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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 22:55

Fils HODGERSAntonio Hodgers et sa femme, Sophie Balbo, ont écrit un livre à quatre mains.

 

Quand Sophie écrit, elle prête sa plume à Silvia Hodgers, la mère d'Antonio, et le fait très naturellement à la première personne.

 

Quand Antonio écrit, il le fait lui aussi à la première personne, mais c'est bien de lui-même qu'il s'agit.

 

En fait, ce sont, en un seul volume, les autobiographies de Silvia et Antonio Hodgers qui sont contenues dans Fils. Les mêmes événements étant vus à partir des points de vue parallèles d'une mère et d'un fils.

 

Ce livre familial est en réalité un livre de piété maternelle et filiale, qui se passe principalement en Argentine et en Suisse et qui explicite l'héritage culturel et politique du président du groupe des Verts au Conseil National.

 

En 1971 - elle a 24 ans -, Silvia s'engage politiquement, alors que son pays, l'Argentine, est dirigé par un dictateur militaire. Elle est devenue membre actif du Parti révolutionnaire des travailleurs, PRT, qui mène une lutte armée contre le régime:

 

"D'inspiration guevariste, nous étions d'avis que c'est au peuple lui-même, notamment aux classes sociales opprimées et exploitées, de s'insurger contre les classes dominantes, à travers des foyers révolutionnaires."

 

Quelques mois plus tard, Silvia connaît la prison, la torture, et n'est libérée qu'au retour au pouvoir de Peron en 1973.

 

En 1975, elle revoit Hector, un "ancien petit copain",de retour des Etats-Unis où il a fait un Master d'Economie. Ils se sont connus 10 ans plus tôt au Chili, ont vécu ensemble pendant un an et se sont séparés, lui pour aller étudier en Amérique du Nord, elle pour aller danser en Europe:

 

"Hector me faisait craquer. Au Chili j'avais été séduite par le fait qu'il savait s'imposer. Il était clair sur ce qu'il voulait et ça m'attirait. J'aimais les hommes qui savent prendre l'initiative, qui n'ont pas peur de me prendre dans leurs bras et de m'embrasser. Je le trouvais très intelligent. Et j'adorais faire l'amour avec lui."

 

D'être révolutionnaire n'empêche pas d'être femme...

 

Hector sera également le compagnon de lutte de Silvia et le père d'Antonio:

 

"Ce n'était pas facile, la militance, pour un couple. Il suffisait d'avoir deux caractères forts pour que ça vole en éclats."

 

En 1976, un autre dictateur militaire prend le pouvoir peu de temps après la naissance d'Antonio. Hector est arrêté deux mois plus tard, le 8 mai 1976, et disparaît à jamais:

 

"Il serait mort sous la torture à la fin du mois de mai, après avoir été violenté pendant des semaines."

 

Un jour Antonio demande à sa mère où est son père. Elle lui répond qu'il est "au ciel"...

 

Avant de se retrouver en Suisse (1981), Silvia et Antonio fuiront en Italie (1977), iront au Mexique (1979), Silvia militant toujours au sein de son parti pour ses convictions marxistes.

 

En 1991 Antonio entre au parlement des jeunes de Meyrin, dans la banlieue de Genève. Il s'y engage sans compter dès 1993:

 

"Ces premiers pas dans le monde associatif révèlent mon goût d'entreprendre, au sens social du terme, à savoir de mettre ensemble des moyens et des compétences dans le but de créer."

 

En 1994, Antonio retourne à Buenos Aires, à ses sources argentines. Mais il n'apprend pas grand chose sur son père de la part de sa grand-mère paternelle:

 

"La torpeur liée à la disparition de son fils l'accable au point de ne pas pouvoir donner à son petit-fils l'affection qu'il est venu chercher."

 

Alors, il voyage à travers le sous-continent:

 

"Si je peine à établir un lien avec mon père à travers sa famille, je compte bien le déceler à travers son engagement politique pour une société plus juste en Amérique latine. Mais pour cela, je dois mieux connaître les peuples sud-américains."

 

Il fait un périple du Pérou à l'Uruguay en passant par la Bolivie et le Paraguay. Il voit la misère. Il décide de lutter contre les inégalités, car l'injustice le "prend à l'estomac". Il en rend responsables "les implacables règles de l'économie libérale, le plus souvent mises en place par des régimes autoritaires".

 

Toutefois d'avoir vécu en Suisse et d'y avoir participé à un parlement de jeunes n'est pas sans influence sur lui:

 

"Bien je sois admiratif des chefs révolutionnaires, Che Guevara en tête, la croyance en l'homme providentiel m'exaspère. Elle ne correspond en rien à ma culture politique suisse, basée sur le partage du pouvoir et la certitude que la solution se trouve dans le collège et non dans l'individu."

 

En 1996, devenu président du parlement des jeunes de Meyrin, il organise, entre autres, un voyage à Cuba, qui lui dessille quelque peu les yeux:

 

"Cette expérience cubaine déconstruit un peu plus en moi l'idéalisation du modèle de société socialiste pour lequel se sont battus mes parents, sans pour autant renier ses valeurs fondamentales ou ses succès sectoriels."

 

Il a de la reconnaissance pour l'exemple d'"efficacité dans l'action" que ses parents lui ont donné, mais il sera fidèle à leurs "valeurs humanistes" autrement:

 

"Eux ont pris les armes, car ils évoluaient dans le cadre de dictatures militaires. Je prendrai les instruments de la citoyenneté, puisque j'évolue en démocratie."

 

Et il "accepte la lenteur de la prise de décision comme un gage de stabilité de la démocratie suisse".

 

Après avoir fréquenté les jeunesses socialistes sans adhérer, il fait un jour le pas chez Les Verts où il est introduit par Pierre-Alain Tschudi, conseiller municipal de Meyrin:

 

"Il [y] trouve un espace de discussions et de création politique, basé sur des valeurs humanistes, mais sans carcan idéologique strict ou préformaté. Le parti est jeune et ouvert, il [lui] convient parfaitement."

 

Et Silvia donne sa bénédiction à Antonio quand il lui explique que "pour lui, l'égalité sociale ne [peut] pas faire l'économie de la protection de l'environnement". Elle estime toutefois que Les Verts "sont parfois trop indulgents avec le système capitaliste, comme tous les autres partis de gauche"...

 

Ce livre présente l'intérêt d'établir clairement la filiation d'Antonio Hodgers avec ses parents, dans les différentes acceptions de ce terme.

 

En effet Antonio ressemble de plus en plus physiquement à son père. Si l'on en croit sa mère, il a la même détermination que lui. Il a surtout reçu en héritage les mêmes valeurs fondamentales qu'eux deux, qu'il n'a pas trahies, et qui avaient tant d'importance pour eux, l'écologie politique étant la poursuite de la lutte contre les inégalités et l'injustice par d'autres moyens... Ce qui est très bien expliqué dans l'annexe au livre.

 

Francis Richard

 

Fils, biographies de Silvia et Antonio Hodgers, Antonio Hodgers et Sophie Balbo,180 pages, L'Aire

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 17:30

Banc CHAUMAIl y a eu le confessionnal, puis le divan. Maintenant il y a le banc.

 

Jean Chauma, auteur d'Echappement libre, a en effet placé sur un banc révélateur, de l'avenue des Champs-Elysées, le début et la fin d'un braqueur.

 

Dans ce roman noir, publié il y a quelque deux ans, un héros du grand banditisme, Sébastien Desnoy, alias le Mammouth, se raconte.

 

Il raconte d'abord comment le jour de sa fugue le monde s'est séparé, pour lui, concrètement en deux camps, celui des caves et celui des voyous.

 

Ce jour-là, il est au bout de ses quinze ans, à Paname, dans le tout juste après-mai de l'année 1968.

 

Il commence par déambuler sur les grands boulevards, par voir des films où Delon, Gabin, Belmondo, Ventura sont à l'affiche, puis des films interdits aux moins de 21 ans, à Pigalle. Il entre ensuite dans un Prisunic. Au rayon jouets il vole "une mauvaise réplique du pistolet automatique Luger P08".

 

Sans préméditation, faisant trembler son corps, avant d'arriver à son esprit, l'idée saugrenue lui vient de braquer une boulangerie-pâtisserie avec ce jouet à amorces:

 

"Dès ce jour je sus que c'était possible, je sus que je pourrais recommencer quand je le voudrais."

 

Après avoir tout flambé, pris sans payer un magnifique repas dans un restaurant, il s'enfuit en courant et termine sa course sur un banc de l'avenue des Champs-Elysées, où il dort du sommeil du voyou, le méfait accompli.

 

Il a fui ses proches, plus particulièrement sa mère, couverte de maris, abusive, dans tous les sens du terme, y compris sexuel. A son réveil, il emboîte ses pas dans ceux de Frédéric, qui tient le restaurant Le Laurent, qui l'embauche et dont il devient le jeune amant.

 

Trois ou quatre ans plus tard, il le quitte pour devenir serveur au Cercle de la Marine, chez Mattei.

 

Tueur présumé, à juste titre, du député Breuil (pour rendre service à Mattei), il fait quatre cinq ans de prison et est libéré sur un non-lieu. Mais ce n'est pas la dernière fois qu'il fera de la prison... qui n'est pas l'école du crime, qui n'est d'ailleurs l'école de rien:

 

"La prison n'apprend rien, elle ne fait que renforcer le monde fantasmagorique du délinquant, du criminel."

 

L'emprisonnement n'est-il pas insupportable sans les fantasmes?

 

Trente-cinq ans après sa fugue, Sébastien se retrouve sur un banc semblable à celui où, devenu voyou, à part des autres, il s'était endormi, sur la même avenue, mais, cette fois, une balle dans le côté droit.

 

Sentant la vie s'échapper de lui, il se penche sur son passé en dialoguant avec une belle passante, aux cheveux blancs coupés à la garçonne, qui le connaît de réputation, qui l'aime, comme cela, gratuitement, et qui veut l'aider tout simplement parce qu'il en a besoin, même pas parce qu'elle l'aime:

 

"Si j'avais su que tant de choses étaient gratuites, j'aurais pas fait voleur." lui confie-t-il.

 

Sébastien, lui qui n'a été jusqu'alors qu'un instrument - ce qui lui faisait prendre forme et sens -, apprend d'elle l'essentiel. Il n'a rien à faire, rien à ajouter au fait d'être. Il lui faut "juste profiter du don d'être vivant.".

 

Il s'est fourvoyé:

 

"Ce n'est pas d'avoir fait le truand qui ouvre le Paradis, mais le repentir, l'éveil à l'autre."

 

Seulement, comme il ne perçoit toujours pas de Paradis, il se rend compte, grâce à la belle inconnue, qu'"il existe quelque chose d'aussi exaltant c'est d'être."

 

Jean Chauma dresse le portrait psychologique d'un braqueur qui ne l'est pas devenu par calcul ou par choix, dont le regard n'était pas exercé à voir, qui ne savait que ressentir, qui s'est "retrouvé un jour avec cette sorte de don négatif, cette possibilité de faire".

 

A ce braqueur il aura fallu attendre d'être proche de la mort pour devenir lucide sur sa vie, qu'il croyait être la vraie vie parce qu'il en jouissait.

 

Le banc aura été le révélateur, le commencement et la fin.

 

Jean Chauma parle en connaissance de cause. Aussi faut-il l'écouter. Et peut-être s'asseoir comme Sébastien sur un banc, sans attendre, cependant, qu'une belle inconnue vienne apporter de l'aide...

 

Francis Richard

 

Le banc, Jean Chauma, 112 pages, BSN Press

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:25

Naturels GAULISQui pourra un jour départager ce qu'il y a en chaque homme d'inné et d'acquis?

 

En chacun, des traces ont été laissées par ses prédécesseurs. Elles sont souvent plus anciennes qu'on ne l'imagine.

 

Les survivants d'innombrables générations bénéficient d'une insigne faculté d'adaptation, qui ne se dément pas dans le présent, au risque, autrement, de la disparition.

 

Bref la dualité, sinon la multiplicité est en l'homme, génératrice de conflits internes.

 

Marie Gaulis est au moins duale, de par la géographie:

 

"Je me tiens dans une position précaire d'équilibre entre deux hémisphères, entre deux ou trois langues, entre deux saisons instables, à ma façon dillettante et pas tragique, une exilée."

 

Au lieu de ne rechercher que ses origines historiques, elle remonte plus haut dans le temps, quand la rêverie ne peut que suppléer à la connaissance, pour une très large part:

 

"Ce qui reste du paysage primordial, de sa sauvagerie, ce qui demeure de notre humanité néolithique d'avant les catastrophes de l'âge de fer, tout cela je le recherche, sans organisation, ni plan. A la faveur de rencontres et du hasard, le meilleur guide, je retrouve des traces minuscules, monumentales, fragiles, imaginaires."

 

Ayant vécu en Australie et y vivant toujours une partie de l'année, rien de ce qui est aborigène ne lui est étranger. Ces Naturels sont les derniers témoins d'un monde perdu, comme le paradis, mais sans avoir été idyllique pour autant.

 

L'auteur va même, au début de son livre qui rend compte de ses rêveries de promeneuse solitaire, mettre ses pas dans ceux de Jean-Jacques Rousseau, à Môtiers, où le philosophe a passé quelques années. Il y a en effet là le Musée d'art aborigène...

 

Dans ce musée Marie Gaulis regarde des oeuvres de cette peinture aborigène qu'elle a découverte dans les musées australiens:

 

"Les peintres aborigènes ne représentent pas le monde afin de le conquérir, mais ils le chantent et le peignent pour le recréer."

 

Ces peintres rêvent... comme Marie Gaulis, qui, après ce détour dans le Val de Travers, sous l'ombre tutélaire de Rousseau, nous emmène nous promener avec elle en Australie, pour nous faire participer à sa quête.

 

Là-bas il n'est question que de s'égarer dans la forêt primordiale, que de guetter le signe d'un paysage originel, que de marcher "avec l'illusion d'être seule au monde, avec pour unique compagnon mon corps traversé d'intuitions, lourd de désirs et allégé par le rythme de la respiration".

 

Mais elle ne se berce pas pour autant d'illusions, si celles-ci la bercent:

 

"Je ne peux qu'accepter le mélange hybride et fantasque du monde où je vis, sans me complaire dans la nostalgie d'un état parfait, qui n'a d'ailleurs jamais existé mais dont la perfection idéale réside dans ce moment inconnu, indicible, d'avant la connaissance, l'observation, l'expérience et la catastrophe - c'est-à-dire au sens propre, le retournement irréversible du temps et de l'histoire."

 

Toujours la dualité...

 

Marie Gaulis n'est peut-être pas nostalgique, mais elle "rêve d'une existence pure, d'un vivant absolu, actif, qui n'aurait été touché par aucune intervention extérieure ni expérience, ni observation", en somme le mode de vie "irrémédiablement détruit" des Naturels, avec leurs codes rigides "intolérables pour notre individualisme moderne".

 

Si elle pouvait, que ferait-elle pour transformer son rêve en réalité? Dans son appartement assombri, "[se] déshabiller pour laisser couler sur [elle] l'eau froide de la réalité", "rester nue" ne lui suffirait pas:


"Si je pouvais me débarrasser d'une couche supplémentaire, abandonner ma vieille peau et renaître rose et luisante comme un jeune serpent, peut-être retrouverais-je alors la fraîcheur primordiale des forêts d'où nous sommes sortis, que nous avons reniées et où je voudrais retourner me glisser et me perdre."

 

Comme cet abandon de peau est impossible et qu'elle n'a pas le choix, elle se résigne à "vivre dans un monde hybride et imparfait".

 

Cependant, tout lui est prétexte à laisser libre cours à ses rêveries sauvages.

 

C'est ainsi qu'à la fin du livre, Marie Gaulis nous raconte, à la troisième personne, l'amour d'une chasseresse, femme du sable australien, dont la cible est un universitaire, homme de la neige balkanique, qui fait un long périple pour se rendre à la ville où il dispense cours et conférences:

 

"Ce n'est pas cet homme de lumières qu'elle poursuit; elle lui préfère l'animal à la douce fourrure fauve et grise, marchant vite et souplement dans la neige."

 

Où qu'elle se trouve, fût-ce aux Antipodes, elle sait "que le silence attend, replié sur lui-même comme un serpent dans son long sommeil hivernal, et que subsistent la solitude des bois et la trace des animaux sur la neige et la pulsation primitive du sang dans notre corps millénaire".

 

Même si le lecteur n'a pas l'aversion de l'auteur pour les lumières, il ne peut que se laisser séduire par sa dilection pour la sauvagerie, que son style onirique rend inoffensive, voire attirante.

 

Francis Richard

 

Le rêve des Naturels, Marie Gaulis, 160 pages, Zoé

 

Marie Gaulis est l'invitée d'une rencontre littéraire Tulalu !?, le 14 octobre 2013, à 20 heures, au Lausanne-Moudon, place du Tunnel à Lausanne.

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 22:30

Le sous-bois ROCHATBien souvent, dans une famille, il se trouve quelqu'un pour régenter tout le monde, évidemment pour le plus grand bien de chacun, ce quelqu'un s'estimant, en outre, indispensable. Dans la plupart des cas il s'agit du père, mais il est d'autres configurations possibles.

 

C'est, au fond, en miniature, ce que l'Etat-providence cherche à faire, à plus grande échelle, celle d'un pays, avec le même résultat d'infantiliser ceux qui se trouvent sous sa coupe.

 

Tout cela, dans un cas comme dans l'autre, avec les meilleures intentions, dont on dit que l'enfer serait pavé... Ce dont je ne doute pas un seul instant.

 

Anne-Frédérique Rochat a, pour sa part, choisi, comme thème de son deuxième roman, de s'intéresser à la première version, celle du microcosme familial, qui n'est pas moins édifiante que la seconde, celle du macrocosme "providentiel".

 

La famille en question est composée des deux parents, Fanfan et Vilou, pour Fantine et Virgile, et de leurs deux filles, Charlène et Diane.

 

Fanfan et Vilou sont d'alertes sexagénaires, enfin, tout du moins pour ce qui est de la bagatelle, puisqu'ils ne craignent pas de continuer à faire grincer les lits après quarante ans de mariage... et de se faire des papouilles dès que l'envie les prend, oubliant tout le reste. Ils sont d'ailleurs toujours très inventifs quand il s'agit de se donner des petits noms tendres...

 

Charlène avait vingt ans quand Diane est née. Fanfan avait alors la quarantaine, l'âge que Charlène a aujourd'hui. Charlène se rappelle à propos de sa petite soeur Diane:

 

"On l'a tout de suite beaucoup aimée. C'était notre petite fille à tous les trois, Fantine, Virgile et moi, notre petit ange, notre fée. Sûrement qu'on l'a trop couvée."

 

Charlène, l'année de la naissance de sa petite soeur, a connu l'amour, le temps d'un été. L'homme qu'elle a aimée s'appelait Thibault, l'homme parfait, auquel aucun autre ne pouvait dès lors succéder. Depuis, elle est seule. Pas tout à fait, puisqu'elle a sa famille, dont elle est devenue le chef parce que la place était vacante...

 

Si Charlène est seule, c'est parce qu'elle a fait le choix de rester avec ses deux parents et Diane, quand Thibault lui a proposé de partir avec elle:

 

"Je ne pouvais pas laisser ma famille. Fantine avait besoin de moi pour s'occuper de Diane, en quelques mois elle était devenue ma petite fille, mon bébé; Virgile avait besoin de mon aide pour tenir la boutique: partir, c'était les trahir, je ne pouvais pas l'imaginer, je n'aurais pas pu le supporter."

 

Aux yeux des autres, mais pas à ceux de leurs parents, qui les acceptent telles qu'elles sont, Charlène et Diane sont bizarres. L'une n'a pas d'homme dans sa vie, l'autre aime les cimetières.

 

Au moment où commence le roman, la boutique familiale d'abat-jour n'a jamais fermé et la famille n'a jamais pris de vacances.

 

Charlène a décidé que, cette année, elle emmènerait sa petite famille en vacances pour la première fois, dans une maison située dans un sous-bois de hêtres, à 300 km de chez eux, et que la boutique serait exceptionnellement fermée pendant tout le mois de juillet.

 

Les choses ne se déroulent pas comme Charlène l'imaginait. Les bizarreries des deux soeurs contribueront au désenchantement de ce qui promettait d'être un extra dans la vie routinière et pas seulement une parenthèse.

 

Diane rencontre, dans le cimetière de leur lieu de villégiature, Archibald, croque-mort de son état. Elle en tombe amoureuse et se retrouve bientôt dans son lit.

 

Charlène, qui n'a pas d'homme dans sa vie depuis son aventure avec Thibault, ne supporte pas tant que cela cette situation, même si, au besoin, elle recourt pour se calmer à un substitut aussi solitaire qu'elle peut l'être.

 

Aussi, quand Charlène découvre que Diane, sa "bouée de sauvetage", sa "raison de vivre", son "bébé", son "enfant", lui échappe, qui plus est avec un homme, est-elle toute bouleversée et se rend-elle malade.

 

Les choses rentreront-elles dans l'ordre? Charlène règnera-t-elle à nouveau sur cette famille d'abat-jouristes, qui a goûté à la liberté de faire ce qu'il lui plaît? L'auteur ne le révèle qu'à la fin et laisse monter une tension maligne jusque là.

 

Hormis un chapitre où Archibald est le narrateur sincèrement amoureux de Diane, c'est Charlène la principale narratrice.

 

Charlène rapporte les dialogues et les habitudes criants de vérité des membres de cette famille ordinaire. Elle raconte sans pudeur tous les états d'âme par lesquels elle passe. Elle communique toute la tempête qui couve en elle et qui va faire basculer l'histoire.

 

Car un sous-bois, au sens propre, plein d'agréments, peut en cacher un autre, au sens figuré, inavouable.

 

Francis Richard

 

Le sous-bois, Anne-Frédérique Rochat, 190 pages, Editions Luce Wilquin (sortie en librairie le 19 août 2013)

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 22:45

Malraux Picasso AUBERTPablo Picasso était l'aîné de vingt ans d'André Malraux, et ils sont morts à trois ans d'intervalle, Pablo précédant André dans l'au-delà, il y a tout juste quarante ans.

 

Leurs routes se sont croisées plusieurs fois sans que ne naisse entre eux une relation à toutes épreuves. Ils se tournèrent même ostensiblement le dos à la fin, comme sur la couverture du livre que Raphaël Aubert consacre à leur non relation.

 

Aubert, qui a écrit Malraux ou la lutte avec l'Ange et participé à l'élaboration du Dictionnaire Malraux, s'est demandé pourquoi cette relation entre le peintre et l'écrivain avait été manquée.

 

Car tout donne à penser que ces deux géants auraient dû se lier étroitement, comme d'autres écrivains et peintres l'ont fait, ne serait-ce que parce qu'ils ont partagé, du moins pendant une période de leur vie, les mêmes idéaux.

 

J'ajouterai, parce que je ne suis pas toujours bonne langue, que ces deux-là se ressemblaient et auraient donc dû s'assembler, capables l'un comme l'autre des impostures les plus inouïes, gobées par les gogos - ce qui devait bien les faire rire sous cape - et tous deux sacrément orgueilleux - ce qui devait plus tard, au contraire, les empêcher de faire un pas l'un vers l'autre.

 

Non seulement je peux être mauvaise langue, mais encore être inconoclaste. Car je suis loin d'aimer toutes les oeuvres de l'un comme de l'autre. Certes je leur reconnais à tous deux du génie, mais ce génie est, selon moi, inégal. Il leur permet de créer aussi bien le moins bon que le meilleur.

 

C'est pourquoi je ne tombe pas, comme beaucoup, en pâmoison à la seule évocation de leur nom ou de l'une de leurs oeuvres; c'est pourquoi je ne leur dresse pas de statues, même si la dépouille de l'un d'eux repose au Panthéon...

 

Pablo Picasso et André Malraux fréquentent les milieux d'avant-garde du début du XXe siècle. Ils y ont des amis communs, tels que Max Jabob. Si Pablo Picasso est artiste, André Malraux s'intéresse à l'art. Aussi ont-ils très bien pu se rencontrer une première fois chez le galeriste Daniel-Henry Kahnweiler.

 

Ce qui va les rapprocher, ce sont "la Guerre civile espagnole, Goya et surtout Guernica". Dans La tête d'obsidienne, livre écrit après la mort du peintre, l'écrivain associe le souvenir de Picasso au combat des républicains espagnols contre le fascisme auquel il a participé:

 

"Plus encore que les travaux cubistes de l'artiste découverts dans sa jeunesse par Malraux, c'est Guernica qui lui a révélé le génie de Picasso. Et c'est dans l'atelier du Malaguène, devant l'immense toile encore en chantier, que l'écrivain et le peintre se sont véritablement rencontrés, entamant un dialogue qui se prolongera jusqu'à la Libération."

 

Aubert ajoute:

 

"Mais l'Espagne a été pour Malraux l'occasion encore d'une autre révélation. Celle de la grandeur tragique d'un artiste révéré depuis toujours par Picasso. Il s'agit de Francisco Goya."

 

Vénération que je comprends et partage: depuis Lausanne, je me suis rendu spécialement à Madrid, il y a cinq ans, à l'occasion du bicentenaire du Dos de Mayo, pour voir, au Prado, la magnifique exposition consacrée alors à Francisco Goya...

 

A la Libération se séparent les chemins de Picasso, qui adhère bientôt au Parti communiste français, PCF, et d'André Malraux, ancien compagnon de route du PCF, qui va se rallier à de Gaulle. Pendant toute la durée de la guerre froide, ils se battront froid... même lorsque Malraux deviendra ministre des Affaires culturelles.

 

Lors de l'exposition d'"Hommage à Pablo Picasso" pour les quatre-vingt cinq ans de l'artiste, fin 1966, qui sera vue par près d'un million de personnes, André Malraux ne rédigera aucun texte pour l'occasion dans le catalogue et Pablo Picasso ne sera pas invité officiellement par lui:

 

""Croyez-vous que je sois mort?" lui câbla le peintre. A quoi l'écrivain, par retour de télégramme, répliqua non moins vertement: "Croyez-vous que je sois ministre?""

 

Le peintre et l'écrivain ne se réconcilieront pas du vivant du premier, mais de manière posthume. La réconciliation sera scellée par la parution de La tête d'obsidienne, en 1974, ouvrage dans lequel Malraux fait montre de son admiration pour les dernières oeuvres de l'artiste exposées, dans le cadre du festival d'Avignon, dans la Grande Chapelle du pape Clément VI:

 

"Ce qui a pu séparer les deux hommes, les tensions infligées ou subies aussi bien que les vexations de part et d'autre, tout cela semble bien oublié."

 

La tête d'obsidienne a été profondément remaniée, dans son édition actuelle, et Aubert semble lui préférer la version originale de 1974. Il conclut cependant:

 

"Telle qu'elle se présente désormais, La tête d'obsidienne n'en constitue pas moins un ouvrage irremplaçable pour appréhender la démarche artistique de Pablo Picasso qui, aux yeux d'André Malraux, reste à jamais "l'un des plus grands inventeurs de formes de l'Histoire"."

 

Francis Richard

 

Malraux  & Picasso - Une relation manquée, Raphaël Aubert, 124 pages, Infolio

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:45

Berne LOBELa rue de Berne est une artère chaude de Genève située dans le quartier des Pâquis. La nuit surtout, son trottoir est arpenté par des créatures qui le font.

 

Ces péripatéticiennes viennent du monde entier, la plupart du temps contraintes et forcées, pour exercer ce qui serait, dit-on, le plus vieux métier du monde.

 

Max Lobe a choisi de nous raconter la vie d'une de ces femmes, originaire comme lui du Cameroun.

 

Le narrateur, Dipita Rappard, se trouve dans une cellule de Champ-Dollon, la prison de la République de Genève. Il se souvient.

 

Né à Genève, il se souvient du Cameroun où il s'est rendu pour connaître le pays natal de sa mère, Mbila.

 

Il y a fait la connaissance de son oncle Démoney, le frère de Mbila, et de l'épouse de ce dernier, tante Bilolo - qui confectionne de savoureux beignets de bananes sauvages -, et de son couso Pitou.

 

Son oncle Démoney est un drôle de personnage. Il parle "au soleil comme un fils parlerait à son père":

 

"Son ndongo ndongo, une tige de rotin, longue d'une trentaine de centimètres et aussi épaisse qu'un cigare, lui servait de brosse à dents."

 

Dipita a de l'admiration pour son oncle, malgré tout le mal qu'il a fait à sa mère.

 

Un jour, tonton Démoney l'a mis en garde:

 

"Mon fils, ne te laisse jamais emporter par les manières du Blanc. Il pleure comme une femme. Et quand il ne pleure pas comme une femme, il s'en va faire de mauvaises choses avec un autre homme."

 

Démoney a travaillé dans l'administration du pays, mais a été mis à la retraite anticipée avec un petit mbongo qui a fondu comme neige au soleil après la subite privatisation de tous les secteurs de l'économie ordonnée par le Président de la République. Du coup, il est devenu rebelle...

 

Démoney dit pis que pendre du régime, de ceux qui font du cumul de mangeoires, et des hommes d'affaires douteux, les feymen.

 

Démoney considère Mbila, sa très jeune soeur, comme sa fille - il a la cinquantaine, elle a seize ans. Comme elle ne veut pas continuer à aller à l'école et qu'elle veut plutôt se marier, il la convainc d'entrer dans le réseau de ceux qu'il appelle les Philanthropes-Bienfaiteurs.

 

Les Philanthropes-Bienfaiteurs envoient régulièrement en France un groupe musical, M'veng, accompagné de danseuses, les Tueuses de Bikutsi, dont un certain nombre d'entre elles s'installent là-bas.

 

Pour que Mbila puisse partir, il a fallu tricher sur son âge. Elle n'est plus née le 4 août 1976, mais cinq ans plus tôt, le 4 août 1971.

 

Arrivée sur place, la mère de Dipita, qui est physiquement non seulement une bombe, mais atomique, se laisse séduire par le leader vocal du groupe, Oyono Bivondo:

 

"Mbila était fière de donner son haricot rouge à cet excellent mâle noir."

 

Bientôt Mbila va déchanter. Elle va devoir rembourser son passage en Europe en devenant pendant deux ans esclave sexuelle à Genève.

 

Une fois libre, elle continuera à arpenter la rue de Berne, comme les autres wolowoss. Elle contractera un mariage blanc avec un coutumier du fait, Bertrand Rappard. Lequel adoptera le petit Dipita, fruit des oeuvres de "l'excellent mâle noir", Oyono Bivondo, que son fils ne rencontrera qu'une fois.

 

Dipita ne suivra pas le conseil de son oncle. Il pleurera et fera de mauvaises choses avec un autre homme. En l'occurrence cet autre homme sera un autre fils de Bertrand Rappard, William, fils de Papusha, une escort girl blanche.

 

Sans qu'ils ne se connaissent, William et Dipita ont "chatté" ensemble sur GayRoméo, un site de rencontres, que Dipita appelle "Le Supermarché".

 

Quand Dipita rencontre William, il a le coup de foudre, et cela s'avérera réciproque:

 

"Je levai les yeux vers la porte de ma chambre et j'aperçus un jeune homme blond, grand, le regard cyan, les lèvres pulpeuses, les épaules larges et carrées, majestueusement taillées. Nom d'un beignet de banane! Mon sang ne fit qu'un tour, et mon coeur se mit à battre si fort dans mon thorax que je crus qu'il se mettait à danser le Bi-Zizi. Je n'avais jamais vu un aussi beau type de ma vie."

 

William et Dipita tombent dans les bras l'un de l'autre et font bien davantage par affinités... Ils ont beaucoup de ndolo l'un pour l'autre.

 

Tout semble aller bien, comme dans le meilleur des mondes. Certes Mbila entraîne une fois son fils Dipita dans un trafic de cocaïne, mais elle ne recommence pas. Mbila fait partie de l'Association des Filles du Pâquis qui règle leurs différends. Dipita file le parfait amour avec William. Tonton Démoney se défoule contre le régime. Tantie Bilolo vend ses beignets de banane.

 

Puis tout bascule, comme souvent dans la vraie vie, une calamité suivant l'autre. Au bout du compte, Dipita n'aurait-il pas dû suivre le conseil avisé de tonton Démoney?

 

Max Lobe raconte une histoire bien sombre, et pourtant son livre n'est pas sinistre. Il finit même sur une note optimiste, en dépit de l'aboutissement funeste des tribulations traversées par les personnages.

 

Sans doute est-ce parce que la façon de raconter de l'auteur est ensoleillée, comme l'Afrique d'où il vient - il emploie des répétitions de mots, met le suffixe là après d'autres.

 

Sans doute est-ce parce qu'il sait subtilement glissé des mots du vocabulaire de là-bas et qu'il a des trouvailles d'expressions, telles que "enlever le caleçon à sa bouche", "un camion de bonheur s'installa au fond de moi et parcourut lentement tout mon coeur".

 

Max Lobe sait garder une certaine distance, juste ce qu'il faut, avec les êtres et les choses, comme savent le faire les meilleurs conteurs.

 

Francis Richard

 

39 rue de Berne, Max Lobe, 192 pages, Zoé

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 18:10

Samouraï VENNERDominique Venner a achevé d'écrire Un samouraï d'Occident lors du solstice d'hiver, Noël 2012.

 

Ce livre n'a paru que six mois plus tard, après la mort volontaire de l'auteur le 21 mai 2013. Il porte comme sous-titre Le bréviaire des insoumis.

 

Pour enlever toute portée à son acte, on a dit qu'il s'agissait d'un acte de désespoir, commis par un penseur de la droite radicale. Point barre.

 

L'honnêteté intellectuelle est de dire que ce n'est pas la vérité, même si l'on ne partage pas les idées de cet historien méditatif. Ce qui est mon cas. Du moins en partie.

 

Car les choses sont plus complexes qu'elles n'apparaissent.

 

Dominique Venner, dans son prologue, explique le sens qu'il donne au mot bréviaire:

 

"Ensemble d'écrits, de réflexions et d'exemples auxquels on peut se reporter chaque jour pour nourrir sa pensée, ses actes et sa vie."

 

Et il définit ce que signifie pour lui d'être un insoumis:

 

"Cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S'en tenir à soi devant le néant. Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre."

 

Toujours dans ce prologue, il donne le ton de ce qui suivra dans ce bréviaire.

 

S'il éprouve de la compassion, ce n'est pas pour les immigrés mais pour les Européens "de souche" qui deviennent minoritaires chez eux et qui finissent par n'être plus rien.

 

S'il est une image qui l'a accompagné dans ses révoltes, c'est celle du stoïque chevalier de Dürer, dont la gravure est reproduite sur la couverture de son livre et qui symbolise la virilité, qui se perd aujourd'hui.

 

S'il convient que la vie privée est l'affaire de chacun et que le Pacs a consacré légalement le désir d'amour ou d'affection, il pense que l'amour est autre chose:

 

"Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme en vue de la procréation. Si l'on enlève la différence de sexe et la procréation, il ne reste rien, sauf l'amour qui peut s'évaporer. A la différence du Pacs, le mariage est une institution créée en vue des enfants à venir, et pas un simple contrat."

 

Avant d'être historien et essayiste, Domnique Venner a été un combattant:

 

"J'ai découvert l'ivresse et les traquenards qu'offre l'histoire en y participant tout jeune à un rang modeste, mais avec un engagement total."

 

Le parallèle avec Ernst Jünger qu'il a connu et admiré est inévitable.

 

Dominique Venner voit dans ce qu'il appelle la métaphysique de l'illimité, propre au christianisme, "la matrice des catastrophes présentes et à venir":

 

"Cette notion d'une autonomie supranaturelle de Dieu est à l'origine de l'idée de l'autonomie et de la liberté des hommes qui émergera beaucoup plus tard: "Tout est possible". Une telle idée est étrangère aux anciens grecs pour qui "libre" signifie conforme à l'ordre rationnel et éternel de la nature."

 

Deux visions du monde s'opposent alors, entre ceux qui pensent que les hommes "doivent découvrir et observer la loi du monde et de la vie plutôt que la créer" et ceux qui pensent que "la libre volonté humaine est au contraire la source même de la légitimité politique et du bien".

 

Comme le montre Jean-Louis Harouel dans Le vrai génie du christianisme, ces deux visions se retrouvent chez les chrétiens, la première étant la seule conforme à la parole du Christ, Thomas d'Aquin versus Augustin; elles se retrouvent dans cette distinction faite par Isaiah Berlin, et rappelée à Dax par Damien Theillier, entre liberté négative et liberté positive.

 

Pour Dominique Venner découlent de cette métaphysique de l'illimité les maux que sont la croissance exponentielle du capitalisme extrême, le monde titanesque de la technique et le pillage de la nature qui en résulte.

 

Ce que fait l'auteur, n'est-ce pas, tout simplement, le procès de l'irresponsabilité, à la faveur de laquelle les hommes tombent dans la démesure?

 

Les réflexions de l'auteur font alors un détour par le Japon pour éclairer par avance le suicide qu'il commettra quelques mois plus tard dans la cathédrale Notre Dame de Paris:

 

"Le seppuku [suicide rituel] n'était pas seulement pour les bushi [guerriers] une façon d'échapper à un déshonneur. C'était aussi le moyen extrême d'afficher leur authenticité par un acte héroïque et gratuit."

 

La tradition telle que l'entend Dominique Venner "n'est pas le passé, mais au contraire ce qui ne passe pas et qui revient toujours sous des formes différentes":

 

"Elle désigne l'essence d'une civilisation sur la très longue durée, ce qui résiste au temps et survit aux influences perturbatrices de religions, de modes ou d'idéologies importées."

 

Qu'est ce qui a résisté au temps? Homère:

 

"Au sein d'une même culture, la nature des hommes se modifie peu, quelle que soit l'ampleur des changements historiques ou sociaux. Les questions de fonds restent les mêmes: qui suis-je? que sommes-nous? où allons-nous? A ces questions, Homère nous a apporté ses réponses toujours valables, et il est le seul à le faire avec une telle profondeur."

 

L'exégèse de L'Illiade et de L'Odyssée que fait Dominique Venner est remarquable et convaincante, comme cette phrase sur Homère:

 

"Il ne conceptualise pas comme le feront les philosophes, il donne à voir, léguant à la postérité un idéal de vie et une poétisation qui, du pire ou du malheur, peut faire surgir cette lumière des sens que nous appelons "beauté" et qui suscite ce frisson admiratif."

 

Chez Homère la vie n'a pas de valeur en soi:

 

"Elle ne vaut que par son intensité, sa beauté, le souffle de grandeur que chacun - et d'abord à ses propres yeux - peut lui donner."

 

Quel est legs d'Homère aux Européens de l'avenir? Cette triade:

 

"La nature comme socle, l'excellence comme but, la beauté comme horizon."

 

Les vertus chantées par lui ne sont pas morales mais esthétiques:

 

"Pas d'interdit lié au sexe, au plaisir ou à la force, seulement le sens de la mesure et des engagements réciproques."

 

Qui ont ce sens de la mesure et des engagements réciproques sinon les stoïciens? Les "vieux" Romains fondaient leur comportement sur gravitas, virtus et dignitas:

 

"Gravitas, la grandeur d'âme, englobent les deux autres notions: la virtus, courage moral, et la dignitas, proche de ce que sera l'honneur pour la noblesse européenne."

 

Dominique Venner soutiendra toujours "le droit fondamental de tous les êtres humains à posséder leur propre patrie, leur culture, un enracinement qui permet d'être soi, chez soi, et de ne pas être rien":

 

"Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Mais leurs racines ne sont pas seulement celles de l'hérédité, auxquelles on peut être infidèle, ce sont également celles de l'esprit, c'est-à-dire de la tradition qu'il appartient à chacun de se réapproprier."

 

Dominique Venner pense que l'Europe est entrée en dormition, mais que les Européens se réveilleront, il ne sait quand, et qu'alors, à partir de leurs racines grecques et latines, ils réinventeront une Antiquité vivante.

 

En attendant ce réveil, qu'il ne verra pas, il ne faut pas se contenter de paroles et d'écrits:

 

"L'effort intense de refondation doit être authentifié par des actes ayant une valeur sacrificielle et fondatrice."

 

C'est le sens de son immolation devant l'autel de Notre Dame de Paris, qui requiert respect sinon approbation.

 

Francis Richard

 

Un samouraï d'Occident, Dominique Venner, 320 pages, Pierre Guillaume de Roux

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 21:50

Justice-BEBIN.jpgXavier Bébin est criminologue et secrétaire général de l'Institut pour la Justice. Dans un livre très argumenté, il explique pourquoi, en France, la justice crée l'insécurité. Or la sécurité des biens et des personnes est une condition nécessaire à toute société libre. S'il est une fonction régalienne que l'Etat devrait assurer, c'est bien celle-là.  Mais les hommes de l'Etat préfèrent s'occuper de bien d'autres choses... et le budget de la justice ne représente que 3% des dépenses publiques.

 

L'insécurité n'est pas un simple ressenti. C'est une réalité que d'aucuns ne veulent pas voir, mais que d'autres subissent sans avoir les moyens de se défendre. De plus les victimes de l'insécurité sont laissées pour compte, réduites au silence et peuvent même parfois se retrouver face à leur agresseur une fois qu'il est sorti de prison.

 

Le bilan est lourd. Donnant des chiffres précis, Xavier Bébin montre que "l'impunité est devenue la règle dans le système pénal actuel":

 

"La masse des criminels et des délinquants sait qu'elle peut agir à répétition tant les autorités peinent à les sanctionner, soit que les citoyens renoncent à dénoncer les atteintes dont ils sont victimes, soit que les forces de l'ordre ne parviennent à en retrouver l'auteur, soit que la justice, privilégiant le doute, en fasse bénéficier ceux que la police a arrêtés."

 

4 millions de crimes et délits sont répertoriés par an. Leur nombre est en réalité d'environ de 10 millions. Car les taux de plainte sont inférieurs à 50% (taux qui tombe à 25% pour les violences physiques et sexuelles). Seuls les auteurs de 1,4 million de ces infractions sont identifiés et 12% d'entre ces infractions sont classées sans suite... Une infraction sur cinquante est punie de prison ferme et un grand nombre de ces peines ne sont même pas exécutées etc.

 

Les deux affaires de dangereux criminels récidivistes (Tony Meilhon et Alain Pénin) que cite l'auteur sont édifiantes. Que nous enseignent-elles?

 

Que les criminels dangereux ne sont pas suffisamment repérés en raison du manque de formation en criminologie des experts et des magistrats, que, si leur dangerosité est repérée, le doute leur profite plutôt qu'à la victime ou à la société, que les peines sont inadaptées à cette dangerosité et qu'il n'y a pas de suivi de précaution après leur remise en liberté...

 

Les idées reçues en matière de criminalité sont mises en lumière et réfutées par l'auteur.

 

Il s'insurge contre l'idée reçue que le "risque zéro n'existe pas" et montre que le taux de criminalité, rapporté à la population, a bel et bien augmenté. Il est passé de 12-15 pour mille dans les années 1950-1966 à 56 pour mille aujourd'hui. Et encore, la criminalité latente ne doit-elle pas être négligée: que serait ce taux s'il n'y avait pas eu augmentation des effectifs des entreprises de sécurité privée (110 000 salariés en 2000, 150 000 environ aujourd'hui) et doublement entre 1990 et 2000 des raccordements de systèmes de télésurveillance professionnelle ou résidentielle?

 

Autre idée reçue, "seuls fonctionnent la prévention, la réinsertion et les soins":

 

"En France, la multiplication par quatre du taux de criminalité entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1980 a eu lieu alors que le revenu par habitant n'a cessé de croître et que la pauvreté a diminué."

 

Les programmes de prévention "sociale" sont sans effet:

 

"Ceux qui sont efficaces sont fondés sur la prévention dite "développementale" [...] Il s'agit d'aider le jeune enfant - et ses parents - à apprendre à contrôler ses impulsions violentes et à respecter les règles de la vie sociale."

 

Ces derniers programmes sont appliqués avec succès au Canada et dans les pays anglo-saxons, mais pas en France:

 

"Les idées habituelles sur l'influence du milieu social, du manque d'emplois ou de l'absence de loisirs tendant à prévaloir sur les données de la recherche en sciences sociales."

 

Les programmes de réinsertion, destinés à pallier l'échec scolaire et l'absence de formation professionnelle, ne réussissent pas davantage:

 

"Ce qui caractérise les délinquants les plus actifs - le noyau dur de la criminalité - est qu'ils n'ont généralement pas résisté à l'attrait de revenus gagnés rapidement et sans effort. Les programmes précités échouent parce qu'ils n'agissent pas sur les caractéristiques personnelles des délinquants, celles qui expliquent en partie pourquoi ils ont rarement réussi à se maintenir au travail plus de quelques mois: l'impulsivité, le goût du risque et le faible contrôle de soi."

 

Les soins médicaux donnés aux délinquants sexuels ne sont guère efficaces, d'autant moins que les traitements ne sont pas poursuivis après l'incarcération, alors que leur effet cesse dès leur interruption:

 

"Après avoir recensé la totalité des études internationales menées sur le sujet, l'Académie de médecine conclut que les deux méthodes les plus efficaces, les traitements hormonaux ("castration chimique") et les psychothérapies cognitives et comportementales, "abaissent de 25% le taux de récidive"."...

 

Dernière idée reçue: "La prison est l'école du crime".

 

L'auteur explique pourquoi ceux qui bénéficient d'une libération conditionnelle sont moins récidivistes que ceux qui restent longtemps en prison:

 

"Les condamnés qui bénéficient de cette mesure sont ceux dont les juges ont pensé qu'ils avaient le plus de chances de réintégrer la société sans récidiver. A l'inverse, ceux qui n'en ont pas bénéficié ont été jugés à haut risque. Il est donc parfaitement logique que les détenus considérés comme dangereux récidivent plus que les détenus considérés comme réinsérables."

 

Au fait, les longues peines de prison sont-elles inefficaces?

 

"Une petite minorité de délinquants est responsable d'une très grande part des crimes et délits. [...] Par simplicité, et en raison de la remarquable similarité des ordres de grandeur trouvés dans les différents pays, on dit généralement que 5% des délinquants sont responsables de plus de 50% des crimes et délits. Cette observation a une conséquence considérable: elle signifie que, lorsque les individus appartenant à ces 5% sont en prison, le nombre total des crimes et délits commis dans la société est très largement réduit."

 

Les conditions de détention sont-elles honteuses?

 

"La France n'a pas à avoir particulièrement honte de l'état de la plupart de ses prisons. Ce dont elle peut avoir honte, c'est de ne pas en avoir construit assez et de tolérer la surpopulation carcérale. Elle devrait également avoir honte de la façon dont elle traite ses victimes, quand le crime a gravement mis en cause leurs conditions de vie. Presque personne, pourtant, ne s'en émeut. Car cette question n'intéresse pas les tenants du dogmatisme pénal."

 

Qu'entend l'auteur par dogmatisme pénal?

 

Il y a deux conceptions traditionnelles de la peine, celle d'Emmanuel Kant et celle de Cesare Beccaria. Pour Emmanuel Kant la peine doit être infligée quelles que soient les conséquences pour la société. Pour Cesare Beccaria elle n'est justifiée que si elle a des conséquences positives pour la société.

 

Aucune de ces deux conceptions n'est aujourd'hui retenue en France. En réaction aux totalitarismes du XXe siècle, la seule préoccupation est que l'Etat ne porte pas atteinte aux personnes: on est "nettement moins attentifs aux exactions que peuvent commettre des particuliers sur d'autres particuliers."

 

Cette conception dogmatique du droit conduit à ne pas se préoccuper des conséquences de l'inaction de l'Etat, à se méfier de mesures de dissuasion et de neutralisation, à être réticent à punir, voire à refuser de punir, à considérer les criminels comme des victimes de la société:

 

"Si les criminels sont aussi des victimes, il paraît légitime de les protéger d'une Justice trop ferme. Les victimes réelles et les victimes potentielles d'actes criminels passent après les supposées "victimes" en chair et en os qui peuplent nos prisons."

 

Ce dogmatisme pénal est alimenté par la tradition française selon laquelle il convient de préférer "l'idée qui sonne le mieux [...] aux argumentations analytiques et rigoureuses":

 

"En pratique [cette culture] se manifeste à la fois par un juridisme excessif, et par une sous-estimation du savoir criminologique."

 

Le droit devient alors douteusement hégémonique, contraire à la démocratie, et empêche tout esprit critique en refusant de seulement entendre ce que disent les victimes des criminels. Pour des raisons corporatistes les magistrats, les psychiatres se font les défenseurs de cet humanisme hémiplégique.

 

Arguments à l'appui, Xavier Bébin pense que pour refaire la justice et redonner confiance en elle aux Français, il faut que le système pénal soit dissuasif, que les peines appliquées soient prévisibles, que les criminels dangereux soient identifiés, que la tolérance zéro soit appliquée aux voleurs en série, aux délinquants polymorphes et aux psychopathes prototypiques. Il faut également que le droit des victimes de criminels soit renforcé et que leur indemnnisation soit décente et rapide.

 

Pour que la justice fonctionne mieux, il faut des juges mieux formés:

 

"Pour être un bon juge pénal, il ne suffit pas de connaître sur le bout des doigts le droit pénal et la jurisprudence, mais il est tout aussi impératif de bien connaître la criminalité et la criminologie."

 

Il faut des juges compétents:

 

"Un système qui réserverait la fonction de magistrat à des professionnels ayant déjà une expérience, permettrait de limiter les risques de "pensée unique" et de "juridisme abstrait"."

 

Mais cela ne suffit pas:

 

"Encore faut-il qu'ils soient irréprochables sur le plan de la neutralité politique et qu'ils ne puissent pas être soupçonnés de déloyauté dans l'application des lois votées par le Parlement."

 

Enfin il ne faut pas l'oublier:

 

"La Justice n'appartient ni aux juges, ni aux responsables politiques. En démocratie, elle appartient au peuple, et c'est en son nom qu'elle est rendue."

 

C'est pourquoi la Justice doit répondre aux attentes des citoyens et être de la plus grande transparence. Si ce n'est pas le cas, le danger est que ces derniers se fassent justice eux-mêmes, que, par peur, ils se replient sur eux-mêmes ou qu'ils cèdent au communautarisme.

 

Le problème de la justice, particulièrement pénale, n'est donc pas à prendre à la légère:

 

"Une justice pénale décrédibilisée est une bombe à retardement pour la société. Une bombe à fragmentation individualiste et communautariste."

 

C'est pourquoi ce livre, dont cet article ne donne qu'un aperçu et dont le projet n'est pas d'affaiblir davantage la justice pénale, est à lire par tous ceux qui, en France, sont soucieux de la crédibilité de la Justice et de la confiance qui devrait pouvoir être placée en elle:

 

 

"Dire la vérité sur [les] défaillances profondes [de la justice pénale] est [...] le seul moyen de provoquer un sursaut indispensable."

 

C'est ce que ce livre fait très bien, qui plus est en proposant des remèdes concrets.

 

Francis Richard

 

Quand la justice crée l'insécurité, Xavier Bébin, 306 pages, Fayard

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 23:30

On Off POURRIOLOllivier Pourriol enseigne la philosophie. Il fait des conférences. Il écrit des livres.

 

Un jour il est invité au Grand Journal de Canal Plus pour "la promo d'un bouquin". Il se fait remarquer. C'est pourquoi, par la suite, on lui propose d'y jouer le rôle de "l'intello de service".

 

Il accepte. L'appât du gain n'y est pas étranger. Il est difficile de refuser un salaire mensuel de dix à quinze mille euros brut (500 euros brut par jour). Son silence télévisé - la parole va lui être de moins en moins donnée - vaudra plus que tous les mots qu'il aura dits ou écrits précédemment.

 

Mais Ollivier Pourriol ne comprend pas les règles d'un jeu qu'on ne lui explique d'ailleurs pas.

 

Pendant le temps d'une saison - 2011/2012 -, il va cependant participer, puis surtout assister muet à cette émission, qui est diffusée en clair, la première partie en direct de 19 heures à 20 heures et la deuxième partie en différé de 20 heures 30 à 21 heures.

 

Alors qu'il est censé parler de livres, il a la naïveté de vouloir les lire. Ce n'est pas ce qu'on lui demande. Son rédacteur en chef, qui lui dira un jour qu'"on ne parle pas de poètes morts" [sic], lit toujours les livres de cette manière:

 

"La première page, la dernière page et la page 100."

 

Pourquoi ces seules pages?

 

"Comme ça, je connais le début, la fin, et si on parle du livre, je parle de la page 100. Quelqu'un qui arrive à la page 100, c'est qu'il a lu le livre."

 

Ollivier Pourriol demande plus tard à un adjoint du même rédacteur en chef:

 

"Comment tu veux que je conseille un livre que je n'ai pas lu?"

 

Il s'entend répondre, sans rire:

 

"Tu peux le respirer, le livre."

 

Ollivier Pourriol est une erreur de distribution. Il n'arrive pas à admettre qu'il ne faut pas se poser de questions, mais en poser aux invités et surtout finir l'échange avec eux par une dernière question, et qu'il ne faut surtout pas qu'il dise ce qu'il pense s'il veut rester...

 

Comme il intervient finalement en deuxième partie, ses propos sont souvent coupés au montage...

 

En réalité, comme le lui dit son ami André, l'équipe de l'émission, Michel Denisot en tête, n'a qu'un objectif:

 

"Ils veulent déconner avec les invités, pas penser avec eux."

 

En définitive il va tenir un an, en intervenant de moins en moins, tout en étant payé. Ce qui lui fera dire à un moment qu'il aura occupé "l'emploi fictif le mieux payé de France", à un autre qu'il aura été "pendant un an le téléspectateur le mieux payé de France".

 

Pour se donner bonne conscience il considérera son "salaire excessif" comme un pretium doloris.

 

Ollivier Pourriol avait appris son recrutement en lisant Libé. Il apprendra qu'il est viré "en le lisant sur Internet": ça, c'est de la communication! Il est viré non pas parce qu'il a été mauvais, mais parce qu'il ne correspondait pas au format, parce qu'on n'avait que faire de son intelligence.

 

Le titre s'explique ainsi:

 

"On, tu existes. Off, tu n'existes pas."

 

Il n'existe plus.

 

A lire les scripts des émissions reproduits dans le livre, cela ne vole pas haut, c'est superficiel, ce n'est même pas drôle, ou rarement. Sans doute parce que c'est trop facile - il n'y a que la contraction du temps qui est difficile -, parce que c'est factice, clinquant, sans profondeur, dérisoire. De quoi amuser les bobos et ceux qui veulent leur ressembler.

 

A contrario les dialogues que l'auteur a avec le rédacteur en chef, ou un de ses adjoints, avec le directeur des programmes, avec son producteur ou encore avec ses amis, tels que Jérémie ou André, sont souvent désopilants.

 

Il faut lire ce livre plaisant, et non complaisant, de la première à la dernière page, n'en déplaise à d'aucuns. Car il dévoile - ce qui était nécessaire - les coulisses de Canal Plus et confirme, de l'intérieur, que ce média est parmi les plus affligeants qui soient... et qu'il devrait s'appeler Canal Moins.

 

Francis Richard

 

On/Off, Ollivier Pourriol, 360 pages, NiL

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 18:40

Un été de trop AESCHLIMANN"L'amour a ses raisons que la raison ne connaît point".

 

Ce célèbre aphorisme de Blaise Pascal, placé en exergue de la troisième partie du premier roman d'Isabelle Aeschlimann, le résume fort bien. Car ce roman traite de l'amour impossible, déraisonnable, entre un homme et une femme.

 

Cet amour est impossible pour plusieurs raisons et notamment parce qu'il est plus âgé qu'elle, de quinze ans, qu'il est marié et qu'elle est célibataire, qu'ils ont tous deux des scrupules.

 

Il y a huit ans Lola est venue de Suisse passer trois mois, comme jeune fille au pair, dans une famille d'une petite ville d'Allemagne, Offenburg.

 

Markus et Andrea Kaiser sont mariés depuis douze ans. Ils ont trois petits enfants, deux filles et un tout petit garçon. Un été, qui s'avérera de trop pour Lola, ils font appel à elle pour donner un coup de main à Andrea.

 

Markus et Lola très vite se sentent faits l'un pour l'autre, mais n'osent pas se l'avouer à eux-mêmes, ni même se l'avouer vraiment l'un à l'autre.

 

Ils se rapprochent, font des choses ensemble, vont même un jour jusqu'à s'embrasser, mais il ne se passe rien de plus entre eux, au cours des trois mois d'été que Lola passe chez Andrea et Markus.

 

Il faut dire qu'à l'époque elle a dix-sept ans et lui trente-deux et qu'ils savent pertinemment l'un comme l'autre qu'il n'est pas possible de franchir les pas suivants.

 

Huit ans plus tard, le hasard - mais est-ce un hasard? - les fait se rencontrer à nouveau, de manière improbable. Maintenant, il a quarante ans et elle vingt-cinq.

 

Markus est envoyé à Berlin pour au moins six mois par l'entreprise qui l'emploie. Il a remporté le concours lancé par Sephora, une entreprise cliente sise dans la capitale allemande.

 

Emilie Roche se faisait appeler Lola quand elle était adolescente. Elle s'est portée volontaire pour travailler en Allemagne dans l'établissement berlinois de ... Sephora.

 

Tout au long du livre, chacun de son côté, Markus comme Emilie, pense à l'histoire d'il y a huit ans qui les a unis le temps d'un été. Il semble que, pour Markus comme pour Emilie, quitter, pour l'un Offenburg, pour l'autre la Suisse, facilite cette réminiscence.

 

Markus laisse derrière lui sa famille, Emilie son pays. Ils larguent en quelque sorte leurs amarres et deviennent libres de revivre leur histoire, en souvenir du moins.

 

Car Markus et Emilie ne vont pas se rencontrer facilement dans cette ville de trois millions d'habitants. Certes ils s'aperçoivent un jour dans un aéroport de Berlin alors que l'une retourne en Suisse et l'autre à Offenburg, mais ils se perdent et ne savent pas comment se retrouver.

 

En attendant que le destin les réunisse, ils vont l'un comme l'autre occuper leur solitude berlinoise avec un partenaire d'occasion, mais sans cesser de penser l'un à l'autre.

 

Isabelle Aeschlimann raconte l'histoire d'Emilie et de Markus et de ses multiples rebondissements - on ne vagabonde pas impunément - en faisant connaître au lecteur leurs pensées intimes. L'auteur est à l'aise quand elle prête ces pensées à Markus et à Emilie. Elle se met en effet aussi bien à la place d'un homme que d'une femme. Ce qui donne de l'authenticité à cette histoire d'un amour.

 

Cette manière de raconter a l'avantage de rendre Markus et Emilie familiers au lecteur qui se fait compatissant et soucieux de ce qui peut leur arriver. Ils lui deviennent d'autant plus sympathiques qu'ils ne sont justement pas dépourvus de scrupules et, donc, dignes d'intérêt humain.

 

Jusqu'au bout le lecteur se demande si les amants devront renoncer à leur amour, qui a grandi en maturité, ou s'ils pourront surmonter les obstacles qui ne manquent pas de se dresser sur leur route.

 

Isabelle Aeschlimann sait sonder les reins et les coeurs, sans tomber dans le pathos. Il n'y a pas une page de trop...

 

Francis Richard

 

Un été de trop, Isabelle Aeschlimann, 384 pages, Plaisir de lire

 

Bande annonce du livre:  

 

 


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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 11:30

Hollande JAMETDominique Jamet est co-fondateur avec Robert Ménard du site Boulevard Voltaire , où l'on retrouve des hommes libres tels que Nicolas Gauthier ou Christian Vanneste.

 

Dans le temps je me régalais des éditos de Dominique Jamet dans L'Aurore, Le Quotidien de Paris ou Le Figaro. C'est pourquoi je me réjouissais de lire son coup de colère aux Editions Mordicus. Je n'avais pas tort de me réjouir. Avec un sérieux bémol toutefois.

 

Ce coup de colère se présente sous la forme d'une lettre ouverte au Président de la République française, pour lequel l'auteur a de l'affection puisqu'il lui sert du "cher François Hollande".

 

Bien sûr il n'est pas question de déflorer tout le sujet de cette lettre. Ce ne serait pas sympa pour l'épistolier qui mérite d'être lu intégralement. Mais quelques citations valent mieux que des commentaires, comme des dessins sont plus parlants que de longues explications.

 

Dominique Jamet, après avoir rappelé que François Hollande a "été élu pour partie sur une adhésion, pour partie sur un rejet", souligne qu'il n'est pas le président de tous les Français, sinon dresserait-il:

 

"Les pauvres contre les riches, les salariés  contre les entrepreneurs, la droite immuable contre la gauche éternelle, les hommes de progrès contre les suppôts de la réaction et les homosexuels contre les hétérosexuels?"

 

Il faut dire que les sujets de société permettent "en monopolisant l'attention de l'opinion publique, d'occulter et de faire momentanément oublier les échecs et les scandales qui fleurissent sous [ses] pas":

 

"Aujourd'hui, c'est le projet de mariage pour tous, demain ce sera l'euthanasie ou l'aménagement des peines de prison."

 

Bien sûr ces sujets de société figurent parmi les soixante propositions du candidat Hollande, mais:

 

"Voter pour un homme ou pour un parti n'implique évidemment pas que l'on approuve tous les points de son programme ou même qu'on en ait pris connaissance."...

 

A contrario il y a d'autres engagements pour lesquels Hollande n'était pas mandaté et qu'il a pourtant tenus, tout droit sortis de sa boîte à outils:

 

"Tels que l'austérité, l'alourdissement de la pression fiscale ou les diverses et ingénieuses ponctions sur le pouvoir d'achat des retraités, et qui ne sont apparus dans leur nudité qu'au fil de révélations précautionneusement distillées."

 

J'en viens au bémol. Car Dominique Jamet fait alors preuve d'inculture quand il écrit à l'adresse de son cher François:

 

"La politique mortifère pour laquelle vous avez opté s'inscrit dans le droit fil du libéralisme de votre prédécesseur et de la plus grande soumission aux impératifs de l'eurocratie. C'est celle que rejettent aujourd'hui tous les peuples d'Europe, celle de la rigueur financière et de la rigueur sociale, des économies et des sociétés croulant sous le poids de la dette et des impôts, de la diminution de l'activité et des recettes, de la spirale du déclin."

 

Comme ce qu'il décrit, c'est le socialisme, je présume que l'emploi du mot libéralisme est une coquille, que les lecteurs de Dominique Jamet ne rectifieront malheureusement pas d'eux-mêmes.

 

Car, en quoi est-ce du libéralisme que d'augmenter la dette et les impôts (et par là-même gonfler encore plus un Etat obèse), d'empêcher le libre exercice de l'activité, de se soumettre aux oukases de Bruxelles?

 

Dominique Jamet convient pourtant que les remèdes prescrits par le docteur Hollande sont voués à l'échec:

 

"Les emplois d'avenir, les contrats de génération, le recrutement de soixante mille enseignants sont des remèdes aussi coûteux qu'inefficaces. Payés par le contribuable au prix d'une insupportable hausse de la pression fiscale, ils alourdissent le déficit sans enrayer la montée du chômage. L'assistanat fait un temps illusion avant de faire faillite."

 

J'aimerais que Dominique Jamet m'explique alors en quoi ces remèdes sont ceux du libéralisme? Mais il est vrai qu'aujourd'hui, les mots perdent de leur sens, même sous la plume d'un journaliste averti comme lui.

 

Il est évident que François Hollande est une erreur de distribution (le seul processus de sa désignation par le PS le montre) et qu'il devrait en tirer la conséquence, celle qu'il envisageait dans un livre d'entretiens avec Edwy Plenel, Devoirs de vérité, paru en 2006 et dont Dominique Jamet extrait la citation suivante:

 

"Si d'aventure, une crise profonde se produisait ou des élections législatives intervenaient, contredisant l'élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence..."

 

Nous y sommes dans la crise profonde. Rien n'oblige François Hollande à partir, "mais la raison l'emporte parfois sur le droit". La conclusion de Dominique Jamet s'impose donc:

 

"On dit communément que vous êtes brave, au sens que l'on donne à ce mot dans le Midi. Il n'y a pas de hontre à reconnaître que l'on a présumé de ses capacités et que l'on n'est pas à la hauteur du poste où vous ont hissé les circonstances. Alors, M. Hollande, si vous voulez laisser un nom honoré dans l'histoire, et pendant qu'il en est encore temps, soyez brave: allez-vous en!"

 

C'est un conseil d'ami, que François Hollande devrait suivre...

 

Francis Richard

 

Allez-vous en, François Hollande!, Dominique Jamet, 32 pages, Editions Mordicus

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 11:45

Album CENDRARSL'année 2013 est à marquer d'une pierre blanche. Non seulement Blaise Cendrars fait son entrée dans la bibliothèque de La Pléiade, mais il fait l'objet du cinquante-deuxième album de ladite bibliothèque.

 

Si les Oeuvres autobiographiques complètes de l'écrivain originaire de La Chaux-de-Fonds - il y est né le 1er septembre 1887 - ont été éditées en deux volumes sous la direction de Claude Leroy, l'album iconographique a été élaboré et commenté par Laurence Campa, spécialiste d'Appolinaire et des écrivains de la Grande Guerre (1914-1918).

 

Les amateurs de littérature ne peuvent que se réjouir de cette double consécration, celle de l'oeuvre et de l'homme.

 

Car, à la faveur d'une iconographie riche (deux cents illustrations), et en partie inédite, Laurence Campa raconte la vie d'un homme qui "ne touche jamais aux légendes" et qui en est une lui-même.

 

Le jeune Frédéric Sauser - c'est son vrai nom - est un rebelle qui, pendant les vacances, lit sans relâche. Puisqu'il ne veut pas étudier et voir du pays, ses parents l'envoient en Russie où il sera "commis chez Leuba, un compatriote installé à Saint-Pétersbourg".

 

C'est là-bas que, le rythme et le climat le rongeant, "la lecture le sauve de l'asphyxie":

 

"A la Bibliothèque impériale, il note scrupuleusement toutes ses lectures, dont L'Idiot de Dostoïevski, qu'il relira chaque année, "pour ne pas oublier la belle langue russe"."

 

Le veinard...

 

Il ne sera pas toujours veinard, à force d'aller jusqu'au bout ...

 

A dix-neuf ans il tombe amoureux d'une jeune fille de son âge, Hélène Kleinmann, mais il doit rentrer en Suisse, d'abord à Bâle, puis à Neuchâtel où sa mère se meurt. Hélène meurt accidentellement (avant sa mère) alors qu'avec le temps son amour pour elle a perdu "puissance et relief"...

 

Dans les vicissitudes ce sont toujours les lectures qui le sauvent:

 

"Aux illusions de l'affection filiale et de la camaraderie, il préfère Tolstoï, Goethe, Maupassant, Dostoïevski, et la Trauermarsch de Chopin."

 

Après la mort d'Hélène, "qui se fiche à jamais dans sa vie":

 

"Les livres sont un baume au malheur, comme son jeune amour l'était à l'errance pétersbourgeoise: Mirbeau, Machiavel, Poe, Verlaine, Swedenborg et peut-être plus encore, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, où il retrouve toute sa pensée, toute sa tendresse et toute sa haine..."

 

Ses premières oeuvres sont des poèmes "aux accents verlainiens"...

 

Puis il rencontre Félicie Poznanska, Féla pour les intimes. Elle sera la mère de ses trois enfants - c'est son destin. Il ne sera jamais - elle le sait - "le compagnon capable de soutenir la lutte de la vie quotidienne" et d'"égayer un foyer dans les moments où surgirait dramatique, la nécessité du sacrifice".

 

La nuit de Pâques 1912, il est à New-York, il écrit un long poème Les Pâques, à partir duquel il sera autre et deviendra Blaise Cendrars:

 

"La braise, l'art et les cendres, l'autodafé, la renaissance. Le poète est devenu phénix, sa poésie incandescence."

 

Quand la Grande Guerre éclate, il s'engage après avoir signé un appel aux amis de la France:

 

"Toute hésitation serait un crime. Point de paroles, donc des actes. Des étrangers amis de la France, qui pendant leur séjour en France ont appris à l'aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras."

 

Il ne croit pas si bien signer puisque le 28 septembre 1915, Blaise Cendrars offre son bras droit à la France et devient manchot. En tout début d'album, Laurence Campa a choisi deux illustrations émouvantes qui reproduisent ses écritures de la main droite, en 1904, et de la gauche, en 1946...

 

Bien sûr la vie de Cendrars ne se résume pas à ces tranches de vie évoquées ci-dessus, mais elles expliquent, me semble-t-il, beaucoup de l'écrivain qu'il est devenu par la suite. Car, dans son cas, il est bien difficile de dissocier l'oeuvre et l'homme, même s'il prend des libertés avec la réalité pure et dure. Il faut donc lire et feuilleter l'Album Cendrars pour en savoir davantage sur cet écrivain hors normes.

 

Laurence Campa termine ses commentaires judicieux par celui-ci, qui correspond tellement bien à Cendrars:

 

"L'oeuvre et la vie de Cendrars débarrassent nos perceptions de la béquille de la raison, nous impriment les stigmates de la création, nous divulguent leurs vertus vulnéraires, approfondissent le monde où il nous est imparti d'exister. Partant, il importe d'aimer les mythes et de croire aux légendes."

 

Francis Richard

 

Album Cendrars, Laurence Campa, 248 pages, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 11:00

Margaux l'exilée STEULLET-LAMBERTConnaissons-nous nos voisins? Telle est la question que nous pourrions nous poser après avoir refermé le dernier livre d'Anne-Marie Steullet-Lambert.

 

Auteur de nouvelles, de chroniques, de textes courts, cette dernière s'est lancée dans le roman avec Margaux l'exilée. Et le fait est qu'il ne s'agit pas là d'une longue nouvelle, mais bel et bien d'un roman.

 

Que connaît la narratrice de Margaux de la Rosière qui habite à cinq minutes de son logis des Acacias? Pas grand-chose. Il lui faudra des années pour apprendre qui elle est et pourquoi elle vit seule, avec pour seules visiteuses régulières ses deux petites-filles, Laura et Céline.

 

Pourquoi "l'exilée"?

 

"Elle est née de la Rosière, elle a vécu dans son pays, la France, jusqu'à l'âge de quinze ans environ puis ses parents se sont installés au Tessin. Elle a aimé cette région, bien sûr, mais elle regrettait d'avoir été arrachée à son pays d'origine au point de se déclarer en exil, perpétuellement en exil des moeurs, de la culture ancestrale, des paysages de son enfance, de sa famille, de ses amis, des lieux aimés. Ensuite, son mariage avec un brave homme mais alémanique l'a jetée dans un autre exill encore, plus profond que les précédents."

 

Margaux, la bourguignonne, a en effet suivi son mari, Hans Zumwald dans une autre région de Suisse, qui ressemble au Jura, où, bientôt, celui-ci va monter une entreprise, la Maison Zumwald.  Il se montrera moins brave finalement qu'aux débuts et, surtout, sera très malheureux.

 

La narratrice, devenue l'amie de sa voisine, qui pourrait être sa mère, apprend peu à peu que Margaux a perdu très tôt un frère qui avait des préférences amoureuses difficilement admises à l'époque.

 

Margaux a eu trois fils. Le premier, Luca, est mort très vite. Le deuxième, Yves, qui a les mêmes penchants que son oncle, n'a pas voulu prendre la suite de son père et est parti pour San Francisco. Le troisième, Léo, travaille avec son père, mais leurs relations sont tendues.

 

Hans Zumwald meurt dans des circonstances dramatiques et l'ombre de cette mort, qui a complètement changé la vie de la famille, plane sur tout le roman. Margaux profite de cette disparition, comme une nouvelle loi le lui permet, pour reprendre son nom de jeune fille.

 

Margaux finalement, qui travaillait déjà avec son mari, une fois ses deux fils élevés, sera un long temps à la tête de la  Maison Zumwald, jusqu'à ce que son fils Léo lui dise de manière peu amène qu'elle a justement fait son temps.

 

L'amitié entre la narratrice et Margaux dure au moins une huitaine d'années. Les deux dernières, Margaux les passe à l'hôpital, à la suite d'un accident cardiaque. La narratrice, qui s'avère une véritable amie, continuera à lui rendre visite et apprendra pourtant son décès dans le journal après les fêtes d'une fin d'année...

 

Anne-Marie Steullet-Lambert raconte cette histoire à la fois par la voix de la narratrice et par celle de Margaux. Toutes deux s'expriment à la première personne, l'une après l'autre, l'autre après l'une, tout au long du livre, sans qu'il n'y ait de confusion possible entre elles, avec pour résultat que l'une raconte et que l'autre se raconte, en parfaite harmonie.

 

D'une vie qui pourrait paraître banale, l'auteur sait tirer le meilleur et dresser le portrait d'une femme qui reste une grande dame dans les vicissitudes, ce qui est réconfortant. Margaux de la Rosière a peut-être été exilée la majeure partie de sa vie, mais, dans une dernière confidence à la narratrice, elle lui livre le projet secret qui lui permettra de ne plus l'être...

 

Francis Richard

 

Margaux l'exilée, Anne-Marie Steullet-Lambert, 112 pages, L'Age d'Homme

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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