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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:20

Tous morts JAQUIER"Il faut que jeunesse se passe", dit le proverbe.

 

Oui. Seulement, parfois, jeunesse se passe au-delà de toute indulgence. Les parents peuvent être à plaindre, certes, mais ce sont surtout les intéressés qui le sont et qui ne s'épargnent pas.

 

Le titre du premier roman, Ils sont tous morts, d'Antoine Jaquier ne présage rien de bon. Avec un tel titre, il est clair que l'auteur ne cherche pas à surprendre le lecteur.

 

L'intérêt du roman ne se trouve donc pas dans l'issue de l'intrigue, mais dans son déroulement, qui est une descente aux enfers,  assortie de quelques rémissions.

 

En exergue à son livre, qui se passe dans la campagne vaudoise et en Thaïlande, à la fin des années 1980, l'auteur avertit:

 

"Tels que présentés dans ce récit, les personnages n'ont existé que dans mon esprit.

Dans la réalité, ils furent bien pires.

De toute manière personne ne se plaindra, ils sont tous morts."

 

Tous? Jack, le narrateur, Manu, que sa mère voit autiste, Stéphane, qui baise de temps en temps avec Chloé ("Un de ses grands fantasmes est de ne pas savoir, c'est le sort qui décide, elle accepte le premier et remballe les suivants"), Tony, qui les dépasse en âge (il a trente ans et, eux, autour de vingt, et vit à la colle avec Cynthia) et Bob, dont le père, Robert, vit avec une Thaïlandaise, Madee, âgée de trente ans (qui partira avec Bob en Thaïlande au décès de son paternel).


Quand ils se retrouvent chez l'un ou chez l'autre, ou au bistrot, ils boivent ou fument des joints, la télé allumée, en fond sonore.

 

Chloé, qui a 23 ans et qui a accueilli Jack pour une nuit, désire les persuader, lui et ses amis, de tout quitter ici pour voyager avec elle:

 

"Depuis bien années, Chloé rêve de voyages, elle voudrait s'évader, découvrir des pays avant de se friper."

 

Seulement pour voyager il faut de l'argent, beaucoup. Chloé en a pour son propre voyage, mais pas pour les autres. C'est alors que Tony leur propose à tous un plan:

 

"Son idée, si j'ose l'appeler comme ça, consiste à braquer les deux banques de la région simultanément."

 

Le plan est mis à exécution et réussit, contre toute attente avec de tels amateurs, sauf que dans l'une des deux banques Stéphane fait chou blanc et, surtout, que Tony trouve la mort à la gendarmerie où il avait tenu en respect quatre gendarmes pour les empêcher de donner l'alerte.

 

Les braqueurs attendent quelque temps avant de s'envoler pour la Thaïlande où ils mettront l'argent du braquage dans les coffres d'une banque. Cet argent facile ne va pas leur réussir du tout. Ils vont tous se dégrader comme le laissait présager le titre du livre, tous mourir, à l'exception de Manu, toutefois, le seul qui sera rédimé.

 

Ce premier roman est donc très noir, même si les protagonistes deviennent dépendants de la blanche et qu'avant de partir pour le Sud-Est asiatique Jack s'est fait tatouer à Lausanne un dragon en couleurs sur son bras droit.

 

Bien que l'histoire se situe à la fin des années 1980, ce roman, par son procédé narratif, où burlesque et noirceur se côtoient, rappelle les romans noirs des années 1950 et 1960.

 

La question posée par Manu au début du livre - Qui de Dieu ou du diable est le plus puissant? - reste-t-elle finalement sans réponse?

 

Francis Richard

 

Ils sont tous morts, Antoine Jaquier, 280 pages, L'Age d'Homme

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 06:00

Loin de soi HÄRRIDans un recueil de nouvelles, un auteur a la possibilité de dresser le portrait de personnes toutes différentes les unes des autres et de s'en tenir éloigné à la faveur de ces différences. Car l'auteur, dans les conditions de ce genre littéraire, où les raccourcis et l'intensité sont de rigueur, peut aisément ne pas se livrer, ce qu'il fait immanquablement, ici ou là, quand il doit tenir la distance d'un roman, fût-il court.

 

Silvia Härri dépeint en situations, dans son recueil intitulé Loin de soi, des personnes de tous âges, à la première, à la deuxième et à la troisième personne, de sexe masculin comme de sexe féminin. Elle les regarde à distance tout en sachant les rendre proches. Elle se fait démiurge, un privilège d'écrivain dont elle ne se prive pas, et dont elle aime user.

 

Un petit garçon attend sa maman à la sortie de l'école. Le temps passe. Il n'ose pas bouger. Et pourtant cette attente est insupportable pour ce petit bonhomme.

 

Une femme passe un scanner dans un établissement hospitalier. Le médecin lui explique ce que signifie le résultat obtenu, dans son jargon, puis avec des mots qu'elle comprend trop bien.

 

Avant de se coucher, une femme âgée, pensionnaire d'un EMS, parle du petit monde de l'établissement à quelqu'un qui ne pipe mot et que le lecteur découvre à la fin.

 

Depuis son mayen un homme part épier les oiseaux. Il en a repéré un, rare, qui manquait à sa collection d'images. Au moment de toucher au but, il fait une chute.

 

Sans jamais lui en avoir touché un mot, Lucille est sensuellement amoureuse de sa prof d'histoire de l'art, une matière qu'elle maîtrise parfaitement, "telle la bête". Il existe entre elles deux une connivence tacite, qui se dément pourtant ce jour-là, pour elle ne sait quelle raison.

 

Les timides de l'expression orale se reconnaîtront dans sa pensée de gymnasienne:

 

"Ecrire, c'est tellement plus simple que parler. Même beaucoup plus simple que vivre."

 

Par une nuit nuageuse, elle et lui guettent le moment où les étoiles filantes leur permettront de faire un voeu. Elle ne l'aime plus, bien qu'il soit bien sous tous rapports, mais justement il est trop bien, et elle sait que cela présage routine et ennui. Or elle "préfère de loin le désordre à une prison"...

 

Passagère dans un train, elle écoute des bribes de conversations entre jeunes gens, entre une mère et sa fille, "copie plus jeune d'une vingtaine d'années", les annonces en gare, un passager qui se plaint et dégoise sur les jeunes, des échanges unilatéraux sur téléphone mobile etc.

 

Sur un réseau social, une femme, que les autres à l'école appelaient "la plaie", y crée un profil rêvé et décroche une rencontre inespérée avec un homme, impatient de faire sa connaissance:

 

"Est-ce que s'inventer la vie qu'on rêve, c'est mentir? Moi, je ne crois pas. Ce n'est pas vrai qu'il faut toujours dire la vérité."

 

Cette fois la personne est un objet, de soixante kilos, de plus d'un mètre de superficie, qui a su très tôt qu'on le ferait cardinal, au temps de la Renaissance. Les propriétaires successifs de cet objet sont en quête du nom du père de celui-ci.

 

Rom elle est. A quatorze ans, Eta est partie de là-bas. Cela fait dix ans qu'elle fait la pute ici, pour rembourser les dettes de la famille restée au pays. Là-bas elle ne peut donc pas rester. Ici non plus, parce ça la dégoûte.

 

Jean remettait toujours au lendemain le moment où il annoncerait à sa femme qu'il la quittait pour elle. Elle l'avait cru jusqu'au jour où il était parti en vacances "avec sa femme, naturellement". Il n'était jamais revenu. Il avait trouvé la mort dans un accident de la route. Alors elle l'enterre à sa façon.

 

Il est parti pour le Montana. Son maître à penser, Garland, lui avait dit que ça embellirait son CV et lui avait promis un poste de professeur associé à son retour. Alors il n'avait pas discuté:

 

"Si Garland suggère demande ou ordonne, j'exécute, un point c'est tout. Je ne me pose pas trop de questions inutiles. Serrer les dents, se taire, ne jamais refuser, je connais les règles du jeu."

 

Pendant son séjour au Montana, il fait une rencontre déterminante, avec un grizzli.

 

Elle est femme au foyer. Elle travaille dur: les commissions, le linge, la lessive, le repassage, la maison à tenir, les enfants, l'école, la vaisselle etc. Lui aussi travaille dur et se met devant la télé, aussitôt rentré. Ils ne se parlent plus. Ou plutôt, c'est elle qui parle, et lui ne répond plus.

 

Une psy reçoit dans son cabinet une jeune fille, Léonie, qui vient de passer sa maturité avec la mention bien et qui s'est inscrite à la Faculté de droit. Au début elle est muette comme une carpe. Peu à peu elle se livre et les rôles s'inversent. C'est la psy qui a finalement besoin de Léonie...

 

Toute une école a gagné un voyage. Sa femme, sa fille et son fils sont partis. Lui est resté. Il avait du travail en retard. Mais leur Tupolev a rencontré un autre avion à la suite de problèmes avec la tour de contrôle de Zurich. Alors il s'est retrouvé les menottes aux poignets:

 

"Je n'allais quand même pas le laisser vivre. Il avait détruit ma vie."

 

A quatre ans elle se rend chez tante Trudi, qui a lui a préparé un gâteau d'anniversaire, une forêt noire. Mais il n'est pas question de laisser tomber des miettes sur la moquette vert pomme, car il faut qu'ici tout soit tip-top. Elle revoit tante Trudi bien des années plus tard et tante Trudi lui a fait ...une forêt noire.

 

A l'atelier on lui a dit qu'elle devait rester focalisée sur sa vie intérieure. Pour ce faire, elle s'est installée contre le muret du cimetière. Mais elle a eu envie de parler de tout autre chose:

 

"Tout ce qui m'intéresserait, ce serait de parler de l'existence des arbres et de l'humus."

 

Luc est parti et l'a laissée. Il ne voulait pas du bébé. Elle, pendant tout le temps qu'elle l'attendait, elle se faisait une joie de leur rencontre programmée. Mais quand il est apparu, ce fut une autre histoire, qui se termine dans un tram...

 

Dans chacune de ces histoires courtes le style change et s'adapte au sujet. Ici c'est un gamin qui parle, là une personne âgée, là encore une ado. Chaque fois avec son vocabulaire, approprié. C'est bien sûr une remarque qui s'applique aux notes que prend la psy au cours de son analyse au détour inattendu.

 

Silvia Härri s'incarne vraiment dans chacune de ces personnes - et même dans un objet, une oeuvre d'art. Ces êtres ne se ressemblent pas, ils ne lui ressemblent pas. Il y a à la fois de la distance et de la proximité.

 

Cette distance et cette proximité sont celles de la créatrice avec ses créatures. Mais ces créatures, en dépit des vicissitudes qu'elles traversent, restent-elles elles-mêmes ou, au contraire, s'éloignent-elles de ce qu'elles sont vraiment d'ordinaire, parce qu'elles ont franchi un pas, sans retour possible?

 

"Demain n'est jamais un autre jour", dit pourtant l'une d'entre elles.

 

Francis Richard

 

Loin de soi, Silvia Härri, 176 pages, Bernard Campiche Editeur

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 18:30

Criminalite-MIAUTON-copie-1.jpgDans son dernier livre – dédié aux trois femmes victimes récentes de récidivistes, Lucie, Marie et Adeline –, Marie-Hélène Miauton montre, preuves à l’appui, que l’insécurité en Suisse est bien réelle et qu’elle n’est pas le fruit de fantasmes.

 

Pour sa démonstration, elle s’est en effet servie de sources sérieuses :

  • les Statistiques policières de la criminalité et les Statistiques pénitentiaires, publiées par l’Office fédéral de la statistique;
  • les Sondages nationaux de victimisation, publiés par l’Institut de criminologie de Lausanne et Zurich (qui tiennent compte de toutes les infractions commises et non pas seulement des infractions dénoncées, dont le nombre diminue en raison de l’inanité de dénoncer);
  • de sondages d’opinion sur l’évolution du sentiment d’insécurité de la population, notamment les Rapports sur l’insécurité publiés par l’Académie militaire de l’EPFZ.

 

Il ressort de ces sources :

  • qu’à une baisse des cambriolages de 1982 à 2011 a succédé une remontée considérable en 2012, en dépit du fait qu’ils sont pourtant de moins en moins dénoncés;
  • que les brigandages, les menaces, les homicides, aboutis ou tentés, les lésions corporelles, graves ou simples, plus volontiers dénoncés, ont augmenté de manière affolante sur la même période.

C’est cette accumulation d’actes, commis ou tentés, qui alimentent l’exaspération de la population et qui nourrissent son sentiment d’insécurité, qui n’est pas infondé du tout.


Pour faire face à cette situation déplaisante – dont il faudrait, idéalement, ne pas parler –, les effectifs de police cantonaux et communaux - sont peu importants en comparaison de ceux de l’Allemagne, de la France ou de l’Italie. De plus ces effectifs restent affectés à la circulation – ça rapporte davantage! – de préférence à la criminalité:

 

"La stabilisation des délits et des accidents n’amène nullement à un transfert des charges sur la criminalité qui, elle, ne cesse d’augmenter ."

 

Pour ne rien arranger, les médias s’accordent à donner une image détestable des policiers et édulcorée des criminels et délinquants – d’un côté les flics, de l’autre les jeunes…–, et les juges semblent "depuis quelques temps, donner plus souvent tort aux forces de l’ordre qu’aux malfaiteurs", encore que la plupart des plaintes n’aboutissent pas, parce qu’elles s’avèrent injustifiées…

 

L’organisation judiciaire helvétique est complexe. Le jargon juridique n’est pas à la portée du pékin moyen. Dans ce contexte, deux réformes, celle du Code pénal en 2007 et celle du Code de procédure civile et pénale fédéral en 2011, ont été inspirées par une doctrine délétère, selon laquelle la protection du prévenu doit l’emporter sur la protection de la société et sur la réparation aux victimes:

  • les courtes peines de prison ont été remplacées par des peines pécuniaires (adaptées "à la capacité financière du prévenu, ce qui équivaut parfois à une valeur insignifiante");
  • plus de garanties ont été accordées aux prévenus et un tribunal des mesures de contrainte a été instauré pouvant contester tous les actes du ministère public (d’où une charge chronophage et paperassière accrue).

 

A quelle philosophie répondent ces réformes?


"Dans la philosophie des acteurs de la justice, la victime ne vaut pas plus que l’accusé. Peut-être moins dès lors qu’il n’est pas tenu compte de sa situation, de ses angoisses, de ses antécédents ni de ses fragilités au moment de prendre des décisions. Au contraire de ce que l’on fait avec les accusés."

 

Résultat concret de cette philosophie:


"Une personne arrêtée en France a demandé son extradition en Suisse où les peines sont plus clémentes." (Jean-Marc Widmer, Président de la Fédération suisse des fonctionnaires de police)

 

Marie-Hélène Miauton ne manie pas la langue de bois à propos de la criminalité étrangère et de Schengen.

 

Qui sont les criminels en Suisse? Il ne faut pas le dire, mais une grande proportion d’entre eux sont des étrangers. Il ne sert pourtant à rien de faire l’autruche et c’est d’ailleurs injustifiable, moralement parlant:


"Le problème actuel n’est pas que nous accueillons trop d’étrangers chez nous mais que nous en accueillons trop qui sont malintentionnés et qui se cachent derrière nos lois sur l’asile pour venir perpétrer ici leurs forfaits."


Et les médias se discréditent en travestissant les faits:


"En donnant l’impression de couvrir des criminels, sous prétexte de ne pas stigmatiser des étrangers, les médias ne se rendent ni sympathiques ni professionnels."


A propos de l’espace Schengen, Marie-Hélène met dans la balance ses avantages et ses inconvénients, mais se demande, en définitive, si ces derniers ne l’emportent pas sur les premiers puisque cet espace "ne fonctionne correctement qu’en période de beau temps"

 

Elle cite d’ailleurs le Rapport sur la criminalité de 2012 d’Eurostat :

 

"La suppression des contrôles aux frontières intérieures de l’UE a considérablement facilité la libre circulation des citoyens européens, mais elle a pu permettre également aux criminels d’opérer plus facilement…"


Et elle se félicite que les gardes-frontière procèdent accessoirement à des contrôles de type policier puisque ces contrôles ont permis un nombre croissant d’arrestations entre 2011 et 2012 alors que leur effectif restait le même…


Elle revient en détail sur les rôles de la prison qui peuvent "être synthétisés en quatre verbes : punir, protéger, décourager et amender".

 

Or, après la réforme de 2007, les peines infligées en cas d’infraction au Code pénal sont en très grande majorité des peines pécuniaires avec sursis, "c’est-à-dire aucune peine du tout".


A ceux qui déplorent que la durée des peines ait augmenté, Marie-Hélène Miauton répond:


"Evidemment, puisque les sursis et peines pécuniaires ont remplacé les peines courtes, il ne reste plus que les peines longues dans la statistique!"

 

A propos des peines, elle observe:

 

"Ce n’est pas la sévérité de la sanction qui dissuade les contrevenants, mais la certitude d’être punis."

 

Pour qu’elle soit efficace, il faut que la sanction responsabilise le prisonnier:

 

"Notre société déresponsabilise au contraire en cherchant en permanence à excuser."

 

Et les responsabilités du laxisme actuel, générateur d’insécurité, incombent à ceux qui travaillent au respect des lois (police et magistrature), à ceux qui les édictent (les politiques) et à ceux qui influencent ces derniers (les théoriciens de la justice), à ceux qui les appliquent (les exécutifs cantonaux), à ceux qui font métier de la bien-pensance (les associations de défense et de soutien aux prisonniers, aux sans-papiers, aux demandeurs d’asile, aux Roms…).

 

Tous ces responsables font peu de cas des victimes…

 

Dans ce livre courageux, qui devrait ouvrir les yeux à ceux qui refusent de regarder la vérité en face, Marie-Hélène Miauton ne se contente pas de constater et d’expliquer quand, comment et pourquoi on en est arrivé là; elle propose des solutions applicables, qui découlent de ses constats et de ses explications. Ce n’est pas le chapitre le moins intéressant…


Dans sa conclusion elle écrit :

 

"A dire que le crime est une invention de la société, que l’homme est bon mais que la prison le pervertit, et qu’il faut substituer la probation à la punition, l’indulgence confine à la complaisance."

 

Elle met donc en garde.

 

Cette complaisance devient de plus en plus intolérable aux yeux de la population qui pourrait fort bien, faute d’être entendue par tous les responsables, se laisser séduire par ceux qui voudraient revenir en arrière, rétablir la peine de mort ou instaurer la détention à perpétuité sans aucune remise en liberté possible.

 

Est-ce vraiment ce que l’on souhaite?

 

Francis Richard

 

Criminalité en Suisse – La vérité en face, Marie-Hélène Miauton, 216 pages, Favre

 

Première publication sur Lesobservateurs.ch

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 23:30

Moines volants ARDITIL'Eglise orthodoxe russe a payé un lourd tribut à la révolution bolchevique. Entre 1918 et 1938, plus de mille monastères sont fermés, 50'000 églises sont saccagées, 200'000 prêtres, moines et moniales sont exécutés par le NKVD.

 

On en parle peu. Parce que le nombre de ces religieux tués ne représente qu'à peine 1% du total des victimes de la période, c'est-à-dire une quantité négligeable...

 

Metin Arditi, dans la Confrérie des moines volants raconte l'histoire de moines qui soustraient à la destruction (programmée par les bolchéviques) des trésors d'art sacré russes, principalement des icônes.

 

L'histoire se passe à deux époques: de juillet à novembre 1937, en Russie, pendant la Grande Terreur, puis en 2000, au mois de mai en France, aux mois de septembre-octobre en Russie. L'épilogue se situe au mois de mai 2002 en Russie.

 

En 1937, dans une forêt de Carélie, des moines rescapés de plusieurs monastères se regroupent petit à petit sous l'autorité d'un moine géant, Nikodime Kirilenko: les novices Nikolaï et Serghey, Iossif l'acrobate, les moines-prêtres Evghéni et Fyodor, Guénnadi le trouillard, Vladislav le boiteux, le novice Piotr, deux skhimniks très âgés, Aleksandr et Pavel, et Anton. A eux douze, ils forment la Petite Jérusalem.

 

Vladislav a emporté avec lui une icône, une Vierge à l'enfant:

 

"Les traits des deux personnages étaient d'une grande finesse, et leurs couleurs, très douces, donnaient à l'icône une humanité bouleversante. Sur le reste du tableau, le peintre avait représenté de petites constructions géométriques faites de ronds, de carrés, et de traits rectilignes, tous monochromes."

 

Que voulait-elle dire cette icône?

 

"Cette icône parlait de Dieu, des astres et d'aventure. Mais surtout, elle annonçait la communion entre l'homme et Dieu... Elle portait la promesse du pardon divin, annonçait la rédemption..."

 

Piotr sauve d'une église mise à sac un encensoir en argent ciselé, puis sauve des églises voisines un chandelier d'argent, une croix pectorale et une Descente de croix. C'est le début d'un sauvetage d'objets sacrés, qui ont une plus grande importance dans l'Eglise orthodoxe russe que dans l'Eglise catholique romaine, puisque, par exemple, chacun de ses membres est enterré avec une icône...

 

Dans la région, la Petite Jérusalem est maintenant connue. Ses habitants en sollicitent les moines pour l'administration des sacrements et leur donnent en remerciement victuailles et boissons, tant et si bien qu'ils mangent et boivent sans retenue, à l'exception de Nikodime et de Guénnadi que Nikodime avait un jour sévèrement réprimandé pour s'être, affamé, jeté sur de la nourriture sans avoir prié au préalable:

 

"A la Petite Jérusalem, la prière et la repentance avaient laissé place à la vie matérielle."

 

Nikodime décide de reprendre les choses en main, de laisser à d'autres moines le soin d'administrer les sacrements et de créer, avec les onze, une confrérie dans le seul but de sauver les objets sacrés des églises saccagées ou en passe de l'être, la Confrérie des moines volants dont le nom "portait en lui toutes les contradictions de l'homme, son désir de de s'élever et son goût d'être un gredin". Il s'agissait de permettre à l'Eglise orthodoxe russe de reprendre vie un jour.

 

Et pendant trois semaines, les moines, instruits par Iossif, l'acrobate, vont effectivement voler... au secours de leur mère l'Eglise, sauver des objets sacrés, jusqu'à ce que l'un d'entre eux fasse une chute mortelle à l'intérieur d'un édifice.

 

Nikodime disperse alors les autres moines, cache les objets sacrés sauvés, commet le péché de chair (qui le tourmentait depuis des années) avec une adolescente, Irina, qui l'a aidé à cacher les précieux objets sacrés, et se rend aux autorités en s'accusant de leurs vols, en prétendant les avoir tous détruits et n'avoir eu qu'un complice, aujourd'hui mort.

 

La suite de l'histoire se passe 63 ans plus tard à Paris.

 

Mathias Marceau est photographe. Il a cédé à la facilité de faire des photos de mode au lieu de faire des photos qui bouleversent, qui prennent en charge des personnes qui souffrent et les transforment.

 

A l'occasion de la mort de son père André, il apprend successivement que celui-ci n'est pas seulement menuisier, mais qu'il est de religion orthodoxe, qu'il est russe d'origine, qu'il peignait trois à quatre icônes par mois par alimenter les églises de Russie, que son grand-père Nikodime a sauvé des objets sacrés pendant la Grande Terreur et que sa grand-mère Irina, qui a épousé en France Alphonse Marceau, est retournée en Russie en 1958 et y a disparu:

 

"Quand on est russe [...] on l'est jusqu'à la moelle des os. Et on ne peut être que cela.[...] Un Russe qui vit à l'étranger est un être incomplet."

 

La suite et fin de l'histoire est le récit de la quête de Mathias, pleine de péripéties, pour retrouver en Russie le trésor d'objets sacrés, sauvé par son grand-père des iconoclastes bolcheviques. S'il est retrouvé, il sera la parcelle de lumière qui éclairera chaque Russe, en lequel il y a un damné et un martyr, et qui lui permettra alors d'être rédimé...

 

Metin Arditi ne cache pas les misères et les contradictions de l'humaine condition, qui collent à la peau de tous ses personnages, mais, comme il est optimiste, il sait qu'il leur est possible de trouver moyen de se sublimer.

 

Comme de vraies photos peuvent saisir, à quelques instants d'intervalle, le regard dur d'un enfant, puis son éclat de rire...

 

Francis Richard

 

La confrérie des moines volants, Metin Arditi, 350 pages, Grasset

 

Metin Arditi reçu par Darius Rochebin dans l'émission Pardonnez-moi du 25 août 2013 de la RTS:

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 19:50

Lauriers amers GAULIS

Louis Gaulis, le père de Marie, est né en 1932. Il a passé sa jeunesse "à écrire pour le théâtre, connaissant un succès précoce, à explorer les chemins de traverse, à voyager, jeune homme doué et curieux de tout".

 

A trente-neuf ans, il décide de s'engager comme délégué du CICR, "avec peut-être un peu d'idéalisme, mais surtout un réel besoin d'action et de confrontation, sans les idéologies encombrantes de son époque".

 

Entre 1972 et 1978, Louis Gaulis va effectuer quatre missions pour l'organisation humanitaire créée par Henry Dunant: en 1972 au Bengladesh, en 1973 au Vietnam, en 1974 à Chypre et en 1978 au Liban.

 

Marie Gaulis fait le portrait de cet homme ordinaire et unique, à la vie remarquable, en ces termes:

 

"Il n'est le militant d'aucune cause: ce qui l'intéresse et le touche, c'est la vie, dans sa complexité, sa beauté et sa cruauté, et il fait preuve d'une curiosité toujours vive et du désir sincère d'apprendre et de comprendre."

 

Louis Gaulis arrive au Liban le 20 janvier 1978. Il est posté dans le Sud, à Tyr. Sa femme, avec leurs  deux filles, arrive quelque temps plus tard et habite Beyrouth, à quelque quatre-vingts kilomètres au nord. Leur couple essaye de "résoudre une crise personnelle, intime, en choisissant de partir ensemble au Liban", un pays en guerre connaissant une apparente accalmie.

 

Quelque deux mois plus tard, le mercredi 29 mars 1978, quelques minutes après 21 heures 30, Louis Gaulis trouve la mort, au volant de son véhicule de fonction, une Peugeot 504, sur la route mal éclairée, longue d'un kilomètre, qui va de la Maison Blanche au Resthouse, siège local du CICR où logent les délégués comme lui.

 

Louis Gaulis a pris son dernier repas à la Maison Blanche. Il en est parti le dernier, après que les deux autres véhicules de délégués sont partis en direction du Resthouse, quelques minutes plus tôt.

 

Ce soir-là il pleut. Louis Gaulis doit rouler lentement comme à l'ordinaire. Deux balles sont tirées sur le pare-chocs arrière de sa voiture autour de 21 heures 35. Il accélère brutalement. Sa voiture percute un poteau, puis s'écrase contre un mur, sur lequel, à 40 mètres de celle-ci, des balles sont incrustées.

 

Il meurt. Son corps est rapidement (vers 21 heures 45) transporté à l'Hôpital palestinien d'où un médecin prévient les autres délégués, à peine arrivés au Resthouse. Du sang et de la cervelle sont répandus sur les sièges de sa voiture.

 

Dans le prologue de Lauriers amers, à l'été 2003, Marie Gaulis entend à la radio qu'une voiture piégée a explosé à Beyrouth, alors qu'elle se trouve dans un petit village provençal. Elle est loin de Beyrouth mais elle se dit:

 

"Je dois pourtant revenir à Beyrouth, ville non résolue, mystère sans beauté, laideur banale sous le ciel mauve, plaie, blessure, balles au vent comme des graines, portes des bars et portières de voiture qui claquent (à moins que ce ne soit des tirs), barattage du beurre fondu de la guerre et de nos vies."

 

Dans ce livre, écrit trente ans après, Marie Gaulis ramasse ses souvenirs de 1978; elle raconte son retour à Beyrouth en avril 2005, ses tentatives de reconstitution de ce qui s'est passé à partir des archives du CICR à Genève et des récits de témoins qu'elle a entendus à Tyr, en mai 2005.

 

Elle tente à partir de cette reconstitution "douloureuse et incomplète" de "[se] libérer, tout en libérant aussi [son] père de son statut de victime ou de héros, l'un et l'autre faux, comme si on avait tissé le mauvais suaire, chanté le mirologue d'une autre personne".

 

Que s'est-il réellement passé?

 

"On devine, on suggère, on avance qu'il pourrait s'agir d'autre chose que d'un accident de la route, et cette rumeur toujours nous accompagnera, le bruit des rafales tirées dans la nuit, et le choc des balles atteignant la voiture, et peut-être son conducteur."

 

Aussi Marie Gaulis ne fait-elle que rendre compte de ce qu'elle sait. Elle chante le désastre et le fixe. Ce qu'elle sait aussi, c'est qu'elle veut continuer à évoquer "ce territoire obstiné, troué, pays de Canaan éclatant de beauté sous le ciel de printemps", qui aura pesé lourd dans son existence:

 

"Je ne cesserai d'y revenir, ne serait-ce qu'en rêve."

 

Francis Richard

 

Lauriers amers, Marie Gaulis, 144 pages, Zoé, avril 2009

 

Livre suivant de Marie Gaulis:

 

Le rêve des naturels (septembre 2012)

Marie Gaulis est l'invitée d'une rencontre littéraire Tulalu !?, le 14 octobre 2013, à 20 heures, au Lausanne-Moudon, place du Tunnel à Lausanne.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 17:15

Don Quichotte DORMONDDon Quichotte est un personnage mythique, celui d'un chevalier errant, d'un redresseur de torts, d'un illuminé sujet aux moqueries, s'attaquant aux moulins à vent qu'il prend pour des géants.

 

C'est parce qu'Alonso Quijano a lu des livres de chevalerie qu'il s'est pris un jour pour le chevalier errant don Quichotte... Ces lectures nocives lui ont alors fait perdre la raison...

 

Dans son roman, Sabine Dormond raconte les aventures d'un fou d'aujourd'hui, qui se croit la réincarnation du don Quichotte imaginé par Cervantes il y a quelque quatre siècles, après avoir lu son livre éponyme.

 

L'expression "sur le retour", dans le titre du livre de Sabine Dormond, est donc bien choisie puisqu'elle exprime à la fois  le retour du héros de Cervantes en même temps que le retour d'âge de l'expression usuelle, qui ne peut se comprendre qu'après avoir terminé le livre.

 

Ce don Quichotte actuel s'appelle Alonso Kessel. Alors que celui de Cervantes ne rencontre jamais sa Dulcinée du Toboso, celui-ci rend une visite, qu'il croit de courtoisie, à Dulcinée Bolomey dans son cabinet de psy alors qu'elle est en consultation.

 

Dulcinée Bolomey, séduite par ses extravagances, commet la faute professionnelle de s'enticher de ce patient hors norme qui a sauté par la fenêtre après avoir dévasté son cabinet. Après quelques virées mouvementées, sur le porte-bagages de Rossinante, le cheval usé, à deux cycles, de ce fou d'Alonso, celui-ci l'invite à manger chez lui.

 

Après ce repas délectable, Dulcinée, qu'il a pris pour une muse, ne sait toujours pas si Alonso, qu'elle a pris pour un patient, partage la passion dévorante qu'elle éprouve pour lui. Du coup, pour se soulager, elle compose une Ode du fou, que n'aurait pas désapprouvé Erasme, l'auteur de l'Eloge de la folie, ode qui comporte des considérations bien dignes d'une psy.

 

Finalement Alonso et Dulcinée convolent en justes noces et ont, sinon beaucoup d'enfants, du moins, bientôt, deux rejetons, Maxime et Julie. Cette dernière - bon sang d'hidalgo imaginé ne saurait mentir, quand il est transfusé à sa progéniture - s'avère capable de provoquer autant de catastrophes que son déjanté de père.

 

Pour stopper la contamination, Dulcinée décide "sur un ton qui ne souffre pas la moindre contestation", de "vider la bibliothèque", de "débarrasser tout ce que la maison contient de livres". Alonso ne pourra lire le journal qu'à "des doses homéopathiques" et devra se contenter du JT pour s'informer et de "la liste des commissions comme lecture"...

 

Don Quichotte quitte cette vie de famille qui est devenue un calvaire avec la ferme volonté d'accomplir "quelque prouesse digne d'être relatée à la postérité". Après que sa Rossinante a rendu son dernier souffle sur une route de campagne, il fait, chemin faisant à pied, connaissance avec Sancho Pahud...

 

Don Quichotte revient un beau jour à la maison sans donner explication qui tienne et repart très vite après avoir essuyé un chapelet de blâmes:

 

"Fidèle à lui-même, il est parti sans penser à mal, en quête d'exploits dignes de forcer l'admiration de sa dame. Et voilà qu'après lui avoir reproché son absence, Dulcinée se plaint de sa présence. Voilà bien le paradoxe et l'inconstance de la gent féminine. Marri de cet accueil, il ne tarde pas à repartir, son petit balluchon sur l'épaule, l'âme en peine et l'esprit mortifié."

 

Les aventures se succèdent à un rythme trépidant. Et continue le chassé-croisé de Dulcinée et Alonso, ces "deux êtres qui s'aimantent et se repoussent, trop fiers pour admettre leurs erreurs, trop épris pour s'oublier". Et le temps passe, à toute allure, au propre et au figuré.

 

L'écriture devient pour Dulcinée un "jardin secret", "un petit plaisir solitaire": cette pratique a sur elle un "effet libérateur et bénéfique". Ce n'est pas le moindre paradoxe que ce soit celle qui a banni un jour les livres de la maison qui se mette à en écrire...

 

Tout au long du récit, Saint-Pierre et le Tout-Puissant s'arrêtent aux pages du Grand Livre des existences relatives à ce couple, qui demeure, comme tous les couples, une équation à deux inconnues. Les questions que pose le porteur des clés du Ciel à son Seigneur sont naïves et les commentaires que tous deux font sont frappés aux coins du bon sens et de leur perplexité parce qu'ils ont le bénéfice de la distance.

 

Sabine Dormond a un véritable talent de conteuse. Elle utilise avec bonheur les malentendus, qui provoquent les rebondissements. Elle fait des rapprochements désopilants, qui contribuent à rendre palpables le burlesque et le décalé de son Chevalier à la Triste-Figure. Elle donne par là-même matière à réflexion, tant il est vrai que l'humour est la meilleure arme pour rendre compte de la réalité.

 

Après avoir lu ce livre, le lecteur impénitent est rasséréné, puisqu'il en vient à accepter sa propre folie... et n'est pas enclin à y renoncer de sitôt.

 

Francis Richard

 

Don Quichotte sur le retour, Sabine Dormond, 160 pages, Editions Mon Village

 

Livre précédent de Sabine Dormond:

 

Full sentimental et autres nouvelles

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 22:25

Santé D'ANIELOLes philosophes contemporains oublient bien souvent l'étymologie de leur discipline. Ils veulent construire ou déconstruire, au lieu de tirer de leurs observations la sagesse qu'ils devraient aimer pour mieux vivre.

 

Un pharmacien, Michel d'Anielo, intéressé à la santé de par son métier, a recueilli 170 préceptes sur elle. Il est allé les chercher chez de grands penseurs et écrivains, parmi lesquels quelques médecins.

 

Dans sa préface l'auteur prévient le lecteur que chacun de ces mots d'auteurs est assorti d'un commentaire de son cru, qui souligne "la sagesse des observations des grands écrivains" et leur pertinence encore aujourd'hui.

 

L'ouvrage est composé de neuf parties, "qui représentent les volets principaux de la prévention et d'une bonne hygiène de vie":

 

- L'alimentation et la diététique

- Le sommeil

- L'exercice physique

- Les médecins et leurs malades

- Vieillir et savoir vieillir

- Les douleurs

- La joie et les plaisirs

- La tristesse et la dépression

- L'hygiène de l'esprit

 

Dans tous ces volets, reviennent les mots de mesure, de sobriété, de tempérance. Y sont soulignées les relations étroites entre le corps et l'esprit. Et il y est question de discernement et d'adaptation. Bref, il s'agit de sagesse et d'amour de la sagesse, c'est-à-dire de philosophie.

 

A la fin du livre sont proposés une bibliographie à ceux qui voudraient approfondir le sujet et, pour tous, un index fort utile pour retrouver les citations d'un auteur.

 

Pour les individus qui, comme moi, jouissent depuis leur naissance d'une bonne mauvaise santé, ces préceptes ont un air de déjà observé et sont en quelque sorte des confirmations rassurantes. Pour les autres, ils seront fort utiles, ne serait-ce qu'en étant des piqûres de rappel s'ils en connaissent un bout ou, sinon, en leur révélant de bons conseils à suivre.

 

Il va de soi que chacun peut y puiser, à volonté, matière à réflexion et à action. Si l'auteur indique les voies à emprunter pour avoir une bonne hygiène de vie, il ne tombe cependant pas dans un hygiénisme excessif, qui serait insupportable. Quelques citations et extraits de commentaires le montrent:

 

"C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop grand régime" La Rochefoucauld

 

Extrait du commentaire:

 

"C'est quand on s'autorise des petits écarts qu'un régime reste supportable, car on se coupe pas totalement des plaisirs de la convivialité."

 

"La poursuite exclusive de la santé conduit toujours à quelque chose de morbide." Chesterton

 

Extrait du commentaire:

 

"Le fait de faire des écarts à son régime peut être source d'angoisse. Et la surveillance quotidienne de la balance tourne à l'obsession chez certains. Où aperçoit-on un bénéfice pour la santé?"

 

"Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites folies." Marcel Proust

 

Extrait du commentaire:

 

"Ces petites folies, ces compensations, sont les plaisirs de notre jardin secret. A nous de les choisir utiles pour notre santé, à nous d'éviter les dépendances."

 

"Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit." La Rochefoucauld

 

Extrait du commentaire:

 

"Non seulement une vie trop raisonnable est fade, mais elle peut basculer vers les excès, par contrecoup."

 

"Ne t'enivre pas sans cesse; si cela t'arrive, que ce soit une fois par mois" Avicenne

 

Extrait du commentaire:

 

"Avicenne suggère de préférer une franche ivresse si elle reste occasionnelle, à une imprégnation alcoolique quotidienne."

 

Que le lecteur se rassure, il ne lui est donc surtout pas conseillé d'être exagérément dur avec lui-même, mais de trouver son équilibre. Car trop d'austérité peut nuire gravement à la santé physique et mentale, tout autant que trop de licence...

 

Francis Richard

 

La santé par la sagesse, Michel d'Anielo, 224 pages, Xenia

 

Vidéo de présentation:

 

 

 

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 22:20

Salomon BERGERDans l'Ancien Testament, au chapitre 10 du troisième livre des Rois, il est question des relations savantes qu'ont entretenu le roi Salomon et la reine de Saba, et des cadeaux somptueux que cette dernière fit au premier en hommage à sa grande sagesse et en remerciement pour son fastueux accueil.

 

Saba était un royaume situé au sud-ouest de l'Arabie Saoudite. Sa capitale était Mareb, dont les ruines se trouvent actuellement au Yemen.

 

A partir du Moyen-Age, on raconte que de l'union de ce roi et de cette reine serait née la dynastie éthiopienne, celle dont était issu le Négus...

 

La reine de Saba a-t-elle vraiment existé? Est-ce une légende ou une réalité?

 

En tout cas, le héros du dernier roman de François Berger est fasciné par cette reine depuis sa jeunesse et rêve d'accomplir un jour un grand voyage sur ses traces. N'est-il pas un archéologue manqué?

 

Maxence est médecin de formation, mais il se rend compte assez vite qu'il n'a pas véritablement la vocation de soigner les gens sur le terrain. Il entre à l'Organisation mondiale de la santé, OMS, en gravit tous les échelons, devient haut fonctionnaire de cet organisme international et dirige le service établissant la classification internationale des maladies, au moment où il rencontre sa femme.

 

Au moment où commence l'histoire, Maxence est pressenti pour devenir le successeur de la directrice générale, démissionnaire, et son pays, la Suisse, présente sa candidature à ce poste. Jusque là Maxence a donc fait un parcours professionnel sans faute.

 

Sur le plan personnel, ce quinqua, toujours bel homme, a épousé Ottavia, fille d'un grand avocat romain, traductrice à ses heures. De leur union sont nées deux jumelles, Carlota et Charlène.

 

Dans les premières années de leur mariage, Maxence n'a commis qu'un faux-pas, cicatrice qui s'avérera mal refermée. Avec Almaze, une Ethiopienne, que le couple avait pris à son service et qui, un jour, a préféré disparaître, sans crier gare.


Maxence a un concurrent suisse au sein de l'OMS pour le poste de directeur. C'est Alban. Le même Alban qui, dans le temps, avait fait venir Almaze de Djibouti avec l'intention de l'épouser, mais que la belle femme noire avait quitté, parce qu'il restait indéfiniment sous la coupe de sa mère possessive... et l'avait confinée dans un hôtel.

 

Le grain de sable dans la carrière réussie de Maxence sera Lucy, un vrai petit bijou noir de 20 ans, alors qu'il en a 55... C'est Alban qui l'a engagée comme stagiaire à l'OMS, contre la volonté de Maxence, qui finit pourtant (malgré la petite voix qui lui dit qu'il ne faut pas), par se faire une douce violence et tomber sous le charme de cette jeune personne...

 

Ayant appris que Maxence et Lucy ont eu une aventure, Alban s'en sert comme moyen de pression pour tenter d'obtenir de Maxence qu'il renonce au poste de directeur, convoité par lui. Poste, qui ne peut décemment pas être occupé par quelqu'un de compromis... D'autant que Lucy est partie inopinément, avant la fin de son stage, pour un chantier archéologique en Egypte, où elle a été prise en otage...

 

A la suite d'un accident de voiture, Maxence est frappé d'amnésie. Peu à peu il reconnaît Ottavia, puis Alban, qui lui rend visite. Il apprend au bout d'un certain temps qu'il est provisoirement dans une clinique au bord du lac, en attendant de retrouver la mémoire, avant d'être jugé.

 

Qu'a-t-il donc fait pour devoir être jugé? Il semble qu'il ait voulu attenter à la vie d'Alban, dans son bureau de l'OMS, dans des circonstances aussi troubles que les intentions qui l'auraient alors animé, et qui auraient un rapport avec Lucy.

 

A partir de là, la narration de son histoire par Maxence n'est qu'une préparation progressive au dénouement final, au fur et à mesure qu'il recouvre la mémoire et que la machine judiciaire se met en branle simultanément.

 

Au cours de cette quête de la vérité, Maxence, pendant une mise en liberté sous forte caution, aura l'occasion de réaliser une partie de son rêve de jeunesse en se rendant au Yemen sur un chantier de fouilles de ce qui a pu être le palais de la reine de Saba et qui comporte des pavillons, appelés pavillons de Salomon...


Maxence, le narrateur, reconstitue son passé, comme un puzzle, en opérant des retours en arrière, tout au long de son récit, et en le confrontant avec ce qu'il apprend de lui-même et des autres au présent.

 

Certains souvenirs apparaissent très nets, d'autres sont refoulés pendant un temps, parce que la mémoire est volontiers sélective, comme pour permettre à son détenteur de garder l'équilibre.

 

L'intérêt du récit, servi par une écriture précise et sans fioritures inutiles, ne se dément pas, jusqu'à la fin... 

 

Maxence parvient à ne retenir que ce qui est essentiel dans la vie: n'est-ce pas de poursuivre un rêve et de se souvenir de ceux que nous avons aimés? Car la vie quotidienne et banale, par son indifférence à notre égard, quand elle reprend tous ses droits, ne peut que nous rendre malheureux.

 

Francis Richard

 

Les pavillons de Salomon, François Berger, 272 pages, L'Age d'Homme

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 21:35

Utoya OBERTONELaurent Obertone a déjà commis un livre controversé cette année. Il récidive. Il mérite donc la peine d'être lu.

 

L'auteur de La France orange mécanique  a eu du succès avant que la critique ne l'éreinte (parce qu'il était devenu impossible de l'ignorer) et que des lecteurs plus lents, tels que votre serviteur, ne se demandent pourquoi.

 

Invité de l'émission Ce soir ou jamais de ce vendredi soir, il vient d'être décommandé in extremis.

 

Non mais! Il serait tout de même scandaleux de donner la parole à celui qui ose défendre les victimes et qui n'a pas de mots assez durs pour les criminels.

 

Pourtant il aurait été intéressant d'entendre celui qui, cette fois, s'est mis dans la peau d'un tueur de masse, tel qu'Anders Breivik.

 

Car Obertone a pris un risque encore plus grand avec Utoya de se faire éreinter. Il a en effet tenté de comprendre comment un jeune homme de bonne apparence, sous tous rapports, a pu tuer directement, et indirectement, au total 77 personnes il y a deux ans, en Norvège.

 

Obertone ne l'a pas fait en prenant de la distance. Il a employé la première personne pour ce faire, faisant pénétrer le lecteur dans l'intimité du personnage. Il l'a fait à l'aide d'une documentation considérable qu'il évoque dans son avertissement, et, notamment, à l'aide des 1'515 pages du Manifeste 2083 du tueur.

 

Comprendre n'est pas approuver, mais je suis bien certain que d'aucuns franchiront allègrement le pas d'amalgamer l'auteur avec le héros mégalomane de son livre.

 

Quoi qu'il en soit, il est facile de se débarrasser de ce criminel gênant qu'est Breivik, en disant qu'il est fou parce qu'il se prend pour un chevalier Templier, qu'il est un monstre parce qu'il a tué de sang froid et qu'il n'éprouve pas de remords. Mais c'est un peu court. Et Obertone n'a pas fait court.

 

Les 4 premiers chapitres - sur 12 - de ce  livre, un tiers de l'ouvrage, font le récit minutieux de la tuerie de l'île d'Utoya, où se déroulait chaque année, depuis des décennies, le camp d'été des jeunes travaillistes norvégiens.

 

Breivik-Obertone n'épargne aucun détail sur le massacre des 69 personnes tuées le 22 juillet 2011 sur cette île située à 620 mètres au large du continent et sur ce qui se passe sous son crâne pendant tout ce temps-là. Chaque mort fait l'objet d'une notice indiquant son prénom, l'initiale de son nom, son sexe, son âge, et le nombre de balles qu'il a reçues ayant entraîné son trépas. C'est tout simplement effrayant.

 

Féru de statistiques, Breivik-Obertone dresse ce bilan macabre:

 

"Cinq cent soixante-quatre personnes. Soixante-treize minutes. Soixante-neuf morts. Soixante-sept tués par mes armes. Trente-trois blessés par balles. Vingt-neuf autres blessés par fractures, coupures, etc. D'après les autorités, il y a "beaucoup" de traumatisés. Taux de mortalité: 12%. Taux de cibles touchées: 18%. Un peu plus d'une victime à la minute."

 

Au chapitre suivant, il ajoute:

 

"Je n'ai pas tué d'enfants. Moyenne d'âge des victimes: dix-huit ans. Beaucoup d'entre eux ont plus de vingt ans. J'ai tué en priorité les manitous de ce camp d'endoctrinement, ceux qui étaient trop âgés, trop avancés dans le pourrissement mental, pour avoir une chance un jour d'en réchapper."

 

Pour lutter contre l'immigration, l'islam, le multiculturalisme, pourquoi Breivik a-t-il choisi le massacre? Parce qu'il est impossible de diffuser des idées autrement quand la partie adverse contrôle tout:

 

"Soit on passe sa vie à tenter de créer des contre-réseaux, sans grandes illusions, soit on frappe très fort, et on met tout ce beau monde à nos pieds. C'est ce que j'ai fait."

 

Mais, surtout, il a tué parce que tuer donne du pouvoir:

 

"Le meilleur moyen de conquérir le pouvoir, c'est de prendre le maximum de vies. Il n'y a qu'en tuant que l'on peut peser sur le monde, autrement qu'en bêlant avec le troupeau."

 

Pourquoi a-t-il pris les jeunes travaillistes pour cibles? Parce que ce sont des traîtres applaudissant au multiculturalisme et au métissage, qui feront disparaître le génome norvégien, "aboutissement de millions d'années de sélection ordonnée". Parce qu'ils "empêchent les nôtres de comprendre, de se battre".

 

S'il ne s'en était pris qu'à des musulmans, les médias se seraient mépris sur ses intentions:

 

"Sur Utoya, je n'ai pas spécifiquement visé les musulmans. Seulement sept sur soixante-dix-sept. Ils étaient là, je les ai tués, traitement égalitaire. Il ne fallait surtout pas qu'on me qualifie de raciste. C'est leur hiérarchie à eux. On peut manger des enfants à la limite, mais de là à ne pas soutenir le multiculturalisme... Le racisme, c'est le crime moral suprême."

 

Breivik est-il croyant? Non. Pour lui, n'existe que la sélection naturelle, l'instinct de survie. Le marxisme a pris la suite de la religion pour imposer culpabilité et terreur et pour éliminer toute résistance en prêchant l'amour universel, alors que la haine, c'est la survie:

 

"La sélection naturelle va siffler la fin de la récréation. Les gens comme moi, qui agissent n'en sont que l'avant-goût. L'ordre naturel sera toujours le plus fort. On peut mettre des jupes aux petits garçons et des fleurs sur les fusils, la nature n'a que faire de la dernière mode. Elle reprendra ses droits."

 

La vie vient de la sélection et la sélection de l'agressivité... Pour dépasser l'ère de la morale actuelle, il faut réhabiliter le Mal et Breivik attribue sa volonté de puissance à son taux de testostérone. Il ne pense pas que l'on devienne tueur en série...

 

Il hait tout simplement ce monde:

 

"Heureusement qu'elle est là, la haine. Elle est un peu comme la flamme que se transmettaient si précieusement les premiers hommes. En ce qui me concerne, je me suis accroché à la haine. Je l'alimentais soigneusement . Je m'intéressais aux marxistes, je les lisais, je les observais, à m'en faire dégueuler."

 

Pendant neuf ans, il rédige son manifeste composé essentiellement de textes qui lui correspondent et qu'il recopie. Pour le diffuser il a besoin d'argent, mais il n'arrive pas à réunir l'argent nécessaire qu'il a estimé à trois millions d'euros. Alors, ses incapacités économiques scellent son avenir. Il se résout à passer à l'acte.

 

Aux préparatifs de cet acte, il consacre désormais tout son temps et tout l'argent qui lui reste. Et s'endette même, à la fin, se rend insolvable.

 

Grâce à Internet il apprend à confectionner des engins explosifs. Ce qui va lui demander des semaines de travail et de patience. Il se procure des armes, un fusil à pompe, un Glock et un Ruger Mini-14. Il s'entraîne au tir. Il se prépare physiquement. Il parvient à déshumaniser des cibles humaines à l'aide de jeux vidéos, à anesthésier ses émotions en consommant d'innombrables vidéos d'assassinats sur un site spécialisé américain. 

 

Dans l'avant-dernier chapitre, Breivik-Obertone raconte le 22 juillet 2011 avant Utoya. Ce matin-là, il perd beaucoup de temps à expédier par mail son manifeste à des centaines de destinataires. La bombe, qui explose à Oslo, devant un bâtiment gouvernemental, n'a pas l'effet dévastateur escompté - il n'y aura que 8 morts et 200 victimes en tout... Cela le détermine à mener son opération mortelle sur Utoya, qui était optionnelle.

 

Le 24 août 2012, Anders Breivik est "condamné à purger une peine de vingt et un ans de prison dans le centre pénitentiaire d'Ila, avec possibilité de prolonger cette peine si l'accusé est jugé dangereux". Après l'énoncé de ce jugement, il regrette seulement de ne pas avoir exécuté davantage de traîtres...

 

Quel était son but, en définitive?

 

"Le but de mon attaque était de perforer les blindages de la censure. L'essentiel, c'est le manifeste. De ce texte s'inspireront d'autres chevaliers Templiers. Ils créeront un jour, comme je le prédis, la bombe nucléaire du pauvre."

 

Une fois en prison, Breivik se rend compte que la vie n'y est pas facile:

 

"C'est un environnement oppressant, qui contamine la pensée. Je pensais être plus au calme que jamais pour réfléchir et écrire. Pour achever le marxisme. Ce n'est pas si simple."

 

Le livre se termine par une conclusion désabusée...

 

( Je citais in extenso cette conclusion, de quelques courtes lignes, parce que je suis convaincu qu'elle incitait à lire le livre pour comprendre pourquoi Anders Breivik en arrivait là.

 

Les Observateurs.ch ont reproduit cet article. L'éditeur, Raphaël Sorin, leur a demandé sous peine de poursuites de supprimer ce passage.

 

Je fais de même, non pas par crainte de poursuites - je ne suis qu'un artisan qui ne mérite pas tant de dépenses -, mais par solidarité, et, surtout, pour me donner l'occasion de souligner que cet éditeur ne sait pas faire la différence entre le critique qui cherche à inciter à lire ses livres et celui qui les dénigre. La lecture de mon article sur le livre précédent de Laurent Obertone - que l'auteur a apprécié -, aurait pu aisément l'en convaincre.

 

Je précise, de plus, que cet éditeur ne m'a pas envoyé ce livre et que j'achète de mes deniers personnels la plus grande part des livres dont je fais la recension sur ce blog.)

 

Dans sa préface, Stéphane Bourgoin, lui, conclut:

 

"Tenter de mettre des mots sur l'inexplicable permettra peut-être à l'avenir d'éviter de telles tragédies."

 

Rien n'est moins sûr, hélas, mais il faut bien tenter...

 

Francis Richard

 

Utoya, Laurent Obertone, 430 pages, Ring

 

Le 3 septembre 2013, Laurent Obertone et Stéphane Bourgoin s'expriment sur RTL:

 


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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:30

Gérimont BOVON"Que les choses soient claires, le roman policier ne tolère pas qu'on sorte des sentiers battus par Dupin, Sherlock Holmes, Hercule Poirot et le commissaire Maigret. L'intrigue a ses règles, le développement est classique ainsi: crime, entrée en scène du détective, enquête auprès des suspects, résolution de l'affaire, interpellation du criminel."

 

Gérimont, roman policier, illustré, de Stéphane Bovon, n'échappe pas à ce canon. Mais il est plus que cela.

 

Le cadre, Gérimont, a son importance dans l'intrigue. Parce que Gérimont est un petit monde à part, dont l'atmosphère particulière contribue à soutenir le suspense jusqu'au bout. Quand je dis jusqu'au bout, c'est bien le cas de le dire.

 

Arrivé à la fin du dernier chapitre, ne croyez pas qu'il faille arrêter votre lecture en si bonne fin. En effet deux chapitres extraits d'une prétendue suite au livre, La lueur bleue, vous attendent. Vous pourriez penser que cette suite est sans intérêt.Vous auriez tort.

 

Dans les thrillers américains, l'éditeur donne souvent un avant-goût des livres suivants en en publiant des extraits. Dans le cas présent, les extraits sont en réalité des développements qui, sans être indispensables au dénouement, n'en sont pas moins importants pour la compréhension de l'ouvrage.

 

Revenons au cadre. Gérimont est une petite ville d'un pays éponyme que le lecteur identifierait bien à l'Helvétie, si l'auteur ne la situait pas au bord de la mer. La capitale en est Lachaude, qui n'a évidemment aucun rapport avec une ville du canton de Neuchâtel.

 

La plupart des patronymes sont bien de chez nous: Ansermet, Estoppey, Kohli, Regamey, Ruchet, Moray etc. Mais les prénoms? Almeydin, Borim, Dijedon, Epidam, Lumnore, Shriptar, Shpuzake sont des prénoms imprononçables, difficiles à orthographier et... exotiques. Seuls le chien et le roi ont des prénoms, sinon chrétiens, du moins potentiellement helvètes: Auguste et Louis, respectivement.

 

Ne restons pas à la superficie des choses. Le royaume de Gérimont - car il s'agit d'une monarchie élective - est un pays utopique, dont le texte sacré qui fait autorité est Le Livre des Comptes.

 

Ce livre règle toute la vie des habitants qui ne peuvent occuper que dix Fonctions (boulanger, fromager, chasseur ou pêcheur, vigneron, paysan, constructeur - il y en a deux -, couturier - il y en a également deux -, homme libre).

 

Chaque titulaire d'une fonction ne peut produire que pour dix. Le système est décimal et peut donc se subdiviser en dix métiers ou catégories. Ainsi en est-il des constructeurs ou des hommes libres (policier, sage-femme, enseignant, secrétaire, capitaliste, aubergiste, homme de foi, artiste, créateur de jeux, fou du village).

 

Comment est-on amené à exercer une fonction?

 

"Le principe est simple, au rythme des naissances, on choisit pour le nouveau-né sa fonction comme on distribue des cartes."

 

Comment se font les échanges?

 

"L'économie de marché est transparente, publique et fonctionne par trocs la plupart du temps. Des tabelles d'équivalence ont été établies par Le Livre des Comptes; elles peuvent être adaptées d'une année à l'autre par rapport aux récoltes qui varient, c'est le jeu de l'offre et de la demande mais il est maîtrisé."

 

Toutes les naissances doivent avoir lieu à la Maternité, sinon les enfants "sauvages" doivent travailler à la mine de sel dès l'âge de 12 ans.

 

Il n'y a pas d'hôpitaux, pas de tribunaux, pas de prisons.

 

Moyennant quoi, ce meilleur des mondes, dont l'ordre est fondé sur une franche xénophobie, est un pays où personne ne tue... Quand on meurt, c'est de sa belle mort ou alors on devient zombie, c'est-à-dire enraciné sous la forme d'un arbre...

 

Cependant tout ne se passe pas pour le mieux dans ce meilleur des mondes puisqu'un furieux antagonisme oppose Borim Estoppey, patron de L'Echo de Gérimont, et le roi Louis Moray... et que, dans la réalité, il y a beaucoup d'exceptions de la part des citoyens à la règle du Livre des Comptes.

 

Personne ne tue personne, sauf que Sybukur Kohli, typographe, est bel et bien, un jour, retrouvé mort, une balle entre les omoplates.

 

Le commissaire Serjv Rodal, venu exprès de Lachaude, mène l'enquête. Il interroge les principaux témoins ou suspects. Il découvre sur eux bien des secrets. L'uniformité de ce royaume utopique, où par mariage sont gommées les différences physiques ou intellectuelles, n'est que de façade.

 

Le commissaire résout l'énigme dans la grande tradition d'Hercule Poirot en réunissant à la fin tous les protagonistes. Mais l'histoire n'est pas finie pour autant. L'épilogue se trouve en filigrane dans une bédé dessinée par l'un d'entre eux, que le commissaire décrypte, impuissant, sur le chemin, par voie de mer, du retour à Lachaude.

 

Les portraits que dresse Stéphane Bovon de ses personnages, aussi bien les femmes que les hommes, le sont avec beaucoup d'humour et de véracité. L'auteur semble s'être bien amusé à créer ce monde trop parfait et en dévoiler les dessous indicibles, tant il est vrai que la perfection n'est pas humaine et que les plus belles règles sont faites pour être contournées.

 

Le commissaire a le mot de la fin quand il dit le jour de la résolution de l'affaire:

 

"Si personne n'est arrivé coupable, tout le monde ne part pas innocent, c'est déjà ça."

 

Le lecteur ne part pas non plus innocent au bout du bout de sa lecture. Il en redemande. A quand la suite? Qu'elle se passe, ou non, à Gérimont...

 

Francis Richard

 

Gérimont, Stéphane Bovon, 328 pages, Olivier Morattel Editeur

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 16:30

Métro MONTMOLLINOn dit que les histoires courtes sont les meilleures. Sans doute, mais écrire une histoire courte suppose de créer un monde en quelques lignes et de le dissoudre de la même manière par une chute qui doit ravir le lecteur. Ce qui ne doit pas être chose aisée et me rend admiratif.

 

Pour quelques stations de métro, dont le titre reprend, comme c'est souvent l'usage, celui d'une des nouvelles, est un recueil de trente-trois nouvelles qui ne représentent que quelques pages chacune, des histoires courtes en somme.

 

Gilles de Montmollin les a regroupées en trois grands thèmes, qui sont des thèmes de vie: l'amour, les valeurs, la mort.

 

Sur le thème de l'amour, l'auteur dresse notamment le portrait d'hommes qui se méprennent sur les intentions de la gente féminine à leur égard, qu'ils croyaient pourtant explicites. L'un d'eux se pose alors cette question lancinante:

 

"Vaut-il mieux tenter de vivre ses rêves, ou simplement rêver pour survivre à ses déboires?"

 

La méprise n'est d'ailleurs pas uniquement masculine. Elle peut être tout autant féminine... Surtout depuis que, plus souvent que naguère, des femmes prennent l'initiative dans les rapports amoureux.

 

Quand il n'y a pas méprise, "en amour, il y a toujours un qui souffre et l'autre qui s'ennuie", s'entend dire un des personnages de l'auteur. Décidément, c'est pas facile l'amour...

 

Sur ce thème de l'amour, l'auteur traite bien sûr d'autres aspects et, particulièrement, celui du hasard qui fait parfois bien les choses ou, plutôt, qui rend possibles les rencontres improbables, après des phases d'observation que l'on croyait sans conséquences...

 

Le thème des valeurs n'est pas moins vaste. Montmollin effleure les sujets de la vanité de la réussite matérielle, de la vengeance, du jugement porté sur la société sans se remettre en cause soi-même ou de l'empathie que l'on éprouve pour quelqu'un et qu'on lui témoigne sans qu'il ne demande rien.

 

Mais, si la réussite matérielle n'est pas tout, son absence peut n'en avoir pas moins quelques conséquences ou conduire à des réactions disproportionnées sous l'effet d'une honte mal placée...

 

Doit-on cacher la vérité qui fait mal? Doit-on se résigner, et accepter de se plier aux nouvelles moeurs, parce que le monde autour de soi change, sous prétexte de ne pas heurter les autres, ou, au contraire, se rebeller? Doit-on se réfugier dans le monde virtuel? Autant de questions que les personnages de Montmollin se posent, sans apporter toujours des réponses qui satisfont.

 

J'aime toutefois ce grand-père qui dit à son petit-fils:

 

"Je me regrette parce que je n'ai pas toujours su apprécier les beaux moments de ma vie [...]. Mais aujourd'hui j'y parviens... Tu vois, l'important c'est d'y arriver un jour."

 

Avec le troisième thème de ce recueil, les histoires courtes trouvent des épilogues mortels, ou presque, comme il se doit.

 

Une mort peut en cacher une autre. Le pire n'est jamais sûr. Le déni de réalité ne dure pas éternellement et l'on n'apprécie les choses qu'au moment où elles vont manquer. La visualisation d'un instant de bonheur passé peut dissuader de commettre l'irréversible. L'irresponsabilité d'une mort ne se trouve pas chez qui l'on pense.

 

Gilles de Montmollin a le don de créer un monde avec une grande économie de moyens. Les descriptions des êtres et des choses sont brèves, mais suffisamment précises pour exciter l'imagination du lecteur. Il dessine en quelques traits les caractères de ses personnages, qu'il s'agisse de leurs comportements ou de leurs paroles.

 

Gille de Montmollin connaît très bien les véhicules automobiles et les amateurs apprécieront ce qu'il en dit et de quel genre en sont les conducteurs. De même les fervents de la navigation à voile, ou même à vapeur, ne seront pas dépaysés, sans indisposer pour autant les autres.

 

Sous la légèreté apparente, parfois, des propos, se cachent, à peine, leur profondeur et leur gravité. C'est pourquoi, même si la lecture de ces nouvelles courtes peut se faire pendant de courts trajets, le lecteur est touché par ce qu'elles révèlent de vécu humain et les prolonge, pour lui-même, dans son monde intérieur.

 

La distraction jointe à la réflexion, que demander de plus à des histoires courtes qui savent bien chuter?

 

Francis Richard

 

Pour quelques stations de métro, Gilles de Montmollin, 160 pages, Editions Mon Village

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 22:40

Libre arbitre ALBANESEOn connaissait Antonio Albanese musicien, enseignant, romancier. On sait maintenant qu'il peut être diariste, mais un diariste bien singulier.

 

En 2012, à l'occasion du centenaire de la naissance du compositeur John Cage, Antonio Albanese rencontre un autre compositeur, Istvan Zelenka.

 

Après avoir réalisé avec Albanese la création du premier volet de sa pièce 0'00'', Zelenka lui fait parvenir une nouvelle pièce, composée du titre énigmatique Est-ce entre le majeur et l'index, dans un coin de la tête que se trouve le libre arbitre? et d'une cinquantaine de mots.

 

Antonio Albanese ne sait qu'en faire quand il tombe sur le journal de John Cage qu'il avait égaré. Eureka! Il trouve la forme qu'il veut donner à sa pièce:

 

"Les 50 mots qui la composent seront les entrées d'un journal, le journal de mon libre arbitre, un journal en hommage à John Cage et Istvan Zelenka."

 

Tous les jours, ou presque (il ne manque que le 28 août et le 22 septembre), du jeudi 23 août 2012 au vendredi 12 octobre 2012, Antonio Albanese disserte sur un des mots de la liste, qui sont classés dans l'ordre alphabétique inverse, de V à A, comme un compte à rebours littéral:

 

"Cette liste est devenue un prétexte (aux deux sens du terme), et, à défaut du libre arbitre, j'y ai trouvé un espace de liberté quotidien, une occasion de réfléchir, d'inventer, de rêver. Merci à Istvan Zelenka."

 

Quand je dis "disserte", c'est manière de dire.

 

Car Antonio Albanese emploie des formes littéraires diverses et des polices de caractères appropriées: la note étymologique savante, le commentaire de poème, le récit, l'encadré, le dialogue, le poème, l'acrostiche, la petite annonce, la lettre au Père Noël, le calligramme, la nouvelle, la question ouverte, la notice biographique, le même texte rangé un jour par ordre des lettres et, le jour suivant, par ordre des phrases, la liste des oppositions entre les mots de la liste de Zelenka, la réflexion, la lettre à "une jeune femme particulièrement brillante", la traduction du nom de John Cage en plusieurs langues, les parenthèses, le mode d'emploi, etc.

 

Il serait discourtois de citer toutes les entrées. Il serait pénible même d'en reproduire quelques unes in extenso, encore que certaines soient très courtes. Aussi me contenterai-je d'extraits, sans trop faire injure au contexte.

 

Deux entrées me plaisent bien, à titre personnel.

 

Celle sur le mot "singulier" qui commence ainsi:

 

"Je me souviens du jour (pas du jour exact, mais de l'instant précis) où j'ai compris que le mot singulier ne désignait pas seulement le contraire du mot pluriel, mais qu'on pouvait aussi l'utiliser pour parler de quelque chose d'unique, au sens de particulier, personnel, voire étrange."

 

J'aime ce qui est singulier dans ce sens-là...

 

L'entrée sur le mot "multiple":

 

"Il y a en moi, à tour de rôle, et parfois simultanément, des caractères contraires qui s'alternent ou rivalisent.

Le sûr de lui et l'indécis; le fataliste et le déterminé; le romantique et le libertin; le lâche et le courageux."

 

Dans les Sept piliers de la sagesse , Thomas Edward Lawrence dit que "tout homme est une guerre civile"...

 

Et puis, il y a les entrées en rapport avec le titre de la pièce.

 

Telle que "violent":

 

"Entre le majeur et l'index, il y a le V. De la victoire ou de la violence (est-ce bien différent?)."

 

Ou "hypocrisie":

 

"franchise vs hypocrisie?

 

quel jeu jouons-nous? entre le majeur et l'index; est-ce à dire entre le doigt qui sépare la main en deux, comme une antithèse, et la mise à l'index qui exclut?

 

et d'abord, depuis quand la tête possède-t-elle un coin? est-ce à dire une tête au carré?

 

et quel est ici le sujet du verbe se trouver? est-ce le libre arbitre qui s'y trouve, ou nous, qui avons pour mission de le trouver?"

 

Ou encore "bref":

 

"Bref, l'index, c'est Platon qui désigne la vérité. Et le majeur irrévencieux, c'est Diogène et sa saine révolte. Et je vois soudain (effectivement) le libre arbitre dans cette oscillation entre l'index et le majeur, entre la vérité dominante et la révolte subversive."

 

Dans ce journal, autour du centenaire d'une naissance - John Cage est né le 5 septembre 1912 -, Antonio Albanese réfléchit, invente, rêve. Et ses lecteurs avec lui. Avec la tenue de ce journal il s'est ouvert un espace de liberté et en ouvre d'autres à ceux qui le lisent.

 

Un livre comme celui-là est de ces livres que l'on prend, déprend, reprend, et qui ne laissent pas indifférent, que l'on soit en accord ou en désaccord avec les conclusions, qui de toute façon ne sont pas définitives... et, parfois, contradictoires.

 

Francis Richard

 

Est-ce entre le majeur et l'index, dans un coin de la tête que se trouve le libre arbitre? Antonio Albanese, 88 pages, L'Age d'Homme

 

Romans d'Antonio Albanese:

 

La Chute de l'Homme

Le roman de Don Juan

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 22:00

Tout va bien VALETCe n'est pas une mince affaire que de devenir père. J'ai expérimenté. Et mon fils aîné a exactement la moitié de mon âge cette année...

 

Fred Valet a tenu le "journal bordélique" de la naissance de sa fille. Quand elle est née, il devait avoir modo grosso le même âge que le mien lorsque mon aîné a débarqué. Cela crée un lien. Qui sera présentement... littéraire.

 

En fait dans Jusqu'ici tout va bien, Fred Valet ne parle pas de cette naissance à proprement parler, mais des neuf mois et un peu plus qui ont précédé et de tout ce que cela a impliqué dans sa vie de trentenaire.

 

Le prologue de ce journal se passe quand sa femme, Avril, est "en crue". Grand fumeur devant l'Eternel (il fume quatorze premières cigarettes en attendant), alors qu'Avril est prise en mains par des étudiantes, il fait cet aveu:

 

"Je saurai plus tard qu'une naissance c'est avant tout une grande histoire de doigts."

 

Le ton est donné, celui de l'autodérision, la version, en français dans le texte, de l'humour british.

 

Toute grossesse commence par le test ad hoc et ses bandes bleues quand il est positif. C'est dans le restaurant où sa femme est serveuse que Fred apprend la nouvelle qu'il va avoir un enfant après qu'elle a fait sa petite affaire dans les toilettes de l'établissement:

 

"Avril le savait depuis longtemps. Les femmes sentent les bébés et les maîtresses. (Si possible à des périodes différentes.)"

 

Fred annonce la nouvelle à sa maman, qui s'est réjouie le jour où il a fait ses valises et se réjouit celui où elle apprend qu'il a fait un bébé, et à son petit frère, "qui n'est pas doué pour deviner le sexe des bébés mais parle anglais quand il est content". Il le dit finalement à personne et l'annonce à tout le monde...

 

Pour ce qui le concerne, il ne ressent plus rien:

 

"Quand on apprend sa future paternité, on devrait en profiter pour se faire arracher une dent qui branle depuis des mois, prendre rendez-vous avec son contrôleur fiscal et inviter sa belle-mère à dîner. Plus rien ne nous atteint. On flotte, comme un imbécile heureux qui regarde la Terre tourner sans lui."

 

Le programme des neuf prochains mois?

 

"Je serai comme Martine à la plage ou Martine à la Migros:

Futur papa au travail.

Futur papa dans le métro.

Futur papa dans la merde.

Je ne peux plus sourire, séduire, grogner, planifier, sans que la grossesse d'Avril ne fasse irruption. On disparaît sous les échographies. On devient le porte-parole d'un foetus qui n'a pas encore le droit de se plaindre par lui-même."

 

Fred ne dit pas comment il appelait sa dulcinée auparavant. En tout cas, maintenant, il lui dit: "ma petite montgolfière", "mon Bibendum en sucre glace", "ma biquette concave", "mon château gonflable d'amour" et dans sa bouche cela ne se veut pas désobligeant, tout juste réaliste:

 

"Médicalement, ma femme fait ce qu'on appelle de la rétention d'eau. En d'autres termes je suis marié à un barrage plutôt zélé qui a décidé d'assécher le pays. J'observe sa mutation corporelle d'un oeil suffisamment effrayé pour en rire. Avril a enflé comme on hisse un drapeau pour signaler une quarantaine. Un état de siège. Elle est habitée par un petit bout de mon avenir et je suis ravi de constater qu'il a besoin d'espace."

 

Fred parle sur le même ton de la BM d'occase qu'il a achetée en assassinant leurs économies, des nausées de sa femme, de ses ex qu'il veut remercier, du déménagement dans un logement plus grand et situé dans un quartier résidentiel, du gynécologue qui ne lui est d'aucun secours pour lui indiquer le rôle qu'il a à jouer, de la diététicienne aux courbes impeccables mais qui lui donne des envies de meurtre, du prénom qu'il faut choisir avant le débarquement, du landau à pognon alors que "la gamine pourrait survivre dans une poussette communiste"...

 

Et si sa fille était laide? Il se console:

 

"Une fille rebutante demandera peut-être moins d'attention une fois adolescente. Peut-être que les garçons ne joueront pas des coudes sous le porche familial pour la culbuter à l'arrière de la Peugeot de papa. Et elle pourra se concentrer sur ses études.

De toute façon elle sera lesbienne.

C'est moins grave une lesbienne peu appétissante."

 

En fait il espère qu'elle sera "gracieuse, d'une beauté vaporeuse, bien proportionnée, taille de guêpe et joli nez rebondi, pas trop maigre non plus, les rictus qui se plissent quand elle rigole, des orteils qu'on voudrait croquer les dimanches de novembre, un joli nombril un peu profond pour pouvoir y perdre ses doigts".

 

Il espère, mais il doit bien convenir que c'est "la roulette russe génétique"...

 

Dans l'épilogue Fred s'adresse à sa fille et conclut:

 

"Devenir père ne fait pas de nous des hommes bons. Mais ça a le mérite de nous le faire croire pendant quelques mois.

Rien de grave, rassure-toi.

Dis-toi qu'il faut peut-être sincèrement aimer la vie pour ne jamais l'entamer franchement."

 

Comme quoi l'humour peut être la meilleure façon d'exprimer des choses profondes...

 

Ce livre, sous sa forme volontairement dérisoire, pourrait s'avérer plus utile aux futurs papas que les usuels les plus vendus sur le sujet. Ne serait-ce qu'en les faisant rire et en leur enlevant quelque stress.

 

Francis Richard

 

Jusqu'ici tout va bien, Fred Valet, 120 pages, BSN Press

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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