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20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 22:55
L'or du temps - Livre III: Mes cercles dérangés, de François Sureau

Mon livre est pareil à la Seine, il s'écoule et ne tarit pas.

 

C'est sur ces paroles d'Agram Bagramko, qu'il fait siennes, que le livre III de François Sureau s'achève, ou plutôt ne s'achève pas, parce que l'auteur, conteur intarissable, laisse à un moment augurer d'autres développements.

 

Peut-être davantage encore que dans les livres précédents, contenus dans ce seul et même volume, l'auteur se livre-t-il, mais il le fait à chaque fois au détour d'une de ses multiples digressions, comme lorsqu'il écrit:

 

En matière de littérature, j'aurai, peut-être toute ma vie, balancé entre l'acceptation et le refus, comme ces pages en témoignent; mais j'ai conçu, à l'usage, du dégoût pour l'anti-littérature des littérateurs.

 

Il suit les traces de Bagramko, qu'il n'a pas connu et qu'il ne cherche d'ailleurs pas à connaître (le pourrait-il vraiment?). Car ce sont ses traces seules qui l'intéressent, qu'elles soient réelles ou imaginées, ce qui est sans importance.

 

En suivant Bagramko, avec pour fil conducteur son livre Ma source la Seine, il revisite des lieux où il a vécu, en découvre d'autres. Mais est-ce vraiment les lieux qui importent? N'est-ce pas plutôt les personnes que ces lieux évoquent.

 

Ces personnes l'entraînent vers d'autres lieux, vers d'autres temps, vers d'autres personnes. À partir d'eux, des cercles (dérangés?) toujours plus grands lui permettent d'entrer dans des considérations plus générales telles que celle-ci:

 

Le roman policier nous retient par le mépris des circonstances adventices - les transformations sociales - et sa concentration sur les seules conséquences du péché originel: la possibilité du meurtre et la douleur d'être désormais livré sans défenses à un monde dans lequel il faut lutter pour survivre, les formes d'organisation successives qu'il peut prendre étant au fond de peu d'intérêt.

 

Ou celle-ci:

 

Chez les modernes, l'incessante production de plans et de programmes va de pair avec une grande pusillanimité dans leur mise en oeuvre. Dans une société où l'on trouve normal d'être gouvernés par des fonctionnaires, au point que leurs échecs ou leurs fautes n'entraînent pas de conséquences qui soient en proportion, il est logique que ces employés qui sont devenus les maîtres se désintéressent des suites effectives de leurs actes.

 

François Sureau parle de lieux et de personnes très divers, connus, inconnus ou méconnus (l'index des noms ne comprend pas moins de vingt-huit pages et l'index des lieux en comprend neuf), sans autre guide que Bagramko.

 

Un lieu revient toutefois plus souvent dans le troisième livre que dans les deux premiers. C'est le château de La Geneste, à Chateaufort, dans la vallée de Chevreuse, où Grigoriev, l'ami de Bagramko, avait un pavillon de peinture.

 

Ce château, que l'auteur prétend n'avoir visité que deux trois fois appartenait au professeur M., dont il reconnaît, au début du livre I, puis dans une note en bas de page du livre III, être le petit-fils. N'aurait-il pas dû s'appeler La Genèse

 

Francis Richard

 

L'or du temps, François Sureau, 850 pages, Gallimard

 

Article sur le livre I:

Des origines à Draveil (3 août 2020)

Article sur le livre II:

Mystiques parisiennes (6 août 2020)

 

Livre précédent:

Sans la liberté (2019)

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 22:45
Vladivostok Circus, d'Elisa Shua Dusapin

Le trio à la barre russe, avec qui nous collaborerons, s'est arrangé avec le directeur pour préparer son numéro au Vladivostok Circus sans payer de loyer, en échange de quoi il se produira ici dans le spectacle du printemps.

 

En ce début novembre, Léon, le metteur en scène canadien, explique à Nathalie, qui vient d'arriver à Vladivostok, qui est là pour créer les costumes du trio et qui ne connaît rien au cirque, pourquoi celui-ci sera bientôt déserté.

 

La barre russe, s'est-elle renseignée avant de venir, est un engin long d'environ trois mètres, large de vingt centimètres, soutenu à chaque extrémité par un porteur, et sur lequel le troisième membre du groupe enchaîne des figures.

 

Le trio est composé d'Anton, qui vient de la région du lac Baïkal, de Nino, d'Allemagne, et d'Anna, de Kiev. Ils vont tenter bientôt ensemble le triple saut périlleux quatre fois d'affilée face aux cinq meilleurs trios de barre russe:

 

Ils se préparent pour l'un des plus grands festivals internationaux du cirque, qui a lieu cette année à Oulan-Oude, en Sibérie, dans un peu plus de six semaines, juste avant Noël.

 

Cette préparation est racontée par Nathalie, qui vient d'Europe et qui explique à Léon pourquoi elle a choisi le costume plutôt que la mode: Je suis moins intéressée par ce que dit un habit que par le fait de travailler sur des corps.

 

Nathalie apprend à mieux connaître les quatre autres, comme ils font plus ample connaissance avec elle. Mais plus l'échéance approche, plus la tension est palpable: la barre russe demande de la précision, ne souffre pas l'aléa.

 

Car la voltigeuse, comme les martinets ont besoin d'un promontoire, a besoin des porteurs pour s'envoler, et, si elle ne passe pas sa vie à voler comme certains d'entre eux, elle s'y met pourtant comme eux en se laissant tomber... 

 

Francis Richard

 

Vladivostok Circus, Elisa Shua Dusapin, 176 pages, Zoé (sortie le 20 août 2020)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Hiver à Sokcho (2016)

Les billes du Pachinko (2018)

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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 16:30
Guerilla II, de Laurent Obertone

Dans le premier volume de Guerilla, sous-titré Le jour où tout s'embrasa, une étincelle a mis le feu aux poudres.

 

Intervenus à la suite de l'appel au secours d'une femme dans la cité Taubira de La Courneuve, trois policiers ont été assaillis par une dizaine de racailles.

 

L'un d'entre eux, roué de coups, a sorti son arme de service et descendu six des assaillants, les deux autres policiers ont trouvé leur salut dans la fuite.

 

Le deuxième volume commence le quatrième jour, après que la cité s'est soulevée, que les banlieues ont suivi et que le président s'est fait tuer.

 

Le pays s'est effondré. Il n'y a plus d'État. C'est l'anarchie, que l'auteur définit ainsi: Désordre, confusion due à un défaut d'organisation, à l'absence de règles, de lois, de principes directeurs.

 

Le temps des barbares commence. Laurent Obertone en fait la cruelle et réaliste description sur le terrain, en plusieurs endroits de France, après que l'électricité a été coupée et que les approvisionnements ont cessé.

 

Des barbares, il y en a ainsi à Paris, dans les Hauts-de-Seine, dans l'Essonne, dans les Yvelines, dans la Somme, en Lozère, en Haute Savoie. Et, dans le neuf-trois, le Califat a été instauré...

 

De ce chaos, de cette sauvagerie, un homme espère bien tirer profit: Directeur général de la DGSI, inconnu du grand public, il est le plus haut fonctionnaire réfugié dans la forteresse de Vincennes,[...] l'ultime bastion de l'État français.

 

C'est bien simple, l'État c'est lui, et il a une piètre opinion des Français. Sciemment il fait tout pour qu'ils soient livrés à eux-mêmes, à l'hiver, aux barbares:

 

Pour eux rien n'est pire que cette liberté. Ils sont faits pour l'esclavage, pour être dirigés et comblés, et doivent l'être par quelqu'un de fort. Je serai celui-là.

 

Cet homme cynique ne craint pas le Califat. Le moment venu, à la fin de l'hiver, la reconquête militaire du pays le balaiera de même que les gangs et les groupes armés.

 

Seulement, il ne faudra laisser subsister, nulle part en France, de groupes autonomes qui pourraient concurrencer l'État, c'est-à-dire lui...

 

Beau programme, bien qu'aventureux !

 

Francis Richard

 

Guerilla II, Laurent Obertone, 432 pages, Ring

 

Livres précédents:

 

La France orange mécanique (2013)

Utoya (2013)

La France Big Brother (2015)

Guerilla (2017)

La France interdite (2018)

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:30
L'or du temps - Livre II: Mystiques parisiennes, de François Sureau

Comme dans le livre I, François Sureau déambule en la compagnie et à l'école d'un étranger inconnu, Agram Bagramko, qu'il n'a pas connu mais dont il a lu Ma source la Seine et dont il a fréquenté un des amis, un dénommé Grigoriev, à la surprenante longévité...

 

Au nombre de ses Mystiques parisiennes, figurent Port-Royal  et Blaise Pascal dont l'auteur fait le fondateur de la RATP (Régie autonome des transports parisiens):

 

En novembre1661, Roannez et Pascal fondent, avec le grand prévôt de l'Hôtel et le Grand Échanson de France, une société ayant pour objet d'exploiter "des carrosses qui feraient toujours les mêmes trajets dans Paris dans un quartier à l'autre, savoir les plus grands pour cinq sols marqués, et partiraient toujours à heures réglées, quelque petit nombre de personnes qui s'y trouvassent, même à vide s'il ne se présentait personne"...

 

Lorsque les religieuses rebelles de Port-Royal, de ville comme des champs (C'est leur rébellion qui est insupportable et non pas son objet), sont excommuniées de fait par l'évêque Péréfixe (Ce n'était pas un persécuteur de profession, seulement un fonctionnaire mitré) et leurs aumôniers exilés, François Sureau remarque:

 

Même s'il se couvre souvent de ridicule dans la personne de ses représentants, l'État conserve en général le dernier mot, et c'est bien la raison pour laquelle tant de gens aspirent dès leur jeune âge aux emplois publics.

 

Les habitués de longue date de la Gare de Lyon reconnaîtront ce qu'en dit l'auteur:

 

La gare de Lyon n'est pas tout à fait restée la même. Faute de temps, d'argent et de goût, le présent y a recouvert le passé d'un badigeon infâme. Le rose et le bleu dominent. Le chef de gare ou ses supérieurs sans casquettes, tapis dans leurs bureaux directoriaux, ont dû penser que ces couleurs avaient des vertus apaisantes.

 

Ancien membre du Conseil d'État, sis place du Palais-Royal, il peut se permettre de dire:

 

Les membres du Conseil baptisent "décisions" leurs jugements , moins par modestie que par secret orgueil.

 

A partir de propos qu'il tient sur Isabelle Adjani - Adjani est au centre de la rive droite - il écrit:

 

L'amour des héroïnes classiques se mesure à l'adversité. Il triomphe au nom des obstacles. L'amour moderne ne se heurte qu'à lui-même.

 

Il ajoute:

 

S'il n'y a pas d'actrice plus profondément spirituelle qu'Adjani, c'est parce qu'elle ne vise pas à incarner le sujet ou l'objet de l'amour, mais l'amour lui-même.

 

Plus loin, il dresse le portrait de Richelieu. Il ne faut pas se méprendre. Il s'agit du ministre de Louis XVIII, qui, bien avant de l'être, fut le roi d'Odessa:

 

Odessa est une utopie, mais qui présente l'avantage de réussir, une République américaine sans esclaves. Son paradoxe est d'être gouvernée par un aristocrate auquel tout revient, et que les visiteurs étrangers prennent pour le "roi d'Odessa". "Ce roi est d'autant plus obéi qu'il est éclairé, écrit Michel Gurfinkiel, et qu'il vit comme un saint." Il ne s'est pas fait bâtir de palais et continue d'habiter dans la première maison qu'il a trouvée, en 1803, avec une quinzaine de protégés. [...] Averti de tout, il ne spécule sur rien, ne prend contrairement aux usages du temps, aucune part aux affaires qu'il autorise...

 

Ces quelques exemples montrent que l'auteur s'intéresse à beaucoup de choses et que, dans ce livre II, tout aussi inclassable que le livre I, dans ce volume baptisé récit, où réel et imaginaire font bon ménage, il laisse libre cours à sa plume, et aborde, de digression en digression, bien des sujets qui lui tiennent à coeur.

 

Francis Richard

 

L'or du temps, François Sureau, 850 pages, Gallimard

 

Article sur le livre I:

Des origines à Draveil (3 août 2020)

Article sur le livre III:

Mes cercles dérangés (20 août 2020)

 

Livre précédent:

Sans la liberté (2019)

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 18:25
L'or du temps - Livre I: Des origines à Draveil, de François Sureau

La Seine n'est rien, un fleuve assez provincial auquel ses berges, ses villes, ses écrivains et ses peintres tournent le plus souvent le dos, et qui n'apporte rien d'autre que l'occasion de rêver à de grands voyages ultramarins.

 

L'or du temps est une expression d'André Breton, qui le cherchait... François Sureau le cherche lui aussi en descendant le fleuve de la source à la mer, en la compagnie et à l'école d'un étranger inconnu, Agram Bagramko.

 

Celui-ci, aux origines imprécises, serait un peintre disciple d'André Breton. Il aurait fait le récit de ce périple séquanien, plus ou moins imaginé, dans Ma source la Seine, un livre inspiré et réservé aux initiés tels que Sureau.

 

Il y a trois livres en ce volume:

- Livre I: Des origines à Draveil

- Livre II: Mystiques parisiennes

- Livre III: Mes cercles dérangés

 

Au début du volume, une carte représente les méandres de la Seine, du Plateau de Langres jusqu'à Paris. Le long du fleuve s'égrènent les noms des villes qu'il traverse et les noms des personnages dont François Sureau fait le récit.

 

Un grossissement de Paris, en bas, dans l'angle gauche de la carte, révèle d'autres noms de personnages, qui se répartissent sur la rive droite et sur la rive gauche, évidemment plus nombreux sur la première, superficie oblige...

 

Dans le livre I François Sureau part sans bouger de chez [lui] des origines jusqu'aux abords de Paris. Il fait le récit de ces rencontres avec des personnes oubliées avec une lucidité, qui n'exclut pourtant pas la bienveillance.

 

Parmi elles, il y a ce clochard qui vivait, à la fin des années 1950, sur les berges de la Seine entre le Pont-Neuf et le pont Alexandre III. C'était un avocat de Troyes, qui, jeune encore avait tout quitté pour vivre à la cloche:

 

Ce juriste fin et discret avait un jour commencer à donner quelques indices de singularité. Il s'était mis peu à peu à dire la vérité à ses clients...

 

Il y a Maurice Genevoix et son Ceux de 14, un monument d'humanité, d'intelligence et de style, qui reste enfoui alors que des épaves littéraires que sont Le feu de Barbusse ou les croix de bois de Dorgelès lui sont préférées...

 

Il y a Wladimir Ghyka, né en 1873 à Constantinople, converti au catholicisme en 1902 à Paris, où il est ordonné prêtre en 1923, incarcéré au fort de Jilava en Roumanie, où il est mort sous les coups et les privations en 1954:

 

Par cette distraction dont il devient l'objet Dieu ne distrait de rien. Dieu ne distrait que du mal.

 

Il y a Archibald Dromard, officier du SDECE, élégant patriote, comme tel en guerre contre tout le monde anglais, chinois, anciens nazis et diplomates du quai d'Orsay. Georges Lautner l'a mis en scène dans les films de sa série Le Monocle:

 

Le commandant Dromard a, pour l'éternité vacillante de cet art de genre, les traits de Paul Meurisse.

 

Francis Richard

 

L'or du temps, François Sureau, 850 pages, Gallimard

 

Article sur le livre II:

Mystiques parisiennes (6 août 2020)

Article sur le livre III:

Mes cercles dérangés (20 août 2020)

 

Livre précédent:

Sans la liberté (2019)

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 19:30
Français langue morte suivi de L'Anti-Millet, de Richard Millet

Dans une déclaration liminaire à Français langue morte, Richard Millet explique que les notes qui suivent prennent acte d'une agonie, celle de la langue française.

 

Richard Millet se résigne d'autant moins à cette agonie que la langue, plus qu'en aucun autre pays, a contribué à la constitution de la France et à [son]esprit:

 

Une langue qu'on parle mal est un miroir où l'on s'efforce de ne pas voir les progrès de la mort sur sa propre figure.

 

Il observe, en passant, que l'écriture "inclusive" est imprononçable, donc idéologique: inutile...

 

Millet trouble l'agonie de la langue en écrivant, comme il est à peu près le seul à le faire, dans un français bientôt illisible pour la plupart des locuteurs de "langue française".

 

Car son français est davantage soucieux de syntaxe que de vocabulaire riche. En cela, il affirme son respect de la langue qui n'est pas celui d'un ordre figé:

 

C'est une affirmation identitaire, comme être français ou catholique.

 

Il dit plus loin:

 

Ce ne sont pas tant les mots qui constituent la musique d'un style que le rythme de sa syntaxe.

 

Aussi le meilleur moyen de détruire la langue est-il de s'attaquer à la syntaxe.

 

Richard Millet, qui refuse de décliner, et n'est pas le seul, se retire dans la langue, ce qui ne veut pas dire qu'il ignore autrui:

 

Le style me sépare d'autrui pour mieux accueillir celui-ci dans la justesse de la syntaxe.

 

Dans L'Anti-Millet, il rappelle que, depuis 2012, il est mis au ban du monde éditorial, et emploie l'imparfait: J'étais écrivain...

 

Quel crime avait-t-il commis?

 

Il avait, dans un texte dont on n'avait lu que le titre, non pas fait l'éloge d'un tueur norvégien mais suggéré que c'est le discours politico-littéraire contemporain qui a produit un Breivik, car il relève surtout de la propagande qui fait de l'humaniste un collabo du pire.

 

En fait, le parti dévot ne [lui] pardonne pas d'avoir indiqué que l'origine [du] déclin [de la langue et de la littérature françaises] se trouve tout ensemble dans la décomposition de l'enseignement public, dans l'abandon de la langue et dans l'immigration de masse...

 

La haine qu'on lui voue est devenue un tic de langage qui fait de [son] nom le détestable fétiche du vieux mâle occidental, blanc, hétérosexuel, catholique: cela même qu'on décrète responsable des maux de l'"humanité" et qu'il faut noyer dans le relativisme qui baigne la carte du Tendre multiculturel.

 

Dans son discours de réception à l'Académie française, le 25 août 1753, Georges-Louis Leclerc de Buffon disait: Le style, c'est l'homme même.

 

En écho, Richard Millet lui répond: C'est l'homme même qui meurt en l'absence de style.

 

Richard Millet est bien vivant...

 

Francis Richard

 

Français langue morte suivi de L'Anti-Millet, Richard Millet, 176 pages, Les Provinciales

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Précédents billets sur des livres de Richard Millet:

 

La souffrance littéraire de Richard Millet (21 septembre 2012) :

- Langue fantôme, suivi de, Eloge littéraire d'Anders Breivik, 126 pages, Pierre Guillaume de Roux

- Intérieur avec deux femmes, 144 pages, Pierre Guillaume de Roux

- De l'antiracisme comme terreur littéraire, 96 pages, Pierre Guillaume de Roux

Trois légendes (21 novembre 2013)

L'Être-Boeuf (3 décembre 2013)

Une artiste du sexe (30 décembre 2013)

Le corps politique de Gérard Depardieu (25 novembre 2014)

Solitude du témoin (3 mai 2015)

Province (28 juin 2017)

Étude pour un homme seul (17 mai 2019)

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 21:45
Astor Pastel & les Vilains Gamins, de Philippe Battaglia

Petiteville était un hameau comme il en existe tant dans nos campagnes. [...] Le genre de village où l'on ne s'arrête pas à moins d'avoir quelque chose de précis à y faire. Et à part les habitants eux-mêmes, personne n'avait rien à y faire.

 

A proximité de ce village, se trouve un zoo. Les propriétaires, Charles et Océane Jolicoeur, ont une charmante fillette Léa, qui est autorisée, quand le zoo est fermé au public, à se rendre dans les cages des animaux pour leur raconter sa journée ou la dernière histoire de son père sur Astor Pastel un pirate du XVIIe.

 

A quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la forêt, se trouve un pénitencier où sont enfermés à perpétuité les Vilains Gamins, une bande composée de Léon Castagne et de ses deux frères d'adoption, Ludwig et Marcel, les deux soeurs de ces derniers, Marion et Christine, ayant écopé de peines plus légères.

 

Pas loin de là non plus se trouve un manoir, au bout d'un chemin à travers la forêt. Y vivent un maître et son serviteur dévoué qui est un humain à bien des égards et, à bien d'autres, un robot. Le maître est un vieil homme, fatigué, qui renonce souvent à prendre son médicament, une petite fiole au liquide transparent.

 

Astor Pastel & les Vilains Gamins est le roman d'aventures fantastiques de tous ces personnages et se passe non seulement entre ces quatre lieux, le village, le zoo, le pénitencier et le manoir, mais dans le temps, puisque les aventures passées du pirate Astor, dans les Caraïbes, ont des incidences dans leur présent.

 

Philippe Battaglia s'adresse aux valeureux lecteurs de 7 à 377 ans. C'est plus ambitieux que ce que proposait le regretté Hergé, qui ne se doutait évidemment pas que, sans élixir de jouvence, il serait possible à moult de ses lecteurs de vivre davantage que 77 ans. Mais c'est justifié parce que ce livre est tous publics.

 

Francis Richard

 

Astor Pastel & les Vilains Gamins, Philippe Battaglia, 192 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Personne n'aime Simon (2019)

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 15:30
La fille à ma place, de Catherine Le Goff

Impossible de me mentir. J'ai tué. Je n'ai pas la moindre idée de la manière dont je vais me sortir de ça. En revanche, une chose est sûre, la liberté d'aller où je veux est un luxe dont il faudra me passer. C'en est fini avec l'insouciance, peut-être que je ne pourrai même plus jamais aimer.

 

Nin a tué. Par colère. Elle a surpris Jeff, son Jeff, avec lequel elle vit depuis six ans, dans une danse sauvage avec une jeune femme dénudée au milieu du champ des Gorse, tandis qu'elle faisait une halte en rentrant à vélo jusqu'à Perros.

 

Sa cavale commence. Ou plutôt elle recommence, en quelque sorte. Car elle a fui sa mère et son libidineux parâtre quand elle avait seize ans. En fait elle a de qui tenir puisque son père lui-même a quitté sa mère deux ans après sa naissance.

 

Très naturellement elle cherche à trouver refuge auprès de ce père qu'elle ne connaît pas. Quand elle le retrouve à Paris, elle découvre qu'il vit avec une autre elle-même, sa soeur jumelle Anna, dont elle n'a jamais soupçonné l'existence.

 

Leurs parents, quand ils se sont séparés, ont passé un accord: Chacun de nous élèverait une de vous deux. Ni l'un ni l'autre ne se sont résolus jamais à révéler ce secret à l'enfant dont il avait la garde, différant toujours le moment de le faire.

 

Ce secret de famille n'est pas le seul qui pèse et influe sur la vie de ses membres. D'autres secrets émergent au cours de l'histoire et contribuent à en faire rebondir le récit, et à faire passer ses protagonistes par de nombreux états d'âme.

 

Les deux soeurs sont si semblables qu'elles peuvent prendre la place l'une de l'autre. Mais, autant Anna est vulnérable, autant Nin a du ressort. Si Anna a eu un garçon, Nin est stérile, une des raisons de la rupture de son couple avec Jeff.

 

A partir de ces prémices, Catherine Le Goff a beau jeu de faire vivre des péripéties à ses protagonistes, dont les liens familiaux s'avèrent d'une grande importance, quelque inexistants ils aient pu être entre eux pendant très longtemps.

 

La fille à ma place peut s'entendre évidemment dans deux sens. Ce peut être aussi bien la fille qui a pris la place de Nin auprès de Jeff, que sa place que prendra sa soeur Anna quand il s'agira pour Nin d'échapper à des poursuivants.

 

La dualité est présente dans nombre des comportements des protagonistes. Ainsi Catherine Le Goff donne-t-elle des exemples où le don de soi est autant un altruisme au profit de l'autre qu'une satisfaction de l'ego et sa réparation...

 

Francis Richard

 

La fille à ma place, Catherine Le Goff, 192 pages, Favre

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 21:00
Anecdotes naturalistes, de Maxime Pastore

Ces Anecdotes naturalistes, quarante-quatre au total, de deux trois pages, racontent la nature avec amour. Car l'auteur, depuis tout jeune, est vraiment épris de faune et de flore.

 

Maxime Pastore est Suisse, établi depuis 2018 en Catalogne. Aussi la plupart de ses nombreuses historiettes se situent-elles en Suisse et en Espagne, mais pas seulement.

 

Car il s'est rendu en Angleterre, au Pays de Galles, en Grèce, en Slovénie, en Pologne, en Crimée, au Sri Lanka, en Inde et au Nicaragua (d'où il rapporte plusieurs anecdotes).

 

La première des anecdotes naturalistes - c'est à dessein qu'il l'a placée au début - est celle de sa rencontre, alors qu'il est tout jeune observateur, avec le sculpteur de Bernex.

 

Celui-ci est une légende vivante des naturalistes, sculpteur, graveur et philosophe. L'auteur ose lui faire part de sa découverte, la nidification de vanneaux huppés, rare dans le canton.

 

Aucun animal n'est étranger à Maxime Pastore; il s'intéresse aux plus petits, tels que les papillons ou les fourmis, comme aux plus grands, tels que les bisons ou les ours.

 

Dans ces anecdotes, pour l'agrément du lecteur, il raconte souvent avec humour les rencontres qu'il fait non seulement avec des animaux mais avec ses semblables.

 

Son amour de la nature est communicatif, sans doute parce qu'il le transmet avec naturel, ce qui est la moindre des choses pour un naturaliste, mais ce qui ne va pas de soi...

 

Francis Richard

 

Anecdotes naturalistes, Maxime Pastore, 128 pages, éditions d'autre part

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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 22:45
Vues sur Cingria, de Pierre-Alain Tâche

Pierre-Alain Tâche a écrit trois textes sur Charles-Albert Cingria en 2011, 1966 et 2004. Ce sont trois Vues sur Cingria, revues (et corrigées?), sur son oeuvre toujours vivante.

 

La première a changé de forme, la deuxième a été profondément remaniée, la dernière est publiée dans une autre version. Ce sont, avec le recul, points de vue complémentaires.

 

La prose de Cingria aura été pour lui, Absolument indispensable, permis de vivre beaucoup de choses intenses, merveilleuses, par procuration et permis d'avoir été un autre.

 

Dans Un comte des formes, titre d'un livre de Cingria, que celui-ci aurait très bien pu porter, Pierre-Alain Tâche tente, et y réussit, de rendre compte de son très vif plaisir à le lire:

 

Suscité par la variété des horizons, des perspectives, des points de vue exprimés, par le ton reconnaissable entre tous et par la beauté singulière d'une écriture qui n'est jamais avare de délicieuses inventions.

 

Dans Chèvres et chat sauvage, Pierre-Alain Tâche fait part de sa découverte du deuxième chapitre du Carnet d'un chat sauvage, texte de Cingria qu'il croit être resté inachevé.

 

Après avoir renoncé de lui donner une fin, en guise d'exercice de style, il découvre le troisième chapitre dans le volume VIII de la première édition des Oeuvres complètes:

 

J'ai finalement compris - et j'en sais infiniment gré à Cingria - que je manque d'imagination et que le récit et, plus encore, le roman réclament un démiurge qui va forcément concevoir, organiser et mettre en scène ses inventions.

 

Pierre-Alain Tâche est donc aussi redevable à Cingria d'avoir compris ne pas être fait pour la fiction et devoir se cantonner à la poésie, par nécessité autant que par raison...

 

Francis Richard

 

Vues sur Cingria, Pierre-Alain Tâche, 88 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

Champ libre I (Carnets 1968 - 1993)

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 21:30
Le pays des autres, de Leïla Slimani

Le régiment d'Amine était stationné dans son bourg à quelques kilomètres de Mulhouse et ils avaient dû attendre pendant des jours des ordres pour avancer vers l'Est. De toutes les filles qui encerclèrent la Jeep le jour de leur arrivée, Mathilde était la plus grande.

 

A l'automne 1944, Amine, le Marocain, et Mathilde, la Française, se rencontrent. Elle a dix-neuf ans, lui vingt-huit. Ils s'aiment follement, au sens biblique, et, quelque temps plus tard, en 1945, ils se marient dans l'église du village alsacien où est né Georges, le père de Mathilde.

 

Ce mariage à l'église doit rester secret, parce que les autres ne comprendraient pas. C'est un crime d'épouser une infidèle, qui plus est devant son dieu à elle. Elle le lui promet. Car elle l'aime cet homme, qui, certes, fait dix centimètres de moins qu'elle mais qui est tellement beau et fort.

 

Lui aussi l'aime, mais une fois qu'elle le rejoint au pays, en mars 1946, il n'est plus le même. Après qu'ils ont passé des semaines à l'hôtel à Rabat, il l'emmène vivre chez sa mère à Meknès, avant qu'ils ne puissent partir pour le bled sur la terre de son père libérée par le locataire.

 

Ce n'est qu'au printemps 1949 qu'ils peuvent s'installer à la ferme paternelle, sur une colline isolée qui fait regretter à Mathilde l'agitation de la médina. Entre-temps, elle a donné naissance à Aïcha le 16 novembre 1947. Pendant quatre ans, ils connaissent toutes les déconvenues...

 

Le pays des autres est une trilogie dont ce volume est le premier. Lequel se déroule de 1944 à 1955, à la veille de l'indépendance qui, en 1956, mettra fin au protectorat de la France, mis en place en 1912. Très documenté, il restitue bien l'époque, avec toutes ses tensions humaines.

 

Le couple que forment Mathilde et Amine, dans un tel contexte, traverse des épreuves et cela n'est pas sans incidence sur leurs deux enfants, Aïcha et Selim, et sur leurs proches qui se trouvent partagés suivant qu'ils s'impliquent ou non dans les événements où la violence va crescendo.

 

Amine et Mathilde composent chacun avec les habitudes culturelles du pays d'origine de l'autre et, pour donner un sens à leur vie, se mettent l'un à se perfectionner dans l'exploitation de la propriété agricole, l'autre dans les soins médicaux prodigués aux gens de leur voisinage.

 

Dans les conflits qui embrasent peu à peu le pays, les Belhaj, c'est-à-dire Mathilde, Amine et leurs deux enfants, ne sont en fait d'aucun côté, ni de celui des gentils ni de celui des méchants, qu'il est d'ailleurs bien difficile de distinguer, puisque ce pays est au fond pour tous celui des autres.

   

Francis Richard

 

Le pays des autres, Leïla Slimani, 368 pages, Gallimard

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 22:45
Un été avec Pascal, d'Antoine Compagnon

Antoine Compagnon a enregistré trente-cinq émissions sur Pascal qui ont été diffusées sur France Inter du 8 juillet 2019 au 22 août 2019. Mais, dans le livre, Un été avec Pascal, ce sont quarante-un textes qu'il publie.

 

(Pour les lecteurs curieux, les six textes non diffusés sont les n°4, 7, 16, 24, 29 et 37)

 

Dans son avant-propos, Antoine Compagnon écrit:

 

Les Pensées naquirent d'un Contre Montaigne, comme A la recherche du temps perdu d'un Contre Sainte-Beuve enfoui sous le roman.

 

 

Un "duo miraculeux"

 

Cette remarque judicieuse éclaire l'ensemble des émissions de l'été 2019 sur France Inter et les textes qui leur ont servi de supports. Car Antoine Compagnon connaît bien ce duo miraculeux.

 

Montaigne et Pascal, en effet, s'ils s'opposent pour ce qui concerne l'attitude - l'un est sceptique et l'autre apologiste de la religion -, se ressemblent puisque l'un et l'autre traitent de tout et de rien indépendamment de tout préjugé.

 

De l'ensemble de ces textes, la méthode pascalienne ressort: Pascal hiérarchise - ce sont ses gradations - et dialectise subtilement - ce sont les contradictions qu'il trouve moyen d'accorder.

 

 

Exemple de gradation:

 

- l'ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naissant,

- l'ignorance savante, où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien,

- les entre-deux qui n'ont plus l'ignorance naturelle et n'ont pas atteint l'ignorance savante: ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout.

 

Antoine Compagnon note:

 

Pascal aime les distinctions et les classements. Par deux: la justice et la force, le coeur et la raison. Ou mieux, par trois: les corps, les esprits et la charité.

 

 

Exemple de contradiction:

 

Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux anges ni aux bêtes, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre.

 

Pour Pascal, cette contradiction se retrouve chez les stoïciens et les pyrrhoniens:

 

Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute.

 

Il faut dépasser ces options contradictoires:

 

L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.

 

Antoine Compagnon note:

 

Pascal revient souvent sur le milieu comme coïncidence des contraires. Ainsi, le Dieu caché se tient au milieu entre le Dieu couvert et ouvert.

 

 

Un style naturel

 

Ressortent aussi des citations faites par Antoine Compagnon que le style de Pascal est un style naturel - il ne se proscrit pas les répétitions - et touche au coeur parce qu'il est exact. De plus il laisse l'interlocuteur se faire son idée:

 

On se persuade mieux pour l'ordinaire par les raisons qu'on a soi-même trouvées que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.

 

Antoine Compagnon note:

 

Les Pensées sont un chef-d'oeuvre de la littérature française, mais d'abord les fragments confus d'un discours dont la maladie et la mort interrompirent la rédaction. L'ouvrage nous séduirait-il autant si Pascal l'avait achevé, qu'il fût devenu une dissertation et qu'il n'eût plus la fulgurance de fusées?

 

 Francis Richard

 

Un été avec Pascal, Antoine Compagnon, 240 pages, Équateurs

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Dans la même collection:

Un été avec Paul Valéry, de Régis Debray (2019)

Un été avec Homère, de Sylvain Tesson (2018)

Un été avec Machiavel, de Patrick Boucheron (2017)

Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne (2016)

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:30
Le Flambeur de la Caspienne, de Jean-Christophe Rufin

Tout était trop parfait et Aurel, habitué à la méchanceté des hommes, n'osait pas croire à son bonheur.

 

Aurel Timescu, Consul adjoint, se trouve bien à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Car ce ne semble pas le pays difficile où son persécuteur du service des ressources humaines du Quai d'Orsay a voulu l'affecter.

 

La ville de Bakou ressemble au centre de Paris. La Consule, Amélie Laugier, vingt-cinq ans tout au plus, lui fait bon accueil et bonne impression. Fausse note, Aurel arrive dans une ambassade toute endeuillée.

 

Marie-Virginie, la femme de l'Ambassadeur, Gilles de Carteyron, est décédée à la suite d'un accident - c'est du moins la version officielle. Son corps a été rapatrié en France où se trouve encore l'Ambassadeur.

 

A son retour, ce dernier convoque Aurel et le reçoit avec brutalité. Il lui dit clairement qu'il ne s'installera pas dans son ambassade. Il sait que personne ne veut de lui et qu'il a la réputation d'être capable de tout.

 

Aurel est surtout capable d'enquêter à partir de fragiles intuitions. Or il a très vite l'intuition que la mort de l'ambassadrice ne peut être accidentelle et que ... l'attitude de l'Ambassadeur à son égard le corrobore.

 

De vagues soupçons ne suffisent évidemment pas. Aurel va donc, contrairement à son habitude, mener l'enquête avec sa cheffe, Amélie, qui lui rappelle sa petite cousine, sans trop lui en dire sur ses intentions.

 

Ses méthodes et ses raisonnements sont très particuliers. Il est difficile de le suivre quand le vin blanc et le manque de sommeil le [conduisent] dans des régions ténébreuses de l'esprit. Mais les résultats sont là.

 

Et, là, Aurel se surpasse. Ses accoutrements et comportements peuvent le faire prendre pour un fou. Peut-être l'est-il en fait. Ce qui est sûr, c'est qu'il est un grand émotif, un grand musicien et un grand timide:

 

C'était toujours la même chose avec les femmes. Il n'osait pas assez. Il n'osait pas se déclarer à celles dont il était amoureux. Et il n'osait pas repousser celles qui avaient décidé de le séduire.

 

Les grands timides sont souvent ceux qui entreprennent le plus. Aurel se surprend lui-même dans ce récit où les enjeux ne sont rien de moins que de grands contrats internationaux profitant à des mafieux.

 

Francis Richard

 

Le Flambeur de la Caspienne, Jean-Christophe Rufin, 334 pages, Flammarion

 

Livre précédent chez Flammarion:

Le Suspendu de Conakry (2018)

 

Livres précédents chez Gallimard:

Sept histoires qui reviennent de loin (2011)

Le collier rouge (2014)

Check-point (2015)

Le tour du monde du roi Zibeline (2017)

Les sept mariages d'Edgar et Ludmila (2019)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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