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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 22:00

Coeurs EMMENEGGERIl existe des troupes d'assaut, des chars d'assaut. Mais des coeurs d'assaut?

 

Quel est l'objectif de ces coeurs d'assaut qui donnent leur titre au roman de Véronique Emmenegger?

 

Un petit bébé, un petit enfant.

 

En effet plusieurs mères, et pères, vont se disputer ce petit bout d'homme, sans beaucoup d'humanité.

 

Angela couche avec un trapéziste. Le premier coup est le bon et elle accouche quelques mois plus tard d'une crevette. L'accoucheur, une armoire de deux mètres, la rassure:

 

"Quarante centimètres pour deux kilos, ça lui apprendra de sortir avant d'avoir été sifflé. Regardez-moi cette teigne. C'est le genre de morveux qui s'accroche. Ça, c’est du microbe télescopique qui se dépliera très vite."

 

Angela a accouché sous X. Elle abandonne son petit Jean-Jean parce qu'elle ne veut pas lui offrir une vie de misère. C'est le commencement d'un abandon à répétition.

 

En dehors de sa vraie mère, "l'unique, la grande inconnue", il en aura deux autres.

 

Ramona est sa mère nourricière, celle qui l'adopte:

 

"Celle qui s'occupait officiellement de lui, mais ne faisait pas de câlins.Les rapprochements humains, sa hantise, abîmaient sa permanente."

 

La Marthe est sa maman de jour et, même une fois, de nuit, mémorable:

 

"Usine à bisous et à mots doux, cajoleuse hors pair, gratteuse de dos, préparatrice de tartes géantes, toujours en train de crier après quelqu'un sans jamais lui en vouloir, mais totalement détachée affectivement."

 

Humphrey et Ramona n'ont pas réussi à pondre un rejeton. Leur vie de couple, prometteuse de galipettes, s'est arrêtée net sur cet échec. Alors ils adoptent Jean-Jean, qu'ils rebaptisent plus simplement Jean.

 

Consuela, leur aide de maison, n'aime pas les enfants. Elle a déjà donné et a dû s'occuper de ses cinq frères et soeurs, sa mère étant dépressive. C'est dire si elle accueille à bras fermés le petit Jean, que Ramona lui confie pour donner ses tâches premières à une autre.

 

Consù tend un piège à Humphrey, alors que Ramona est de sortie. D'aguicheuse, le déshabillé ouvert, elle devient l'aguichée, lorsque sa patronne, de retour inopiné, la surprend dans une posture sans équivoque avec son mari.

 

Mais la complicité des deux femmes s'effiloche, car Humphrey adopte une attitude décontractée à leur égard, qui les déstabilise. De plus, il se prend d'affection pour Jean, avec lequel il s'entend bien et qui, un beau jour, ose dire non fermement à Ramona, sans ciller.

 

C'est alors que Ramona décide de confier Jean pendant la journée à la Marthe, qui s'occupe de trois autres gaillards, Igor, quatorze ans, Pablo, treize, et Eugène, dit Einstein, dix, sous la figure grimaçante en permanence, à la suite d'un "accident", de Simon, dit Oncle Grimm'.

 

La vie de Jean devient "cousue de contrastes", bipolaire. Jean passe la nuit dans "un appartement bourgeois, feutré, tentures et meubles en acajou" et le jour dans un univers chaotique, où sont poussés des cris permanents et où règne "la brutalité d'un monde de couilles". Dans ce dernier univers, une cahute, au bout d'un terrain vague, Jean est confronté aux autres et s'adapte plutôt bien ...

 

Les événements se précipitent et prennent une tournure dramatique et assez farce, voire rocambolesque, quand Martial, le jumeau de Simon, fait son apparition à la cahute un beau soir où, pour la première fois, Jean est confié pour la nuit à la Marthe...

 

Dès les premières pages du roman, le ton est donné. Les phrases courtes et assassines crépitent, assaisonnées d'humour ravageur. Ce ton se poursuit tout le long du livre qui se lit d'une traite et qui nous raconte le curieux apprentissage de la vie, pendant ses cinq premières années, d'un enfant abandonné à répétition, sans être totalement livré à lui-même.

 

Cet enfant est bien le "microbe téléscopique" qu'avait tout de suite repéré le médecin qui l'avait balancé par les pieds sous le nez de sa vraie mère, Angela, à sa naissance. Il s'accroche bien à l'existence comme une teigne.

 

Cependant il est à craindre que d'"avoir trois mères à lui tout seul" ne suffise pas à faire taire au fond de lui un grand vide intérieur.

 

Francis Richard

 

Coeurs d'assaut, Véronique Emmenegger, 182 pages, Editions Luce Wilquin

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 19:30

Echappement CHAUMALes motards connaissent l'échappement libre. Les cinéphiles le film éponyme de Jean Becker.

 

Le livre de Jean Chauma parle de tout autre chose que de motos ou de fuite en voiture chargée d'or.

 

Jean Chauma raconte un jeune garçon qui part de chez lui en juin 1968, à quinze ans, et qui se retrouve braqueur à vingt-deux.

 

Dominique Delille n'a pas fugué. Il est parti:

 

"Ce n'est pas l'idée de liberté qui l'excitait, mais le mouvement d'échappement."

 

Au tout début de cet échappement il est pris comme commis dans un bistrot de Paname, le Victor Hugo. Ce bistrot est tenu par Roger et Andrée David, lesquels ont une fille, Martine, du même âge que lui.

 

Andrée est une ancienne pute. Deux putes tapinent officiellement pour Roger, Marie et Danielle. En réalité elles versent une part de leur comptée à Andrée. Dominique loge chez Marie, qui l'initie au sexe. Mais il plaît aux trois... Il faut dire qu'il a de beaux yeux, de longs cils, comme une fille... et qu'il est bien monté... De quoi plaire à ces dames. Puis, à d'autres.

 

Jean Chauma raconte Dominique chez ses pseudo-parents, les week-ends avec eux à Maulers, en Beauvaisis; sa vraie mère, la troublante Lucienne, mariée à Jean-Paul; les pokers organisés par Roger dans le sous-sol du Victor Hugo; l'engagement de Dominique à dix-neuf ans dans les paras envoyés au Tchad, où il fait la connaissance de ses complices de bracos, Le Chinois et Damien.

 

Les trois compères sont très différents. Le Chinois est sans doute le plus voyou, mais il n'a qu'une idée en tête: "mettre de l'argent de côté pour ouvrir un chouette resto et vivre comme un bourgeois". Damien est un cave, qui aime s'encanailler la nuit et bande "pour les femmes de voyous". Quant au troisième:

 

"Dominique aimait le Milieu et il voyait la voyoucratie comme une sorte de religion, avec l'idée d'y faire carrière."

 

Le clan des Siciliens, avec Ventura, Gabin, Delon est un de ses films culte, sorti l'année de ses seize ans.

 

Dominique?

 

"Il se donnait des airs de dur à cuire, essayant de copier Delon dans ses films. Pourtant, malgré cette absence d'appréhension du monde, malgré ses rêves qui voilaient son regard, il ne jouait pas à être Alain Delon. Il tendait vers quelque chose se rapprochant de l'image qu'il se faisait des personnages que jouait Delon."

 

Et le fait est que leurs deux vies sont parallèles à leur commencement, pour diverger par la suite...

 

Jean Chauma décrit Dominique en ces termes:

 

"Dominique vivait sans raison, sans raisonnement. Il n'avait pas de système logique, pas de grille de lecture raisonnable. La vie ne se présentait pas comme conséquence des actes. L'acte, pour lui, valait pour ce qu'il était en lui-même. Par contre, Dominique semblait avoir certains sens, certains sentiments comme exacerbés. Il pouvait ressentir les choses, les voir venir avant tout le monde."

 

Un intuitif, un instinctif, en quelque sorte.

 

Dans ce livre, Jean Chauma parle d'un monde disparu, mais qui n'était pas sans charme et qui était celui de mes vingt ans et suivants, de mes deux rencontres avec Albert Simonin, l'une au Pays Basque, l'autre dans son appartement du XVe arrondissement de Paris, de mes rencontres avec ses livres et ceux d'Alphonse Boudard, de mes rencontres avec les films de José Giovanni...

 

Dans ce monde se faire respecter voulait encore dire quelque chose, même, et surtout oserais-je dire, chez les voyous. C'était un monde qui n'était pas pour autant tout rose...

 

En l'occurrence le monde décrit par Jean Chauma est même plutôt noir. L'auteur, en effet, fait pénétrer le lecteur dans un monde de sexe et de violence qui n'est pas, tant s'en faut, celui des bourgeoises ou aristocrates pensionnaires d'institutions religieuses de l'époque. Bégueules, s'abstenir!

 

Même si, de temps à autre, Jean Chauma emploie des mots de l'argot d'alors, même s'il n'hésite pas à employer des mots crus pour décrire des scènes qui les méritent, sa façon d'écrire n'est pas complaisante. Elle coule de source pure et fait ressortir, par contraste, toute la noirceur du propos.

 

Francis Richard

 

Echappement libre, Jean Chauma, 200 pages, BSN Press

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 11:00

Encore chéri ! MOERIDouze. C'est un nombre symbolique.

 

Celui des tribus d'Israël, des apôtres de Jésus, des mois de l'année, des signes du zodiaque...

 

Douze, c'est le nombre de nouvelles du dernier recueil d'Antonin Moeri. Ce ne peut être un hasard...

 

Deux d'entre elles ont paru dans le numéro de décembre 2011 de la revue littéraire en ligne Coaltar. Les autres sont inédites.

 

Dans ces nouvelles, l'auteur ménage ses effets et ne ménage pas le lecteur. Je ne crois pas que cela sera pour lui déplaire quand il s'y plongera...

 

Un jeune garçon, réservé, timide, écrit des lettres énamourées à la plus belle fille de sa classe, dont le père est plus riche que le sien:

 

"Ce sont des dizaines de lettres qui furent écrites dans ce style qu'adoptent les amants ou les fous."

 

Une jeune femme est toute fière d'avoir ramené chez elle un beau mec. Quelque temps après, elle décide de se conduire avec lui comme une vraie salope sans trop savoir pourquoi:

 

"J'avais besoin de ça pour me sentir exister."

 

Un homme agonise sur un trottoir. Des passants s'adressent à lui sans qu'il ne comprenne ce qu'ils lui disent. Dans ses derniers moments, une langue continue d'aller et venir sur sa joue, un dernier instant bonheur:

 

"J'ai tout de même senti sur ma joue cette langue de chien, chaude, humide et délicieuse."

 

Un misanthrope habite une belle maison, qui intrigue le narrateur. Du coup il aimerait bien en savoir plus sur son propriétaire, qui lui répond d'une voix cinglante:

 

"Je veux bien parler de la baraque, mais le reste, motus, compris."

 

Un forcené, détenteur de trois flingues, refuse qu'on saisisse la vieille maison familiale et descend tout ce qui bouge et qui voudrait le contraindre à se rendre:

 

"Je ne céderai pas. C'est ma maison. La seule chose à laquelle je tienne. Je sauverai ton honneur, papa."

 

Le compagnon d'Odile en a marre d'elle. Elle s'achète de belles fringues et rentre de plus en plus tard de son travail, où elle doit sans doute draguer son chef. Dans un parc il rencontre un repris de justice fauché comme les blés. Il refuse pourtant net la proposition que le compagnon d'Odile lui fait:

 

"Je veux pas finir ma vie à l'ombre. Je veux tout faire pour mener une vie normale. Faut être complètement sonné pour envisager un pareil truc."

 

Un taulard se livre à un quidam qui voudrait écrire sur son cas. Il raconte comment son oeil a été attiré par une joggeuse en training rose, qu'il ne savait pas comment aborder. Il voulait seulement lui parler, mais cela ne s'est pas passé comme il voulait:

 

"Quelqu'un l'avait étranglée. Son oeil vert, je dis son oeil vert parce que l'autre était fermé, son oeil vert, injecté de sang, me fixait, comme si la dame avait voulu m'accuser."

 

Il devait comparaître au tribunal, non pas comme prévenu, mais comme juré. Finalement il n'avait pas été retenu, mais, ayant pris un congé pour ça, il était resté pour assister à l'audience au cours de laquelle le prévenu devait être jugé pour vol, par contumace:

 

"J'ai alors vu une petite femme d'un certain âge, assise sur une chaise, les épaules agitées par des spasmes, la tête penchée, on aurait dit qu'elle souffrait d'un torticolis aggravé par les frasques de son fils qu'elle avait imaginé d'une irréprochable honnêteté."

 

Sacha, étudiant en droit, converse avec Lou, étudiante en philo. Il lui raconte Paris tel qu'il la voit par les yeux d'une mystérieuse femme, Lara Krieg:

 

"Pourquoi m'avoir parlé de cette Lara je-ne-sais-plus-comment?

- Parce que tu ne connaissais pas Paris. J'ai très envie de visiter cette ville avec toi."

 

Il sèche l'école. Son père lui a offert une belle montre, de haute précision, pour son anniversaire. Cette montre l'obsède:

 

"Ce n'est pas un tic-tac qu'elle fait sur la table, c'est une sorte de tsig-tsig très doux. On dirait qu'elle me regarde. Elle est couchée sur le flanc."

 

Des hommes ont le fantasme de la masseuse nue sous sa blouse. Lui c'est le fantasme du brigadier masseur, en rangers et veste déboutonnée:

 

"J'ai presque peur quand il se penche au-dessus de ma tête, que son torse peu poilu effleure mon front et qu'il tire brusquement ma cage thoracique vers lui."

 

Léonore a fière allure "avec ses longs cheveux blonds, ses yeux bridés et ses bottes camarguaises". Elle est "flanquée d'un animal monstrueux". Elle sera sa première fois, et une fois mémorable:

 

"Tu sais, ce que j'aime faire, c'est former les jeunots, les initier, leur apprendre les joies, les vraies joies! Je trouve ça extra."

 

Il la revoit de nombreuses années plus tard...

 

Un jeune garçon peut aussi être sentimental, comme une fille. Une femme se comporter comme un mec. La mort être merveilleuse. Un homme riche garder jalousement un jardin secret. Un repris de justice vouloir se ranger. Un taulard, peut-être fou, ne plus savoir ce qu'il a fait réellement. Un homme devenir forcené quand on touche à son passé. Un homme présent à une audience ne garder que l'image de la mère du prévenu. Un homme ne savoir dire les choses que très indirectement à la femme qu'il désire. Un écolier tranquille en apparence être très destructeur dans la réalité. Un homme fantasmer très fort grâce à un autre. Une jeune femme experte dans les plaisirs d'adultes retomber en enfance quand elle subit des ans l'irréparable outrage.

 

Toutes les histoires qu'Antonin Moeri raconte sont, certes, des histoires caractéristiques de notre époque, mais elles réservent bien des surprises comme dans la vraie vie. L'imprévisible est éternel...

 

Des dialogues permettent de respirer un peu après de longs paragraphes, dont les phrases sont suffisamment courtes toutefois pour ne pas essoufler le lecteur et, au contraire, le tenir en haleine.

 

Une fois refermé le livre, nous pouvons nous dire que la forme de la nouvelle en accentue le caractère dense. Ce qui ne peut pas nous laisser indemne, mais nous offrir matière à réflexions sur l'humaine condition et à interrogations sur le pourquoi de certaines de nos actions.  

 

Francis Richard

 

Encore chéri! et autre nouvelles, Antonin Moeri, 160 pages, Bernard Campiche Editeur

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 22:00

Nulle part RICHARD-FAVRELes nouvelles de ce recueil sont bien de nulle part. Les histoires que l'auteur nous y raconte pourraient en effet se dérouler n'importe où.

 

Ce qui leur confère d'emblée un caractère universel.

 

Seuls comptent le récit des actions des personnages ou leurs dialogues. Seuls importent le fin-fond de leurs pensées ou les rapports qui les lient ou les délient entre eux.

 

C'est dans ces moments-là que l'on regrette de ne pas connaître la langue de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, que la trahison des traducteurs, qui leur est inhérente, ne peut même pas empêcher d'aimer...

 

Dans ces nouvelles il est question d'amours, d'adultères, de crimes, de souffrances, de délires, de troubles, de surprises qui laissent certains des personnages pantois. Tout ce qui peut, en somme, favoriser la détresse, propre à l'humaine condition.

 

Et, plus précisément, côté femmes.

 

Une femme redoute ainsi, plus que tout, la solitude, ce qui va la conduire au crime:

 

"L'isolement partagé n'est pas comparable à celui qui vous laisse au milieu de tous."

 

Une autre explique ainsi sa boulimie de partenaires:

 

"Je ne crois pas avoir opté pour le partage sexuel sans avoir, au préalable, senti mon corps se détacher de moi."

 

Une autre se tourmente irrémédiablement:

 

"En mettant fin à la vie que je portais, j'ai sacrifié ce que j'avais de plus cher et qui serait devenu mon plus grand désespoir aussi."

 

Une autre vend son corps aux hommes parce qu'elle a du coeur:

 

"Elle estimait ne pas se prostituer dès lors qu'elle "faisait ça" presque par amour, du moins pour dépanner des hommes qui en avaient besoin."

 

Une autre avoue à son amant, résignée:

 

"J'avais été prévenue de ton goût des femmes mais j'ai cru te suffire sans comprendre que l'un n'excluait pas l'autre."

 

Du côté hommes, la détresse n'est pas moins vive:

 

"Il n'avait appris de l'amour que la continence des sentiments, une rigoureuse pudeur ou alors un dévouement sans faille."

 

Cet autre, bêtement soumis, reconnaît:

 

"Je n'étais pas prisonnier de sa démence mais de mon impuissance à la quitter."

 

Et pourtant son amante est bien démente puisqu'elle a demandé à sa fille de séduire son père pour éviter qu'il ne parte avec une maîtresse et ne les abandonne toutes deux, pour, après, demander le divorce pour ce motif-là ...

 

Ces nouvelles sont courtes. Une page. Quelques pages. Mais elles sont denses, invitent à la relecture pour en saisir tout le suc. Car, tous les mots y sont pesés et, pourtant, ils entretiennent le mystère de personnages qui ne se livrent qu'en partie et laissent le lecteur sur sa faim de les connaître davantage.

 

Ces personnages ne sont pas ordinaires. Ils ne sont pas extraordinaires non plus. Mais ils sont singuliers, de par les réflexions qu'ils se font à eux-mêmes ou qu'ils font aux autres, de par les chimères qu'ils poursuivent, de par leur incapacité à exprimer leurs sentiments à ceux qu'ils aiment ou qu'ils rencontrent, de par l'incompréhension que les autres ont à leur égard ou qu'ils ont pour ces autres.

 

Hélène Richard-Favre nous parle donc de la vie, qui, pour ses personnages, en tout cas, n'est pas un long fleuve tranquille. Mais pour qui l'est-elle?

 

Francis Richard

 

Nouvelles de nulle part, Hélène Richard-Favre, 176 pages, URSS

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 15:00

60 milliards VERDIER-MOLINIELa machine administrative française est bien un mammouth, qu'il conviendrait d'urgence de dégraisser pour reprendre l'expression célèbre de Claude Allègre.

 

De combien de matières grasses faudrait-il l'alléger?

 

Dans son dernier livre, Agnès Verdier-Molinié, directrice de l'iFRAP, Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, répond qu'il faudrait faire 60 milliards d'économies ! Oui... mais tous les ans.

 

Comment dégraisser le mammouth de 60 milliards d'euros? C'est la grande question.

 

Pour ce faire il faut examiner le mammouth sous toutes les coutures. Et cet examen opéré par l'auteur n'est pas sans surprises.

 

Depuis Alain Peyrefitte et son Mal français, on sait que, face à l'administration, les ministres français sont sans pouvoir. Cela ne s'est guère amélioré et cela perdure, "parce que les ministres passent et que les fonctionnaires campent à vie dans leurs bureaux et sur leurs positions"...

 

On est loin de ce qui se passe aux Etats-Unis où des milliers de fonctionnaires de l'administration fédérale valsent à chaque changement de président... Le statut actuel de la fonction publique, qui date de 1945, et de la présence de ministres communistes au gouvernement, ne le permet pas... et s'avère être un véritable boulet.

 

A propos de président, les électeurs de Nicolas Sarkozy seront ravis d'apprendre que:

 

"Contre la promesse de tuer dans l'oeuf  les éventuelles grèves, le gouvernement avait promis de rétrocéder la moitié des économies réalisées à l'occasion de la réduction du rythme de renouvellement des effectifs (le principe de ne remplacer qu'un départ sur deux). Et seulement la moitié! C'est là que les choses dérapent, confirmées à l'euro près par l'IGF [Inspection générale des finances]. En 2011, par exemple, l'économie sur les suppressions de postes a été de 820 millions d'euros, mais 610 millions ont été immédiatement reversés aux agents."...

 

Au lieu de tailler dans les dépenses publiques, le gouvernement actuel, lui, cédant à la facilité, se livre à un véritable matraquage fiscal, contre-productif:

 

"La fiscalité et l'ensemble des cotisations obligatoires ont atteint de tels niveaux que la France flirte déjà depuis 2010 en termes d'imposition du capital et du travail avec la (fameuse) courbe de Laffer, qui montre qu'il existe un niveau maximal de taxation, au-delà duquel le produit de l'impôt diminue."

 

A ce sujet, l'auteur rend à César ce qui revient à César:

 

"L'économiste américain, qui a formalisé cette courbe spectaculaire à la fin des années 1970, n'a fait qu'expliciter les règles avancées au XIXe siècle par le Français Jean-Baptiste Say, célèbre théoricien qui répétait qu'un impôt exagéré détruit la base qui le porte."

 

Nul n'est prophète en son pays...et l'usager n'est pas roi. Car "le désir secret de bon nombre d'agents publics [est] de voir disparaître les usagers comme par enchantement". Ils n'ont pas envie de leur être confrontés.

 

Heureusement que:

 

"L'usager a un statut à part dans les services publics. Il n'est pas client: il ne peut pas faire jouer la concurrence s'il n'est pas satisfait du service."

 

De plus, en l'absence de concurrence, l'usager en paye le prix, exorbitant:

 

"Ces services publics, que les autres pays nous envient de moins en moins, nous ont en partie ruinés et une bonne part de notre dette est imputable au fait que nous "surpayons" ces services. Ce surcoût peut être évalué à 60 milliards d'euros par an: 18,5 milliars d'euros au niveau de l'Etat, 11,6 à l'échelon local et 29,9 sur le social."

 

Agnès Verdier-Molinié, optimiste, pense qu'il est possible de réduire les dépenses publiques "sans avoir à toucher aux prestations sociales distribuées aux Français":

 

"Quand notre pays dépense 27,7% de sa richesse nationale à produire ses services publics, les pays de l'Union européenne dépensent 24,9%, sans différence notable en termes de qualité du service public et de niveau de prestations. La différence entre ces deux chiffres? 60 milliards d'euros, qui pourraient donc être économisés chaque année à un horizon de sept ans si l'effort commençait dès 2013."

 

Deux questions se posent cependant, l'une entraînant l'autre:

 

- 60 milliards d'économies à l'horizon de 2021, est-ce bien suffisant quand on sait que le modèle social et les service publics français génèrent plus de "100 milliards d'euros de déficit public annuel"?

- Ne faut-il vraiment pas toucher aux "prestations sociales distribuées aux Français"?

 

Poser ces deux questions c'est y répondre et faire apparaître qu'Agnès Verdier-Molinié est encore bien en dessous de ce qu'il faudrait faire pour que la France échappe à la ruine.Et la comparaison avec les autres pays de l'UE n'est pas non plus raison...

 

C'est dire l'étendue du problème... de l'Etat providence.

 

Francis Richard

 

60 milliards d'économies!, Agnès Verdier-Molinié, 240 pages, Albin Michel

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 22:45

Etoile STAGOLLLes amours adolescentes sont éternelles et les plus incandescentes. Elles sont la source d'inspiration inépuisable de nombre d'écrivains.

 

On ne laisse pas d'être étonné des formes multiples que ces amours peuvent prendre, à la fois toujours les mêmes et toujours autres. L'histoire d'amour entre deux jeunes gens que nous raconte Joëlle Stagoll dans L'étoile à mille branches en est l'illustration.

 

Un jour Sladan et sa femme Dragica décident d'inverser les rôles. Elle gagnera le pain de la famille dans la cité voisine et lui sera l'homme au foyer, s'occupant de leur fille Natalia.

 

Mais Dragica rencontre un autre homme et Sladan se retrouve seul avec Natalia. Après la mort de la mère de Sladan, plus rien ne les retient lui et sa fille dans ce pays de l'est qui est le leur.

 

Tous deux décident donc de "partir pour un pays meilleur où il y a, dit-on, de quoi manger pour tous ceux à qui le travail ne fait pas peur". Natalia a sept ans et Sladan quarante de plus au moment où ils arrivent dans ce pays qui pourrait être la Suisse.

 

Si Sladan obtient rapidement un permis de travail grâce à son cousin Lazo, Natalia doit attendre enfermée un bon moment dans l'appartement, jusqu'à ce que le cousin de son père puisse légaliser sa situation et qu'elle puisse enfin aller à l'école.

 

Une dizaine d'années passent. Après sa scolarité Natalia n'a pas envie de faire un apprentissage. Elle et son père aiment construire des jouets en bois. Sladan travaille dans une usine. Natalia trouve un emploi de petite bonne chez une mère-célibataire, qu'on n'appelle pas autrement que Baby depuis son enfance. Père et fille travailleront à l'extérieur le matin et l'après-midi se livreront à leurs constructions favorites

 

Baby a un enfant handicapé, Jérémie - continuellement saisi de tremblotte -, qui ne quitte guère sa chambre que pour aller l'après-midi dans une institution. Dans sa chambre, une garde s'occupe de lui le matin et il prend ses repas. Les deux parents de Baby vivent dans un appartement à côté, sur le même palier.

 

Quand la garde a un accident, l'opportunité se présente pour Natalia de jouer un rôle plus grand chez Baby, qui décide de s'occuper elle-même de Jérémie et de le faire déjeuner avec elle dans la salle à manger. Ses parents à elle, qui se sont toujours refusés à voir cet enfant conçu dans le péché et différent des autres, se font dès lors porter chez eux leur repas sur un plateau par Natalia, tandis que celle-ci partage le repas de midi avec Baby et Jérémie.

 

Si Jérémie va avoir quinze ans, Natalia va en avoir seize. Dès qu'ils se voient, ils sont bien ensemble et, bientôt, ils ne peuvent plus ne pas penser l'un à l'autre, se passer l'un de l'autre. Un soir qu'elle accepte de le garder, pendant que Baby a un rendez-vous galant, à Jérémie, qui le lui a demandé, elle raconte une histoire, qu'elle présente comme étant la leur:

 

"C'est une histoire qui se passe maintenant et toujours. On vit les deux, rien que les deux sur une étoile. Si tu fermes les yeux, tu la verras, tu verras comme elle scintille dans la nuit. Et tu sais pourquoi elle est si brillante? Parce qu'elle a plein, plein de branches qui étincellent de tous leurs feux, plein de branches dans lesquelles il est tout à fait normal qu'on s'empêtre."

 

Cette étoile de rêve, c'est l'étoile à mille branches qui donne son titre au roman.

 

Un autre soir, ils deviennent plus intimes et se livrent sous le regard l'un de l'autre à des plaisirs qui n'ont plus de solitaires que le nom et qui les transforment par l'extase:

 

"Là où ils sont ensemble maintenant, ils sont pareils."

 

Aimer un handicapé n'est pas chose facile:

 

"L'aimer tel qu'il est. C'est ce qu'il faudrait. C'est ça peut-être qui changerait l'existence de Jérémie. Etre aimé pour ce qu'il est sans être comparé à ce qu'il n'est pas. Mais personne ne l'aime vraiment ainsi. Même pas elle, Natalia."

 

Le handicap de Jérémie est terrible. Il est extrêmement maladroit et il en souffre. Le jour de son anniversaire, il casse la longue pirogue en bois que Natalia et Sladan ont confectionnée pour lui et qu'elle a baptisée la Jéminalia.

 

Aussi Jérémie, Jémi, aimerait-t-il partir avec Natalia, Nalia, pour un voyage sans retour: "Quand Nalia pas là" dit-il "Nalia manque à Jémi, quand Nalia pas là Jémi a mal, s'il te plaît Nalia, Jémi voudrait s'en aller avec Nalia dans la Jéminalia, s'en aller loin loin sur l'étoile à mille branches pour toujours être avec Nalia."

 

Après cette déclaration, personne ne saura jamais comment Jémi et Nalia se sont aimés et se sont donnés l'un à l'autre, mais le résultat est là:

 

"Ils sont heureux. Etre amoureux rend heureux, et le reste n'a plus d'importance. La peine peut attendre son heure."

 

L'heure vient pourtant où Natalias et Jérémie "n'ont plus qu'une voie par où fuguer sans risquer d'être rattrapés":

 

"Ils ne peuvent être des amoureux que sur l'étoile à mille branches. Dans cette vie-ci, c'est impossible."

 

Natalia se procure donc des pilules auprès d'un dealer, qui devraient permettre aux deux adolescents de gagner ensemble l'autre monde, celui de leur étoile. Mais Natalia ira-t-elle jusqu'au bout, quitte à faire de la peine à Baby, qu'elle a tenté vainement d'alerter sur l'état d'esprit de Jérémie, et surtout à Sladan?

 

Comme on le voit, ce roman pose beaucoup de questions, auxquelles il est bien difficile de répondre honnêtement tant qu'on n'est pas en situation.

 

Les amours entre Natalia et Jérémie sont impossibles pour tellement de raisons qu'elles paraissent bien sans issue ici-bas: leurs différences avec les autres (elle est immigrée, il est handicapé), leur différence de conditions sociales, leur invisibilité aux yeux de certains etc.

 

Il reste également nombre d'incertitudes: Natalia a-t-elle bien compris ce que voulait Jérémie? N'y a-t-il vraiment pas d'autre d'issue que l'étoile à mille branches? Ne devrait-elle pas s'en ouvrir à son père avant de prendre une décision qui sera irréversible?

 

Avec beaucoup de délicatesse, dans une langue simple mais efficace, Joëlle Stagoll fait le tour de la question de cette impossibilité et de ces interrogations. Une fois le fait accompli d'une manière inattendue, elle n'abandonne pas pour autant le lecteur à son sort et va avec lui jusqu'au bout des conséquences.

 

Francis Richard

 

L'étoile à mille branches, Joëlle Stagoll, 256 pages, Editions de l'Hèbe

 

Joëlle Stagoll est l'invitée de Tulalu le 6 mai 2013, à 20 heures, au Lausanne-Moudon, place du Tunnel à Lausanne.

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 12:30

Pere-fils-COBERT.jpgLes relations houleuses entre fils et père sont fréquentes, voire normales, pour peu que l'un et l'autre aient du caractère.Le fils s'affirme et s'affranchit en se heurtant au père, comme il s'est heurté aux objets quand il était tout petit pour apprendre à marcher.

 

Mais, la plupart du temps, le fils ignore tout, ou en tout cas beaucoup, de ce qu'est vraiment son père.Les relations fils-père sont également faussées par le lien d'autorité inévitable du second sur le premier.

 

De son côté, le père, qui a l'avantage d'avoir vécu et connaît les écueils de la vie, a du mal à voir son autorité contestée. Il a du mal à accepter que le fils ne pense pas toujours comme lui et lui échappe, devienne autonome.

 

Ce thème de la filiation est celui du dernier roman de Harold Cobert. L'auteur rappelle fort opportunément qu'elle a beaucoup d'importance dans l'apprentissage de la vie d'homme et que le temps file et ne se rattrape pas toujours.

 

Christian Noème est né juste après guerre, le 17 février 1946. Son père, Marcel, était cordonnier mais avait des ambitions. Sa mère Geneviève, coiffeuse de son métier, "était de ces jeunes filles qui tombent enceintes comme d'autres attrappent un mauvais rhume". C'est pourquoi Marcel l'a épousée, contraint et forcé quand elle attendait Christian. Il l'a fait quitter Paris pour Antony, en banlieue, mais elle l'aurait alors suivi jusqu'au bout du monde...

 

Marcel, pendant sept ans, va peu à peu faire de la vie de Geneviève un enfer. Il va la battre, ne lui faire l'amour qu'épisodiquement et sauvagement, avec pour conséquence de lui faire deux autres enfants. Puis il va lui couper de plus en plus les vivres, avant de mettre les voiles pour convoler avec une héritière, et l'abandonner à son triste sort de devoir élever trois petits, sans pouvoir exercer son ancien métier faute de l'avoir pratiqué pendant des d'années...

 

Très jeune, tout jeunot même, tandis que sa mère travaille à l'usine, Christian fait des petits boulots pour gagner quelques sous et y excèle, tout en poursuivant de brillantes études. Il est particulièrement brillant en mathématiques et physique. Il obtient une bourse pour terminer à Paris ses études secondaires au lycée Henri-IV, puis y préparer les concours des grandes écoles.

 

A Paris, alors qu'il est en classe préparatoire, il fait la connaissance d'une bande d'étudiants en droit bordelais avec lesquels il s'initie au rock'n'roll, dont le démon s'empare littéralement de lui. Au point de devenir le disc-jockey de l'association que créent ces joyeux lurons pour animer des soirées du Tout-Paris underground. Au point d'abandonner l'avenir élitiste qui était tout tracé pour lui, mais qui n'était pas vraiment fait pour ce rebelle.

 

Quand ses amis bordelais, une fois terminées leurs études, rentrent dans le rang, après avoir mis fin à la société (qui a pris la suite de leur association et a organisé des soirées dans des grandes villes de France), Christian, devenu un célèbre DJ, rejoint les rangs du magazine Best, en anime les soirées, y écrit des papiers et donne des cours particuliers de maths et de physique pour arrondir ses fins de mois, titulaire qu'il est d'une licence de maths par équivalence.

 

Un ancien de la bande lui fait signe un jour d'août 1970 et lui demande de venir passer un week-end au bassin d'Arcachon. L'un des anciens lurons de Paris a ouvert, à Andernos, une boîte de nuit, la Corvette. Christian qui devait animer trois soirées va finalement y passer la saison, après avoir fait la connaissance de Lorraine, dont il ravit le coeur en évinçant son médiocre, mais baraqué, petit ami en titre, après une bagarre homérique.

 

La vie est un éternel recommencement...Enfin, presque. Lorraine tombe enceinte. Christian l'épouse et, le 27 juillet 1972, naît le petit Victor. La différence est que Christian est content de cet heureux événement au contraire de son propre père dans des circonstances similaires... Lorraine reprend ses études pour devenir avocate. Christian passe le CAPES pour devenir enseignant. Il faut bien souvent renoncer à ce qui fait le sens de votre vie lorsque l'enfant paraît. Victor, cependant, va se révéler être un élément perturbateur au-delà de l'imaginable...

 

Le roman commence par cinq courts chapitres, Signe de croix. Adolescent de 17 ans Victor est avec son père à Cap-Ferret pour les vacances et est une véritable... croix pour lui. Puis le narrateur reconstitue la vie de Christian, Au nom du père. Puis celle de Victor, Du fils. Enfin il revient au tout début en parcourant le temps des cinq chapitres du début en sens inverse, Signe de croix (suite et fin). La fin est initulée Amen...

 

Au cours du récit, par incises, quelques années après ses 17 ans au Cap-Ferret, Victor raconte son séjour au Canada avec son père, venu pour l'aider à s'y installer avant la rentrée universitaire...

 

Le récit est émaillé de dialogues criants de vérité. On y retrouve le langage parler des jeunes et des moins jeunes de notre époque, sans fioritures, truffé d'expressions devenues usuelles. Ce qui n'a peut-être pas pour vertu d'être artificiellement littéraire, mais de nous rendre familiers et proches les personnages de ce roman, qui nous emmène en vacances à plusieurs reprises au Bassin et au bord de l'océan, dont les vagues sont propices au surf.  

 

Au thème de la filiation est lié immanquablement celui du pardon. Dans le Notre Père, prière que Jésus a donné à ses disciples, il est question du pardon des offenses, demandé au Père comme il est accordé par les demandeurs à tous ceux qui les offensent. Ce n'est pas pour rien que Harold Cobert a mis en exergue de son livre cette citation d'Oscar Wilde:

 

"Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent. Il arrive qu'ils leur pardonnent."

 

Il arrive aussi qu'ils ne leur pardonnent pas. C'est le cas de Christian qui ne pardonne pas à son père Marcel ce qu'il a fait à sa mère Geneviève et le chassera de son existence les deux fois où il tentera d'y réapparaître.

 

Victor pardonnera-t-il à son père Christian d'avoir trompé sa mère après 12 ans de mariage, après qu'il s'en est éloigné progressivement, laissant s'installer dans leur couple des non-dits, notamment sur le parti-pris d'indulgence de Lorraine pour Victor, sapant par là-même son autorité, et sur son refus de pardonner à son propre père?

 

Surtout, Victor aura-t-il le temps de demander à son père pardon pour ses propres offenses à son égard, insconscient de tous les sacrifices qu'il a consentis pour lui?

 

Susanna Tamaro, citée également en exergue du livre par Harold Cobert, dit fort justement:

 

"Les morts pèsent moins par leur absence que par ce qui - entre eux et nous - n'a pas été dit."

 

D'où l'importance dans les relations humaines de ne pas se livrer inconsidérément à la procrastination...

 

Francis Richard

 

Au nom du père, du fils et du rock'n'roll, Harold Cobert, 256 pages, Editions Héloïse d'Ormesson

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 00:00

A la légère DEONDepuis plus de quarante ans, je lis du Michel Déon, sans me lasser. Ainsi, à vingt ans, ai-je lu Les Poneys sauvages, qui lui a valu le Prix Interallié et qui fait partie depuis lors de mes livres culte.

 

A la légère est un recueil de nouvelles qui ont paru dans des magazines à des dates entourant celle de ma naissance, entre 1947 et 1957, décennie d'après-guerre, de retour à la vie, après des années sinistres.

 

En lisant ces nouvelles, je me retrouve en terrain connu. Est mien le regard romanesque que porte Déon sur les êtres et les choses. Est mienne la manière dont son imagination s'emballe à partir de menus détails qui font la beauté des femmes.

 

Toutes ces nouvelles sont une invitation au voyage. Déon y part pour des pays et des lieux qu'il fait siens et lui ressemblent donc.

 

Paris, un bord de mer, Genève, la piste d'un cirque, Formentera prennent sous sa plume des couleurs singulières, qui me parlent et me font rêver. 

 

Alors que je peux distinguer le Léman noir de cette nuit, à travers les frondaisons du parc qui jouxte mon jardinet d'Ouchy, je relis la phrase qui donne son titre au recueil et qui suit un "je t'aime" lâché imprudemment par le jeune diplomate Jérôme, au bord du lac, à une jeune femme mal prénommée Constance:

 

"Sa faute était de s'être aventuré à la légère sur un terrain mouvant."

 

Celui de l'amour avoué sans y penser, pour avoir le menu plaisir de lui tenir le bras...

 

Car, en disant ce "je t'aime", Jérôme ne ment pas. Il n'en sait tout simplement rien. Mais il est prêt, quoi qu'il arrive, à honorer sa signature.

 

C'est également à la légère, dans une autre nouvelle, que Tristan demande à Geneviève incrédule si elle porte une culotte blanche...

 

Il faut dire que peu de temps auparavant, Jérôme a reçu la jeune bibliothécaire dans son bureau du Quai d'Orsay, porteuse des annuaires diplomatiques des années 1890 et 1905. Quand elle choisit de s'installer dans le fauteuil en face de lui, levant les yeux il la détaille à loisir, alors qu'elle regarde dehors tomber les premiers flocons de neige:

 

"Son visage était nu, sans apprêt, avec des lèvres d'un admirable dessin, des yeux gris qui remontaient légèrement vers les tempes. Assise, elle croisait les jambes et le rebord du fauteuil tirait en arrière le bas de sa robe de laine, découvrant le genou très lisse, le bas noir qui coupait la chair de la cuisse et, très loin, l'amorce d'un linge blanc."...

 

C'est cette image de Geneviève qui jouera les trouble-fête quand il sera dans les bras d'une autre...

 

Le narrateur d'une autre nouvelle danse avec Agnès. Chaperonnée par sa grand-mère, elle prend nue des bains très matinaux après avoir, sur la plage, laissé tomber peignoir et enlevé maillot, reconnaissable à ses longues jambes brunes et à ses belles épaules. Il se laisse aller:

 

"J'approchai ma joue brûlante de celle d'Agnès. Elle ne recula pas. Un moment, nous restâmes ainsi l'un contre l'autre. Je n'osais plus parler. Ce fut elle qui, tout d'un coup, renversa la tête en arrière, sourit et lâcha: - Et Irène?"

 

Le prénom de sa femme...

 

Dans chacune de ces nouvelles, il y a donc de belles femmes, jeunes. Dans la dernière, Une nuit à Formentera, le narrateur, écrivain de son métier, voit dans la jeune femme espagnole qui l'héberge la belle Akrivie, d'une nouvelle de Gobineau, et il écrit:

 

"Dans cette nuit humide et fraîche, sous ce ciel sans lune à peine semé d'étoiles, il aurait pu me venir des pensées sur les mystérieuses rencontres de la littérature et de la réalité, sur la façon dont la première rejoint la seconde contre toute vraisemblance, mais ce n'était pas encore l'année. Je devais découvrir plus tard, une fois mon attention éveillée par plusieurs signes de ce genre, combien les choses que nous écrivons avec le secret espoir de les voir un jour prendre corps, influent sur notre destin."

 

De telles lignes ne peuvent que trouver une résonance chez le lecteur impénitent, qui engrange, à la faveur de ses lectures et de ses notes de lectures, "plus de souvenirs que [s'il avait] mille ans". A la suite de Charles Baudelaire...

 

Francis Richard

 

A la légère, Michel Déon, 128 pages, Finitude

 

Michel Déon parle de ce recueil de nouvelles dont il ne se souvenait plus:

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 20:00

Léon et Louise CAPUSEn France, les parents de ceux, ou de celles, qui sont nés dans les années 1950 ou 1960, ont vécu la Seconde Guerre mondiale, et leurs grands-parents la Première Guerre mondiale, celle qui restera dans les mémoires comme la Grande Guerre.

 

Ces deux guerres appartiennent à l'Histoire, mais également à l'histoire personnelle de ces enfants du baby-boom, dans la mesure, bien sûr, où leurs parents et leurs grands-parents ont bien voulu leur en parler. Car ce fut pour eux de terribles traumatismes.

 

Le héros de ce roman s'appelle Léon Le Gall - Léon est bien un prénom de l'époque. Le narrateur est son petit-fils, Nicolas Le Gall, né en 1960.

 

Léon a dix-sept ans au printemps 1918 et vit à Cherbourg. Comme l'école l'ennuie ferme, il refuse fermement de continuer à la fréquenter et demande donc à ses parents fort réticents de pouvoir commencer à travailler pour gagner sa vie.

 

Léon trouve un emploi de télégraphiste dans une gare d'une petite ville normande, Saint-Luc-sur-Oise. Chemin faisant pour s'y rendre à vélo, il est dépassé à deux reprises par une jeune fille d'à peu près son âge, dont la vieille bicyclette d'homme, plutôt rouillée, grince à intervalles réguliers:

 

"Une grande bouche, un menton délicat. Un gentil sourire. Des dents petites et blanches et un drôle d'espace entre les incisives supérieures. Les yeux - verts? Un chemisier à pois rouges qui l'aurait vieillie de dix ans si la jupe bleue d'écolière ne l'avait pas rajeunie d'autant. De jolies jambes, si tant est qu'il ait pu en juger en si peu de temps. Et elle roulait sacrément vite."

 

Bientôt Léon apprend que la jeune femme s'appelle Louise, qu'elle travaille à la mairie de Saint-Luc et qu'elle a pris sur elle d'annoncer aux familles le décès des hommes de la commune morts à la guerre, en lieu et place du maire bien mal à l'aise dans l'accomplissement de cette tâche funèbre.

 

Bientôt Léon noue connaissance avec Louise. Ils se parlent amicalement au vu et au su de tous, pour qu'il n'y ait pas la moindre ambiguité sur leur relation. Aussi, quand Léon propose à Louise d'aller ensemble au Tréport passer ses deux premiers jours de congés consécutifs, cette dernière s'exclame-t-elle:

 

"Tu me prends pour une idiote? Dès qu'un homme est seul avec une fille dans les dunes, il veut la toucher."

 

Mais Léon la rassure:

 

"Sérieusement, je ne ferai rien. Tant que toi tu ne feras rien."

 

Ils ne feront rien, sinon se donner un baiser.

 

Louise saura seulement par un voeu de Léon, sous forme de billet glissé sous l'aisselle de la Vierge peinte, qui se trouve à droite de l'entrée de l'église Saint-Jacques du Tréport, que Léon lui voue un amour éternel.

 

Sur le chemin du retour, Léon et Louise seront séparés par les bombardements de l'artillerie de l'armée allemande qui fait à ce moment-là une offensive en Normandie. Léon a dit à Louise, qui roule plus vite que lui, de s'échapper...

 

Pendant dix ans, tous deux blessés sur cette route du Tréport à Saint-Luc n'auront pas de nouvelles l'un de l'autre. D'après les dires du maire de Saint-Luc, Léon croira Louise morte et Louise croira Léon indifférent à ce qui a bien pu lui arriver.

 

Alors que tous deux travaillent à Paris, Léon comme fonctionnaire au laboratoire scientifique de la police parisienne et Louise comme petite dactylo à la Banque de France, le destin, un peu aidé par leurs souvenirs du Tréport, va les faire se retrouver. Seulement Léon est marié et sa femme attend un deuxième enfant...

 

Léon fera une unique escapade extraconjugale avec Louise dans une auberge proche de la forêt de Fontainebleau. Ils se jureront de ne pas chercher à se revoir ni à se tourner autour. Léon tiendra sa promesse. Louise pas vraiment, mais, pour autant, elle ne fera rien pour renouer avec lui.

 

La femme de Léon, Yvonne, saura faire ce qu'il faut pour garder son homme et lui donnera trois autres enfants... dont le père du narrateur, né pendant la deuxième année de la guerre.

 

Car la Seconde Guerre mondiale éclate quelque onze ans plus tard. Louise doit partir avec l'or de la Banque de France pour l'Afrique. Elle écrit une longue lettre à Léon, dans laquelle elle lui dit tout son amour et le pourquoi de son départ.

 

Au reçu de cette lettre Léon ressentit "comme une ironie du sort que chacune des guerres qu'il vivait dérobait à sa vue la même fille en la faisant disparaître sans qu'elle laisse de traces."...

 

Léon fait partie des fonctionnaires de police qui doivent, pour les Allemands, recopier des fiches relatives aux étrangers vivant en France et qui ont été endommagées lors d'une malheureuse tentative faite pour les mettre à l'abri...

 

L'histoire de Léon et de Louise reprendra après guerre sans mettre en péril le couple formé par Léon et Yvonne. Et le jour des obsèques de Léon, en 1986, Louise, au grand dam de la famille Le Gall, viendra déposer un dernier baiser sur le front de son amant, gisant dans son cercueil placé dans le choeur de Notre Dame de Paris...

 

Le narrateur pieusement reconstitue les amours contrariées de son grand-père Léon avec Louise, qui ne sont pas sans grandeur. Par la même occasion, il restitue toute une époque qui nous semble bien éloignée et bien émouvante, un monde ancien, qui a bien disparu.

 

Les hommes et les femmes de la génération du narrateur, situés à la charnière entre deux mondes, retrouveront des souvenirs évoqués devant eux par leurs parents et grands-parents.

 

Les hommes et les femmes des générations suivantes apprendront comment pouvaient se comporter ceux qui les ont précédés et seront peut-être surpris de découvrir que leurs bisaïeuls tenaient tant à ce que les apparences soient sauves... Ce qui permettait souvent de concilier l'inconciliable et d'éviter bien des blessures.

 

"Il n'y a pas de société possible, si elle n'est fondée sur l'hypocrisie." disait sagement Maurice Donnay...

 

Francis Richard

 

Léon et Louise, Alex Capus, 318 pages, Actes Sud

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 22:00

Hosanna CHESSEXJulien Gracq, dans son livre En lisant en écrivant, fait le constat qu'il existe deux catégories d'écrivains: ceux qui gardent le même style toute leur vie et ceux qui l'améliorent au fil du temps. Sans conteste Jacques Chessex appartient à la deuxième catégorie.

 

Le roman posthume de Jacques Chessex que vient de publier Grasset en administre une nouvelle fois la preuve.

 

Ecrit vraisemblablement un an tout au plus avant sa mort, ce livre est un véritable bijou d'écriture. Il n'est pas usurpé, ni banal, de dire que l'auteur est parvenu là au sommet de son art.

 

A supposer que les thèmes récurrents de Maître Jacques, comme l'appelle Jean-Louis Kuffer, ne présentent pas d'intérêt - ce qui n'est pas le cas -, la musique seule de ce roman vaudrait le détour, propre à enchanter le lecteur.

 

Le narrateur parle à la première personne. Il ressemble comme un frère à l'auteur qui lui prête sa plume.

 

Il a été élevé dans le calvinisme. Il y a vingt ans, il enseignait encore au Gymnase de la Cité à Lausanne, près du pont Bessières. Il a écrit des livres sur la mort, qui le hante. Il a une dévotion particulière pour le sexe au goût de miel de sa compagne Blandine, une ancienne de ses élèves. Son père s'est suicidé cinquante ans plus tôt, "balle dans la tempe par pluie fade".

 

Son voisin est mort, à 91 ans. Il se rend à la cérémonie d'enterrement biculturelle, française et suisse-alémanique, qui se déroule dans la chapelle du bourg. C'est le mois d'août. Il fait chaud. Les visages sont "marqués de pleurs et rouges". Rien que de lire le programme de musique sacrée de l'office, il est ému:

 

"Je reconnais l'austérité du remords, c'est celle de ma race, de ma fibre, des nerfs domptés de ma famille de fronts fermés et de coeurs en lutte."

 

En écoutant la louange du défunt par le pasteur français, il mesure "la terrible et lumineuse différence" qui le sépare de ce voisin, de cet homme bon, mort de sa belle mort, qui est en haut:

 

"Je suis en bas, toujours en vie, à ruminer mes chemins de traverse."

 

Tout est en effet prétexte à souvenirs dans les paroles des deux prédicateurs, le Français comme le Suisse-Allemand.

 

Il se souvient du petit-fils de son voisin, Nicolas, mort à 25 ans, cinq ans auparavant, et de ce que la femme du voisin, protestante pur jus, avait dit alors, conseil "effrayant de longue soumission":

 

"Il faut tout accepter."

 

Il se souvient du fou des tombes qui criait dans le cimetière sous ses fenêtres et s'en était pris le lendemain à son voisin, qui ne lui en avait pas voulu et, au contraire, avait prié pour lui.

 

Il se souvient à tout bout de champ du Visage, celui du jeune homme de 21 ans, Bernard Benast, qu'il avait reçu à la demande d'une collègue. Il n'avait pas su trouver les mots pour le dissuader d'aimer la mort pour la mort.

 

En dehors de ce qu'il considère comme une faute, il ressent peu la culpabilité dont sont victimes la plupart de ses coreligionnaires, mais il se souvient:

 

"Comme tous les protestants j'avais le crâne farci de cantiques, de lectures bibliques, de citations revenues de l'enfance dans les sombres salles d'école du dimanche ou de sévère catéchisme."

 

Le fait est qu'il parsème son récit de citations tirées du Deutéronome, de Jean, de Job, de la Genèse, d'un cantique protestant anonyme du XIXe, des Psaumes, des Proverbes...

 

Le temps s'écoule après la mort de son voisin. Il sait que viendra son tour, avant celui de son amante. Alors, en attendant, il se tient disponible à ce qu'attend de lui Blandine:

 

"L'esprit de Blandine, le coeur et le corps de Blandine m'attiraient et m'imposaient une incessante occupation de toute sa personne."

 

Le personnage de ce roman ressemble bien, comme un frère, à Jacques Chessex.

 

Il se rend bien compte qu'il est en bas, compagnon de ceux "qui agitent leurs histoires comme des guenilles", et que la gloire est à Dieu seul, SOLI DEO GLORIA, ces mots gravés au tympan de la chaire de la chapelle du bourg. Hosanna !

 

Misérable pécheur, il a assez de désir de Dieu pour espérer qu'Il s'intéresse à lui. Il lit. Il écrit et la manière dont il écrit s'avère être, sublimation de ses imperfections, un humble et pur hommage à son Créateur.

 

Francis Richard

 

Hosanna, Jacques Chessex, 128 pages, Grasset

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 22:30

L-ennemi-public-ARDENNE-DANYSZ-POLLA.jpgDepuis le 12 janvier de cette année, une exposition d'art contemporain se tenait à Paris sur le thème de l'ennemi public, à la galerie Magda Danysz (78 rue Amelot dans le onzième arrondissement). 

 

Cette exposition, qui durait jusqu'au 16 février 2013, "[tendait] à comprendre qui est aujourd'hui 'l'ennemi public' à travers les questions de destruction, d'enfermement ou d'acte vandale".

 

Parallèlement à cette exposition, un livre a paru en février 2013 sur ce même thème de l'ennemi public. Paul Ardenne, Magda Danysz et Barbara Polla en sont les coordonnateurs.

 

Il y a plus d'une vingtaine de contributions dans le livre. Trois parmi les toutes premières sont faites par les coordonnateurs. Elles en éclairent le pourquoi.

 

Paul Ardenne dit avoir "biberonné tant et plus à la pensée de ce maître philosophique majeur que fut Michel Foucault". Cela explique en effet ce qu'il dit un peu plus loin:

 

"On se pose beaucoup la question, dans les années 1970, de la légitimité du pouvoir à être le pouvoir, et de la légitimité même de ses moyens de coercition sociale, la prison au premier chef."

 

Pourquoi?

 

"En ces lieux de la nuit civique [les prisons], le châtiment de l'enfermement se double pour le prisonnier du fait de devoir endurer son anéantissement social: ici, il n'est plus un être visible, et il n'est plus un être en soi. Un humain nié."

 

Paul Ardenne précise plus loin:

 

"Ajouter du temps, pour le détenu, égale le retrancher."

 

Selon Ardenne, les artistes et les intellectuels ayant tâté de la prison et en étant revenu se taisent, à quelques exceptions près, Jean Genet, Varlam Chalamov, Alexandre Soljenitsyne:

 

"Il semble que le verbe ne puisse plus valoir la chair et ses nécessités d'urgence."

 

Il y a pourtant des prisonniers et des artistes qui échangent, des prisonniers qui créent:

 

"Le seul art authentique à même de parler de façon objective de la prison, en l'espèce, c'est celui que peuvent accomplir les prisonniers, s'il s'en trouve qu'intéresse et sollicite la création artistique."

 

Pourquoi un artiste et un prisonnier peuvent-ils se rapprocher?

 

"L'art, à sa façon propre, est une prison. L'artiste crée sous la contrainte, lui aussi égrène les jours de peine."

 

Barbara Polla raconte une expérience d'adolescente. Elle a tout juste 17 ans quand, vivant en Grèce avec ses parents, elle est atterrée par la mise en prison du pope Giorgios Dimitriadis, l'Abbé Pierre local, par les colonels qui viennent de prendre le pouvoir:

 

"La prison fut ma première émotion politique et ma première révolte contre l'absurdité de ce que les hommes font aux hommes."

 

Car, par un subterfuge, elle rend visite au pope en prison et constate ce qu'il est devenu: "cassé, humilié, vieilli, défait, ébouriffé, sales, en larmes".

 

Plus tard, membre à Genève du parti libéral, qualificatif dans lequel il y a mot libre, elle visite des prisons:

 

"Je me suis demandé, si leur architecture n'était pas une infraction à la loi, dans la mesure où celle-ci dit que la prison doit non seulement "surveiller et punir" bien sûr, mais aussi, réhabiliter"

 

Certes, mais la prison ne doit-elle pas aussi protéger les hommes contre les criminels et être dissuasive?

 

Toujours est-il que Barbara Polla a raison : la réhabilitation est devenue d’autant plus nécessaire aujourd’hui que les prisonniers sont voués à sortir un jour de leur prison, puisqu’il n’existe plus en France d’emprisonnement à vie ni de peine capitale.

 

Les autres contributions de L’ennemi public montrent bien que des liens peuvent se nouer entre l’art et la prison et qu’avec les nouvelles technologies de la communication les images de soi et du monde franchissent de plus en plus les murs des prisons, devenus poreux, en quelque sorte.

 

Magda Danysz est catholique. En faisant, et en accueillant, dans sa galerie, cette exposition et en coordonnant ce livre sur L’ennemi public, elle a voulu principalement trouver des réponses à deux questions.

 

Alors que seul Dieu est juge :

 

"Comment l’Ennemi public peut-il être désigné par l’homme, qui a ce pouvoir de dire toi tu es ami, toi tu es ennemi et toi tu vaux tant ?"

 

Alors que seul Dieu est rédempteur :

 

"Comment peut-on être l’ennemi un jour et le lendemain revenir en grâce par l’intermédiaire des hommes encore?"

 

Pourquoi donc me suis-je intéressé à ce livre ? Parce que des relations humaines et des lectures m’ont ouvert, au cours de ma vie, des fenêtres sur l’univers carcéral, et que, ma curiosité naturelle aidant, je suis enclin à les ouvrir toujours davantage.

 

Des relations humaines ?

 

Mon grand-père maternel, lors de la Première Guerre mondiale, en Flandre belge, a été condamné à mort par les Allemands pour ses activités d’espion au service de Sa Gracieuse Majesté britannique, peine commuée, après un mariage blanc, en réclusion à vie dans une forteresse allemande, d’où il a été libéré par les Américains. Déjà.

 

Un des quatre témoins à mon mariage a été déporté en Allemagne et en est revenu stérile.

 

A la faveur d’entretiens pour des journaux suisses j’ai eu l’occasion, en décembre 1971, de rencontrer un écrivain maudit, épuré à la Libération, qui avait passé sept ans à Clairvaux et, en février 1974, au lendemain de l'arrivée de son ami banni en Allemagne, un compagnon de  Goulag de Soljenitsyne, exilé en France.

 

Un philosophe libanais de mes connaissances a passé plus d'un année dans les geôles de son pays.

 

Quand j’étais chef d’entreprise, dans une vie antérieure, j’ai vu les dévastations qu’avait produites en deux mois sur un de mes clients chef d’entreprise, aux convictions socialistes, l'emprisonnement que lui avait valu la dénonciation injuste faite au fisc par un rival politique.

 

Enfin j’ai été en contact récemment avec un prêtre condamné à tort pour des actes de pédophilie et qui n’a dû qu’à sa foi de s’en être sorti après des années d’enfermement.

 

Des lectures?

 

(Les artistes et les intellectuels ne se taisent décidément pas tous, Paul Ardenne)

 

Des poésies et notamment:

 

-  Les deux testaments de François Villon

-  Les dernières poésies d’André Chénier et plus précisément La jeune captive :

 

L’illusion féconde habite dans mon sein.

D’une prison les murs pèsent en vain,

J'ai les ailes de l’espérance.

 

-  Cellulairement suivi de Mes prisons de Paul Verlaine

-  Les poèmes de Fresnes de Robert Brasillach

 

Des récits et notamment:

 

-  Un condamné à mort s’est échappé d’André Devigny (porté à l’écran par Robert Bresson et lu,  enfant, dans la Bibliothèque verte) 

-  Le journal de prison 1959 d’Albertine Sarrazin

-  La cerise d’Alphonse Boudard

-  L’archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne

 

Quant à l’art je me plais souvent à rappeler les quatre vers qui terminent Les phares (de la peinture) de Charles Baudelaire :

 

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité !

 

Pour en revenir aux contributions de L’ennemi public, qu’il faut lire toutes, parmi elles j’ai retenu quelques citations qui me parlent particulièrement:

 

"Le théâtre entrouvre un interstice de liberté, de réconciliation provisoire avec l’idée d’être un homme, il permet de suspendre le temps et le sentiment d’humiliation." (Judith Depaule)

 

"La prison est là pour faire souffrir. Et cette souffrance n’est source de création que pour des êtres exceptionnels." (Jean-Pierre Carbuccia)

 

"La création artistique est un moyen privilégié de s’affranchir au moins intérieurement." (François Cassingena-Trévedy)

 

Le terrible récit du film Chant d’amour de Jean Genet, fait par Benjamin Bonnet, m’incite à combler mes lacunes relatives à cet auteur dont le nom seul m’est vraiment connu.

 

En tous les cas, ce livre sur l’ennemi public ne m’empêche pas de penser à toutes les victimes des criminels qui se cachent derrière ce nom générique et qui leur ont, à ces victimes, dans la plupart des cas, nié toute humanité et leur ont fait ce que des hommes ne devraient certainement jamais faire à d’autres hommes…

 

Cela n’excuse en rien, bien sûr, les mauvais traitements que ces criminels peuvent subir dans leurs prisons, mais cela peut au moins les expliquer…

 

Quoi qu’il en soit, l'exposition devrait maintenant voyager. J'ai donc hâte de la visiter un jour prochain depuis que j'ai lu le livre...

 

En attendant, au fait, aujourd’hui, n’est-ce pas le dimanche de la Miséricorde divine, institué par le pape Jean-Paul II?

 

Francis Richard

 

L'ennemi public, coordonné par Paul Ardenne, Magda Danysz et Barbara Polla, 144 pages, La Muette

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 20:15

Symphonie fiduciaire GRACIASNotre époque, peut-être davantage que celles qui ont précédé, donnent des armes aux imaginations fertiles.

 

En effet, les sciences, en dépit de leurs limites bien connues, traduites en nouvelles technologies, nous ont en effet habitués à l'impossible et ouvert la porte à un surréalisme ordinaire auquel n'auraient même pas pensé les grands esprits de ce mouvement.

 

Il n'est donc pas étonnant que des nouvelles fantastiques surgissent du cerveau d'écrivains qui s'intéressent à ces nouvelles technologies et à notre monde qui ne semble pas à court d'innovations.

 

Le titre du recueil de nouvelles de Nicolas Gracias comporte celui d'une de ces nouvelles, Symphonie fiduciaire. Commençons par évoquer celle-ci, bien qu'elle ne soit ni la première ni la dernière du recueil.

 

Dans cette nouvelle, après s'être fait expliquer les mécanismes de la finance, un compositeur de musique trouve le moyen de transposer en notes les variations des cotations des valeurs boursières. A partir de là il compose une symphonie fiduciaire de commande pour le mariage d'une belle cantatrice avec un magnat de la finance. Encore faut-il qu'un événement déclenche la volatilité des titres pour que cette symphonie unique puisse seulement exister ...

 

Les autres nouvelles partent d'idées similaires, même si elles ne procèdent pas directement toutes des nouvelles technologies. Elles partent alors de notre humaine condition, confrontée à la surabondance de biens matériels induite par ces technologies et aux grands moments de solitude auxquels conduisent un monde où le virtuel prend une place de plus en plus grande.

 

Un informaticien de génie invente un jeu virtuel véritablement révolutionnaire dans lequel chaque joueur peut s'identifier et s'impliquer de manière sans précédent, en apportant une solution différente de celle des autres joueurs. La version 3 devrait faire franchir une nouvelle étape en rendant le jeu imprévisible. Mais son inventeur meurt dans un accident d'avion, ce qui ne l'empêche de parachever le jeu ...

 

Un gardien de phare est confronté à la suspension du temps souhaitée par Lamartine. Le temps des gardiens de phare est révolu. Les nouvelles technologies permettent de se passer d'eux. Le héros de la nouvelle n'en croit pas ses yeux. Un paquebot, qui devrait bouger, ne bouge plus. Les jours de janvier continuent à s'égrener après le 31: 32, 33, 34, etc. jusqu'à 41, mais c'est pour mieux souligner que le temps est devenu immobile...

 

Aujourd'hui les greffes humaines sont devenues monnaie courante. Ce qui l'est moins est que des êtres humains se décomposent, perdent un à un leurs membres et les reçoivent par la poste. C'est pourtant ce qui arrive à Achiléum Maltère, qui commence par perdre la main et s'adresse à un rebouteux pour la recoller. Les ennuis commencent dès lors et ne sont pas près de se terminer...

 

La nouvelle qui narre les effets des traumatismes littéraires sur des lecteurs ne pouvait que ravir le lecteur impénitent que je suis. Ainsi ai-je particulièrement apprécié la trouvaille du spécialiste du syndrome de Stendhal, de la proustophobie et autres maladies de bibliothèque. Que celui qui n'a jamais été traumatisé par la lecture obligatoire d'un texte à l'école lève le doigt? Peut-être ne sera-t-il pas fâché d'apprendre qu'un néo-stendhalien dame le pion à un balzacien incurable...

 

Habiter une grande maison de trois étages, aux vingt-quatre fenêtres, permet de regarder le monde tout autour. A partir de l'une ou l'autre de ces fenêtres, il est possible de contempler les gratte-ciel du centre ville, l'hypermarché, la gare, l'aéroport, la voisine d'en face qui se promène toute nue... Il n'est pas nécessaire de sortir de chez soi pour savoir ce qui se passe à l'extérieur...

 

D'après les notaires la plupart des successions se passent mal. Les héritiers ne pensent plus du tout à ceux qui leur ont laissé des biens de ce monde. Ils se disputent les restes et c'est souvent bien triste. Et si, en réalité, les parents décédés ne l''étaient pas et que le notaire se prêtait au simulacre de leur disparition?

 

Il existe de nos jours toutes sortes de syndicats, où des gens unissent leurs solitudes. L'auteur en a déniché un qui n'est pas banal, le syndicat des indécis. Un journaliste s'intéresse à cette association de gens pour qui l'indécision est le credo. Malgré qu'il en aie, il est bientôt saisi à son tour par le doute, avec plein de conséquences, que le lecteur ne peut même pas imaginer...

 

Entre voisins d'un grand immeuble, il est fréquent de ne pas se connaître vraiment. Les échanges se limitent à bonjour, bonsoir. Quand un voisin ordinaire commence à faire tout à trac des confidences à un voisin tout aussi ordinaire, ce dernier a de quoi s'étonner. En fait il ne finira de s'étonner que lorsqu'il aura enfin compris qu'il s'agissait de la part de son voisin de la politesse du désespoir.

 

Si vous avez une bonne idée, que, par mégarde, vous la diffusez sur le Net et qu'elle fait un buzz, elle ne vous appartient plus. C'est la mésaventure qui arrive à trois lurons. A six mains ils ont écrit le Manisfeste de Karl Flux, dont ils ont dressé un pastiche de portrait. Ils en sont dépossédé et cette dépossession n'est pas sans effet sur leur personnalité...

 

Nicolas Gracias, de son propre aveu, dit de ces nouvelles que "toutes traitent du thème de la désincarnation et gravitent autour du fantastique, de l'absurde et du burlesque". Certes, mais, auraient-elles pu être écrites à une autre époque que la nôtre, à l'exception peut-être de celles des héritiers, des indécis et des voisins? Encore que, jamais, semble-t-il, les êtres humains ne se sont sentis aussi désemparés que dans cette société d'abondance, que la crise ne fait même pas disparaître.

 

Nicolas Gracias sait habilement, et agréablement, nous embarquer dans ses histoires à dormir debout. On y croirait presque. Quoi qu'il en soit, elles donnent matière à réflexion. Ainsi, si la désincarnation est autant symbolique de notre monde, n'est-ce pas parce que la spiritualité n'y occupe pas la place qu'elle devrait y occuper? Les technologies et l'abondance n'en sont pas responsables, quoi qu'on dise. Ce sont les hommes qui le sont, avec l'usage délétère qu'ils en font et auquel rien ne les oblige.

 

Francis Richard

 

Symphonie fiduciaire et autres nouvelles, Nicolas Gracias, 184 pages, Xenia

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:55

001Comme le dernier roman de Stéphane Denis se passe en Suisse, j'ai eu la curiosité de le lire. Globalement, bien m'en a pris. Globalement? Parce qu'un petit détail ne laisse pas de me déranger: son héros fait des courses au Migros (sic) de Lausanne.

 

Stéphane Denis est journaliste et écrivain. Ce qui lui a permis de décrocher le Prix Interallié, il y a 12 ans déjà, pour Sisters. Les dormeurs semblent avoir été écrits par un écrivain pressé, comme nombre d'écrivains doublés de journalistes...

 

Philip Julius est exilé en Suisse depuis 3 ans. Il a fui Paris et une affaire mettant en cause des hommes politiques où il était cité, par quelqu'un dont il avait lavé l'argent...

 

A son arrivée à l'hôtel Beau Rivage de Lausanne, il a été pris en mains par sa directrice, Mme Müller, qui a fait en sorte qu'il puisse être soigné à la Clinique internationale.

 

Mais Mme Müller a fait plus que cela. Elle lui a trouvé des artisans à même de remettre en état la maison de son père, sise à Rolle, face à Thonon, et, surtout, elle lui a présenté René Simon, 80 ans alors, avocat de Genève.

 

Au moment où commence le roman, Mme Müller confie à Philip Julius une mission fort rémunératrice, celle d'occuper la villa d'Anton Beucle (il a une fortune de 200 millions...), sise à Fléchy, et de donner l'illusion de la vie à sa modeste demeure, vidée de tous objets personnels:

 

"A vue de nez cinq cents mètres carrés au milieu des vignobles, dix mille de terrain, piscine et pool house, les Alpes en panorama."

 

Philip Julius s'occupe d'aider des clients à s'installer en Suisse. Il est en cheville avec les différentes autorités cantonales. Il travaille avec des petites banques et avec des cabinets d'avocats. Il est gérant de fortune et transporte de l'argent...Il est d'une discrétion de violette. Le parfait homme de paille, en toute légalité:

 

"Mon rôle consiste à signer et à me taire."

 

Il est l'un des trois administrateurs, avec René Simon et Mme Müller, du trust d'Anton Beucle...

 

Bientôt il aura un passeport helvétique. En effet il a pu produire, fort opportunément, un extrait d'acte de sa naissance à la Clinique internationale de Saint-Moritz (célèbre petite ville des Grisons où, d'ailleurs, l'auteur est né ...).

 

Qui sont ces dormeurs qui donnent le titre au livre? De vieux comptes oubliés, qui remontent à la surface avec les scandales et que l'on appelle ici "les dormeurs du lac"...

 

Parmi les clients du trio Simon-Müller-Julius, il y a une certaine Charlotte Brune, fille de l'industriel Mose Brune (toute ressemblance avec Liliane Schueller, fille d'Eugène Schueller, plus connue sous son nom de femme mariée, Liliane Bettencourt, serait purement fortuite...) et amie d'enfance de la mère de Julius.

 

Un virement de 5 millions à destination de Charlotte Brune va susciter l'intérêt de la justice française, laquelle va demander l'entraide judiciaire à la Suisse. Et le procureur genevois Chasse, ami de René Simon, demande à Julius de rencontrer son émissaire, le juge Curelli...

 

La rencontre est houleuse. L'échange qui suit en donnera un aperçu au lecteur. Le juge Curelli, après avoir traité les gens comme Julius d'intermédiaires, d'hommes de paille, enfonce le clou:

 

"De la pourriture! Les paradis fiscaux gangrènent la démocratie!

- Je ne fais pas de politique.

- Ce n'est pas de la politique! C'est de la morale!

- Il n'est écrit nulle part que les Etats doivent ruiner leurs concitoyens."

 

Quoi qu'il en soit René Simon, peu après, envoie à Chypre Philip Julius, qui sait que:

 

"Les Russes ont plus d'argent à Chypre que les Grecs à Londres."

 

Mais ce n'est pas pour un Russe qu'il doit s'y rendre, c'est pour un "dormeur du lac", ouvert là-bas à la fin de la Seconde Guerre mondiale par feu le mari de Charlotte Brune... Muni d'un numéro de compte et d'un code, Julius doit y aller pour faire signer un exit warrant par le notaire de la succession, qui demeure dans la partie nord de l'île...

 

Un hic se produit cependant au moment du virement de la somme sur un compte en Suisse et le dénouement de l'histoire permet au lecteur de comprendre à quoi rime tout ce qui a précédé et qui n'est pas sans rapport avec la chasse à leurs ressortissants fraudeurs organisée par les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Italie...

 

Hormis le détail évoqué en début d'article (il n'y a pas le Migros, mais la Migros), il est indéniable que Stéphane Denis connaît bien la Suisse et le fonctionnement des trusts, outils d'opacité qui ont la prédilection des anglo-saxons et qui, ici, ne sont pas aussi répandus que cela.

 

Comme Stéphane Denis ne manque pas d'humour et que son style est enlevé, son roman, qui ne demande pas des heures de lecture, mais qui est dense, offre au lecteur d'agréables moments en compagnie du monde discret des grandes fortunes réfugiées en Helvétie et qui figurent (ou non) "sur la liste des 300 que publie tous les ans le magazine Bilan". En Hevétie, où finalement est pris qui croyait prendre...

 

Francis Richard

 

Les dormeurs, Stéphane Denis, 144 pages, Grasset

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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