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20 décembre 2025 6 20 /12 /décembre /2025 23:55
Byron - Le poète en action, d'Étienne Barilier

Le 15 décembre 2025, à l'issue de son Assemblée générale, l'Association Benjamin Constant recevait l'écrivain Étienne Barilier, au Cercle Littéraire, à Lausanne, dans le lieu même de la naissance de Benjamin Constant, pour une conférence sur Byron1, le poète en action.

 

Dans sa présentation de l'auteur, le président de l'association, Léonard Burnand, a dit qu'il est difficile de se déprendre de son livre homonyme, édité par EPFL Press, dans sa collection du Savoir suisse, une fois commencée sa lecture. Il a entièrement raison: je confirme.

 

Bien que j'aie pris des notes pendant la conférence, j'ai été déçu en bien par cette biographie du poète, dont, à ma grande honte, je n'avais rien lu, même si, bien sûr, j'avais entendu parler de lui, notamment de son poème, Le prisonnier de Chillon, et de son soutien à la Grèce d'alors.

 

Étienne Barilier a lui aussi raison: George Gordon Byron est plus connu pour son action que pour son oeuvre. Cependant le mauvais sort a voulu qu'il souffrît d'une malformation qui se guérit aujourd'hui - ce qui n'était pas du tout le cas à son époque: son pied droit était un pied bot:

 

S'il opposa tout son courage à la douleur physique, la blessure morale que lui causait son handicap ne se referma jamais.

 

Ce handicap ne l'empêcha pourtant pas de se battre très souvent, d'être un grand sportif: Il va d'ailleurs pratiquer la boxe, l'escrime, l'équitation, sans parler de la natation où il excelle, son handicap n'en étant plus un. Il préférera aimer et souffrir que de mener une vie médiocre 2.

 

À dix-neuf ans, Byron publia un bref recueilHeures d'oisiveté. Il y fit montre d'un amour sincère pour le classicisme: c'était, malgré les apparences, un amour de la maîtrise, un goût de l'intelligence et de la rigueur, un refus de se vautrer dans une sentimentalité débordante.

 

À sa majorité, en 1809, il conquiert le droit de siéger à la Chambre des Lords, mais, six mois plus tard, il entreprend un voyage en Orient, dont il ne reviendra qu'en juillet 1811. C'est pendant ce voyage qu'il commencera le Pèlerinage de Childe Harold qui le rendra fameux.

 

Il est singulier que dans la première édition de l'oeuvre, les notes et l'appendice occupent presque autant de pages, et plus serrées, que le poème lui-même. Où il révèle sa passion pour les langues, la qualité de son information, son amour sincère de la Grèce, passée et présente. 

 

Les années 1812 à 1816 sont les dernières que Byron passera dans son pays natal. Ces années-là seront riches en oeuvres littéraires, d'une grande beautéLe giaour, Le corsaire, Le siège de Corinthe, La fiancée d'Abydos ou Parisina, qu'il est tentant de confondre avec l'homme 3...

 

Parmi les pays visités en 1816, il y a la Suisse 4 qui lui inspirera plusieurs poèmes dont le célèbre Prisonnier de Chillon, un texte sombre qu'il aurait commencé à l'actuel Hôtel d'Angleterre, à Ouchy, où est apposée une plaque commémorative en l'honneur de son illustre client:

 

Il rappelle que, pour Byron, la quête de la liberté s'accommode du désespoir, et peut-être en a besoin.

 

En Suisse donc, où il séjournera pendant quatre mois, il rencontrera Germaine de Staël, qui l'avait visité en Angleterre, dont il admirait son De l'Allemagne, qui lui aurait fait connaître Adolphe (l'antidote de Corinne) mais aurait médit de son auteur, Benjamin Constant.

 

À l'automne 1816, il se rendra en Italie, plus particulièrement à Venise, pour laquelle il aura toujours une vraie passion. Il écrira à un ami que le dialecte et la naïveté de ses habitants y font ses délices de même que sa poésie, sa longue histoire, ses institutions, son aspect:

 

Tous ses désavantages sont compensés par la vue d'une seule gondole.

 

À Venise, en  juillet 1818, il commencera la rédaction de son chef-d'oeuvre, inachevé, Don Juan, qu'il poursuivra durant les cinq années suivantes, à Ravenne, à Pise, à Gênes. Pendant sa conférence, Étienne Barilier a précisé qu'il comprend 2'000 strophes et 16'000 vers.

 

Dans ce poème, son ton est celui de la désinvolture et de la distance. Il raconte une histoire, mais ne disparaît pas dans sa fiction, c'est aussi son histoire, il en fait un instrument de [sa] vision du mondeune mise en question du romantisme au coeur même du récit romantique.

 

De son soutien à la cause de l'indépendance grecque, retenons que les Grecs étaient divisés mais unis pour lui demander de l'argent, qu'il a payé de sa personne en tentant d'organiser une armée, qu'il y est mort, après avoir écrit deux poèmes disant sa détresse d'aimer sans être aimé...

 

À la fin de son propos, le conférencier insiste sur le sens pratique de Byron - il n'oublie pas le réel pour l'idéal - et son énergie, sur l'influence qu'il aura sur des écrivains, des peintres, des musiciens. Dans son livre, il dit également que l'action, chez Byron, devient la soeur du rêve.

 

La conclusion du conférencier est de dire que Byron avait du coeur, que la liberté est ce qu'on chante et ce qu'on agit. Celle de l'écrivain émeut, persuade, convainc le lecteur, après qu'il a traduit pour lui nombre de ses poèmes en vers le plus souvent blancs, parfois rimés:

 

L'humanité, l'humilité de destin du dernier Byron sont peut-être bien ce que cet homme contradictoire, brillant, brûlant, assoiffé de joie, interdit de bonheur, nous offre de plus beau - avec sa poésie, indissolublement.

 

Francis Richard

 

1 - Né le à Londres et mort le à Missolonghi, en Grèce.

2 - Sa vie privée sera tumultueuse, en Angleterre comme ailleurs: l'auteur essaie honnêtement de démêler le vrai du faux à ce sujet et souligne que cela ne l'empêchera pas d'élaborer une oeuvre immense. 

3 - Byron avait un certain goût de la publicité.

4 - Une année sans été: les paysages de l'Oberland bernois serviront de toile de fond à Manfred, son drame en trois actes.

 

Byron - Le poète en action, Étienne Barilier, 208 pages, Savoir suisse

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Le piano chinois (2011) Éditions Zoé

Ruiz doit mourir (2014) Buchet-Chastel 

Les cheveux de Lucrèce (2015) Buchet-Chastel

Dans Karthoum assiégée (2019) Phébus

Noor (2023)  Phébus

Muses (2024) Bernard Campiche Editeur

 

Autres articles sur Étienne Barilier:

 

Étienne Barilier invité de Tulalu à la Bibiothèque Chauderon de Lausanne (2015)

Remise du prix des Écrivains vaudois au Cazard à Lausanne (2019)

Étienne Barilier et Léonard Burnand, le 15 décembre 2025, au Cercle Littéraire, à Lausanne

Étienne Barilier et Léonard Burnand, le 15 décembre 2025, au Cercle Littéraire, à Lausanne

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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 18:50
Guerre et Paix: Les Papes de Léon XIII à Léon XIV, de Clément Millon

À la suite de la perte de ses États au profit de l'État italien, en 1870, la papauté ne dispose plus que d'un territoire réduit à 44 hectares. N'étant plus considérée comme un État comme un autre, elle ne peut plus jouer le même rôle que précédemment en matière de guerre et de paix.

 

Guerre et Paix1, retrace l'histoire de la doctrine et de l'action de la papauté en ces matières, de Léon XIII inclus à Léon XIV exclu2, soit une succession de onze papes: Léon XIII, Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul 1er, Jean-Paul II, Benoît XVI et François.

 

Deux concepts propres à l'Église sur la guerre et la paix apparaissent au fil de la lecture et sont nécessaires à la compréhension de cet ouvrage très dense:

  • La guerre juste, aux trois conditions de Saint Thomas d'Aquin: autorité juste, cause juste, intention droite.
  • La tranquillité de l'ordre, expression de Saint Augustin pour la paix: en soi-même, dans sa famille, dans la cité.

 

Auxquels il faut ajouter les concepts plus généraux de:    

  • Jus in bello, ou règles internes à la guerre,
  • Jus ad bellum, ou droit de recourir à la force.

 

L'auteur distingue trois phases:

  • Une phase de repli, de 1870 à 1914, qui recouvre la fin du pontificat de Pie IX et à partir de 1878 celui de Léon XIII, pendant laquelle les papes cherchent seulement à offrir leur médiation et à avoir la possibilité de prêcher [la] doctrine [de l'Église] en toute quiétude;
  • Une phase de revendication d'une place internationale, de 1914 à 1958, qui recouvre les pontificats de Benoît XV, Pie XI et Pie XII, pendant laquelle les papes cherchent à faire entendre une autre voix que le monde;
  • Une phase de recherche d'une nouvelle doctrine au profit d'un nouveau mode d'action, de 1958 à aujourd'hui, qui recouvre les cinq deniers pontificats avant celui de Léon XIV, pendant laquelle les papes essaient de courir après le monde.

 

Ce livre savant s'appuie, pour chaque phase analysée, sur les écrits, documents et discours des papes et sur une bibliographie impressionnante d'auteurs qui ont eu notamment accès aux archives vaticanes: ce qui représente une trentaine de pages à la fin de ce fort volume.

 

Le moins que l'on puisse dire est que le résultat de l'action des papes pendant la période étudiée n'est guère probant, hormis:

  • La médiation relative à l'affaire des îles Carolines entre l'Espagne et l'Allemagne, en 1889;
  • La médiation relative au canal de Beagle entre l'Argentine et le Chili, en 1978;
  • Le rôle pacificateur de Jean-Paul II dans le grand conflit entre l'Est et l'Ouest dans les années 1980.

 

Aussi le lecteur ne peut-il être que d'accord avec l'auteur. La définition d'un corpus doctrinal en matière de guerre et de paix manque cruellement3:

 

L'Église ne peut se contenter de déplorer la guerre et d'appeler à la paix et de rester dans une attitude de recueillement. Elle a besoin d'une parole forte sur ces domaines et d'une action diplomatique et protectrice.

[...]

Il était facile de dénoncer l'utopie qui consisterait à considérer qu'il n'est de paix que dans le règne du Christ. Une pensée autrement plus utopiste est d'attendre que la résolution de la pollution, de la pauvreté, de conflits sociaux amène la paix.

 

L'auteur place beaucoup d'espoir en Léon XIV qui a offert sa médiation entre l'Ukraine et la Russie:

 

Le nouveau pape, avec ses origines venues d'Italie, d'Espagne, de France et son identité américaine et péruvienne, a un vécu autrement international [que Léon XIII]; en un mot, son identité est catholique.

 

Francis Richard 

 

1 - Ce titre fait immanquablement penser au roman monumental d'un autre Léon, Tolstoï.

2 - Il est évidemment trop tôt pour apprécier la doctrine et l'action de Léon XIV, élu le 8 mai 2025.

3 - Le concept de guerre juste devrait être modernisé.

 

Guerre et Paix: Les Papes de Léon XIII à Léon XIV, Clément Millon, 350 pages, Le Lys et le Lin Éditions

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29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 22:55
Histoire de Monaco, de Pierre Fabry

Deux institutions qui ont fait l'État monégasque contemporain ont particulièrement appelé mon attention en principauté: la Société des Bains de Mer, créatrice des casinos, des hôtels, des premières infrastructures, et le Palais, écrit Pierre Fabry dans son introduction. 

 

Il en est de même pour quiconque s'intéresse à Monaco.

 

L'histoire de ce petit pays, gouverné par la famille Grimaldi, ne commence pas à l'époque moderne, mais bien plus tôt, à la fin du XIIIe siècle, puis, durablement, dès la fin du XIVe siècle:

Depuis 1346, la principauté englobe les seigneuries de Menton et de Roquebrune, ainsi que les territoires attenants à l'actuelle frontière franco-italienne sur la commune de Vintimille.

 

Il n'en demeure pas moins que Monacoc'est surtout "Monaco-Ville".

 

Avant d'être indépendante, en 1861, Monaco connaît le protectorat espagnol de 1525 à 1641, puis l'influence française, entre 1641 et 1815, pour enfin subir l'occupation sarde de 1815 à 1861, pendant laquelle Menton et Roquebrune seront déclarées "villes libres" avant d'être rattachées à la France.

 

Par le traité franco-monégasque de 1861, la principauté perd 93% de son territoire et 84% de sa population:

Réduite à vivre sur une étroite frange littorale, dépourvue d'autres ressources naturelles qu'un climat clément, Monaco est condamnée à l'ingéniosité et aux succès d'entreprises hasardeuses.

 

Quelques années plus tôt, la Société des Bains de Mer a été créée, à laquelle ont été consentis le privilège d'exploitation, le monopole des jeux [sur le modèle de ce que François Blanc a fait dans la principauté de Hesse-Hombourg], avec l'obligation en retour [d'] assurer un certain nombre de services publics dont l'État se décharge sur elle faute de moyens.

 

Comme les résultats n'ont pas été au rendez-vous, François Blanc lui-même accoste en principauté le 12 mars 1863, avec le vapeur Palmaria. C'est ainsi que va naître du jeu et du tourisme balnéaire une seconde ville dynamique face au Rocher, sur le plateau des Spélugues.

 

François Blanc et sa femme Marie font merveille: ils concentrent leurs efforts sur les transports, l'aménagement définitif des Spélugues et l'approvisionnement de la principauté en gaz et en eau potable. Sous le règne de Charles III, le lieu-dit devient Monte-Carlo...

 

En 1868, la ligne de chemin de fer Nice-Monaco est ouverte. Le développement de la principauté, et de sa population, est favorisé par la suppression des contributions directes pour les étrangers résidents, ceux qui viendraient s'installer et les "nationaux".

 

En France l'arrogant succès de la petite principauté, son affranchissement n'en déchaînent que plus les passions. L'auteur parle de "monacophobie"... Et, dans la principauté, les "nationaux" se plaignent des nouveaux venus, qu'ils y travaillent ou qu'ils s'y distraient...

 

Après le décès de François BlancMarie, sa seconde épouse, prend la relève et, sous son impulsion, Monte-Carlo, la ville du jeu, devient un lieu précurseur en matière d'arts, qu'ils soient lyriques, dramatiques ou picturaux. La clientèle appartient désormais à une élite de politiciens et d'hommes d'affaires, de hauts fonctionnaires et de diplomates.

 

Marie Blanc meurt prématurément en 1881, à 47 ans. Lui succède Camille Blanc, fils de François, qui fait la promotion de la Société des Bains de Mer et de la principauté en communiquant tous azimuts, par la publicité, la presse et le sport: les régates, le tir, le golf et le tennis... Résultat: Monaco entre au CIO et participe aux JO de 1920. 

 

Camille Blanc accroît la renommée de Monte-Carlo, connu pour son casino, avec les sports mécaniques, le premier rallye, et avec les représentations données à son opéra, construit par Garnier, dirigé par Raoul Gunsbourg ...

 

Le prince Charles III s'éteint en 1889. Son successeur, Albert 1er pérennise l'oeuvre fragilel'adolescent volontiers non conformiste [cède] la place à l'homme d'État, réfléchi, strict et maîtrisé:

Dans ses écrits et dans ses actes, le souverain monégasque est un humaniste qui promeut le progrès, la science et la "civilisation".

 

Tout est remis en cause à l'orée du premier conflit mondial, avec la montée des nationalismes. La politique d'Albert 1er 1 répond à deux maîtres-mots officiels: neutralité et humanisme. Il est francophile et fait part de sa tristesse à son ami Guillaume II... et est l'objet de détracteurs.

 

À sa mort, le 26 juin 1922, Albert 1er laisse une oeuvre colossale en matière de politique internationale, à travers une action diplomatique, culturelle, technique et scientifique intense. À la mort de Camille Blanc, le 21 décembre 1927, s'achèvent soixante ans de règne de sa famille sur la Société des Bains de Mer, SBM.  

 

Louis II succède à son père et se confronte au gouvernement français qui met fin à son statut fiscal et au secret bancaire: une surveillance fiscale des non Monégasques et des non domiciliés est instaurée. De plus est renforcée la fiscalité des bénéfices des sociétés et de leurs chiffres d'affaires.

 

L'influence de la France sur la principauté s'exerce également via la monnaie fiduciaire. La monnaie officielle est le franc. Les pièces sont frappées par la Banque de France, des billets émis par un imprimeur monégasque pendant six ans, de 1921 à 1925... En 1936, la France met fin à la velléité de créer une banque nationale monégasque... et dévalue le franc deux ans plus tard...

 

La même année, pour faire face à la crise, la Société des Bains de Mer se restructure pour se concentrer sur ses coeurs de métier: elle se défait de ses usines à gaz et d'électricité, mais conserve la distribution et l'exploitation du service des eaux aux particuliers, le contrôle de l'urbanisme, la gestion du port de commerce, de l'"habitat bon marché", la politique culturelle [...] et les sports.

 

Pendant la guerre, Louis II mène une politique opportuniste vis-à-vis de l'occupant, sous la mauvaise influence de politiciens, dont le Ministre d'État nommé par l'État français. Le prince héréditaire, Rainier, sans y participer ni pouvoir la combattre, en dédouane son grand-père, dans une lettre adressée à ses compatriotes le 21 septembre 1944, et s'engage dans l'Armée française.

 

Après guerre, sous l'impulsion du prince héréditaire, le commerce et l'export se développent: Entre 1946 et 1949, les bénéfices du Trésor changent de nature. Les taxes et droits d'enregistrement constituent 60% des rentrées de l'État, tandis que les revenus tirés des produits des jeux et de la rente versée par la SBM ne constituent plus que 2 à 5% des produits.

 

Le 19 novembre 1949, six mois après le décès de Louis II, deuil national oblige, Rainier III devient officiellement le trente-troisième prince régnant de Monaco. Il reçoit les Monégasques de nationalité au Palais, comme il les recevra chaque année le jour de la fête nationale, fixée depuis au 19 novembre, date de son intronisation.

 

Sous son règne, Monaco s'affirme dans les organismes internationaux:

  • Le Ministre d'État, Jacques Rueff, le 3 août 1949, fait part à la France du désir de la principauté d'être admise au Conseil de l'Europe, ce qui sera effectif en 2004.
  • Monaco devient observateur au siège de l'ONU en 1956.
  • Monaco deviendra membre de l'ONU en 1993.

 

Alors qu'au début de son règne les indicateurs économiques sont au rouge, Monaco renaît grâce à des campagnes de médiatisation à l'américaine auprès, principalement, des Américains ... en insistant sur la modernité d'infrastructures méconnues: le "Monte-Carlo Beach-Club", le golf, les night clubs, les bars.

 

Sous son règne, sans débourser un centime, Monaco favorise l'industrialisation du pays avec pour critères que les entreprises, qui s'implantent, soient légères, productives, au personnel qualifié, peu nombreux et bien payé, et qu'elles aient fait leurs preuves dans leur domaine. En contre-partie le gouvernement donne l'impulsion, joue les entremetteurs, règle les litiges, facilite les démarches administratives, accorde des préférences fiscales, fournit parfois les terrains, mais n'investit jamais.

 

Radio Monte-Carlo, RMC, a été créée pendant la guerre à des fins de propagande et commencé ses émissions le 1er juillet 1943. En fait elle aura été relativement neutre: actualité culturelle, sports et variétés, puis, début 1944, source d'information relativement fidèle à la réalité des événements. Rainier IIIconnaisseur de la culture américaine, sait que la télévision a un potentiel insoupçonné de communication: Télé Monte-Carlo devient filiale d'Images et Sons, comme le sont déjà RMC et Europe 1... Et, le 15 janvier 1961, le premier Festival international de télévision de Monte-Carlo, est présidé par Marcel Pagnol...

 

Le mariage du prince Rainier avec Grace Kelly, en présence d'officiels, d'artistes, de gens du monde et d'hommes d'affaires, aura pour effets de contribuer au renom de la principauté et d'y développer l'investissement américain. La princesse, qui s'est fait connaître au cinéma, dans trois films d'Alfred Hitchcock, oeuvre elle-même dans les domaines social, humanitaire et culturel. 

 

Aux années 1950, qui voient la principauté renouer avec la prospérité, succèdent des années plus sombres, conséquence de la perte d'influence de la France dans la Société des Bains de Mer, où le prince Rainier possède des parts et où un certain Aristote Onassis est parvenu à prendre une place prépondérante... avec l'interdiction faite à l'État français, par ordonnance du prince, de négocier en bourse les nombreuses actions qu'il détient dans la Société des Bains de Mer et dans Images et Sons.

 

Le Ministre d'État, Pelletier, a laissé passer cette ordonnance sans réagir, puis, ayant fait l'objet de remontrances de la part de sa tutelle, se rend au palais, où, s'étant mal comporté, il est congédié par le prince, le 24 janvier 1962. C'est le début de la crise franco-monégasque. La France gaullienne envisage des mesures de rétorsions, notamment fiscales contre les ressortissants français et les entreprises. Et, comme les négociations n'aboutissent pas, le général de Gaulle décide le rétablissement d'un cordon douanier autour de la principauté le 13 octobre 1962...

 

Pour sortir de cette crise qui a paralysé l'économie monégasque, une convention de voisinage est signée le 18 mai 1963, aux termes de laquelle des mesures fiscales sont édictées: 

  • les sociétés seront au terme de quatre années et progressivement imposées à un taux de 40%;
  • seules seront imposées les sociétés dont plus de 25% du chiffre d'affaires est réalisé hors de la principauté;
  • seront soumis à l'impôt les revenus des dirigeants dont les revenus dépassent un certain montant;
  • à partir de l'année 1965, tous les Français résidant à Monaco seront désormais soumis en France à l'impôt sur le revenu;
  • seuls les ressortissants résidant depuis plus de cinq ans à la date du 13 octobre 1962 seront exonérés.

 

Beaucoup d'efforts de la France pour peu de résultats !

 

(Et la confirmation que ce pays ne supporte déjà pas qu'il existe des pays moins infernaux fiscalement que lui...)

 

Aujourd'hui les recettes de l'État monégasque assurent son indépendance. Elles proviennent pour:

  • 49% de taxes sur les transactions commerciales (TVA),
  • 13% du domaine immobilier (immeubles locatifs, parkings),
  • 11% des transactions juridiques,
  • 2,4% des monopoles exploités (tabacs, timbres-postes et postes),
  • 2% des monopoles concédés (jeu, gaz, électricité, exploitation des ports).

L'auteur ne précise pas quelles sont les autres provenances de recettes, mais le lecteur les imagine minimes... 

 

Dans le même temps qu'il faisait face à la crise avec la France, le prince Rainier III a engagé une réforme de la Constitution de la principauté, qui est promulguée le 17 décembre 1962, aux termes de laquelle, notamment, il gouverne véritablement et effectivement au quotidien, et, singulièrement, sont proclamées  la liberté de culte et la primauté  de la religion catholique... 

 

Pendant son long règne, à Fontvieille, à l'ouest de la principauté, le prince Rainier III accroît la superficie territoriale sur les eaux territoriales, favorise la construction d'immeubles industriels, de logements dits "sociaux", d'habitat résidentiel, d'espaces verts, du port, d'un groupe scolaire, d'un complexe sportif, d'un centre commercial. Et à l'est, du "Manhattan monégasque"... qu'Albert II agrandira avec quelques gratte-ciel plus hauts.

 

La Société des Bains de Mer n'est pas de reste avec ses hôtels, dont l'Hôtel Hermitage et l'Hôtel de Paris, avec ses infrastructures ludiques, sportives, dont le Monte-Carlo Country Club, ou culturelles, dont le Sporting d'Hiver, et le Centre des Congrès...

 

Ces développements ne se font pas au détriment de l'environnement (depuis 1974, une loi édicte des dispositions pour la protection des eaux et de l'air... ) et se traduisent par un afflux de population, consécutif en autres aux naturalisations, qui ne se font plus, du moins pour ce qui concerne les Français, pour des considérations fiscales:

À ce jour, pour 39 000 habitants, Monaco compte plus de 60 000 salariés dont plus de 55 000 dans le secteur privé (contre respectivement 44 000 pour 33 000 habitants voilà vingt ans). Près de 90% d'entre eux ne vivent pas en principauté. Ce taux ne cesse de croître, de même que la migration pendulaire de l'ordre de 45 000 par jour en 2021...

 

Sous le règne d'Albert II, qui a succédé à son père en 2005, l'extension se fait également sur la mer, c'est L'Anse du Portier, en faisant exclusivement appel à des investisseurs privés ou à des groupements complexes sur lesquels, comme naguère avec la SBM, repose l'essentiel des risques... et des gains, et en prenant en compte la courantologie, la préservation de la préservation de la faune et de la flore: c'est l'écoquartier qui manquait à la principauté. 

 

Car le prince Albert II entend dès son accession contribuer aux politiques de développement durable grâce à une politique environnementale qui répond aux standards internationaux: l'énergie et la préservation du climat, la gestion du patrimoine naturel et la préservation de la biodiversité, la ville durable et le cadre de vie, la participation et l'éducation des citoyens.

 

Selon Pierre Fabry, quel défi doit donc relever ce petit pays?

Trouver le juste équilibre entre le patrimoine, les traditions, l'héritage, la modernité, le progrès, les innovations scientifiques et techniques.

Il ajoute:

Accroître les richesses, garantir les progrès et leur maîtrise, encourager le développement social et économique sans sacrifier le cadre naturel, l'environnement et le contrat social, conforter l'identité, constitutif du "miracle monégasque" et de l'extraordinaire essor de la principauté en à peine plus d'un siècle.

 

Au moins ne sacrifie-t-il pas à la doxa selon laquelle le salut ne se trouverait que dans la décroissance...

 

Francis Richard

 

PS

Pourquoi me suis-je intéressé à l'Histoire de Monaco? Certes, parce que je suis curieux de nature, mais surtout parce que j'y ai vécu un mois par an, quinze jours à Noël et quinze jours à Pâques, pendant la décennie des années 1960, et que j'en garde un souvenir ébloui, dont j'ai fait part à mes lecteurs dans un article  paru sur ce blog le 23 janvier 2016, où j'omettais toutefois de parler de mes nombreuses lectures d'alors...

 

1 - Une constitution a été promulguée en 1911. Aux termes de l'article 15, le Gouvernement de la Principauté est exercé, sous la haute autorité du Prince, par un Ministre d'État, assisté d'un Conseil. Comme l'explique l'auteur, le Ministre d'État est un haut fonctionnaire détaché par l'administration française... Depuis le traité d'amitié et de coopération du 24 octobre 2002, le souverain dispose du choix de ses collaborateurs en accord avec la France, y compris le Ministre d'État.

 

Histoire de Monaco, Pierre Fabry, 416 pages, Passés Composés

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24 août 2025 7 24 /08 /août /2025 19:00
"Saint Louis rendant la justice sous un chêne" - A. Leodor - Musée de Versailles

"Saint Louis rendant la justice sous un chêne" - A. Leodor - Musée de Versailles

En l'an de grâce 1970, étudiant de dix-neuf ans, j'écrivais un article consacré à Louis IX, roi de France, paru dans le numéro du semestre d'été de l'année universitaire 1969-1970 des Nouvelles des étudiants français de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne 1:

 

CEINDRE LA COURONNE

 

Les rois ont fait la France. Ils lui ont donné un corps, une âme, et son premier visage. L'oeuvre de Saint Louis 2 fut de gagner cette âme à la royauté. Aujourd'hui encore des lieux familiers, un lycée parisien, une île sur la Seine qui se souvient, nous parlent de lui. Peut-être veut-on nous faire souvenir de l'exemple qu'il montra. Le bon exemple des autorités est la condition nécessaire à un bon équilibre social. C'est pourquoi durant le règne de Saint Louis une société heureuse et prospère a existé "malgré la rusticité de la vie et les moyens très pauvres" dont pouvait disposer le peuple.

 

LE PRUD'HOMME NE CONNAÎT PAS L'OECUMÉNISME

 

Avant d'être roi, Saint Louis est un homme. Il est bon époux, bulletin que nous ne pouvons pas décerner à tous les autres rois. Davantage, voilà un pur spécimen de prud'homme, ce qui est l'idéal à cette époque, un peu comme le sera l'honnête homme au XVIIe siècle.

 

Nous ne sommes qu'au XIIIe, qui voit une réaction contre le rationalisme du temps de Philippe Auguste. La piété se porte donc très bien. Saint Louis est très pieux, à la limite de l'ennuyeux pour son entourage. Il a reçu une profonde éducation chrétienne sous la direction de Blanche de Castille, sa mère. Seulement il ne faut pas lui enlever tout mérite. 

 

Saint Louis est loin d'être un simulateur. Ainsi il serait ridicule d'en faire un faible à l'égard de l'Église et de son temps. Au contraire sa piété fameuse rayonne sur la chrétienté entière et lui fait bénéficier d'une grande indépendance. Il "peut défendre les droits de la royauté contre les empiétements de Rome", être le premier roi à s'opposer à l'agrandissement démesuré des biens du clergé. Mais cette dévotion est exigeante et forte. Elle l'amène à édicter des mesures violentes contre les blasphémateurs, les Juifs et surtout les hérétiques pour lesquels il se montre sans pitié. Apparemment il ne connaît pas l'oecuménisme...

 

"VOTRE SEIGNEUR ET MAÎTRE JE VOUS AI LAVÉ LES PIEDS"

 

Il a pourtant une âme charitable. Il fait construire des hôtels-Dieu. Il reçoit les pauvres dans son palais, s'agenouille devant eux et leur baigne les pieds. Chaque jour que Dieu fait, il nourrit cent vingt-deux pauvres qu'il fait chercher par la ville, sans compter ceux qui se présentent tout seuls.

 

Dans le privé sa vie est d'une grande simplicité et sobriété. Les jours de grandes occasions, telle la fête de Saumur, il s'arrange pour distribuer le meilleur aux pauvres et s'accommode des restes. S'il lui arrive de déployer un luxe éclatant, nous savons qu'il n'y prend aucun goût, que sa vanité n'y est pas flattée, mais qu'il veut imposer respect à ses barons. Un vrai saint.

 

Quand les Syriens ont mis à sac Sidon et ses habitants chrétiens, il se rend sur les lieux. Il tient absolument à ce que l'on rende les derniers devoirs à ces Français. L'air est pestilentiel. Qu'à cela ne tienne, le roi ne fait montre d'aucun dégoût et participe lui-même à l'ensevelissement. Nul n'est plus humble et plus courageux que ce roi.

 

LE COURAGE AVEC LA JUSTICE

 

Il a hérité son courage de ses ancêtres carolingiens. Son comportement sur les champs de bataille en est la preuve. En Égypte, au plus fort de la mêlée, six Turcs le reconnaissent et l'assaillent et il sait se libérer tout seul.

 

Saint Louis "accotoyé" à un chêne de Vincennes et rendant la justice n'est pas une simple image d'Épinal. Il tient cette recherche de la justice de son ascendance capétienne. Aussi va-t-il rejeter le faux principe selon lequel la force est le droit. Le courage avec la justice, car il n'est jamais facile de changer une mentalité acquise.

 

Première chose, il interdit le "duel judiciaire" - l'issue du procès dépend de l'affrontement physique des parties. Ensuite il abroge les lois intolérables, dont il a connaissance. En son fief, il juge lui-même les différends. Ses sentences sont si justes que les plaideurs affluent à son tribunal. C'est bien simple, très tôt la justice qu'il rend déborde le cadre de son royaume, plus exactement du domaine royal, et naturellement il se reconnaît le droit de juger par tout le pays.

 

AVEC DES FLEURS...

 

Les maison royales ou impériales étrangères ont pour emblèmes des aigles, des lions, des léopards, en somme de splendides animaux carnassiers. Saint Louis choisit trois fleurs de lys, un précurseur du pouvoir des fleurs.

 

Il est même très pacifique. La seule guerre qu'il ait menée contre une nation chrétienne s'est vite terminée. Trop vite selon certains historiens. Ils lui reprochent - c'est un peu tard - d'avoir restitué à Henri III d'Angleterre le Limousin et le Périgord. Ils y voient, et n'ont sans doute pas tort, une des causes de la guerre de Cent ans. Une pensée émue pour de lointaines connaissances... Ils s'étonnent surtout que le vainqueur de Taillebourg ait pu être aussi désintéressé, jusqu'à l'inconscience si l'on peut dire.

 

En réalité Saint Louis ne doute pas qu'il s'agit d'un marché provisoire et, d'ailleurs, il a tout de même obtenu la reconnaissance par Henri IIIet de façon définitive, des annexions de Philippe Auguste, comme la Normandie, et de la suzeraineté du roi de France.

 

Saint Louis peut partir tranquille en croisade. Seule la guerre contre les Musulmans est un devoir. Ils profanent la Terre Sainte. Il faut donc combattre les Infidèles et se croiser. Un échec, mais il est des défaites qui sauvent.

 

LE ROI DE FRANCE

 

En France, il est fréquent que des Frondes de privilégiés mettent en cause la paix intérieure. Pendant la minorité de notre roi, la classe féodale, dont les comtes de Bretagne, de la Marche et de Toulouse, se révoltent. En quelque sorte ils réagissent contre la politique pratiquée par Philippe Auguste et Louis VIII. Ils font amende honorable.

 

"Saint Louis presque seul (de nos rois) régna sans contestation" dit Fustel de Coulanges à l'impératrice Eugénieemployant déjà un mot qui a fait fortune. Il ne tient pas compte de la révolte des pastoureaux. Il est vrai qu'à ce moment-là le roi se bat loin de France, en croisade, et qu'à juste titre nous pouvons considérer qu'elle n'est pas dirigée contre lui. C'est encore "un de ces mouvements révolutionnaires qui revenaient périodiquement". 

 

Saint Louis a toujours voulu empêcher les guerres intérieures, le moyen préconisé pour vider les querelles entre féodaux. À cet effet, il établit "l'assurement". La guerre n'a pas lieu si l'une des parties demande un jugement. D'autre part, si la guerre doit avoir lieu, la "Quarantaine le Roi", qui laisse quarante jours entre la querelle, l'offense et les hostilités, est obligatoire. Souvent cela suffit à une réconciliation.

 

"Bataille n'est pas voie de droit" répète le grand roi dont la probité renommée fait rapidement l'arbitre des conflits internationaux. Car, à l'étranger, on sait fort bien que Saint Louis n'a pas l'esprit de domination.

 

Chez lui, il ne veut pas toucher aux institutions qui peuvent borner son action, celles de l'Église, de la Féodalité et de la Bourgeoisie. Il ne prend aucune décision sans consultation préalable de ses vassaux directs. Cependant, malgré lui, et avec lui, la royauté acquiert le pouvoir judiciaire, nous l'avons vu, et le pouvoir législatif, parce que les lois qu'il promulgue sont désintéressées et satisfont au Bien Commun.

 

Le Livre des Métiers ouvert par le prévôt de Paris Étienne Boileau réorganise les Corporations qui mettent un frein aux ambitions féodales. Le roi "facilite l'émancipation des serfs, élargit l'accès à la Bourgeoisie". Enfin la monnaie royale assure la régularité des échanges. Toutes ces mesures ont pour effet de renforcer la Royauté au détriment de la Féodalité.

 

LE SIÈCLE DE SAINT LOUIS

 

Il n'est pas exagéré d'appeler le XIIIe siècle le siècle de Saint Louis. Sous son égide s'ouvre une période de bouillonnement d'idées, de recherches intellectuelles.

 

Il encourage la création de l'Université et de collèges pour étudiants dépourvus. Robert de Sorbon donne son nom à l'un d'eux, la Sorbonne, encore une respectable fondation de cet "obscurantiste" Moyen-Âge.

 

Saint Albert le Grand enseigne place Maubert, bien connue de ceux qui ont quelque peu déambulé dans le Quartier Latin. Saint Louis honore également de son amitié le théologien le plus éminent de l'Église, Saint Thomas d'Aquin.

 

L'Université de Paris est réputée pour être le plus riche foyer de science et de littérature du monde chrétien. Que faut-il dire de nos jours ?

 

Notre-Dame de Paris s'achève. La Sainte Chapelle, véritable joyau de l'art gothique, sert de reliquaire à la Couronne d'Épines achetée à l'empereur Beaudoin de Constantinople. Les cathédrales dardent le ciel de leurs flèches triomphalistes. Leurs vitraux sont dus aux meilleurs maîtres verriers de tous les temps. "D'admirables statues, d'une liberté, d'une émotion, d'une vérité qu'on ne retrouve qu'au sommet de l'art hellénique" décorent leurs portails. Nous sommes à un sommet, celui de l'art chrétien et de l'ordre chrétien.

 

"ON NE RECOMMENCE PAS SAINT LOUIS"

 

"Le plus important reste sa mort, véritable communion entre le peuple et son roi". Saint Louis meurt à Tunis à l'aube de la VIIIe croisade. C'est le 25 août 1270, il y a sept cents ans, la mort d'un chevalier du Christ. Mais, comme le dit Pierre Gaxotte, cette mort "met fin à un équilibre entre les trois principes, féodal, royal et religieux, équilibre qui ne sera jamais restauré. Les circonstances ne le permettront pas, et l'on ne recommence pas Saint Louis", le seul roi de France qui ait vraiment su ceindre la couronne. 

 

Francis Richard

 

1 - Dans ce même numéro, ronéoté, dont la couverture était de mon fait, j'étais l'auteur de cinq articles sur quinze, sous mon propre nom et sous le pseudonyme de Francisco...

2 - Louis IX a été canonisé le 4 août 1297 par le pape Boniface VIII.

 

BIBLIOGRAPHIE

  • O. AUBRY, Histoire de France
  • J. BAINVILLE, Histoire de France
  • N. D. FUSTEL DE COULANGES, Leçons à l'Impératrice
  • F. JAMMES, Saint Louis ou l'esprit de croisade 
  • JOINVILLE, Saint Louis
  • G. RAVOIN, Saint Louis
  • Divers articles de revues

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

Saint Louis, le seul roi de France qui ait vraiment su ceindre la couronne
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22 juin 2025 7 22 /06 /juin /2025 22:55
Des Suisses au service de la Grèce, sous la direction de Jean-Philippe Cheneaux

Ont collaboré à cet ouvrage collectif, par ordre alphabétique:

  • Michelle Bouvier-Bron
  • Jean-Philippe Cheneaux
  • Bernard Ducret
  • Yves Gerhard
  • Alexis Krauss
  • Olivier Meuwly
  • Karl Reber
  • Anastasia Tsagkaraki

 

À la fin du livre, les notices des auteurs sont éloquentes sur leurs titres universitaires et compétences littéraires et historiques. 

 

Jean-Philippe Cheneaux l'a certes dirigé, mais il en a rédigé plus de la moitié...

 

Ce que le titre ne dit pas, mais que le lecteur découvre dès la préface d'Yves Gerhard et l'introduction de Jean-Philippe Cheneaux, c'est qu'il s'agit de la Grèce libérée du joug ottoman, au début du XIXe siècle.

 

La Grèce y était tombée au XVe siècle et mettra une décennie à retrouver son indépendance, de 1821 à 1830.

 

Dans sa première contribution, Olivier Meuwly situe ce mouvement de révolte dans le contexte du développement du mouvement libéral qui est allé de pair avec le philhellénisme:

 

Étudiants, artistes, mais aussi politiciens s'enflamment pour la cause grecque. Ils hurlent leur dégoût face à la passivité des Puissances qui préfèrent sacrifier des frères chrétiens plutôt que de remettre en cause l'ordre policier instauré par le Congrès de Vienne.

 

Eux ne restent pas passifs:

 

Envoi de combattants parfois, mais surtout appuis financiers et accueils d'exilés sont au rendez-vous.

 

Olivier Meuwly évoque les contacts amicaux entre le futur chef du mouvement révolutionnaire et les Genevois Pictet de Rochemont et Jean Gabriel Eynard, dans les allées de Vienne, déjà avant pour les Vaudois La Harpe et Henri Monod.

 

Dans sa contribution Michelle Bouvier-Bron dresse justement le portrait de Jean Gabriel Eynard. Financier genevois, il deviendra philhellène. Il viendra plusieurs fois au secours des finances grecques, mais il  n'ira jamais en Grèce...

 

Après l'assassinat de Capodistrias1 le 9 octobre 1831, il continua de prodiguer ses conseils au nouvel État et [...] joua un rôle essentiel dans la fondation de la Banque Nationale de Grèce en 1841. 

 

Benjamin Constant, bien que naturalisé français, fait partie de ces Suisses libéraux au service de la Grèce. Son premier contact avec le monde hellénique, écrit Jean-Philippe Chenaux, remonte à 1772, quand il avait cinq ans:

 

Un de ses nombreux précepteurs, l'Allemand Friedrich Jacob Stroelin (ou Stroehlin) l'initie au grec ancien sous forme de jeu, à la manière du père de Montaigne.

 

Ce premier contact sera déterminant. Par la suite, il lira beaucoup d'ouvrages sur les Grecs et de livres grecs. La Grèce sera d'ailleurs un thème de prédilection du Groupe de Coppet.

 

En tant que député, journaliste, membre du Comité des Grecs, il combattra pour la Grèce, lancera, en 1824, un Appel aux nations chrétiennes en faveur des Grecs, dénoncera, en 1826, à la Chambre et dans la presse, les relations franco-égyptiennes...  

 

En 1829, l'expédition de Morée, décidée par la Russie, la Grande-Bretagne et la France, et menée par celle-ci, contraindra les forces égyptiennes d'Ibrahim Pacha à se retirer le 2 octobre... 

 

Autre Suisse à l'honneur: Juste Olivier, dont Jean-Philippe Cheneaux rappelle qu'il écrivit, à dix-huit ans, en 1825, un long poème ne comprenant pas moins de quarante strophes et 234 vers à la gloire de Marcos Botzaris au mont Aracynthe

 

Marcos Botzaris était mort, le 31 août 1823, pour empêcher le  second siège de Missolonghi 2, après avoir pénétré dans le camp ottoman à la tête de 350 hommes, où il avait fait un véritable carnage... 

 

Juste Olivier n'aura chanté qu'un été la cause hellénique. Ses convictions libérales lui coûteront sa chaire à l'Académie. On lui doit Le Canton de Vaud, sa vie et son histoire, son oeuvre la plus accomplie, et une biographie du Major Davel. 

 

Johann Jakob Meyer est, écrit Jean-Philippe Chenauxun personnage légendaire de la lutte pour l'indépendance grecque. Né en 1798, il a une existence tumultueuse et sans domicile fixe, jusqu'à ce qu'il s'enflamme pour la cause de l'Indépendance de la Grèce.

 

En 1822, il s'établit à Missolonghi, s'y marie. Bien que n'ayant pas terminé sa médecine, ce pharmacien l'exerce à l'hôpital de la ville, crée un journal, Ellinika Kronika (Chroniques helléniques), dont le premier numéro sort le 1er janvier 1824. 

 

Le 26 février 1826, l'imprimerie du journal est détruite par un obus franco-égyptien... Le journal cesse de paraître (les adieux de Johann Jacob seront publiés dans Le Courrier français du 6 juin: il y réitère sa volonté de lutter jusqu'à son dernier souffle pour la Grèce)... et lui-même mourra, avant cette parution, le 23 avril 1826.

 

Les journaux suisses de l'époque rendront compte du soulèvement des Grecs contre les Turcs et, notamment, du quatrième siège de Missolonghi 2Jean-Phippe Chenaux cite ainsi nombre d'articles de la Gazette de Lausanne et du Nouvelliste vaudois 3, sans que cette revue de presse soit exhaustive.

 

Anastasia Tsagkaraki a consacré sa contribution à Henri Fornèsy. Celui-ci, né à Orbe en 1803, devenu philhellène comme une bonne partie de la jeunesse européenne, ne s'est rendu en Grèce qu'à l'été 1828.

 

Fornèsy avait demandé, et obtenu, l'aide de Jean-Gabriel Eynard pour servir la Grèce. Ce dernier l'avait en effet recommandé à Ioannis Capodistrias, sa connaissance du grec ancien étant un plus. Il aurait voulu être embauché dans l'enseignement grec; il sera incorporé dans l'armée:

 

Plus que pour ses activités militaires, Henri Fornèsy est connu surtout pour la liste des philhellènes qu'il a compilée.

 

Sur cette liste figure le Bernois Emmanuel Amenäus Hahn, né en 1800, dont, selon Karl Reberla carrière a été la plus exceptionnelle. Élevé dans un orphelinat et étant entré à l'École royale des officiers à Berlin, de retour en Suisse, il décidera de participer à la guerre pour l'Indépendance de la Grèce.

 

Rescapé du siège de l'Acropole en 1827, ayant participé à la campagne des Dardanelles en 1828, il reste en Grèce à la fin de la guerre. En 1844 il est récompensé par le roi Othon pour sa loyauté et obtient le grade de colonel.

 

En 1862, le roi Othon, avant d'être déchu, lui confiera le haut commandement de l'armée. Son successeur, Guillaume de Danemark, le nommera Lieutenant Général de l'armée grecque, avant qu'il ne retourne en Suisse...

 

Pour clore cet ouvrage, Bernard Ducret et Alexis Krauss racontent comment le gouvernement révolutionnaire grec s'est financé pendant et après la guerre d'Indépendance.

 

Après bien des péripéties, que les auteurs relatent dans le détail, la fondation de la Banque Nationale de Grèce lui permettra d'échapper, selon eux, à la finance étrangère, en récoltant les capitaux de la diaspora et des philhellènes.

 

En guise de conclusion, le lecteur peut faire sien ce propos que tient Yves Gerhard dans sa préface: 

 

Il manquait un ouvrage de synthèse sur l'apport des citoyens suisses à la conquête longue et difficile de l'Indépendance grecque: nous ne pouvons que saluer le résultat que ce dernier apporte à notre amour de la Grèce.

 

Francis Richard

 

1 - Ioannis Capodistrias, après avoir servi la Russie, était devenu gouverneur de la Grèce.

2 - Premier siège: de novembre 1822 à janvier 1823; deuxième: d'octobre à décembre 2023; troisième: d'avril à octobre 1825; quatrième: du 5 janvier 2026 au 23 avril 2026, après une sortie d'une partie de la population, l'Exodos.

3 - La Gazette de Lausanne a été absorbée par le Journal de Genève en 1991, qui est devenu Le Temps en 1998; quant au Nouvelliste vaudois, il a disparu en 1914...

 

Des Suisses au service de la Grèce, sous la direction de Jean-Philippe Chenaux, 296 pagesFavre

 

Livres de Jean-Philippe Cheneaux:

 

Les cinq vies du "bon docteur Messerli", 192 pages, Favre (2019)

Un académicien chez les Vaudois, Edmond Jaloux, 314 pages, Cahiers de la Renaissance vaudoise (2022)

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8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 22:55
Jean Raspail - Aventurier de l'ailleurs, de Philippe Hemsen

Jean Raspail (1925-2020) occupe une place particulière parmi les écrivains que j'aime: j'ai quasiment lu tous ses livres, sans être jamais déçu, bien que n'étant pas naturalisé patagon... 

 

Le jour de sa mort j'ai écrit un article sur ce blog pour le saluer bien amicalement et publier le poème sur son roman Sire, que je lui avais transmis en 1993, lors d'un sinistre bicentenaire 1.

 

Certes je ne l'ai approché que quelques fois, lors de séances de signatures ou de conférences de Connaissance du Monde. Mais j'ai toujours eu un bon contact avec ce grand homme. 

 

Comme le dit Érik Orsenna, dans sa préface, Jean Raspail n'est pas l'homme d'un seul livre, Le camp des saints, qui lui valut d'être ostracisé, injustement, par des esprits médiocres.

 

Thomas d'Aquin disait: Timeo hominem unius libri (je crains l'homme d'un seul livre). Je crains que ceux qui réduisent Jean Raspail au seul Camp des saints ne comprennent rien à rien...

 

La biographie de Philippe Hemsen est bienvenue et complémentaire. Elle dresse le portrait d'un homme que seuls ses proches ont connu, qui ne transparaît pas totalement dans ses textes.

 

Cette biographie devrait donner envie de le lire. Un futur académicien français 2, ami de son père, après avoir lu son premier roman, écrit à 21 ans, avait dit qu'il ne serait jamais écrivain...

 

Au cours de son existence, Jean Raspail, écrira une trentaine de livres... Mais, avant que d'écrire, cet homme sera lecteur et acteur. En effet, il organisera, dès 1949, une expédition de scouts.

 

Avec trois autres jeunes gens il parcourra en deux canots 4'565 km, depuis Trois-Rivières au Canada jusqu'à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, sur les traces du père Jacques Marquette.

 

Un lieu marquera Jean: le village abandonné de Sagonnik, dont il emportera en souvenir l'affiche de toile, datant de 1923, interdisant de pénétrer dans cette réserve indienne sur le lac Huron...

 

Après cette épopée, Philippe Andrieu, étant encore son adjoint, il entreprendra fin 1951 3, un autre voyage scout, Terre de Feu 4-Alaska avec quatre jeunes gens à bord de deux véhicules.

 

Lors de ce voyage, il s'intéressera à un peuple en voie de disparition, les Alakalufs des canaux fuégiens 5. Ce ne sera pas la dernière fois qu'il s'intéressera à la tragédie d'une ethnie qui disparaît...

 

Lors d'un troisième voyage, au Pérou, en 1954, il s'enquerra du sort des Urus du lac Titicaca et gardera le pénible souvenir de s'être mal comporté avec eux pour obtenir des images...

 

En 1956, il ira au Japon. Avec Guy Morance, compagnon des voyages précédents, il rencontrera un troisième peuple en voie de disparition, sur l'île d'Hokkaido, les Aïnous, de race blanche.

 

Il avait écrit des récits de ses voyages. Cette fois, pour parler du Japon, qui lui est resté pour partie hermétique, il écrit un roman, Le vent des pins, bien accueilli par le public et la critique. 

 

Celui qui ne serait jamais écrivain va écrire des récits, puis des romans, enfin des chroniques quand il sera confronté à une autre actualité que celle d'organiser ses voyages et conférences.

 

Un temps, après la parution du Camp des saints 6, il s'engage très à droite, ce qui lui vaut amitiés et inimitiés. La politique n'est pas faite pour lui. Il se doit à son oeuvre et à ses thèmes:

 

La réalisation de soi, loin des foules et des masses, dans et par la fidélité de ce qui aurait pu être...

 

Pourquoi lire Jean Raspail? Philippe Hemsen répond très bien à cette question dans l'épilogue.

 

En résumé:

  • Parce qu'il donne à rêver.
  • Parce qu'il nous apprend à sortir, et pour commencer à sortir de nous-mêmes, pour nous perdre peut-être, nous perdre ailleurs, au loin, pour mieux nous retrouver...
  • Parce qu'il est le romancier de l'individualité qui se construit en puisant sa force, sa détermination, sur l'exacte conscience de ses racines, à la fidélité desquelles il doit de pouvoir s'élever davantage.
  • Parce qu'il a su créer un monde.
  • Parce qu'il fut le témoin des évolutions sociétales, civilisationnelles et culturelles d'une bonne partie du monde et de la France en particulier, au cours des soixante années qui séparent 1950 de 2010.
  • Parce que, avec chaque peuple qui disparaît [dont il garde le souvenir avant qu'il ne s'efface], c'est toute une conception du monde et de l'univers qui disparaît. Et une langue spécifique.

 

Francis Richard

 

1 - Je fais partie de ceux qui, à son appel dans Le Figaro, se sont retrouvés le soir du 20 janvier 1993 à la Basilique Saint-Denis et le lendemain 21 janvier sur la place de la Concorde pour commémorer la mort du roi Louis XVI.

2 - André François-Poncet.

3 - Il s'est marié le 14 février 1951 avec Aliette Pénet, avec laquelle il aura deux enfants, Quentin et Marion.

4 - La Patagonie, qui va fasciner Jean Raspail et dont il s'autoproclamera Consul général, comprend la Terre de Feu.

5 - Fuégiens: de la Terre de Feu.

6 - En 1973.

 

Jean Raspail - Aventurier de l'ailleurs, Philippe Hemsen, 400 pages, Albin Michel

 

Livres de Jean Raspail chroniqués sur ce blog (créé le 24 mai 2008):

 

Le Camp des Saints, Robert Laffont (2011)

Les veuves de Santiago, Via Romana (2011)

La miséricorde, Robert Laffont - Bouquins (2015), Équateurs (2019)

Terres saintes et profanes, Via Romana (2017)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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19 janvier 2025 7 19 /01 /janvier /2025 23:00
Pour l'Église - Ce que le monde lui doit, de Christophe Dickès

On peut considérer l'histoire de l'Église à travers un système de valeurs, ce qui nous pousse à voir ce qu'elle a fait de mal, mais l'honnêteté intellectuelle doit aussi nous amener à considérer ce qu'elle a fait de bien dans le monde, la façon dont elle l'a simplement rendu meilleur.

 

Christophe Dickès, dans ce plaidoyer Pour l'Église, n'entend pas substituer une légende dorée à une légende noire. Il veut dans cet essai dire, en tant qu'historien, Ce que le monde lui doit. Pour ce faire, il aborde le sujet sous trois angles: la société, la politique et l'humanisme.

 

SOUS L'ANGLE DE LA SOCIÉTÉ

  • Sous le pape Grégoire XIII, une commission a adopté le calendrier actuel pour répondre au décalage entre l'antique calendrier julien et les cycles solaire et lunaire, fixé l'équinoxe de printemps au 21 mars 1583 et créé les années bissextiles pour compenser l'année calendaire commune de 365 jours et l'année solaire.
  • Depuis les origines, les grands hommes d'Église disposent d'une double culture grecque et latine, qui, avec d'autres connaissances, sera transmise à tous, via des écoles monastiques, puis presbytérales, enfin épiscopales, lesquelles seront à l'origine des universités au XIIIe siècle.
  • À partir de l'époque médiévale, l'Église a apporté sa contribution à la science, parce que, pour elle, science et foi ne s'opposent pas mais se complètent: l'auteur cite beaucoup de personnages, religieux et laïcs, qui en attestent.
  • L'hospitalité chrétienne, au contraire de l'hospitalité antique qui est réciproque, don/contre-don, est unilatérale et gratuite, c'est la charité chrétienne: les hôpitaux chrétiens se développent dès le IVe siècle, d'abord en Orient, puis en Occident.

 

SOUS L'ANGLE DE LA POLITIQUE

  • Pendant des siècles l'Église est la seule institution pratiquant des élections libres et régulières: pour l'élection du pape, des évêques, des abbés et abbesses; sans parler des synodes et des conciles.
  • Le droit canon médiéval a unifié les pratiques des droits barbares, du droit romain amputé et expurgé et de la morale chrétienne. Les juristes canonistes ont inventé la science du droit, telle que nous la pratiquons aujourd'hui à la fois dans nos tribunaux, nos universités et nos institutions politiques.
  • La distinction du temporel et du spirituel constitue un des principes essentiels des sociétés chrétiennes à travers les siècles, la distinguant des structures politico-religieuses que sont l'arianisme, la charia dans l'islam ou encore les religions séculaires que sont les totalitarismes du XXe siècle.
  • Dès l'origine l'Europe est intimement liée à un homme d'Église [Saint Martin] et à la vénération qui entoure sa personnalité sur un territoire bien défini. Cette Europe chrétienne sera niée par Bruxelles et Strasbourg après le Traité de Rome de 2004, imposé bien que rejeté par 55% des Français lors du référendum de 2005...
  • L'éthique de la guerre a été le legs de la pensée chrétienne. Aujourd'hui l'Église a abandonné sa conception de la guerre juste et parle d'utilisation légitime de la force.
  • À la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, l'Église a renoué avec la tradition des Pères de l'Église en affirmant la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu ainsi que l'unité du genre humain.

 

SOUS L'ANGLE DE L'HUMANISME

  • Aussi bien dans l'évangile que dans les premiers temps du christianisme les femmes jouent un rôle dans la christianisation. Puis, au début du Moyen Âge, le statut de la femme change, sans atténuer la discrimination sexuelle propre à l'époque romaine: elle n'est plus fille, mère ou femme de quelqu'un. Le XIe siècle est un tournant: la dévotion se féminise et la sainteté féminine croît fortement pendant les XIIIe et XIVe siècles. Au XIIIe siècle, d'ailleurs, le mariage, pour être valide, requiert le consentement des deux personnes et il est public.
  • La conscience individuelle et la responsabilité morale devant les hommes et la société trouvent leurs racines dans l'Église médiévale des XII et XIIIe siècles. L'homme de la fin du Moyen Âge s'éloigne progressivement des jugements catégoriques du bien et du mal: les intentions doivent être prises en compte pour évaluer ses actes.

 

DE L'IMPORTANCE DE L'HISTOIRE

  • L'histoire nous donne les clefs de compréhension du temps présent.
  • L'apport des hommes d'Église est [...] un capital ou un patrimoine qu'il s'agit de transmettre sans complexe ni arrogance, tout en l'alimentant et le faisant fructifier, pour les plus érudits, par l'étude.
  • L'histoire dit ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas.
  • L'histoire est là pour conjuguer les trois dimensions du passé, du présent et de l'avenir.[...]. L'histoire est là pour nous permettre de faire des choix. Elle nous rappelle ainsi notre liberté d'action à chaque génération.

 

Francis Richard

 

Pour l'Église - Ce que le monde lui doit, Christophe Dickès, 272 pages, Perrin

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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19 septembre 2024 4 19 /09 /septembre /2024 22:00
Sensations océaniques, de Martine Ruchat

Sensations océaniques relate les amours entre l'écrivain français bien oublié Romain Rolland (1866-1944) et la comédienne américaine Helena de Kay (1891-1987).

 

Ce sont des amours singulières parce qu'elles sont essentiellement épistolaires et que c'est la jeune Helena qui, étonnamment, a pris l'initiative de correspondre avec lui.

 

En effet, pendant deux ans, bien avant qu'ils ne se rencontrent, cette femme de vingt-cinq ans plus jeune que son correspondant lui adresse tout son amour et sa dévotion.

 

Ce récit couvre la période qui va de 1912 à 1924 de la vie des deux amants, qui se soutiennent et s'aiment donc plus souvent à distance qu'en présence l'un de l'autre.

 

Cette idylle est romanesque. Martine Ruchat a donné ce tour à son récit sans avoir à forcer le trait, car leur correspondance, dont elle donne des extraits, est éloquente.

 

Ce n'est que début 1914 que Helena et Romain se rencontrent pour la première fois. Dans son appartement parisien, ils connaissent une première nuit d'amour le 24 mars.

 

Pendant leur idylle, la guerre civile européenne, la Grande Guerre, a lieu, ce qui ne laisse pas d'affliger l'humaniste Romain Rolland, pacifiste sincère et européen convaincu.

 

Romain et Thalie1 s'aiment par conséquent surtout par la pensée et par l'écrit, c'est-à-dire de loin, sans doute que son père à elle et sa mère à lui désapprouvent leur relation.

 

Les événements ne facilitent pas non plus leurs rencontres. Aussi 1916 aura-t-elle été une belle année de correspondance entre eux, tandis que 1917 le sera beaucoup moins.

 

Au début de cette année-là, Romain apprendra que Thalie, hélas, est enceinte d'un autre, ce qu'il ressentira comme une offense à son amour-propre et, même, comme une trahison.

 

Entre eux régnera d'ailleurs toujours un malentendu sur le mariage et sur la procréation, vraisemblablement en raison des pesanteurs familiales et de leur volonté d'être libres.

 

Leurs rapports seront singuliers: Thalie considérera Romain comme son fils, qu'elle fera connaître en Amérique, et Romain, Thalie comme sa fille, qu'il financera et conseillera.

 

La fin de leur idylle est certainement due, après révélations, à un désenchantement chez Romain et au fait qu'il va enfin trouver l'âme soeur chez une nouvelle correspondante...

 

Le titre est emprunté au sentiment océanique que Romain Rolland a en quelque sorte décrit dans une lettre de 1927 à Sigmund Freund comme celui de ne faire qu'un avec l'univers.

 

Romain Rolland n'aurait pas aimé, il l'avait dit par avance, au sujet de ses lettres à Helena que nul autre ne les lise jamais.  L'auteure lui demande pardon d'avoir dévoilé son intimité:

 

C'est notre époque qui l'encourage.

 

Francis Richard

 

1 - Nom de scène proposé par Romain à Helena et adopté par elle.

 

Sensations océaniques, Martine Ruchat, 336 pages, Éditions Encre Fraîche

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16 juillet 2024 2 16 /07 /juillet /2024 21:00
Les origines du conflit israélo-arabe (1870-1950), de Georges Bensoussan

Ce Que sais-je ?, paru1 bien avant le 7 octobre 2023, est précieux. C'est une excellente piqûre de rappel pour ceux qui ont lu La longue marche d'Israël de Jacques Soustelle, dont la première édition, celle que j'ai, remonte à 1968...

 

Les origines de ce conflit, qui est loin d'être terminé, sont complexes. Et le mérite de l'auteur, Georges Bensoussan, est de ne pas occulter les torts et les raisons de toutes les parties à ce conflit, faisant là véritable oeuvre d'historien.

 

Le livre couvre la période 1870-1950. Jusqu'en 1914 la Palestine, i.e. la Syrie du Sud, est pauvre et ne compte qu'une forte minorité de Juifs, qui sont majoritairement citadins. Ils représentent 80'000 habitants sur un total de 720'000:

 

Près de 70 000 immigrants juifs arrivent en Palestine entre 1881 et 1914 et y créent 53 implantations agricoles.

 

Venus surtout de l'empire russe, ils les acquièrent auprès d'hommes d'affaires, puis de paysans et de grands propriétaires résidents. Les derniers arrivants, au contraire des pionniers, vite repartis, les mettent en valeur eux-mêmes.

 

Pendant la Grande Guerre, l'Empire ottoman, du côté des puissances centrales, craint une sécession de la Palestine: Répression, épidémies, famine la dépeuplent si bien que la population n'est plus que de 600'000 habitants en 1918.

 

Dans l'après-Grande Guerre l'immigration juive en Palestine va s'intensifier, après la fameuse Déclaration Balfour, rendue publique en 1920, qui est une lettre de ce lord à lord Lionel Walter Rotschild, où il est dit notamment:

 

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif...

 

Sont criantes les divisions au sein même des parties, dont les différences ne favorisent guère une entente entre elles, à tous les points de vue, que ce soit en matière de démographie, de niveau d'instruction, de culture ou de religion.

 

Les Juifs reviennent sur les terres de leurs ancêtres, ce que les Arabes ne leur contestent pas, mais ils ont peur les uns comme les autres de se retrouver assujettis à ceux qui leur sont dissemblables et se comportent différemment.

 

Il y a des extrémistes partout, mais il faut remarquer qu'il y a des degrés dans le rejet de l'autre. Ainsi, plus tard, des Arabes, sous influence nazie, seront-ils enclins à exterminer, tandis que des Juifs ne s'attristeront pas des exodes arabes.     

 

À plusieurs reprises une solution à deux États sera proposée mais il se trouvera toujours des opposants dans l'un ou l'autre camp pour l'empêcher d'aboutir, des Arabes refusant, par exemple, l'existence d'un État israélien, quel qu'il soit. 

 

Les armes parleront surtout à la fin de la période étudiée, mais elles ne se tairont jamais. Ce livre, qui introduit de la nuance alors que les positions sont tranchées, explique très bien pourquoi la guerre de 1948 n'est de loin pas terminée:

 

Si ce conflit met en scène deux nationalismes qui se disputent une même terre, il oppose deux sociétés séparées par des blocages d'ordre culturel, essentiels mais le plus souvent sous-estimés. De là deux discours qui cheminent parallèlement, animés par des logiques également légitimes, mais qui demeurent encore généralement ignorants l'un de l'autre.

 

Francis Richard

 

1 - Le 18 janvier 2023.

 

Les origines du conflit israélo-arabe, Georges Bensoussan (1870-1950) 128 pages, Georges Bensoussan, Que sais-je ? (réédition en 2024)

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3 juillet 2024 3 03 /07 /juillet /2024 22:55
Les leçons de Pompidou, de David Lisnard et Christophe Tardieu

Bon sens, performance, quête de sens. Tel est le tiercé gagnant d'un Premier ministre, puis président de la République qui toujours cherchait par une conscience précise de la vie réelle à enraciner son action dans le peuple.

 

Sous la plume des auteurs, à propos de Georges Pompidou, revient souvent le mot de pragmatique pour le qualifier, mais ce mot serait trop réducteur pour comprendre les ressorts de son action:

 

S'il n'était jamais enfermé dans un système de pensée, il n'en demeurait pas moins arrimé à des attitudes, valeurs et principes solides: pudeur, simplicité, curiosité intellectuelle, logique, souci de l'argumentation factuelle, amour des bonnes choses, sens de la famille, foi en la liberté et la responsabilité, conscience des enjeux humains de toute action publique.

 

Comme les auteurs abordent de nombreux sujets dans leur livre, il n'est question ici que de certains d'entre eux qui, aux yeux d'un libéral, apparaissent comme les plus significatifs. Il pourra en tirer des leçons qui ne sont pas forcément toujours celles qu'en tirent David Lisnard et Christophe Tardieu...

 

Pour Georges Pompidou, le président de la République est le chef suprême de l'exécutif et le garant de la Constitution, donnant les impulsions fondamentales. Il est l'arbitre et le premier responsable national, mais, en réalité, sans doute parce qu'il a été Premier ministre, il ne s'occupera pas seulement de choses essentielles...

 

Il pensait sincèrement que l'État n'était pas une menace pour la liberté du citoyen mais qu'il en constituait au contraire la plus solide et la meilleure garantie et souhaitait que le Conseil d'État devienne progressivement le protecteur des libertés individuelles. On voit aujourd'hui ce qu'il est advenu de ce souhait.

 

Il critiquait déjà la bureaucratie et la technocratie, qui n'ont fait que croître et embellir au cours des dernières décennies. Ne faut-il pas y voir la tendance naturelle des hommes de l'État d'accroître tout pouvoir qui leur est donné plutôt que le conformisme technocratique ou le renoncement à la responsabilité de nombreux gouvernants?

 

À propos de l'Europe, il pensait qu'elle devait respecter les États et que l'Europe devait être conçue dans un esprit confédéral où les gouvernements coopèrent et où des politiques communautaires peuvent se développer: pour lui la Commission ne devait avoir qu'un rôle subalterne de coordination et d'exécution...

 

Il conservait le système économique hybride français, qui n'est ni libéral, ni socialiste. Sa doctrine se résumait en trois axiomes: une croyance forte dans les mérites de l'économie libérale, un intérêt marqué pour la planification indicative et une critique parfois vive du ministère des Finances

 

Ainsi Georges Pompidou n'était-il pas favorable à l'équilibre budgétaire s'il était obtenu en augmentant les ressources sans réduire les dépenses, c'est-à-dire en administrant la pénurie, avec pour résultat de freiner la croissance (sans laquelle il n'y a pas de prospérité possible) et de conforter la primauté de l'État sur l'entreprise privée:

 

"Il est souhaitable qu'en période normale et en régime de croisière, l'État réduise son rôle au minimum, qui est déjà considérable. Dans ces périodes normales, l'État doit se garder de chercher à intervenir pour le plaisir d'intervenir. Il doit au contraire essayer de restreindre ses interventions. Il doit laisser le plus de place à l'initiative privée."

 

S'il n'y avait pas eu de croissance, grâce notamment à cette politique industrielle, il n'y aurait pas eu de progrès social et de hausse générale du niveau de vie: Un pays ne peut pas distribuer davantage à la population que ce qu'il produit, ou, s'il le fait, cela ne peut durer longtemps et il est rattrapé par les réalités économiques...

 

La liberté est menacée par des risques technologiques, ce que prédisait Georges Pompidou dans le Noeud gordien dès 1968. À sa suite, les auteurs peuvent écrire que technologie centralisatrice des données sur les habitants et technocratie dominant l'exercice du pouvoir politique portent les germes de la tyrannie.

 

Comment sauver la liberté?

 

Il faut pour cela "limiter les pouvoirs de l'État, [...] ne lui laisser que ce qui est de sa responsabilité et qui est de nos jours déjà immense, laisser aux citoyens la gestion de leurs propres affaires, de leur vie personnelle, l'organisation de leur bonheur tel qu'ils le conçoivent, afin d'échapper à ce funeste penchant qui, sous prétexte de solidarité, conduit tout droit au troupeau"...

 

À Jacques Chirac, qui était trop empressé de produire des circulaires et autres textes découlant du conformisme énarchique, il avait dit:

 

"Cessez d'emmerder les Français."

 

Pour remédier à la dévitalisation civique, au délitement régalien, au maquis technocratique qui accablent la France, les auteurs concluent:

 

Pour la concorde nationale, la paix, la sécurité et la liberté, il y a un besoin urgent de bon sens politique contre l'impuissance publique. Tel est l'enseignement de Georges Pompidou.

 

N'est-ce pas un voeu pieux?

 

Francis Richard

 

Les leçons de Pompidou, David Lisnard et Christophe Tardieu, 288 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent des deux auteurs chez le même éditeur:

 

La culture nous sauvera (2021)

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19 mars 2024 2 19 /03 /mars /2024 21:10
Nietzsche au piano, de Frédéric Pajak

Saviez-vous que Friedrich Nietzsche était musicien? Dans Nietzsche au piano, Frédéric Pajak le raconte, précise que, quand il l'avait lu intégralement, il s'était agi pour lui d'une expérience totale:

 

En partie philosophique, mais surtout esthétique, c'est-à-dire poétique et musicale.

 

Je savais qu'en 1868, à 24 ans, Nietzsche était devenu l'ami de Wagner, qu'il avait rompu avec lui après l'avoir encensé. Mais j'ignorais que cette rupture, en 1876, provenait de différends musicaux.

 

Nietzsche reprochait à Wagner de composer une musique allemande et théâtrale, alors qu'il considérait que la musique devait être méditerranéenne. Quant à Richard, il trouvait nulle celle de Friedrich:

 

Les considérations musicales ne sont pas l'unique point d'achoppement; il en est un autre, et de taille: l'antisémitisme de Wagner.

 

Par curiosité, un jour, l'auteur a écouté une petite pièce pour piano composée par Friedrich Nietzsche. Bouleversé, il y a retrouvé son écartèlement entre sa délicatesse romantique et ses rêves d'Antiquité.

 

Alors l'auteur est allé plus loin dans sa recherche des liens entre cet homme, au nom illisible, et la musique, ce qui l'a conduit à écrire cette histoire chronologique, confirmant qu'il était musicien avant tout.

 

Entre la mort de Wagner, en 1883, et son effondrement à lui, en 1889, Nietzsche ne va plus composer et ne fait plus qu'écrire ses livres, et toujours plus brillamment, la musique faisant oublier la souffrance.

 

Nietzsche entamera alors une longue vie végétative, qui va durer dix ans, dont sept sous la garde de sa mère, pendant lesquels il n'écrira ni ne lira plus, mais jouera encore au piano, y trouvant l'apaisement.

 

Francis Richard

 

Nietzsche au piano, Frédéric Pajak, 96 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

 

Livres précédemment chroniqués:

Manifeste incertain 1

Manifeste incertain 2

Manifeste incertain 3

Manifeste incertain 4

Manifeste incertain 5

Manifeste incertain 6

Manifeste incertain 7

Manifeste incertain 8

Manifeste incertain 9

 

PS

 

Ont lieu:

  • L'exposition PAJAK de Jacques à Frédéric - peinture, dessin et collage - jusqu'au 7 avril 2024
  • Conférence PAJAK PÈRE ET FILS EN ÉTAT D'URGENCE par Françoise Jaunin, le 24 mars 2024 à 17h

 

À La Fondation L'Estrée

Bourg-Dessous 5

1088 Ropraz

021 903 11 73

fondation@estree.ch

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23 octobre 2023 1 23 /10 /octobre /2023 19:00
Noor, d'Étienne Barilier

Noor a vingt-neuf ans, mais en paraît dix de moins. Et surtout, avec son visage à l'ovale exact et reposant, avec son nez très légèrement plus long et fort qu'on n'attendrait de la perfection (mais cet infime accent marque sa noblesse); avec la lumière intense et veloutée de ses yeux, ses yeux qui semblent dire à quiconque: ne me faites pas souffrir en me refusant votre sourire - avec tout cela, Noor est belle, simplement.

 

Cette description correspond à l'apparence de Noor quand elle est reçue le 7 juin 1943 à Londres par Leo Marks, un collaborateur du SOE (Special Operations Executive), créé par Churchill.

 

Noor est une princesse indienne. Son nom est Noor-un-Nisa1 Inayat Kahn (1914-1944). Son père, Hazrat, était un prince indien soufi 2, qui, à ce moment-là, a déjà rejoint le paradis d'Allah.

 

La mère de Noor, Ora Baker, est anglo-écosso-irlandaise. Hazrat, musicien et conférencier, l'a rencontrée en Amérique et épousée à Londres. Noor est née à Moscou, pendant une tournée.

 

Les Inayat Kahn ont habité Londres, Moscou et Suresnes, banlieue ouest de Paris, dans une grande demeure, Fazal Manzil 3. Ce qui explique le bilinguisme de Noor, un atout pour le SOE.

 

L'autre atout de la jeune femme, qui a regagné Londres en juin 1940, est que, musicienne, elle se révèle habile clavieriste, ce qui est déterminant pour devenir une opératrice radio du SOE.

 

Ce ne sont pas ses capacités techniques qui interrogent les responsables du SOE pour l'envoyer sur le terrain, en l'occurrence en France. Ce sont ses autres capacités pour affronter l'ennemi.

 

Noor s'envole finalement dix jours plus tard pour la France, où un avion la dépose à une vingtaine de kilomètres d'Angers, qu'elle gagne à vélo après avoir passé la nuit dans une ferme. 

 

À la gare d'Angers elle prend le train pour Paris, Gare-Montparnasse, d'où elle se rend par le métro au 40 de la rue Erlanger, qui est l'adresse de son contact et où elle arrive sans encombre.

 

Étienne Barilier replace le récit dans son contexte. Dans la résistance, il y avait de vrais héros, tels que Noor, mais aussi des traîtres, des agents doubles et, à Londres, de graves fautifs...

 

Quoi qu'il en soit, son livre, basé sur une histoire vraie et bien documenté, même s'il ne comporte pas de bibliographie, se lit comme un roman d'espionnage dont la fin est hélas connue.

 

Le dernier mot du récit revient à Leo Marks qui se sent responsable et coupable d'avoir jeté Noor dans le malheur, tout en sachant qu'il n'a fait qu'accepter sa décision et respecter son courage.

 

Ce roman historique se termine en effet par une vision que l'agent anglais agnostique a de Noor dans sa grande beauté, la vérité de son être, et qui lui fait s'adresser à elle en ces termes:

 

J'essaie du moins de croire en quelque chose: le sourire humain. Le vôtre est là. Je sais qu'il va demeurer, libre du corps disparu.  

 

Francis Richard

 

1 - Ce qui signifie Lumière des femmes.

2 - Il voulait harmoniser l'Orient et l'Occident.

3 - Ce qui signifie Maison de la bénédiction.

 

Noor, Étienne Barilier, 384 pages, Phébus

 

Livres précédents:

Le piano chinois (2011) Éditions Zoé

Ruiz doit mourir (2014) Buchet-Chastel 

Les cheveux de Lucrèce (2015) Buchet-Chastel

Dans Karthoum assiégée (2019) Phébus

 

La maison des Inayat Kahn à Suresnes:

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30 août 2023 3 30 /08 /août /2023 19:50
Savonarole, d'Aimé Richardt

Jérôme Savonarole (1452-1498) est un religieux condamné par l'Église pour schisme et instauration d'un régime théocratique à Florence. Des catholiques lui accorderont respect, confiance, voire admiration; des protestants, tels que Luther, verront en lui un éminent précurseur de la Réforme.

 

C'est son histoire qu'Aimé Richardt raconte dans ce livre en en restituant le contexte. Il en ressort que les moeurs de l'Église sont contraires à son enseignement, jusques au sommet de la hiérarchie, et que Jérôme Savonarole va s'insurger contre, à partir du moment où il en fera lui-même partie.

 

Ce qui frappe dans cette époque de chrétienté, c'est l'intolérance des uns et des autres qui n'est pas sans rappeler ce que nous vivons dans la nôtre, où des mots sont des appels à des actes qui nous choquent parce que, du moins à ma génération, nous avons appris à les trouver répréhensibles.

 

À lire cette biographie, il est difficile de prétendre que Savonarole ait commis des actes condamnables. Il n'est pas de ceux qui disent de faire ce qu'ils ne font pas eux-mêmes. À ce point de vue, sa vie est irréprochable. Mais ce qu'il dit n'est pas toujours crédible, est dur, parfois contradictoire.  

 

Après des études universitaires, il reçoit l'appel de Dieu en mai 1474 et quitte la maison paternelle sans guère d'explications, un peu moins d'un an plus tard, en avril 1475, pour se rendre au couvent dominicain de Bologne, où il revêt l'habit des mains du prieur et se forme pendant sept ans.

 

Depuis ses 20 ans, Jérôme écrit des poèmes. Il continuera cette activité pendant toute sa vie, ce qui démontre qu'il a une bonne culture. À chaque grande occasion, il en compose, mais ce sont ses prêches qui vont, peu à peu, retenir l'attention, mû par une illumination qu'il aurait eu à 22 ans.

 

Dès lors il prophétise qu'un fléau s'abattra sur l'Église si elle ne s'amende pas et n'opère une profonde réforme... Il y a à cela sept raisons: la criminalité, la luxure et l'idolâtrie, les mauvais bergers, les faux prophètes, la diminution de la foi, la décrépitude de l'Église et le mépris des saints.

 

Écarté pendant un temps du couvent dominicain de Florence, après avoir été à Bologne, Ferrare et en Lombardie, il y retourne en 1490, à l'invitation de Laurent le Magnifique, sous les instances de Giovanni Pic de la Mirandole. Il y donne des leçons sur l'Apocalypse au grand retentissement.

 

Son destin bascule après sa prédication du 27 avril 1791, où il se montre d'une rare véhémence. Les pauvres et les opprimés y trouvent la justification de leur mécontentement tandis qu'elle indiffère les riches et que Laurent le Magnifique se sent visé et ne lui oppose qu'un piètre prédicateur.

 

Après la mort de Laurent le Magnifique, devenu prieur du Monastère Saint Marc, Jérôme Savonarole se fait prophète non plus sur la base des Écritures mais sur les révélations qu'il se persuade que Dieu lui ferait directement, tout en prétendant que l'Ancien Testament reste la source de ses visions.

 

Après l'élection du pape Alexandre VI, la chute des Médicis, la nouvelle vision qu'il décrit en chaire le 1er avril 1495, tout va changer pour Jérôme Savonarole dont d'aucuns mettront alors en cause la bonne foi. Ses attaques contre le pape lui vaudront excommunication et défections de partisans.

 

Lui qui avait été saisi d'une rage punitive (bûcher pour les sodomites, extirpation des mauvais prêtres, enfermement des prostituées au bordel, lourdes amendes pour les joueurs, percement de la langue des blasphémateurs, interdiction des bals, etc.) finira pendu et brûlé après avoir été torturé.

 

Après s'être rendu aux autorités civiles qui menaçaient de mettre le feu à son couvent, il avoua sous la torture que son but était la gloire, le crédit et la réputation. C'était un reniement total de l'oeuvre de sa vie. Seul un de ses deux compagnons, arrêtés avec lui, et torturés, ne l'aura pas renié.

 

L'Inquisition les condamnera comme hérétiques et schismatiques, les remettra au bras séculier qui doit les exécuter par pendaison: leurs corps devront ensuite être brûlés afin que le feu purifie la terre de leur passage, et leurs cendres dispersées pour effacer toute trace de leur passage sur la terre.

 

Il ne faut jamais oublier le contexte, ni juger avec les yeux d'aujourd'hui. Mais l'on ne peut s'empêcher de faire des rapprochements avec un autre épisode de l'histoire, la Révolution française, où des mots, suivis d'actes, ce qui ne peut être reproché à Savonarole, se sont retournés contre leurs auteurs.

 

Francis Richard

 

Savonarole, Aimé Richardt, 154 pages, SOTECA (sortie le 30 août 2023)

 

Livres précédents:

 

Chez François-Xavier de Guibert:

La vérité sur l'affaire Galilée (2007)

Calvin (2009)

Saint François de Sales et la Contre-Réforme (2013)

Jean Huss, précurseur de Luther (2013)

Bossuet, conscience de l'Eglise de France (2014)

Lacordaire - Le prédicateur, le religieux (2015)

 

Chez Artège:

Lamennais le révolté 1782-1854 (2017)

Zwingli le réformateur suisse 1484-1531 (2018)

Montalembert (2020)

Le Catholicisme social en France (1830-1870) (2020)

Saint François Xavier - Le missionnaire (2022)

 

Chez SOTECA:

Saint Vincent de Paul (1561-1660)-Le miséricordieux (2022)

Le saint curé d'Ars (2023)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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