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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 06:00

L-herbe-des-nuits-MODIANO.jpgLe titre de ce livre est emprunté à un vers d'un poème de l'acméiste Ossip Mandelstam, tiré de son recueil Simple promesse:

 

"Quelle douleur - chercher la parole perdue,

Relever ces paupières douloureuses

Et, la chaux dans le sang, rassembler pour les tribus

Etrangères l'herbe des nuits."

 

D'emblée, le lecteur sait donc que l'auteur se place dans une perspective poétique, voire hallucinée. Et que la petite musique de Modiano, qui le berce depuis des décennies, va se mettre en route nostalgique dès que ce nouveau livre sera commencé.

 

Le narrateur, Jean, essaye non pas de restituer son passé, mais les "épisodes d'une vie rêvée, intemporelle", qu'il "arrache, page à page, à la morne vie pour lui donner un peu d'ombre et de lumière". C'est-à-dire pour lui donner quelque relief.

 

Pour ce faire, point trop confiant dans sa mémoire, il se sert d'une béquille, un petit carnet noir rempli de notes qui devraient suffire à faire resurgir son passé enfoui un demi-siècle plus tôt, par le même phénomène déclencheur que le petit morceau de la madeleine de Proust trempé dans du thé.

 

A l'époque il faisait des recherches sur la baronne Blanche, Tristan Corbière, Jeanne Duval - la maîtresse de Charles Baudelaire -, Restif de la Bretonne, parmi d'autres, et il avait une amie, la mystérieuse Dannie, prénom à l'orthographe improbable, aux patronymes multiples, employés au gré des temps et des lieux, des circonstances.

 

Autour de Dannie gravitaient de curieux personnages qui ne semblaient pas bien recommandables: Ghali Aghamouri, le pseudo-étudiant marocain, Jacques Chastaignier, Pierre Duwelz, Gérard Marciano et l'énigmatique "Georges", fréquentant tous, comme elle, l'Unic Hôtel, tenu par Lakhdar, un autre marocain, hôtel sis à Montparnasse, dans une des rues à l'ombre de la gare et du cimetière.

 

Jean ne sait pas ce qu'a fait Dannie disparue, mais, un jour, il est convoqué quai de Gesvres par un certain Langlais, qui se rend compte qu'il n'est en rien mêlé aux affaires troubles des clients de l'Unic Hôtel, aux mines de conspirateurs, tous couleur de muraille. Dans ce temps-là Jean sait seulement par Aghamouri qu'"elle risque de très gros ennuis d'ordre judiciaire" et qu'"on risque de s'apercevoir qu'elle est impliquée dans une sale histoire".

 

L'herbe des nuits est le récit de cette quête, menée bien des décennies plus tard par Jean, pour savoir la vérité sur Dannie, qu'il a accompagnée à l'époque en maints lieux, de manière clandestine, sans se poser trop de questions, perdant même à jamais, dans un de ces lieux quittés précipitamment, un manuscrit d'une centaine de pages...

 

Dannie lui avait demandé ce qu'il dirait si elle avait tué quelqu'un, simple hypothèse. Il lui avait répondu: rien, avant qu'elle ne lui dise qu'elle plaisantait... Et aujourd'hui, il ferait la même réponse:

 

"Est-ce que nous avons le droit de juger ceux que nous aimons? Si nous les aimons, c'est bien pour quelque chose, et ce quelque chose nous défend de les juger. Non?"

 

Quoi qu'il en soit, une nuit, elle avait fait un mauvais rêve dans lequel elle tirait sur un type horrible, aux paupières lourdes...

 

Francis Richard

 

L'herbe des nuits, Patrick Modiano, 192 pages, Gallimard

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 20:50

Grand_nu_orange.jpgGrand nu orange, "L'Olympia du XXe siècle" selon le critique Dorval, est le nom d'un tableau de Nicolas de Staël que lui a inspiré son amante Jeanne Mathieu. Sous ce titre Nathalie Chaix, elle, s'est inspirée librement de l'histoire de l'amour impossible entre le peintre et son modèle.

 

Ce roman ne prétend donc pas à la fidélité historique mais il respecte les noms des personnes, les événements, la chronologie de cet amour adultère, et, certainement, l'esprit dans lequel les deux amants se sont trouvés, pris, dépris, repris, dépris...

 

L'histoire commence à l'été 1953. Nicolas de Staël et René Char sont amis. Ils sont tous deux des géants, physiquement, et des artistes, géants. L'un est peintre, l'autre poète.

 

René parle beaucoup à Nicolas, qui est parisien d'adoption, du Sud de la France, dont il est originaire et où sa peinture devrait pouvoir puiser de l'inspiration comme sa poésie à lui s'y est nourrie.

 

René, qui vit à l'Isle-sur-la-Sorgue, trouve à Lagnes un lieu de villégiature pour Nicolas et sa famille. Car Nicolas est marié à Françoise et a trois enfants, Anne, d'un premier lit, Laurence et Jérôme, du second. Et Françoise est, à l'époque, enceinte d'un troisième, qui s'appellera Gustave.

 

La  magnanerie, Lou Roucas, dans laquelle les Staël s'établissent, appartient à Marcelle et Fernand Marthinieu, qui habitent le voisinage, aux Camphoux, avec leurs trois fils Henri, Jean et Lucien. Le Rébanqué, une bergerie rustique, est le repaire de René quand il vient dans le coin. C'est là que Nicolas rencontre Jeanne pour la première fois.

 

Comme tous les artistes-peintres, Nicolas a bientôt envie d'un voyage plus au Sud, en Italie. Il emmène avec lui, dans sa camionnette Citroën, ses trois enfants et trois femmes: Françoise et deux amies de René, Ciska, cherchée à Briançon, que ce dernier a connu pendant la Résistance, et Jeanne, mariée à Urbain Mathieu, mère de deux enfants, Jules et Gaspard.

 

Sans avoir besoin de se dire quoi que ce soit, Nicolas et Jeanne tombent amoureux l'un de l'autre. D'ailleurs ils ne se disent rien au début. Nicolas fait comme si Jeanne n'existait pas. Jeanne fait semblant de rien, mais il lui plaît exactement. Elle jalouse Françoise et son ventre rond, qui lui donne des envies de meurtre. Elle fait alors le premier pas à Fiesole où ils se sont rendus seuls et c'est pour eux deux une "union minérale, florale, animale".

 

Nicolas renvoie Françoise et ses enfants à Paris. Il veut rester seul pour peindre, en fait pour être près de Jeanne, qui accepte d'être son modèle. Ces amours déplaisent à un René jaloux. Jeanne est la cause de la fin de l'amitié entre les deux géants. Elle est bien consciente que "cet homme, c'est une folie", mais il lui donne de l'égarement qu'elle est venue chercher auprès de lui:

 

"L'amour emporte tout, balaie les serments, les conventions, les religions."

 

Aussi Jeanne passe-t-elle par tous les états d'âme:

 

"Après. Le doute. La peur. Le remords.

Plaisir. Repentir."

 

Jusqu'au jour où elle se reprend:

 

"J'ai dit non. Je ne serai pas sa prisonnière,

sa princesse enfermée dans une tour."

 

Parce qu'il veut qu'elle quitte sa famille pour être entièrement, exclusivement à lui, comme lui quitte la sienne:

 

"Je ne suis pas à lui. Je ne suis à personne."

 

Il ne pense qu'à elle. Elle l'obsède. Son amour pour elle le mine. Il se vide sans elle:

 

"Il s'en veut de n'avoir pas assez de fierté pour mettre un terme à cette aliénation, pour cesser de l'attendre, définitivement."

 

Pourtant, curieusement, dans le même temps, cet amour l'aiguillonne, décuple ses forces créatrices.

 

Tout cela ne peut que mal finir. Et cela finit mal.

 

Dans ce roman à deux voix, celle du récit anonyme et celle, en contrepoint, de Jeanne, que seule une femme du même âge qu'elle pouvait incarner, avec ses mots, avec sa sensibilité, Nathalie Chaix nous raconte une histoire tragique dont l'issue est connue d'avance. Aussi l'intérêt de ce roman ne se trouve-t-il pas dans l'histoire elle-même mais dans la façon aiguisée, très économe de mots, avec laquelle l'auteur décrit les êtres et les choses.

 

Ainsi un autre nu de Nicolas, que celui du titre, parmi bien d'autres nus qui représentent Jeanne, s'intitule-t-il Nu couché bleu. Pour qui connaît l'oeuvre, ce tableau est résumé avec concision et justesse par Nathalie Chaix en ces termes:

 

"Cuisses ouvertes. Bras fermés.

Ce qui se donne et ce qui se refuse."

 

Si René Char disparaît très vite de l'histoire, l'auteur adopte un ton poétique à de nombreuses reprises, que le poète provençal n'aurait pas désapprouvé. Car Nathalie Chaix assemble les mots comme les notes d'une musique évocatrice pour rendre compte de cette tragédie.

 

La fin elle-même est un long poème, qui se passe de ponctuation, et de commentaires, et qui se termine par ces vers libres, comme les propos de l'auteur tout au long du livre, pour décrire le plongeon du 16 mars 1955:

 

"Son du corps qui percute l'asphalte

arrêt de la respiration

fin du souffle

murmure du sang qui se disperse - luisant - sur la pierre grise

froide."   

 

Francis Richard

 

Grand nu orange, Nathalie Chaix, 216 pages, Bernard Campiche Editeur

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 22:30

Reflets-dans-un-oeil-d-homme-Huston.jpgLe blog de Barbara Polla est une mine de réflexions pour un homme qui s'intéresse à celles qui, comme elle, sont tout à fait femmes. C'est ainsi qu'il y a tout juste deux mois je prenais connaissance sur son blog du dernier livre de Nancy Huston, intitulé Reflets dans un oeil d'homme ici.

 

Etant un homme curieux de nature, je me promettais de lire "prochainement" ce livre qui m'avait semblé de prime abord réservé à un public de femmes, voire de féministes. Car, sans les écouter, j'avais entendu parler des polémiques qui avaient entouré sa parution, et m'avaient dissuadé, à tort, de m'y plonger.

 

Quels sont donc ces reflets dans un oeil d'homme qui donnent leur titre au livre de Nancy Huston?

 

Les femmes occidentales d'aujourd'hui, que ce soit de bon ou de mauvais gré.

 

En lisant ce livre hier soir dans le TGV de Paris à Lausanne, je jetais des coups d'oeil à ma voisine assise à mon côté. Et je me demandais naïvement si elle aimait que je la regarde ou si elle réprouvait qu'un homme de deux fois son âge ait le toupet de la trouver jeune et belle, désirable, ou si elle se regardait en train d'être regardée.

 

En tout cas, cette compagne de voyage, qui lisait des numéros de la Revue médicale suisse, heureusement, ne me regardait pas, bien que je fusse comme rassuré qu'elle puisse être médecin, au regard neutre de praticienne en quelque sorte. Intriguée, en fait, elle regardait subrepticement les pages que je lisais et les notes que je prenais dans mon cahier à spirale.

 

Barbara Polla, Nancy Huston et l'auteur de ces lignes sont nés au début des années 1950 et ont traversé au cours de leur vie une époque aux forts bouversements des mentalités. Parmi ces bouleversements, il y a celui, majeur, né de la séparation radicale opérée par l'espèce humaine entre sexualité et reproduction:

 

"S'étant battues pour se libérer du poids des maternités répétées et obligatoires, les femmes préfèrent oublier tout lien possible entre séduction et reproduction, entre coquetterie et grossesse, entre érotisme et maternité.

Or, beaucoup plus qu'on ne le pense, cela nous coûte cher."

 

Le nous dans cette phrase veut dire nous, les femmes. Non seulement il n'y a plus de lien possible entre séduction et reproduction, mais "la séduction a très largement évincé la reproduction".

 

Pourquoi les femmes le payent-elles cher? Parce que les bouleversements des mentalités n'ont pas pour autant effacer les différences biologiques; parce que l'égalité des sexes n'est pas leur identité; parce que "tous les comportements communément décrits comme masculins ou féminins" ne résultent pas "exclusivement de l'éducation":

 

"Je suis convaincue que [...] les hommes ont une prédisposition innée à désirer les femmes par le regard, et que les femmes se sont toujours complu dans ce regard parce qu'il préparait leur fécondation."

 

Les hommes sont ainsi et c'est aux dépens des femmes:

 

"Y a-t-il moyen de tenir compte de ces deux faits en même temps, lucidement?"

 

Les femmes et les hommes n'ont en effet pas les mêmes désirs:

 

"De façon générale, le désir féminin est nettement moins tributaire du regard que le désir masculin - comment expliquer, sinon, que tant de sublimes créatures se baladent au bras de vieux bedonnants?"

 

Nancy Huston cite Doris Lessing:

 

"[Les hommes] ont une érection quand ils se trouvent avec une femme qui leur est indifférente, alors que nous n'avons d'orgasme que si nous sommes amoureuses."

 

Les femmes et les hommes sont peut-être égaux, mais pas identiques:

 

"Pouvoir violer et pouvoir être violée ce n'est pas la même chose; pouvoir engrosser et pouvoir être engrossée non plus. Le monde entier sait cela... sauf certains idéologues à la mode dans l'Occident contemporain."

 

C'est ainsi que:

 

"L'homme n'a besoin que de trois secondes pour féconder une femme; s'ensuivent pour celle-ci neuf mois de grossesse et [...] de longues années d'effort pour apprendre à son petit à manger, à marcher, à parler, à se débrouiller dans le grand monde..."

 

A contrario:

 

"Le refus d'engendrer, sous forme de contraception et a fortiori sous forme d'avortement, engage différemment la femme que l'homme."

 

La photographie, le cinéma ont changé le regard de l'homme sur les femmes et le regard de celles-ci sur elles-mêmes. Du coup le dédoublement des femmes entre leur moi et leur image s'en est trouvé dédoublé encore, du fait que leur regard ne passait plus seulement par les yeux des hommes, mais par l'objectif de la caméra:

 

"L'obsession contemporaine des femmes concernant leur apparence n'est plus essentiellement liée à la séduction des hommes [...]. Elle est devenue anxieuse et anxiogène."

 

C'est pourquoi:

 

"Plus elles gagnent d'argent, plus elles en dépensent pour leur beauté."

 

Les femmes s'échinent "du matin au soir à être belles et égales"...

 

Nancy Huston se demande si nous ne sommes pas "en train de nous diriger effectivement, à travers la dénégation de la différence des sexes, la commercialisation éhontée de la séduction, la banalisation absolue de la pornographie et le refus du mystère, vers la mort du désir".

 

Alors, dans l'idéologie unisexe, dans la théorie du genre, les hommes et les femmes ne sont "pas des animaux du tout, mais des entités purement culturelles". Il est symptomatique que:

 

"Dans la peinture, la sculpture et la photographie contemporaines, dans les défilés de mode, les magazines, sur Internet: zéro suggestion que la beauté d'une femme puisse être parfois liée à sa fécondité."

 

Nancy fait simplement remarquer que, ce faisant:

 

"On a éliminé de l'imagerie de l'Occident moderne l'unique singularité irréductible de la femme par rapport à l'homme."

 

Nancy Huston pense que, même si les différences biologiques demeurent, il est possible d'atténuer certaines des différences entre les sexes en mettant "les hommes à l'école des femmes et pas seulement l'inverse".

 

Dans cet esprit, en guise de conclusion, elle écrit ceci, que cite d'ailleurs Barbara Polla dans son article:

 

"Si nous autres femmes [...] cessons d'opprimer et de brimer nos petits garçons, si nous n'obligeons pas tout le temps les hommes à être forts, si nous ne jouons pas sur tous les tableaux..., les rapports sexuels peuvent se modifier en profondeur. Il y a tout à parier que, plus il y aura de mères sexy et séduisantes, moins il y aura de filles violées et prostituées. Et que, plus les pères participeront aux soins des enfants en bas âge, moins il y aura de machisme."

 

Francis Richard

 

Reflets dans un oeil d'homme, Nancy Huston, 318 pages, Actes Sud

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 12:00

Fragments homme ordinaire DebluëQu'est-ce qu'un homme ordinaire? La question se pose à la lecture de ce roman dont le titre aurait plu à Roland Barthes.

 

Une fois le livre refermé la réponse ne fuse pas vraiment, parce que le personnage n'est ni quelconque, ni d'un modèle courant.

 

Car l'homme ordinaire de François Debluë est quelqu'un de sa génération, la mienne. Et pour ceux de cette génération il y a matière à réveiller quelques souvenirs d'un monde disparu.

  

La vie du personnage ne se déroule pas en continu, ni sous la forme d'instantanés. Ce sont des fragments qui, mis bout à bout, en dessine la trame. Et chacun de ces fragments est le portrait du personnage en quelque chose. 

 

Il y a ainsi soixante-neuf fragments au total. Cela va de l'homme ordinaire "en nouveau-né" jusqu'à l'homme ordinaire "en mort et enterré", en passant par son portrait en "enfant de choeur", "en collectionneur", "en mari raté" ou "en timide".

  

Même si l'histoire de cet homme ordinaire est écrite à la troisième personne, le lecteur ne peut qu'avoir le sentiment qu'il s'agit là d'un procédé permettant à l'auteur de tenir à distance quelqu'un qui lui ressemble.

 

L'intérêt est moins dans l'histoire de cet homme, puisqu'après tout il est convenu dès le titre qu'il s'agit d'un homme ordinaire, mais dans la façon dont son créateur, d'une grande modestie, la raconte.

 

Comme le livre est écrit à la troisième personne, il est difficile de parler d'auto-dérision. Alors doit-on parler de dérision? N'y a-t-il pas d'ailleurs son portrait "en homme ridicule"? Seulement le mot de dérision pourrait être mal interprété, parce que l'auteur aime bien ce personnage qu'il malmène. Alors, parlons d'humour.

 

Comme tout le monde il a des ennuis:

"Il collectionne les ennuis, et cela suffit à ses loisirs."

 

Que faire de sa vie? Dans le temps on lui avait dit que l'agriculture manquait de bras, mais:

"Il y a longtemps que l'agriculture n'a plus besoin de bras et lui ne sait trop que faire des siens."

 

Ne rien faire? Il est admirateur d'Oblomov avec qui il partage "l'amour de la robe de chambre":

"La paresse, la grâce d'un répit, il lui arrive d'y goûter, quand il se supporte lui-même. Mais cela reste rare."

 

Il n'est pas toujours en accord avec les lieux communs:

"Il n'y a que le premier pas qui coûte. On le lui avait déjà dit, au jour de son mariage, et il avait été payé pour savoir à quel point c'était inexact."

 

Il écrit des poèmes. Dans son portrait "en poète officiel":

"Sa surprise est grande de voir un de ses poèmes cité en tête d'un faire-part de décès, en lieu et place de l'habituel verset biblique."

 

Les insomniaques, qui ont du mal à se bouger au petit matin, a fortiori s'ils sont des ordinaires, seront rassurés:

"Mieux vaut donc se lever, affronter les peines du jour. Si tout va bien, elles n'égaleront pas les tourments de la nuit. Avec plus de chance encore, il se pourrait même qu'il éprouve certains des plaisirs de vivre parfois accordés à l'homme ordinaire." 

 

Au-delà de l'humour, il peut se satisfaire de peu de choses, qui représentent beaucoup:

"Le beau regard d'une femme, le sourire d'un enfant auront suffi à justifier une vie d'émeutes et d'imprévus."

 

Cet homme dont la vie n'aura été que "déconfitures, démêlés, petites batailles et grandes défaites", aura au moins été un pédagogue:

"Il aimait donner à aimer ce qu'il aimait, passer le relais, découvrir des terres inconnues, de nouveaux continents. Ce qu'il aimait, c'étaient les questions plus que les réponses."

 

Et l'auteur est un poète qui aime les mots et qui utilise, en clignant de l'oeil à l'attention du lecteur, des tournures de grands classiques, qui sont autant de mots de passe complices pour les initiés de sa génération et qui seront un ravissement littéraire pour tous les autres.

 

Comme ce livre est dédié "Aux ordinaires ordinaires", le lecteur lambda ne doit pas hésiter à s'y plonger, pour son plus grand bonheur.

 

Francis Richard

 

Fragments d'un homme ordinaire, François Debluë, 152 pages, L'Age d'Homme  

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 05:00

Prince d'orchestre ArditiLa citation de Francisco Tamayo mise en exergue du dernier livre de Metin Arditi résume bien le propos de l'auteur:

 

"La vida es polvo y el destino viento" (La vie est poussière et le destin vent)

 

Nous sommes peu de choses sur cette Terre et nous ne maîtrisons pas vraiment notre existence.

 

Alexis Kandilis est un chef d'orchestre de renommée internationale. Il est même le plus grand parmi les vivants.

 

A l'exception peut-être de son rival Akrashoff qui dirige plus en puissance, mais moins en transparence que lui.

 

Au moment où commence l'histoire, en avril 1997,  Alexis a les plus grandes chances d'être retenu par la maison d'éditions musicales World Music Corporation pour enregistrer avec les Berliner Philharmoniker le B16, comme il l'appelle:

 

"Les neuf symphonies de Beethoven. Plus ses cinq concertos pour piano. Plus le concerto pour violon. Plus le triple concerto pour violon, violoncelle et piano. Seize pièces."

 

Alexis est devenu chef d'orchestre, poussé par sa mère, Clio. Il aurait préféré être compositeur. Mais Clio ne souhaitait pas qu'il ait une vie misérable, le lot des compositeurs de musique. Elle voulait pouvoir être fière de lui, de sa réussite.

 

Une biographie de lui doit prochainement paraître, sous la plume de Donald, illustrée de nombreuses photos, dont celles que Giulia prend de lui, sous la supervision de son agent Ted, assisté par Sonia.

 

Cette proche consécration littéraire nourrit encore davantage son ego qui n'est pas mince et qui souffrirait que soient évoqués par son biographe deux épisodes de son enfance, blessures intimes, qui le hantent et l'affaiblissent.

 

Il y a cet accident qui s'est produit sur l'île grecque de Spetses, dont le souvenir douloureux est ravivé lorsqu'il écoute les Kindertotenlieder de Mahler; il y a ce qui s'est passé à l'institut Alderson, en Suisse, où il a été placé à l'âge de 11 ans, dont son ami Lenny a été le témoin et qui pourrait ternir son image.

 

Cette réussite sans faille va pourtant être remise en cause à la suite d'un incident qui va déclencher une série d'événements qui vont bouleverser sa vie. Lors d'une répétition à Paris de la Symphonie fantastique il humilie devant tout l'orchestre un percussionniste qui, après quatre essais, n'est pas parvenu à placer sa frappe au bon moment.

 

Déchu de son piédestal, il fait la rencontre, à l'hôtel Beau-Rivage de Genève, d'un admirateur, Menahem Keller. Celui-ci l'emmène un jour au casino de Divonne. Pour Menahem, il ne s'agit surtout pas de jouer mais d'observer la bille de la roulette:

 

"Cette bille qui feint d'aller sur le 8, le caresse, tressaute, frôle le 24, s'arrête sur le 16, et pour finir choisit le 7. On l'attend ici, elle va là, puis ailleurs... Qu'est-ce qu'elle fait? Elle joue à cache-cache avec nous! La roulette, c'est la vie."

 

Alexis ne va pas s'en tenir aux réflexions philosophiques que lui conseille de faire son nouvel ami, éprouvé par l'attentat qui a laissé son fils dans un état végétatif et qui a conduit sa femme au suicide. Il va jouer et tout perdre, comme si la descente aux enfers, une fois amorcée, ne pouvait plus être stoppée. Le dénouement, annoncé dans le prologue, ne sera pas évité.

 

Alexis est monté très haut. Petit, il se voulait prince. En quelque sorte il l'a été, prince d'orchestre, comme le titre qui était prévu pour son hagiographie. Plus dure est donc sa chute. Dans son cas la musique n'adoucit pas les moeurs. Même si, par moments, l'espoir renaît de sa possible rédemption grâce à elle.

 

Le lecteur sait dès le début quelle sera, le 15 août 1998, la fin inéluctable de cette histoire. Metin Arditi le tient pourtant en haleine jusqu'au bout et ne le laisse pas, malgré tout, sur une note pessimiste. Comme la vie, il réserve à la fin quelques petites bonnes surprises, qui compensent un peu le terrible déterminisme du récit.

 

Francis Richard

 

Prince d'orchestre, Metin Arditi, 380 pages, Actes Sud

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:15

Bouchard-Effet PopescuLouise Anne Bouchard - sans trait d'union entre Louise et Anne, elle y tient, et pourquoi lui déplaire? - se livre dans ce récit. C'est l'effet Popescu.

 

Depuis des années elle suit sans qu'il le sache l'écrivain Daniel Marius Popescu, dont elle admire l'immense talent.

 

Mais ce n'est pas seulement l'écrivain qu'elle aime, c'est également l'homme, dont on dit - là on se veut péjoratif - qu'il est excessif, ce qui ne la dérange pas le moins du monde:

 

"Abonnée aux excès depuis ma plus tendre enfance, la modération m'exaspère."

 

Combien de fois l'a-t-elle rencontré? Deux fois en fait. Plusieurs fois autrement.

 

Le nom de Popescu lui a d'abord été jeté avec mépris à la figure, dans un train, par une dame qui avait écrit à son éditeur à elle pour dire que son deuxième roman, La Fureur, ne valait rien. Elle avait noté ce nom de Popescu en 2001 "dans un carnet à couverture fleurie", puis l'avait coincé entre deux photos de belles femmes dévêtues, sous la douche, Dita Von Teese et Sadie Frost.

 

Dix ans plus tard elle lance le projet d'un ouvrage collectif où elle réunit des écrivains et des chroniqueurs qu'elle aime. Il en fait partie. Elle le rencontre après sa journée de travail de chauffeur de bus à Lausanne, rue de la Borde, au dépôt, un jeudi soir de décembre.

 

Il l'invite à dîner chez lui. Elle mange, lui pas. Il parle de sa chronologie roumaine, douloureuse. Il l'oblige à revisiter la sienne, québecoise. C'est l'effet Popescu. Elle est maigre alors. Elle travaille dans un bistrot. Elle ne va jamais chez le coiffeur. Elle n'emprunte pas d'argent, mais des livres - elle lit Calaferte, Kerouac, London, des grands noms américains, Oscar Wilde, Nietzsche:

 

"J'étais dans les bonnes grâces des uns mais souvent dans le lit des autres, parce que mon appartement était vraiment mal chauffé."

 

La chronologie douloureuse s'interrompt le jour où l'adolescente rebelle qu'elle a été comprend qu'elle est mal partie. Elle saisit une opportunité à Paris. Elle dormira désormais un peu plus, à défaut de se promettre une bonne conduite pour le reste de ses jours. Ce soir-là elle en veut donc à Daniel Marius Popescu:

 

"De m'avoir fait revisiter, à mon insu, les hivers durs de Montréal, ses rues tavelées de sel, ces trottoirs sur lesquels je suis allée, seule ou accompagnée, heureuse ou désespérée."

 

Elle revient de ce sentiment parce qu'il raconte qu'il a voulu faire visiter à un compatriote les quartiers chauds de Lausanne et elle le surprend en lui disant qu'il aurait suffi de lui téléphoner pour qu'elle fasse cette visite guidée, à Lausanne, Genève, Zurich, Bâle, ou même à Amsterdam ou Hambourg.

 

Finalement il lui plaît. Il se croit irrésistible et il l'est vraiment. Et le lendemain elle passe sa journée à lire les deux cents pages des Couleurs de l'hirondelle, sans interruption ou presque.

 

Un autre projet est le prétexte d'une deuxième rencontre. Elle apprend cette fois qu'ils iront ensemble en Roumanie et elle lui propose le voyage à Montréal après. Il lui parle d'Agota Kristof. Ce nom claque et lui fait souvenir de sa soeur avec qui elle est brouillée et qui lui avait recommandé, elle qui ne lisait pas ou peu, Le Grand Cahier. Qui se termine avec:

 

"Oui, il y a un moyen de traverser la frontière: c'est de faire passer quelqu'un devant soi."

 

Louise Anne doit bien arrêter d'écrire cet "amour à la lettre" (selon l'expression en exergue de Cécile Coulon) pour Daniel Marius Popescu, car "il y a toujours une frontière quelque part". Elle conclut:

 

"Neuf mille mots, dix ans d'impatience.

Je t'embrasse."

 

Louise Anne Bouchard est bien un écrivain et...une femme.

 

Francis Richard

 

L'effet Popescu, Louise Anne Bouchard, 64 pages, BSN Press, Collection fictio

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 20:45

Murènes PignatDans ce recueil de nouvelles, Cédric Pignat ne parle qu'une fois de murènes.

 

Le personnage de Suivez-moi-jeune-homme, Valère, suit une belle inconnue. Il passe devant une terrasse où il se souvient d'avoir siroté un lait vanillé tout en lisant une revue géographique.

 

Les rires de trois adolescentes l'avait distrait de sa lecture et "lorsqu'il ramena son attention sur les pages glacées, des murènes guettaient, poissons sans écailles".

 

Qui sont ces murènes qui guettaient Valère? L'auteur ne le dit pas. Elles font partie du mystère qui enveloppe ces nouvelles au nombre de trente-un.

 

Les personnages sont pour la plupart des hommes, solitaires et dont l'esprit vague.

 

Celui-ci se dédouble et n'aime pas son autre lui-même. Celui-là est détenu et se rend compte qu'il n'est plus. Cet autre, au bout de son errance, découvre sur une plage une amphore qui, débouchée, exhale un souffle qui éteint la lumière. Cet autre encore est le père d'un assassin assistant aux obsèques pluvieuses de la victime. Un masque poursuit inlassablement un protagoniste, sans ciller, immuable, indistinct, et un autre masque regarde un autre protagoniste, de ses yeux blafards.

 

Certains de ces hommes pensent à une femme, qui à la femme qu'il va préférer à ses livres; qui à la femme qu'il néglige pour ses livres; qui à la femme qu'il retrouvera dans son bain après avoir chiné chez un bouquiniste; qui à la femme inconnue qu'il désire et voudrait bien aimer; qui, alors qu'il est bien vivant, à la femme morte qu'il n'a même pas su enterrer; qui à la femme qu'il a épousée et le surprendra toujours; qui à la femme lascive qui lui a ouvert son lit et auquel il laisse dans la coupelle un beau billet bleu; qui à la femme vieillie qui dort à ses côtés pendant une nuit d'insomnie; qui à la femme qui porte réellement le prénom rêvé d'Ophélie.

 

Le sang coule et enivre des amantes qui jouent du scalpel pendant leurs ébats. Il est tiède et s'échappe du ventre d'un homme qui a reçu un coup de couteau et se tord en contenant ses viscères. Il s'écoule du cadavre impur d'une jeune femme maigre et nue. Il déborde des mains de l'enfant qui essaie de contenir l'hémorragie provenant de sa gorge: celui qui vient de le violer sauvagement l'a tranchée et la scène du crime se répétera, sous la plume d'un écrivain morbide, tout au long de vingt volumes qu'on lira comme on a lu Sade ou Céline, mais qui ne remplaceront ni Proust ni Kafka.

 

Le roman vrai, insoupçonné, d'un père se déroule outre-tombe par l'enregistrement de sa voix sur des cassettes et ce père continue de manquer à son fils qui l'écoute. Une fille dit à sa mère agonisante qu'elle ne respectera pas ses dernières volontés de chrétienne après sa mort. Sur la route, un homme est sur le point de détruire deux vies, la sienne, médiocre, et celle de son amante, pour être bien sûr qu'elle ne le quittera pas. Chessex est mort et le narrateur n'assistera pas à ses funérailles à la cathédrale, il écrira plutôt sous ce titre le meilleur des hommages. Elle est morte et la robe qu'elle portait à certaines occasions la ressuscite. Une femme écrit une lettre d'amour avant de s'endormir pour l'éternité, couchée dans le lit déserté par son amant.

 

La solitude, l'errance, le sang, la mort, l'amour et les femmes peuplent donc ces textes pour le moins insolites et sans fins véritables. Leur auteur est érudit et cela se lit. Mais son érudition, au lieu qu'elle insupporte, témoigne de son amour de la littérature et des mots qu'il utilise avec gourmandise, savamment, dans un ordonnancement souvent poétique, parfois onirique, en tout cas évocateur.

 

Le personnage des Cathèdres écrit au futur ce que l'auteur fait dans ce livre:

 

"Plus tard, chez lui, seul, sans doute, il reprendra ses notes. Il interrogera ses dictionnaires, choisira ses termes, quelquefois en déshérence, recherchera synonymes et paronymes, peut-être une ou deux rimes. Des mots disparaîtront, d'autres chancelleront; génération spontanée, d'autres encore paraderont. Convoquant ses auteurs de chevet, complice, émule, il éparpillera clins d'yeux et révérences. Ici, là, germeront des points-virgules."

 

Au fait, il paraît que les murènes sont plus effrayantes qu'elles ne sont méchantes dans la réalité (elles seraient même écologiques parce que nécrophages). Il en est de même de ces nouvelles qui ne doivent pas effaroucher, d'autant moins qu'elles font pénétrer dans un monde littéraire hors de l'ordinaire, qu'il serait bien dommage de ne pas connaître.

 

Francis Richard

 

Les Murènes, Cédric Pignat, 292 pages, L'Aire

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 22:30

La jouissance Florian ZellerLe sous-titre de ce livre est Un roman européen. En quoi ce roman écrit en langue française est-il européen?

 

La quatrième de couverture de La jouissance reproduit deux extraits du début de ce roman dont "l'histoire commence là où toutes les histoires devraient finir: dans un lit".

 

Le titre a donc une forte connotation érotique. Mais, quel rapport avec l'Europe?

 

Eh bien, tout le long de son récit l'auteur dresse un parallèle entre le couple de Nicolas et de Pauline et le couple franco-allemand autour duquel l'Union européenne s'est constituée, couples à l'origine tout à fait classiques.

 

Nicolas et Pauline forment toutefois un couple représentatif de notre époque avec tout ce que cela comporte d'inconstances, de malentendus et de pertes de repères.

 

Pauline travaille dans une grande entreprise de cosmétique. S'il existe bien trois catégories d'êtres, les nostalgiques, les jouisseurs et les angoissés, qui vivent respectivement dans le passé, dans le présent et dans l'avenir, Pauline est passée de la première catégorie, à 20 ans, à la troisième, à 30 ans, en ayant sauté l'étape de la jouissance, "la seule étape qui mérite d'être vécue" selon le narrateur.

 

Nicolas est réalisateur, du moins dans ses rêves, peuplés du Voyage en Italie de Rosselini et du Mépris de Godard. En attendant que ses rêves deviennent réalité, il est "chauffeur pour les acteurs" et tente d'écrire un scénario quand il a du temps libre. Nicolas appartient à l'évidence à la deuxième catégorie, celle des jouisseurs. Un jouisseur "obtinément tourné vers la joie". Ce qui a le don de rassurer Pauline et de lui faire chasser ses mauvaises pensées.

 

Si l'Ode à la joie de Beethoven est devenu l'hymne européen, faute pour les pères de l'Europe d'avoir trouvé un chant de paix qui aurait fait l'unanimité, l'hymne national de Pauline et Nicolas est Perfect Day de Lou Reed. Si l'Union européenne se traduit par la disparition des frontières, Pauline abolit les siennes dans ses relations sexuelles avec Nicolas après qu'ils se sont mis en ménage.

 

Nicolas, après à peine deux ans de vie commune, se pose la question:

 

"Un homme peut-il se satisfaire sexuellement d'une seule femme?"

 

Il fantasme sur un ménage à trois, qui se retrouveraient dans le même lit. Aux côtés de Pauline, participerait aux ébats la belle Sofia, aux aventures multiples, à l'hédonisme revendiqué, amie serbe de Pauline, qui, elle, "n'envisage pas le sexe autrement que comme une confirmation de l'amour".

 

Quand Helmut Kohl et François Mitterrand se serrent la main à Verdun, le sacrifice des poilus et de leurs alter ego allemands en devient un peu plus absurde. Nicolas, lui, né au tout début des années 80, appartient à une génération qui n'a pas connu de sacrifice, mais seulement "les égratignures de la vie ordinaire". Il ne peut donc pas comprendre. Il refuse le sacrifice inutile d'une vie pépère avec bobonne et le vieillir ensemble que Pauline lui propose.

 

L'espéranto devait être une langue de fraternité, de réconciliation et de paix. Jean-Paul Sartre, de même, avait voulu réinventer le couple. Il avait déclaré à Simone de Beauvoir que leur amour était un amour nécessaire, mais qu'ils devaient expérimenter des amours contingents, qui ne le remettraient pas en cause. Alors que Sofia essaie de faire relativiser par Pauline l'éventuelle infidélité de Nicolas avec une certaine Victoria, pour Pauline l'espéranto du couple sera toujours une langue étrangère.

 

Il y a deux voies possibles pour se consoler de ne pas être immortel, la création et la procréation. Les pères de l'Europe avaient choisi de réconcilier les nations plutôt que d'équilibrer les puissances. Ils pensaient que, si l'Europe était morcelée, elle resterait faible. Ils voulaient donc unir les nations les unes aux autres, en quelque sorte fonder une famille.

 

Pauline pense de même que "fonder une famille, c'est partager avec quelqu'un le désespoir d'être mortel et, de la sorte, s'en consoler un peu". Nicolas ne pense pas ainsi. Quand son père quitte sa femme pour une plus jeune femme, qui a la trentaine comme lui, il ne parvient pas à savoir s'il lui en veut ou s'il l'envie. Après la grossesse de Pauline, lorsque l'enfant paraît, Nicolas et Pauline croient qu'ils vont se rapprocher, mais c'est tout le contraire. Nicolas devient réellement infidèle et Pauline, après en avoir souffert, veut couper les ponts.

 

Parallèlement les pays européens se sont endettés. L'Union qui devaient les rendre forts s'avère un lourd fardeau. Ils ont vécu au-dessus de leurs moyens. Les Européens étaient obnubilés par leur seule jouissance. Ils allaient sortir de l'épreuve appauvris et les sacrifices qui leur seraient demandés seraient sévères. Mais Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se serrent cependant solennellement la main sur le parvis de l'Elysée.

 

Le narrateur est persuadé que seul le pardon permettrait à Pauline et à Nicolas de se retrouver et de se voir tels qu'ils sont, comme la France et l'Allemagne ont fini par se réconcilier après s'être déchirées:

 

"Sans pardon, la rancune impose son règne de pierres, et ils ne peuvent plus se rejoindre: la légèreté de Nicolas est une trahison pour Pauline, de même que son espérance amoureuse se referme sur lui comme un piège. Elle ne comprend pas sa peur d'être privé du monde, et il n'entend pas sa crainte d'être abandonnée."

 

Ce livre avait les qualités requises pour être une peinture d'un couple de notre époque comme il en est bien d'autres et qui souffrent du fait d'être composés de partenaires qui ne vivent pas dans le même temps, sur la même longueur d'onde, et ne se comprennent pas. Etait-il donc bien nécessaire pour autant de faire la comparaison entre le destin de ce couple et celui du couple franco-allemand? Car, des destins collectifs sont-ils vraiment comparables à des destins individuels?

 

Un moment donc, j'ai imaginé que ce roman était débarrassé de ses scories géopolitiques superfétatoires. Il devenait un roman qui avait pour vertus d'être un témoignage fort instructif sur les moeurs contemporaines et de comporter des dialogues criants de vérité - Florian Zeller est un excellent auteur de théâtre - entre des protagonistes ne jouant malheureusement pas dans la même catégorie existentielle.

 

Francis Richard

 

La jouissance, Florian Zeller, 176 pages, Gallimard ici

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 11:40

Barbe bleueDepuis quelques années, à la fin de l'été, je guette l'arrivée du Nothomb nouveau, comme celle, le troisième jeudi de novembre, du beaujolais primeur à sa sortie du tonneau.

 

Le cru Nothomb de cette année est particulièrement délectable. Il faut dire qu'Amélie a puisé son inspiration à la source du Grand Siècle de Charles Perrault et qu'elle l'a accommodé aux saveurs du vingt et unième.

 

Don Elemirio Nibal y Milcar, 44 ans, est un grand d'Espagne qui vit dans un somptueux hôtel de maître du VIIe arrondissement de Paris dont il ne sort plus depuis 20 ans. Il est, de toute façon, insortable.

 

Don Elemirio mène grand train et n'exerce d'autre activité à plein temps que d'être digne, c'est-à-dire espagnol, catholique, rachetant ses péchés en versant des ducats à son confesseur. Il dispose d'une domesticité exclusivement masculine, un chauffeur pour conduire sa Bentley, dans laquelle il ne monte jamais, un secrétaire, Hilarion, et un homme de ménage, Mélaine:

 

"Je ne supporte pas l'idée qu'une tâche dégradante soit exercée par une femme." dit-il pour justifier cette mâle exclusivité.

 

Don Elemirio aime les femmes. Cet homme, le plus noble homme du monde, qu'il ne fréquente plus, les fait venir à lui. Pour les trouver il emploie un moyen sûr. Il met en colocation, par annonce, une grande pièce de ses appartements, à un prix défiant toute concurrence:

 

"La colocataire est la femme idéale. Enfin presque."

 

En 18 ans, il a eu huit colocataires, qui ont toutes disparu, sans laisser de traces, ce qui vaut au "maître de ces lieux" parisiens (Charles Perrault parlait de "maître du logis") une fâcheuse réputation. Cette réputation n'empêche pas les candidates (il n'y a jamais de candidats) de se presser encore à l'annonce d'une neuvième colocation.

 

Parmi les quinze femmes empressées cette fois-là, Sarturnine, qui enseigne à l'Ecole du Louvre, est l'élue de Don Elemirio. Elle est certes jolie, mais c'est surtout la plus jeune, 25 ans. Sans beaucoup d'hésitations elle quitte le 25 m2 de son amie Corinne, sis à Marne-la-Vallée, tout proche d'Eurodisney où cette dernière travaille. Il n'y a pas de comparaison entre l'inconfort d'un canapé en banlieue et "l'extraordinaire confort du lit" de ces lieux.

 

Une seule pièce est interdite à la colocataire, la chambre noire (dans le conte éponyme de Perrault c'était un cabinet), car l'hôte est photographe, très occasionnel:

 

"Si vous y pénétriez, je le saurais et il vous en cuirait."

 

En fait Saturnine - qui succède à Emeline, Proserpine, Séverine, Incarnadine, Térébenthine, Mélusine, Albumine, Digitaline - n'est pas curieuse. Elle est différente des colocataires précédentes. Don Elemerio, qui tombe tout de suite amoureux d'elle et qui a pourtant un physique quelconque, lui dit au bout de quelque temps:

 

"Toutes mes colocataires se sont éprises de moi en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, sauf vous. Parfois je me demande si ce n'est pas parce que vous êtes belge."

 

Toute allusion malicieuse à la nationalité de l'auteur serait purement fortuite...

 

Amélie Nothomb est tellement imprégnée de l'univers de Charles Perrault qu'elle fait de sa Barbe bleue, par ailleurs excellent cuisinier, un couturier hors pair, confectionnant des robes "couleur du temps" pour ses colocataires, comme celles portées par Peau d'Ane.

 

Ce conte, dont je laisse au lecteur le soin de découvrir le déroulement et la fin, est très agréable à lire, d'autant plus qu'il est émaillé de dialogues brillants entre Don Elemirio et Saturnine, qui valent leur pesant d'or - c'est le cas de le dire - tous deux ayant un sens réel de la répartie.

 

Avec Amélie Nothomb, Espagne finit par rimer avec champagne, que le couple de protagonistes boit d'ailleurs avec délectation dans des flûtes de cristal de Tolède. Car son récit pétille littéralement, comme la version fluide de l'or qu'est ce breuvage divin.

 

Francis Richard

 

Barbe bleue, Amélie Nothomb, 180 pages, Albin Michel ici 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 20:25

Le roman de don JuanLe veine de Don Juan est décidément inépuisable. Pourquoi Antonio Albanese n'y aurait-t-il pas creusé à son tour quelques pépites sur un mode contemporain? Car, après tout, si le personnage n'apparaît nommément que tardivement, avec Tirso de Molina, il est vieux comme le monde historique connu.

 

Dans son premier roman, La chute de l'homme ici, paru il y a deux ans, il avait écrit un livre dans le livre et le dédoublement était général, semant la plus grande confusion chez le lecteur qui ne savait plus où il habitait.

 

Cette fois il s'agit de trois romans gigognes qui, comme les meubles éponymes, s'emboîtent les uns dans les autres. Ainsi s'explique la présence à la fin de ce roman de trois épilogues, qui peuvent intriguer celui qui feuillette le livre sans le lire.

 

Jean Velasco a écrit un roman qu'il a intitulé Le Roman de Don Juan. Son éditrice, Anne, l'a rencontré dix ans auparavant écrivant sur une table de café, dans la plus pure tradition mythique de l'écrivain, qui attire ainsi l'attention d'éventuelles admiratrices, et plus si affinités. Elle n'avait pas oublié la complicité immédiate qu'elle avait éprouvée avec cet inconnu, dont l'instabilité de revenus et dans les relations amoureuses l'avait tout de même fait fuir.

 

Dans sa vie personnelle apparemment tranquille, Anne n'est pas à l'aise. Elle se sent sombrer, de même que son couple avec Stéphane. Du coup elle s'investit trop personnellement dans le livre de Jean Velasco, dans lequel elle se retrouve et qu'elle doit défendre devant le comité de lecture des Editions du Défi. Au point d'en perdre son discernement habituel. Il faut dire qu'elle désapprouve intimement l'héroïne, Faustine, au prénom que ne renierait pas le marquis de Sade, et qu'elle plaint son compagnon Victor, comme Hugo, avec lequel son auteur a plus d'un point commun.

 

Victor Manara, comme Juan de Manara, écrit une thèse sur Le libertinage de moeurs et d'idées dans la littérature du dix-huitième siècle. Il a rencontré Faustine cinq ans auparavant et vit avec elle depuis deux ans. Tous deux ont un père universitaire. Ils forment le couple parfait, trop parfait, que leurs amis envient, jusqu'au jour où Faustine quitte Victor de manière inattendue, désarmant complètement ce dernier. Qui devient mauvais, dans tous les sens du terme, surtout quand il apprend qu'elle sort avec Mathias, auteur quadra dont elle se gaussait avec lui naguère.

 

Victor a beau connaître sur le bout des doigts la mécanique donjuanesque, il est bien en peine de l'utiliser à son profit dans son existence devenue bien solitaire après le départ de Faustine. Comme un bienfait n'est jamais perdu, Philippe Gandolfi, à qui il a sauvé la mise un jour où il était au fond du trou, lui explique sa méthode pratique de séduction. Il a écrit un roman, Le roman de Don Juan, qui lui sert d'appât pour séduire les femmes.

 

Anne pensait que ce roman n'existait pas, puisque Jean ne lui avait pas donné à lire. Jean la détrompe. Il existe bel et bien, à l'état d'ébauche, assortie de notes et commentaires. Il ne donne donc pas seulement son titre à l'ouvrage. Certes Philippe Gandolfi a écrit là, sous sa plume, un roman à l'eau de rose, mais, pour parvenir à ses fins, il a un art et une manière bien personnels de présenter cette idylle à faire pleurer aux femmes intriguées par son manège, quand il écrit quelques feuillets à la table d'un café.

 

Dans ce roman dans le roman, Léonore est une jeune femme de trente ans qui n'a pas longtemps à vivre et qui s'est retirée à la campagne pour ne plus faire de projets d'avenir. Mais Gaspard, une véritable gravure de mode, frappe un jour à son huis. Curieusement elle ne sait jamais lui dire non aux propositions de divertissements qu'il lui fait pour occuper le temps qui lui reste à vivre. Ainsi vivent-ils aujourd'hui intensément ensemble, ne se préoccupant plus d'hier et se refusant de penser à demain.

 

Avec habileté, dans une langue qui se garde de fioritures inutiles mais qui se met au service pédagogique d'interrogations éternelles, Antonio Albanese balade le lecteur entre romantisme et cynisme de la séduction, qui entrent souvent en lutte chez une même personne, et pas seulement masculine. C'est finalement pour mieux dépeindre avec réalisme des situations dans lesquelles des couples de notre époque, confrontés à l'usure, à l'infidélité et aux ruptures, peuvent se reconnaître.

 

Jean Velasco, à un moment donné, fait dire à son Don Juan, Philippe Gandolfi:

 

"Le couple ne pouvait fonctionner que lorsqu'il était légitimé par une croyance qui le dépassait."

 

N'est-ce pas un début d'explication de ces ruptures rapides, sur un mode contemporain?

 

Francis Richard

 

Le roman de Don Juan, Antonio Albanese, 308 pages, L'Age d'Homme ici

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 21:55

Richard MilletDans L'Hebdo du 20 septembre 2012 on peut lire cette brève, mise en marge, sous les projecteurs:

 

"En réaction à la polémique suscitée par la publication de son nauséabond Eloge littéraire d'Anders Breivik, Richard Millet se retire du comité de lecture des Editions Gallimard, maison dans laquelle il continuera pourtant de suivre les auteurs dont il avait la charge."

 

L'Hebdo résume en ces termes le "pamphlet antimulticulturalisme" de 17 pages qui avait alarmé Jérôme Garcin, Jean-Marie Le Clézio et Annie Ernaux :

 

"Millet écrivait que la tuerie de l'île d'Utoya était "sans doute ce que méritait la Norvège"."

 

Comme je me méfie des médias, j'ai voulu aller voir de plus près ce que disait Richard Millet dans ce texte au titre provocateur et, dans la foulée, j'ai lu les trois petits livres, petits par le nombre de pages, qui viennent de paraître sous sa signature, dont l'un comprend le "pamphlet" qualifié de "nauséabond" par L'Hebdo.

 

Richard Millet souffre. Et, comme il est écrivain, il souffre littérairement. Dans ses trois livres parus ce mois-ci il exprime ce qui le fait souffrir.

 

En qualité d'écrivain, il dit souffrir que la langue française soit manipulée, détruite, malmenée par "l'oralité la plus basse", qu'elle ne soit plus un instrument de connaissance et qu'elle devienne un outil de propagande, que le style soit évacué au profit de l'écriture:

 

"Ecrire revient donc la plupart du temps à faire état d'une indigence syntaxique, sémantique, anthropologique, culturelle, dans laquelle la langue n'existe pour ainsi dire plus."

 

Il voit au contraire dans le style "une sorte d'éternité, ou de dilution du temps en lui-même, pour celui qui écrit".

 

L'écrivain ne peut être que solitaire. S'il veut rester styliste, envers et contre tout, il doit jouer sa "nullité économique contre la reconnaissance symbolique donnée par des agences de notation" où il ne se reconnaît pas; il doit "parler depuis cet étrange lieu qu'est la nullité sociale de l'écrivain", à qui ce qui peut arriver de pire est d'être "consensuel" s'il est parvenu au sommet de son art.

 

Pour être libre l'écrivain doit renoncer "aux signes de la richesse littéraire, autrement dit la respectabilité, les récompenses, les honneurs." Millet fait dire à son autre lui-même qu'est le narrateur d'Intérieur avec deux femmes :

 

"C'était en écrivain déclassé, marginal, solitaire, que j'entendais vivre ce qui me restait de vie, sans céder en rien à ceux qui me déclarent détestable, sinon infréquentable."

 

Ce sont l'insignifiance et le divertissement généralisé qui font souffrir Richard Millet. Ainsi souffre-t-il que le roman se réduise désormais à sa seule intrigue au détriment du style. Il parle alors de roman international et de roman post-littéraire qui s'imposent par le terrorisme économique; il parle de mort de la littérature dans le roman.

 

Richard Millet souffre que la littérature soit méprisée, voire haïe, parce qu'"on préfère la pauvreté de l'illusion à la richesse du réel". Il constate que la démarche créatrice aujourd'hui "conduit à se fuir au lieu de se confronter aux divers ordres de temporalité humaine, notamment à cette expérience de la profondeur et du sens, c'est-à-dire de Dieu, selon Steiner, et sans laquelle il n'y a pas d'art."

 

Il ne cherche pas à dialoguer, ni à débattre:

 

"Je me situe d'emblée hors dialectique; je me contente de dire, de témoigner, de me tenir dans la pure affirmation, cette pureté fût-elle perçue comme guerrière."

 

Il est sincère quand il écrit:

 

"Dire la vérité est un acte insurrectionnel: je ne serais pas écrivain si je mentais ou me taisais."

 

Qu'affirme-t-il? Il affirme que "le capitalisme est la dégradation infinie de l'Autre au nom même de l'altérité" (il le rend responsable de l'immigration massive et continue en Europe et l'accuse d'être l'allié de l'islamisme) et il affirme que les deux piliers du Nouvel Ordre Mondial sont le Marché et le Droit.

 

Richard Millet souffre de la médiocrité ambiante et il oppose le monde vertical au "monde horizontal, où le Marché et le Droit définissent apparemment l'espace infini mais en réalité restreint, mesuré, surveillé, sinon perverti, de l'échange, et dans lequel l'Autre est devenu le Même sous la forme de simulacres, le faux ayant remplacé le vrai, la vérité n'étant plus que le prétexte du faux, et la transparence l'ombre du mensonge."

 

Richard Millet, "Français de souche et de race blanche, hétérosexuel, catholique", est particulièrement soucieux de ce qu'il a reçu en héritage, notamment la langue, et de le transmettre à son tour. Il souffre et pose la question:

 

"Est-il criminel de prétendre nommer les choses, et dire non seulement la couleur des gens, leur ethnie, leur race, leur comportement [...] mais aussi la douleur qui est mienne à constater que ce dans quoi on m'a élevé est décrété obsolète, voire nocif?"

 

L'idéologie antiraciste empêche l'écrivain qu'il est "de dire littérairement la vérité sur la France, notamment sur l'immigration extra-européenne". Elle a besoin d'inventer du racisme "pour justifier la terreur qu'elle exerce sur tout le monde" et les antiracistes se livrent "au nom du Droit, à ce dans quoi se sont illustrés les plus violents racistes: lynchage médiatique, condamnation judiciaire, destruction de l'homme libre".

 

Richard Millet s'insurge contre cette intimidation majeure :

 

"Prétendre que remarquer qu'on est le seul blanc dans une station du RER implique que l'on eût envoyé en d'autres temps des Juifs à Auschwitz."

 

Il souffre d'admettre qu'"il n'y a plus de peuple français, mais un assemblage ethnico-social auquel le Marché et le Droit donnent l'illusion d'un ensemble homogène".

 

En fait dans ces trois livres Richard Millet reprend et développe des thèmes qu'il avait abordés dans La fatigue du sens , dont j'ai rendu compte ici sur ce blog. J'écrivais:

 

"Richard Millet ne voit pas que l'immigration massive ne résulte pas de la libre circulation des personnes, qui est une bonne chose [...] . Si elle massive, ce n'est pas du fait du libéralisme, ni de la mondialisation des échanges, qui est également une bonne chose, mais du fait du mondialisme, idéologie qui conduit à établir un gouvernement mondial, à réglementer les échanges, à uniformiser les esprits et à plonger dans la misère les pays extra-européens d'émigration, qui sont également paupérisés parce qu'ils ont à leur tête des dirigeants corrompus et restreignant les libertés."

 

J'ajoutais:

 

"Du fait de la déchristianisation, les Européens, au lieu de profiter du bien-être matériel dont ils jouissent pour se consacrer à des aspirations spirituelles, s'adonnent à l'hédonisme, qu'encouragent en plus les Etats-Providence. C'est la pente des hommes, plus enclins, du fait de leurs faiblesses, à l'horizontalité qu'à la verticalité. C'est ce qui les fait renoncer à l'intelligence, à l'héritage, à la profondeur, à l'effort."

 

C'est pourquoi je suis convaincu que seul le retour aux valeurs judéo-chrétiennes et aux racines gréco-latines, c'est-à-dire le retour aux valeurs de liberté et de responsabilité qui en découlent, peut permettre d'empêcher "l'accomplissement accéléré d'une décadence".

 

Pour en revenir au début de cet article, l'éloge littéraire que fait Richard Millet d'Anders Breivik n'est pas celui que laisse supposer le titre et que fustigent les médias, habitués qu'ils sont à "décontextualiser, amalgamer, extrapoler, intimider, insulter, mentir, éliminer pour composer une version fallacieuse du réel".

 

Richard Millet dit clairement qu'il désapprouve et condamne les actes injustifiables du Norvégien, qui sont  insignifiants "sur le plan de l'efficacité politique" et qui sont "au mieux une manifestation dérisoire de l'instinct de survie civilisationnel".

 

Mais il a lu le "compendium" de 1'500 pages que le tueur a diffusé sur Internet. Et ce sont les analyses pertinentes qu'il contient, selon lui, et qui correspondent à ses propres préoccupations, qui ont retenu son attention:

 

"Breivik nous rappelle, d'une manière dont la signature dessert la pensée (ou même l'abolit), qu'une guerre civile est en cours en Europe."

 

Il apparaît plus comme un symptôme de décadence que comme un révélateur de sens:

 

"Breivik est, certes, le signe désespéré, et désespérant, de la sous-estimation par l'Europe du multiculturalisme; il signale aussi la défaite du spirituel au profit de l'argent."

 

Richard Millet constate:

 

"La dérive de Breivik s'inscrit dans la grande perte d'innocence et d'espoir caractérisant l'Occident, et qui sont les autres noms de la ruine de la valeur et du sens. Breivik est, comme tant d'autres inidividus, jeunes ou non, exemplaire d'une population devant qui la constante dévalorisation de l'idée de nation, l'opprobre jeté sur l'amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire qu'accroît le fait de vivre une fin de civilisation."

 

Richard Millet remarque:

 

"Breivik n'est pas raciste; ce ne sont pas des immigrés qu'il a tués, mais de jeunes Norvégiens de souche, travaillant, selon lui (et là se trouve le coeur de l'affaire), à la dénaturation norvégienne."

 

Après avoir rappelé la vision lénifiante des auteurs de thrillers scandinaves, qui se font l'écho "d'un "exotisme" à domicile, derrière lequel on se refuse à considérer que le chant du muezzin sonnerait la mort de la chrétienté, donc la fin de nos nations", Richard Millet écrit la petite phrase tronquée par L'Hebdo, qui a valu à son texte d'être traité de nauséabond:

 

"Dans cette décadence, Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s'aveugler pour mieux se renier, particulièrement la France et l'Angleterre; loin d'être un ange exterminateur, ni une bête de l'Apocalypse, il est tout à la fois bourreau et victime, symptôme et impossible remède. Il est l'impossible même, dont la négativité s'est déchaînée dans le ciel spirituel de l'Europe."

 

Même si l'on ne partage pas le pessimisme ou la souffrance littéraire de Richard Millet, il est intellectuellement malhonnête de déformer sa pensée...

 

Francis Richard

 

Langue fantôme, suivi de, Eloge littéraire d'Anders Breivik, Richard Millet, 126 pages, Pierre Guillaume de Roux ici

Intérieur avec deux femmes, Richard Millet, 144 pages, Pierre Guillaume de Roux ici

De l'antiracisme comme terreur littéraire, Richard Millet, 96 pages, Pierre Guillaume de Roux ici

 

Cet article est publié également sur lesobservateurs.ch

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:00

Harry QuebertLe livre sur les quais, Morges, 8 septembre 2012:

- J'ai beaucoup aimé votre premier livre
- Je sais... Celui-ci est très différent
- Vous savez, je ne parle, en principe, que des livres que j'aime.
- Je patienterai et je guetterai...
(Tu peux toujours attendre. Ton livre est un vrai pavé...)

 

A été pris qui croyait prendre. Je n'aurais pas dû commencer ma lecture. Je n'ai pas pu m'en déprendre, et j'ai aimé. Beaucoup. Impossible donc de ne pas en parler aussitôt.

 

Si tu ne veux pas abandonner le boire et le manger, y passer la nuit le jour, ami lecteur, je t'en conjure, ne lis pas le premier chapitre de ce livre. Il te captivera, comme tout bon premier chapitre, qui est essentiel, et tu ne voudras plus rien faire d'autre que lire le reste, quoi qu'il t'en coûte.

 

Le 30 août 1975, une jeune fille blonde, aux yeux verts, âgée de 15 ans, disparaît, une certaine Nola Kellergan. Elle est l'enfant unique de Louisa et de David, révérend pasteur de son état. Cela se passe aux Etats-Unis, dans le New Hampshire, dans la petite ville d'Aurora, tranquille comme peut l'être celle peinte par Edward Hopper, qui orne la couverture.

 

Trente-trois ans plus tard, début 2008, Marcus Goldman, 30 ans, après l'avoir délaissé plus d'un an, fait signe à son vieux maître et ami, Harry Quebert, 67 ans, qu'il a connu il y a dix ans et qui lui a donné 31 conseils pour devenir l'écrivain à succès qu'il est maintenant. Il l'appelle au secours parce qu'il n'a pas écrit une ligne du deuxième livre qu'il s'est engagé, par contrat, à remettre à son éditeur, avant la fin juin de cette année d'élection présidentielle. 

 

Marcus est en effet atteint de la maladie des écrivains - qui n'atteint pas ceux qui les critiquent, confortablement installés dans leur fauteuil - et se fait assaisonner d'importance par Harry:

 

"Les pages blanches sont aussi stupides que les pannes sexuelles liées à la performance: c'est la panique du génie, celle-là même qui rend votre petite queue toute molle lorsque vous vous apprêtez à jouer à la brouette avec une de vos admiratrices et que vous ne pensez qu'à lui procurer un orgasme tel qu'il sera remarquable sur l'échelle de Richter. Ne vous souciez pas du génie, contentez-vous d'aligner les mots ensemble. Le génie vient naturellement."

 

Pendant quelques semaines Marcus s'installe donc chez Harry dans sa propriété de bord de mer, Goose Cove, toute proche de la petite ville d'Aurora. Sans résultat. Il découvre seulement, par indiscrétion, que son maître Harry était tombé amoureux de Nola, la jeune fille de 15 ans, disparue trente-trois ans plus tôt. La queue entre les jambes, Marcus retourne donc bredouille à New York. Où il reçoit quelque temps plus tard un coup de fil d'un Harry affolé.

 

Le 12 juin 2008, des jardiniers, venus planter des hortensias dans son jardin, découvrent le corps de Nola enterré avec, dans un sac, le manuscrit de son best-seller, Les origines du mal, qui lui a valu sa notoriété et sa respectabilité. Harry, le brillant professeur de l'université de Burrows, est, comme il se doit, accusé de meurtre:

 

"En moins de deux semaines, Harry avait tout perdu. Il était désormais un auteur interdit, un professeur répudié, un être haï par toute une nation."

 

Sa réputation est ternie, parce que, pour son malheur, à 34 ans, il a aimé la femme de sa vie ... qui n'avait que 15 ans. Son magnifique livre, Les origines du mal, inspiré en fait par cet amour pour Nola, est retiré des programmes scolaires et des rayons de librairie d'une Amérique horrifiée par tant de turpitude. S'en relèvera-t-il? Lui qui disait naguère à son disciple:

 

"L'important n'est pas la chute, parce que la chute, elle, est inévitable, l'important est de savoir se relever."

 

Marcus ne fait ni une ni deux. Il se rend à Aurora et s'installe à nouveau à Goose Cove, seul. Cette fois pour défendre son ami Harry, dont il est convaincu de l'innocence. Commence une longue enquête aux multiples rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine jusqu'au bout, jusqu'au dernier chapitre qui est le plus beau, suivant le premier conseil donné par Harry à Marcus.

 

L'avantage de lire ce livre d'une traite est de voir naître au fil du récit les lacunes que l'avancement de l'enquête fait apparaître et de vérifier que Joël Dicker, au fur et à mesure, les comble et répond aux questions restées en suspens. Mais l'intérêt de ce livre ne réside pas dans la seule intrigue policière, particulièrement bien construite et cohérente.

 

L'intérêt réside également dans les 31 conseils pour devenir un écrivain que prodigue Harry à Marcus et qui figurent en tête des chapitres, numérotés de 31 à 1, comme une manière de compte à rebours précédant le dévoilement de la vérité. Ils sont fort judicieux et l'auteur les suit à la lettre, tout en dévoilant au passage les ressorts du monde de l'édition aux Etats-Unis.

 

L'intérêt réside encore dans les fausses pistes dans lesquelles s'engagent Marcus et son lecteur parce que l'interprétation des faits est toujours sujette à caution: "il ne faut pas se fier à l'apparence des faits". Il convient de les creuser profondément avant de faire des déclarations péremptoires.

 

Ce livre rappelle enfin que, dans la vie, il n'est pas rare que la réussite dissimule de réelles impostures, puisqu'il suffit, pour qui est intelligent, "de biaiser les rapports aux autres". Toutefois cela n'est pas sans risque pour ceux qui s'y adonnent, puisqu'ils vivent dans la crainte d'être découverts un jour et que, sans cesse, ils doivent se défiler.

 

Le livre se termine pourtant par une dernière imposture, qui, celle-là, est réjouissante... et par un dernier conseil de Harry:

 

"Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé."

 

Le "on" peut s'appliquer en l'occurrence aussi bien au lecteur qu'à l'auteur. Qui donne l'impression d'avoir pris beaucoup de bonheur à écrire ce livre épatant.

 

Francis Richard

 

La vérité sur l'affaire Harry Quebert, Joël Dicker, 670 pages, Editions de Fallois/L'Age d'Homme ici

 

Cet article est reproduit sur lesobservateurs.ch du 18 septembre 2012.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 22:15

Les lignes de ta paumeLes vingt premières années de notre existence sont déterminantes. Elles nous façonnent pour l'essentiel, malgré que nous en ayons, et font de nous des femmes et des hommes marqués de manière indélébile par cette première tranche de vie.

 

Ce qui ne nous empêche pas d'évoluer diversement à partir de ce moule fondateur.

En écrivant Les lignes de ta paume , Douna Loup a bien compris que son héroïne de quatre-vingt-six ans, au moment où la narratrice finit de restituer sa vie, a ainsi été façonnée.

 

Du coup elle s'attarde peu sur la suite, sentant bien que tout ce qu'elle est devenue est contenu dans ces années d'apprentissage.

 

Emile Machat est flic dans le Jura suisse. Marié à une femme de quinze ans plus âgée que lui, qui ne veut pas d'enfant, il fuit le lit conjugal infructueux avec Marguerite, une fille de la grande bourgoisie horlogère helvétique, avec laquelle cet homme de rien a cinq filles.

 

La deuxième de ses filles s'appelle Nelly, née en février 1926 à Bagnolet, où il tient un commerce, le Café Emile. Nelly y a commencé à tituber sur ses deux jambes, en avril 1927. Si sa tête ne s'en souvient plus, son corps n'a pas dû l'oublier, comme il n'oubliera jamais son enfance nomade:

 

"Je suis née au-delà des frontières. Je mourrai transfrontalière."

 

La famille quitte l'appartement de Bagnolet pour une maison à Bry-sur-Marne, où la Marne s'invite au moment des crues. Puis, lasse de cet inconfort, tout en humidité, elle campe à Belfort, dort à Mulhouse et finit par s'installer en 1937 dans une petite maison, à Roppe, un village près de Belfort.

 

A l'époque, pour les bien-pensants, sa mère, Marguerite, "mène une vie de dépravée sans mariage avec cinq enfants".

 

Marguerite a des velléités de suicide. A Bagnolet elle se pendrait bien à une poutre du grenier devant ses filles, qui se récrient. A Roppe elle presserait bien sur la détente de son joujou de revolver, dans sa chambre, devant la seule Nelly, ou se jetterait bien dans l'eau verte de l'étang en allant le soir chercher du lait. Mais ce ne sont que velléités, qui montrent cependant combien peut être sombre son humeur.

 

Les cinq filles vont à l'école que dirige de manière instable et imprévisible un couple d'instits atrabilaires. La narratrice, s'adressant à Nelly, qui lui a demandé d'écrire sa vie, raconte:

 

"Tes soeurs modèles ramènent des carnets impeccables et tes soeurs cadettes forment leur clan secret, toi tu rêvasse contre les murs."

 

Elle précise:

 

"Tu n'aimes pas les garçons qui pouffent dans les buissons, tu aimes les buissons et leur masse opaque, tu aimes les nuits étoilées qui attendent."

 

Septembre 1939:

 

"L'Europe autour de vous gonfle et bande ses frontières jusqu'à l'éclatement."

 

Après la drôle de guerre, la guerre sérieuse a lieu. La famille Machat passe la frontière suisse et s'établit à Porrentruy, après un passage de frontière au cours duquel il a fallu "perdre un peu de soi".

 

Mais Nelly ne se plaît pas en Suisse, à Miécourt, où son père l'a placée chez des cousins. Elle organise donc une expédition pour retourner en France, mais, une fois à Belfort, elle est réexpédiée, direction la Suisse, avec les deux fugueuses qui l'ont suivie.

 

La guerre est contagieuse et détruit le couple de Marguerite et d'Emile:

 

"Depuis que l'illégalité n'est plus contenue dans l'exil, ça siffle entre leurs corps, ça grince entre leurs mots, ça fuse dans les nuits à cauchemars."

 

Ils se séparent. Première rupture.

 

Marguerite habite avec ses filles une maison de maître de Porrentruy. Comme Nelly a une belle voix, un instituteur musicophile, dénommé Meauchet, propose de lui enseigner solfège et piano. Mais un soir, après lui avoir donné une courte leçon, en la ramenant chez elle, il lui fait entendre une autre musique et la couche de force sur la terre forestière du Jura.

 

Nelly n'a que quatorze ans quand elle perd ainsi "l'adresse du beau temps". Deuxième rupture.

 

Le silence devient sa spécialité:

 

"Tu mâches du silence capiteux qui tourne dans ta bouche au vinaigre", écrit la narratrice.

 

Comme elle est désormais muette et ne veut pas dire son nom à qui l'interroge, un garçon doux l'appelle Linda, qui signifie "jolie" en espagnol. Elle adopte ce prénom et quitte Nelly pour devenir Linda pour la vie.

 

Une nouvelle vie commence quand sa mère, criblée de dettes, doit vendre la maison de maître de Porrentruy, et cette vie n'est dès lors pas un long fleuve tranquille. Elle forge le caractère de Linda qui, peu à peu, fait merveille, de ville en ville, dans la coiffure, faute de briller dans les études.

 

Quatre ans après voir rencontré son mari dans un bal de samedi, alors qu'elle avait vingt ans, elle l'épouse et renonce à son métier. Troisième rupture.

 

Linda, épouse Breuse, met au monde deux filles - son ventre rejette avant terme les trois garçons qu'elle a portés -, et pendant près de quarante ans vit "sa vie de mère avec la force d'une comédienne qui ne quitterait pas son rôle".

 

Un beau jour, après s'être rendue à "un atelier d'expression libre ouvert à tous", elle plaque tout pour se lancer dans la peinture et la sculpture. Quatrième rupture.

 

Dans les lignes de la paume de cette vieille dame énergique qu'est maintenant Linda, la narratrice a lu l'histoire d'une femme éprise de liberté et qui a fini par la trouver "dans l'espace où fonce [son] pinceau", d'où ont surgi, et continuent de surgir, des milliers de tableaux sur des matériaux de fortune.

 

Linda existe. Douna Loup l'a rencontrée. Il s'agit de Linda Naeff ici. Elle a écrit sa vie sans rien inventer et en inventant tout. Est-ce important de savoir quelle est la part de vérité et quelle est la part de romanesque? Ne se confondent-elles pas comme les lignes des deux paumes finissent par se ressembler au bout du voyage terrestre? L'important n'est-il pas qu'il s'agisse d'une vie, qui, en dépit de ruptures, a accompli sa courbe, à nulle autre pareille?

 

Douna Loup a une langue bien à elle. Elle puise dans la nature les images qu'elle y a observées pour illustrer les sentiments, les comportements ou les savoirs humains:

 

"Je regarde au travers des gouttes sur la vitre les larmes de sang d'une vieille dame à l'énergie aussi vive et tonitruante que le tambour des pluies."

 

Ou, au cours d'un séjour de Linda à Zurich:

 

"Ton allemand s'échauffe et s'étire, il prend du muscle, il prend de la souplesse."

 

Cette façon d'écrire est d'une beauté magique, qui permet de supporter les moments les plus pénibles. Elle crée un univers singulier où l'existence, que bercent les mots, prend un tour des plus poétiques. Il s'agit donc bien d'un roman inspiré.

 

Francis Richard

 

Les lignes de ta paume, Douna Loup, 176 pages, Mercure de France ici

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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