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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 11:15
Il est temps que je te dise, de David Chariandy

Dans Il est temps que je te dise, David Chariandy adresse une lettre à sa fille de treize ans sur le racisme. Il y raconte notamment l'histoire de ses parents, tous deux venus au Canada depuis Trinidad.

 

L'occasion lui a été donnée dix ans plus tôt de l'éprouver dans une épicerie bio de sa ville de Vancouver au Canada par une cliente sans gêne qui est passée devant lui et lui a dit en se retournant:

 

Je suis née ici. Je suis chez moi ici.

 

Il est pourtant d'ici, lui aussi né ici, mais à la peau foncée: ses parents et ses grands-parents sont immigrés; sa famille maternelle est originaire d'Afrique et sa famille paternelle d'Asie du Sud.

 

En 2017, lors du treizième anniversaire de sa fille, à table la conversation tourne autour du spectacle du cynisme et de l'imbécillité des adultes que donnent l'Amérique voisine et son nouveau président.

 

C'est ce qui le décide à faire le récit à sa fille de l'histoire de ses origines, c'est-à-dire de répondre à la question d'où il vient vraiment, qui lui est souvent posée ici et qui lui sera posée à elle aussi.

 

A cette question, quand ils se sont rencontrés, ses parents ont répondu à ceux de sa femme, dont la famille est d'origine européenne, établie sur la Côte-Ouest du Canada et descendante d'un lord.

 

Cette lettre est l'occasion pour l'auteur de dire à sa fille qu'il enseigne la littérature et écrit parce qu'il a découvert de nouveaux univers en suivant des cours à l'université d'Ottawa, la capitale:

 

J'ai découvert en toute liberté la magie infinie de la littérature, les satisfactions de la lecture qui dépasse les frontières et les cultures, l'identité et la race, l'idée qu'on se fait de qui vous êtes et devez être.

 

L'histoire de ses ancêtres est de portée universelle, une histoire qui défend une humanité plus vaste. C'est pourquoi il a voulu la partager avec elle, sachant que c'est à elle de trouver ses propres réponses:

 

C'est une histoire qui se rattache, de manière complexe, aux luttes de peuples autochtones à travers le monde, tout comme aux migrations désespérées de peuples dénigrés et "indésirables", autrefois et actuellement.

 

Francis Richard

 

Il est temps que je te dise, David Chariandy, 112 pages, Zoé, traduit de l'anglais par Christine Raguet (sortie le 6 février 2020)

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 18:40
Le siècle vert, de Régis Debray

Dans le XXIe, Régis Debray voit Le siècle vert qui aurait pris la suite du XXe, le siècle rouge, et qui serait celui d'un changement de civilisation.

 

Pour lui, pas de doute possible, la Terre est au saccage. C'est scientifique. C'est même chiffré par l'OMM, le GIEC et le GCP, c'est donc incontestable.

 

Régis Debray qualifie de faustienne l'actuelle civilisation finissante. Elle aurait commencé peu avant le Quattrocento avec Pétrarque et se terminerait maintenant.

 

Selon lui, l'Esprit aurait fait battre la Nature en retraite pendant toute cette période. Et maintenant l'Occident faustien découvrirait les coûts de son hubris.

 

Il ne veut pas être pris en défaut en sous-estimant l'ingéniosité de l'homo sapiens qui, au cours de millénaires, a survécu à nombre de calamités passées.

 

Mais la transition à accomplir cette fois se compte en décennies. Les grandes peurs d'aujourd'hui ont un fondement tangible et visible. Il y a urgence:

 

Des tonnes de déchets plastiques dérivant sur l'Océan, les hormones de croissance, les îles et rivages menacés de submersion et les migrants climatiques ne sont pas des fantasmes.

 

Cet inventaire montre qu'il mélange le réel et le fantasmé. De plus, accusant l'Occident, il se trompe de cible, puisque celui-ci apporte de lui-même les remèdes au réel...

 

Son plaidoyer pour la France, pays qui serait encore civilisé, féminisé, présentifié, revitalisé, montre qu'il reste un doux rêveur qui veut dire adieu au tragique...

 

Le vert lui va maintenant bien au teint: le vert s'oppose au rouge comme le passage au blocage, l'ouvert au fermé, le sourire au rictus, les zones humides aux zones sèches.

 

Pourtant le tour religieux que prend le vert ne laisse pas d'inquiéter le libre-penseur, qui pourrait y voir des coïncidences troublantes avec l'opium du peuple:

 

N'avons nous pas nos synodes oecuméniques en duplicata - les COP et One planet summits? Nos Chartes et Déclarations solennelles en guise de professions de foi sans grand effet mais réconfortantes?...

 

Ce qui le rassure, c'est que le catastrophisme vert n'engendre pas une montée aux extrêmes [...] du moins tant qu'Extinction Rébellion résistera à la pente insurrectionnelle...

 

Régis Debray ne veut pas la mort du pécheur, qui justement signifie pour d'aucuns son extinction. Il aimerait qu'il emprunte le Grand Chemin entre le khmer vert et la fleur bleue:

 

On est toujours deux dans l'affaire homme, la Nature et l'Esprit. 

 

L'homme fait partie de la nature et il sait que son intérêt bien compris est de concilier son esprit avec elle. Pour cela il n'est nul besoin de changer de civilisation, mais de le lui rappeler... 

 

Francis Richard

 

Le siècle vert, Régis Debray, 64 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Éloge des frontières, Gallimard (2010)

Un été avec Paul Valéry, Équateurs (2019)

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 22:00
Le négationnisme de gauche, de Thierry Wolton

Le déni de faits historiques avérés ou de leurs déformations relèvent du négationnisme.

 

Thierry Wolton fait un distinguo arbitraire entre le négationnisme de droite et Le négationnisme de gauche, afin de ne pas confondre les dénis [...], hors connotation politique.

 

Le négationnisme de droite est ainsi celui de ceux qui contestent l'existence des chambres à gaz nazies, ou qui minimisent l'ampleur de l'extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Le négationnisme de gauche est celui de ceux qui nient le bilan communiste, de ceux qui en escamotent les morts, qui en cachent les causes.

 

L'interprétation des faits est libre, mais la réalité de ce qui s'est passé, comme la manière dont cela s'est passé, dans l'ordre où cela a eu lieu, sont des invariables.

 

Or les négationnistes, en ne respectant pas ces règles, trompent l'opinion. Seulement il y a une différence de traitement entre celui de droite et celui de gauche.

 

Le communisme absous de ses crimes

 

Si le nazisme n'est pas près d'être oublié, le communisme s'estompe des mémoires et le négationnisme de gauche a pignon sur rue: c'est la proscription de l'anticommunisme qui l'absout.

 

Il y a une différence de perception toutefois entre les pays de l'Ouest et de l'Est de l'Europe: à l'Ouest, la Shoah est le cache-crime du communisme et à l'Est, le vécu communiste fait passer le Goulag devant la Shoah dans les mémoires.

 

A l'Ouest donc, pas question de faire un parallèle entre les crimes contre l'humanité commis par les nazis et par les communistes. Pourfendre la croix gammée, oui; la faucille et le marteau, non.

 

Les uns et les autres sont pourtant criminels, mais il est vrai que leurs victimes ne sont pas les mêmes et que l'auteur parle pour les uns de génocide et pour les autres de classicide:

 

La race distingue le crime nazi, la classe le crime communiste, l'une et l'autre servent à justifier les massacres, à une différence près toutefois, lourde de conséquences: la race est une invariable qui exclut "l'Autre"; la classe, une variable laissée à la discrétion du pouvoir exterminateur en fonction de ses intérêts politiques.

 

Les deux négationnismes se rejoignent parfois pour former un avatar rouge-brun... Les extrêmes se touchent, dit-on. C'est non seulement vrai en matière politique, mais aussi en matière de négation historique.

 

Les méthodes des négationnismes

 

Quoi qu'il en soit, leurs méthodes se ressemblent. Ils emploient notamment:

 

- le relativisme: la mise en perspective avec d'autres crimes de masse jugés équivalents, voire supérieurs (privilégié à gauche)

- l'hypercriticisme: la recherche du détail qui cloche pour affirmer que le reste n'est que mensonge (privilégié à droite)

 

Auxquels il convient d'ajouter:

 

- le complotisme (on nous cache quelque chose)

- l'utopisme (croire en une autre vérité)

 

Le négationnisme de gauche atteint, mais pas mort

 

Les rangs du négationnisme de gauche se sont toutefois éclaircis:

 

Ce ne sont pas tant les dégâts humains qui sont difficiles à assumer - il y a longtemps que les consciences s'en sont accommodées -, c'est le reste: la ruine économique, la désolation écologique, la désespérance humaine, l'inanité culturelle.

 

Le négationnisme de gauche n'est pourtant pas mort:

 

Consubstantiel à l'espérance d'un avenir meilleur qui lui assure licence et protection, [il] est promis à une longévité bien supérieure à celle d'autres négations, tout au moins tant qu'il y aura des crédules.

 

En effet:

 

La force d'attraction de l'utopie communiste tient à son monopole de l'espérance, qui parle à l'humanité entière. La promesse de l'égalité pour tous, la manière d'y parvenir grâce à la volonté du peuple, et le but à atteindre, une société libérée de toute entrave, font rêver.

 

La convergence des négationnismes

 

Le négationnisme de gauche chez Noam Chomsky et Alain Badiou, par exemple, converge avec un autre, le négationnisme vert islamique: le premier par anti-impérialisme, le second parce qu'il considère le terrorisme islamique comme la continuité de la lutte des classes...

 

Ils ne sont pas les seuls:

 

Les anti-impérialistes condamnent le capitalisme/libéralisme, les antiracistes blâment le blanc/occidental, ce qui permet aux uns et aux autres de se retrouver dans l'islamisme en guerre, dont le capitalisme et l'occidental sont les ennemis.

 

Thierry Wolton ajoute:

 

Mais alors que l'islamo-gauchisme campe sur des positions essentiellement politiques, certains anti-racistes dévoyés vont dériver vers des postures raciales qui les entraînent vers le fascislamisme, l'autre forme de soutien aux terroristes. Par la grâce de l'islamisme, le négationnisme en tant qu'avatar rouge-brun reprend du service.

 

Cet avatar se caractérise par l'éternel retour de l'anti-sémitisme, déguisé en anti-sionisme, et par la contre-modernité.

 

Plus précisément:

 

Société ouverte, libéralisme, mondialisme: le rejet commun des négationnistes de gauche et des islamistes pour ce monde scelle leur "alliance objective".

 

L'avenir radieux des négationnismes

 

Pour Thierry Wolton, les négationnismes ont un avenir radieux devant eux, d'autant que leurs méthodes ne s'appliquent pas seulement à l'histoire, mais à l'information avec les fake news qui sont dénaturation de la réalité et sont à l'origine de la post-vérité, laquelle relève du domaine de la croyance, puisqu'elle n'a rien à voir avec la véracité des faits...

 

Francis Richard

 

Le négationnisme de gauche, Thierry Wolton, 224 pages, Grasset

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 21:15
L'envie d'y croire, d'Éliette Abécassis

Dès l'introduction de son livre, L'envie d'y croire, Éliette Abécassis annonce la couleur: Le tyran GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) séduit la foule par ses multiples divertissements pour mieux l'asservir.

 

Et elle n'est guère plus tendre à l'égard des multiples réseaux sociaux... et autres smart-phones auxquels elle reconnaît être elle-même accro.

 

Certes elle modère tout de suite son propos quand elle dit que retrouver la foi en nous, en l'autre, en notre humanité, afin de combattre la virtualité du monde qui nous entoure [...] passera par la déconnexion.

 

(eh oui, personne n'est obligé de rester addict à la connexion numérique, c'est-à-dire esclave de ce qu'elle appelle plus loin l'ogre technologique)

 

C'est-à-dire: Non pas par la suppression de la technologie, chose impossible, non souhaitable en raison de toutes les avancées qu'elle apporte, mais par le fait de trouver des moments où l'on se retire du virtuel, des moments à soi, des moments pour soi.

 

Pour ne pas faire bonne mesure, elle accuse donc l'hypercapitalisme ou le capitalisme numérique d'être responsables de cette servitude volontaire (en référence au célèbre Discours d'Étienne de la Boétie) et des comportements déshumanisés qui en résultent.

 

Peut-être confond-elle les effets avec les causes, alors qu'elle les donne pourtant elle-même: le déclin des religions (et le vide spirituel qu'ainsi elles ont laissé) et la crise des valeurs.

 

Alors, par exemples:

- elle préconise de lire: le livre ouvre les esprits à une forme de contestation qui ne laisse personne indemne

- elle se prononce pour une laïcité religieuse et pour une religion laïque, car pour être religieux il faut être laïc

- elle estime que la vie de l'homme a plus de valeur que celle de l'animal: ne serait-ce que parce que le seul être au monde apte à protéger la vie animale, c'est justement l'homme

- elle pense que la philosophie marquera une pause dans le tout technologique et posera un regard critique sur la doxa de la science

Etc.

 

Et elle conclut:

Aujourd'hui, plus qu'hier, pour renouer avec l'humain perdu dans la technique, il faut retrouver le chemin du sens. Nous avons besoin d'une éthique fondée sur la responsabilité, qui n'est pas simple à mettre en oeuvre, mais qui dépend de chacun de nous, des hommes. Et qui sera notre chemin si nous choisissons d'y croire.

 

Francis Richard

 

L'envie d'y croire, Éliette Abécassis, 216 pages, Albin Michel

 

Livres précédents d'Éliette Abécassis chez Flammarion:

Philothérapie (2016)

L'ombre du Golem (2017)

 

Chez Albin Michel:

Et te voici permise à tout homme (2011)

Le palimpseste d'Archimède (2013)

Alyah (2015)

Le maître du Talmud (2018)

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 19:55
Le Nouveau Féminisme, de Barbara Polla

Ce livre de Barbara Polla ne se veut le héraut d'aucun féminisme en particulier, mais plutôt de tous - et, bien naturellement, de celui, singulier, qui [l'] a guidée, comme auteure, tout au long de [ses] différents écrits.

 

Car des féminismes, il y en a de toutes sortes. Mais, avant d'explorer la galaxie féministe, l'auteure propose des hypothèses sur la genèse des violences faites aux femmes et subies par elles depuis la nuit des temps...

 

Elle compare ainsi la violence des unes, celle inouïe de l'accouchement, avec celle des autres, qui s'exerçaient sur les champs de bataille, mais aussi sur des cibles honorables: La nature, les animaux, la sauvagerie du monde, les ennemis...

 

Barbara considère que la violence masculine est aujourd'hui essentiellement compensatoire. Elle n'est plus comme avant, mais elle s'exerce toujours: elle est pouvoir de prendre auquel elle oppose puissance de donner, la vie notamment.

 

Contre cette violence masculine, il y a eu libération de la parole avec l'affaire Weinstein. Barbara Polla a été du groupe de femmes qui a souhaité réagir [...] autrement que par #MeToo et s'est positionné de manière critique vis-à-vis de #BalanceTonPorc.

 

Pourquoi?

- Parce qu'il ne faut pas enchaîner les femmes à un statut d'éternelles victimes;

- Parce que c'était une campagne de délations qui a fait des victimes parmi des hommes coupables non pas d'avoir agressé, mais d'avoir importuné: or importuner est indispensable à la liberté sexuelle...

 

Le résultat, paradoxal, de ces hashtags agressifs a d'ailleurs été que de nombreuses jeunes femmes dans le monde francophone ont rechigné à se déclarer féministes alors qu'elles sont favorables à l'égalité entre hommes et femmes...

 

Plus de la moitié du livre est consacré à la galaxie féministe: le féminisme peut être différencialiste, pro-sexe et pro-désir, universaliste, intersectionnel, afro, LGBTIQA+ (sic), +, eco, antispécisme, d'artistes, néo, pop, entrepreneurial, d'évolution, qui fait (c'est le plus convaincant), autres.

 

Barbara Polla fait partie des autres. Elle a un peu de tous ces féminismes, sans exclusivité: Je soutiens chacun des féminismes que j'ai mentionnés pour autant qu'il oeuvre pour plus de liberté, de libertés, pour plus de femmes, et d'hommes et d'autres.

 

Elle aimerait que l'on parle:

- de comment transformer le pouvoir qui prend en puissance qui donne;

- de l'immense pouvoir du corps de la femme, autrement dit de sa grâce;

- de désobéissance;

- de la joie de séduire;

- de partager la puissance, c'est-à-dire inventer une nouvelle maternité qui inclut la paternité;

- de vivre dans l'érotisme et la poésie (Georges Bataille disait: L'érotisme est l'approbation de la vie jusque dans la mort);

- de féminisme respectueux, sans domination;

- de féminisme pluriel, sans leçons à donner;

- de féminisme de réconciliation;

- d'humanisme de réconciliation;

- de changer le monde...

 

Elle conclut par de la poésie de son cru et par un poème de Frank Smith et par cette déclaration:

 

Si le bonheur de l'homme se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes [...], la compagnie des hommes est indispensable au bonheur de la femme - en tout cas à mon bonheur très personnel et à mon goût de la diversité.

 

Francis Richard

 

Le Nouveau Féminisme, Barbara Polla, 272 pages, Odile Jacob

 

Livres précédents de l'auteur:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

Femmes hors normes, Odile Jacob (2017)

Ivory Honey, New River Press (2018)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette (2013)

Éloge de l'érection La Muette (2016)

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 23:55
Réflexions sur la question antisémite, de Delphine Horvilleur

Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France, tente de répondre à deux questions dans Réflexions sur la question antisémite:

 

- Comment les sages et les textes de la tradition interprètent-ils la colère dont ils font l'objet, et qui s'empare de l'autre de façon chronique?

 

- Existe-t-il une réflexion juive sur la question antisémite?

 

C'est dans le livre d'Esther qu'apparaît pour la première fois l'antisémitisme, cette forme particulière de racisme, dont le nom ne sera inventé qu'au XIXe siècle, en Allemagne.

 

Esther, fille adoptive et nièce de Mardochée, devenue l'épouse du roi Assuérus, va, avec l'aide de son oncle, empêcher l'extermination du peuple juif, fomentée par Haman, conseiller spécial du roi.

 

Mardochée est le premier Juif de l'Histoire et du texte. Avant lui, le peuple juif, cette nation portative, est désigné comme le peuple des Hébreux (hébreu veut dire qui traverse) ou le peuple d'Israël.

 

L'auteure remarque que Mardochée et Haman sont des descendants de frères jumeaux, Jacob (qui sera plus tard appelé Israël) et Esaü, des frères ennemis, qui ont partagé le même sac amniotique.

 

Dans le discours d'Haman, il y a déjà tous les reproches contradictoires qui seront faits aux Juifs tout au long de l'Histoire:

 

Un peuple perçu comme à la fois dispersé et à part, mêlé à tous et refusant de se mélanger, indiscernable mais non assimilable.

 

Ces reproches sur lesquels se fonde la haine à leur égard ne datent donc pas d'hier et les recherches de l'auteure aussi bien dans la Thora que dans le Talmud montrent leurs origines diverses:

 

- La transgression et le refoulement chez les descendants (antisémites) d'Esaü:

 

Haman est le descendant d'Amalek, qui lui-même est le petit-fils d'Esaü et le fils d'Elifaz et de Timna, qui serait la concubine et la fille de ce dernier, née d'une relation adultérine... et qui aurait été rejetée par les Hébreux:

Si la violence d'Amalek a pour origine une lignée violentée, les Juifs comme porteurs symboliques de la Loi seraient ceux qui constamment rappellent cette faute.

 

- L'opposition entre deux archétypes: Jacob et Esaü symbolisent respectivement la ruse et la force physique, le peut-être et l'abouti, le plus et le moins, la féminité et la virilité.

 

- Les relations successives entre les empereurs de Rome et les Juifs: 

 

D'un côté, il y a un empereur [Antonin] qui, dans sa relation au monde juif, est prêt à se féminiser. De l'autre, un souverain [qui hait les Juifs] bien décidé à ne pas se laisser castrer par la présence d'un peuple juif qui menace son intégrité, ni par la parole d'un conseiller [Ketya Bar Shalom] qui se coupe de lui et d'une partie de son corps.

 

- Le choix des rabbins pour des modèles d'hommes partiellement vulnérables, souvent handicapés:

 

Aucun de ces hommes n'incarne une hyper-virilité, ou un masculin musculaire, mais chacun d'eux raconte la capacité de surmonter un handicap, et de faire preuve de résilience. Ces héros ne sont pas des femmes, mais ils partagent quelque chose de féminin dans le texte: une sorte de faille assumée, une impuissance particulière sur laquelle se fondent paradoxalement leur pouvoir d'action et leur légitimité.

 

- L'expression de peuple élu:

 

La notion d'élection juive sert souvent à nourrir le fantasme d'un Juif arrogant et sûr de sa puissance. Peu importe sa condition ou son état de vulnérabilité, il reste chargé du privilège qu'on lui prête, ou que l'on croit que son livre lui prête.

 

- Les Juifs pas-tout (comme les femmes, selon Lacan):

 

Les voix de la pensée juive affirment n'avoir rien entendu d'autre que de l'infini dans la parole d'un Dieu qui leur dit: "tout n'a pas été dit" mais "tout reste à dire". Elles disent que seule l'exception particulière peut protéger le formidable élan universel d'une folie totalitaire. Elles murmurent au monde ou à l'individu que la Vérité n'est jamais "toute" la Vérité. Elle est fragmentée ou alors elle est criminelle.

 

Les reproches contradictoires qui sont faits au Juif permettent-ils de le définir?

 

Je ne crois pas que mon judaïsme soit entièrement défini par ce que l'antisémitisme en a fait. Je ne crois pas être juive uniquement par ce que d'autres ont dit de moi. Mais s'il me fallait dire ce qui constitue l'essence authentique de ma judéité, son irréductible spécificité, son noyau dur libre de toute contingence historique, je serais bien en peine de le définir. Et cet indicible est peut-être la meilleure définition que je puisse en donner, l'authentique et impossible énoncé de ce que c'est d'être juif, de ce que c'est d'être soi.

 

Francis Richard

 

Réflexions sur la question antisémite, Delphine Horvilleur, 162 pages, Grasset

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 23:30
Monstre, de Gérard Depardieu

Oser être.

Et vivre libre.

Chaque jour, plus libre encore.

 

Telle est la devise que Gérard Depardieu met en pratique. Et sa plume en témoigne, livre après livre:

 

On parle de harcèlement sexuel, mais tout est devenu harcèlement - le politique, les médias, la société, cette information lancinante.

Ça parle trop.

Trop de mots pour être honnête.

 

Les mots, il a appris à les dire, sans parfois les comprendre, avec Jean-Laurent Cochet, à les retenir pour savoir sentir les silences, avec Claude Régy. Ce ne sont pas les mots eux-mêmes qui comptent d'ailleurs pour lui, mais leur musique, qu'il ressent bien avant eux.

 

Il aime le vécu (Ressentir. Tout est là.):

 

Dans l'alphabet de la création, le désir et la vie viennent avant l'idée.

 

Il aime le naturel:

 

Ça sort comme ça sort.

Je n'ai aucune précaution.

C'est un risque? Ça ne fait rien.

Tant mieux, même.

 

Il aime l'absence de calcul, la poésie, le déséquilibre, ce qui nous échappe:

 

L'imprévisible est plus important que la chimie.

 

Il aime ceux qui sont dans les marges:

 

Pas forcément parce qu'ils sont dans les marges, mais surtout parce que ceux qui les y ont mis sont des cons.

 

Il sait qu'on ne peut pas faire le bien de quelqu'un malgré lui et qu'on peut trouver la voie du bien après avoir commis un acte monstrueux:

 

Ainsi, le bien peut être terrifiant comme le mal peut être rédempteur.

C'est la raison pour laquelle je ne pourrai jamais juger personne.

Moi, je laisse les gens s'occuper d'eux-mêmes.

S'ils en crèvent, ça s'appelle la liberté.

Chacun en fait ce qu'il veut.

 

Il aime les êtres capables d'errances, coupables de monstruosités:

 

Sans excès, on est souvent mort sans le savoir.

 

C'est pourquoi il aime des acteurs tels que Marlon Brando ou Michel Simon, des cinéastes tels que Maurice Pialat ou Marguerite Duras, le cinéma italien:

 

Dans les films de Risi, de Monicelli, de Scola, de Fellini, de Pasolini, de Ferreri, de Leone, la question n'est pas de savoir si on était un monstre ou si on était humain, les deux ne s'opposaient pas, on était toujours un peu les deux à la fois.

 

Il aime les gens:

 

C'est en allant vers les autres que j'ai connu mes plus belles émotions, en m'oubliant que j'ai le mieux vécu. En n'existant plus que j'ai le plus existé.

C'est peut-être la seule chose qui me tient en vie, le désir des autres.

 

Il aime Stefan Zweig:

 

Quand on lit son très beau livre sur Erasme, où l'obscurité a le visage de l'intégrisme protestant. ou son autobiographie, Le Monde d'hier, où elle a les traits du nazisme, on pense forcément à ce qui est à nouveau en train de prendre notre monde, de nous le dérober.

 

Il aime les voyages:

 

Je suis toujours surpris par la vie et les pays que je traverse, par les gens que je rencontre.

Et c'est en se surprenant qu'on apprend des choses sur les autres et sur soi-même, pas dans le confort.

 

Il aime ceux qui posent les questions parce que, seuls, ils sont vivants:

 

Quand on est jeune, on cherche souvent des réponses, mais plus le temps passe et plus j'aime les questions.

Les gens qui ont les réponses m'emmerdent.

 

Il se prépare à la mort, paisiblement:

 

La mort est chose normale, sage.

Elle respecte le cycle de la nature.

 

Sans doute mélange-t-il un peu tout, dans ces pages, mais il s'en fout:

 

C'est ma façon...

 

Et, au lieu d'embrouiller l'esprit, ce joyeux mélange le façonne bel et bien aux yeux du lecteur, sans jamais l'ennuyer.

 

Francis Richard

 

Monstre, Gérard Depardieu, 224 pages, Cherche Midi

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Livres précédents:

Ça s'est fait comme ça, 176 pages XO Editions (2014)

Innocent, 192 pages Cherche Midi (2015)

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 22:30
Lettre d'exil - la barbarie et nous, de Jeannette Bougrab

Jeannette Bougrab - qui a été la compagne du dessinateur Charb, directeur de publication de Charlie Hebdo, assassiné le 7 janvier 2015 - est, depuis un peu plus de deux ans maintenant, en exil en Finlande où elle dirige le service d'action culturelle de l'Institut français.

 

Fille de harki, née en 1973 à Chateauroux, l'auteur de Lettre d'exil mesure la chance d'être de [sa] génération : elle a en effet fait des études à une époque où il était encore possible de devenir docteur en droit public en ayant des parents qui ne savaient ni lire ni écrire...

 

Aujourd'hui la France occupe le 26e rang dans la dernière étude PISA de l'OCDE publiée en 2016... Ce n'est donc certainement pas un hasard si l'école française, qui n'a pas su se réformer, n'échappe pas à l'obscurantisme, terreau de l'intégrisme :

 

Jadis sanctuaire qui permettait l'intégration des enfants d'horizons lointains, elle cristallise aujourd'hui tous les travers du communautarisme.

 

Le sort des femmes en France est également menacée: On assiste à une régression épouvantable cautionnée par le Coran, mais aussi par ceux qui osent nous parler d'islam des Lumières, d'une religion de l'amour et de la concorde !

 

Alors elle désigne l'ennemi, celui qui finance, avec son pétrole, l'islamisme en France, via les écoles coraniques et les mosquées salafistes, l'Arabie saoudite, où l'idéologie terroriste puise sa doctrine criminelle dans les principes du wahhabisme:

 

S'il n'y avait pas eu l'or noir, la question du wahhabisme n'aurait été qu'une affaire anecdotique aux marges du monde islamique. Il aurait été confiné à quelques contrées désertiques. Il n'aurait pas étendu son ombre politico-religieuse à la quasi-totalité de l'espace musulman.

 

En Arabie saoudite, les droits les plus fondamentaux sont inexistants. Le wahhabisme en est la cause et prolifère, comme une maladie infectieuse, dans des territoires meurtris par des guerres civiles à répétition, qui exposent les populations à l'exode et à la mort.

 

La monarchie du Golfe accorde ses aides financières à leurs gouvernements, tel le Yémen, avec pour contrepartie une soumission totale: elle fait la guerre, au besoin, contre ceux qui se révoltent, avec des armes achetées aux pays occidentaux qui la considèrent comme une alliée...

 

Or l'internationale djihadiste n'a pu essaimer aisément que grâce à l'argent wahhabite - plus de 100 milliards de dollars en trois décennies -, de l'Afghanistan, à l'Irak et à la Syrie. Et la filiation financière entre le royaume saoudien et l'État islamique est avérée... 

 

Les pays occidentaux, tels que la France ou les États-Unis, se rendent donc complices de véritables monstruosités: Le terrorisme islamiste sait faire preuve d'une cruelle créativité pour convaincre la masse des ignorants: égorgement, viol, empalement sont au menu...

 

Alors, Jeannette Bougrab est en colère contre toutes ces compromissions, toutes ces lâchetés. Car il ne faut pas se leurrer: l'islamisme radical veut imposer au monde sa loi prétendument divine, exclusive par principe de toute autre

 

Sa propagande joue tour à tour sur la corde romantique - l'islam "fiévreux et fervent" - pour ensorceler les plus faibles et sur la corde culpabilisante - le procès en islamophobie - pour désarmer les plus forts.

 

En France, les élites bien-pensantes s'y laissent prendre et les personnalités de religion musulmane, à de rares exceptions près, se taisent... Les faits parlent pourtant d'eux-mêmes et les dirigeants politiques européens finissent par en prendre conscience:

 

Aujourd'hui, après les attentats de Paris, de Bruxelles et de Berlin, les gouvernements osent enfin utiliser le terme qui jusqu'à présent leur brûlait les lèvres: "guerre". Ils commencent seulement à prendre la mesure d'un conflit mondial mené par les sectateurs de l'islam contre l'Occident, cette civilisation de mécréants et d'hérétiques.

 

Comment mener la contre-offensive? En mobilisant la société civile: il s'agit d'impliquer chaque citoyen dans la lutte contre ce mal radical qui le menace directement; en prenant exemple sur Israël, où les services de renseignement savent anticiper et intervenir rapidement...

 

La contre-offensive doit se faire également sur le front culturel, et ce n'est pas tâche facile, puisque les rares inconscients qui poursuivent la lutte contre l'obscurantisme islamiste sont jetés en pâture à la plus féroce des haines, celle des bien-pensants.

 

L'espoir pourrait bien venir d'ailleurs: Heureusement qu'il existe des intellectuels continuant de vivre dans leur pays, et qui ont le courage de dénoncer tout haut une réalité que nous, Occidentaux, refusons de condamner même tout bas:

 

Au prix de leur vie, de nouveaux hérétiques se battent contre des Inquisitions renouvelées. Ils sont courageux, voire téméraires, et incarnent l'esprit de résistance.

 

Ces résistants, ces dissidents - parmi lesquels des femmes rebelles - sont cependant voués aux gémonies par les compagnons de route des islamistes et il ne s'agit pas de la part de ces derniers d'une simple insulte, mais d'une désignation mortifère...

 

Jeannette Bougrab écrit: S'il y a une chose que j'ai apprise dans ma vie, c'est que la liberté n'est jamais définitivement acquise. Elle a choisi de combattre pour elle, de descendre dans l'arène, de contribuer à mettre fin à la barbarie, de nommer les événements pour ce qu'ils sont:

 

Djihadisme, salafisme, wahhabisme, islam radical, Daech, Arabie saoudite, Qatar, Turquie...

 

A la fin de sa lettre, elle fait cet aveu: Je peux vous le dire sans me cacher, rien ne soulagera la douleur, ni le temps, ni la distance. La douleur continue de me transpercer le coeur à chaque instant et le deuil de l'être chéri ne se fait pas. Quand le souffle me manque, j'essaie de me convaincre que je contribue, même de manière subsidiaire, à bâtir un monde meilleur.

 

Francis Richard

 

Lettre d'exil - La barbarie et nous, Jeannette Bougrab, 224 pages, Les éditions du Cerf     

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 01:00
Femmes hors normes, de Barbara Polla

Être "hors normes"? Il ne s'agit pas d'être "hors la loi". L'autonormie est une attitude individuelle, discrète, voire invisible: il s'agit avant tout de résister et de se soustraire au pouvoir insidieux de l'entourage normatif moral, familial, social, religieux, économique, médiatique ou autre. Il s'agit d'être soi.

 

Autonormie bien ordonnée commence par soi-même. Et Barbara Polla, dans Femmes hors normes, ne recommande pas aux autres femmes de faire ce qu'elle dit mais de faire ce qu'elle fait, de vivre son concept comme elle le vit, ce qui lui permet d'être bien avec elle-même, d'être bien dans la vie. L'autonormie, c'est se donner à soi-même ses propres normes, ses normes naturelles.

 

Quand Barbara Polla s'en prend à la société, à la religion ou au capitalisme, ce n'est pas à la manière soixante-huitarde, c'est au pouvoir normatif qu'ils exercent sur la vie personnelle des femmes et des hommes qu'elle s'en prend. Son anarchie revendiquée ne signifie donc pas chaos, mais absence de pouvoir (normatif) sur les femmes et sur les hommes.

 

En lieu et place de ce pouvoir normatif, elle met les devoirs, les devoirs réciproques, entre parents et enfants, entre citoyens et politiciens. Car l'autonormie n'est pas l'autonomie: ce concept n'est pas se donner ses propres lois; l'autonormie n'est pas non plus l'anormie: ce concept n'est pas absence de normes.

 

L'absence de pouvoir normatif, qui impose un cadre dont il faut sortir pour inventer le sien, ne conduit pas au chaos:

 

La possibilité d'autonormie pour chacun de nous renforce la société plus qu'il ne la déstabilise: des individus en accord avec eux-mêmes, proches d'eux-mêmes, créent une société empathique et forte, chaque individu étant, du fait même de son "autonormie", mieux préparé à respecter celle de l'autre - des autres.

 

Barbara Polla parle d'individuation, qui est, pour elle, tout le contraire de l'individualisme. La véritable réussite personnelle est justement celle de l'individuation: Être soi, unique et irremplaçable, au sein de la société. Pour y parvenir il faut faire un pas de côté - et non une ascension - pour se rapprocher de soi. Et ce pas de côté montre bien que la hiérarchie hors normes est une hiérarchie horizontale et que la hiérarchie de soi a pour vocation d'abolir toutes les autres.

 

Le premier pas de côté fait, celui qui compte et qui répond à une nécessité intérieure, est par la force des choses suivi de beaucoup d'autres: il ne s'agit pas d'être meilleur que les autres; il s'agit d'être au mieux de soi-même, et, si possible, meilleur que soi-même - meilleur que nous étions hier. Meilleur pour les autres. Être en accord avec soi prépare en effet à aimer l'autre. 

 

L'ordonnance d'être hors normes que Barbara Polla prescrit - elle est médecin - s'adresse en priorité aux femmes parce que le pouvoir normatif n'est pas le même pour les hommes que pour les femmes: il est incitatif pour eux, prohibitif pour elles. Avec son concept d'autonormie, elle leur recommande donc de désobéir aux normes (dès le plus jeune âge), pour être elles-mêmes, être fidèles à ce qu'elles sont: la désobéissance est l'apprentissage d'être soi.

 

Être elles-mêmes, c'est, par exemple, pour les femmes, de pouvoir parler de plaisir sexuel, qui, dans certains pays, leur est refusé avec l'excision, sous des prétextes culturels fallacieux; de pouvoir en parler sans en faire pour autant une nouvelle norme, en sachant que chacune de nous vit son "hors normes", selon ses goûts, à sa manière, dans le secret de l'alcôve.

 

Barbara Polla parle, dans son livre, de beaucoup de sujets en rapport avec son concept, notamment:

- la solitude heureuse: comment s'entendre avec les autres, si l'on n'a pas appris, d'abord, à s'entendre avec soi-même

- le secret, essentiel pour l'amour: en parler publiquement, le montrer, voire l'étaler, en faire une affaire sociale plus qu'intime, le met en grand péril

- l'intimité: il s'agit d'entrer en nous pour y trouver le monde

- le genre: être soi, c'est aussi l'être en son corps et avec un sexe donné, mais en refusant qu'il devienne un label.

- l'impossibilité de posséder l'autre et la liberté: les deux fils rouges de tous ses ouvrages.

 

Pour bien montrer que ce concept n'est pas seulement un rêve, mais une réalité, elle donne les exemples de femmes du passé et du présent, de femmes de sa famille, et d'elle-même. Tous ces exemples ont en commun que la sortie d'un cadre pour entrer dans un autre se traduit par l'apparition en pleine lumière de l'inquiétante étrangeté de l'être et par la transformation en énergie d'une peur (il faut apprendre à résister à la critique et avoir le courage de désirer être soi):

 

A la réitérer souvent, en effet la sortie du cadre devient un exercice aussi vitalisant que la marche rapide; et comme pour tout type d'exercice, plus on le pratique, plus il devient valorisant. Plus on sort du cadre, et plus l'énergie nous prend et nous emmène.

 

Barbara Polla a plus de 60 ans. Elle continue à résister, à se mettre hors normes, c'est-à-dire à faire mentir définitivement l'adage qui veut que vieillir est une défaite de soi, pour en faire une construction, toujours en voie d'amélioration. Bref elle met plus que jamais son concept en application et cela lui réussit. Ceux qui la connaissent se demandaient quel pouvait bien être son truc le plus important pour être heureuse. Maintenant ils le savent: c'est l'AUTONORMIE.

 

Francis Richard

 

Femmes hors normes, Barbara Polla, 240 pages Odile Jacob (parution le 8 mars 2017)

 

Livres précédents de l'auteur:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette (2013)

Éloge de l'érection La Muette (2016)

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 23:55
Un racisme imaginaire - Islamophobie et culpabilité, de Pascal Bruckner

En fait il y a deux racismes, le réel et l'imaginaire, et il est essentiel de les distinguer:

 

Frapper un fidèle est un délit. Discuter d'un article de foi, d'un point de doctrine, est un droit. Confondre les deux est un amalgame insupportable.

 

Cette distinction est faite par Pascal Bruckner dans l'introduction à son livre, Un racisme imaginaire.

 

De la même manière le terme islamophobie agglutine deux sens différents et permet de jeter l'opprobre indistinctement sur ceux qui oppriment les musulmans et sur ceux qui critiquent la foi coranique.

 

L'islamophobie fait partie du vocabulaire de l'antiracisme. Ce dernier ne laisse d'autre choix qu'entre l'offense et l'acquiescement à l'islam, sous peine de tomber sous l'accusation infamante de racisme.

 

Ce choix est le seul laissé aux non-musulmans et aux musulmans eux-mêmes, qui n'ont pas droit à la dissidence: ils sont alors trop musulmans pour la société qui les soupçonne de double langage, pas assez pour leurs proches qui les accusent d'être passés à l'ennemi.

 

L'antiracisme a un discours ambivalent: l'humanité est une grande famille, mais il faut dans le même temps protéger ses diversités envers et contre tout. Si les autres religions sont modifiables, l'islam, lui, est intouchable.

 

Qui, au XXIe siècle, prône l'antiracisme sinon une large fraction des intelligentsias occidentales, qui pactise avec le totalitarisme intégriste comme leurs aînés avaient communié avec le nazisme ou le communisme?

 

Ces intelligentsias trouvent dans la religion musulmane un substitut au marxisme et au tiers-monde à l'agonie. Et le ralliement au marché, dans une certaine presse, doit être compensé par un radicalisme culturel échevelé.

 

Ce radicalisme se traduit par la culture de l'excuse quand des musulmans commettent des méfaits (ils en commettent davantage en terre coranique qu'occidentale) et par une inversion sémantique: les victimes [sont] des bourreaux qui s'ignorent (elles méritent ce qui leur arrive) et les tueurs des victimes malheureuses 

 

Dans le même ordre d'idées, il faut à toute force que l'islamophobie remplace ou même supplante l'antisémitisme. Les musulmans sont les nouveaux juifs, les nouveaux persécutés de la terre et les Juifs, eux, se sont mis du côté du colonisateur blanc, via la douleur palestinienne:

 

La judaïsation des musulmans entraîne automatiquement la nazification des Israéliens.

 

Sauf que l'antisémitisme est par essence racialiste, il ne conteste pas le judaïsme en tant que croyance, mais les Juifs pour ce qu'ils sont. En outre, dans les années 30, les Juifs ne jetaient pas de bombes sur toute la surface du globe au nom du vrai Dieu et ne réclamaient pas de droits séparés mais au contraire l'assimilation.

 

En fait la fureur que suscite l'État hébreu vient de ce que le Juif, de sous-homme hier, est devenu en un demi-siècle un égal.

 

Et la fureur que suscitent beaucoup de sociétés qui ne suivent pas l'enseignement du Coran vient de ce qu'elles s'en tirent mieux sur les plans économique et politique et qu'elles se désintéressent de l'islam, ce qui est humiliant, comme est insultante l'existence d'autres religions.

 

La France n'opprime pas les musulmans (d'ailleurs, s'ils continuent d'y affluer, n'est-ce pas que les avantages surpassent les tensions éventuelles?). Ils sont victimes (certes plus que d'autres) d'un système qui décourage l'initiative et du blocage de son économie qui résulte de l'incompétence crasse de ses dirigeants...

 

Pascal Bruckner constate: L'islam fait partie du paysage français et européen, il est la deuxième religion du Vieux Monde, et il a droit à la liberté de culte, à la reconnaissance officielle, à la protection des pouvoirs publics, à des lieux de prière et de célébration décents.

 

Mais c'est à la condition qu'il respecte les règles républicaines et laïques, sorte de l'ambiguïté vis-à-vis des intégristes et ne réclame pas un statut dérogatoire en raison de sa singularité.

 

Bref il faut que l'islam soit banalisé, devienne une religion parmi d'autres, s'européanise: Ce qu'il nous faut inscrire dans la loi, c'est l'abolition du crime d'apostasie, le droit de sortie pour tous, le droit au libre examen de la doctrine, au renouveau de l'exégèse, à la relecture du texte sacré par des imams, des théologiens, comme cela se produisit dans les siècles passés pour le christianisme et le judaïsme.

 

Ne sont pas négociables: l'esprit d'examen, l'égalité des sexes, la discrétion religieuse, le respect des droits et des libertés individuelles, la liberté d'expression.

 

En fait, si la France est détestée par les intégristes, c'est non parce qu'elle opprime les musulmans, mais parce qu'elle les libère: Ne minimisons pas l'extraordinaire séduction qu'exerce le mode de vie occidental sur les peuples étrangers, contrepartie de l'aversion qu'ils lui vouent.

 

Pascal Bruckner conclut: Nous vivons une époque terrible. Tout affreuse qu'elle soit, elle est pourtant passionnante. Il est impossible de se dérober au défi du siècle commençant: défaire le fanatisme du Croissant aux côtés des musulmans éclairés ou modérés qui en sont les principales victimes. Pour cette tâche immense, il n'y aura jamais trop de bonnes volontés.

 

Francis Richard

 

Un racisme imaginaire - Islamophobie et culpabilité, Pascal Bruckner, 272 pages Grasset

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le fanatisme de l'apocalypse (2010)

Le mariage d'amour a-t-il échoué? (2011)

La maison des anges  (2013)

La sagesse de l'argent (2016)

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 22:55
Les droits de l'homme contre le peuple, de Jean-Louis Harouel

A l'heure où l'Europe (la France tout particulièrement) est confrontée au terrorisme islamiste, il est nécessaire de savoir pourquoi elle se défend aussi mal face au développement de cette idéologie mortifère, pour les corps comme pour les esprits. Jean-Louis Harouel incrimine la religion de l'humanité devenue religion des droits de l'homme.

 

Au-delà des aspects techniques de la résistance armée qu'il faudra bien mener contre cette idéologie (qui passe certainement par le recours individuel à la légitime défense: on ne peut pas mettre des militaires et des policiers partout), une réflexion plus fondamentale s'impose pour comprendre le pourquoi de son développement et, peut-être, l'enrayer.

 

Dans son livre, au titre explicite, Les droits de l'homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel expose d'abord les particularités de l'islam, puis les racines millénaristes et gnostiques de la religion de l'humanité, ensuite la dénaturation du droit qui résulte de la religion des droits de l'homme, enfin la mise au service de l'immigration de la religion des droits de l'homme.

 

Les particularités de l'islam 

 

- Tous les islamistes ne sont pas des terroristes en puissance, beaucoup d'entre eux ne souhaitant pas le recours à la violence. Il n'en reste pas moins qu'ils diffusent une lecture littérale des textes saints qui est favorable à l'explosion de la terreur djihadiste.

 

- Autant il est aisé de condamner au nom de l'Evangile les violences provoquées ou cautionnées par la religion chrétienne à travers l'histoire, autant il n'est guère possible de condamner, au nom des textes saints, la violence djihadiste.

 

- La condamnation de la violence exercée en invoquant Mahomet et le Coran est porteuse, qu'on le veuille ou non, d'un certain désaveu d'un texte censé être la parole divine.

 

- Pour l'essentiel, l'islam est aujourd'hui hostile à la France, hostile à l'Europe. Si bien que l'intégration des populations immigrées originaires des pays musulmans est inversement proportionnelle à son attachement à l'islam.

 

- Système total, l'islam rejette l'idée de disjonction du politique et du religieux, principe d'origine chrétienne né du fameux: "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu".

 

(Fondatrice de ce qui est appelé la laïcité, cette disjonction a été la source d'où a pu naître la liberté de l'individu avec toutes ses conséquences positives: esprit critique et liberté de l'esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société)

 

- L'islam combinant en lui le politique, le juridique et le religieux, toute concession à l'islam comme religion est aussi une concession faite à l'islam politique et juridique, ce qui contribue à transformer le pays concerné en terre musulmane.

 

Les origines gnostiques et millénaristes de la religion de l'humanité

 

- Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, portant en lui une âme céleste de nature divine, le gnostique - ou spirituel - partage la nature de Dieu. En conséquence, il est au-dessus des lois. En conséquence, il est au-dessus de la morale ordinaire, celle que prône le Décalogue;

 

- Le millénarisme annonce qu'avant la fin des temps Jésus va établir son royaume sur la terre pour y établir un royaume de bonheur absolu où l'abondance sera miraculeuse;

 

- Le millénarisme et la gnose ont un point commun très important, qui est le refus que le mal peut résider en l'homme, ainsi que l'enseignent le judaïsme et le christianisme;

 

- A la fin du XIIe siècle, Joachim de Flore va associer les deux: d'une part il prophétise l'établissement d'un règne divin qui sera le paradis sur la terre, d'autre part il annonce l'avènement d'une humanité hautement spiritualisée, en communication directe avec Dieu, se fondant en lui sous l'effet de l'Esprit;

 

- Ces deux mouvements, associés ou non, au XIXe siècle, se sécularisent: ils ne se réclament plus du divin, mais seulement de l'humain. Ils sont à l'origine des religions séculières telles que le communisme ou le nazisme, qui exigent de leurs sectateurs un total amoralisme;

 

- Au XXe siècle le millénarisme des droits de l'homme prend le relais du millénarisme communiste, à ce changement près que la promesse de perfection sociale ne réclame plus la suppression de toute propriété, mais la négation de toute différence entre les humains. Au nom de l'humanité divinisée, les droits de l'homme érigés en religion séculière visent à la régénération des hommes par l'instauration sur terre du bien absolu, conçu comme la mise en oeuvre d'une idéologie de l'identité entre tous les humains. Avec pour corollaire un total cosmopolitisme;

 

- Le dogme qui sous-tend cette religion des droits de l'homme est ce que Jean-Louis Harouel appelle le mêmisme: Le mêmisme va bien au-delà de l'idée que l'on doit reconnaître et respecter l'humanité en chaque homme. Il exige que l'on proclame - contre l'évidence - la parfaite identité de tous les hommes. Le mêmisme, c'est le dogme de l'interchangeabilité de tous les hommes.

 

La dénaturation du droit qui résulte de la religion des droits de l'homme

 

- Le droit doit être fondé sur des valeurs de durée afin d'assurer sur le long terme la pérennité des sociétés qu'il régit;

 

- Les droits de l'homme déclarés en 1789 relèvent du droit naturel. Ils n'ont pas en eux-mêmes de valeur juridique. Ils confirment les libertés politiques, auxquelles ils font l'apport essentiel de la liberté d'expression en matière politique et religieuse;

 

- Les droits de l'homme ne deviennent du droit qu'avec la constitution française de 1946 et l'apparition des droits à, que d'aucuns appellent droits-créances;

 

- Les droits fondamentaux n'apparaissent que dans la deuxième moitié du XXe siècle. Auparavant la fraternité humaine était du registre de la morale individuelle, elle devient amour obligatoire de l'autre dont les manquements sont sanctionnés par les tribunaux;

 

- Les droits individuels de base passent au second plan, le principe de non-discrimination au premier. Désormais l'Etat n'a presque aucun souci des intérêts concrets du peuple. Son avenir importe peu. L'Etat veille seulement à sa sainteté, à sa vertu, par le respect obligatoire des dogmes du millénarisme de l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi.

 

La mise au service de l'immigration de la religion des droits de l'homme

 

- L'immigration serait un nouveau droit de l'homme: Le déferlement sur l'Europe de l'immigration extra-européenne - car c'est d'elle seule qu'il s'agit - est présenté par ses thuriféraires comme juste et bon puisque inscrit dans la mécanique irrésistible et nécessairement bénéfique du sens de l'histoire;

 

- L'immigration extra-européenne est désormais constituée non plus d'individus, mais de peuples. Il se trouve que si les individus peuvent s'intégrer, les peuples ne s'intègrent pas. Une nation ne peut pas assimiler des peuples, surtout si différents d'elle;

 

- Au nom de la religion des droits de l'homme, il y a, en matière de dépense publique, une réelle discrimination en faveur des quartiers où vit l'immigration extra-européenne;

 

- L'actuelle immigration n'éprouve, dans l'ensemble, pas d'intérêt particulier pour la France. On ne vient pas en France pour être français, pour la carte d'identité qui marque l'appartenance à la communauté nationale: on vient pour la carte Vitale, ce petit rectangle de matière plastique vert, sésame qui ouvre les soins gratuits;

 

- Comme avec les autres pays européens, l'immigration extra-européenne est avec la France dans un strict rapport d'intérêt. Elle vient chercher en France un niveau de vie miraculeusement élevé au regard de celui du pays d'origine. Un niveau de vie que les immigrés tirent de leurs salaires, mais plus encore de la prodigalité délirante de l'Etat providence français envers eux;

 

- La religion d'Etat des droits de l'homme veut que l'autre reste entièrement lui en s'installant chez nous. Pour qu'il soit parfaitement chez lui, il faut que nous cessions d'être nous. Que nous nous suicidions au moins moralement dans un premier temps. Après quoi, on ne nous laissera peut-être pas le choix.

 

Que faire?

 

Il faut selon l'auteur:

- que les dirigeants de la France protègent son peuple contre la religion des droits de l'homme;

- que la France cesse de se comporter comme le bureau d'aide social et médical de l'univers;

- que le droit au regroupement familial soit subordonné à l'acquisition de la nationalité française;

- que l'acquisition de la nationalité française soit subordonnée à une démarche convaincante d'adhésion à la France: langue, valeurs, moeurs, histoire;

- que la France soit libre de choisir les personnes à qui elle veut accorder l'autorisation d'immigrer ou celles, clandestines, qu'elle veut régulariser.

 

Bref il est indispensable de discriminer...

 

Quant à l'islam, il faut qu'il soit soumis à un régime spécifique qui l'oblige à renoncer à sa prétention de régir l'ensemble de la vie sociale, qui le contraigne à se limiter à la sphère privée

 

Pour ce faire, il faut empêcher l'islam de continuer à imposer à la France sa civilisation, ses minarets, ses modes de vie, ses règles alimentaires et ses comportements vestimentaires. Cela suppose, dans tous ces domaines, de refuser de continuer à céder aux revendications des musulmans, quand bien même elles se réclameraient des droits de l'homme.

 

Conclusion

 

Tout notre système des droits de l'homme , destiné à protéger notre peuple de ses gouvernants, est, sous f'effet de la religion des droits de l'homme, détourné par des gens issus d'autres peuples pour s'imposer sur notre sol et faire triompher leurs intérêts contre notre peuple:

 

Renonçons à la religion des droits de l'homme et à son délire anti-discriminatoire nous imposant l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi. Revenons-en de manière plus réaliste et moins dangereuse aux droits de l'homme conçus comme droits protecteurs des citoyens contre le pouvoir, c'est-à-dire aux libertés publiques, et en particulier à la liberté d'expression, aujourd'hui si menacée par le politiquement correct de la religion des droits de l'homme et par l'islamisation de la France et de l'Europe qu'elle favorise.

 

Une fois encore, en matière d'immigration comme en d'autres, se pose la question du rôle de l'Etat: ne doit-il pas être limité aux fonctions régaliennes de protection des personnes et des biens et de garant des libertés individuelles, ou doit-il jouer celui de la providence, qui émane de la religion des droits de l'homme?

 

Francis Richard

 

Les droits de l'homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel, 144 pages, Desclée de Brouwer

 

Un livre précédent de l'auteur:

 

Le vrai génie du christianisme, 270 pages, Jean-Cyrille Godefroy (2012)

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 21:45
Néantreprise, de Marc Estat

Pour qui a travaillé dans des entreprises du secteur privé, petites et moyennes, aussi bien dans l'industrie que dans les services, le monde des grands groupes est un monde tout simplement inimaginable. Même si les pointes de ce monde émergent de temps en temps, comme des icebergs, à la faveur de contacts professionnels ou privés avec lui.

 

Ce monde est donc dans l'ensemble inimaginable. Marc Estat, qui a travaillé dans l'univers de la production de grands groupes industriels, avec Néantreprise, lève de nombreux coins du voile, ce qui permet de l'imaginer enfin ce monde, de manière tangible. Les côtés absurdes de ces grandes entités, entr'aperçus jusque-là, se confirment et sont plutôt comiques.

 

Il faut dire que le secteur de la production est peut-être le meilleur point d'observation de ce qui s'y passe, situé qu'il est à un carrefour obligé. On y rencontre en effet toutes les catégories de métiers et toutes les catégories de problèmes... "et toutes les absurdités qu'elles soient techniques, structurelles ou humaines, s'y trouvent ainsi concentrées, catalysées".

 

Le récit se présente sous la forme d'un journal, de la semaine 40 de l'année n à la semaine 18 de l'année n+1, avec une fin en semaine 0, une façon comme une autre de remettre les compteurs à zéro ou de néantiser... Au bout de quelque 40 semaines passées avec l'auteur, celui-ci peut être rassuré: son journal fait déjà du bien aux béotiens, alors il devrait en faire aux connaisseurs...

 

Si l'on excepte un stage de formation suivi à Genève par le narrateur pour devenir change manager et une visite d'une filiale à Washington, tout le récit se déroule en France: certaines des absurdités dont il est question sont proprement hexagonales et impossibles à transposer ailleurs, si d'autres absurdités sont tout de même internationales...

 

Au fil des jours, le narrateur évoque par exemple:

- les différentes sortes de réunions telles que le management visuel: "On peut résumer une session de management visuel en deux phrases: 1) C'est pas bien! 2) Il faut que..."

- les entretiens de recrutement et de recadrage: "Le but du recadrage est de dire à l'intéressé ce qui ne va pas; le but du recrutement est de voir ce qu'il ne dit pas."

- l'impossibilité de licencier quiconque, enfin presque: "Dans les grands groupes français, les directeurs sont les seuls membres du personnel à pouvoir être licenciés."

- les groupes de travail: "Un groupe de travail, contrairement à ce que le terme pourrait laisser croire, ne sert pas à travailler. Oh non! on l'utilise pour "accompagner le changement" quand on a pris une décision qu'on veut mettre en oeuvre en ayant le moins de résistance de la part des équipes."

- les grèves, of course (on est en France...): "Chez nous les jours de grève sont étonnamment calmes. Le management reste bien au chaud dans ses bureaux. Les opérateurs se cachent on ne sait où pendant le débrayage. Des réunions se tiennent à huis clos dans les locaux des diverses obédiences syndicales. Et, à la fin de la journée, chacun rentre chez soi, moins fatigué et plus détendu qu'à l'ordinaire.

- la construction de l'arbre des causes en cas d'accident, même bénin: "Au final, on se fiche complètement de savoir si la personne va bien: on cherche juste à remplir correctement l'ensemble des papiers sans rien oublier."

- le RPS, le risque psycho-social: "Dans certaines entreprises, les méthodes de management peuvent réellement mettre à mal les salariés. Mais certainement pas chez nous. Chez nous, ce sont surtout les salariés qui mettent à mal les managers."

- le harcèlement: "Depuis quelques années, tout le monde a envie (besoin) de se sentir victime d'un harceleur ou d'un manipulateur. Cela d'avère fort pratique, non seulement en permettant d'excuser ses faiblesses (je suis déprimée à cause de mon mari, je suis stressé à cause de mon chef), mais, en plus, en concédant le statut confortable de victime à plaindre."

- l'injonction paradoxale: quand par exemple on est responsable à la fois de la sécurité du personnel et de la tenue des objectifs de production et qu'ils s'avèrent incompatibles.

- l'entretien annuel: "L'entretien annuel est un placebo: il n'a d'intérêt que si l'on y croit."

etc.

 

Ces exemples, et bien d'autres du même acabit, à la faveur desquels l'auteur manie l'ironie avec bonheur (ce qui ne plaira pas à tout le monde, mais doit-on plaire à tout le monde?), dessinent le portrait de ce qu'il appelle la néantreprise, une entreprise où l'information circule vite, comme jamais dans l'histoire de l'humanité, mais où "les actes n'ont jamais été aussi lents"...

 

Deux dernières citations pour le fun, qui indiquent l'une et l'autre le moyen de s'en tirer:

 

"Quand on ne sait pas comment résoudre une situation, on délègue."

 

"Lorsqu'on envoie un message avec le directeur en copie, c'est simplement pour informer que la patate chaude a changé de camp."

 

Comme de juste, "les personnages et les situations de ce récit sont purement fictifs. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite". De toute façon les personnages sont affublés de tels sobriquets, archétypiques, qu'ils seraient méconnaissables, si jamais:

 

Qui Brille, Ice Cream, La Panthère, Pilote de Chasse, M. Non, M. Malchance, Le Parrain, Porc-Epique, M. Forez (qui travaille à l'usinage avec M. Copeaux...), M. Timide, M. Magie etc.

 

Francis Richard

 

Néantreprise, Marc Estat, 304 pages, Favre 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 21:45
Danser sur un volcan, de Nicolas Baverez

"Danser sur un volcan" est une expression employée par Narcisse-Achille de Salvandy à l'adresse du Duc d'Orléans, lors d'une fête donnée au Palais-Royal, en l'honneur du roi et de la reine de Naples, en juin 1830, c'est-à-dire peu de temps avant les Trois Glorieuses...

 

Sous ce titre, Danser sur un volcan, le dernier livre de Nicolas Baverez est une mise en garde contre la situation périlleuse dans laquelle se trouvent les pays du monde et, entre autres, la France, sans que toujours ils s'en aperçoivent.

 

L'Histoire

 

Baverez a raison de dire qu'il faut penser l'impensable et que l'Histoire est imprévisible - c'est ce qui fait son charme... L'étude du passé, même récent, le confirme. Et il n'y a pas de fin de l'Histoire comme d'aucuns l'ont pensé après la chute pacifique du soviétisme en 1989...

 

L'Histoire est faite de ruptures. Comme le montre Baverez, exemples à l'appui, elle n'est pas linéaire. Elle pourrait bien être cependant cette spirale, évoquée par Chantal Delsol (dans Les pierres d'angle), "qui tourne sur elle-même tout en s'élevant", image qui, me semble-t-il - rend bien compte de son mouvement sur la longue durée.

 

La mondialisation

 

Quoi qu'il en soit, "la rupture historique majeure", propre au XXIe siècle, c'est bien, comme le dit Baverez, la mondialisation, qui met un terme à la domination sans partage de l'Occident sur le monde depuis les Grandes Découvertes; et, si l'humaniste peut s'en réjouir - se réjouir, par exemple du décollage de l'Afrique -, l'occidental peut s'inquiéter pour la mise en cause de ses sinécures.

 

Les pays qui se sont adaptés - l'adaptation est le mot-clé de notre époque -, ou qui s'adaptent à cette nouvelle donne de la mondialisation, sont ceux qui tirent leur épingle de ce jeu planétaire.

 

L'exception française

 

La France fait malheureusement partie de ceux qui ne s'adaptent pas et qui, même, s'enfoncent de plus en plus:

 

"La sphère publique, qui a démesurément enflé, entrave l'économie par ses réglementations et ses prélèvements. Elle enferme la société dans la défiance. Elle impose à la nation un étatisme, un malthusianisme et un protectionisme mortifères."

 

Il y a pourtant des solutions, mais encore faut-il cesser de parler de réformes et les mettre en oeuvre. Ce qui n'est pas demain la veille, même si le temps est maintenant compté. Baverez place ses espoirs dans la prochaine élection présidentielle, qui serait en quelque sorte une dernière chance donnée à la France...

 

Le moteur et le frein

 

Le moteur de la mondialisation, c'est le capitalisme, Baverez le dit. Ce qu'il ne dit pas assez, c'est que le frein à la mondialisation, ce sont les Etats et leurs épigones, telles que les banques centrales, dont les interventions provoquent des chocs en retour, des bulles spéculatives et des effets pervers dont le mondialisme est le nom.

 

Baverez a raison quand il voit de nouveaux risques dans le réveil des nations et des religions (qui ne sont pas en elles-mêmes illégitimes). Ces risques apparaissent notamment à la faveur de la fermeture de certaines économies et sociétés, et, j'ajoute, du refus justement de prendre en compte le fait religieux et le sentiment légitime d'appartenance. 

 

Quand, en 2008, les Etats sauvent les banques en les restructurant et en les recapitalisant, quand ils relancent l'activité par des taux d'intérêt bas, par l'émission massive de liquidités et par des dépenses publiques, que font-ils sinon corriger des calamités qu'ils ont provoquées en en créant d'autres. Mais Baverez applaudit... 

 

Les calamités d'origine publique

 

Le principe des calamités énoncé par Michel de Poncins - "Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première" - se confirme une fois de plus et Baverez l'ignore superbement quand il écrit que la légitimité des Etats est incontestable dans les domaines suivants:

 

- la régulation des marchés et la coopération entre les grandes banques centrales;

- l'élaboration concertée de standards de sécurité et de normes éthiques pour l'économie numérique;

- la protection de la vie privée et des droits individuels;

- l'élaboration progressive d'un droit international des nouvelles technologies;

- la production d'un ordre mondial qui permette d'endiguer la contamination du chaos et de la violence.

 

Si l'on excepte le troisième point - la protection de la vie privée et des droits individuels -, les autres n'ont pas de légitimité incontestable. Bien au contraire, car tous ces autres points relèvent d'un constructivisme, qui n'a rien de légitime, ni de naturel, encore moins de spontané.

 

Le rôle de l'Etat

 

Quand les Etats s'occupent d'autres choses que des domaines où ils peuvent avoir quelque légitimité, les risques de conflits intérieurs et extérieurs augmentent. Leurs domaines légitimes éventuels ressortissent tous à la défense des droits naturels que sont la sûreté, la propriété et la liberté. Ces domaines sont les suivants:

 

-  la police;

-  la justice;

-  la défense.

 

Le retour de la guerre

 

Ce n'est pas une surprise si la guerre est menée par des Etats où cette défense des droits naturels n'est pas assurée, ce qui se traduit par des effets de ruine, inévitables. Car l'impuissance, qui en résulte, conduit alors à la volonté de puissance et à la prédation, qui sont leurs ressorts guerriers.

 

La nouveauté, soulignée par Baverez, est toutefois que les Etats n'ont plus le monopole de la guerre: elle "se privatise sous la pression des communautés, des sectes, des groupes terroristes et des organisations criminelles qui prennent le contrôle de vastes espaces". Mais ces entités disséminées obéissent aux mêmes motivations guerrières que les Etats.

 

Quand Baverez dit que "l'heure n'est plus à la dissuasion mais à l'emploi des armes", il a raison et il a tort. Il a raison parce qu'un Etat digne de ce nom doit répondre aux agressions dont son peuple est l'objet, mais il a tort dans le sens qu'un agresseur ne s'attaque qu'à des cibles dont il doute des capacités de réaction et, s'il n'en doute pas, il faut qu'au moins ces cibles le lui fassent payer au prix fort.

 

L'humanité

 

Pour Baverez, suivant en cela Elie Halévy, qui, à son époque, voulait contrebalancer le fanatisme de nationalité, le meilleur antidote aux crises, aux révolutions et aux guerres du XXIe siècle, serait le fanatisme de l'humanité. Soit. Mais il faudrait alors que l'humanité présente un autre visage que celui qu'elle offre aujourd'hui.

 

Il faudrait que l'humanité renoue avec le Droit naturel, cet ensemble de règles élaborées par la raison, avec le temps, qui permettent aux hommes de vivre en paix. Et pour cela il n'est point besoin d'ordre mondial. Il suffit que des communautés d'hommes, par la vertu de l'exemple, fassent voir aux autres les fruits qu'elles en recueillent.

 

Francis Richard

 

Danser sur un volcan, Nicolas Baverez, 254 pages, Albin Michel

 

Livres précédents:

Réveillez-vous! Fayard (2012)

Lettres béninoises Albin Michel (2014)

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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