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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 21:25
A la recherche de Karl Kleber, de Daniel Sangsue

Je vais avoir soixante ans, soit trois ans de plus que Kleber lorsqu'il a disparu. Comme lui, je suis professeur d'université en Suisse. J'enseigne à l'Université de Morat, où Karl a fait ses études, a été assistant et a soutenu sa thèse. J'habite cette ville et hante des lieux qu'il a lui-même fréquentés.

 

Le narrateur n'a jamais rencontré Karl Kleber. Il va cependant s'intéresser à lui, vraisemblablement parce qu'il lui ressemble à bien des points de vue. Comme lui, il lit son destin dans la littérature. Comme lui, il est excédé par l'américanisation du système académique.

 

Mais, surtout, il s'aperçoit qu'il a les mêmes goûts littéraires que lui et qu'il vibre aux mêmes auteurs, en prenant connaissance de sa bibliothèque vendue à Georges, qui tient une librairie à Morat, dont l'enseigne est tout un programme: Le Cabinet d'Amateur.

 

Dis-moi qui tu lis, je te dirais qui tu es. C'est un peu cela que pense le narrateur érudit qui, semaine après semaine, rachète des volumes de cette bibliothèque et se met à la recherche du professeur mystérieusement disparu en juillet 1997, c'est-à-dire vingt ans plus tôt.

 

Le roman de Daniel Sangsue est le récit de cette recherche, avec toute la difficulté que ça représente après qu'autant de temps a passé. Cela dit, le narrateur est persévérant et à l'affût du moindre indice qui lui permettrait de reconstituer l'avant et l'après disparition.

 

Parmi les indices, il y a avant tout les livres qu'il a laissés derrière lui et qu'après le décès de sa veuve, son neveu s'est empressé de se débarrasser en les vendant à Georges. Ainsi, dans chaque volume figurent la date d'acquisition, des annotations, des soulignements.

 

Certains volumes contiennent des textes de la main de Kleber, des documents en guise de signets, autant d'indices supplémentaires permettant au narrateur de poursuivre sa quête et de se déplacer pour rencontrer des témoins et, même, être mis en contact avec des esprits...

 

Au-delà de cette quête, le narrateur, qui a quelques traits de l'auteur, auquel il fait des clins d'oeil amusés, fait montre d'un amour communicatif - et partagé par le disparu - pour les livres qui ont la vertu de donner même des réponses aux questions qu'on ne se pose pas:     

 

Selon Pascal Quignard, "ce qui nous pousse à ouvrir des livres les plus divers et les plus incertains, ou encore à terminer des livres alors que leur lecture ne nous satisfait pas, c'est impatiemment la croyance qu'ils vont nous délivrer un savoir que nous n'imaginions pas."

 

Francis Richard

 

A la recherche de Karl Kleber, Daniel Sangsue, 160 pages, Favre

 

Livre précédent:

 

Journal d'un amateur de fantômes, La Baconnière (2018)

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 21:25
Octroi de mer, de Gérard A. Jaeger

Gérard A. Jaeger est l'auteur d'un grand nombre de livres, notamment consacrés à l'histoire maritime. Ce sont ces derniers qui lui ont permis d'accomplir un rêve d'enfant dont le point d'orgue aura été la croisière autour du monde qu'il a faite pour mémoires en 2019.

 

Sa passion pour le voyage et les bateaux qui enjambent les océans est née à l'école primaire quand son institutrice a déroulé sur le tableau noir une carte du monde, et a été confirmée quand il a suivi à la télévision les Aventures dans les îles du Capitaine Troy.

 

Alors qu'il fait des recherches sur les aventuriers de la mer, chez un brocanteur, à Saint-Malo, il acquiert une maquette du Belemun trois-mâts barque construit en 1896 pour le transport du cacao. Apprenant que son épave est en Italie, il aimerait aller la voir.

 

Mais il doit surseoir à ce voyage, pris par sa soutenance de thèse à l'Université de Fribourg qu'il prépare à Paris. Entre-temps un mécène français rachète le Belem pour le restaurer. A sa grande surprise, il découvre un jour le bateau amarré non loin de la Tour Eiffel.

 

Comme il habite quai Blériot, le navire se trouve quasiment sous ses fenêtres. Il n'a plus qu'une envie, monter à bord, ce qu'il fera en y devenant mousse, pour mettre désormais dans ses livres la vérité qui bat en brèche les hypothèses et les approximations.

 

Dans ce récit préliminaire, l'auteur égrène déjà des souvenirs de lectures et de rencontres faites au cours de son existence. Mais c'est le tour du monde accompli du 9 janvier 2019 au 28 avril 2019 à bord du Queen Victoria qui lui donne l'occasion d'en dire davantage.

 

C'est en effet le spécialiste de l'histoire maritime qui voyage et il ne manque pas de ressusciter non seulement le voyage lui-même à partir de quelques notes mais aussi les histoires des lieux où le paquebot de la Cunard  fait escale, ou des océans qu'il parcourt en majesté.

 

Gérard Jaeger est parfois déjà venu en ces lieux, parfois pas, mais, même lorsqu'il n'est pas déjà venu, ce sont ses lectures ou ses recherches qui remontent à la surface, si bien que ce long périple est émaillé de temps retrouvés après ne les avoir que très peu perdus.

 

Gérard Jaeger parle bien sûr de la vie à bord et de ses rites britanniques, mais encore de choses personnelles, voire intimes, qui les regardent lui et sa femme. Il ne cache pas non plus ses convictions, notamment pour ce qui concerne Hong Kong ou l'Afrique du Sud.

 

Gérard Jaeger se raconte à la première personne, ce qu'il a peu fait jusqu'à présent, mais, maintenant après s'être acquitté de l'octroi qui manquait à ses visas de voyage,  il a désormais ouvert grand la porte et la serrure ne ferme plus. Il se livre en toute simplicité:

 

Je n'ai aucun compte à régler, pas de procès à intenter à la vie: juste à raconter que je suis heureux de mes rencontres et conciliant avec mes erreurs. Ces mémoires en alternance tentent de l'expliquer.

 

Francis Richard

 

Octroi de mer, Gérard A. Jaeger, 304 pages, L'Aire et Sept (à paraître)

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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 20:55
Un jour d'été que rien ne distinguait, de Stéphanie Chaillou

Je n'ai pas su, tout d'abord, quelle forme allait prendre mon refus. A quoi, ce que je vivais, ce que j'avais vécu, allait donner naissance. De quelle manière allait se manifester ma résistance. Cet empêchement en moi. Ce dont je ne voulais pas. Ce que je ne pouvais pas accepter.

 

Louise refuse d'être un jour comme ses parents, confrontés à des difficultés financières. Ils ne le lui ont pas dit mais elle les a surpris un soir, sans qu'ils le sachent, tous deux en pleurs dans la cuisine.

 

Louise, la narratrice, est alors une petite fille. Elle a cinq ans. Cela se passe au milieu des années 1970. A l'école elle veut jouer au ballon, mais la maîtresse lui dit: Louise, ce n'est pas pour toi le foot.

 

Louise refuse d'être différente des garçons, tout simplement parce qu'elle ne voit pas pourquoi ils auraient droit et pas elle de jouer au foot. Silencieusement elle est déterminée à ne rien accepter.

 

Ne rien accepter, ça veut dire ne pas faire comme les autres filles, mieux même, ne pas accepter d'être une fille, c'est-à-dire soumise à l'ordre des choses: Les hommes, les femmes, puis les animaux.

 

Elle a une vision: La fille se tenait au bord du fleuve. Au bord de la Garonne. Elle regardait l'eau, former des cercles, puis les défaire, ensuite les décomposer. Avec la fille, elle n'est plus seule.

 

Plus tard, au collège, au lycée ou à l'université, sa détermination ne faiblit pas et elle place l'intelligence avant le savoir: Ne pas suivre l'opinion majoritaire. Questionner les pensées qui arrangent...

 

Peut-être la fille du fleuve lui dirait-elle ce qui la meut dans sa vie de femme si elle la revoyait, et comprendrait-elle que, dès le début, elle préfère l'équivalence de toutes choses au regard d'exister.

 

Francis Richard

 

Un jour d'été que rien ne distinguait, Stéphanie Chaillou, 144 pages, Les éditions Noir sur Blanc

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 21:45
La salamandre noire, de Simon Vermot

Est-il possible d'être amoureux d'une femme que vous n'avez jamais touchée? Je me laisse convaincre que la réponse est oui. Le coup de folie existe. Il a lieu tous les jours dans une gare, un supermarché, une église ou, comme ici, une buvette au bord d'un lac entre des personnes qui n'osent pas se parler.

 

Pierre a ce type de coup de folie pour une femme blonde, cheveux mi-longs, un canon à t'expédier en orbite, qui est attablée avec un homme bronzé, svelte, crâne rasé, à la buvette du port lémanique de Saint-Prex.

 

Pierre ne sait rien d'elle. Il l'a vue monter, avec son compagnon, à bord d'un sloop amarré au ponton Visiteurs. Le seul indice qu'il ait pour la retrouver c'est, peinte sur la coque du bateau, une salamandre noire.

 

Il ne pense plus qu'à elle. Alors il passe une annonce dans un journal local très diffusé avec pour titre La salamandre noire. Dans le texte, il prétend vouloir lui rendre quelque chose qu'elle aurait oublié en partant.

 

A sa grande surprise, le lendemain de la parution, une femme le contacte et lui demande de venir chez elle. Ils se donnent rendez-vous pour le petit-déjeuner du jour suivant. Mais ce n'est pas la sublime inconnue.

 

Alexandra, Alex, la femme qui le reçoit, habite une grande maison originale. Elle n'est pas blonde mais rousse. Elle lui propose de rechercher pour elle l'inconnue du bateau et de rien de moins que de l'éliminer.

 

Cette femme serait extrêmement dangereuse. Elle dirigerait un réseau lié au terrorisme international. Depuis deux ans elle et ses gars la poursuivent en vain. Si Pierre accepte de la lui retrouver, il refuse de la tuer.

 

Alex lui a proposé cinquante mille francs pour la localiser et cinquante mille de plus pour la tuer. Mais Pierre est journaliste, il n'a rien d'un tueur. Veuf, il a une petite fille, Anouk, élevée par sa belle-mère.

 

L'enquête de Pierre va le conduire dans plusieurs régions de Suisse, en France voisine, sur des lieux d'attentats, aussi bien à Rome qu'à Paris et Dakar. Il n'aurait certainement jamais cru jouer un jour les James Bond.

 

Dans le monde de l'ombre, on tue en douce, ou pas, et les gens ne sont pas ce qu'ils paraissent. C'est celui des trahisons et des coups tordus. C'est difficile à admettre pour quelqu'un comme Pierre, qui est carré:

 

C'est tout blanc ou noir, chez moi. Je l'ai déjà dit. Le gris ne me va pas du tout.

 

Aussi Pierre n'est-il pas au bout des surprises, telles que les liens insoupçonnables entre les protagonistes de cette histoire, qu'il ne découvre qu'à la fin et qui expliquent cependant les comportements de chacun d'eux.

 

Francis Richard

 

La salamandre noire, Simon Vermot, 192 pages, Éditions du Roc

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 20:45
Peter und so weiter, d'Alexandre Lecoultre

Bernhard lance souvent en rigolant tu commences quand la vrai vie? Peter ne comprend pas de quoi il parle. Il ne savait pas qu'il y en avait une fausse.

 

Peter und so weiter: seul compte le prénom, le nom importe peu. Peter est monsieur tout le monde, il est transparent.  Il habite le dorf Z. et se laisse porter par la vie. Pour survivre, il fait la plonge au Café du Nord et donne un coup de main aux Petits-Bras qui tiennent l'épicerie du dorf.

 

Il est tellement transparent que sa voisine du dessous, la Dame sans nom, qu'il croise souvent, ne sait toujours pas qu'il habite le même immeuble qu'elle depuis cinq ans. Il faut dire qu'elle est restée dans le monde d'avant qui n'a rien à voir avec celui d'aujourd'hui: Früher était normal...

 

Ébranlé par la question de Bernhard, Peter se demande ce qu'est la vraie vie. Plutôt que d'en faire l'apprentissage en écoutant, en sentant, en regardant, en goûtant ce qui se trouve autour de lui, avant d'avancer, il interroge une voyante pour savoir quel sens donner à son existence.

 

Celle-ci, une dénommée Micha, lui dit d'abord d'attendre. Ce qui n'est guère volontaire. Ce qui peut se comprendre si attendre est limité dans le temps, juste avant d'agir. Au bout de quelques interrogations tarifées, elle lui lâche une prédiction vague qui ne risque pas d'être démentie.

 

Au Schriftsteller qui fréquente le Café du Nord, Peter raconte: Micha a parlé d'une inconnue et d'un inconnu, mais le dorf est grand et beaucoup d'habitants sont inconnus pour Peter, comment savoir laquelle et lequel sont les bons? Cela a le mérite de le mettre en mouvement.

 

(Nina [la serveuse du Café du Nord] dit qu'il parle à la troisième personne, mais Peter répond qu'il parle à toutes les personnes...)

 

Peut-être écoutera-t-il la voix extérieure, qui s'adresse à lui pendant ses déambulations. Peut-être qu'à force de déambuler et de partir pour la solitude, comme il le fait lorsqu'il prend le train, finira-t-il par rencontrer l'inconnue et l'inconnu dont Micha lui a prédit la rencontre.

 

Les horoscopes et les petites annonces que Peter lit ne lui sont pas d'un grand secours pour trouver trace de l'inconnue qui est devenue dans son imaginaire Celle avec le regard qui le regarde et le sourire qui sourit. S'il la rencontre vraiment, la vraie vie ne pourrait-elle pas lui venir?

 

Francis Richard

 

Peter und so weiter, Alexandre Lecoultre, 128 pages, L'Âge d'Homme

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 22:45
La Saison des cerfs-volants, d'Elizabeth Walcott-Hackshaw

Ce fruit ridicule et étrange me revient à l'esprit; ce fruit qui n'est même pas originaire de la Caraïbe, même pas né ici. C'est pourquoi j'ai inventé l'expression "un ramboutan" pour l'appliquer à quiconque abandonne son foyer pour toujours.

 

Ici, c'est l'Île de Trinidad, où est née Elizabeth Walcott-Hackshaw, une île où se déroulent les onze histoires de son recueil de nouvelles, La saison des cerfs-volants, titre de l'une d'entre elles.

 

Dans ce recueil il y a un certain nombre de ramboutans, des hommes comme des femmes d'ailleurs. Et ces ramboutans ne restent pas tous ici. Sans doute s'y sentent-ils trop à l'étroit et sans avenir.

 

Dans Ici, La narratrice doit en principe conduire en voiture sa fille à l'aéroport pour qu'elle rejoigne son ramboutan de père à Miami, pour une durée de deux mois, mais elle a du mal à l'imaginer là-bas:

 

Je pense à mon bébé à Miami et à la façon dont elle va être traitée parce que, même si elle a la peau claire, en Amérique elle sera Noire et souffrira comme jamais ça ne se produirait ici.

 

Dans Fruit étrange, c'est la mère de la narratrice, qui les a abandonnés elle, son frère et son père et tient le rôle de ramboutan. A contre-coeur, en détresse, elle l'appelle quand son père disparaît:

 

D'après les chiffres de meurtres et de kidnappings, nous sommes désormais en troisième position après Haïti et la Jamaïque sur la liste des lieux les plus violents de la Caraïbe.

 

Dans Tuer des lunes, la narratrice ne sait pas qui est son père. Elle sait que sa mère a eu six enfants et de nombreux maris, et que seuls son frère Samuel et elle, qui sont les aînés, ont le même père:

 

Papa venait dans la cour surtout le week-end. Il mangeait, dormait dans un hamac entre les cocotiers, puis il disparaissait de nouveau le dimanche soir. Ce n'était le papa de personne, mais c'était comme ça que manman nous avait dit de l'appeler.

 

Dans La plus longue corde, Katie quitte Andy après six ans de mariage, avec leur fille Lulu (pour laquelle il ne se lève pas la nuit parce que, elle, elle peut faire la sieste le jour) et trouve refuge chez John:

 

A dix-neuf ans, Katie croyait être amoureuse quand elle avait épousé Andrew Gill, âgé de vingt-cinq ans. Elle imaginait une vie très confortable, à ne jamais se soucier de problèmes d'argent, comme cela avait été le cas pour son père avec son salaire de fonctionnaire...

 

Il n'y a pas que des rambutans dans ces histoires, où est dressé le portrait contrasté de Trinidad (dont la capitale n'a d'espagnol que le nom anglicisé) et de ses habitants qui ne se mélangent pas toujours. 

 

Francis Richard

 

La Saison des cerfs-volants, Elizabeth Walcott-Hackshaw, 240 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Christine Raguet et en librairie le 22 mai 2020)

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 22:55
Starlight, de Richard Wagamese

Quand il amorça un demi-tour pour retourner à la maison, il sut qu'il faisait le bon choix en réintégrant ce monde, et il en fut satisfait.

 

Après la mort du vieil homme, Starlight a la tentation de partir voir un peu ce monde extérieur à celui qu'il connaît depuis toujours. Mais il y renonce et ne le regrette pas parce que nulle part ailleurs il sent ne pouvoir être à l'aise.

 

Frank a été élevé par le vieil homme dans une ferme, proche de la petite ville d'Endako, en Colombie Britannique. C'est un endroit qui ne se quitte pas sinon pour se rendre alentour, en pleine nature, qui est sans doute son vrai chez-soi.

 

Pour l'aider à la ferme, il a fallu embaucher un employé, Eugene Roth, qui lui est devenu indispensable. Autant Frank est taiseux, autant Eugene est disert. Autant Frank est un colosse, autant Eugene est un gringalet en comparaison.

 

Emmy a une petite fille, Winnie, neuf ans. C'est l'être qui lui est le plus cher au monde. Si elle a connu nombre d'hommes dans sa vie, c'est à chaque fois pour qu'ils les protègent elle et son enfant. En dernier lieu, elle vit avec Cadotte.

 

Le monde de Cadotte est circonscrit par la picole, qu'elle connaît aussi. Pour ce gaillard, elle n'est qu'un objet qu'il prête volontiers à son comparse Anderson ou à d'autres. Seulement Cadotte la frappe et menace de frapper la petite.

 

Un jour, au bout de trois ans, elle décide de s'enfuir avec Winnie. Cela se passe mal, mais elle y parvient. Avec Cadotte surtout, elle et sa fille ont appris la vie en marge, ce qui les sert pour se mettre à bonne distance des deux brutes.

 

Arrivées à Endako, elles squattent une maison abandonnée. A un moment, n'ayant plus d'argent, Emmy se rend en ville avec Winnie dans un supermarché. Winnie fera diversion, pendant qu'Emmy sortira avec les achats sans payer.

 

Elles se font prendre et ont la chance que Frank, localement respecté, veuille les héberger et donner un salaire à Emmy à condition qu'en contrepartie elle s'occupe de la cuisine, du linge et du ménage, ce qu'elle accepte avec gratitude.

 

Peut-être que le bien le plus précieux qu'ait légué le vieil homme blanc à Starlight l'Indien, c'est de l'avoir amené dans la nature et au contact des animaux sauvages. La nature? C'est encore le meilleur endroit pour apprendre la confiance:  

 

On apprend à lui faire confiance et on apprend à se faire confiance quand on est confronté à elle. Il est facile de s'y déplacer quand on sait où on met les pieds. Le respect vient de ça. Tout comme le courage. L'humilité.

 

Ce sont ces vertus que Starlight transmet à ses hôtes, d'abord à Eugene, puis à Emmy et à Winnie. Ce sont aussi ces vertus qui lui permettent de s'approcher des animaux sauvages, de les photographier, d'être un artiste singulier, à succès.

 

Cadotte et Anderson n'ont bien sûr pas renoncé à se venger de ce qu'Emmy leur a fait. Ils partent à sa recherche. On ne sait s'ils parviennent à leur fin, parce que le roman de Richard Wagamese, publié posthumement, est inachevé...

 

Francis Richard

 

Starlight, Richard Wagamese, 272 pages, Zoé (traduit de l'anglais par Christine Raguet)

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 20:30
L'Engrenage du mal, de Nicolas Feuz

Le procureur Jemsen dévisageait Tanja Stojkaj avec tristesse. L'ancienne inspectrice de la police judiciaire fédérale n'était plus que l'ombre d'elle-même.

 

Un peu plus de trois mois plus tôt, la vie de l'ancienne inspectrice a basculé et maintenant elle comparaît devant le tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds pour répondre de plusieurs chefs d'accusation.

 

Tout a commencé avec la découverte du corps mutilé d'une septuagénaire dans un appartement de la rue Neuve à Lausanne et de la disparition d'un enfant de deux ans dont celle-ci avait la garde.

 

Tanja lit un article à ce sujet dans l'avion qui la ramène de sa mission en Corse avec Jemsen. Or sa mère et son fils habitent justement rue Neuve à Lausanne. Tanja ne croit pas aux coïncidences.

 

Pourtant Tanja a toujours été prudente, bien obligée parce qu'elle est une agente de la police fédérale infiltrée dans les milieux mafieux, sous le faux-nom d'Alba Dervishaj et l'activité de prostituée.

 

Comme tout indique que c'est bien sa mère qui a été tuée, Tanja part elle-même à la recherche de son fils Loran, n'ayant aucune confiance dans les compétences de la police vaudoise pour le retrouver.

 

En tant que mère, prête à aller très loin pour son enfant, elle commet un certain nombre de délits qu'elle reconnaît volontiers et elle en nie résolument d'autres, plus graves, prétendant avoir été piégée.

 

Les faits remontent à septembre 2018. Les débats ont lieu en janvier 2019. A la faveur de ces derniers Nicolas Feuz dévoile peu à peu L'engrenage du mal dans lequel s'est trouvée prise la prévenue.

 

La progression du récit se fait très habilement, en parallèle avec celle de l'audience, ce qui permet  à l'auteur de développer les faits sordides qui y sont évoqués et de préciser des points qui y restent ignorés.

 

Au fil du récit disparaissent, s'évadent ou meurent des personnages dont on ne comprend qu'à la fin les rapports qu'ils ont avec l'accusée, que ce soit dans sa vie professionnelle ou privée, ou dans les deux.

 

Jouent enfin un rôle important dans l'histoire les Moulins souterrains du Col des Roches que Hans Christian Andersen visita en 1836. L'épigraphe, tirée de ses Voyages en Suisse, en prévient le lecteur...

 

Francis Richard

 

L'Engrenage du mal, Nicolas Feuz, 304 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

 

Eunoto - Les noces de sang, TheBookEdition.com (2017)

Le miroir des âmes, Slatkine & Cie (2018)

L'ombre du renard, Slatkine & Cie (2019)

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 19:00
Carnaval noir, de Metin Arditi

 

 

En 1575, durant le carnaval de Venise, une série de crimes secoua la ville sans qu'on en découvrît jamais ni les auteurs ni les motifs.

Cinq siècles plus tard, à Venise, Genève et Rome, d'autres crimes sont commis, comme en écho aux précédents.

 

Carnaval noir de Metin Arditi commence par cette Note au lecteur. Qui est donc prévenu du contexte de l'intrigue et n'attend plus qu'une chose, que l'auteur la lui raconte par le menu pour comprendre pourquoi cette note liminaire. 

 

Parallèlement est sans doute l'adverbe qui convient le mieux pour qualifier le déroulement de cette histoire qui se passe dans les six premiers mois de 2016 et qui semble une réplique de ce qui s'est passé fin 1574, début 1575, à Venise.

 

Parallèlement, au XXIe, il y a d'une part les recherches effectuées par des érudits sur la série de crimes, qui a eu lieu au XVIe siècle à Venise et que l'on a baptisée alors Carnaval noir, d'autre part des comploteurs catholiques excités.

 

Les seconds veulent empêcher que les premiers ne fassent un rapprochement entre ce qu'ils sont en train de préparer et ce qui s'est produit cinq siècles plus tôt, parce que leurs buts sont les mêmes que leurs mystérieux prédécesseurs.

 

Les comploteurs du XXIe sont inquiets parce que, à la tête de l'Église, le pape, au lieu de défendre la chrétienté, par ses déclarations en faveur des migrants arabo-musulmans, joue le jeu de ses ennemis, comme un autre pape au XVIe.

 

Au XVIe, les ennemis de l'Église se trouvaient dans les rangs de la Réforme. A l'époque une rumeur voulait que le Christ revienne et que le signe auquel on le reconnaîtrait serait sa polydactylie: il aurait six doigts à chaque main.

 

Peintre, Paolo il Nano s'en empare pour défendre l'Église et fait un tableau symbolique où il représente, lors d'une noce, le Christ avec ses douze doigts et, au-dessus, les douze signes du zodiaque, et des convives habillés en rabbins.

 

Les érudits, ce sont une étudiante vénitienne, Donatella, dont la thèse porte sur la Scuola Grande del San Sepolcro et le lien qu'elle a avec Copernic; Bénédict Hugues, professeur de latin médiéval à la faculté de lettres des Bastions à Genève.

 

Les comploteurs, ce sont Bartolomeo San Benedetto, qui a six doigts à chaque main..., son patron, Maurizio Zaccaria, un cardinal, Alfonso Fernandez-Diaz. Leur fondation est dans la lignée d'une congrégation du XVIe, avec même devise:

 

Delendi sint haeritici!

Que les hérétiques soient éliminés!

 

Dans ce récit passionnant, pour les comploteurs la fin justifie les moyens; pour les érudits in latino veritas... Mais, il faut reconnaître, que, dans la vraie vie, tous les moyens ne sont pas bons; personne n'est innocent; tout le monde a des failles...

 

Francis Richard

 

Carnaval noir, Metin Arditi, 400 pages, Grasset

 

Romans précédents:

 

Le Turquetto, 288 pages, Actes Sud  (2011)

Prince d'orchestre, 380 pages, Actes Sud (2012)

La confrérie des moines volants, 350 pages, Grasset (2013)

Juliette dans son bain, 384 pages, Grasset (2015)

L'enfant qui mesurait le monde, 304 pages, Grasset (2016)

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 17:45
Table pour trois à New-York, de Elie Bernheim

Fou amoureux, j'ai épousé Norah, d'origine israélienne, à la beauté enivrante, aux cheveux blonds dorés et au sourire ensorceleur. Je l'ai rencontrée lors d'un dîner chez des amis et l'ai ensuite invitée dans mon restaurant. Un risotto à la trévise, gorgonzola et poire dévoré, elle ne m'a plus jamais quitté.

 

Gabriel Stern, bientôt quarante ans, a tout pour être heureux. Lui et Norah, trente-sept ans, sont les parents de deux amours, Leah et Joshua. Ils sont tous deux des êtres d'exception. S'il est chef étoilé à Paris, elle est concertiste de renommée internationale.

 

Pourtant Gabriel ne dit pas tout à sa femme. Par exemple, il ne lui explique pas pourquoi, subitement, il a décidé d'ouvrir un restaurant à New-York, où, certes, orphelin à douze ans, il a été élevé par son oncle Charles, le frère de son oncle, et sa tante Rachel.

 

A Paris, il a une belle sous-cheffe, Alicia Brickman, qui est follement éprise de lui et qui a accepté d'être à ses côtés à New-York. Après ce qu'un soir Gabriel lui a dit, elle le presse de dire la vérité à sa femme, qui ne peut rester indéfiniment dans l'ignorance.

 

Gabriel s'est confié à Charles, qui est bouleversé par ce qu'il lui a appris. Seule Norah ne sait pas, mais elle sent que Gabriel n'est plus tout à fait le même. De plus, un jour, elle le voit sortir d'un immeuble de Saint-Germain-des-Prés accompagné d'Alicia...

 

Pendant tout le roman, qui se passe à Paris puis à New-York, à l'été et à l'automne 2017, le secret que détiennent Charles et Alicia est presque bien gardé. Presque, parce que Elie Bernheim sème des indices discrets qui lèvent peu à peu des coins du voile.    

 

Cette Table pour trois à New-York réserve donc des surprises. Si les récits de repas donnent l'eau à la bouche, le suspense est finement entretenu par l'auteur via les états d'âme des trois convives, Gabriel, Norah et Alicia, et de Charles, l'ombre tutélaire. 

 

Francis Richard

 

Table pour trois à New-York, Elie Bernheim, 296 pages, Slatkine (sortie le 11 mai 2020)

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 21:50
Champ libre I (Carnets 1968-1993), de Pierre-Alain Tâche

Les carnets de Pierre-Alain Tâche sont révélateurs. Ils permettent de connaître l'homme sur une longue durée, puisque ce premier Champ libre couvre la période de 1968 à 1993, soit un quart de siècle.

 

En 1968, le poète résiste à la tentation d'intégrer les leçons des nouvelles sciences, admises à recadrer toute activité humaine, et s'insurge contre le sort fait à ce qui a nourri la sensibilité de sa génération:

 

Lire Hölderin ou Ronsard, préférer du Bouchet à Aragon, sera bientôt tenu pour une déviance élitaire. (7.XII.68)

 

En 1970, il ne cède pas à la potentielle dictature de l'esprit de certains, qui tendrait à instaurer la primauté de la conceptualisation, du débat abstrait sur ce que l'acte de création possède d'immédiat:

 

On ne fera pas croire que le poème puisse tirer sa force et sa légitimité d'un quelconque fondement dogmatique. (15.XI.70) 

 

Bien qu'il ne soit pas le moins du monde religieux, il envisage le sacré, désignant par là la vibration du transcendant, comme une modalité de l'expérience poétique, ce qui est mal considéré de nos jours:

 

L'excès de rationalité consiste à considérer que ce qui, pour l'heure, échappe à notre compréhension reste à découvrir (et c'est l'attitude de nombreux scientifiques qui évacuent ainsi le doute métaphysique). (16.IX.73)

 

Quelques années plus tard, il reste sur la même trajectoire - le poète, à mes yeux, demeure un être foncièrement subjectif, écrivait-il le 21.III.71 - et se donne des directives personnelles pour la garder:

 

Peut-être s'agit-il seulement de ceci: faire au plus près ce que l'on a à faire sans se soucier des modes et de la rumeur du temps; être en jaillissement à la frontière du visible et de l'invisible, du dedans et du dehors; aller où porte l'intuition... (24.IV.82)

 

Il ne se soucie pas d'être conforme à l'esprit du temps. Sa subjectivité assumée se retrouve au fil des années dans ce qu'il dit des poètes, des musiciens ou des peintres qu'il aime un peu, beaucoup, pas trop:

 

Comment ne pas m'interroger sur l'énigme, cent fois renouvelée, de l'émotion vive et soudaine que je puis ressentir en découvrant certains tableaux? (14.X.90)

 

Ses carnets sont agrémentés de citations, telle celle, figurant au dos du Georges Perros de Jean Roudaut, qui ne laisse pas de l'éblouir par cette acuité de la pensée et par cette justesse de ton, qui sont la marque certaine de Perros:

 

Écrire est un acte religieux, hors de toute religion. Écrire, c'est accepter d'être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l'absurde et du précaire de notre condition. C'est ne pas croire, c'est être certain d'une chose indicible, qui fait corps avec notre fragilité essentielle. (Papiers collés II)

 

Francis Richard

 

Champ libre I (Carnets 1968-1993), Pierre-Alain Tâche, 240 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 16:45
La faute, de Daniel Monnat

Il l'a tant regardée qu'il ne sait plus s'il doit admirer le génie de celui qui l'a peinte ou maudire le destin qui lui a fait croiser la route de cette tête de femme bizarre avec cette énorme main en premier plan.

 

Cette toile, en couverture, de Pablo Picasso, qui date de 1921, est, dans le roman de Daniel Monnat, le corps de La faute commise au début des années 1940 par son jeune protagoniste Michel Suter.

 

En 1939, originaire de La Chaux-de-Fonds, où son père est horloger, celui-ci étudie la médecine à Genève. Ses parents ont fait des sacrifices pour qu'il se rende dans la cité de Calvin où le verbe est roi.

 

En effet, à Genève, les troupes des idéologies totalitaires de l'époque - nazisme, fascisme et communisme - s'y affrontent à coups de slogans et d'injures, mais pas seulement, également à coups de poings.

 

Michel n'est attiré par aucune. D'origine ouvrière et jurassienne, il devrait être proche de la gauche, mais il a surtout l'ambition de s'intégrer dans la bourgeoisie locale et a des vues sur la fille d'un banquier.

 

Bien malgré lui Michel va se trouver au coeur de ces affrontements, d'autant que son frère aîné Alain est un adepte de l'idéologie nazie et que le père de sa dulcinée n'y est pas hostile, par opportunisme.

 

Sa rencontre avec Daniel, sa femme Judith et leur fille Sarah, Munichois de confession juive, lui donne l'occasion de commettre la faute qu'il n'aura de cesse pendant le reste de la guerre de vouloir réparer.

 

Avant de partir pour Paris, les Tauchner lui confient le Picasso, qui a une grande valeur et qui leur servira en cas de besoin pour rebondir s'ils doivent revenir en Suisse, ce qui ne manque pas de se produire.

 

Seulement, entre-temps, Michel, étudiant pauvre, a mis en gage le tableau pour avoir les moyens d'offrir une bague de fiançailles à sa promise. Aussi Michel ne sait-il pas comment se dépêtrer de la situation.

 

Michel a le tort d'en parler à son frère, qui ne recule pas devant les grands moyens pour résoudre le problème: il s'occupe de refouler les Tauchner quand ils traversent la frontière et les livre aux Allemands.

 

Dès lors Michel change. L'exempté de service militaire paye de sa personne pour retrouver les Tauchner dans l'enfer de cette guerre atroce où les Juifs sont exterminés, ce qui le conduit à Smolensk et à Minsk.

 

Ce que Michel voit là-bas, en Russie et en Biélorussie, l'auteur le raconte avec force détails et le lecteur doit s'accrocher parce que, si nombre de personnages sont fictifs, les faits sont bien réels et documentés.

 

Le prologue se passe à Genève en 1959 et précède l'épilogue dans le temps. Le lecteur sait donc dès le début la fin de l'histoire. Mais le roman à rebondissements lui apprend ce qui s'est passé de 1939 à 1944.

 

Francis Richard

 

La faute, Daniel Monnat, 320 pages, Slatkine

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 22:00
Couchers de soleil, de Marie-Claire Dewarrat

Les Couchers de soleil sont les fins de vie d'aînés au grand âge. On parle beaucoup d'eux en ces jours de confinement, qui n'est qu'un isolement de plus infligé à leur existence en EMS.

 

Le livre de Marie-Claire Dewarrat est composé de trois récits, précédé chacun d'un épigraphe éloquent dû aux plumes de Mikhail Boulgakov, Dino Buzatti et Arthur C. Clarke.

 

Dans Ernest, quelquefois, ledit Ernest quitte sa petite maison dans sa quatre-vingt huitième année pour se rendre, en centre ville, dans la Boîte à Vieux sise avenue Guillaume Tell.

 

Il y a un avant et un après la Boîte à Vieux. Avant, c'est pépère et routinier. Il bénéficie d'assistances en tout genre auquel l'État pourvoie à condition de suivre son dédale technocratique:

 

Pour l'État, l'âge humain se définit en période d'allocations, subventions, compensations et autres indemnités variables, inversement proportionnelles aux bénéfices fiscaux rapportés par les entités contribuables que nous sommes.

 

L'après, c'est quand il se sent fin prêt, c'est-à-dire avant que les choses ne se gâtent vraiment, quand il se sent libre de finaliser son adhésion au concept innovant de la Boîte à Vieux.

 

Dans Maurice et moi, les aînés ont choisi de survivre en milieu carcéral protégé. Maurice et moi, Stanley, un couple non conventionnel, ont jeté leur dévolu sur le Three Cliffs Palace.

 

Ils ne s'y sont résolus que lorsqu'il fut évident que les forces de Stanley ne suffisaient plus à la maintenance des vols quotidiens d'Icare (Maurice), lit-fauteuil, fauteuil-lit, sans escale...

 

La vox populi est en train de se taire parce qu'ils ont été projetés hors de leur sphère discriminatoire particulière pour accéder à celle de la discrimination sans particularité du grand âge.

 

En arrivant ils n'ont pas échappé à la bureaucratie: L'entrevue, chaleureuse, tenait à la fois de la promotion locative de luxe et de l'achat sur plan de vacances personnalisées perpétuelles.

 

Dans Siegfried, on est projeté dans un futur proche. L'Institut de Protection de Macro-Sénescences abrite sous ses verrières les plantes en voie d'extinction que sont ses pensionnaires.

 

Ses cadres dirigeants se mettent à employer des androïdes de compagnie au lieu d'assistants de vie. Mais leurs Siegfried du programme SS (Sécurité -Sensibilité) sont insuffisamment empathiques.

 

En tout cas ils sont insupportables pour les pensionnaires de l'IMPS qui, d'ailleurs, ne les supportent pas, quels que soient les talents ajoutés à chaque nouveau modèle de Pear of Pear.

 

Dans ces trois récits, l'auteure observe avec acuité et verve que des technocrates, des bureaucrates, des cadres dirigeants favorisent la quantité au détriment de la qualité, autrement dit de l'humain.

 

Francis Richard

 

Couchers de soleil - Ernest, Maurice, Siegfried, de Marie-Claire Dewarrat, 204 pages, Éditions de l'Aire

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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