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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 22:55
Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté, à la Fondation Bodmer

Aujourd'hui, à 18 heures 30, a lieu, à La Fondation Martin Bodmer, dirigée par Jacques Berchtold, le vernissage de l'exposition Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté.

 

Les deux commissaires de cette exposition sont Stéphanie Genand, présidente de la Société des études staëliennes ( Paris) et Léonard Burnand, directeur de L'Institut Benjamin Constant (Lausanne).

 

Cette exposition commémore le 200e anniversaire de la mort de Germaine de Staël et le 250e anniversaire de la naissance de Benjamin Constant.

Portrait de Benjamin Constant (vers 1815) par un anonyme et de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène (1808) par Elisabeth Vigée-Lebrun

Portrait de Benjamin Constant (vers 1815) par un anonyme et de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène (1808) par Elisabeth Vigée-Lebrun

Germaine de Staël et sa fille Albertine, par Elisabeth Vigée-Lebrun

Germaine de Staël et sa fille Albertine, par Elisabeth Vigée-Lebrun

Germaine de Staël et Benjamin Constant sont deux enfants des Lumières. Ils forment un couple en révolution, qui regrette la bonne, celle de 1789 et de la première Déclaration des droits de l'homme, et rejette la mauvaise, celle de 1793 et de la Terreur. Ils sont tous deux écrivains et ont laissé des écrits intimes.

Engagement réciproque

Engagement réciproque

L'exposition expose justement de tels documents, et notamment l'engagement réciproque entre ces deux figures majeures de l'histoire littéraire et politique (avril 1796):

 

Nous promettons de consacrer réciproquement notre vie, nous déclarons que nous nous regardons comme indissolublement liés, que notre destinée, sous tous les rapports, est pour jamais en commun, que nous ne consacrerons jamais aucun autre lien, et que nous resserreront ceux qui nous unissent, aussitôt que nous croirons le pouvoir.

 

Je déclare que c'est bien du fond de mon coeur que je contracte cet engagement, que je ne connais rien sur la terre d'aussi aimable et d'aussi bon que Mad. de Staël, que j'ai été le plus heureux des hommes pendant les quatre mois que j'ai passés avec elle, et que je regarde comme le plus grand bonheur de pouvoir rendre la sienne heureuse, vieillir doucement avec elle, et arriver au terme avec l'ame qui me comprend et sans laquelle il n'y aurait plus pour moi aucun interet aucune emotion [sur] cette terre.

 

Benjamin Constant

Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté, à la Fondation Bodmer

Benjamin tient son journal intime dans le plus grand secret et pour être sûr qu'il soit bien gardé, il le rédige en caractères grecs...

Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté, à la Fondation Bodmer

De nombreuses éditions rares et précieuses des écrits de l'une ou de l'autre sont exposées: ci-dessus deux exemplaires de l'édition de Londres, de De l'Allemagne, livre écrit par Germaine, les exemplaires de l'édition de Paris ayant été détruits sur ordre de l'empereur Napoléon 1er ...

 

Pour les participants au Colloque sur l'actualité de Benjamin Constant, dont j'ai rendu compte sur ce blog les 7 mai 2017 et 9 mai 2017, une vitrine est consacrée à La liberté en tout, ce qui rappelle le fameux texte de Benjamin Constant dans Mélanges de littérature et de politique.

Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté, à la Fondation Bodmer

Dans ce texte, Benjamin Constant disait:

 

J’ai défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j’entends le triomphe de l’individualité, tant sur l’autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité. 

 

Un regret: dans cette vitrine sur La liberté en tout, il est question d'ouvrages sur la liberté de la presse, sur l'abolition de l'esclavage, sur la liberté politique etc. ce qui est très bien, mais la liberté économique, défendue également par Benjamin Constant, est pudiquement ignorée, sans doute parce que ce n'est pas très culturel, ni tendance...

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté:

Dates:

Du 20 mai au 1er octobre 2017

Horaires:

Du mardi au dimanche, de 14h à 18h

Fermé le lundi

Nocturnes culturelles jusqu'à 21h chaque premier mercredi du mois

Lieu:

Fondation Martin Bodmer

Route Martin-Bodmer 19

1223 Cologny (Genève)

Tél.: +41 (0) 22 707 44 33

Germaine de Staël et Benjamin Constant - L'esprit de liberté, à la Fondation Bodmer
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 22:45
Madame de Staël et la Suisse, conférence de Stéphanie Genand

Après son Assemblée générale ordinaire, ce soir, l'Asssociation Benjamin Constant reçoit, après sa partie statutaire, le professeur Stéphanie Genand, pour une conférence sur Madame de Staël et la Suisse. Cette conférence est donnée dans le cadre historique et émouvant du Cercle Littéraire, sis au 7 de la place Saint-François, à Lausanne, c'est-à-dire dans la maison où Benjamin Constant est né le 25 octobre 1767.

 

Initialement c'était le professeur Jean-Claude Berchet de l'université de Paris-Sorbonne qui devait donner ce soir une conférence sur Chateaubriand et le libéralisme. Mais, devant subir une opération urgente, celui-ci a dû renoncer à venir à Lausanne une semaine seulement avant la date prévue. L'an prochain, il est toutefois d'ores et déjà agendé qu'il sera le conférencier intervenant après l'Assemblée générale.

 

Le professeur Léonard Burnand, de l'université de Lausanne, président de l'Association Benjamin Constant, a donc dû faire appel au pied levé à sa collègue française Stéphanie Genand, qui, depuis 2007, enseigne la Littérature du XVIIIe siècle à l'université de Rouen. Elle est membre de l'Institut Universitaire de France, promotion 2010. L'an passé cette éminente universitaire a soutenu une Habilitation à Diriger des Recherches, HDR. Cette année, elle est devenue présidente de la Société des études staëliennes.

 

Germaine de Staël est née à Paris le 22 avril 1766, d'un père genevois, Jacques Necker, et d'une mère vaudoise, Suzanne Curchod ... Depuis 200 ans, la critique s'intéresse à la question de savoir si l'auteur de De l'Allemagne est française ou suisse, sans pouvoir la trancher de manière définitive. En 1916, Pierre Kohler publiait un livre sous le titre choisi pour la conférence de ce soir. En 1968, Simone Balayé traitait encore de ce sujet. Plus récemment, Roger Francillon le traitait à son tour.

 

La question peut s'envisager sous plusieurs angles. Par exemple, sous celui du droit. Or le droit en la matière est mouvant. Madame de Staël, à sa naissance, est française. C'est alors, en effet le droit du sol qui s'applique. Trente ans plus tard, en 1796, sous la Révolution, il faut être propriétaire terrien pour l'être et elle ne l'est pas. En 1799, le droit évolue encore: il faudrait qu'elle soit mariée à un Français et elle est mariée, depuis 1786, à un... Suédois, le baron de Staël, ambassadeur de son pays auprès de Louis XVI.

 

Sous l'angle du ressenti, la question est tout aussi mouvante. Madame de Staël tantôt désire la Suisse, tantôt la déteste. Elle commence par ne pas l'aimer. Elle reproche à la Suisse d'être un pays d'ennui. Dans une lettre, écrite à Zurich et datée d'avril 1794, elle se dit "pénétrée d'ennui" et précise: "J'aimerais mieux le fond du lac que ses bords". En fait elle trouve qu'en Suisse, il y a trop de montagnes, trop de glaciers, trop de lacs... et, sans doute, pas assez de salons.

 

Dès la fin de la Révolution, Germaine de Staël considère que l'idée de liberté est pervertie en France, surtout après l'avènement de Napoléon en 1804, année au cours de laquelle son père meurt et où elle hérite de son château de Coppet. La Suisse devient alors pour elle le pays de ses parents. C'est, de plus, à ce moment-là qu'elle fait le choix d'être enterrée en Suisse après sa mort... alors qu'elle craignait d'y être enterrée vivante dix ans plus tôt.

 

En fait on peut qualifier son appartenance de transfrontalière. Elle n'est pas la seule à être dans ce cas-là. Comme elle, le lausannois Benjamin Constant et le bernois Charles Victor de Bonstetten entretiennent des relations conflictuelles avec leurs pays natals. Tous trois ont naturellement tendance à résister à ce qui pourrait les enfermer et ont besoin de se sentir étranger dans un pays pour y rester libres et lucides. Pour eux, il n'est, en fait, pas de pays idéal.

 

Enfin, sous l'angle généalogique, le "romand familial des Necker" permet d'appréhender l'évolution de Germaine de Staël pour ce qui concerne ses racines. Cette dernière pense d'ailleurs que pour comprendre un texte il faut en restituer l'archéologie et découvrir l'homme dans l'écrivain. Pourquoi donc ne pas employer cette méthode pour élucider la question?

 

Pour sa mère, Suzanne, Paris est un cauchemar et elle s'y sent comme une plante déracinée. Elle pense qu'il faut être né dans ce pays pour s'en sortir et elle fait croire à sa fille qu'elle est complètement française. Son père est plus souple. Il faut dire que ce genevois est habitué aux changements de nationalité...  Au fond, la plante Necker prend en France, tandis que la plante Suzanne non.

 

Petite, Louise, qui n'est pas encore Germaine, écrit, à 12 ans, une comédie intitulée Les inconvénients de la vie de Paris. Dans cette pièce, deux petites filles se disputent la préférence de leur mère. L'une, c'est la petite des campagnes, et l'autre, la petite des salons. Au début c'est la seconde qui a la préférence maternelle, mais, à la fin, la situation s'inverse et c'est la première qui devient la préférée. Dans une autre comédie, La signora Fantastici, écrite à 44 ans, Germaine de Staël en vient à rire de l'ennui suisse... qui la faisait jadis détester la patrie de ses parents.

 

La grande leçon, à laquelle Germaine de Staël est parvenue, n'est-elle pas qu'il faut lâcher ses habitudes, pour laisser la vie arriver?

 

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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