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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:00

Ladivine NDIAYEPour devenir libre faut-il rompre avec ses origines ou, au contraire, les assumer?

 

Rompre avec ses origines signifie abandonner à leur triste sort des êtres auxquels on est redevable et à qui cet abandon ne peut que faire du mal. Alors un sentiment de honte surgit, ce qui ne veut pas dire qu'il s'accompagne de regrets pour autant. La liberté a un prix.

 

Assumer ses origines signifie, au contraire, rendre hommage à ceux qui vous ont précédé, quelle que soit la modestie de leur condition. Dans mon enfance, j'ai souvent entendu dire qu'il n'y avait de pas sots métiers, mais de sottes gens. Je suis convaincu qu'il en est de même des origines.  

 

Dans le dernier roman de Marie NDiaye, cette volonté de rupture, peut-être conséquence d'un premier abandon, se reproduit sur deux générations de femmes et touche par une manière de contagion un homme complètement dépassé par les événements, mais poussé par l'instinct de survie.

 

Malinka, un beau jour, décide, irrévocablement qu'elle se prénommera désormais Clarisse. Sa mère, Ladivine Sylla, abandonnée par son homme, fait des ménages pour vivre. Pour cette servante, sa fille est une princesse. Seulement, un jour, pour la princesse, il n'est plus question d'être la fille de la servante à l'amour invariable, sinon elle ne pourra jamais échapper à sa condition. Elle s'enfuit donc.

 

Quand elle fait la connaissance de Richard Rivière, un client du café bordelais dans lequel elle est devenue une serveuse efficace, elle lui cache l'existence de sa mère. Pour clore toute discussion sur ses parents elle lui dit qu'ils sont morts tous les deux. Elle éprouve un amour scintillant pour le prénommé Richard. Pourquoi cet amour ne pourrait-il pas racheter sa cruauté envers sa mère à laquelle elle ne rend visite secrètement qu'une fois par mois?

 

Richard et Clarisse se marient, ont une fille qu'ils prénomment Ladivine, comme la servante, cette mère reniée de Malinka, rayée définitivement de sa  nouvelle vie. Clarisse éprouve en même temps un fol amour pour Richard et un amour impérissable pour la servante. Elle ne manque à aucun de ses devoirs envers chacun d'eux, tout en laissant chacun d'eux dans la complète ignorance de l'existence de l'autre.

 

Quand Richard la quitte après 25 ans de vie commune, tout le monde croit qu'elle en est humiliée, alors qu'en réalité elle a surtout honte de ses propres manquements. Elle facilite donc la tâche de Richard, avec "cette tendresse naïve, immatérielle, bouleversante, qui en était venue à tant lui peser": il n'aurait plus à supporter son "excessive gentillesse" et ses singularités de caractère ne le fatigueraient plus.

 

Leur fille, Ladivine, aura été élevée par eux avec une improbable et éternelle complaisance. Ils voudront toujours ignorer qu'elle s'est fait "payer pour coucher avec les hommes sans histoire" de la petite ville qu'ils habitent, Langon, non loin de Bordeaux, et qu'elle le faisait "sans plaisir mais sans aversion", sans nécessité non plus puisque ces parents lui offraient tout ce dont elle avait besoin.

 

A la faveur d'un séjour en Allemagne Ladivine fait la connaissance de Marko Berger, avec lequel elle se marie et a deux enfants, Annika et Daniel. Son père, qui vit à Annecy avec une autre femme, prénommée elle aussi Clarisse, n'assiste pas à son mariage, ne fait pas la connaissance de son mari, puis de leurs deux enfants. Elle en souffre. Quand sa mère meurt assassinée par un compagnon d'infortune, elle se sent coupable de l'avoir abandonnée, mais elle en rend également responsable son père.

 

Richard se sent-il ou se sentira-il enfin coupable? Se rendra-t-il compte que, s'il a fui Clarisse (qui ne lui a pas caché que ce prénom n'était pas le sien), aimante et lointaine à la fois, "folle d'un amour indicible et difficile à aimer", c'est parce qu'il n'a jamais "vu ou cherché à voir la vraie Clarisse Rivière", parce qu'il n'a jamais "compris ou voulu comprendre qu'il vivait avec la seule apparence de celle-ci"? Bref, découvrira-t-il que derrière Clarisse se cachait Malinka?

 

Un grand chien brun apparaît dans le récit à Ladivine Sylla, à Malinka-Clarisse Rivière, à Ladivine Rivière, à Annika Berger. A toutes quatre il semble rappeler l'une d'entre elles disparue. Est-ce bien toujours le même chien ou un autre qui emprunte à chacune, tour à tour, son regard, comme surgi d'un autre monde? Toujours est-il qu'il tisse un lien inédit entre elles. Toujours est-il qu'il veille sur l'une ou l'autre et lui procure, au moment opportun, une présence qui la rassure.

 

Ce roman de l'abandon, suivi inévitablement de moments de honte et de culpabilité, est écrit dans une langue qui se prête parfaitement à l'expression des pensées des divers personnages, car elle est apte à nous faire partager les méandres de ce qu'ils ressentent dans les différentes situations qui se présentent à eux ou qu'ils ont suscitées. Elle est également propice à leur onirisme et aux mystères qui les enveloppent. Comme dans un halo de brume.

 

Francis Richard

 

Ladivine, Marie Ndiaye, 416 pages, Gallimard

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 23:45

St François de Sales RICHARDTDepuis vingt ans Aimé Richardt écrit en moyenne un livre par an. Hormis un livre sur Louis XV, tous ses livres sont consacrés à des personnages - ou à des thèmes - des XVIe et XVIIe siècles, de préférence religieux.

 

Cette fois, il s'est intéressé à un saint qui a joué un grand rôle dans la renaissance catholique en France voisine, François de Sales.

 

Le terme de Contre-Réforme est anachronique, puisque l'auteur précise en exergue de son livre qu'il n'apparaît qu'au XVIIIe siècle finissant sous la plume d'"un juriste de Göttingen, Johann Stefan Pütter (1776), pour désigner, non un mouvement d'ensemble, mais un retour opéré de force d'une terre protestante à des pratiques catholiques...".

 

Or, Saint François de Sales et la Contre-Réforme montre tout le contraire, à savoir que Saint François de Sales a opéré le retour de terres protestantes à des pratiques catholiques par la seule prédication de la charité fraternelle et par des prières ardentes.

 

Certes le saint savoyard se montrera ferme tout le long de sa vie, mais il sera doux tout à la fois. Ce que lui reprocheront des catholiques provocateurs tels que Jules Barbey d'Aurevilly ou intransigeants comme Léon Bloy.

 

Avant la naissance de François de Sales, dans les années 1530, les réformés, emmenés par Berne, convertissent Lausanne et Genève par la force, c'est-à-dire en dévastant et en détruisant des églises, en malmenant physiquement des prêtres, en leur donnant des ultimatums pour se convertir et en leur interdisant de dire la messe. En 1535, l'évêque de Genève est même contraint de quitter la ville...qui devient dès lors ville protestante.

 

François de Sales naît le 21 août 1567 au château familial situé près de Thorens, proche d'Annecy. Après être allé à l'école de La Roche (1573-1575), il fait trois années de collège à Annecy (1575-1578), avant d'être envoyé au Collège de Clermont à Paris, où il suit pendant quatre ans (1578-1582) le cursus de grammaire, de rhétorique et d'humanité. De 1582 à 1584 il suit les cours de lettres et d'arts libéraux à la Faculté des arts, puis de 1584 à 1588 ceux de philosophie et de théologie.

 

Pendant ce séjour parisien, durant six semaines, fin 1586 début 1587, il traverse une crise mystique "en découvrant les disputes théologiques sur la doctrine de la prédestination". Comme le dit l'évêque de Gap, Mgr Jean-Michel Di falco Léandri dans sa préface:

 

"Aujourd'hui, le débat s'est déplacé. La question, chez nombre de contemporains, n'est plus: "Suis-je sauvé ou non ?", mais: "Vais-je vers le néant ou non? Vais-je vers l'indifférencié ou non? Ne suis-je qu'un conglomérat de particules élémentaires ou non?"

Mais ce qui est remarquable, c'est que cette question, même si elle est déplacée, porte, elle aussi, en elle la question de la liberté de l'homme: "Mes gènes me conditionnent-ils ou non?"

 

Toujours est-il que c'est à Padoue où il poursuit des études de droit et de théologie (1588-1591) que François s'apaise après avoir lu, sur la recommandation de son confesseur, le livre du père jésuite Luis Molina sur La concordance du libre-arbitre avec les dons de la grâce.

 

En 1592, après être retourné en Savoie, François devient avocat à Chambéry en novembre. L'année suivante il décline les lettres patentes de sénateur que lui accorde le duc de Savoie, ce qui peine son père, qui est encore plus peiné d'apprendre que son fils aîné veut servir Dieu et qu'il vient d'être nommé prévôt du chapitre de Saint Pierre de Genève.

 

En 1594, François de Sales se rend en Chablais entièrement acquis, par la force, aux calvinistes (il n'y a plus qu'une poignée de catholiques). Non sans mal il va le convertir par la voie d'amour, en commençant par prêcher dans sa capitale, Thonon:

 

"C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut l'envahir, par la charité qu'il faut la reconquérir.

Je ne vous propose ni le fer, ni la poudre dont l'odeur et la saveur évoquent la fournaise de l'enfer."

 

A cette occasion il va innover, en 1595, en ajoutant l'apostolat par la presse à ses prédications qui n'attirent au début que de faibles auditoires. Tant et si bien qu'à la Noël 1596 toutes ses entreprises de conversion, en dépit de multiples embûches dressées par les réformés, commencent à porter leurs fruits et se traduisent peu à peu par un renversement de la situation, qui ne sera complet qu'en 1598.

 

Tout le restant de sa vie François de Sales va promouvoir cette voie d'amour qui a si bien réussi au Chablais avec le retour à la foi catholique de ses habitants. Cette voie est pour lui applicable en toutes circonstances, même s'il échoue, en l'empruntant, à convertir Théodore de Bèze, qu'il rencontre à plusieurs reprises.

 

Quand il impose à Jeanne de Chantal des règles difficiles à observer, il lui écrit:

 

"Il faut tout faire par amour et rien par la force; il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance."

 

La vie de François de Sales est bien remplie. Il est coadjuteur, puis successeur de l'évêque de Genève. Il reprend en mains les prêtres de son diocèse dont il connaît toutes les villes. Il répond à tous ceux qui lui écrivent. Il fonde des monastères avec Jeanne de Chantal. Il écrit des livres, dont L'introduction à la vie dévote (qui a énormément de succès) et le Traité de l'amour de Dieu (qui en a beaucoup moins). Il convertit. Il prêche, souvent plusieurs fois par jour. Il voyage en Italie, en France. Il semble inépuisable.

 

Pourtant François de Sales tombe gravement malade par trois fois, en 1590, fin 1597 début 1598, en 1622. Il se rétablit les deux premières fois. Mais la troisième il est rappelé à Dieu, à 55 ans, ce qui n'est pas mourir jeune à l'époque. 

 

Aimé Richardt nous restitue toute cette vie à l'aide de témoignages de contemporains, de citations de livres consacrés au saint, d'extraits des oeuvres elles-mêmes écrites par lui. Cette biographie est importante parce qu'elle nous montre un saint qui convertit par la persuasion et par le dialogue, qui aime les autres comme il aime Dieu et comme Dieu l'aime, qui est dévôt, c'est-à-dire d'une grande piété, ce qui va de pair pour lui avec la grande charité qui l'anime:

 

"Si la charité est une plante", écrit-il "la dévotion est la fleur...si elle est un baume précieux, la dévotion en est l'odeur."

 

En somme il s'agit d'un saint pour notre temps où, bien souvent, les imprécations, voire les injures, servent d'arguments, où beaucoup de choses sont imposées sans discussion, où il n'est pas question d'obtenir de consentement mais de contraindre.

 

Francis Richard

 

Saint François de Sales et la Contre-Réforme, Aimé Richardt, 270 pages, François-Xavier de Guibert

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 22:45

Skoda SILLIGLes guerres sont absurdes. Quelles qu'elles soient. La guerre moderne a ajouté un degré de plus à son absurdité. Elle se fait de plus en plus à distance...

 

Par exemple, un avion lâche une bombe, se trompe ou pas de cible, provoque des dégâts tout autour, atteignant civils et militaires, indistinctement. Ce n'est qu'un incident...

 

Le livre d'Olivier Sillig se passe dans un pays sans nom, mais qui  pourrait bien être un pays balkanique, ne serait-ce qu'au lu des prénoms des personnages.

 

Un incident s'est produit. C'est une litote pour dire que quatre soldats ont été tués, Dragan, Milivoj, Ivan et Ljubo, et qu'un cinquième, Stjepan, a été épargné.

 

Un peu plus loin, lors du même incident, les occupants d'une voiture, une Skoda, ont également été tués, un homme et deux femmes, dont la plus jeune donnait le sein à un bébé, qui seul parmi eux a survécu.

 

Après avoir tergiversé, Stjepan s'en va avec ce bébé de deux, trois semaines, à qui il donne le prénom de Skoda:

 

"La voiture qu'ils ont abandonnée, ça lui revient tout à coup, c'était une Skoda. Stjepan n'est pas très certain que Skoda soit un vrai prénom, mais ça sonne comme. Et ça peut aller aussi bien pour un garçon que pour une fille."

 

Le périple du jeune homme - il a vingt ans - et du petit bout de chou, pour lequel il s'est pris d'affection et dont il devient le père, leur fait faire des rencontres comme on en fait dans les pays en guerre.

 

Certains êtres vils abusent de leur petit pouvoir et en violent d'autres en leur promettant une contrepartie, qu'ils respectent. C'est pour mieux salir leurs victimes en les rendant complices de leur forfait et de leur plaisir.

 

D'autres êtres pressentent leur fin prochaine et la petite mort, puisqu'il ne peut plus leur arriver grand-chose, leur fait du bien: elle est pour eux comme une répétition dérobée à la grande.

 

Car le temps, en temps de guerre, est compté. Les liens se nouent au gré des événements qui se déroulent en accéléré. Ces liens sont ténus et peuvent être rompus à tout instant. Les êtres subissent ou réagissent alors, plus qu'ils n'agissent:

 

"La guerre touche tout le monde, mais chacun y répond comme il peut."

 

Olivier Sillig raconte beaucoup de choses, en peu de pages, avec une grande économie de mots, dans ce roman, qui apparaît comme un reportage de guerre où se côtoient tendresse et cruauté, rires et larmes et qui, mieux que de longs discours, décrit l'humaine condition en situation extrême.

 

A l'issue de toute guerre, il y a des survivants, même s'ils ne sont pas nombreux. Ce sont bien souvent les tout vieux et les tout jeunes:

 

"Le lait n'est pas coupé. Mais le bébé lape. La vie continue."

 

Francis Richard

 

Skoda, Olivier Sillig, 112 pages, Buchet-Chastel

 

Olivier Sillig est au programme des rencontres littéraires de l'association Tulalu, et sera le 4 mars 2013 à Lausanne.

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 23:40

Malinconia ARDIOTQuel que soit l'âge, les esprits jeunes sont assoiffés de connaissance. Une saine curiosité les meut. Il n'y a que les esprits blasés pour ne plus s'intéresser à la vérité des êtres et des choses.

 

Certes la vérité ne dévoile jamais que quelques uns de ses secrets, mais, après tout, peut-être est-ce sa seule recherche qui est digne d'intérêt...

 

Michel Serpolet, soixante-huit ans, est obsédé par elle:

 

"Elle lui inspirait un pénible mélange d'horreur et de fascination. Bien sûr il aurait pu s'y prendre autrement avec elle, mais c'eût été faire montre d'une grande, très grande lâcheté. Or, il n'était pas lâche."

 

Elle? Une musicienne, une élégante boîte à musique munie d'un mécanisme horloger, auprès de laquelle il va rendre son dernier soupir non sans l'avoir entendue une dernière fois, autour de minuit:

 

"Il allait se lever, lorsqu'elle émit un son aussi triste qu'une larme. Une note d'eau. Se penchant sur elle, il sentit un élancement le traverser, comprit soudain.

Une mince frayeur, puis ce fut fini."

 

Dans la journée, Michel Serpolet, pressentant sans doute sa fin, a laissé un message tremblotant sur le répondeur de son ami d'enfance, Luigi Pirollo, septante ans, violoniste, jouant encore, surtout pour lui-même, de temps à temps pour les autres, ici ou là. Dans ce message il lui a parlé d'elle et lui a demandé de la porter à un prêtre, Giovanni Isalgo, à Rome, lors de son prochain voyage là-bas.

 

Jeanne Fivaz, cinquante-huit ans, compagne de Michel, découvre son corps dans sa maison familiale de Sainte-Croix, la Cour-des-Cerfs, quelques heures après sa mort, au retour d'un voyage en Amérique du Sud. Seule héritière, elle va permettre à Luigi de mener son enquête sur cette boîte à musique avant qu'il ne la porte à Rome au Padre Isalgo conformément à la volonté du défunt, pour finir dans un musée du Vatican.

 

Où Michel, le biologiste, a-t-il trouvé cette boîte à musique? Qui a conçu cette mécanique sublime, qui non seulement est une musicienne, mais une horloge de 24 heures et un réveil? Comment se fait-il qu'équipée d'un seul rouleau elle puisse émettre, sans crier gare, à un certain moment, en dehors d'une cantate de Bach, une autre musique, celle que Michel a entendue avant de mourir? Pourquoi Michel voulait-il qu'elle soit portée à Rome par son ami Luigi?

 

Petit à petit Luigi va reconstituer toutes les pièces du puzzle, enfin, presque toutes. Très vite il apprend que la musicienne est l'oeuvre d'un certain Jacques Delalay. Une nuit, il entend l'autre musique, juste avant que la musicienne ne disparaisse de chez lui de manière incompréhensible. Par hasard il découvre un peu plus tard qu'il s'agit d'un morceau d'Adriano Semiani, intitulé Malinconia, qui donne son titre au livre et signifie mélancolie en italien. 

 

Sa quête va le mener à Lausanne chez Béatrice Montaiguz, la charmante veuve de l'historien Philippe Montaiguz, mort deux jours avant Michel... A Fribourg, où il habite, il rencontre la jeune Marguerite Sempirini, ancienne collaboratrice de l'historien décédé, qui lui propose de l'aider dans ses recherches et qui lui fait aussitôt l'effet d'une louve.

 

Sur les conseils de Marguerite, il va consulter livres et correspondances dans des archives. Ainsi se rend-il à la Fondation de la Haute Horlogerie à la Chaux-de-Fonds, où il est hébergé par ses amis Igor et Céline. Puis, accompagnant son locataire et ami Esteban, il va à la fondation Mémoire du Jura à Saint-Imier où une capiteuse Ulrike, qui sent la révolution, lui ouvre le fonds Aline Rochat, la mère d'un horloger contemporain de Jacques Delalay.

 

Amélie Ardiot, par touches successives, indirectement, nous dresse le portrait de Luigi Pirollo via notamment d'autres femmes atypiques, qui ne le laissent pas indifférent, telles que Martha, son ex-femme de ménage, Gigi la femme d'Esteban, qui l'a laissé s'occuper de leurs triplées pour se consacrer à son art, Emma, la femme de Simon, qui vit séparément de lui, deux étages en dessous, Blanche, vingt-six ans, la serveuse du Dzodzet, qu'il a connue toute petite et qui l'intimide parfois, Léa qui doit repeindre sa salle de bains après un dégât des eaux.

 

Amélie Ardiot restitue également, parallèlement, la vie de Jacques Delalay, dans son contexte historique. Ces rétrospectives complètent très bien la quête de Luigi et lui donnent comme une toile de fond. Alors que la quête se déroule de nos jours sur trois semaines, l'auteur nous fait donc également voyager dans le temps sur une période qui va de 1785, année au cours de laquelle Aline Rochat accouche d'un petit Pierre, enfant naturel d'un horloger qui ne le reconnaît pas, jusqu'à 1833, année au cours de laquelle Jacques Delalay meurt dans un incendie.

 

Amélie Ardiot sait soutenir l'intérêt du lecteur tout le long d'une intrigue aux nombreux rebondissements. Cependant, au-delà de la quête proprement dite, se dessinent des personnages bien humains, que n'épargnent pas les petites misères et qui se livrent parfois à de drôles de jeux. Luigi Pirollo, le personnage principal, n'échappe pas à cette mise à nu sans concession, ce qui le rend d'autant plus authentique et touchant.

 

Sans ostentation, l'auteur se montre à l'aise aussi bien dans l'évocation des techniques horlogères que musicales, dans la peinture de notre époque que dans celle du XIXe siècle commençant, dans la description poétique que dans les dialogues. En somme Malinconia est à la fois un livre instructif, un livre agréable à lire, un livre qui fait voyager dans le temps et dans l'espace et  qui - ce n'est pas la moindre de ses qualités - raconte une histoire.

 

Francis Richard

 

Malinconia, Amélie Ardiot, 404 pages, L'Aire

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 12:00

Etat d'urgence SAINT ETIENNEComme François de Closets, Christian Saint-Etienne est favorable à un moyen terme entre l'étatisme et le libéralisme.

 

Son constat de l'état de la France est indéniable, sauf pour les aveugles:

 

"La France est aux abois au début de 2013. La république de l'envie a institué la médiocrité en mode de gouvernement. Le principe de précaution a mis de grosses lunettes noires sur les yeux de nos inventeurs et de nos entrepreneurs. Le corporatisme et la territorialisation de la république en baronnies, d'autant plus revendicatrices qu'elles sont impuissantes, ont émietté la volonté nationale. Le système productif implose et le chômage gangrène la société. L'explosion haineuse est proche."

 

Comme François de Closets, il fait la distinction entre "droit de" et "droit à", c'est-à-dire entre droits naturels et droits-créances:

 

"Le basculement des droits d'être vers les droits "à avoir" [...] a fait entrer dans la médiocrité consentie."

 

Il inclut dans "les droits de" "les droits d'être éduqués et en bonne santé", mais il ne voit que l'Etat pour les satisfaire:

 

"Imposer les revenus, en particulier élevés, pour payer les charges communes, notamment celles d'éducation et de santé publiques permettant d'assurer l'égalité des chances est parfaitement légitime."

 

Cela n'est pas étonnant parce qu'il croit en l'existence d'un contrat social qui lierait individus et Etat. Ce curieux contrat se passerait fort bien du consentement des individus et d'objet précis confié à l'Etat...

 

C'est pourquoi, de manière tout à fait surréaliste, Christian Saint-Etienne distingue deux grands types de contrat social qui résulteraient des "choix [sic] philosophiques et politiques concernant l'homme et sa nature":

 

"Le premier type de contrat social suppose le déterminisme de l'homme et donc l'égalité de résultats, le second type associe libre arbitre et égalité des chances."

 

Or la France aurait choisi le premier type de contrat depuis des décennies avec ce résultat mirobolant:

 

"Une part croissante de nos jeunes talents quittent le territoire depuis le milieu des années 1990, tandis que nous attirons des personnes peu qualifiées qui viennent pour bénéficier d'un contrat social résidentiel sans contrepartie."

 

Christian Saint-Etienne constate également qu'ayant fait ce choix de contrat social la France a raté le train du nouveau système technique qui s'est mis en place depuis trois décennies et qui est "le fruit de l'essor de l'économie de l'informatique et d'Internet et de l'économie entrepreneuriale de l'innovation." (il l'appelle "iconomie entrepreneuriale"):

 

"Notre seule perspective collective est une consommation de produits importés payés par une dépense publique à crédit."

 

Et un partage du travail, c'est-à-dire un partage des miettes qui restent, mais plus pour longtemps.

 

Pour que la France se réindustrialise, Christian Saint-Etienne est favorable à une solidarité conditionnelle - il faut sauver le modèle social avant qu'il ne meurt en ne redistribuant que sous conditions -, à une compétition régulée - la liberté d'entreprendre? un poco ma non troppo -, à une volonté d'excellence qui se traduit par l'optimisation de l'entrepreneuriat, du financement, de la fiscalité, autrement dit à une ouverture d'esprit et à une "collaboration confiante entre acteurs privés et publics":

 

"Comme on est loin de la France du nouveau quinquennat célébrant la "finance sans visage", les entrepreneurs "menteurs" qui doivent être "cadrés" par la puissance publique, les "riches" qui doivent dégorger une richesse mal acquise, le progrès qui est devenu un risque."

 

Alors il faut transférer la charge des impôts des entreprises vers les individus:

 

"Il faut [...] provoquer un choc de compétitivité immédiat par la baisse des charges grâce à la CSG sociale et à la TVA emploi, au moment même où nous devons produire un effort majeur de réduction des déficits publics."

 

Quand on compare les mérites d'une baisse de la dépense publique et des hausses d'impôts pour réduire les déficits, il ressort que:

 

"Les corrections budgétaires résultant d'une baisse des dépenses publiques conduisent à des baisses plus faibles du revenu national que celle dues à une hausse des impôts, sauf dans la phase baissière d'un cycle de conjoncture où la correction doit avoir l'impact le plus faible possible sur la demande. Mais même dans ce dernier cas, il convient de supprimer d'abord les gaspillages de dépense publique."

 

Comme les entrepreneurs ne sont pas assez grands pour réindustrialiser tous seuls le pays - "Nous appellerons dorénavant industrie, toute activité de production de biens et services exportables à base de processus normés et informatisés" -, l'Etat doit compléter leur management micro par son management macro:

 

"Il faut renforcer la capacité d'action à long terme de l'Etat dans le cadre d'un plan d'action national élaboré avec les forces vives du pays."

 

L'Etat, baptisé de stratège, est, selon Christian Saint-Etienne, un des trois éléments clés de la reconstruction du pays avec "des métropoles puissantes et des régions responsables du maillage du territoire par un puissant réseau de PME et d'ETI [entreprises de taille intermédiaire, de 250 à 5000 personnes]."

 

Comme tout bon étatiste qui se respecte, il faut tout de même faire payer les riches, mais il ne faut pas les matraquer parce qu'on en a besoin pour redistribuer:

 

"Seul l'impôt proportionnel au revenu [CGS] peut assurer un financement sain de la dépense publique. Il doit être complété par un impôt progressif [IPR: tranches de 0% jusqu'à 7'500 €, de 15% jusqu'à 60'000 €, de 35% au-delà et, provisoirement, de 45% au-delà de 150'000 €] dont le but sera d'assurer une redistribution permettant de contenir les écarts de revenu et de patrimoine entre citoyens."

 

Evidemment Christian Saint-Etienne évoque la sortie de crise de l'euro. Pour lui il y a deux solutions rationnelles, qui sont toutes deux aussi constructivistes l'une que l'autre:

 

"Soit la création d'une fédération économique de pays quittant ensemble la zone euro, soit une division en deux de la zone."

 

Je laisse le lecteur intéressé par ce genre de constructions le soin de se reporter au livre...

 

Il me semble plus intéressant de souligner le postulat idéologique sur lequel repose l'étatisme intermédiaire de Christian Saint-Etienne, qui reste un étatisme:

 

"La société de confiance est construite par la délibération collective en s'appuyant sur le postulat que l'individu reste fondamentalement libre, et non pas totalement prédéterminé, il est à la fois responsable de ses décisions et impliqué dans le processus de délibération collective. Il est ensuite coresponsable des décisions délibérées prises collectivement."

 

C'est beau, c'est grand, c'est magnifique, mais c'est parfaitement utopique, inefficace et contraignant...

 

Francis Richard

 

France: état d'urgence - Une stratégie pour demain, Christian Saint-Etienne, 208 pages, Odile Jacob

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 13:00

Heureux les heureux REZALe livre de Yasmina Reza commence par une citation, mise en exergue, de béatitudes signées Jorge Luis Borges:

 

"Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l'amour.

Heureux les heureux."

 

Pourquoi reproduire cette citation? Parce qu'elle est un excellent résumé du propos de l'auteur et parce qu'elle a donné son titre au livre.

 

Heureux les heureux est un livre qui se compose de monologues d'une multitude de personnages. Dix-huit au total. Dont trois seulement monologuent deux fois.

 

Il vaut donc mieux ne pas être trop fatigué pour lire ce livre. Les personnages se croisent, sont parfois très proches, offrent au lecteur des points de vue divergents sur les mêmes choses et il est impératif de lire le livre en entier, d'une seule traite, pour que se dessinent tous les liens parfois ténus qui les relient entre eux.

 

Aussi n'est-ce pas tant leur histoire générale qui a de l'importance que les différentes situations qui se succèdent et qui sont le miroir d'un monde propre à l'auteur, mais extensible aisément à tous les autres. Car ces situations sont celles du quotidien de beaucoup de gens, dont la vie est on ne peut plus prévisible dans ses grandeurs - il y en a peu -, comme dans ses petitesses - il y en a beaucoup.

 

Ces personnages racontent pour la plupart des scènes de couples, réguliers ou adultérins. Leurs récits comprennent des conversations et des choses vues, prises sur le vif, dans un supermarché, dans une chambre à coucher, dans un salon, dans une salle d'attente de médecin, dans un restaurant, dans un train, dans une chambre de clinique, dans une voiture etc.

 

Ernest Blot est marié à Jeannette. Après sa mort il veut être incinéré, que ses cendres soient dispersées dans une rivière. Sa soeur, Marguerite, collectionne les hommes. Sa fille, Odile, avocate, est mariée avec Robert Toscano, a eu deux fils avec lui, Simon et Antoine, est la maîtresse de Rémi Grobe, journaliste auquel elle n'est liée que par une attraction sexuelle réciproque et dont le meilleur ami est Raoul Barnèche.

 

Raoul Barnèche est un joueur invétéré. Il est marié avec Hélène, avec laquelle il a eu un fils, Damien. Lequel, en la conduisant et la raccompagnant sur le tournage d'un film, raconte à Loula Moreno, l'actrice, l'amante tourmentée de Darius Ardashir, comment Géraldine tergiverse pour passer à l'acte quand il la poursuit de ses assiduités.

 

Luc Condamine s'envoie en l'air avec Paola Soares, qui est une amie d'Odile Toscano. Il aimerait faire se rencontrer Virgine Déruelle et son ami Robert Toscano. Laquelle Virginie est secrétaire médicale, s'occupe beaucoup de sa grand-tante Marie-Paule et en pince pour Vincent Zawada, qui rend visite à sa mère cancéreuse dans l'hôpital où elle travaille.

 

Dans ce même hôpital Jean Ehrenfried, un ami d'Ernest Toscano et de Darius Ardashir, se fait soigner par l'oncologue Philip Chemla, lequel trouve son plaisir sexuel, depuis sa jeunesse, en se prostituant à des hommes et en reçevant des gifles de leur part, sans lesquelles son bonheur ne serait pas complet.

 

Les Hutner, Lionel et Pascaline, amis de Robert et d'Odile Toscano, forme un ménage sans histoire. A l'exception de l'histoire de leur fils, Jacob. Lequel ne se prend pas seulement pour Céline Dion, mais en est la vivante réincarnation, au point de parler quebécois comme il respire.

 

Céline-Jacob touche au plus haut point Chantal Audouin, la maîtresse du ministre Ecoupaud, soignée comme Jacob par Igor Lorrain. Lequel soumet aussitôt, et à nouveau, sexuellement, Hélène Barnèche, son ancienne maîtresse, quand il la rencontre fortuitement dans un autobus.

 

C'est simple. Non? Comme la vie...

 

Dans ce livre, tous les aimants, les aimés, ceux qui se passent de l'amour, mais le font, sont-ils heureux? C'est vite dit. Il semble que les béatitudes de Borges appliquées au monde de Reza, soient bien dérisoires. Etre heureux suppose-t-il d'avoir une disposition pour cela ou requiert-il d'être exigeant? Il n'y a évidemment pas de réponse à ces interrogations.

 

En tout cas dans le monde de l'auteur les personnages sont surtout bien médiocres, et pathétiques. Alors il est bien possible qu'il y ait parmi eux des heureux. Ne parle-t-on pas d'imbéciles heureux?

 

Au fait, le bonheur existe-t-il vraiment ici-bas? Pas sûr, mais il y a tout de même toujours des instants de bonheur...

 

Francis Richard

 

Heureux les heureux, Yasmina Reza, 192 pages, Flammarion

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 10:45

Maculée conception CHAPPUISPour un catholique - ce que je suis - Marie est Vierge, Sainte, Mère de Dieu, Immaculée Conception.

 

La plupart des contemporains, qui n'ont pas ou peu reçu d'instruction religieuse, voire qui ont reçu une instruction antireligieuse, se méprennent sur le sens de cette dernière expression. Elle signifie tout simplement que Marie a été conçue sans péchés, qu'elle a échappé au péché originel.

 

Maryam, le personnage du livre de Mélanie Chappuis, n'a donc rien à voir, ou si peu, avec Marie des catholiques. Il faut donc le considérer comme un personnage de fiction, un personnage de roman, issu de l'imagination fertile de son auteur, qui ne s'embarrasse pas trop de ce que disent les écritures, s'il restitue l'époque magnifiquement. 

 

Ainsi Maryam est-elle une jeune femme de dix-sept ans, enceinte des oeuvres d'un jeune homme de deux ans plus âgé qu'elle, un certain Barabas, jeune symbole de la résistance contre les Romains, qui croupit dans les geôles du roi Hérode.

 

Seule concession du livre au surnaturel l'ange annonce à Marie que son fils sera le Sauveur et intime à Joseph, un homme plus âgé, un veuf qui a des enfants d'un autre lit, d'accepter de la prendre pour épouse, afin qu'elle puisse échapper à l'opprobre d'être fille-mère, puisque Barabas est maintenant emprisonné.

 

Le massacre des innocents n'est pas ordonné parce que Yechoua est un roi potentiel mais parce qu'il est le rejeton de Barabas... Maryam fuit seule en Egypte avec lui. Depuis sa naissance elle aimerait bien le garder pour elle seule et retarder le plus possible - au moins trente ans - le moment où il se vouera aux autres:

 

"A Dieu j'ai demandé un fils qui m'aide à changer le regard des hommes. Je voulais un fils pour l'humanité. Pas pour moi. Comme tu le vois, ça a changé avec sa naissance." dit-elle à Ruth, une amie.

 

En Egypte Maryam grandit en réflexion auprès de thérapeutes, retrouve Barabas de manière éphémère, se croit obligée de soigner et de sauver des petits enfants pour racheter le sacrifice de tous les petits qui sont morts pour que vive le sien. Elle ne retourne à Nazareth qu'après la mort d'Hérode.

 

Joseph meurt, tué par un mercenaire. Charpentier il a refusé de fabriquer des croix pour les suppliciés. Yechoua a douze ans. Maryam fait avec lui le pèlerinage de Jérusalem, le perd de vue, s'inquiète comme toutes les mères, le retrouve au temple au milieu des savants.

 

Plus tard Yechoua épouse Leila, qui meurt avant de lui avoir donné une descendance. Il commence alors sa vie publique qui le conduira à mourir sur la croix, au pied de laquelle se trouveront enfin réunis Maryam et Barabas, qui renonce à l'orgueil, à la rage, à la violence pour libérer le peuple juif.

 

Dans ce livre Mélanie Chappuis ne cherche pas à choquer ni à "remettre sérieusement en cause les dogmes catholiques". Elle cherche à se réconcilier avec elle-même:

 

"J'avais le sentiment qu'être mère et aimer l'être, c'était insulter les femmes qui se sont battues pour l'égalité."

 

Alors plutôt que d'avoir recours à l'autofiction, comme dans ses deux romans précédents, elle a eu le besoin impérieux de revisiter l'histoire d'une femme exceptionnelle qu'elle a créée à sa ressemblance, émouvante comme elle, pour se justifier:

 

"J'ai voulu incarner Marie, l'affranchir de son statut de sainte, pour imaginer, avec un regard contemporain que je revendique intemporel, quelle a pu être sa vie."

 

Mélanie Chappuis a voulu "illustrer l'amour d'une mère pour son enfant dans ce qu'il a de plus perturbant, de plus déséquilibrant, mais aussi de plus beau et émancipant":

 

"C'est le récit d'une conception maculée de désir, de plaisir. Et celui d'un amour fou, animal, pour l'enfant né de cette conception. Un amour qui va se raisonner au fur et à mesure que se vit sa maternité. Jusqu'à donner le meilleur d'une femme, d'une mère, et de son enfant."

 

En quelque sorte, pour être en mesure de l'incarner et de lui prêter ses pensées, Mélanie a voulu faire descendre Marie de son piédestal pour la lui rendre plus accessible et plus imitable. Mais, ce faisant, elle a pris un gros risque, celui d'être incomprise... voire de scandaliser.

 

Francis Richard

 

Maculée conception, Mélanie Chappuis, 224 pages, Editions Luce Wilquin (à paraître le 11 février 2013)

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 21:15

L'échéance CLOSETSJeudi 24 janvier 2013, le gestionnaire de fortune IAM invite ses clients à faire une pause, un IAM Break, à l'hôtel Intercontinental de Genève.

 

Ce séminaire est l'occasion de rencontres, de points de vue, d'échanges pour permettre aux participants "d'anticiper l'avenir avec une vision plus claire des prochains défis qui nous attendent".

 

Les conférenciers sont Pierre Triponez, président de la Commission de Haute Surveillance de la Prévoyance, Charles Wyplosz, professeur d'économie internationale à l'IHEID à Genève, Myret Zaki, journaliste et rédactrice en chef adjointe de Bilan, et François de Closets, écrivain et journaliste français.

 

Le dernier livre de celui-ci, L'échéance, paru avant les dernières élections présidentielles françaises, est offert gracieusement aux participants.

 

De quelle échéance s'agit-il?

 

De "la catastrophe financière qui déferlerait de l'Europe sur la France ou naîtrait d'une attaque spécifique contre notre pays", s'il persiste dans son déni de réalité.

 

En effet, tôt ou tard, il faudra bien que la France cesse de croire que seule au monde elle peut vivre à crédit, accumulant les déficits depuis près de 40 ans, accroissant la dette publique qui s'approche de plus en plus des 100% du PIB:

 

"Sortir des déficits, réduire notre endettement: ce n'est pas un choix, c'est une obligation."

 

Est-ce être ultra-libéral? Que nenni:

 

"Que la dépense publique puisse et doive être réduite, c'est une évidence, et cela ne fera pas pourtant de notre pays un Etat ultralibéral."

 

Car être ultra-libéral, quelle horreur!

Comme tout bien-pensant, François de Closets pourfend l'ultra-libéralisme, c'est-à-dire l'excès de libéralisme [sic]. Seulement de l'ultra-libéralisme, qui est le mot-clé pour qualifier le libéralisme tout court, il se fait une représentation mentale tout ce qu'il y a de caricatural. Exemple:

 

"Dans le schéma ultra-libéral, un patron tout-puissant, peu contraint par la réglementation sociale, détient la totalité du pouvoir au nom de la propriété."

 

En fait François de Closets est attaché à l'Etat providence:

 

"Je suis, pour ma part, trop Français, pour accepter de vivre dans un paradis fiscal, et je n'oublie pas que les systèmes libéraux offrent beaucoup moins de services que les systèmes socialisés."

 

Sa bête noire, plus précisément, est le capitalisme financier, qui est pour lui le comble de l'ultra-libéralisme, alors qu'il jouit insolemment de la protection des Etats et n'a, en conséquence, rien de libéral...

 

A propos des financiers américains il dit, par euphémisme, qu'ils ont été "encouragés par le pouvoir fédéral américain"...

 

Alors, il renvoie dos à dos excès de libéralisme et excès d'étatisme:

"Le spectacle du monde nous montre [...] que l'on se ruine aussi sûrement en vidant les caisses de l'Etat qu'en laissant les financiers s'enrichir sans retenue. Il nous montre aussi que l'excès de libéralisme à l'échelle du monde ne fut pas moins désastreux que les dérives du providentialisme au  niveau des Etats."

 

S'inspirant des exemples canadien et suédois, il est convaincu que "le contrôle devrait être aussi naturel à la Sécu qu'au fisc":

 

"Un Etat providence ne peut survivre que dans la rigueur et se délite dans le laxisme."

 

Qu'il faille surtout prélever plus tout en acceptant qu'il faille distribuer moins:

 

"C'est en fait toute notre protection sociale qu'il faudrait refonder en l'appuyant sur la totalité des revenus, en prélevant plus sur les riches, en distribuant moins à la classe moyenne, en aidant davantage les plus vulnérables, mais aussi en menant une action dynamique, plus ciblée, plus incitative."

 

En matière économique il est contre "l'intégrisme libre-échangiste" et pour un protectionnisme d'exceptions:

 

"Poussée à l'extrême, la fermeture totale devient une aberration, mais des mesures tarifaires visant, par exception, à compenser les distorsions de concurrence les plus flagrantes, à protéger une industrie menacée par des manoeuvres déloyales, ne sont pas des crimes."

 

Sur l'économie de marché il se fait des illusions:

 

"Tant qu'à pratiquer l'économie de marché, mieux vaut l'adopter et l'adapter que nous y résigner."

 

Autant dire que sa conception du marché ne permet pas de faire parvenir les indispensables signaux, dont ils ont besoin, aux acteurs qui opèrent sur lui.

Certes il constate:

 

"En France, il suffit d'être audacieux pour créer une entreprise, mais il faut être téméraire pour embaucher un salarié."

 

Une lueur scintille alors dans son esprit, mais elle est vite réprimée, puisqu'il ne va pas plus loin que ça:

 

"Pour moderniser nos rapports sociaux, il nous faut passer du règlement au contrat [...]. Passer du règlement au contrat, c'est d'abord passer de la méfiance à la confiance, changer le regard des partenaires sociaux les uns sur les autres, afin que le compromis ne soit plus compromission."

 

La bête noire de François de Closets reste indéniablement le capitalisme financier qu'il faut absolument réglementer, comme si l'imposante réglementation bancaire actuelle avait empêché quoi que ce soit.

Il traite, avec raison, les banques et les Etats surendettés de faux-monnayeurs, mais il n'écrit pas une seule ligne sur les banques centrales, notamment la FED, leurs manipulations des taux directeurs et leurs émissions de fausses monnaies, qui ont été déterminantes dans l'éclosion de la crise, ni sur les solutions alternatives au système bancaire actuel.

Jeudi dernier, se taillant un franc succès, François de Closets, a rappelé que Laurent Fabius, en 1982, a été l'inventeur d'un indicateur (qui a fait florès depuis, puisque le monde entier l'a adopté), le déficit budgétaire exprimé en % du PIB, ce qui permet d'en minimiser et donc d'en dissimuler le caractère abyssal.

Avec le même succès il s'est appesanti sur les dérives de l'Etat providence, qu'il ne voudrait pas voir mourir, en disant qu'avec lui "le droit de" devient "le droit à", mais il n'a pas dit aussi clairement que dans le livre qu'il voulait le sauver et que ce serait difficile:

"Notre Etat providence se trouve pris en tenaille entre des prélèvements sur les plus hauts revenus que freine la concurrence fiscale, des prestations aux plus faibles qui augmentent irrésistiblement, des idéologies qui le condamnent à l'hémiplégie et des corporations qui défendent bec et ongles leurs droits acquis."

 

Il reste toutefois persuadé que:

 

"Quand nous serons capables de dire et d'entendre la vérité, nous saurons pourquoi notre Etat providence a fonctionné si mal et comment nous pourrons le transformer."

 

Quelle vérité?

 

Que "nos ancêtres faisaient la guerre à crédit" et que "nous les avons surpassés en faisant la paix à crédit" et qu'il n'est plus possible de continuer ainsi?

Peut-être.

 

Ne doit-on pas plutôt admettre que l'Etat providence est condamné à mort, dans le futur, même au Canada et en Suède?

 

Car, à long terme, la compétitivité des pays émergents pourrait bien ne pas reposer pas sur leurs bas salaires, comme on le croit communément, mais sur des modèles sociaux bien différents des nôtres, où la liberté de choix des couvertures sociales pourrait mettre à mal notre prodigieuse productivité, si nous n'y portons pas remède.

 

Francis Richard

 

L'échéance, François de Closets avec Irène Inchauspé, 308 pages, Fayard  

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 18:00

Je-vaix-mieux-FOENKINOS.jpgIl y a des liens indéniables entre le mental et le physique. J'en suis de plus en plus persuadé. Seulement, nous ne pouvons que nous approcher du savoir sur ces liens, sans être à même d'en tenir compte de manière systématique.

 

Qui ne connaît pas, dans son entourage plus ou moins immédiat, de personnes qui souffrent réellement physiquement, sans que cela ne se traduise par des signes objectifs en l'état actuel de la science?

 

Le narrateur du dernier roman de David Foenkinos se trouve dans cette situation bien réelle: il souffre du dos de manière cyclique et pourtant rien n'apparaît sur les radios et l'IRM qui lui ont été prescrites. Scientiquement il n'a rien, mais il souffre comme une bête.

 

Cette douleur qui, selon les cîrconstances, peut être plus ou moins exquise - un médecin a qualifié ainsi la douleur que j'ai ressentie le jour où je me suis fracturé plusieurs orteils -, ne lâche pas le narrateur. Elle est apparue un beau dimanche alors que lui et sa femme, Elise, recevaient un couple de bons amis, Sylvie et Edouard, et depuis elle ne le quitte plus, variant seulement en intensité, ce qui influe évidemment à chaque fois sur son état d'esprit. L'auteur ponctue d'ailleurs chaque épisode d'indications sur l'intensité de sa douleur, sur une échelle de 1 à 10, et de résumés lapidaires sur son état d'esprit.

 

Au bout de plusieurs jours de souffrance et d'examens médicaux, qui ne révèlent rien, il se résigne à aller voir une magnétiseuse sur le conseil de sa belle-soeur, pour s'entendre dire que sa douleur est d'ordre psychologique et que le magnétisme ne peut rien pour lui.

 

Il travaille dans un cabinet d'architecture. Comme un malheur n'arrive jamais seul, il est ridiculisé lors d'une réunion avec des clients japonais parce que, peu méfiant, il a utilisé des éléments faux que lui a fournis un collègue et néanmoins ennemi. Ce dernier le nargue de telle manière qu'il finit par lui régler son compte, ce qui lui vaut d'être licencié sur le champ pour faute grave.

 

Le soir même il rentre chez lui et sa femme lui annonce qu'elle veut divorcer. En quelques jours il a donc perdu la santé, son job et sa femme. De quoi déprimer grave, comme on dit de nos jours. Du coup il démarre une analyse, sans suite, avec le psy qu'il a dû rencontrer au moment de son licenciement et se rend compte qu'il avait besoin de vider son sac à quelqu'un, de préférence un inconnu qui saurait l'écouter.

 

Sa dorsalgie présente des hauts et des bas, plus ou moins douloureux . Lors d'un haut il a un malaise et se retrouve à l'hôpital.

 

Finalement c'est à partir d'une parole de sa mère qu'il entame son processus de guérison. Elle lui a dit qu'il gardait trop les choses pour lui et qu'il devrait aller voir toutes les personnes avec qui il a eu des problèmes:

 

"Mon mal de dos devait être la somme de tous les noeuds jamais dénoués. Bien sûr, il y avait le coeur de ma vie: ma femme, mes enfants, mes parents, mon travail. Mais peut-être que j'avais négligé la multitude de points de tension qui avaient jalonné mon parcours."

 

C'est en se livrant à cette quête que le narrateur va enfin commencer une nouvelle vie, en tranchant l'un après l'autre les noeuds de son existence, jusqu'au dénouement final. A son entourage et à ceux qu'il a rencontrés à l'occasion de ce récit il pourra dire enfin, sans que ce ne soit par pure politesse: "Je vais mieux". Jusqu'à présent n'a-t-il pas subi sa vie? N'en sera-t-il pas dès lors l'organisateur?

 

David Foenkinos, sur un thème qui pourrait être ennuyeux pour le lecteur, sait le captiver jusqu'au bout. Sans doute parce qu'il a un regard singulier sur les êtres et les choses, un style parfois piquant, et parce qu'il délivre un message d'espoir à tous ceux et toutes celles qui somatisent: il leur faut seulement avoir le courage de changer de vie quand elle ne leur convient pas, si le destin ne se charge pas de les y pousser...

 

Francis Richard

 

Je vais mieux, David Foenkinos, 336 pages, Gallimard

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 22:55

Amour fou VORPSIL'amour est un thème éternel. Il est à la fois toujours le même et toujours autre. Comme les êtres humains qui se ressemblent, mais sont finalement uniques, tous. Il est curieux d'ailleurs qu'ils veuillent être tantôt distincts des autres, tantôt comme les autres, suivant les circonstances.

 

Aussi, abordant ce nouveau livre consacré à l'amour, me demandé-je si cela valait bien la peine de le lire, d'autant que le titre faisait accroire que j'allais assister sinon à un enterrement, du moins à la contemplation d'une sépulture...

 

C'était compter sans la recommandation d'une amie (j'écoute souvent ce que me disent les femmes...). C'était sans compter avec l'auteur, Ornela Vorpsi, dont le style poétique et le regard singulier enivrent l'esprit.

 

En effet Ornela Vorpsi prête sa plume à une jeune narratrice tout aussi singulière, Tamar, prénom tout ce qu'il y a de biblique, puisqu'il fut celui de la belle-fille de Juda (mariée en secondes noces à Onan...), celui d'une fille de David et celui d'une fille d'Absalon...

 

Tamar aime sa mère Esmé, en dépit de ses chantages à l'affection ("Si tu ne fais pas ça, je me jetterai dans le vide et noire sera ta vie"), dont elle use et abuse, surtout depuis la mort de son fils Raphaël, Rafi, qui s'est volontairement noyé dans la mer, encouragé vraisemblablement par sa soeur. Sur la tombe fraternelle se trouve cet avertissement qu'il lui lançait déjà de son vivant:

 

"Ne piétine pas mon ombre, Tamar."

 

La voisine, Maria, a neuf fils, que, sous l'oeil réprobateur de leur mère, Tamar, "née spectatrice", aime regarder quand ils dorment nus, comme elle aime voir d'une manière générale, à défaut d'agir, bien consciente de son absence de beauté, ce qui lui procure "un terrible frisson":

 

"C'est pourquoi je suis transparente, pour me glisser partout. Invisible, ainsi que le destin l'avait voulu, je devais demeurer spectatrice, et le métier de l'optique était l'accomplissement de ce que la providence avait planifié pour moi. Me remplir du monde."


Parmi ces fils, il en est un qu'elle regarde plus particulièrement, Rudolf, de son petit nom Dolfi, qui est d'une immense beauté, d'où provient son étrangeté, attirante:

 

"Dolfi sourit et une glorieuse rangée de dents blanches vous brise et vous donne le sentiment d'être vaincu."

 

A cet homme d'une "succulente beauté", la vie suffit - ce qui fait bondir Tamar - et le temps passé avec lui est transparent, comme elle. Car les femmes indiffèrent Dolfi. Il vit désoeuvré depuis qu'il a abandonné le violon. Il reste affalé devant son poste de télévision qu'il regarde sans mettre le son. Pourtant toutes les jeunes femmes du voisinage tournent autour de lui.

 

Tamar, elle, se défend d'en être amoureuse:

 

"Si je le vois, si je le regarde, c'est parce que je le trouve beau. Je ne suis pas amoureuse, je n'ai jamais été amoureuse. Je pense que l'amour ne m'intéresse pas, ou je ne sais comment dire, ne m'arrive pas."

 

La tante de Tamar, Lali, dont le métier "consiste à collectionner les coeurs", ne parviendra pas à émouvoir Dolfi, malgré des caresses très entreprenantes et sans équivoque. Elle n'obtiendra que de le faire fuir et de rendre ses yeux humides.

 

Manuela fait partie des soupirantes de Dolfi depuis qu'elle a assisté à un de ses concerts. Privée de beauté, elle ne réussit pas davantage à le dégeler malgré la dignité qui émane d'elle, "une grâce née de l'absence de beauté".

 

Alors elle se résigne, après en avoir parlé avec Tamar, à se donner la mort et à venir rendre son dernier soupir devant chez lui:

 

"La seule beauté que je possède est celle des êtres destinés à mourir jeune. Comme tu le dis. Ce serait, pour moi, la seule occasion d'être regardée par Dolfi. Si ça se trouve, il ne m'oublierait plus."

 

Manuela vient donc "mourir dans la petite rue de Dolfi, de surcroît à la main une lettre aussi vide que blanche", aux pieds des sandales vertes - que Tamar récupère, subrepticement -, cachant sous sa frêle mélancolie un tempérament de feu:

 

"Sur le mur de sa chambre est encore accroché un article découpé dans le journal, il s'intitule Ci-gît l'amour fou."

 

Cette mort va bouleverser tout le quartier... et la culpabilité l'envahir.

 

Quant à Tamar, elle va essayer de se convaincre et de convaincre les autres qu'elle n'avait aucune qualité "pour changer ou vouloir changer le cours des événements"...

 

Quant aux sandales vertes de Manuela, elles vont lui servir alors de révélateur:

 

"Une fois montée sur ces sandales, moi, Tamar, si transparente que mes semblables me traversaient en me brisant, je devenais opaque, je prenais consistance, je brandissais un corps qui ressemblait à celui   de Lali, chute de reins arrondie, bras dessinés, taille fine, jambes élancées et sûres. Sur ce corps les regards se posaient, demeuraient même sculptés."

 

Ces sandales vont lui permettre de vivre la vie de Manuela avant Dolfi, de devenir femme et de savoir que c'était donc ça, l'homme:

 

"L'homme était maniable, plus faible que moi."

 

Ces sandales vont lui permettre de faire d'autres découvertes, sur elle-même, sur les autres, et notamment elle va découvrir qu'elle redevient transparente quand elle les ôte et qu'elle est moins indifférente aux regards des hommes qu'elle ne le pensait.

 

Rafi, son frère, lui avait dit:

 

"Sais-tu, Tamar, quelle punition avait préconisée Moïse pour les hommes qui désobéissent aux lois divines? La folie, telle est la punition, petite soeur."

 

Peut-être. Mais ne se dit-elle pas à elle-même: "Observe l'amour, Tamar, gare à l'amour. Aimer à la folie égale la folie."?

 

Francis Richard

 

Ci-gît l'amour fou, Ornela Vorpsi, 192 pages, Actes Sud

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 23:40

Justice LEFORTFrançois Lefort des Ylouzes est prêtre et médecin. Pendant des années il a beaucoup fait pour les enfants des rues à travers le monde et il a contribué à faire tomber le réseau international de pédophilie Spartacus.

 

Ironie du sort, il est condamné le 24 juin 2005 à 8 ans de réclusion criminelle par la Cour d'Assises de Nanterre pour viol, agressions sexuelles et corruptions envers des mineurs et de jeunes adultes (peine curieusement faible pour de tels faits...). Il bénéficiera d'une libération conditionnelle le 7 mars 2009.

 

En février 2009 j'ai écrit un article sur un bien triste sire, Christian Terras, avec lequel je répugne de partager l'étiquette de catholique.

 

En août 2009 j'ai reçu un commentaire de l'Abbé Lefort relatif à cet article. A sa demande, et pour ne pas lui faire de tort, je n'ai pas publié ce commentaire, que j'ai détruit après l'avoir lu.

 

Sur le site de Droit à la justice, j'ai appris ce qui lui était arrivé, mais n'ai pas voulu trop en parler, toujours pour ne pas lui faire de tort. Il m'a invité à le rencontrer au Puy-en-Velay, ce que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de faire au cours de ces quelque trois dernières années, pris par mon travail ou par des déplacements trop éloignés de cette ville. Ce que je regrette.

Pour mieux le connaître j'ai donc d'abord lu son livre Une sandale dans le désert, puis son avant-dernier livre, Seigneur, ça suffit!, dont je n'ai pas rendu compte - je ne rends pas compte de tous les livres que je lis, sinon je n'aurais même plus le temps de lire...-, mais que je reprends de temps à autre, parce que je suis édifié par sa Foi manifeste, qui lui permet de tenir (avec le soutien également de ses nombreux amis et de sa famille):

"Accuser quelqu'un de pédophilie est, très certainement de nos jours, le meilleur moyen de le tuer socialement."

 

A la fin de Seigneur ça suffit!, l'Abbé Lefort dit, s'adressant au Seigneur, qu'il n'est pas parfait comme Lui et que c'est encore trop tôt pour lui pour pardonner à ceux qui lui ont fait du mal. Car ses ennemis savent très bien ce qu'ils ont fait quand ils l'ont accusé de crimes qu'il n'a pas commis et qu'il n'a même pas pu matériellement commettre:

 

"Je sais que si j'éprouve de la haine, ils s'en moquent. Ce n'est pas eux qui sont détruits par cette haine, c'est moi. A la limite, pour l'instant, je peux essayer de les faire sortir de mon esprit, je dis bien: essayer. Mais ne m'en demande pas plus."

 

Pourtant il lui a bien fallu ne pas complètement les faire sortir de son esprit. Sinon, comment aurait-il pu écrire ce dernier livre, Justice!, où il raconte le processus par lequel, innocent, indéniablement, il a pu être condamné coupable par la justice française? Ce qui est une honte.

 

Sa vie s'est arrêtée le 5 décembre 1995. Ce jour-là il a été embarqué à 6 heures 30 du matin par la police et mis en garde à vue pendant trois jours, sans qu'on ne lui dise le pourquoi de cette arrestation. Il ne l'a appris qu'indirectement...

 

Les faits qui lui sont reprochés ont fait l'objet d'une instruction qui a duré dix ans, pendant lesquels il a vécu "comme dans une salle d'attente", le temps que se terminent des investigations mal menées et qui l'ont, volontairement ou non, desservi.

 

Quels sont ces faits?

 

- une agression sexuelle sur un mineur, située au Sénégal, qu'il n'a pas pu commettre, puisqu'il se trouvait en Mauritanie à cette date-là, le 6 septembre 1994...

- une agression sexuelle décrite dans un rapport daté de 1994 et qui n'aurait pu pourtant se produire qu'en 1995...

- une agression sexuelle commise dans une voiture sur la route de Thiès le 25 mars 1995, alors que la victime faisait ce jour-là une fugue à Dakar...

- une agression sexuelle sur un mineur qui ne l'est pas - né le 14.08.1978 il a alors 15 ans et non pas 12 ans: son extrait de naissance falsifié porte la date du 12.12.1982...

 

etc.

Tout est à l'avenant. Le nombre des soi-disant victimes est variable. Certaines de ces victimes même ne reconnaissent pas être des victimes et le paieront de leur vie en étant rejetées à la rue (c'est à elles d'ailleurs que l'auteur dédie ce livre). Une autre ne se souvient même plus s'il lui a été administré une fellation ou une sodomie... Ce qui aurait dû discréditer ses accusations. Même pas. 

Les victimes ne se sont pas manifestées d'elles-mêmes. Elles ont été sollicitées, manipulées:

"Choisir de m'accuser ou pas, d'être complice des mensonges de Moussa Sow [son principal accusateur dont il avait ébréché le prestige et le petit pouvoir local] ou pas, n'était pas qu'une question de fidélité ou de traîtrise, c'était avant tout une question de survie. Pour cela, certains être humains sont prêts à tout."

C'est pourquoi François Lefort aurait préféré être jugé au Sénégal, où les magistrats connaissent le contexte (il n'aurait certainement jamais été condamné non plus en Angleterre ou aux Etats-Unis).

  

Tout ce qui est à charge est retenu contre lui, mais il n'est pas tenu compte de ce qui est à décharge. Lors du procès les témoins de la défense sont maltraités, tournés en dérision, considérés comme des malfaiteurs, alors qu'il s'agit, tous, de personnes d'exception. Comme les rapports des experts sont favorables à l'accusé, on leur dénie toute valeur...  

François Lefort a la gueule du coupable. Il est prêtre - et les scandales à répétition de prêtres pédophiles battent son plein. Il est médecin. Il est diplômé. Il est originaire de Neuilly. Il porte une particule à son nom. Il fait partie des puissants - sa soeur est Secrétaire d'Etat. Il a reçu la Légion d'Honneur. Il a un ego démesuré. Il se défend comme "un manche". Il s'occupe de jeunes. Face à lui, il y a justement de pauvres petits africains, enfants des rues, des proies toutes trouvées... pour ce prédateur infâme.

  

Il a été la coqueluche des médias. C'est fini:

 

"La presse est terrorisée à l'idée de ne pas être en phase avec ses lecteurs ou ses auditeurs." 

Le livre L'illusionniste, de Mehdi Bâ, écrit sous la dictée de Christian Terras, publié avant le procès sera décisif pour sa condamnation. Tissu de mensonges, il sera conforme au vrai principe en vigueur dans la justice française, de l'instruction jusqu'au juge d'application des peines, selon lequel "plus le crime est horrible, moins les preuves sont nécessaires".

Au-delà du cas personnel de l'Abbé Lefort, il y a, en réalité, de quoi se poser des questions sur le fonctionnement de la justice française, d'un bout à l'autre de la chaîne, qui essaie de "faire croire qu'elle ne se trompe jamais":

"L'innocent doit demander à la justice de reconnaître que la justice s'est lourdement trompée, que les juges, à tous les niveaux, ont mal travaillé. Aucun juge, même un conseiller à la Cour de Cassation, ne pourra jamais admettre cela autrement que contraint et forcé."

C'est pourquoi François Lefort n'avait aucune chance, malgré la production de faits nouveaux, d'obtenir la révision de son procès par la Cour de Cassation, qui a rejeté le 7 mars 2011 sa demande déposée le 26 mars 2010. Il va continuer à se battre et a demandé à son avocat de se tourner vers la Cour européenne...

Fort de son expérience, à la fin de son livre (en annexe il publie les principales pièces de son dossier), "pour que tout cela n'ait pas été qu'un abominable gâchis", François Lefort fait des propositions concrètes concernant l'instruction, le déroulement des audiences, la révision des procès, la détention, l'Ordre des Magistrats.

Le législateur, qui s'occupe de bien des choses qui ne devraient pas être de sa compétence, ferait bien de s'inspirer de ces propositions dans un domaine, qui relève de l'Etat, pour redonner aux justiciables français confiance dans la justice de leur pays, que j'ai perdue depuis longtemps pour ma part...

 

Francis Richard

 

Justice! - Pour l'honneur d'un prêtre, François Lefort, 306 pages, Editions Chemins de tr@verse  

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:40

Une semaine bien remplie GUYONNETJacques Guyonnet est quelqu'un d'atypique. Il est compositeur de musique (avec laquelle il est tombé en amour: pendant un temps il est même "théoricien militant pur et dur" de musique contemporaine...), puis chef d'orchestre, enfin romancier...

 

Il aura 80 printemps le jour du printemps prochain, mais l'âge peut être trompeur pour ce qui le concerne.

 

A lire Une semaine bien remplie, on se convainc aisément qu'il ne ment pas quand il constate:

 

"Mon côté gamin ne veut pas se faire la malle, il attend le grand final, j'imagine."

 

En tout cas ce livre n'est rien moins que conventionnel, il est "fourchu", "à deux histoires parallèles", des mémoires et un roman. Et dans le roman, il n'est pas étonnant que son modèle soit Paracelse, "un marginal", "un homme libre".

 

Jacques Guyonnet est le héros de ces deux histoires, mais l'une ne doit pas être très éloignée du réel, tandis que l'autre est issue de son imaginaire: il y voyage dans le temps et dans le mythe et s'y livre à une "logorrhée mo-nu-men-tale".

 

S'il se sent à l'aise dans l'aventure, il ne voit pas "en quoi ce qui [lui] est arrivé peut intéresser les autres". Il devrait pourtant se dire que toute vie bien remplie, et pas seulement une semaine fantastique, apporte toujours à celui qui, en lisant, cherche à s'enrichir des expériences des autres.

 

Dans ses mémoires, comme dans le roman, dont les chapitres se chevauchent, l'auteur parle en effet surtout de ce qu'il aime le plus, c'est-à-dire "la planète. Les femmes donc et la mer":

 

"Je suis toujours très attiré par la beauté des filles et des femmes, c'est ma construction."

 

Il fantasme particulièrement sur leurs jambes:

 

"Je ne connais pas le détail de mes codes de chasseur mais je sais qu'il y existe des lignes relatives aux jambes féminines. Innéité ou vécu? On s'en fout, dans le sexe ce qui compte c'est ce qui marche."

 

Et un signe trouve un écho en lui à tous les coups:

 

"Une belle femme en jupe de cuir c'est un canon au carré."

 

Ne cherchez pas plus loin le pourquoi de la couverture du livre...

 

Quant à la mer elle prend une forme qui lui est propre:

 

"Cette Suisse asexuée ne possède aucun accès à la mer. Pour me développer, pour aller plus loin il me fallait un accès à la mer. Et la mer, dans mon cas, vous le savez, c'était l'orchestre."

 

Dans le roman, qui donne son titre au livre et qui doit beaucoup à sa prédilection pour la science-fiction, il retarde, entre autres, le déluge, solidifie la barrière de Gibraltar, meurt deux fois, est changé en femme - ce qui ne lui déplaît pas -, et jette les bases du féminisme il y a 4'000 ans dans le jardin d'Eden...

 

Dans ses mémoires, cet homme couvert de femmes, en dépit de sa timidité que son double surmonte inexplicablement et au bon moment, rencontre un jour la femme de sa vie, Profondeur, avec laquelle il vit pendant un quart de siècle jusqu'à ce qu'elle disparaisse il y a tout juste 20 ans. Avec elle il fait cette découverte:

 

"On ne lit bien le monde qu'à grande vitesse et ... à deux."

 

Ce livre porte un sous-titre, entre parenthèses, De l'Amour, comme le livre de Stendhal. Jacques Guyonnet ne fait qu'en parler tout du long, mais il réserve une bonne surprise au lecteur persévérant de ce véritable pavé (je ne l'ai pas pesé mais j'ai rechigné à l'emporter avec moi pendant mes quelques jours de vacances de fin 2012).

 

Cette surprise est l'annexe sur l'amour, qui est très instructive et qui se termine par ces mots:


"L'Amour, j'en ai beaucoup parlé, je pourrais continuer à perte de vie mais en réalité, pour être franc, c'est tellement mobile, vivant, imprédicible que, somme toute, je vais vous l'avouer, j'y ai été très heureux, très comblé, mais... je n'y comprends rien. La seule chose que je sais est qu'on a besoin d'en recevoir. Et que c'est encore mieux d'en donner.


C'est déjà beaucoup!"

 

Sinon, encore une fois, qu'est-ce qui compte?

 

"Ce qui compte c'est changer, surfer le monde, c'est la connaissance de la planète, adorer la mer et prendre le risque d'explorer ses profondeurs [...], adorer les femmes et la révolution."

 

S'il entendait seulement par révolution "celle qui changerait les rapports des femmes et des hommes", comme il le dit à un moment donné, je lui emboîterais volontiers le pas, mais je ne peux pas le suivre quand il entend par révolution ce que lui dicte sa prise de conscience anticapitaliste:

 

"L'argent c'est sale, ça ne changera jamais."

 

Alors qu'il n'y a jamais d'argent sale mais de sales gens, qui ne respectent pas le Droit mais usent de passe-droits, avec la bénédiction et la protection des Etats.

 

Le jour de l'élection de François II, pour lequel je n'ai que de l'ironique compassion, sa détestation lui fait dire ce à quoi conduisent toutes les révolutions:

 

"Demain serait peut-être violent mais je me berçais de l'insolent espoir de voir les voyous de l'argent embastillés, ils sont trop petits, mesquins, imbaisables. Qu'on s'en débarrasse, au mieux qu'on les rééduque."

 

C'est pourquoi, parce qu'Une semaine bien remplie ne peut pas être réduite à cela, je citerai ce quatrain de mon cher Rimbaud, tiré du Bateau ivre, que cite Jacques Guyonnet à la dernière page, assorti entre parenthèses d'explications bien à lui et judicieuses, que je laisse au lecteur le soin de découvrir, s'il veut bien tenir un jour ce livre de poids entre ses mains:

 

Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.

Toute lune est atroce et tout soleil amer:

L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs envivrantes.

O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!

 

Francis Richard

 

Une semaine bien remplie (De l'Amour), Jacques Guyonnet, 488 pages, La Margelle

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 11:45

T-PINGEON.jpgLe 14 avril 2012 il y avait 100 ans que le Titanic rencontrait inopportunément un iceberg à quelques encablures de Terre Neuve et coulait le lendemain, quelques heures plus tard.

 

Gilbert Pingeon, pour le centenaire de cette catastrophe, a rassemblé des textes écrits par lui sur le sujet depuis 1976. Son propos est grinçant et, dès le départ, il s'adresse au lecteur, à la première personne, en ces termes ironiques, au sujet du XXe siècle:

 

"Qu'importe qu'on me regarde comme un dément échappé de l'asile, fou parmi les fous chevauchant des libellules entoilées ou l'obus crevant l'oeil des planètes, je suis fier d'appartenir à ce siècle pourvoyeur d'hécatombes, au nom du Créateur Unique et des saints étendards de la liberté du commerce."

 

Le ton est donné et se maintient tout du long du livre, dont le titre en une seule lettre semble vouloir opposer, faussement, la modestie à l'orgueil. 

 

C'est hélas très conformiste...que de s'attaquer à Dieu et au libéralisme. Les religions et la liberté seraient responsables de tous les maux, alors que seuls pourtant des individus peuvent être responsables.

 

Quelques citations, qui relèvent du slogan, permettront de préciser davantage cet état d'esprit absolutiste:

 

"Tout est en place pour célébrer le triomphe de la Raison sur le Hasard."

 

Comme si la raison ne devait jouer aucun rôle dans l'existence d'un être humain.

 

"C'est le salaire de la hâte vers plus d'avoir et moins d'être."

 

Comme si d'avoir beaucoup empêchait d'être beaucoup.

 

"Veux-tu retourner à la chandelle, au rouet, au moulin à vent? Chaque omelette se paie d'oeufs cassés. Ton confort a un prix et ce prix est élevé."

 

Comme si les progrès technologiques étaient tous néfastes.

 

A l'appui de sa vision des choses, l'auteur fait aussi des amalgames entre le naufrage du Titanic, involontaire, et l'effondrement, volontaire, par des terroristes islamistes des tours jumelles, One Eleven dans le texte, et le bombardement atomique, volontaire, d'Hiroshima par un bombardier américain, l'Elona Gay dans le texte.

 

Tous ces événements, certes, se sont produits par l'emploi de technologies nouvelles, mais ces technologies n'étaient que des instruments dont se servaient des individus, seuls responsables de leur mauvaise utilisation. Quand un homme se sert d'une arme blanche ou à feu pour occire son voisin, ce n'est pas l'arme qui est responsable, mais bien celui qui l'utilise. Apparemment Gilbert Pingeon est persuadé du contraire...

 

Comme il le dit lui-même, l'auteur exprime des points de vue "de basse classe, au ras de la houle". Encore un qui ne doit pas aimer les riches:

 

"Sur l'îlot des certitudes, rien n'a changé. Les trains arrivent et partent à l'heure. Les nantis mènent croisade pour l'abondance aux dépens de la misère. On meurt de bien-être."

 

Il préférerait certainement qu'on meure de dénuement...

 

Au milieu de tous ces poncifs il dit quand même quelque chose qui n'est pas entièrement faux. Il dit que "l'homme n'est pas maître en sa raison":

 

"Le Temps est son véritable maître. De lui il apprend la patience et le vénère à sa façon qui est l'oubli réitéré de chaque leçon."

 

Aussi, si le lecteur surmonte son aversion pour les lieux communs actuels égrenés tout au long de l'ouvrage, pourra-t-il découvrir quelques pépites et se régaler de quelques morceaux de bravoure. Mais, à ses yeux, pourraient bien être rédhibitoires des sorties du genre de celle-ci, relevée dans la post-face:

 

"Apparemment, le mirage de la Croissance Infinie est demeuré intact, puisque la mondialisation du profit a élargi le champ de ses ravages, de Tchernobyl à Fukushima."

 

Pathétique...

 

Francis Richard

 

T, Gilbert Pingeon, 148 pages, L'Âge d'Homme

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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