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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 21:30

Chalet-de-montagne.jpgL'initiative sur les résidences secondaires soumise à votation le 11 mars 2012 est typiquement étatiste. 

 

Cette initiative intitulée "Pour en finir avec les constructions de résidences secondaires envahissantes" a été lancée le 20 juin 2006 par la Fondation Franz Weber et Helvetia Nostra ici . 

  

108'497 signatures valables ont été déposées le 18 décembre 2007, soit deux jours avant le délai imparti  pour aboutir. Rejetée par le Conseil fédéral et le Parlement, elle est soutenue par les socialistes, les verts et le parti évangélique.

  

Si cette initiative est adoptée par le peuple le 11 mars prochain, un nouvel article, 75b, de la Constitution fédérale, venant après l'article 75, qui traite de l'aménagement du territoire, et l'article 75a, qui traite de la mensuration, comportera deux alinéas ici :

  

"1 Les résidences secondaires constituent au maximum 20 pour cent du parc des logements et de la surface brute au sol habitable de chaque commune.

2 La loi oblige les communes à publier chaque année leur plan de quotas de résidences principales et l'état détaillé de son exécution."



Sous le prétexte utopiste d'empêcher le bétonnage et de préserver les paysages, il s'agira donc d'imposer un quota unique, 20%, de résidences secondaires à tout le territoire national, sans considération des particularités cantonales ni communales, sans même que les cantons ni les communes ne puissent décider autrement, ce qui est contraire au principe de subsidiarité sur lequel le fédéralisme helvétique repose [la photo provient d'ici]

  

Il s'agira donc aussi d'imposer aux communes un contrôle inquisitorial de l'habitat par la Confédération, en lui conférant un rôle exorbitant en matière d'aménagement du territoire, qui incombe pourtant aux cantons selon l'article 75 de la Constitution.

 

Ces mesures étatistes seront évidemment préjudiciables aux régions touristiques, où les quotas sont, pour la plupart d'entre elles, déjà atteints, et y provoqueront hausses des prix des terrains et des constructions, puisque la demande y sera dès lors supérieure à l'offre, et pertes de places de travail, puisque la clientèle sera dissuadée de s'y établir et ira voir ailleurs.

 

Ces mesures étatistes empêcheront les propriétaires de résidences principales d'acquérir des résidences secondaires dans les lieux de leur choix, notamment dans leurs lieux d'origine, et favoriseront la construction dans des lieux où les quotas ne seront pas encore atteints. C'est l'effet vicieux habituel de l'instauration de quotas. 

 

Cette propension à unifier tout est typiquement étatiste. Il s'agit de refuser les différences, de vouloir tout égaliser et tout régenter, de ne pas donner le choix, bref d'imposer par voie d'autorité et de ne laisser aucune liberté. C'est ce que j'appelle le syndrome d'unicité.

 

Ce syndrome d'unicité est présent dans d'autres initiatives, telle que celle sur le prix unique du livre qui voudrait empêcher la disparition de librairies traditionnelles et permettre l'accès de tous au livre. J'ai montré ici que c'était illusoire. Et Dieu sait que je ne suis pas hostile au livre puisque j'en achète entre 150 et 200 par an...

 

Ce syndrome d'unicité se retrouve dans l'initiative en cours de récolte de signatures "Pour une caisse publique d'assurance-maladie" ici, lancée le 1er février 2011. La caisse publique en question, si l'initiative aboutissait et qu'elle était adoptée par le peuple, serait une institution nationale unique de droit public. C'est tellement plus simple, croit-on, qu'il n'y ait plus qu'une seule caisse pour réduire les frais. En France on voit le résultat...

 

Dans l'esprit de ces utopistes, unique ne signifie pas exceptionnel ou incomparable, mais obligatoire, sans autre possibilité donnée à ceux à qui l'objet est imposé. Unique est pour eux la panacée, la solution simple, qui résout tout ce qui est complexe et qui permet de ne pas se poser de questions, ne laissant aucune échappatoire. Dans la même acception du terme, souvenons-nous qu'il y a le parti unique... 



N'oublions pas non plus, pour notre gouverne, ce qu'écrivait Antoine Houdar de la Motte il y a quelque trois siècles :



 " C’est un grand agrément que la diversité.
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité."



Il se pourrait bien en effet que nos descendants, lisant l'histoire de notre époque, disent à leur tour, en l'imitant :



" Les ennuis naquirent un jour de l'unicité."



Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 11:45

UBS 20 MinutesOnze banques établies en Suisse sont dans le collimateur de l'administration fiscale américaine depuis des mois : le Credit Suisse, la banque Julius Baer, la banque Wegelin, la Banque cantonale de Zurich (ZKB), la Banque cantonale de Bâle (BKB), la Neue Zürcher Bank, la filiale suisse de HSBC, la banque liechtensteinoise LLB et les banques israéliennes Leumi, Hapoalim et Mizrahi.

 

La banque Wegelin a été la première fin janvier à être poursuivie en tant que telle. Ses associés, comme je l'ai raconté ici, ont préféré assumer seuls leurs responsabilités, en soustrayant aux poursuites leurs collaborateurs et leurs clients qui n'ont aucun rapport avec les Etats-Unis, et en donnant, par là-même, l'exemple de ce qu'il faut faire pour épargner les conséquences de leurs actes à ceux qui n'y sont pour rien.

 

Que reproche-t-on à ces onze banques ? D'avoir repris sans vergogne les clients américains d'UBS qui persistaient à vouloir échapper aux foudres de la justice américaine. Comment cette dernière a-t-elle eu connaissance des noms des banques où s'étaient réfugiés ces ressortissants américains fuyant l'UBS ? Par l'UBS elle-même [la photo provient d'ici] qui, après avoir livré les noms de 4'000 de ses clients et payé une amende de 780 millions de dollars, a été contrainte par la FINMA, le gendarme suisse des marchés financiers, de livrer ces informations dans le cadre de l'aide administrative entre la Suisse et les Etats-Unis...

 

Pour justifier cette inquisition fiscale américaine, on parle de moralité. Ce ne serait pas moral de se livrer à de la soustraction fiscale - le terme consacré en Suisse pour l'évasion fiscale - tandis que tant de bons et loyaux citoyens déclarent et paient leurs impôts, paient donc à la place des évadés du fisc, paient donc davantage qu'ils ne devraient si tout le monde était soumis à la même pression fiscale.

 

Ce raisonnement tiendrait si les Etats d'où l'on s'évade, quand on peut, en l'occurrence les Etats-Unis, remplissaient uniquement leurs fonctions régaliennes de justice et de sécurité intérieure et extérieure. Or ce n'est évidemment pas le cas. Ils dépensent sans compter pour remplir des tâches qu'ils se sont attribués. Cela leur permet de se donner de l'importance et de faire de la redistribution sociale, rebaptisée, de manière inappropriée, justice sociale. En réalité cela permet aux politiciens de se constituer une clientèle électorale et de faire perdurer ce système lucratif, pour eux et leurs protégés.   

 

Ces Etats-Providence dépensent tellement sans compter qu'ils sont bouffis de dettes et accumulent les déficits. Pour compenser en partie cette mauvaise gestion des fonds publics et dissimuler leurs erreurs économiques et politiques, ils augmentent les impôts de manière toujours plus inconsidérée - un vol béni par la loi - et s'en prennent plus particulièrement aux plus riches de leurs concitoyens. Ils deviennent ainsi, de plus en plus, des enfers fiscaux, où la sphère privée est réduite à la portion congrue.

 

Pour que rien n'échappe à sa ponction, l'administration fiscale de ces Etats doit en effet pouvoir tout savoir de vous, dans le moindre détail. Elle doit pouvoir connaître toutes vos dépenses, tous vos revenus, tous les éléments de votre fortune, si tant est que vous en ayez une, et s'assurer que vous ne lui cachez absolument rien qui ne puisse être imposé d'une manière ou d'une autre. Vous ne devez avoir aucun secret pour elle, a fortiori bancaire. Vous êtes de plus en plus en liberté surveillée.

 

Si vous avez par vos activités rejoint le club des plus riches, vous êtes l'objet d'une sollicitude fiscale que vous ne pensiez pas mériter. Alors vous cherchez des moyens de ne plus voir confisquer une grande part des fruits de vos activités, justes récompenses de votre travail et de votre créativité. Vous cherchez à vous évader de cette prison, plus ou moins douce. Vous avez tort, ou vous n'avez rien compris.

 

L'argent que vous avez gagné ne vous appartient pas. Il est propriété de l'Etat qui ne vous laisse que ce qu'il veut bien vous laisser après vous avoir assuré de services que vous n'avez pas demandés et dont, pour la plupart, d'ailleurs, vous ne profitez pas, puisqu'ils sont réservés aux protégés dont vous ne faites évidemment pas partie.

 

Aux Etats-Unis, comme dans d'autres pays, la main droite de l'Etat ignore volontairement ce que fait sa main gauche. La main droite américaine ignore, par exemple, ce que fait sa main sinistre en permettant au Delaware d'être le refuge non seulement d'évadés des fiscs latino-américains, mais la grande blanchisserie de criminels en tout genre en provenance d'Amérique Centrale et du Sud.

 

Les onze banques, dans le collimateur des Etats-Unis, s'en tireront comme l'UBS au terme d'une négociation entre Etats. Elles céderont en fait au chantage des Etats-Unis qui peuvent, via la Federal Reserve, les faire mourir en leur interdisant toutes activités en dollars : rien que pour cette raison il serait bon et moral que l'hégémonie ébranlée du dollar se termine enfin...

 

Les onze banques, tôt ou tard, paieront donc des amendes et livreront les noms de leurs clients américains. Un moment de honte étant vite passé, bientôt on ne parlera plus de cette ignominie, qui consiste à trahir ceux qui vous ont fait confiance et, comme Judas, à les livrer aux autorités.

 

Le secret bancaire, que l'on ne défend que quand il est violé au détriment d'un homme du sérail public qui a fauté, ne sera plus qu'un souvenir. Il faut bien vivre... et les banques suisses ont du savoir-faire, à défaut d'être en mesure de se conformer à leurs principes, dont l'infraction était naguère punissable.

 

L'Hebdo de cette semaine ici fait partie de ces résignés à la disparition du secret bancaire :

 

"L'affaire des banques prises dans le collimateur de la justice américaine n'est qu'un début. La Suisse devra aussi céder à l'Union européenne et aux pays émergents."

 

Même si l'Union européenne et les pays émergents ne pratiquent pas encore l'extraterritorialité en matière fiscale comme les Etats-Unis...

 

Un monde libre ne peut que reposer sur les droits de propriété et la protection de la sphère privée qui en découle. Le secret bancaire est un élément de cette sphère privée, auquel les Suisses sont majoritairement attachés. Avec sa disparition programmée par des Etats à l'esprit et à l'action totalitaires, le monde sera moins libre et c'est bien regrettable. Cela ne présage rien de bon.

 

Les clients étrangers des banques suisses, s'ils ne sont pas tentés de transférer leurs avoirs vers des cieux plus paradisiaques, devront donc vivre sans secret bancaire, c'est-à-dire moins bien, sous surveillance, transparents, exposés tout nus à leurs pays d'origine.

 

Puissent les clients fédérés, et résidents, des banques suisses, toujours bénéficier chez elles de la protection de leur intimité et de leur dignité à laquelle ils ont droit, jusqu'à présent ! 

 

Francis Richard

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 22:40

L-Hebdo-2012.02.02.jpgTrès intéressant le dossier du dernier numéro de L'Hebdo, daté du 2 février 2012, sur la téléphonie mobile en Suisse.

 

L'hebdomadaire romand parle de pseudo-concurrence à propos de Sunrise et d'Orange, face à la position dominante de Swisscom. Et il a raison ici.

 

La position dominante de Swisscom n'est pas tant celle de ses parts de marché en terme de nombre de clients. Certes Swisscom a 59,4% de ce marché, Sunrise 20,7% et Orange 15,5%. Mais, après tout, il est des marchés où le leader occupe une telle place sans que pour autant les autres acteurs ne doivent se contenter de faire de la figuration.

 

Or Sunrise et Orange ne peuvent pas lutter. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le chiffre d'affaires net de Swisscom est de 8'566 millions de francs contre un chiffre d'affaires net de 2'052 millions pour Sunrise et 1'295 millions pour Orange.

 

Si on rapporte le chiffre d'affaires aux parts de marchés, on obtient en effet des ratios très différents :

 

- Swisscom : 144,21 millions par %

- Sunrise : 99, 13 millions par %

- Orange : 83,55 millions par %

 

Ce qui se traduit par un EBITDA (résultat d'exploitation avant amortissement) en % du chiffre d'affaires net nettement plus favorable à Swisscom qu'à ses deux concurrents :

 

- Swisscom : 44,4 %

- Sunrise : 26,4%

- Orange : 26%

 

Les prix de Sunrise et d'Orange sont-ils plus bas que ceux de Swisscom ? Oui, mais ils restent très élevés en comparaison européenne...

 

Sunrise et Orange peuvent-ils encore baisser leurs prix ? Non, parce qu'ils doivent payer très cher les infrastructures appartenant à Swisscom qui est toujours une société appartenant majoritairement à la Confédération, en dépit de la pseudo-libéralisation effectuée il y a maintenant dix ans.

 

Résultat : Swisscom peut investir 2 milliards chaque année tandis que ses concurrents ne peuvent faire de même. De toute façon ils "n'osent pas agresser le numéro un, de peur de provoquer une riposte trop douloureuse". 

 

Comme le confie Oliver Steil, le patron de Sunrise, à L'Hebdo :

 

"Les moyens de régler le problème existent. Le prix du dégroupage (accès au fil de cuivre vendu par Swisscom aux autres opérateurs, ndlr) est par exemple un levier qui peut permettre de faciliter la vie des challengers - à condition de le vouloir. Quand on choisit de faire payer 5 ou 15 francs pour l'accès au fil de cuivre - que Swisscom a déjà amorti - on décide d'une distribution du profit, plutôt du côté de l'acteur historique ou des concurrents."

 

C'est en définitive les consommateurs qui payent le privilège dont bénéficie Swisscom et ils le payent au prix fort. Si en Italie les consommateurs paye en moyenne 10 centimes la minute de communication, en Allemagne ou en France 14 centimes, en Suisse ils la payent 23 centimes...

 

Christian Petit, responsable de la clientèle privée de Swisscom, lâche cette énormité à L'Hebdo:

 

"Nous pourrions théoriquement jouer ce jeu [de la guerre des prix]. Mais ce serait dangereux, car le régulateur interviendrait alors sans doute et ce n'est pas ce que nous souhaitons."

 

Eh oui, le marché suisse de la téléphonie mobile est d'autant moins un marché libre que l'Etat, juge et partie, le régule via la Comco (Commission de la concurrence). La régulation du secteur, selon Vincent Martenet, président de cet organisme étatique, "est très importante, car c'est elle qui, en fin de compte, permet de fixer un cadre aux acteurs du marché et de les discipliner".

 

Sans commentaire.

    

Le même organisme, qui administre une économie prétendument libre, a empêché la fusion de Sunrise et d'Orange il y a quelque deux ans, pour préserver la concurrence... Rendez-vous compte, Swisscom aurait pu encore perdre des parts de marché et une baisse du prix des communications aurait été rendue possible... Ce qui aurait fait le bonheur des consommateurs. Mais qui se soucie de ces derniers ? Tous pigeons, comme dit L'Hebdo.

 

Francis Richard

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:55

Reflex décembre 2011L'année dernière le parlement suisse a décidé de sortir du nucléaire, deux mois après ... Fukushima. L'émotion, sans doute. Cela dénotait un manque cruel de réflexion et, surtout, un opportunisme politique néfaste.

 

Dans la dernière livraison - celle de décembre 2011 - de Reflex, une publication de l'EPFL ici, Benjamin Bollmann s'est entretenu sur le thème de "la Suisse après le nucléaire" avec Hans Björn Püttgen, qui est le "spécialiste incontournable des questions énergétiques en Suisse" et qui, depuis 2006, dirige l'Energy Center de l'EPFL.

 

Püttgen s'étonne de cette décision soudaine :

 

"En tant qu'ingénieur, j'ai l'habitude de procéder à l'analyse d'un problème avant de proposer un certain nombre de solutions et de prendre une décision. Dans ce cas la Suisse a pris une décision avant même de se demander comment elle allait procéder."

 

Quand j'étais petit et quand je m'emballais, mes parents me demandaient de ne pas mettre la charrue avant les boeufs...

 

Püttgen n'est pas un défenseur à tout crin du nucléaire, qui est une technologie chère et délicate, sans parler du problème des déchets, lequel n'est toujours pas résolu de façon satisfaisante, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais il aurait fallu raison garder, et ne pas oublier non plus que cette technologie est très bien maîtrisée en Suisse. Aussi :

 

"Il s'agit désormais de planifier la sortie de manière raisonnée, à moyen et à long terme."

 

Si Püttgen pense que les énergies renouvelables pourraient couvrir les besoins helvétiques en électricité dans le dernier quart de ce siècle, peut-être avant, ce ne sera de toute façon pas avant 2050. Il faudra vraisemblablement un mix d'éolien - personne ne veut cependant d'éoliennes devant son nez -, de solaire et d'efficience énergétique, sans compter qu'il faudra résoudre les problèmes de stockage de ces énergies intermittentes.

 

Entre-temps le déséquilibre électrique se produira en Suisse dès 2020 avec la fermeture des premières centrales nucléaires et sera accru en 2040 avec la fermeture des deux dernières. Certes la demande électrique diminuera, mais ce sera progressif, et, de manière modérée, en tout cas jusqu'en 2030. Comme l'énergie hydraulique sera peu susceptible d'augmenter ...

 

Alors, que faire si les importations sont exclues du fait de la remise en cause probable du nucléaire en France et du déséquilibre créé en Allemagne, cette année déjà, par la fermeture de la moitié de ses centrales nucléaires, ce qui l'a contrainte à rouvrir des centrales au charbon désaffectées, avec un impact non négligeable en émissions de CO2 ?

 

"Comme solution intermédiaire, nous aurons de la peine à éviter la construction de quelques centrales à gaz. Ce n'est pas une solution idéale, mais elle est inévitable."

 

Quatre devraient suffire. Mais... Il y a un mais. Elles émettront beaucoup de CO2. Chacune émettra l'équivalent de ce qu'émettraient 250'000 voitures supplémentaires... Certes il existe des techniques de capture et de stockage du CO2, mais elles sont très chères... Quant aux techniques de recyclage transformant le CO2 en carburant synthétique et en produits chimiques, elles sont encore à l'étude à l'EPFL...

 

A vouloir éviter la peste des déchets nucléaires on ne fera probablement pas l'économie du choléra des émissions de CO2 ... C'était bien la peine !

 

Je croyais qu'il ne fallait jamais confondre vitesse et précipitation...

 

Francis Richard

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 07:15

Schneider-Ammann.jpgLe 18 mars 2011 le Parlement a voté un arrêté, la Loi fédérale sur la réglementation du livre ici.

 

Ce texte était soumis au référendum facultatif. Le délai référendaire était fixé 100 jours après sa publication au bulletin officiel, soit le 7 juillet 2011.

 

Deux jours plus tôt, le 5 juillet 2011, 60'124 signatures valables étaient déposées par "une large alliance composée de jeunes PLR, du Parti Pirate, du PLR, de l'UDC, des Verts libéraux, d'associations économiques, du Forum des consommateurs et de différents auteurs et libraires" ici, soit davantage que les 50'000 nécessaires pour qu'il aboutisse. Le référendum a lieu le 11 mars prochain.

 

Quand cette loi a été adoptée par le Parlement j'ai écrit sur ce blog un article intitulé La réglementation du prix du livre en Suisse n'est pas une solution , qui en faisait le commentaire et que je reproduis ci-dessous :

 

"Que vise la loi suisse fraîchement votée ? A  promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel et  à garantir que le plus grand nombre possible de lecteurs aient accès aux livres aux meilleures conditions.

 

Quels livres ? Les livres neufs édités, importés à titre professionnel ou commercialisés en Suisse.

 

Qui détermine le prix ? L'éditeur ou l'importateur fixe le prix de vente final des livres qu'il a édités ou importés.

 

Quelle est la remise générale que les libraires peuvent accorder à leurs clients sur le prix de vente final ? 5% au plus.

 

Quand la réglementation peut-elle prendre fin, ce à l'initiative de l'éditeur ou de l'importateur ? Au bout de dix-huit mois.

 

Qu'entend-on par promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel ? Le but est en fait de mettre la librairie traditionnelle sur un pied d'égalité avec les grandes surfaces spécialisées ou les importations de livres par Internet.

 

Est-ce ce qui s'est passé en France au cours des trente dernières années ? Non. En 1982 la part de la librairie traditionnelle était de 37%, elle est aujourd'hui de 18% ici. La part des grandes surfaces spécialisées était de 10%, elle est aujourd'hui de 22%. La part des grandes surfaces non spécialisées était de 12%, elle est aujourd'hui de 21%. La part des ventes sur Internet est passée de 0 à 10%. La part des maisons de la presse et librairies-papeteries n'a cessé de diminuer.

 

Pourquoi la librairie traditionnelle a-t-elle continué à péricliter en France en dépit du prix unique du livre ? Parce que les bénéficiaires ne sont pas ceux que l'on escomptait.

 

Quels sont les bénéficiaires du prix unique du livre ? Les éditeurs et les grandes surfaces.

 

Les éditeurs ? Parce qu'ils ont pu augmenter le prix du livre afin de permettre au libraire traditionnel un gain suffisant par ouvrage vendu.

 

Les grandes surfaces ? A l'achat les grandes surfaces bénéficient de copieuses remises qui ne sont pas accordées au libraire traditionnel. Elles ont donc pu augmenter considérablement leur marge.

 

Quels sont les grands perdants du prix unique du livre ? La librairie traditionnelle et le consommateur.

 

La librairie traditionnelle ? Parce qu'elle n'a pas les moyens d'offrir un aussi large éventail de titres que les grandes surfaces spécialisées, en raison de ses marges plus étroites.

 

Le consommateur ? Parce qu'il paye le livre plus cher qu'il ne devrait, qu'il ne peut même pas le savoir puisque toute comparaison est impossible et qu'il n'y a plus de concurrence. Les signaux du marché se sont éteints.

 

Il faut préciser toutefois que la part de marché des libraires traditionnels s'est stabilisée en France au cours des dernières années. Ceux qui ont survécu se sont en effet différenciés des grandes surfaces d'une manière ou d'une autre et ont fait preuve de créativité.



Le prix unique du livre, qui est d'inspiration typiquement socialiste, nécessite enfin une bureaucratie pour son application, comme toute réglementation étatique qui se respecte. Les pays occidentaux qui ont adopté le prix unique du livre sont justement les pays les plus étatistes. Est-ce donc bien surprenant ?"

 

 

Hier le conseiller fédéral Johann Schneider-Amann [dont la photo provient d'ici] a été contraint de défendre à contre-coeur cette loi, puisque le Parlement l'a votée, et a publié le communiqué suivant ici :  

 

"Réglementer le prix du livre favorise la diversité culturelle

 

Berne, 24.01.2012 - Le 11 mars prochain, le peuple suisse sera appelé à se prononcer sur la réintroduction de la réglementation du prix du livre, un référendum ayant été lancé contre la loi fédérale sur la réglementation du prix du livre adoptée par le Parlement. Le conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann a présenté le projet mardi, à Berne.

 

 

Les expériences faites jusqu'ici dans les régions ayant supprimé la réglementation du prix du livre tendent à montrer que, sans réglementation, les ouvrages proposés sur le marché sont en moyenne plus chers: le prix des best-sellers baisse, alors que celui des autres livres augmente. Le conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann a déclaré à ce sujet lors de la conférence de presse: «Ce ne sont pas uniquement les best-sellers, mais aussi les ouvrages spécialisés qui doivent être vendus à un juste prix.» Réglementer le prix du livre servira à financer indirectement les ouvrages spécialisés.

 

La réglementation du prix du livre doit permettre au plus grand nombre possible de lecteurs d'avoir accès à un marché du livre diversifié et de qualité, constitué d'un maillage serré de librairies. Or ce résultat n'est possible que si les grandes surfaces et les chaînes de librairies ne mettent pas sous pression les petites enseignes par une politique de prix agressive propre à entraîner leur disparition. En Suisse romande, où le prix du livre n'est plus réglementé depuis le début des années 90, le recul des librairies et des maisons d'édition observé ces deux dernières décennies est plus marqué qu'en Suisse alémanique.

 

Tous les pays voisins de la Suisse, hormis la Principauté de Liechtenstein, connaissent un prix réglementé du livre. La Suisse alémanique a appliqué ce régime jusqu'à 2007. En Suisse romande, la réglementation a été supprimée dès le début des années 90, tandis que la Suisse italophone a toujours connu un prix libre du livre. Aux yeux du Conseil national et du Conseil des Etats toutefois, la réglementation du prix du livre est un moyen approprié de protéger le livre en tant que bien culturel et de soutenir à la fois les auteurs suisses, les éditeurs et les libraires."

 

Ce communiqué appelle quelques commentaires :

 

"Le prix des best-sellers baisse, alors que celui des autres livres augmente"

 

Cela signifie-t-il qu'avec cette loi le prix des best-sellers montera pour que le prix des autres livres baisse ? En fait comme je le disais l'an passé : le prix unique du livre s'est traduit par une augmentation des prix pour permettre aux libraires traditionnels d'avoir une marge suffisante. Le plus beau est que le consommateur ne peut même pas s'en rendre compte puisque la concurrence par le prix de vente a disparu. 

 

"En Suisse romande, où le prix du livre n'est plus réglementé depuis le début des années 90, le recul des librairies et des maisons d'édition observé ces deux dernières décennies est plus marqué qu'en Suisse alémanique."

 

Comment se fait-il qu'en France - je suis persuadé qu'il en est de même dans les autres pays où le prix du livre est réglementé - le prix unique du livre n'ait pas empêché la disparition de centaines de librairies ? Les grandes surfaces, spécialisées ou non, bénéficient de copieuses remises qui ne sont pas accordées aux librairies traditionnelles. Les spécialisées offrent un plus large éventail de titres que les librairies traditionnelles et les non spécialisées ne vendent que des best-sellers, qu'elles rendent disponibles à leur clientèle venue faire des courses d'alimentation, de vêtements ou d'appareils ménagers.



Les buts de la loi, pleine de bonnes intentions, comme l'enfer en est pavé, ne seront pas atteints. Le "prix unique du livre" a donc des vertus bien illusoires. Censée protéger les consommateurs et les libraires traditionnels, en fait, elle les pénalisera.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

PS



En Suisse 80% des livres sont importés et diffusés par des entreprises qui profitent de leur situation monopolistique pour imposer des prix exorbitants aux librairies, donc à leurs clients. Payot a raison de vouloir lutter contre cet état de fait et d'envisager d'acheter directement aux éditeurs français. Les petits libraires feraient bien de se grouper pour faire de même.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 22:15

Daniel-Rossellat.jpgLa direction de Novartis a négocié avec les autorités communales, cantonales et fédérales, les représentants du personnel et les syndicats.

 

Au terme de ces négociations elle est revenue sur sa décision de fermer le site de Nyon-Prangins [voir mon article Novartis: est-ce aux politiciens ou aux patrons de diriger les entreprises? ].

 

Tout le monde est content : les employés - ce qui est compréhensible - les diverses autorités publiques et l'opinion. Qui ne pourrait se réjouir que la plus grande partie des 320 emplois de ce site ait été sauvée ?

 

C'est ce qu'on voit.

 

Ce qu'on ne voit pas, et qu'on ne verra jamais, c'est à quel prix ce sauvetage aura été opéré.

 

Le communiqué publié il y a deux jours par la firme de Bâle lève un coin du voile ici :

 

"Les solutions visant à assurer une rentabilité durable du site de Nyon/Prangins prévoient notamment la réduction des coûts fixes et un allègement des impôts cantonaux sur une période limitée. En outre, les collaborateurs apporteront eux aussi une contribution importante. L'ensemble du personnel renoncera à une partie de l'augmentation salariale prévue pour 2012 et les collaborateurs soumis à la convention collective de travail qui effectuent actuellement 37,5 heures par semaine acceptent de passer à un temps de travail de 40 heures par semaine. Enfin, Novartis consentira une contribution financière substantielle. La société prévoit d'investir dans la modernisation de l'usine de production et de demander l'homologation de celle-ci par les autorités de santé américaines (FDA). La décision de conserver le site de Nyon/Prangins n'aura aucune répercussion négative sur d'autres sites Novartis."

 

A première vue tous les partenaires vont faire un effort.

 

- Les autorités cantonales vont alléger les impôts de l'établissement sur une période limitée.

- Les coûts fixes vont être réduits (par des licenciements dans le personnel administratif ?).

- Les coûts horaires vont être diminués par une moindre augmentation des salaires en 2012 et par une augmentation de la durée du travail.

- L'entreprise va investir substantiellement pour augmenter la rentabilité du site.

 

A ces mesures de redressement il convient d'ajouter - ce dont le communiqué de Novartis ne parle pas - la possibilité donnée au groupe pharmaceutique de "valoriser ses terrains" ici [d'où provient la photo du syndic de Nyon, Daniel Rossellat] :

 

"Une partie de ses neuf hectares qui n’étaient pas utilisés sera réaffectée en zone mixte pouvant accueillir des logements et des services."

 

Autant il n'y a rien à dire sur les mesures que les partenaires sociaux ont convenu de prendre pour que le site redevienne viable et soit maintenu, autant il est légitime de remettre en cause l'intervention de l'Etat.

 

Sans la menace de disparition du site industriel, il est certain que les autorités locales auraient rechigné à accepter le changement d'affectation des terrains appartenant à Novartis. Rien à dire, sinon que c'est tout de même un passe-droit, qui n'est pas consenti à n'importe qui.  

 

Sans même connaître le montant des allègements fiscaux promis par le Conseil d'Etat vaudois, qui se réfugie derrière le secret fiscal pour ne pas le révéler aux contribuables, on peut dire que ce sont ces derniers, résidant dans le Canton de Vaud, qui vont mettre la main au porte-monnaie pour maintenir ces emplois.

 

On peut se demander pourquoi les contribuables vaudois doivent participer à ce sauvetage, sans qu'on ne leur demande d'ailleurs leur avis. Qu'est-ce qui justifie un tel privilège accordé à une entreprise et non pas à d'autres tout aussi méritantes ? Sans doute le fait qu'il s'agit d'une multinationale dont les arguments sont frappants quand il s'agit de discuter, de se faire entendre et d'obtenir.

 

Avec ce dénouement qui fait apparemment plaisir à tout le monde, surtout aux politiques qui peuvent se donner le beau rôle, au détriment dilué des contribuables, on ne saura jamais combien d'emplois auront été détruits pour sauver ceux de Novartis ...

 

Francis Richard

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 22:25

Simonetta-Sommaruga.jpgLe 11 mars 2012 le peuple suisse votera sur une initiative populaire qui veut inscrire dans la Constitution fédérale le droit de tous les travailleurs à 6 semaines minimum de vacances payées par an.

 

Si cette initiative devait être approuvée par le peuple, en 2013 déjà, le nombre de jours de vacances payées s'élèverait au minimum à 25, soit à 5 semaines, une semaine de plus qu'actuellement.

 

Chaque année suivante, un jour de vacances payées serait ajouté jusqu'à atteindre un total de 30 jours minimum par an en 2018, soit 6 semaines. Quel employé, a priori, s'en plaindrait ou s'y opposerait, in abstracto ?

 

Cette initiative a abouti le 26 juin 2009. Travail.Suisse ici, "organisation faîtière indépendante de 170'000 travailleurs et travailleuses", concurrente de l'Union syndicale suisse (380'000 membres), a en effet déposé ce jour-là 107'639 signatures valables - plus que les 100'000 nécessaires - avant le délai des 18 mois requis, qui expirait le 15 juillet 2009.

 

Travail.Suisse justifie cette inscription dans la Constitution - un alinéa 4 serait ajouté à l'actuel article 110 sur le travail - par le coût que représenterait le stress (10 milliards de francs par an, selon une étude du SECO), stress qui devrait augmenter de toute façon chaque année, et par une meilleure répartition des richesses :

 

"La productivité du travail a augmenté d’environ 20 pour cent ces dernières années. Les salaires n’ont augmenté que de 4 pour cent dans le même laps de temps [ces chiffres proviendraient de l'OFS]. Une participation justifiée aux gains de productivité sous la forme de vacances supplémentaires est méritée depuis longtemps."

 

Pas de problème de compétitivité internationale :

 

"Dans l’industrie d’exportation et aussi dans des branches du marché intérieur il y a aujourd’hui déjà des règlements de vacances généreux. C’est une question de bonne volonté d’octroyer de bonnes conditions de travail."

 

Un comité interpartis ici s'est constitué pour lutter contre cette initiative. Il comprend - une fois n'est pas coutume - tous les partis du camp bourgeois : UDC, PLR, PDC, PBD, Verts Libéraux.

 

Pour ce comité, cette initiative rigide, imposant sans discussion et sans tenir compte des singularités de chaque entreprise, deux semaines supplémentaires de vacances payées par an, reviendrait à augmenter les coûts des PME - 6 milliards de francs par an - qui sont confrontées déjà de plus en plus à la concurrence internationale et à désorganiser les entreprises de moins de 10 salariés qui représentent 88% de l'économie dans son ensemble.

 

Contrairement à ce que pense Travail.Suisse la bonne volonté se heurterait alors à la dure réalité...

 

Non seulement la compétitivité des entreprises suisses serait mise à mal, mais également l'attractivité de la Suisse pour des entreprises étrangères. La tentation serait forte également de délocaliser pour des entreprises suisses vivement concurrencées. Car les salaires suisses sont élevés en comparaison internationale. Ils ne sont compétitifs que grâce à une durée du travail plus longue qu'ailleurs... et à des charges sociales plus basses.

 

Bref les premiers pénalisés seraient les travailleurs, comme les appelle Travail.Suisse, terme que reprend à son compte le comité interpartis opposé à cette initiative, après avoir parlé d'employés... Ils seraient d'autant plus pénalisés que dans bien des cas pour absorber le coût supplémentaire, faute de pouvoir augmenter les effectifs, les entreprises seraient contraintes de demander à leurs employés d' "accomplir le même travail en moins de temps" : 

 

"Concrètement, cela signifierait plus d’agitation sur le lieu de travail et plus de stress pour toute l’équipe."

 

Le PS , les Verts (mollement), la gauche en général, soutiennent les "6 semaines de vacances pour tous", une façon comme une autre d'imposer une diminution de la durée du travail qui a fait ses preuves en France, par exemple, comme chacun sait : chômage et perte réelle de compétitivité à la clé.

 

Quand on devient ministre, on prend davantage conscience des réalités. Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale socialiste [dont la photo provient d'ici], Chef du Département fédéral de justice et police, en est la confirmation. Dans un communiqué du 17 janvier 2011 que l'on peut trouver sur le site de son département ici on peut lire :

 

"Les considérations qui sont à la base de l’initiative sont  [...] judicieuses et doivent être prises au sérieux. Mais l’initiative ne garantit toutefois pas que la pression sur les travailleurs diminuera. Elle ne dit pas, en effet, comment les absences prolongées dues aux vacances seront compensées dans les entreprises. La question reste donc ouverte de savoir si l’acceptation de l’initiative se ferait sur le dos des employeurs ou des employés.

 

Si, pour des raisons financières ou autres, les employeurs n’engagent pas de personnel supplémentaire pour compenser les absences prolongées dues aux vacances, l’initiative manquera son but. En effet, tant que le travail ne sera pas réparti entre plus de personnes, les travailleurs ne seront pas déchargés ; au contraire, la pression qui s’exercera sur chaque individu s’accentuera.

 

À l’inverse, si les employeurs engagent plus de personnel, leurs coûts augmenteront. Chaque semaine de vacances alourdit les coûts salariaux d’environ 2 %. Les petites et moyennes entreprises, tout particulièrement, pourraient avoir du mal à supporter une hausse des coûts salariaux, indépendamment de la situation économique. Des coûts salariaux plus élevés grèveront l’ensemble de l’économie suisse, et sa compétitivité s’en ressentira."



Ces temps, certains, et certaines, socialistes suisses, faisant preuve d'un bon sens inattendu, ne finissent pas de me décevoir ... en bien.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 21:55

philipphildebrand.jpgPages de gauche est un mensuel d'opinions socialistes indépendant... du parti socialiste. Ce qui lui permet de prendre ses distances avec ce parti tout proche de lui, quand il fait fausse route, et nous vaut des réflexions frappées au coin du bon sens.

 

Au sujet de l'affaire Hildebrand, sur le site ici de ce mensuel [d'où provient la photo], en date du 12 janvier 2012, la rédaction signe un article auquel il serait presque possible de souscrire entièrement si des réflexes, bien de gauche, n'en émaillaient le propos...On ne se refait pas...

 

Sur le fond de l'affaire, qui, selon elle, est "beaucoup plus grave que ce que se sont efforcés de faire croire les responsables", cette rédaction écrit fortement :

 

"Il est proprement scandaleux que le président d’une banque centrale, en charge de la monnaie d’un pays et disposant d’un pouvoir immense sur la fixation de son cours, fasse la moindre opération suspecte sur des devises avec ses avoirs personnels."

 

Quels que soient les montants, c'est bien évidemment scandaleux. Cette évidence n'est cependant toujours pas partagée vraiment par le protagoniste, ni pas toujours par ses soutiens politiques et médiatiques.

 

La rédaction, socialiste, de Pages de gauche, ne peut toutefois pas s'empêcher de relever que les montants étaient d'importance pour le péquin moyen et que le gain réalisé en deux opérations, à six semaines d'intervalle, correspondait à... rien de moins qu'au salaire médian suisse.

 

Avec le consensus qui s'est fait pour défendre l'indéfendable, la rédaction n'est pas tendre :

 

"Le mutisme du Conseil fédéral, alerté avant Noël sur ces opérations suspectes, puis le soutien quasi unanime de la presse suisse envers le président de la BNS sont au moins aussi coupables."

 

Elle n'est pas tendre non plus avec le camp bourgeois, pour lequel elle n'a pas, semble-t-il, grande considération :

 

"Que le PLR et le PDC défendent servilement les puissant·e·s [le réflexe épicène est également là, hélas], surtout lorsqu’ils ou elles ont commis des infractions, cela n’étonnera personne." 

 

Mais elle en veut surtout au président du PSS, Christian Levrat, de leur avoir emboîté le pas :

 

"Christian Levrat n’a rien trouvé de mieux que d’avaliser la défense du président de la BNS, et de s’offusquer dans un même mouvement que les informations compromettantes aient été obtenues par une violation du secret bancaire, en demandant que Christoph Blocher et la Weltwoche soient traduits en justice !"

 

Car défendre le secret bancaire - donc la sphère privée - n'est certainement pas socialiste :

 

"Faut-il lui rappeler que, pour les socialistes, le secret bancaire est illégitime et ne doit en aucun cas être protégé ?"

 

Si ce premier argument est sans aucun doute idéologique, le deuxième ne l'est qu'un peu moins :

 

"Faut-il de plus ajouter que les informations transmises par l’employé de la banque Sarasin et ayant conduit à la démission du président de la BNS, étaient d’intérêt public – c’est le moins que l’on puisse dire – et que cet employé était donc parfaitement légitimé à les transmettre pour qu’elles soient utilisées ?"

 

Car, objectivement, qu'est-ce que l'intérêt public ?

 

A contrario, si enquête il y a, il sera important de savoir si cet employé, choqué légitimement par ces transactions, qui s'est dénoncé et a été licencié, en a parlé ou non à sa hiérarchie avant de sauter le pas.

 

En tout cas le mensuel socialiste en franchit un de pas en n'hésitant pas à faire carrément un héros de ce sympathisant de l'UDC :

 

"Cette personne a commis un acte magnifique qui doit être reconnu comme tel, il a été un de ces héros ordinaires qui agissent lorsque les circonstances l’exigent, ni pour leur gloire personnelle, ni pour de sombres motivations politiciennes, mais pour l’intérêt public, tout simplement."

 

Toujours est-il que n'importe quel parlementaire informé d'un tel scandale pouvait difficilement se taire :

 

"Christoph Blocher n’a fait que son travail de parlementaire, et il faut admettre qu’il l’a bien fait."

 

Les suppositions de sourde vengeance du "tribun de l'UDC" contre le président de la BNS et contre le Conseil fédéral sont balayées :

 

"Cela n’a strictement aucune importance : la démission du premier rend caduque ces suppositions et légitime a posteriori la dénonciation (tout en condamnant évidemment l’inaction du Conseil fédéral et du conseil de surveillance de la BNS). "

 

Aussi est-il regrettable que l'UDC tire "tout le bénéfice d’une victoire politique de première ampleur", d'autant qu'il était possible de tirer avec lui les marrons de ce feu :

 

"Ne serait-ce que pour mettre fin à la personnalisation d’un prétendu "combat des chefs" entre le tribun de l’UDC et le président de la BNS, le PS aurait dû immédiatement se joindre à l’UDC et condamner très fermement les agissements de Philipp Hildebrand."

 

Alain Jeannet  ferait bien de méditer cette leçon. Aveuglé par son hostilité maladive à l'égard de Christoph Blocher et par le charme qu'exerçait sur lui Philipp Hildebrand, il écrit en fin de son édito, dans L'Hebdo du même 12 janvier 2012 ici :

 

"Sa victoire d’aujourd’hui ne devrait tromper personne. Et elle pourrait bien, demain, se transformer en défaite pour lui et coûter cher à l’économie du pays."

 

L'éditorialiste de L'Hebdo termine son article en rappelant :

 

"A plusieurs reprises, ces dernières semaines, commentant les faits et gestes du stratège de l’UDC, l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi a répété: les animaux blessés sont les plus dangereux. Pour les autres. Et pour eux-mêmes. Il a raison."

 

Alain Jeannet ne serait-il pas lui aussi un animal blessé, dangereux pour les autres et, surtout, pour lui-même ? 

 

Francis Richard

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 21:15

Hildebrand-Philipp.jpg"L'affaire n'est évidemment pas finie" écrivait Pascal Décaillet, de façon prémonitoire, sur son blog le 5 janvier dernier ici. Maintenant que Philipp Hildebrand a démissionné et qu'il n'est plus le puissant président de la BNS qu'il était encore lundi dernier, les médias se livrent, avec un malin plaisir, à des attaques personnelles contre lui. C'est indécent.

 

Toute sa vie financière est étalée par lesdits médias. Il est ainsi question du montant de son salaire annuel, du faible impôt qu'il a payé en 2009. Tout soudain on ne se gêne même plus pour l'accuser de mensonge. On évoque pour ce faire le dernier échange de courriels qu'il a eu avec son conseiller à la Banque Sarasin, Felix Scheuber, et qui serait accablant pour lui.

 

Les mêmes, qui trouvaient nauséabond que Christoph Blocher se soit servi de documents volés à la Banque Sarasin pour dénoncer Philipp Hildebrand [dont la photo provient d'ici] au Conseil fédéral - qui est l'organe de contrôle de la BNS- en la personne de sa présidente Micheline Calmy-Rey, se lancent dans un déballage qui n'est guère reluisant, alors que le vice-président de l'UDC avait pourtant bien raison de ne pas garder pour lui ce qu'il avait appris sur une affaire d'une telle importance.

 

Christoph Blocher a fait part de ce qu'il avait appris de manière discrète. L'affaire a été suffisamment prise au sérieux pour que deux audits soient effectués et remis l'un au Conseil fédéral, l'autre au Conseil de banque de la BNS. Le problème est que les auditeurs n'avaient pas tous les éléments entre leurs mains. Sinon ils auraient au moins émis des doutes sur les transactions de devises effectuées par les époux Hildebrand. Peut-être même l'affaire aurait-elle été enterrée si deux journaux du dimanche ne l'avaient pas révélée le 1er janvier 2012 avec l'intention manifeste de nuire à Christoph Blocher ... qui s'était engagé à garder le silence.

 

Le dernier échange de courriel, que Philipp Hildebrand a publié lui-même en annexe à son communiqué du 9 janvier dernier sur le site de la BNS, peut s'interpréter de deux manières : ou bien il a effectivement menti, ou bien lui et son conseiller se sont mal compris, hypothèse qu'il ne faut pas rejeter si l'on veut être parfaitement honnête. Il faut donc revenir aux pièces publiées ici.

 

Voici donc l'entier message que Philipp Hildebrand envoie, en mettant sa femme en copie, à Felix Scheuber le 16 août 2011 à 7:36, le lendemain de la transaction controversée, à savoir celle de l'achat de 504'000 USD contre 400'000 CHF :

 

"Dear Felix, Dear Kashya

 

Thank you for the equity orders and the opening of Natalia's sub account as well as the transfers into that account. However I am surprised reference to a dollar transaction in your mail. We never discussed any dollars purchases yesterday. Given Kashya's email response and copy to me, I assume she gave you the order. Please confirm that. I will obviously speak to her as well today. Needless to say, Kashya has full authority on our account. Nonetheless, in the future, for compliance reasons, you are not authorized to execute any currency transactions unless the order comes from me or I confirm it. In other words, when it comes to currency transactions, I need to know and sign off on any trades that Kashya might instruct you on. Also please note that any currency must be held for at least six months, in line with our internal SNB rules on personal investments.

Best

Philipp

 

PS: Kashya : sorry about that but currencies really are a special cas here.

PPS: Felix and Kashya : I am copying Hans Kuhn, our General Counsel on this email."

 

Ce qui peut se traduire :

 

"Cher Felix, Chère Kashya,

 

Merci à vous pour les ordres sur titres et l'ouverture du sous-compte de Natalia de même que pour les virements sur ce compte. Cependant je suis surpris de la référence à une transaction en dollars dans votre courriel. Nous n’avons jamais discuté d’achats de dollars hier. Etant donné la réponse de Kashya me mettant en copie, je présume qu’elle vous a donné l’ordre. Confirmez-le s’il vous plaît. J’en parlerai évidemment avec elle également aujourd’hui. Inutile de dire que Kashya a plein pouvoir sur ce compte. Cependant, à l’avenir, pour des raisons de compliance, vous n’êtes pas autorisé à exécuter des transactions sur des devises sans que l’ordre ne vienne de moi ou que je ne le confirme. En d'autres termes, quand il s'agit de transactions sur des devises, j'ai besoin de le savoir et de signer toute opération dont Kashya pourrait vous donner l'instruction. Notez également que les positions en devises sur ce compte doivent être tenues au moins six mois, conformément aux règles internes de la BNS pour les investissements personnels.

Meilleures salutations

Philipp

 

PS : Kashya : désolé à propos de cela mais les devises sont ici un cas spécial

PSS : Felix et Kashya : Je mets en copie de ce courriel Hans Kuhn, notre Directeur des affaires juridiques.

 

Felix Scheuber répond le même jour à 8:00 avec copie à Kashya :

 

"Dear Philipp.

 

I have taken due note of what you say below. Also I am and will be very observant of the current SNB trading rules, a copy of which you handed to me earlier this year.

 

As regards the actual dollar purchase order : Yes, Kashya yesterday gave me the verbal order, followed by the e-mail later on. I also remember you saying in our yesterday's conversation that if Kashya wants to increase the USD exposure then it is fine with you.

 

Best regards,

 

Felix [...]"

 

Ce qui peut se traduire : 

 

"Cher Philipp,

 

J'ai pris bonne note de ce que vous dites ci-dessous. Aussi je suis et serai très respectueux des règles actuelles de la BNS sur les transactions, dont vous m'avez donné copie précédemment cette année.

 

Pour ce qui concerne l'actuel ordre achat de dollars : Oui, hier Kashya m'a donné l'ordre verbal, suivi par le courriel ci-après [celui que Kashya a envoyé le 15 août 2011 à 13:20]. Je me rappelle également que vous avez dit au cours de notre conversation d'hier que si Kashya veut augmenter la part en dollars, alors vous êtes d'accord.

 

Meilleures salutations,

 

Felix [...]"

 

Il y a deux interprétations possibles :

 

- ou Philipp Hidebrand a bien eu l'intention d'acheter des dollars le 15 août 2011 et il n'a envoyé son message le lendemain que pour se couvrir en cas de découverte ultérieure de l'opération, mais cela suppose un esprit retors qui ne colle pas vraiment au personnage

 

- ou bien Philipp Hildebrand a évoqué la possibilité d'acheter des dollars lors de la conversation de la veille mais n'a pas imaginé pour autant que sa femme en donnerait l'ordre effectif sans lui en parler au préalable.

 

Dans la première hypothèse l'achat de dollars peut être considérée comme contraire aux règles internes de la BNS puisque des dollars ont été revendus par lui moins de six mois après les avoir achetés : Philipp Hidebrand n'aurait pas seulement commis une faute morale, mais aurait enfreint les règles de compliance qu'il avait lui-même adoptées au début de son mandat de président.

 

Dans la deuxième hypothèse, comme il était bien conscient - son courriel de 7:36 le prouve - que cette opération n'aurait pas dû être faite, il aurait dû l'annuler aussitôt après en avoir pris connaissance. Cette dernière version, qui semble être la bonne, explique la petite phrase qu'il a dite lors de la conférence de presse de lundi où il a annoncé sa démission :

 

"Je ne suis pas à même d’apporter la preuve irréfutable que ma femme a transmis à mon insu l’ordre concernant l’opération du 15 août."

 

A l'inverse des médias qui s'en prennent à lui une fois à terre, des commentateurs nous serinent que Philipp Hildebrand était un homme en tous points remarquable, difficile à remplacer, dont la compétence va manquer à la Suisse. Sur ce thème une voix discordante s'est exprimée hier matin sur La Première, celle de Paul Dembinski, professeur à l'Université de Genève et directeur de l'Observatoire de la finance ici :

 

"Est-ce que l'on peut à long terme regretter quelqu'un qui a fait une erreur de jugement alors qu'il occupe ou occupait une place où cette erreur de jugement est absolument fondamentale ? J'ai quelques doutes."

 

Il ne faut donc, me semble-t-il, ni noircir inconsidérément Philipp Hildebrand, ni ne pas tarir d'éloges à son sujet.

 

Francis Richard

 

Voici le passage vidéo où Paul Dembinski exprime au micro de la Radio suisse romande son opinion sur Philipp Hildebrand :

 

 

Articles précédents :

Affaire Hildebrand: les raisons de la démission de Philipp du 9 janvier 2012

Affaire Hildebrand: les précisions utiles de Christoph Blocher du 7 janvier 2011

Affaire Hildebrand: rien de nouveau après les explications de Philipp du 5 janvier 2011

Affaire Hildebrand: même si rien n'est irrégulier, est-ce bien moral ? du 4 janvier 2011

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 23:45

philipp-hildebrand-3.jpgPhilipp Hildebrand [dont la photo provient d'ici] a donc démissionné aujourd’hui. Il a tiré les conclusions de la faute morale commise par lui-même et par sa femme.

 

On ne peut évidemment que saluer cette décision de responsable.

 

Il était pourtant soutenu par la Banque nationale suisse, BNS, et par le Conseil fédéral, et dernièrement, en particulier, par Eveline Widmer-Schlumpf ici, présidente de la Confédération, mais aussi la meilleure ennemie de l’UDC, qui a dévoilé le scandale.

 

Dans son communiqué de ce jour il se rend à l’évidence ici:

 

"Après examen minutieux de l’ensemble de la documentation ainsi que mûre réflexion depuis la conférence de presse [du jeudi 5 janvier 2011], j’en arrive à la conclusion que je ne suis pas à même d’apporter la preuve irréfutable que ma femme a transmis à mon insu l’ordre concernant l’opération du 15 août. Je vous donne toutefois ma parole d’honneur que c’est pourtant le cas."

 

Le Matin Dimanche a publié hier ici des extraits de deux courriels, l’un envoyé par Kashya Hildebrand, l'autre par Philipp Hildebrand, à leur conseiller financier, Felix Scheuber, de la Banque Sarrasin. Ce n'était pas vraiment un scoop...

 

Le premier courriel, daté du 15 août 2011, envoyé à 13:20 par Kashya Hildebrand, n’était qu’une confirmation de l'ordre verbal, donné plus tôt par elle (on remarquera toutefois qu'elle écrit "nous") et évoqué par Philipp Hildebrand lors de sa conférence de presse de jeudi dernier. Extrait :

 

"Cher Felix, Comme discuté, nous aimerions faire passer notre position FX [Foreign Exchange, ndlr] de 31 à 50%. […]"

 

Extrait du deuxième courriel, déjà évoqué dans l'audit du Contrôle fédéral des finances du 21 décembre 2011 ici :

 

"Cher Felix, Chère Kashya, […] à l’avenir, pour des raisons de compliance [contrôle interne, ndlr.], vous n’avez pas l’autorisation d’exécuter des ordres sur des monnaies sans que l’ordre vienne de moi ou que je le confirme. […] Notez également que les positions en monnaies sur ce compte doivent être tenues au moins six mois, conformément aux règles internes de la BNS. […]"

 

Dans les annexes au communiqué publié par Philipp Hildebrand annonçant sa démission ici , figurent les mêmes courriels, en anglais. On s’aperçoit que l’extrait du message de Kashya publié par Le Matin Dimanche n’est pas une citation mais un résumé, qui n’en déforme d’ailleurs pas la teneur :

 

"Dear Felix

As discussed we would like to get out dollar FX exposure up to 50% in our account. As discussed our current dollar exposure is 31%. We would like to increase our dollar exposure to 50%. Feel free to call me if you have questions.

Kind regards

Kashya"

 

A ce message Felix répond par un autre, à 14:50. Il dit à Kashya - il ne met pas Philipp en copie - qu'il a non seulement acheté les titres convenus, mais aussi la contrevaleur de 400'000 CHF en USD, au taux de 0.7909. Kashya le remercie à 15:10 par un nouveau message, copie à son mari.



C’est après avoir reçu ce courriel que Philipp Hildebrand écrit à Felix le message dont Le Matin Dimanche a publié l’extrait ci-dessus. Juste avant cet extrait, dans ce même message le président de la BNS écrit:



"I am surprised reference to a dollar transaction in your mail. We never discussed any dollar purchases yesterday. Given Kashya's response and copy to me, I assume she gave you the order. Please confirm that. I will obviously speak to her as well today. Needless to say, Kashya has full authority on that account."

 

Ce qui peut se traduire :

 

"Je suis surpris de la référence à une transaction en dollars dans votre courriel. Nous n’avons jamais discuté d’achats de dollars hier. Etant donné la réponse de Kashya me mettant en copie, je présume qu’elle vous a donné l’ordre. Confirmez-le s’il vous plaît. J’en parlerai évidemment avec elle aujourd’hui. Inutile de dire que Kashya a plein pouvoir sur ce compte."

 

Ce courriel montre que Philipp Hildebrand était bien conscient que cette transaction était une faute morale, commise par sa femme, en conséquence par lui, puisqu'en son nom. Sans juger de ses intentions, ce courriel du lendemain pouvait, éventuellement, servir de justification ultérieure...

 

Si on comprend bien l’ex-président de la BNS, il n’aurait pas démissionné s’il avait pu prouver de manière irréfutable, que sa femme avait passé à son insu l’ordre d’achat des dollars du 15 août 2011.

Apparemment il n’admet donc toujours pas que cela ne change rien à l’affaire. Qu’il n’ait pas lui-même commis d’irrégularité directe ne l’exonère pas de responsabilité, ne serait-ce que parce que sa femme avait la procuration sur le compte en question et qu’il n’a pas annulé l’ordre d’achat des dollars, alors qu’il était encore temps de le faire quand il a appris l'opération.

Il admet seulement dans son communiqué que désormais, si la Banque nationale peut retrouver sa crédibilité en devenant plus transparente et en contrôlant mieux les transactions financières de ses dirigeants, il n’est pas sûr lui-même d’être en état, dorénavant, de toujours pouvoir faire face à sa fonction :

"Il existe cependant un risque : celui que suite à ces évènements regrettables, je ne sois plus en mesure de prendre des décisions délicates durant un certain temps et de les mettre à exécution de manière déterminée et efficace, comme je l’ai fait jusqu’ici."

 

Il demande en quelque sorte à ceux qui lisent son communiqué d’écraser une larme…

 

Francis Richard


Articles précédents :

Affaire Hildebrand: les précisions utiles de Christoph Blocher du 7 janvier 2011

Affaire Hildebrand: rien de nouveau après les explications de Philipp du 5 janvier 2011

Affaire Hildebrand: même si rien n'est irrégulier, est-ce bien moral ? du 4 janvier 2011

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 08:45

Christoph-Blocher-6.01.11.jpgHier, lors d'une conférence de presse tenue à Rorschach, en Thurgovie, Christoph Blocher, l'homme par qui le scandale des transactions de devises effectuées en 2011 par la famille Hildebrand a été révélé, a apporté des précisions sur le rôle qu'il a joué dans la désormais affaire Hildebrand.

  

Comment Christoph Blocher a-t-il été informé de ces transactions ?

  

Selon le vice-président de l'UDC, ce sont plusieurs avocats qui l'auraient informé. Ces avocats auraient eux-mêmes été en liaison avec plusieurs informateurs de plusieurs banques :

  

"Je sais qu'il existe plusieurs informateurs et plusieurs banques sont concernées. Mais je ne connais pas les informateurs." ici [d'où provient la photo]

  

Il a assuré ceux qui l'ont informé qu'il ne donnerait aucun nom (nous connaissons, par la presse, le nom de l'un d'entre eux, Hermann Lei, député UDC au Grand Conseil de Thurgovie).

  

Pourquoi Christoph Blocher a-t-il mis plus d'un mois pour informer la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey ?

  

En fait il ne l'a pas rencontrée que le 15 décembre 2011, mais deux fois auparavant, la première le 5 décembre 2011 :

  

"J'ai été moi-même informé de manière fiable le 3 décembre seulement par plusieurs avocats. Auparavant, ce n’était que des informations vagues et anonymes." ici

  

Comment se fait-il que Christoph Blocher qui a demandé que le secret bancaire soit inscrit dans la Constitution fédérale accepte de se servir d'informations qui violeraient ce secret ?

  

Selon Le Temps de ce jour  ici :

  

"[Christoph Blocher] a [...] averti les avocats avec qui il a eu des contacts que si leurs informateurs avaient violé le secret bancaire, ils devraient être punis."

  

Christoph Blocher a-t-il remis un document à Micheline Calmy-Rey lors d'une de leurs rencontres ?

  

Le porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi, prétend qu'il a montré à la présidente un document, "une copie de mauvaise qualité" ici. Christoph Blocher répond :

 

"Je ne donnerai aucune information sur la manière dont j’ai transmis ce que je savais au Conseil fédéral."

 

Il ajoute :

 

"Je n'ai laissé aucun document au Conseil fédéral".

 

La journaliste du Temps, Catherine Cossy, commente son article intitulé en toute objectivité "Christoph Blocher livre sa vérité obstinée sur l'affaire" :

 

"Le tribun joue sur les mots."

 

En fait les propos de Christoph Blocher sont cohérents et précis et ils ne contredisent pas ceux d'André Simonazzi. Le tribun, comme elle l'appelle, s'en tient à sa position de réserve.

 

Après les révélations faites le 1er janvier 2012 par deux journaux alémaniques du dimanche sur son rôle dans l'affaire Hildebrand, vraisemblablement à partir de fuites en provenance de proches de Philipp, Christoph Blocher s'indigne :

 

"Tout à coup, ce n’était plus une affaire Hildebrand, mais une affaire Blocher."

 

De fait les médias helvétiques qui sont plutôt indulgents avec le "maladroit" Philipp Hildebrand parlent maintenant de l'affaire Blocher-Hildebrand, voire de l'affaire Blocher tout court.

 

A juste titre Pascal Décaillet, sur son blog, le 5 janvier 2012, avant la conférence de presse de Philipp Hidebrand, remet les choses à l'endroit ici :

 

"Depuis que l'affaire a éclaté, dans nos médias, que voit-on, qu'entend-on ? Qu'il y aurait en Suisse un immonde personnage. Et que ce dernier ne serait pas M. Hildebrand, mais un conseiller national nommé Christoph Blocher. Parce que révélant l'affaire, il aurait trahi un "secret de fonction".

 

[...] Personne, ou si peu, ne se pose la question suivante : entre la « violation » du secret de fonction, et un président de Banque nationale qui aurait profité de ses informations pour spéculer sur des monnaies, où se situe l'échelle de gravité ? Réponse : de façon écrasante, elle se situe à la charge de M. Hildebrand."

 

Comme l'écrit le même Pascal Décaillet, après la conférence de presse de Philipp Hildebrand ici :

 

"L'affaire n'est évidemment pas finie"

 

Francis Richard

 

Articles précédents sur l'affaire Hildebrand :

 

Affaire Hildebrand: rien de nouveau après les explications de Philipp du 5 janvier 2012

Affaire Hildebrand: même si rien n'est irrégulier, est-ce bien moral ? du 4 janvier 2012

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 20:00

Philipp Hildebrand 2Hier j'ai rappelé sur ce blog les différents éléments, connus à ce moment-là, de ce qu'il convient désormais d'appeler l'affaire Hildebrand ici. Les explications fournies par Philipp Hildebrand lors de la conférence de presse qu'il a tenu cet après-midi n'apportent rien de bien nouveau ici et n'emportent pas vraiment la conviction.

 

Que sait-on de plus qu'hier ?

 

- Que le montant de la vente en février 2011 de la résidence de Gstaad appartenant aux Hildebrand s'élevait à 3'300'000 CHF. En 2011, cette somme leur a permis l'achat au total de 1'677'000 USD pour 1'500'000 CHF.

 

- Que le premier achat de devises représentant 1'100'000 CHF, effectué le 10.03.2011, a été investi en dollars parce que, dit-il, "ma famille procède toujours de la sorte". Le compte-rendu de 24 Heures ici [d'où provient la photo] ne nous dit pas si un seul des 150 journalistes présents a posé la moindre question sur cette réponse pourtant bien faible.

 

- Que le deuxième achat de devises représentant 400'000 CHF a été effectué par Kashya Hildebrand, à l'insu de son mari, "pour les affaires de sa galerie d'art", à partir d'un des comptes de ce dernier : "Nous nous sommes mariés tard, elle est économiste...et ma femme a une forte personnalité".

 

(En somme Madame mène Monsieur par le bout du nez... Cette assertion, que le deuxième achat aurait été effectué par Madame, serait prouvée par un échange de courriels, dont l'un d'eux était déjà évoqué dans l'audit du Contrôle fédéral des finances du 21 décembre 2011 ici.)

 

- Que la vente de 516'000 USD le 04.10.2011 serait régulière : "Selon le principe du "first-in, first-out", les dollars revendus en octobre étaient ceux achetés en février et non ceux acquis en août." A ce principe ne peut-on pas opposer un autre principe, celui du "last-in, first-out" ? L'argument est donc faible.

 

(Quel que soit le mode de calcul, la famille Hildebrand s'est enrichie entre le 10.03.2011 et le 04.10.2011 : au départ elle disposait de 3'300'000 CHF et à la fin de 1'161'000 USD et de 2'275'000 CHF, soit l'équivalent au total de 3'343'000 CHF au taux de change USD/CHF du 04.10.2011.)

 

-  Que, selon Philipp Hildebrand, l'avocat proche de l'UDC, qui aurait transmis les documents bancaires à Christoph Blocher, serait Hermann Lei, député UDC au Grand Conseil d'Argovie, donc plus que proche de l'UDC.

 

On voit donc bien que, même si les deux audits ne relèvent pas d'irrégularité formelle, le problème moral continue de se poser... de quelque façon que l'on prenne les choses, et que Philipp Hildebrand, lui,  ne voit pas, ou il minimise, ce qu'il y a d'immoral à spéculer, lui-même, ou sa moitié, sur le marché des changes quand on est le président de la banque centrale de son pays...

 

Ceux qui sont scandalisés par cette absence de moralité et qui l'ont dénoncé seront peut-être poursuivis en justice. Leurs noms, Hermann Lei et Christoph Blocher ont déjà été livrés en pâture. Quant à Philipp Hildebrand il ne démissionnera pas puisque le Conseil fédéral et le Conseil de Banque de la BNS lui gardent leur confiance. Les apparences sont sauves. Mais la morale ? 

 

Francis Richard

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:30

Philipp-Hildebrand.jpgPhilipp Hildebrand [dont la photo provient d'ici], Directeur de la Banque Nationale Suisse, BNS, et sa famille ont leurs comptes bancaires personnels à la Banque Sarasin.

 

Un employé de cette banque, licencié depuis, aurait communiqué à un avocat proche de l'UDC des documents sur ces comptes, qui révèlent des opérations fructueuses d'achat et de revente de devises en 2011.

 

Cet avocat, selon la NZZ am Sonntag et la SonntagsZeitung du 1er janvier 2012, aurait transmis ces documents à Christoph Blocher, le 11 novembre 2011. Lequel en aurait informé Micheline Calmy-Rey, Présidente de la Confédération, le 15 décembre 2011, soit plus d'un mois plus tard ...

 

La Présidente de la Confédération a alors diligenté un audit ici réalisé par le Contrôle fédéral des finances, tandis que le Conseil de Banque de la BNS , demandait un audit à PWC, PricewaterhouseCoopers. Résultat de ces deux audits, datés du 21 décembre 2011 : circulez, il n'y a rien à voir.

 

Compte tenu du règlement interne de la BNS, qui permet des opérations sur devises, à condition qu'il s'écoule six mois entre achat et revente, Philipp Hildebrand et sa famille n'auraient en effet rien commis d'irrégulier d'après ces deux audits.

 

Dans un communiqué publié aujourd'hui la BNS publie à la fois le Règlement interne de la BNS, adopté le 16 avril 2010, et l'audit effectué par PWC ici. Dans ce dernier audit on peut lire que les Hildebrand ont effectué trois opérations sur dollar :

 

Le 10.03.2011 : achat de 1'173'000 USD pour 1'100'000 CHF, soit avec un taux de change USD/CHF de 0.9375 (cette somme en CHF proviendrait de la vente d'une résidence à Gstaad)

 

Le 15.08.2011 : achat de 504'000 USD pour 400'000 CHF, soit avec un taux de change USD/CHF de 0.7929

 

Le 04.10.2011 : vente de 516'000 USD contre achat de 475'000 CHF, soit avec un taux de change de USD/CHF de 0.9202

 

Or entre le 15.08.2011 et le 04.10.2011 est intervenue la décision du 06.09.2011 de Philipp Hildebrand de fixer un taux plancher d'1 EUR pour 1.20 CHF ici, ce qui a eu pour conséquence de faire remonter la valeur de l'euro et ... du dollar par rapport au franc suisse.

 

Les auditeurs ont considéré que six mois s'étaient bien écoulés entre l'achat du 10.03.2011 et la revente du 04.10.2011 et qu'il n'y avait donc rien d'irrégulier à cette dernière transaction, d'autant que les taux de change de mars et d'octobre sont relativement proches.

 

N'est-il pourtant pas possible de considérer que les dollars vendus en octobre sont ceux qui ont été achetés en août, auquel cas six mois ne se sont pas écoulés entre les deux opérations d'achat et de revente et qu'il y a eu gain de change substantiel (sur 504'000 dollars cela fait tout de même près de 64'000 CHF) ?

 

Ce serait Kashya Hildebrand, femme de Philipp, galeriste à New York et Zurich, qui aurait fait l'achat des 504'000 USD du 15.08.2011. Elle explique ici dans un message adressé à l'émission 10 vor 10 du 3 janvier 2012 de la télévision suisse alémanique qu'elle a voulu profiter du niveau très bas du dollar et que 70 à 80% des transactions de sa galerie ici se font en dollars...

 

Quant à la revente des 516'000 USD du 04.10.2011, elle aurait permis l'achat d'un logement de vacances dans les Grisons... Il ne faudrait donc pas mélanger les opérations et celle d'octobre serait bien liée à celle de mars et non pas à celle du mois d'août.

 

Le problème est que, si l'on en croit la Weltwoche datée du 5 janvier 2012 ici, Philipp Hildebrand serait le seul détenteur du compte sur lequel les opérations de devises ont été effectuées en 2011 et qu'il en aurait lui-même donné les ordres à son gérant de fortune...

 

Dans ce cas là la thèse de la régularité des transactions sur le marché des changes serait battue en brèche et la confiance renouvelée du Conseil fédéral au Directeur de la BNS ici, en définitive, serait injustifiée.

 

Admettons toutefois que la Weltwoche ait tort et que la transaction sur le marché des changes du 15.08.2011 ait bien été opérée par Kashya Hildebrand et les autres par son mari, est-ce bien moral que la femme du Directeur de la BNS, qui bénéficie inévitablement d'informations dont ne dispose pas le péquin, spécule sur le dollar ?

 

Quoi qu'il en soit Philipp Hildebrand devrait répondre demain aux reproches qui lui sont adressés...

 

Francis Richard

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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