheureusement ce système d'enregistrement a l'inconvénient de ne pas être fiable et ne permet pas à un juge, en cas de défaut de paiement de l'emprunteur, de s'assurer que la banque mandataire détient bien la créance et l'hypothèque... En outre les méthodes utilisées, par de grandes banques, pour fabriquer un dossier contre les emprunteurs, s'avèrent délictueuses, sinon criminelles...

 

Aujourd'hui les affaires s'accumulent. Les banques sont attaquées aussi bien par les emprunteurs que par les investisseurs floués. Car, pour s'en sortir, financièrement parlant, les grandes banques ont acheté des experts pour surévaluer des biens, pratiqué le rachat de prêts litigieux, obtenu la complaisance à tout le moins des agences de notation etc. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes :

 

"Pourquoi se poser trop de questions? L'argent trop facile rend insouciant !"

 

Là où l'affaire se corse, c'est quand ce système frauduleux tourne carrément à l'escroquerie. On sait que les emprunteurs vont faire défaut. Alors on s'assure contre ce défaut en souscrivant auprès de compagnies des contrats d'assurance qui vous en protègent - ce sont les Credit Default Swaps, CDS - ou en faisant des ventes, ou des mises en gage, simultanées du même prêt... D'où l'impossibilité, dans ces derniers cas, de transmettre les contrats de prêts originaux au MBS... et pour cause.

 

A l'issue des procédures judiciaires engagées, les pertes prévisibles des grandes banques donnent le vertige. Leur sauvetage se fera-t-il en sacrifiant l'économie du pays pendant une nouvelle décennie, en faisant appel une fois de plus aux contribuables? Ou en pré-structurant leur faillite, autrement dit en éliminant leurs actionnaires et en faisant des détenteurs d'obligations les nouveaux actionnaires, comme le propose Joseph Stiglitz ?

 

Quoiqu'il en soit la leçon que tire Vincent Bénard est la suivante :

 

"Cette crise n'est pas celle de la "dé-régulation", elle est celle de la "corégulation" de l'économie entre gouvernements et financiers, au nom des "objectifs sociaux" du gouvernement.[...] Cette crise démontre par l'exemple que demander au secteur privé lucratif de concilier profitabilité et action sociale est criminogène."

 

Il ne sert à rien de pondre des tonnes de nouvelles législations destinées à prévoir tous les cas de figures. Elles seront toujours lacunaires. C'est pourquoi l'auteur se fait, avec cet ouvrage, le défenseur d'une législation minimale, d'un Etat régalien :

 

"Respect de principes simples, quasi bibliques , d'honnêteté, obligation de transparence dans la conduite des affaires, et intervention publique uniquement de type judiciaire, en cas de conflit, de faillite, ou de malversation."

 

Francis Richard

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 22:35

La-faim-dans-le-monde.jpgJean Ziegler, dans l'introduction à son livre intitulé Destruction massive - Géopolitique de la faim, paru au Seuil il y a deux mois ici, affirme que "toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim".

  

L'auteur sert régulièrement cette statistique morbide depuis des années... Elle est différente de celles d'autres auteurs qui ont écrit sur la faim dans le monde.

 

Comme le dit en effet Jean-Philippe Feldman dans La famine menace-t-elle l'humanité, paru l'an passé aux éditions Jean-Claude Lattès ici :

 

"En réalité, les chiffres changent du tout au tout, d'abord parce que cette comptabilité funèbre est invérifiable en pratique et qu'elle ne peut faire l'objet que d'estimations, ensuite parce qu'ils sont fondés sur des paramètres différents."

 

Il est un point sur lequel Jean Ziegler et Jean-Philippe Feldman sont d'accord. La Terre pourrait nourrir beaucoup plus d'habitants qu'elle n'en compte aujourd'hui. Jean Ziegler se risque à dire :

  

"L’agriculture mondiale d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale."

  

Jean-Philippe Feldman n'avance pas de chiffres à ce sujet. Il remarque seulement que la thèse de Malthus, selon laquelle la progression de la population était géométrique et celle des ressources arithmétique, a été largement infirmée par les faits :

 

"L'expérience prouve que [...] si la population augmente brusquement à la suite de l'amélioration des conditions économiques et sanitaires, elle se modère graduellement, de telle manière que la croissance démographique n'est ni constante, ni inexorable."

 

Quant à la progression des ressources elle n'est pas plus arithmétique :

 

"Depuis 1961, grâce aux avancées techniques, la production agricole a plus que doublé dans le monde et plus que triplé dans les pays en voie de développement."

 

Jean-Philippe Feldman rappelle opportunément que :

 

"Les "ressources" ne sont pas données par la nature, mais par les hommes, plus encore par leur capacité à la domestiquer, à s'y substituer, voire à s'en passer."

 

Les deux auteurs diffèrent sur les raisons de la sous-alimentation et de la famine.

 

Jean Ziegler accuse les spéculateurs, le dumping agricole - qui résulte des subventions accordées aux agriculteurs occidentaux - et la dette extérieure des pays du Sud.

 

Jean-Philippe Feldman est d'accord avec Jean Ziegler sur un point :

 

"Les pays en voie de développement sont d'autant moins compétitifs que les agriculteurs européens et américains bénéficient de subventions considérables."

 

Mais il pointe du doigt les aides publiques accordées - qui n'ont d'ailleurs pas empêché les dettes extérieures, au contraire :

 

"Les tombereaux d'aides publiques accordées depuis des décennies n'ont pourtant eu d'autres effets que la spoliation des contribuables occidentaux, le confort des fonctionnaires internationaux et l'enrichissement de dictateurs sans scrupules."

 

Si Jean Ziegler s'en prend aux spéculateurs, Jean-Philippe Feldman s'en prend aux anticapitalistes que sont les écologistes politiques, qui croient en la bureaucratie, en l'interventionnisme et en la planification agricole, pour résoudre la crise alimentaire. Ils ne comprennent pas les mécanismes de régulation spontanée du marché, du fonctionnement des entreprises et de l'innovation technologique :

 

"Une concurrence accrue sur un marché entraîne logiquement une baisse des prix, un progrès technologique et une amélioration de la qualité."

 

Le marché ne peut évidemment pas fonctionner sans l'exercice du premier des droits de l'homme, le droit de propriété, qui comporte, comme tout droit, des obligations. Ce sont au contraire les biens communs qui conduisent à la tragédie :

 

"Par intérêt, les propriétaires privés sont incités à une gestion sage dans la mesure où ils en perçoivent les bénéfices et où, dans le cas contraire, ils en supportent les coûts."

 

Cinquante ans après la révolution soviétique, en 1967 - je me souviens -, les lopins de terre des paysans, qui représentaient 5% des terres, représentaient 30% de la production agricole de l'URSS...

 

Le marché oblige les individus à s'adapter, à se montrer innovants. Pour ce faire les autorités ne doivent pas entraver leurs actions et leurs interactions, les empêcher de prendre des risques :

 

"Les risques et les incertitudes sont inhérents à la nature humaine. La découverte scientifique est un processus d'essais et d'erreurs, de conjectures et de réfutations. Le progrès ne peut surgir si les contraintes publiques n'autorisent que les essais exempts d'erreurs."

 

C'est pourquoi le principe de précaution est nuisible :

 

"Imaginer qu'il suffise de s'abstenir d'agir pour éviter toute prise de risque est d'autant plus naïf que le fait même de ne pas agir conduit à prendre d'autres risques."

 

Aux adeptes de la décroissance et aux écologistes politiques Jean-Philippe Feldman répond que :

 

"Seuls les pays développés sont en mesure de résoudre les problèmes d'environnement et de pauvreté, puisque c'est la création de richesses supplémentaires qui permet leur affectation à la résolution de ces problèmes."

 

Tant il est vrai aussi que :

 

"C'est la prospérité qui provoque une demande de qualité environnementale et qui conditionne sa satisfaction."

 

Si Jean Ziegler voit la solution à la crise alimentaire dans une révolte improbable contre "l'ordre cannibal", qui serait menée conjointement par les paysans des pays du Sud et par les forces vives des sociétés civiles à l'intérieur des démocraties européennes, Jean-Philippe Feldman pense que la liberté n'est pas le problème mais la solution :

 

"La libre entreprise n'est pas la cause de la faim dans le monde, des excès du productivisme agricole ou des atteintes portées à l'environnement, elle est le seul moyen d'y faire face."

 

Francis Richard

 

Jean-Philippe Feldman, interrogé par Emmanuel Martin pour Un monde libre ici, parle brièvement de son livre :

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 23:35

L-euro-JJ-Rosa.jpgLes dirigeants européens vont se rencontrer une enième fois pour, disent-ils, sauver l'euro.

 

En réalité, il ne s'agit pas pour eux, à travers les fonds de sauvetage accordés - sous des conditions sévères -, à la Grèce, au Portugal et à l'Espagne, de sauver les économies de ces pays, mais "d'éviter la faillite des grandes banques, principalement allemandes et françaises, qui se sont gorgées des dettes douteuses de ces Etats, dettes exprimées en euros en principe garantis contre l'érosion monétaire, et rendues particulièrement rentables par le refinancement à faible coût consenti par la BCE".  

 

C'est ainsi que s'exprime le professeur Jean-Jacques Rosa ici qui a publié à la fin de ce printemps chez Grasset ici un opuscule intitulé L'euro: comment s'en débarasser. L'économiste est depuis longtemps opposé à la monnaie unique européenne. Dans ce livre il rappelle pourquoi les faits lui ont donné raison.

 

A quoi sert la politique monétaire selon l'auteur ? Elle est, via taux d'intérêt et taux de change, "un instrument indispensable pour amortir les effets des inévitables chocs et aléas de la conjoncture économique". Elle permet de maintenir la croissance en amortissant les récessions.

 

Une monnaie unique ne peut convenir à des pays dont les structures et les conjonctures - "tant pour l'activité réelle que pour l'inflation" - sont différentes sans qu'il n'y ait unification politique et budgétaire. Or celle-ci est devenue impossible du fait que les grandes structures hiérarchiques se désintègrent en "période de révolution et d'abondance de l'information".

 

Une monnaie unique n'est acceptable, selon l'auteur, que "lorsque les conjonctures sont en phase et que le travail se déplace facilement". A ce moment-là il est possible de profiter de la baisse des coûts de transaction dans les échanges internationaux. Ce n'est justement pas le cas aujourd'hui des pays européens qui ont adhéré à l'euro.

 

Grâce à une monnaie unique et au développement des échanges les économies nationales peuvent-elles converger ? Cela conduit plutôt à une spécialisation des activités, comme le montre l'exemple américain. Après dix ans d'unification monétaire les économies des pays européens sont bien loin d'être en phase et "les divergences d'inflation s'accentuent au fil du temps"...

 

Si les Etats-Unis ne sont pas une zone monétaire optimale, les inconvénients de la monnaie unique qu'est le dollar y sont compensés "par l'existence d'une politique budgétaire fédérale". L'Etat fédéral "effectue spontanément des redistributions compensatrices entre les Etats membres lorsque des disparités de conjonctures se font sentir". Une question donc se pose :

 

"Un Etat central est-il plus avantageux pour les populations que plusieurs Etats existants ?"

 

Pour Jean-Jacques Rosa cela suppose que les populations concernées soient homogènes. Ce qui n'est manifestement pas le cas des pays européens. Constituer un Etat fédéral permettrait, selon ses partisans d'atteindre, "la puissance indispensable dans un monde incertain" et de forcer "à une convergence des préférences des citoyens européens". Seulement la révolution de l'information favorise au contraire la décentralisation.

 

La globalisation "supprime la nécessité de vastes marchés intérieurs". En l'absence de protectionnisme les grands pays n'ont plus d'avantages économiques sur les petits. Les grands Etats se désintègrent. Il ne faut donc pas compter sur un amortisseur budgétaire européen pour relayer "les amortisseurs nationaux que constituaient les monnaies indépendantes".

 

Une politique monétaire unique - un taux unique dans toute la zone euro - a des effets pervers en présence d'inflations différentes dans les économies : 

 

"[Elle] freine [...] les économies en récession et stimule les économies en surchauffe."

 

Puisque l'euro, qui a été conçu pour être une monnaie forte et unique, a de tels désavantages économiques, à qui profite-t-il donc ? Aux politiques et aux fonctionnaires, qui forment l'appareil d'Etat, et aux grandes entreprises, qui ont des intérêts particuliers communs, ceux de débiteurs structurels :

 

"Ce sont les grands emprunteurs qui bénéficient d'une monnaie unique et forte car les dettes exprimées en une telle monnaie sont très demandées par les investisseurs parce que leur valeur de remboursement est sûre, et que leur vaste marché leur assure une grande liquidité."

 

Grâce à l'euro fort les grandes entreprises, notamment allemandes, investissent dans des pays où elles produisent des produits intermédiaires qu'elles intègrent dans la production finale avant de les réexporter vers d'autres pays, bénéficiant au passage de différences de taux de change sans primes de risque. Les prix de cartels, qui se forment plus facilement, sont en outre surveillés également plus facilement par leurs membres pour éviter les tricheries.

 

Les Etats européens se sont organisés en cartel d'emprunteurs, dénonçant la concurrence fiscale qui les oppose les uns aux autres, se mettant d'accord sur des quotas d'émission d'obligations souveraines - ratio fixe des déficits budgétaires par rapport au produit national - , se fixant pour règle : "pas d'inflation et pas trop d'émissions d'obligations" et interdisant à la BCE de refinancer les gouvernements.

 

Parce que les grandes entreprises se sont mises à emprunter directement sur les marchés financiers, les grandes banques ont dû réinventer leur métier et se sont mises à leur tour à emprunter "sur les marchés obligataires pour investir, pour leur propre compte, en de très nombreux actifs sophistiqués sur des marchés risqués".      

 

Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes si cela n'avait pas inévitablement dérapé :

 

"Puisque le coût des emprunts était sensiblement abaissé, les emprunteurs structurels ont emprunté davantage, et ils l'ont fait massivement."

 

Les règles convenues par le cartel étatique n'ont plus été observées et de grandes banques ont fini par prendre trop de risques. Faute d'Etat fédéral la BCE a joué le rôle de surveillance en matière de création de monnaie, en s'interdisant "de racheter les titres de dette des Etats membres", mais il n'y a pas eu d'autorité équivalente pour contrôler les émissions d'obligations...

 

Ce cartel est maintenant au bord de la dissolution. Jean-Jacques Rosa montre ce que représenterait le coût de sortie de l'euro pour la France, après une dévaluation de l'euro, suivi du retour au franc avec ou sans dévaluation. Il faudrait pour que l'économie française ne souffre pas que cette sortie se fasse avant une sortie des pays du sud de l'Europe, car à ce moment-là l'euro se réévaluerait par rapport au dollar et la France devrait fortement dévaluer... Il préconise la parité 1 euro 1 franc...

 

Les conséquences politiques seraient une popularité retrouvée pour le gouvernement français qui oserait prendre une telle décision, permettant le retour à la croissance, redonnant une importance démocratique à l'électorat national dilué dans l'Europe, où il n'est représenté que par environ 13% des sièges au Parlement européen, et redonnant une importance au pouvoir exécutif, qui ne représente que 4% du Conseil européen, soit un ministre sur 25.

 

De plus il faut bien se rendre compte que les politiques centralisées ne peuvent que "moins bien refléter les préférences des électeurs dans un ensemble plus vaste, et nécessairement plus hétérogène", avec pour résultat un "renforcement spectaculaire des lobbies et du personnel politique et administratif ".

 

Aussi Jean-Jacques Rosa conclut-il que :

 

"En renversant le mouvement, dans le domaine monétaire, par la sécession, on restaure ainsi les conditions d'une discussion ouverte de ces politiques [macroéconomique et financière, tout autant que réglementaire]."

 

Il est bien conscient que ce revirement politique n'est guère possible avant les élections de 2012 : 

 

"Car les effets positifs d'une nouvelle politique monétaire demandent habituellement un an ou plus pour se concrétiser."

 

Il faut aussi que la sécession "recueille un soutien suffisamment large de l'opinion et de l'ensemble des citoyens".

 

Autant dire que ce n'est pas demain la veille... même si l'auteur écrit à juste titre que :

 

"L'euro a constitué une parenthèse réactionnaire et antidémocratique très paradoxale dans une ère de décentralisation organisationnelle et de compétition accrue."

 

La remise en cause du monopole de la monnaie est encore moins pour demain... 

 

Francis Richard

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 06:20

éthique monnaiePaul Ricoeur faisait une distinction entre éthique et morale. Il ne s'agissait pour lui que d'une nuance, qui avait tout de même son importance. Pour lui l'éthique était supérieure à la morale parce qu'elle mettait l'accent "sur ce qui est estimé bon" plutôt que "sur ce qui s'impose comme obligatoire".

 

C'est pourquoi, me semble-t-il, Jörg Guido Hülsmann ici a orienté son propos sur L'éthique de la production de monnaie, dans son livre publié aux éditions L'Harmattan ici, plutôt que sur sa moralité.

 

Dans cette étude l'auteur s'appuie tout du long sur des textes de l'Eglise catholique et sur des textes économiques de l'école autrichienne, tant il est vrai que les préoccupations morales catholiques s'accordent bien avec les conceptions des économistes de cette école, notamment sur le capitalisme tel qu'il devrait être :

 

"Le système social de division du travail reposant sur un respect intégral et universel des institutions fondamentales de la société, à savoir la propriété privée et la liberté d'association."

 

Pour ce qui concerne la monnaie Hülsmann parle donc dans son livre de ce qu'est la production naturelle de monnaie, de l'inflation et des systèmes monétaires tels qu'ils découlent de l'inflation.

 

Qu'est-ce qu'une monnaie naturelle ? "Tout type de monnaie dont l'usage est le résultat de la coopération naturelle des individus".

 

Pendant des millénaires les hommes se sont servis de monnaies naturelles telles que l'or, l'argent, le cuivre, non pas "en raison de leurs qualités physiques, mais parce que des individus libres les ont spontanément choisies pour remplir cette fonction".

 

Ce qui caractérise les monnaies naturelles c'est d'avoir une valeur intrinsèque, d'être susceptibles d'être consommées, avant d'être utilisées comme moyen d'échange. Il existe toutefois une autre monnaie naturelle que les métaux précieux, la reconnaissance de dette, c'est-à-dire la monnaie de crédit, qui "ne tire sa valeur que de l'espérance d'un remboursement futur sous forme de marchandise" , mais elle ne peut donc pas naturellement prendre de grandes proportions.

 

A contrario le papier-monnaie n'a jamais été au cours de l'histoire une monnaie naturelle au sens de la définition rappelée ci-dessus :

 

"Les gouvernements ont émis du papier-monnaie auquel ils ont conféré cours légal, imposant ainsi à chaque citoyen l'obligation légale de l'accepter en paiement."

 

Il en est de même de la monnaie électronique.

 

La monnaie naturelle revêt la forme de certificats incorporés matériellement ou non à la monnaie. Dans le premier cas il y a un lien avec les poids et mesures de la matière, dans le second il s'agit de substituts qui certifient une quantité de métal précieux.

 

La production naturelle de monnaie ?

 

"Sur un marché libre, la production monétaire s'intègre pleinement à la division générale du travail. Des pièces supplémentaires sont fabriquées aussi longtemps que cette production offre les meilleurs retours possibles sur les ressources investies dans la production. La production est réduite dans la mesure où les perspectives offertes par les autres branches de l'industrie deviennent meilleures."

 

La production naturelle de monnaie ne peut être légitime qu'en respectant un certain nombre de règles éthiques, par exemple ne pas tromper sur la marchandise qu'elle certifie. L'utilisation de la monnaie ne peut être éthique que s'il n'en est pas abusé en pratiquant des taux d'intérêt excessifs, c'est-à-dire usuraires, ou illégitimes, par exemple en prélevant un intérêt tout court dans le cas de crédit à la consommation.

 

Est-il possible que l'économie croisse sans que ne croisse le stock de monnaie ? La réponse est oui. La seule conséquence est que les prix monétaires des biens et services produits en plus grande quantité vont baisser. En cas de forte croissance la diminution de la taille des pièces en un métal précieux peut se résoudre par l'adoption d'un autre métal précieux. La baisse des prix peut alors être anticipée par les entrepreneurs qui doivent réduire leurs coûts, comme c'est le cas aujourd'hui sur le marché des ordinateurs et des technologies de l'information.

 

L'auteur démonte les sophismes suivants :

 

- la thésaurisation empêche l'économie de fonctionner

- la déflation doit être combattue

- "la manipulation du stock de monnaie peut être un instrument adapté au rétablissement de l'équilibre sur certains marchés"

- "le papier-monnaie peut aider à faire baisser le taux d'intérêt et promouvoir ainsi la croissance économique"

- "la monnaie doit constituer le point d'ancrage qui garantit la stabilité économique" 

- le coût de la fabrication de pièces est prohibitif comparé à celui du papier-monnaie.

 

L'inflation ?

 

"On peut définir l'inflation comme l'augmentation de la quantité nominale d'un moyen d'échange au-delà de la quantité qui en aurait été produite sur le marché libre."

 

Autant dire que cette définition n'a rien à voir avec l'acception communément admise.

 

Si l'on entend le marché libre comme la "coopération sociale conditionnée par le respect des droits de propriété", l'inflation ne peut résulter que d'une violation des droits de propriété, ce que l'on se garde bien de faire transparaître.

 

Si la contrefaçon privée peut exister, ses effets sont limités comme l'explique l'auteur. Il en est ainsi des certicats gagés sur des réserves fractionnaires. Tout change à partir du moment où l'Etat entre en scène :

 

"En tous temps et en tous lieux, ce sont les gouvernements qui ont été les principaux bénéficiaires de l'inflation [...]. Ils ont d'abord cessé de la combattre, avant de la faciliter, de l'encourager pour finalement la promouvoir de toutes leurs forces. Ils ont entravé puis supprimé le marché libre de la production de monnaie, tout en mettant en place des institutions qui étaient destinées à entretenir une inflation perpétuelle et qui étaient remodelées en permanence afin d'augmenter leur potentiel inflationniste."

 

Comment ?

 

En accordant des privilèges à certains aux dépens des autres. L'auteur nous explique comment les gouvernements procèdent. Ils ont recours :

 

- à la contre-façon légale : en légalisant des réserves fractionnaires et en dépréciant des pièces

- aux monopoles légaux

- au cours légal

- aux suspensions légales des paiements : le refus de rembourser la contrepartie métallique des certificats

 

L'auteur montre ce que ces dispositions entraînent, seules, ou combinées. Et ce n'est pas triste. Il montre ainsi le processus qui a conduit à l'introduction de papiers-monnaies "au prix d'atteintes progressives à la propriété privée et au prix de ruptures massives de contrat perpétrées par les banques centrales".  

 

Si le montant de crédit privé accordé "est toujours limité par des actifs présents et les espérances de revenus", il n'en est pas de même du crédit public qui est illimité, d'autant que les banques centrales, qui sont les obligées des gouvernements, ont le pouvoir de créer "ex-nihilo n'importe quelle quantité de monnaie sans limitation technique ou économique." Il en résulte que les dettes publiques explosent. Au cours des 40 dernières années, par exemple, la dette publique américaine a été multipliée par 30,6 tandis que la masse monétaire de base n'augmentait "que" d'un facteur 7,6.

 

L'inflation décrétée entraîne la croissance des Etats. Elle favorise le prolongement de la durée des guerres. Elle permet de spolier les citoyens. Elle réduit le nombre des véritables entrepreneurs opérant avec leur propre argent. Elle détruit ou empêche l'épargne. Elle conduit à l'endettement non seulement public mais privé, en conséquence à la servitude. Est-ce bien éthique ?

 

L'évolution des systèmes monétaires internationaux au cours des deux trois derniers siècles, voire davantage, est à mesurer à l'aune de celle de l'inflation décrétée par les gouvernements et leurs complices banquiers, qui en sont les premiers profiteurs, favorisée par les réserves fractionnaires des banques et les papiers-monnaies. L'auteur nous en retrace l'histoire en fin d'ouvrage.

 

Je ne résiste pas au passage à citer ce que Hülsmann dit du FMI et de la Banque Mondiale que j'évoquais dans un article récent de ce blog  [La dernière motion d'Oskar Freysinger: sortir la Suisse du FMI ] :

 

"Ces deux institutions, de nos jours, ne sont en réalité que de grosses machines servant simplement à redistribuer une partie des revenus des contribuables des pays développés pour le compte des gouvernements irresponsables des pays sous-développés."

 

Jörg Guido Hülsmann termine toutefois sur une note d'espoir. Cette évolution n'est pas irréversible. Il rappelle que la Chine, après avoir connu cinq siècles d'hyperinflation répétée, de l'an 960 à 1455, en raison de ses expériences de banques à réserves fractionnaires et de papier-monnaie, a su retrouver une solidité financière "lorsque le pouvoir politique cessa d'interdire la circulation des pièces d'argent et de cuivre". Il rappelle que "les pères fondateurs de la Constitution des Etats-Unis, dans un geste glorieux, privèrent de base légale la pratique centenaire du papier-monnaie colonial". Enfin il prend l'exemple du président américain Andrew Jackson :

 

"qui, s'opposant à la résistance effrénée des cercles de la banque et de la finance arc-boutés sur leurs droits acquis, retira tous les privilèges légaux attribués à toutes les banques à réserves fractionnaires et réduisit la dette publique à un montant que n'importe quel citoyen riche eût été en mesure de rembourser."   

 

Francis Richard

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 00:30

Revenir au capitalismeLe titre de ce livre, publié aux Editions Odile Jacob ici , paraît provocateur . En fait il ne l'est pas. 

Son auteur, Pascal Salin, professeur émérite de l'Université Paris-Dauphine, économiste qui ne cache pas ce qu'il doit à l'école autrichienne de Ludwig von Mises et de Friedrich Hayek, a l'immense avantage de ne pas être conformiste et surtout de raisonner, au lieu d'affirmer péremptoirement. 

Il ne répète pas ce que la plupart des soi-disant experts économiques disent aux politiciens. Lesquels reçoivent les paroles de ces experts comme pain bénit - ils ont accueilli aussi bêtement les paroles des experts du GIEC en matière de climat. Ils sont boursouflés d''importance parce qu'il leur est demandé d'intervenir en matière d'économie... Ce qu'ils font à tort et à travers.

Ce qui n'est pas banal de nos jours, Pascal Salin s'intéresse aux causes de la crise économique et financière actuelle. La première de ces causes est :

"L'extraordinaire instabilité de la politique monétaire menée aux Etats-Unis, mais aussi dans d'autres régions du monde"

Comme le souligne Pascal Salin :

"Il faut bien être conscient du fait que passer ainsi en quelques années de 8 à 3 % [entre juillet 1991 et septembre 1992], puis de 3 à 6% [en 2000], de 6 à 1% [en juin 2003], de 1 à 5,25% [en juin 2006], avant de tomber finalement à 0% [en décembre 2008] constitue la plus extraordinaire et irresponsable variabilité de taux d'intérêt que l'on puisse imaginer. Jamais une telle variabilité n'aurait pu se produire si les taux d'intérêt avaient été librement fixés sur les marchés financiers sans intervention arbitraire des autorités monétaires".

Pourquoi la Fed s'est-elle livrée à de telles variations ? Parce que la loi américaine assigne pour buts à la Fed "de veiller non seulement à la stabilité des prix, mais aussi à l'emploi et à l'activité économique".

La Fed croit donc bien faire en baissant ses taux pour relancer l'activité économique quand elle est au plus bas. Seulement "la croissance excessive des crédits d'origine monétaire qui ne correspondent pas à une épargne effective, mais à une création de crédits à partir de rien, conduit à l'apparition de "bulles financières"". La Fed croit alors bien faire en augmentant ses taux quand elle s'aperçoit que trop de liquidités ont été créées...

Plus loin Pascal Salin fait un parallèle entre la crise de 1929 et la crise actuelle, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il note :

"Comme dans les années 2000, la création monétaire des années 1920 s'était portée surtout sur les actifs financiers et n'avait pas provoqué une inflation importante des prix des biens et services, de telle sorte qu'elle n'avait pas attiré l'attention".  

En fait les prix auraient dû baisser en raison des gains de productivité... s'il n'y avait pas eu les interventions étatiques du président Hoover. De même la crise aurait été plus courte qu'elle ne l'a été si le président Roosevelt n'était pas non plus intervenu massivement avec son New Deal :

"La véritable guerre que Roosevelt a menée contre les entrepreneurs sur le plan fiscal comme sur le plan réglementaire, a certainement contribué en grande partie à la dureté de la Grande Crise. On ne peut pas espérer que des emplois se créent lorsqu'on spolie les créateurs d'emplois et qu'on les paralyse dans des contraintes excessives !"

Pascal Salin rappelle qu'il ne peut y avoir de croissance économique sans épargne, autrement dit sans capital et sans épargnants, ceux qui investissent eux-mêmes leur épargne et deviennent des capitalistes au vrai sens du terme, ou ceux qui prêtent. C'est tout un passage du livre qu'il faut citer pour le bien comprendre :

"Il n'y a aucun moyen d'augmenter la demande si les revenus n'augmentent pas et les revenus n'augmentent pas si la production n'augmente pas ( la valeur des revenus distribués est égale à la somme des valeurs  ajoutées créées par les entreprises). La croissance ne peut résulter que des décisions des producteurs de produire plus, soit en utilisant des facteurs de production supplémentaires, soit en utilisant mieux les facteurs de production existants, soit en proposant des produits et services nouveaux correspondant mieux aux besoins des consommateurs. Mais les processus de production se déroulent dans le temps, ce qui signifie que les producteurs anticipent les besoins futurs qui s'exprimeront sur les marchés une fois que les productions nouvelles se seront traduites par des distributions de revenus. Mais précisément parce qu'il existe de tels décalages dans le temps, les producteurs ne peuvent anticiper les besoins futurs qu'à condition d'en avoir les moyens, c'est-à-dire de disposer des ressources nécessaires pour mettre en oeuvre ces processus de production. Ces ressources sont obtenues par l'épargne, placée en fonds propres ou en fonds prêtables."  

Or les Etats s'ingénient justement à confisquer l'épargne par l'impôt ou l'emprunt, qui est un impôt différé. Ce faisant ils empêchent la croissance économique qui se produirait si des productions pouvaient être financées grâce à l'épargne. Ils ne laissent d'autre perspective que de consommer les ressources et ne se privent d'ailleurs pas, quand ils y parviennent, de taxer au passage. Contrairement aux idées reçues :

"Un acte de consommation est un acte de destruction de ressources, alors qu'un acte d'épargne est un acte de conservation de ressources."

C'est pourquoi Keynes a tort :

"La demande globale augmente du fait du déficit public et diminue du fait de la baisse de la consommation et de l'investissement dans la même proportion." 

Les politiques de relance ne servent donc à rien...

Les autres causes de la crise actuelle, que Pascal Salin développe dans son livre, sont un peu mieux connues : la politique de logement pratiquée aux Etats-Unis et les réglementations nocives. C'est pourquoi je laisse le soin à l'internaute de les approfondir lui-même en lisant ce livre indispensable à la compréhension de ce que nous vivons.

Toujours est-il que les causes de la crise actuelle peuvent se résumer en une seule, l'interventionnisme étatique, qui empêche les marchés de jouer leur rôle. Le capitalisme n'est donc pour rien dans cette crise, au contraire :

"La réglementation empêche la régulation, la déréglementation est le meilleur moyen de rendre possible l'autorégulation."

Pascal Salin montre que les faillites jouent le rôle d'assainissement des marchés et que là encore l'interventionnisme étatique est déplorable, qui plus est, immoral :

"En sauvant les établissements les plus mal gérés de la faillite, on enracine l'idée que l'irresponsabilité n'est pas grave, puisque l'Etat - c'est-à-dire en fait les contribuables - sera là pour éviter la sanction de la faillite."

Le sauvetage des établissements mal gérés se fait également au détriment de ceux qui le sont bien... 

Pascal Salin emploie cette image qui illustre bien le processus absurde de l'interventionnisme étatique :

"Dans le monde où nous vivons, l'Etat prétend pouvoir créer ex nihilo des ressources à dépenser et des crédits à distribuer, comme un alchimiste qui créerait de l'or à partir de rien !"

Il y a évidemment bien d'autres choses à apprendre dans ce livre, au style agréable, et d'une grande clarté:

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Et les choses pour le dire viennent aisément
"

disait Boileau...

Je terminerai par une dernière citation, qui se trouve d'ailleurs à la dernière page :

"A partir du moment où l'Etat intervient, on est dans le domaine de l'immoralité, parce qu'on est dans le domaine de la contrainte qui permet de porter atteinte aux droits légitimes d'autrui."

Francis Richard

Dans cette vidéo Pascal Salin explique de manière limpide l'objet de son livre :
   


 
Nous en sommes au

608e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi




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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 22:15
L'auteur est encore un jeune homme, mais il a tout de même vécu en Roumanie jusqu'en 1990. Par comparaison, il sait donc de quoi il parle quand il s'agit de capitalisme, lui, le fils de dissident roumain, qui a surtout bénéficié, contraint et forcé, des  bienfaits du socialisme oriental européen dans sa jeunesse.

Comme le nom l'indique, ce livre, publié aux Editions First (ici), est un plaidoyer pour le capitalisme libéral. Il n'est pas destiné aux convaincus, mais à tous ceux - et ils sont pléthore - qui se laissent bercer par les sirènes de l'interventionnisme de l'Etat ou par les détracteurs de l'économie de marché, qui bien souvent s'en prennent à sa caricature.

Dans ce livre didactique l'auteur montre qu'en réalité le capitalisme remonte à la nuit des temps. Au cours des siècles, l'humanité a dû son développement phénoménal, qui s'est accéléré avec la révolution industrielle, aux libertés économiques, c'est-à-dire au libéralisme.  

Il serait plus juste d'ailleurs de parler de libéralismes au pluriel, ce qui révèle bien la richesse de la pensée libérale. L'auteur distingue ainsi le libéralisme constitutionnel, l'économie politique "du droit naturel", l'économie politique "de l'utilité", le libéralisme social et le libéralisme radical. Mais tous ces courants se retrouvent dans la primauté donnée à la liberté, considérée comme un facteur fondamental d'accomplissement moral et social.

Que serait la liberté sans responsabilité ?

Les libéraux ne connaissent que les droits individuels et rejettent toute idée de droits collectifs.

De même la liberté et la propriété privée ne vont pas l'une sans l'autre:

La propriété privée constitue le meilleur support et la meilleure expression possible de la liberté individuelle dans un contexte concurrentiel.

Il est de bon ton de mettre devant le terme de libéralisme des préfixes, dans le but de le discréditer :

Le néolibéralisme est une invention des adversaires du libéralisme. Il n'y a jamais eu de "néo" ni d'"ultra" libéralisme. Comme il n'existe pas de "néostalinisme" ou de "néonazisme". On est stalinien ou non. On est fasciste ou on ne l'est pas.

Au contraire du fascisme ou du communisme, le libéralisme n'est pas une idéologie. L'auteur cite Jean-François Revel, qui dans La Grande Parade, écrivait :

Le libéralisme n'a jamais eu l'ambition de bâtir une société parfaite. Il se contente de comparer les diverses sociétés qui existent ou qui ont existé et de retenir les leçons à tirer de l'étude de celles qui fonctionnent ou ont fonctionné le moins mal.

Le libéralisme serait-il responsable de la crise économique que nous connaissons ? Les lecteurs de ce blog savent qu'il n'en est rien. Nicolas Lecaussin rappelle à son tour que c'est l'Etat américain qui a mis en place une politique d'accès à la propriété totalement insensée et qui a mené une politique monétaire risquée et imprévisible, en pratiquant tantôt des taux trop élevés, tantôt trop bas.

Nicolas Lecaussin a également beau jeu de tourner en ridicule l'accusation selon laquelle les déboires de l'agriculture seraient dus au libéralisme, alors que c'est le secteur le plus subventionné, par conséquent le plus éloigné du libéralisme.

Nicolas Lecaussin n'a aucun mal non plus à montrer que l'économie américaine est très réglementée, ce qui n'a pas empêché, au contraire, la crise d'y éclater :

Les réglementations aux Etats-Unis représentent plus de 75 000 pages d'écriture chaque année dans le Federal Register, 238 351 fonctionnaires (une hausse de 63% depuis 1980) et 40,8 milliards de dollars de dépenses fédérales. Rien que le contrôle des banques et du marché financier phagocyte un budget de 2,3 milliards de dollars par an.

Plutôt que le libéralisme c'est en fait l'étatisme qu'il faudrait mettre en accusation.

L'exemple de la France est particulièrement éloquent. Avec plus 6 millions de fonctionnaires (25% de la population active), la France est un des pays les plus étatisés d'Europe. Et les résultats sont loin d'être mirobolants.

Le taux de chômage y est de 10% en moyenne depuis la fin des années 1970, avec des pics à 14% et un creux à un peu moins de 8%. La France étatisée s'appauvrit :

Notre Etat qui confisque la moitié des richesses créées par les Français compte 11% de pauvres, 1 million d'enfants pauvres, 3 millions de personnes en manque de soins réguliers et 2,6 millions de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire.

Comment l'Etat utilise-t-il la moitié des richesses du pays qu'il confisque ? 

Pour partie il joue à l'entrepreneur. Nicolas Lecaussin évoque le désastre de Bull (coût : 6 milliards d'euros), celui du Crédit Lyonnais quand il était encore aux mains de l'Etat (coût : 15 milliards d'euros), les pertes de France Telecom entre 1995 et 2002 (cumul de 68 milliards d'euros de pertes) et... la participation des salariés de la SNCF à des bénéfices qui n'existent pas puisque l'entreprise est sous perfusion permanente (subventions annuelles : 11 milliards d'euros).

Pour partie il gère mal et dilapide l'argent public - les collectivités locales ne valent d'ailleurs guère mieux. En se basant sur les rapports de la Cour des comptes et des chambres régionales, l'addition estimée atteint au bas mot 100 milliards d'euros.

Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la dette du pays culmine officiellement en 2008 à 1'200 milliards d'euros, soit 67% du PIB. Ce que ne dit pas le livre, c'est que, de l'aveu même de François Fillon, le Premier ministre français, la dette atteindra bientôt officiellement 84% du PIB. Or les chiffres officiels ne sont même pas fiables. Traduction :

Un jeune homme de 20 ans aujourd'hui peut se dire qu'il aura encore à rembourser la dette de 2008 lorsqu'il aura 70 ans...

Enfin Nicolas Lecaussin fait quelques rappels sélectifs des scandales de corruption politique qui ont émaillé les trente dernières années, au fur et à mesure de l'étatisation massive initiée par les socialistes français au pouvoir dès 1981.

Le comportement de l'Etat français soulève donc le doute sur son aptitude à même remplir ses tâches dites régaliennes telles que la sécurité, la justice et la défense.

Pour sortir de la crise Nicolas Lecaussin prend le contre-pied de tout ce qui se dit ici ou là :

Remettre l'Etat à sa place, voilà l'une des premières solutions. Mais un Etat réduit au minimum. Ce qu'il faut aujourd'hui c'est moins d'Etat interventionniste et moins de dépenses publiques. Sinon, le scénario risque de se répéter.

La conclusion de l'auteur résume l'ouvrage qu'il faut lire pour se désintoxer si besoin est :

"Pour détruire l'Occident, il suffira de pervertir sa monnaie", disait Lénine. Ce ne sont pas les communistes qui ont réussi à la pervertir (la monnaie), mais les mauvaises politiques publiques et monétaires. La meilleure réglementation est faite par le marché lui-même. C'est l'offre et la demande qui régulent l'environnement économique et financier. Et c'est l'innovation et la création des individus qui font vivre l'économie. N'en déplaise à ses détracteurs, aucune intervention de l'Etat ne pourra se substituer à (ou compenser) la vitalité créatrice de l'individu qui a besoin d'un marché libre et concurrentiel.

Francis Richard 


Alternative Libérale (ici) a posté sur Dailymotion un entretien avec Nicolas Lecaussin que je me fais un plaisir de mettre à la disposition de l'internaute :


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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 11:10

Ce livre porte un sous-titre qui peut être dissuasif : « Cours familier d'anthropologie ». Il pourrait laisser croire qu'il s'agit d'un livre savant au sens d'incompréhensible, alors qu'il n'en est rien. Il est bien savant, rassurez-vous, mais il reste tout à fait accessible au commun des mortels dont je fais partie.


Avec  ce livre Chantal Delsol veut apporter une contribution originale. Elle veut parler de l'homme à un moment où peu de gens veulent encore dire quelque chose à son sujet. Elle le fait très bien parce qu'elle réussit à esquisser « la figure humaine universelle », comme elle s'en est donnée le but.


Tout commence pour elle par ce qui distingue l'homme des animaux. L'homme a conscience qu'il est mortel. Chantal Delsol estime comme hypothèse la plus probable que l'homme descend des grands singes. Un de ces grands singes serait devenu un homme à partir du moment où il aurait enterré les siens.


Il n'est pas besoin de suivre Chantal Delsol sur ce terrain-là, celui de l'évolution, pour admettre que cet acte d'enterrer les siens signifie bien que l'homme « se sait mortel, s'en étonne et s'en désole ». Cela a, en tout cas, une conséquence : par là même il se différencie des autres animaux.


Pour l'homme les explications de la mort sont multiples. Les religions considèrent que la mort est un passage obligé qui conduit à l'éternité. A propos de la mort les sagesses parlent d'illusion. Les idéologies gomment la mort qui n'existe pas au regard de la masse qui, elle, serait immortelle. La technique fait miroiter une immortalité biologique qui peut-être « conserverait la vie, mais en perdrait la fleur ».


Toute société est destinée à durer
 : « Mortels par nature et par définition, les humains deviennent immortels de façon symbolique, en se perpétuant par la génération ». Mais « à quel prix faut-il durer ? ». Suivant les époques les Européens répondront différemment à cette question.


« Le danger mortel et l'espérance du « salut » représentent les arguments décisifs des régimes autoritaires anciens et modernes » : « durer n'a pas de prix ». « Chez Augustin s'efface (...) la prévalence du salut et de l'immortalité de la cité, parce que mesurée dès lors au salut dans sa dimension transcendante » : « durer a un prix, d'autres valeurs sont plus importantes ». Aujourd'hui cette dernière conviction est de retour, mais sans le christianisme...


Or, « pour durer, il faut qu'une société moderne (ou qui ne se perpétue pas par le seul instinct) sache pourquoi elle dure. Autrement dit, plus les conséquences de l'instinct sont contrôlées, plus le sens est nécessaire. La contraception, qui peut donner à une société les moyens de se suicider, serait en quelque sorte compensée par la religion qui lui offre des raisons de vivre ».


La différenciation entre le bien et le mal
est universelle s'il existe des divergences dans le contenu précis : « Mais sur l'essentiel il existe une communauté de pensée, même sans influences réciproques ». Ce que l'auteur désigne par l'intuition universelle de la norme. Pour y parvenir il convient d'introduire la notion de séparation.


La séparation peut être comprise dans des sens opposés. Les êtres sortent du chaos en se séparant de l'être et c'est le sens bénéfique de la séparation. A contrario le mal est ce qui sépare les hommes. Le bien est ce qui les réunit. Et, pour couronner le tout, la créature, qui ne serait pas libre autrement, est un mélange de bien et de mal. Quelles que soient les explications culturelles que l'on se donne sur l'origine du mal.


Parmi les exemples de délabrement moral Chantal Delsol donne celui du principe de séparation dans le nazisme et du retour au chaos dans les idéologies égalitaires, qui aboutissent aujourd'hui au relativisme - « toutes les croyances et tous les comportements se valent » - lequel se caractérise par la négation de toute différence.


L'homme est un héritier
 : de la culture, de la civilisation et du hasard (ou de la bonne fortune). Il n'y peut rien, mais il ne serait rien non plus « sans cette appartenance imposée » : « L'héritage ne rendra pas l'homme immortel. Il lui conférera son humanité ».


« Alors que la culture savante s'enracine dans les sciences et les philosophies, l'art de vivre trouve sa source dans les religions et les sagesses. (...) Les sociétés modernes accordent un prix immense à la culture savante et ne se soucient guère de l'art de vivre, comme si la connaissance pouvait remplacer le souci des êtres et le discernement devant les situations ».


« La transmission est l'inculcation, à un être LIBRE, de croyances INCERTAINES. Cette double indétermination en fait un acte tout autre que la production, où les éléments premiers sont bruts et manipulables, et où la volonté du créateur est sûre d'elle-même et univoque. L'existence de l'aléatoire, à la fois dans la personne de l'éduqué et dans les visées de l'éducateur, livre cette activité au doute et à l'imperfection. La conséquence de la transmission dès lors n'est plus résultat, mais fruit, n'est plus production, mais fécondité ».


Malheureusement la transmission a été corrompue par l'autorité excessive du père et la culture a été dépravée par le désespoir, né de la révélation des horreurs que l'homme était capable de commettre : « Le renoncement si fréquent de la transmission suit aujourd'hui une sorte d'abandon culturel, qui s'exprime par le dédain et le ricanement ». Mais « aucune société humaine ne saurait, quelles que soient ses raisons, passer outre la transmission ».


A sa naissance et à sa mort l'homme est seul. Durant son existence, l'homme n'est pas tout seul, mais il est distinct. La distance qui le sépare des autres, il a besoin de la combler en tissant des liens : « Le lien n'est pas voué à se dissoudre, pour laisser enfin les deux parties réunies en une seule. Il est voué à une existence permanente, entre deux parties demeurées distantes l'une de l'autre, et différentes ».


Les liens se tissent au travers des dons et des contre-dons : « Obligé est celui qui reçoit le don et se voit redevable du contre-don. Une partie de soi ne lui appartient plus, mais appartient virtuellement à l'autre. Il ne se possède pas soi-même entièrement. D'où cette sensation de moindre-être et d'infériorité face à son créancier ».


L'esprit de commerce aurait dû « (engager) vers la douceur et (écarter) les sociétés du fanatisme ». Seulement « la guerre appartient au monde de la gratuité et le commerce au monde de l'intérêt ». La dette se substitue alors au don pour créer le lien : « cette intime correspondance du lien avec la dette incite l'individu contemporain à refuser le lien, pour ne pas être engagé dans la dette ».


« Dans le don, on a fini par ne plus voir que l'inégalité, parce que l'inégalité est devenue l'obsession de nos sociétés. Celui qui donne possède plus. Et inversement. Scandale. La situation de parfaite égalité est inaccessible, comme on a fini par se l'avouer après un siècle de communisme. Mais au moins faudrait-il passer l'inégalité sous silence, en remplaçant le don visible par la redistribution anonyme. » C'est ainsi que le dû remplace le don et que le lien est rompu.


Trois passions sont représentatives de notre époque : l'indépendance personnelle, l'égalité et la matière. Toutes trois engendrent « l'esseulement général » dont l'homme contemporain souffre.  Il aimerait bien nouer des liens, mais cela demande un effort. Or le dû justement permet de ne plus faire d'effort et, au final, par refus de l'effort, l'homme ne cherche plus son accomplissement, qui lui est pourtant intrinsèque.


L'indépendance personnelle se retrouve dans les relations civiles. Elles n'ont jamais été aussi médiocres. Chantal Delsol rappelle que les mauvais comportements ne sont pas affaire de milieu, mais d'éducation. Laquelle ne se donne pas à coups d'allocations. L'éducation n'est pas affaire matérielle. L'égalité se retrouve dans le refus de la différence, à moins qu'elle ne soit folklorique. Là encore le lien est remis en cause, « parce que le véritable lien ne va pas du même au même, mais du même à l'autre ».


Chantal Delsol termine son livre en parlant des deux pôles que constituent pour l'homme l'enracinement et l'émancipation : l'homme a besoin à la fois de l'un et de l'autre. Et c'est tout le problème de sa condition. Il ne peut pas échapper complètement aux déterminations qui font de lui ce qu'il est. Il tente cependant de le faire pour échapper notamment à la souffrance que représente pour lui la conscience qu'il doit lutter pour vivre.


Quand il s'émancipe, l'homme ne cherche rien d'autre qu'un nouvel enracinement : « L'émancipation est bien un arrachement, mais sans autre but que de rejoindre une autre appartenance, jugée meilleure, plus convenable et plus juste ».


Avec les Lumières - celles de la faction qui l'a emporté lors de la Révolution française ( voir mon article sur Les racines de la liberté, de Jacques de Saint Victor  ) - il s'agit d' « abolir l'enracinement au lieu d'en modifier les contours » : « La volonté de supprimer tout enracinement signe la présence d'une émancipation pervertie ».


Cette perversion se traduit ainsi : « Nous savons que la volonté d'émancipation peut tuer, mais ces assassinats nous indignent moins que d'autres, parce qu'ils obéissent au processus de l'universel. Tandis que les massacres et destructions humaines perpétrés au nom de l'enracinement - les guerres patriotiques - nous plongent dans un état de fureur : leurs finalités sont indignes, parce qu'elles font injure au progrès ».


Or « le progrès corrompt en même temps qu'il améliore. En tant que nouveauté, il apporte aussi des corruptions nouvelles, auxquelles on n'avait pas pensé : ce qu'une société raisonnable peut tenter d'anticiper ; ce qu'elle peut au moins accepter de reconnaître, et de remettre en cause ».


« L'époque contemporaine, en Occident, a éloigné le plus possible les individus de leurs groupes identitaires, afin de les soustraire à des oppressions bien connues. Mais elle a remplacé les appartenances particulières par une appartenance globale, laquelle s'avère peut-être plus oppressive, quoique à l'insu de tous ».


Aussi, à cette faction des Lumières qui l'a emporté, Chantal Delsol préfère-t-elle les Lumières d'un Vico : « Ce sont les hommes qui font l'histoire, dit Vico, et à ce titre ils la connaissent, car on ne connaît bien que ce que l'on a fait ». Pour Vico, « les normes de chaque temps demeurent relatives, parce que relevant d'un jugement d'expérience, mais toujours selon un ordre voulu par l'homme dans l'histoire, parce que l'homme est créature de Dieu ».


En définitive « l'homme possède à la fois des racines et des ailes. La grande erreur de notre temps est de ne pas l'avoir encore compris ».


Quand j'ai décidé de parler de ce livre j'ai eu deux tentations : celle de le résumer en quelques lignes et celle de le citer en abondance pour mettre en appétit. J'ai cédé à la seconde de ces tentations, en multipliant les citations, pour bien montrer que ce livre était dense et que j'aurais bien du mal à ne pas le trahir si je le résumais sommairement.


En relisant ce que j'ai écrit ci-dessus je me rends compte que je n'ai pas développé tel ou tel point. Je ne pense pas que cela soit bien grave, si j'ai pu donner envie à l'internaute d'aller voir lui-même dans le détail tout ce que ce livre essentiel peut lui révéler sur lui-même et sur l'époque dans laquelle il se meut.


L'internaute aura pu avoir confirmation de ce que je disais en préambule, via les citations que je fais : Chantal Delsol est une véritable pédagogue. Ce qui n'est guère étonnant puisque ce livre serait un condensé de cours qu'elle donne à l'université.


Que l'on soit au diapason ou non avec ce que Chantal Delsol écrit, force est de constater que son livre amène à une réflexion profonde sur notre condition, qui ne s'avère pas aussi simple que l'on pourrait le penser.


Francis Richard

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 21:00

Le prix Wikiberal 2008 a été décerné aux "Racines de la liberté" de Jacques de Saint Victor ( ici ), livre paru à l'automne 2007 aux éditions Perrin. Le prix Wikiberal "vise à récompenser le meilleur essai sur le libéralisme ou promouvant la philosophie libérale" ( ici ).

Ce livre est très intéressant parce qu'il montre que Les Lumières ne sont pas le bloc que ses partisans, et ses opposants, présentent d'habitude. En effet l'histoire des idées de liberté, au sens politique, est compliquée et c'est le mérite principal de ce livre de dénouer l'échevau et d'en dérouler un grand nombre de fils.

Jacques de Saint Victor  s'est intéressé à l'évolution des idées de liberté en France entre 1689 et 1789. Cette évolution des idées permet de comprendre pourquoi la France n'a pas pu faire l'économie d'une révolution sanglante. Il existait pourtant bien d'autres solutions que celle de vouloir faire table rase du passé qui devait finalement triompher, et il ne manquait pas d'auteurs tels que Boulainvilliers, Mably ou Montesquieu pour les théoriser.

Le débat ne se limitait pas entre les partisans de l'absolutisme administratif de la monarchie et les tenants de la rupture complète avec cette dernière. Il y avait entre ces deux extrêmes des courants aux multiples nuances. C'est ce débat oublié - sous-titre du livre - que Jacques de Saint Victor nous restitue au fil de ces cent ans décisifs et, je crois, de manière novatrice.

S'inspirant du livre de l'historien anglais Pocock sur le "Moment machiavélien", Jacques de Saint Victor met l'accent notamment sur le courant républicaniste d'origine anglo-saxonne en France. Ce courant voulait restaurer une monarchie plus limitée en renonçant au religieux et en se basant sur l'histoire, sur une monarchie mythique, caractérisée par le consentement du peuple et l'accord du roi, un retour aux libertés germaniques en quelque sorte. Jacques de Saint Victor nous rappelle également l'échec des physiocrates qui devait discréditer le doux commerce auprès de la population.


Le chapitre consacré à Montesquieu est particulièrement éblouissant. Montesquieu est un auteur beaucoup plus riche que l'on ne pense. Jacques de Saint Victor insiste particulièrement à la fois sur l'importance pour lui de l'histoire germanique, sur le fait qu'il ne cherche pas à renforcer les corps intermédiaires au profit des privilégiés, contrairement à certaines interprétations, et sur sa conviction qu'il convient d'adopter une organisation institutionnelle permettant le libre commerce.

Le parallèle que fait Jacques de Saint Victor entre l'Angleterre et la France conduit à discerner pourquoi les événements ne se sont pas déroulés de la même façon dans les deux pays. La situation sociale différente a joué pour beaucoup dans la différence de scénario, du fait paradoxal de la plus grande égalisation des conditions en France qu'en Angleterre. Mais il y a aussi la désunion entre les membres de la noblesse, dont les actions se sont annulées, et qui bénéficiaient en outre d'avantages fiscaux que leurs homologues anglais ne connaissaient pas. 

Le libéralisme économique anglo-saxon n'a pas vraiment pris en France. Certes il y a eu l'épisode malheureux des physiocrates, mais il y a aussi que, "dans la pensée dominante française, la liberté se définit avant tout dans un idéal civique, rêve jamais entièrement atteint, mais jamais entièrement abandonné". Ce qui se traduit par la conviction que la liberté individuelle peut être mise en danger par une recherche frénétique de celle-ci, si elle se met à ignorer la chose publique.

Francis Richard

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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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