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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 22:55
Vanité, de Reynald Freudiger

Le vieux Pedro Carvalho appelle sa fille le mercredi soir et lui fredonne au téléphone les premiers mots d'un fado séculaire: "Je connais une rue, à Lisbonne, que les enfants désertent."

 

Les premiers mots de ce fado s'appliquent en fait à sa fille Ana et à son fils Antonio, l'une étant partie en Suisse, l'autre en Angola. Et la rue se situe dans le quartier d'Alfama, où la famille Carvalho habitait.

 

Chaque chapitre porte le nom d'un personnage du roman et commence par l'adverbe rituellement. Aussi les mots fredonnés par Pedro Carvalho ne sont-ils pas le seul rite. Chacun a le sien et s'y soumet.

 

Ces rites sont essentiels pour les personnages, qui, tous, hormis Pedro et son fils Antonio résident en Suisse, le décor dans lequel se sont noués, ou vont se nouer, des liens plus ou moins ténus entre eux.

 

Ces personnages apparaissent les uns après les autres comme au théâtre, sans que soit évident le rôle qu'ils vont jouer dans cette histoire habilement construite, où chacun a son importance, a posteriori.

 

Tangerina est la fille d'Ana. Giacomo, le misanthrope et le haut potentiel, est son contemporain et le grand frère de Matteo. Sissoko, qui nous vient du Mali (où il n'a jamais mis les pieds), est son professeur. 

 

Que viennent faire dans cette histoire la policière Marilou Theytaz-Guevara? l'artiste César Amadeus Do Nascimento? Lilas et ses amis Marko et Matteo? la diplomate Victoria Da Vinci? On le sait à la fin.

 

Le lecteur attentif ne sera pas autrement surpris par celle-ci. En effet il aura retenu au cours de sa lecture deux séries de propos qui, d'une certaine manière, remettent en cause ces rituellement qui se répètent. 

 

Les premiers sont une pensée du professeur Sissoko qui lui est venue après qu'un collègue, professeur d'histoire, a reçu un coup de poing de la part d'un père d'élève énervé par sa partialité et son incompétence:

 

C'est une tarte à la crème de dire que la violence, "au moins", nous sort de la routine et qu'elle est même par moments bienvenue.

 

Les seconds sont ceux de sa femme que César Amadeus Do Nascimento entend dans sa tête avant qu'il n'entre sur scène alors qu'il est la tête d'affiche du Montreux Jazz Festival où l'a conduit Tangerina:

 

Le public est éphémère, tu le sais aujourd'hui. Et ton nom l'est par conséquent aussi. Vanité des vanités, tout finit par s'effacer, les dictatures comme les démocraties.

 

Avec ce roman, Reynald Freudiger ne se contente pas de raconter une histoire quelque édifiante qu'elle puisse être. Il en profite pour écrire une satire de l'époque, dont il souligne avec bonheur les vanités.

 

Francis Richard

 

Vanité, de Reynald Freudiger, 152 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

Ángeles, 192 pages, Éditions de l'Aire (2011)

Morgarten, 56 pages, Hélice Hélas (2015)

Espagnes, 128 pages, La Baconnière (2016)

Liquéfaction, 272 pages, Hélice Hélas (2019)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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