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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 22:45
2050, du Cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat

Ce livre est le fruit de conversations entre le Cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat 1, écrivain et éditeur. Dans le préambule, ce dernier écrit: 

Nous avons mis à profit les beaux mois de l'année 2025 pour offrir une réflexion sur l'avenir de l'Église en 2050.

 

Cette intention est reprise dans le bandeau sous la forme d'une interrogation:

Dans vingt-cinq ans, l'Église sera-t-elle encore un phare ou l'écho lointain d'une voix oubliée?

 

Pour répondre à cette interrogation, les conversations entre le prélat et l'éditeur empruntent seize voies, comme autant de thèmes.

 

Quelques extraits, par thème, des propos du Cardinal, donneront, peut-être, envie d'approfondir la réflexion proposée, en se plongeant dans l'ouvrage. 

 

L'ÉGLISE

 

Toute tentative pour modeler l'Église à l'aune de contingences historiques ou culturelles, en oubliant sa nature divine, est vouée à l'échec. L'Église possède une structure permanente: elle vient de Dieu, vit en Dieu, retourne à Dieu.

 

Sans Dieu, l'Église meurt. Sans Dieu, l'Église n'est qu'un simulacre d'elle-même. Mais parce que Jésus-Christ l'habite, la soutient, la nourrit, elle vit. Et sa mission demeure: porter Dieu au monde.

 

L'OEUVRE DE DIEU

 

La liturgie 2 est, dans son essence, un service rendu à Dieu pour le bien du peuple. Elle est le culte officiel, public, solennel de l'Église; elle se distingue en cela de la prière privée.

 

La liturgie existe toujours, même lorsque la ferveur intérieure manque, à condition que la forme soit respectée.

 

LA MISSION

 

Sans prière, il n'y a pas de mission véritable.

 

La mission consiste [...], essentiellement, à proclamer la Parole de Dieu. Et cette Parole, aux yeux de l'Église, est aussi vénérable que le Corps du Seigneur.

 

LE SACERDOCE

 

Le prêtre n'est pas un simple administrateur, ni un travailleur social: il est le pont entre Dieu et les hommes. Il se tient devant l'Autel, à la manière du Christ, offrant non seulement les dons sacrés, mais sa propre vie. L'oblation de soi-même est en effet l'acte sacerdotal par excellence.

 

La prière doit être centrale, prioritaire et vitale dans la vie quotidienne du prêtre.

 

Sans Dieu, sans prière, sans la foi vivante, la vie sacerdotale devient un terrain aride où se développent l'orgueil, la dépression, voire la perversion.

 

Le renouveau sacerdotal passera par la sainteté du peuple de Dieu.

 

LA VIE CONTEMPLATIVE

 

Ceux qui ont fait ce choix ont médité longuement la vie de Jésus, ils l'ont contemplée, et ils veulent l'imiter. Ils ont perçu combien le silence fut constitutif de son existence terrestre: silence de Nazareth, silence du désert, silence des nuits de prière. Comment n'auraient-ils pas éprouvé le désir profond de ce silence qui permet à l'âme de se livrer à Dieu seul?

 

Dans ce monde où tout parle, où tout crie, où l'on s'exprime jusqu'à l'épuisement, nous devons redécouvrir la force du silence.

 

LA TRADITION

 

La tradition apostolique n'est pas une poussière que le temps aurait déposé sur les vérités révélées. Elle est la respiration même de l'Église, le flux continu de la Parole reçue, méditée, vécue, transmise.

 

Du latin traditio, elle désigne l'acte de remettre, de livrer, de transmettre ce qui fut reçu. Elle n'a rien d'un conservatisme stérile, ni d'une nostalgie crispée. Elle est au contraire un passage de témoin, un acte de fidélité enraciné dans l'humilité: je transmets ce que j'ai reçu, sans en altérer la pureté, sans en trahir l'origine.

 

Nous avons reçu les Écritures, la Révélation, la tradition, le Magistère. Voilà les colonnes d'airain de l'Église. C'est notre richesse pour les siècles à venir.

De même, l'abandon, ou la suppression, de la messe tridentine, rite hérité de saint Grégoire le Grand, célébré par tant de saints, serait une insulte à la tradition.

 

LA FOI

 

L'opposition classique entre croire et savoir est plus complexe qu'il n'y paraît, car croire suppose toujours un minimum de savoir, et, bien souvent, savoir implique une forme de foi en autrui.

 

La foi, au sens proprement religieux, se définit comme un abandon confiant et total de l'homme envers Dieu - un Dieu personnel, vivant, rencontré dans l'intimité du coeur.

 

Il s'agit d'une rencontre entre deux personnes, un mouvement réciproque, une plénitude de présence et un engagement total.

La foi chrétienne suppose aussi l'adhésion au "dépôt de la foi" - un ensemble de vérités objectives, transmises par les Apôtres. 

 

LA LITURGIE

 

Il est urgent de rendre à la liturgie sa vérité: qu'elle soit de nouveau la célébration du mystère chrétien et redevienne le lieu où Dieu est premier.

 

La liturgie est la rencontre la plus haute, la plus sainte entre l'homme et Dieu. Elle doit exprimer la stupeur, le respect, la vénération, l'adoration.

 

Elle a pour coeur l'Eucharistie. Le culte, c'est l'Eucharistie.

 

La liturgie chrétienne, loin de se calquer sur les cultures, en transcende les particularismes.

 

L'ATHÉISME

 

Si la pensée humaine refuse de se soumettre à la règle supérieure de la vérité, elle ne sera plus conduite que par le caprice, c'est-à-dire, en dernière instance, par la tyrannie des passions et la servitude des intérêts.

 

En se coupant de la source divine, l'homme se détruit spirituellement, et finit par se réduire lui-même à l'état de machine et d'animal.

 

Seule une Église ayant retrouvé la force intérieure de la prière, de la contemplation, de la vie sacramentelle, peut devenir un instrument crédible et convaincant.

 

LA MISSION DU SUCCESSEUR DE PIERRE

 

Le pape n'est pas choisi pour enseigner ses idées ou réformer l'Église selon les modes passagères. Il est le Vicaire du Christ, le témoin de la Vérité. Sa mission est de transmettre ce qu'il a reçu, d'affermir la foi de ses frères, de porter au monde l'enseignement de Jésus-Christ et de se conformer à la Croix.

 

LES MENACES DE LA DIVISION

 

La foi catholique, pour être reçue, doit [...] impérativement être formulée avec justesse, netteté et précision.

 

La différence entre une liturgie ancienne [le rite tridentin par exemple] et une liturgie nouvelle, toutes deux célébrées selon les livres liturgiques, est bien moindre que celle célébrée selon le missel de Paul VI et certaines célébrations vulgaires, désacralisées, abusives, que l'on rencontre hélas aujourd'hui.

 

L'unité dans la vérité, l'unité dans la tradition vivante, l'unité dans le culte digne et sacré: tel est l'appel de l'Esprit-Saint à l'Église de notre temps.

 

L'ORGUEIL ET SES CHUTES MONSTRUEUSES

 

Le propre de l'orgueilleux est la désobéissance. Même doté d'intelligence ou de finesse d'esprit, il met sa gloire dans sa science, se complaît dans ses lumières, et détourne son regard de la Vérité éternelle.

 

À l'origine de l'orgueil moderne se trouve la volonté de l'homme de se faire dieu.

 

Chacun se veut libre de penser à sa guise, selon les pulsions de son moi, sans souci d'une quelconque conformité à l'ordre réel.

 

Nous en sommes là: plus de vérité reconnue, plus de fondement stable, plus d'enseignement moral commun.

 

L'orgueil conduit à l'anarchie de la pensée.

 

L'homme refuse que sa conscience soit éclairée, guidée ou limitée par une morale qui le transcende.

 

La perversion morale est devenue norme.

 

L'ÉGLISE DANS LE MONDE

 

L'Occident paraît s'être détourné de Dieu. L'Église y traverse une crise doctrinale et morale profonde.

 

On la sent intimidée, presque paralysée, comme si elle accompagnait docilement l'effondrement de la famille et de la vie humaine, sans oser dénoncer la dérive que constituent les unions entre personnes de même sexe, la légalisation de l'avortement ou du divorce.

 

L'Église d'Occident semble désormais incapable de s'indigner face à l'idéologie du genre et la négation même de la nature humaine.

 

L'homme veut changer de sexe? Il faudrait s'adapter. Il veut épouser une personne du même sexe? Il faudrait s'adapter. Il voudrait mourir? Il faudrait l'euthanasier.

 

La loi devient l'instrument des désirs.

 

Dieu nous a donné le pape Léon XIV; ainsi Il ne permettra pas que son Église soit détruite. Il y aura toujours des témoins, des résistants, des coeurs purs.

 

LE PAGANISME ECCLÉSIAL

 

Lorsque l'on supprime Dieu du centre de la vie humaine, on ouvre la voie au relativisme éthique, au subjectivisme moral, et à la désagrégation du lien social.

 

Au sein de l'Église, cette dérive n'épargne pas certains esprits.

 

L'Église est aujourd'hui en butte à un retour du paganisme, sous des formes parfois séduisantes, souvent masquées, mais toujours destructrices. Ce paganisme ne détruit pas de l'extérieur. Il mine de l'intérieur, infiltre les liturgies, les discours, les décisions. Il faut lui opposer la sainteté, la clarté doctrinale, la prière fervente et l'humilité joyeuse.

 

LE RELATIVISME

 

Le relativisme nie que l'homme soit capable de vérité. Il refuse d'admettre l'existence d'une loi morale inscrite dans le coeur de l'homme par le Créateur. Tout devient relatif au lieu, à l'époque, aux cultures, aux désirs passagers. 

 

Réduire le christianisme à une voix parmi d'autres, c'est réduire l'unicité de l'Incarnation.

 

Le christianisme n'est pas une invention humaine, mais la révélation du Dieu vivant. Il est la seule Voie qui mène au Père.

 

LA FAMILLE

 

Nous traversons une période difficile de destruction systématique de la cellule de base de toute vie humaine: la famille.

 

Le Parlement européen et certains gouvernements occidentaux sont en train de promouvoir de nombreuses transformations, des changements effrayants concernant la famille.

 

Lorsque les lois perdent leur référence objective au véritable bien des personnes et s'éloignent du concept de nature et de loi naturelle, elles deviennent injustes, iniques et barbares. 

 

Ce n'est pas parce qu'une loi a été votée dans un Parlement démocratique qu'elle est en soi bonne. On assiste parfois à une tyrannie démocratique qui ne reconnaît aucune limite à son pouvoir et interdit toute discussion.

 

CONCLUSIONS

 

Je suis persuadé que le pape Léon XIV a été donné à l'Église pour lui rendre son unité, pour la rassembler autour de cet acte de foi en la divinité du Christ.

 

Il veut nous conduire à la seule unité possible, l'unité dans la vérité.

 

J'admire la délicatesse avec laquelle il sait effacer sa personnalité pour laisser le Christ souverain-prêtre apparaître lors des liturgies pontificales.

 

Le pape est pour tout catholique le père qui nous donne chaque jour le pain de la doctrine sûre et l'eau de la beauté de la liturgie.

 

Derrière le pontife, nous marcherons, dans les années qui viennent, forts dans la foi, fiers d'être fils de l'Église et heureux de nous laisser sauver par l'unique Seigneur.

Nous marcherons avec joie. Dans l'espérance. Forts avec le Christ.

Sursum corda !  

 

Francis Richard

 

1 - Nicolas Diat a cinquante ans. Dans vingt-cinq ans, il aura mon âge actuel...

2 - Le terme même de liturgie - du grec leitourgia - signifie à l'origine "oeuvre populaire" ou service rendu en faveur du peuple.

 

2050, Cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat, 288 pages, Fayard

 

Livres du Cardinal Sarah précédemment chroniqués:

 

Pour l'éternité (2021)

Dieu existe-t-il? (2025)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 19:15
Sacré Coeur, film de Sabrina & Steven J. Gunnell

Entre le 27 décembre 1673 et juin 1675, Sainte Marguerite-Marie, entrée en religion en novembre 1672 à la Visitation de Paray-le-Monial, a eu des apparitions de Jésus, où il lui ouvrait son Coeur.

 

La dévotion au Sacré Coeur1 ne date pas du 17e siècle, mais elle a été confortée depuis, du moins pour les catholiques fervents, par ces apparitions à Paray-le-Monial, il y a quelque trois siècles et demi.

 

Bien qu'il ait connu du succès dans les salles où il a été projeté, je ne l'avais pas encore vu. Heureusement, il est disponible depuis quelques semaines en DVD, depuis le 16 février 2026 précisément.

 

Ce film est à voir par les catholiques, qui y partageront la foi en Jésus-Christ du couple de ses réalisateurs, Sabrina et Steven J. Gunnell, et par tous les autres, qui seront peut-être touchés par la grâce.

 

Ce film est dédié à Émile Soleil, disparu à 2 ans le 8 juillet 2023, au Haut-Vernet, à Audrey Misiraca, mère de deux enfants, décédée de maladie à 37 ans en décembre 2024, réalisatrice sur CNews.

 

Le film se compose de séquences jouées par des comédiens et d'interventions, soit de religieux qui commentent la dévotion au Sacré Coeur, soit de laïcs qui témoignent de leur conversion par Lui.

 

Les ecclésiastiques nous rappellent notamment que le Sacré Coeur nous réapprend à aimer, qu'Il est indissociable du Mystère de la Croix et, avec la Résurrection de Pâques, qu'Il est vainqueur de la mort.

 

Les laïcs, notamment un jeune myopathe, une sportive, un chanteur de rock, un dealer de quartier, nous racontent comment ils se sont convertis en se rendant à Paray-le-Monial sur le lieu des apparitions.

 

Jésus ouvre2 donc son coeur à Marguerite-Marie - elle en aura la brûlure constante dans son propre coeur - et lui dit: Vois ce coeur qui a tant aimé le monde et qui, en retour, n'en reçoit qu'ingratitude. 

 

Deux exemples confirment cet amour de Dieu pour les hommes et le lien entre le dernier repas et le Sacré Coeur:

  • En Argentine, l'hostie transformée en la chair d'un coeur qui a beaucoup souffert, ce qui est constaté par des médecins.
  • En France, dans le Perche, l'hostie qui saigne devant Maryvonne-Aimée de Malestroit et le père Paul Labutte.

 

Aussi l'un des religieux compare-t-il recevoir l'eucharistie à un tsunami de l'amour de Dieu...

 

Francis Richard

 

Fait le 5 avril 2026, en la fête de Pâques.

 

1 - Le Sacré Coeur de Jésus sera fêté le vendredi 12 juin 2026.

2 - Ce n'est pas une métaphore. 

 

Sacré Coeur, Sabrina et Steven J. Gunnell, durée: 1h50, SAJE Distribution

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29 décembre 2025 1 29 /12 /décembre /2025 18:40
Adieu Soulayman - Itinéraire d'un imam salafiste, de Bruno Guillot

Bruno Guillot est né en 1986, le 18 décembre. Ses parents sont français, installés en Belgique. Aujourd'hui il vit en France, qu'il aime, qu'il aurait fallu qu'il déteste pour complaire à Allah.

 

Le sous-titre, Itinéraire d'un imam salafiste, résume bien ce livre, qui comprend 27 chapitres, y compris l'épilogue, 14 enseignements sur l'islam1, une postface de Rémi Brague, un glossaire.

 

L'intérêt de le lire?

  • Il raconte comment et pourquoi un jeune Français s'est converti à l'islam à 15 ans, puis l'a quitté à 32.
  • Il expose les principales caractéristiques de l'islam, par quelqu'un devenu expert en la matière.

 

Se sentant rejeté parce qu'un jour il est couvert d'eczéma, qu'il n'ose plus aller à l'école, qu'il a de mauvais résultats, Bruno doit renoncer au football qui était son échappatoire psychologique.

 

Dans le parc de Charleroi, il rencontre deux gamins marocains qui partagent [sa] passion du foot et qui n'ont de musulmans que le nom, fait la connaissance de leur famille, de deux grands frères.

 

Cette famille est chaleureuse, alors que la sienne, soi-disant catholique, ne l'est pas. Les grands frères sont musulmans, des vrais. Désespérant d'être aimé, il les imite sur bien des points.

 

Il les suit dans une librairie islamique à Bruxelles où il acquiert des livres d'Ahmed Deedatdont 80% de l'argumentaire a vocation à anéantir la doctrine chrétienne, puis va à la mosquée. 

 

Dans cette mosquée, il se convertit. Il lui a suffi de répéter ce qu'a dit l'imam algérien: J'atteste qu'il n'y a de divinité digne d'adoration qu'Allah. J'atteste que Mohamed est le messager d'Allah.

 

Après avoir annoncé sa conversion à ses parents et les avoir invités à faire de même, son père le prend mal, se reprend et lui dit qu'il peut faire ce qu'il veut à l'extérieur, mais pas à la maison.

 

Peu à peu, épris d'absolu, il se radicalise et devient salafiste, c'est-à-dire, comme le commande explicitement le Coran, il suit les premières générations de l'islam, autrement dit les salafs.

 

Sur les six ou sept mosquées de Charleroi, il n'y en a pas de salafiste. Qu'à cela ne tienne, il y en a une à Bruxelles où, devenu Soulayman2, il se rend avec son meilleur ami Boris, 17 ans.

 

Dans cette mosquée il comprend que, pour être un bon musulman, il lui faut apprendre l'arabe, en Égypte ou au Yémen, donc économiser pour le voyage, porter la barbe, trouver femme.

 

Sa femme sera Tania, la petite soeur de son ami Boris, jeune, jolie, ambitieuse dans l'islam. Ils se marieront au printemps 2006 avec l'accord du tuteur légal musulman qu'est son frère Boris.

 

Soulayman, Tania et leur fille Assia, née le 14 mars 2007, arriveront en Égypte, où il apprendra l'arabe. Son professeur, vu sa mémoire incroyable, l'incitera à apprendre le Coran par coeur.

 

Après un an passé en Égypte, la petite famille rentrera en Belgique, car Tania n'en peut plus: elle y accouchera d'un garçon, Issa, le 9 juin 2009. De là, avec Boris, il partira pour Médine.

 

À Médine, dès septembre il fera des études de théologie. Sa famille le rejoindra en janvier 2010, dans un bel appartement, financé par un riche saoudien qui veut obtenir les faveurs d'Allah...

 

Là-bas, après trois ans passés, il aura déchanté: l'Arabie Saoudite n'est pas la terre musulmane qu'il imaginait. Il apprendra que les jeunes y sont soit homosexuels 3, soit extrémistes exaltés.

 

Là-bas, comme il apprend mieux que quiconque l'arabe littéraire et qu'il est devenu un insigne érudit de l'islam, un cheik misera beaucoup sur lui pour qu'il développe l'islam en Occident...

 

Les années s'écoulent. Début 2014, son père meurt paisiblement après s'être converti ... au Christ. Lui et sa famille retournent en Belgique, puis séjournent un an au Maroc, où il enseigne.

 

De retour à Médine, à l'automne 2015, deux hommes demandent la main de sa fille, 8 ans. Indigné, il est tiraillé entre [sa] fidélité à Allah et le respect des règles morales apprises en Europe.

 

Diplôme en poche, il quitte sans regret l'Arabie Saoudite des mariages de prépubères, violente: il a assisté à la décapitation du violeur d'une fillette et à la section du bras d'un voleur...

 

Il retourne au Maroc pour en être éconduit en 2017 après que des attentats suicides se sont produits en 2016 en Belgique: lui qui aime tant l'islam et cette terre est soupçonné de terrorisme...

 

De retour en Belgique, il espère encore enseigner: il connaît le Coran par coeur, parle mieux l'arabe que les arabes. Il a pour objectif raisonnable de devenir l'imam officiel d'une mosquée.

 

À la lecture et relecture du Coran, de son livre préféré, La descente de Jésus et son combat contre l'Antéchrist, de Mohammed Khalil Harras, des quatre évangiles, l'incertitude le gagne.

 

En effet, il relève les incohérences des textes islamiques: Seize ans après ma conversion triomphante, je comprends que je n'ai plus aucune appartenance. Début 2018, il n'est plus musulman... 

 

Ceux qui lui manifestaient de l'amour et de l'intérêt, le menaceront de mort. Il aura obtenu des conversions en raison de la crainte de l'enfer et non pas en faveur de la miséricorde de Dieu.

 

Sa conclusion n'est guère heureuse: J'ai tout perdu en quittant l'islam: l'argent mis à ma disposition de façon illimitée, mes amis de longue date, la reconnaissance, le respect, ma femme.

 

Mais il ajoute: Et pourtant j'ai tout gagné. Je ne savais pas encore que Dieu avait un plan tout autre que celui minutieusement préparé pendant plus de dix ans et prendrait le doux nom de

 

Nour Al Aalam4

 

Francis Richard

 

1 - Très instructifs pour qui veut connaître l'islam.

2 - Ce qui signifie sainhomme de paix.

3 - La dot à payer pour se marier est hors de portée de la plupart des hommes. Ce qui favorise l'homosexualité masculine et... féminine.

4 - Lumière du monde.

 

N.B. Le livre est disponible sur Amazon.

 

Adieu Soulayman, Bruno Guillot, 256 pages, Nour Al Aalam (en collaboration avec Marie Bourgois)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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25 décembre 2025 4 25 /12 /décembre /2025 14:15
Crèche de Notre-Dame des Armées, à Versailles

Crèche de Notre-Dame des Armées, à Versailles

Avec mon fils aîné, je suis allé ce matin à la messe solennelle de dix heures et demie, à Notre-Dame des Armées, à Versailles, soit à une quinzaine de kilomètres de ma maison de Chatou

 

Depuis que j'ai été opéré deux fois du coeur, je suis en petite forme (j'arrive toutefois à nager 1500 m 80% des jours de l'année): je ne suis plus d'attaque pour assister à la messe de minuit...

 

Or j'ai la nostalgie du temps où le Chanoine Joseph Porta en était le chapelain et entonnait Minuit chrétiens à l'heure dite et déposait le petit Jésus dans sa mangeoire: un grand moment.

 

Ce jour, la chorale a chanté Il est né le divin enfant et Les saints et les anges, et, à la fin, Adeste fideles, un hymne en latin qui invite les fidèles à accourir pour adorer Dieu le fils.

Bannière de Notre-Dame des Armées

Bannière de Notre-Dame des Armées

Pendant la messe, regardant la vieille bannière de Notre-Dame des Armées, je me suis rappelé que j'ai pèleriné1 derrière elle, à travers la Beauce, jusqu'à Chartres dans les années 1980...

 

Pendant le canon, dans mes intentions de prière pour les vivants, j'ai inclus ceux qui m'aiment et ceux qui ne m'aiment pas, dans celles pour les morts, ceux de ma famille et de mes amis 2.

 

En entrant l'abbé Wilfrid de Guillebon, le vicaire qui a célébré la messe, m'a souhaité un Joyeux Noël. En sortant je me suis dit qu'il fallait que je n'oublie pas de le souhaiter à mes lecteurs:

 

Joyeux Noël à tous 3 donc ! Et que Dieu vous ait en sa sainte garde !

 

Francis Richard

 

1 - Neuf fois depuis Paris, une fois depuis le bois de Verrières-le-Buisson.

2 - Parmi eux, Georges-Éric, mort au CHUV le 28 octobre 2024, après avoir passé plus de treize ans en prison à Orbe, pour un crime qu'il n'avait pas commis...

3 - Masculin neutre.

Le Choeur de Notre-Dame des Armées, après la messe...

Le Choeur de Notre-Dame des Armées, après la messe...

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24 décembre 2025 3 24 /12 /décembre /2025 21:50
Mes choix, mes combats, ce que je crois, de Dominique Rey

Qui est Dominique Rey? Je ne sais pas si c'est par humilité, mais la couverture n'indique pas le titre de cet homme d'Église. Il s'agit de Mgr Dominique Rey, évêque émérite du diocèse de Fréjus-Toulon depuis le 7 janvier 2025, émérite signifiant qu'il ne l'est plus depuis cette date.

 

Il a en effet été évêque de ce diocèse pendant vingt-cinq ans et a été poussé à la démission par le pape François, décédé le 21 avril 2025. Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Mgr Rey, en bonne et en mauvaise part. Il était donc intéressant qu'il prenne la parole pour dire ce qu'il pense.

 

Deux journalistes ont participé à la rédaction de ce livre: Samuel Pruvot, grand reporter à l'hebdomadaire Famille Chrétienne, et Henrik Lindell, journaliste à l'hebdomadaire La Vie. Leur rôle a consisté à introduire l'ouvrage et chacun des chapitres écrits par le prélat à la première personne.

 

Même si ces introductions ne sont pas sans intérêt, parce qu'elles donnent un contexte aux thèmes abordés, c'est ce que dit lui-même Mgr Rey qui doit, me semble-t-il, retenir l'attention du lecteur, qui se rendra compte en le lisant à quel point, à notre époque, on n'aime ni les nuances ni le risque.

 

LA VOCATION

 

Mgr Rey est né le 21 septembre 1952 dans une famille nombreuse de sept enfants. Ses parents s'appelaient Marie et Joseph. Ils ont donné à leurs enfants un exemple de vie évangélique: ainsi invitaient-ils des pauvres à partager un repas ou d'anciens prisonniers que son père avait visités.

 

Dominique Rey a fait des études supérieures d'économie à l'université de Saint-Étienne, puis à Lyon, enfin à l'École nationale des impôts de Clermont-Ferrand. En 1975, il a fait son service national dans la coopération au Tchad, où il a fait la rencontre d'un pasteur pentecôtiste, qui l'a marqué.

 

En 1977, affecté au Ministère des Finances, rue de Rivoli, à Paris, il a découvert, à Saint-Sulpice, en parcourant les paroisses de la capitale, la Communauté de l'Emmanuel, qui pratiquait l'évangélisation directe tout comme le pasteur Giraud rencontré au Tchad, et il l'a progressivement intégrée:

 

Ma vocation sacerdotale a éclos au sein de la Communauté de l'Emmanuel.

 

LA DÉMISSION

 

Pourquoi le pape François lui a-t-il demandé de démissionner?

- Il aurait accueilli trop largement et sans discernement des communautés et des personnes parmi lesquelles beaucoup venaient de l'extérieur, des États-Unis et du Brésil: il ne regrette pas cet accueil large, même si se sont produits quelques revers, accidents ou dérapages.

- Il aurait fragilisé l'unité du diocèse en accueillant des groupes et des personnes issus du monde traditionaliste: il s'agit en fait de la Société des Missionnaires de la Miséricorde divine, qui est certes attachée au rite tridentin , mais de manière non exclusive, et qui est fidèle à Vatican II:

Le rôle des évêques est de saisir le sens de cet attachement à la forme ancienne et d'aider les jeunes à ne pas vivre en vase clos.

- Il n'aurait pas réussi à équilibrer les finances du diocèse, mais c'est le cas de beaucoup d'autres diocèses français...

 

Bien que surpris de devoir démissionner, il a obtempéré: Le critère ultime de discernement reste pour moi celui de l'obéissance au successeur de Pierre.

 

LA VIE

 

Les référents séculiers et catholiques étaient issus d'un même moule et donc compatibles, mais à partir des années 1960, sur les questions touchant à la sexualité, la famille, la procréation, le commencement ou la fin de vie, le fossé n'a cessé de s'accroître entre la doctrine catholique et la législation. 

 

Mgr Rey met notamment en cause le subjectivisme dominant:

L'homme choisit d'être ce qu'il veut. Il décide qui doit vivre; il décide où et quand il doit mourir; il choisit sa sexualité: d'être un homme ou d'être une femme. C'est l'absolutisation de la liberté. On comprend que cette attitude est incompatible avec le fait de se recevoir d'un Autre, de recevoir de Dieu ce que l'on est, et rend impossible le bien commun.

 

Il ajoute:

Vivre en tant qu'homme ou femme ne va plus de soi. Vivre tout court devient aussi problématique. Au point de remettre en cause la vie comme don. On veut aujourd'hui fabriquer sa vie. On veut s'exonérer de toute fragilité. Le Christ, en se faisant l'un d'entre nous, a assumé la vulnérabilité humaine. Notre fragilité a été portée et sublimée par son mystère pascal.

 

L'IDENTITÉ

 

Renouer avec l'identité chrétienne de notre pays, est la meilleure réponse à cette quête d'identité qui traverse nos contemporains.

 

L'identité chrétienne? Elle s'exprime par:

- La famille: La nation se construit et se reconstruit à partir de la famille, cellule de base de la vie sociale: c'est le premier lieu de transmission de la foi à partir du baptême.

- L'intelligence de la foi: La foi doit réhabiliter une raison qui est devenue de plus en plus technicienne et qui n'est plus, dans un contexte relativiste et médiatique, mobilisée par la quête de vérité.

L'universel: il permet d'éviter les errements du nationalisme, qui est repli identitaire sur soi, et du mondialisme, qui se mue en totalitarisme.

 

Le chrétien vit dans un corps qui est l'Église et dont la vocation est de rassembler toute l'humanité. C'est sa raison d'être et c'est sa mission. De la même manière, elle doit pouvoir accueillir en son sein, les dons, les charismes, les différentes sensibilités, à partir d'un commun attachement au Christ et au Magistère de l'Église.

 

LA POLITIQUE

 

L'Église doit s'impliquer dans la politique. Il est nécessaire qu'elle se prononce sur des choix de société, dans la fidélité à sa doctrine sociale et à une certaine vision de l'homme, et du bien commun:

Le chrétien lutte pour l'harmonie de trois corps: le corps individuel de la personne, le corps social et le corps environnemental. La personne est le premier maillon de cette unité.

 

Mgr Rey considère que sa mission de prêtre et d'évêque est aussi d'être au contact de personnalités publiques, non pas en raison d'affinités politiques, mais bien parce qu'elles ont choisi d'oeuvrer au bien commun.

 

Aussi a-t-il rencontré tout l'éventail des tendances politiques, de la droite nationale à la gauche radicale. Son but étant d'être à l'écoute des différents points de vue pour exercer son discernement sur la base de l'enseignement de l'Église.

 

(Oui, mais il aurait dû exclure la droite nationale: À écouter la presse, avoir des contacts avec un parti politique signifierait avaliser l'intégralité de leurs propos, de leurs opinions.) 

 

Il précise: La justice est la tâche propre du politique, la charité celle de l'Église. Mais l'Église ne se désintéresse pas de la politique, puisqu'elle ne peut ni ne doit rester à l'écart dans la lutte pour la justice, conjuguant ses efforts avec ceux de bien d'autres, croyants ou non.

 

CONCLUSIONS

 

En fin d'ouvrage Mgr Rey s'exprime sur:

- l'avenir de l'Enseignement catholique sous contrat, qui devrait se bâtir sur la personne, la foi, la culture, et auquel les écoles catholiques hors contrat devraient servir d'aiguillon.

- la mission du prêtre et de l'évêque, qui suivent le chemin de vie de Jésus:

Bethléem, c'est l'enfantement et la naissance.

. Nazareth, c'est l'éducation à la foi.

. Tibériadec'est la mobilisation autour de la mission.

Jérusalem, c'est la ville du sacrifice: il s'agit de placer la liturgie au sommet de la vie de l'Église et du contenu de la foi.

- le rôle des laïcs dans l'Église: je crois fondamentalement à l'apport positif des laïcs, sans pour autant remettre en cause l'identité sacerdotale et la place du prêtre.

le pape Léon XIV: un des enjeux majeurs de [son] pontificat [...] sera de relancer à travers le monde, et particulièrement dans une Europe essoufflée spirituellement, l'élan missionnaire.

 

Il termine en disant:

Après vingt-cinq ans d'épiscopat, je continue de m'émerveiller chaque jour de l'actualité du christianisme pour notre temps, de la pertinence du message évangélique que l'Église porte, qui est un trésor d'espérance dont le monde a soif. Nous devons être les témoins libres, courageux et audacieux de cette espérance.

 

Francis Richard

 

Mes choix, mes combats, ce que je crois, Dominique Rey, 272 pages, Artège

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27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 20:30
Réparation, du Cardinal François Bustillo

Dans Réparation, le Cardinal François Bustillo constate que la société occidentale est fracturée et que ses fractures apparaissent très clairement sur les réseaux sociaux. Il a raison de dire que ce ne sont que des outils et que ce qui est en cause, ce n'est pas leur existence mais la manière dont ils sont utilisés.

 

Dans Réparation, il ne cherche pas à faire la morale ni à dresser un réquisitoire, il cherche à faire part de son inquiétude, à réparer ce qui a été brisé parce qu'il est convaincu qu'une société meilleure est possible. Il en est d'autant plus convaincu que les remèdes existent et qu'il convient de les employer.

 

L’ÈRE DU SOUPÇON

 

Les fractures de la société ont plusieurs causes, qui sont les suivantes, grossièrement résumées:

  • Le soupçon l'emporte sur le doute, or celui-là ne cherche pas la vérité mais la faute.
  • Qui dit faute, dit coupable.
  • Qui dit coupable, dit condamné, en l'occurrence par le tribunal mouvant de l'opinion.
  • Qui dit condamnation, dit exécution par la vindicte populaire.
  • Qui dit exécution publique, dit sadisme médiatique, autrement dit acharnement déconcertant.

 

Le Cardinal Bustillo pense qu'il faut réparer la politique et que, pour ce faire, il faut soutenir la démocratie, qui doit avoir pour fin ultime le bien commun. Encore faut-il que ceux qui exercent l'autorité aiment leur peuple et fassent preuve d'humilité en écoutant toutes les voix pour discerner le meilleur chemin, qu'ils donnent l'exemple et qu'ils aient surtout une vision:

Offrir une espérance, élargir l'horizon, élever les consciences, ouvrir des chemins.

 

Il cite le discours du pape Léon XIV devant le corps diplomatique où il faisait part de sa réflexion sur la paix, la justice et la vérité.

 

Pour sa part il rappelle que:

  • La confiance est le souffle vital de toute vie sociale.
  • Toute relation humaine, quelle qu'elle soit - familiale, professionnelle, sociale ou spirituelle - repose sur une interdépendance organique et féconde.
  • Tandis que l'ego cultive le personnage social, le moi soigne la personne véritable.

 

Il est convaincu que les religions, mais aussi les sagesses philosophiques, le sport, les arts, la culture, le tissu associatif - tout ce qui, dans une société, élève l'âme - doivent se coaliser pour servir la cause de la fraternité.

 

Aussi l'éducation est-elle une priorité:

Famille, école, spiritualité: ces piliers doivent s'unir pour enseigner aux jeunes l'art de vivre ensemble, dans le respect et la joie partagée.

 

Sinon, qu'advient-il? La technique (qui a permis, entre autres, les réseaux sociaux), sans éthique, devient destructrice: elle ruine la liberté et piétine la dignité humaine. Il n'est pas alors surprenant que les relations humaines soient empoisonnées, que la confiance soit érodée, que le mal-être en résulte:

Dans un monde privé de repères moraux, l'homme glisse vers le désespoir.

 

Aussi faut-il retrouver gratuité et spontanéité sans lesquelles la vie se mécanise.

 

RETROUVER LE SENS

 

Bien évidemment le Cardinal François Bustillo prêche, si j'ose dire, pour sa paroisse, qui est la mienne. Comme la foi chrétienne ne s'impose pas, il recommande, à la suite du pape Benoît XVI, de vivre comme si Dieu existait, de vivre selon l'Évangile:

L'Église, sans contraindre, propose un art de vivre, une manière d'exister, qui peut être goûtée.

 

Autrement dit:

[L'Église] ne vend pas une idéologie, elle témoigne d'une existence. Elle ne prétend pas imposer la vérité, elle invite à goûter une paix "désarmée et désarmante" qui vient de Dieu. Ce qu'elle dit, au fond, est simple: Essayez.

 

Et de citer les Écritures:

  • "Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eu aussi." (Mt 7,12)
  • "Jésus, là où il passait, faisait le bien." (Ac 10,38)
  • "L'homme bon tire le bien du trésor de son coeur qui est bon; et l'homme mauvais le mal de son coeur qui est mauvais. Car ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur." (Lc 6,45)
  • "Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent [...] Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez et vous serez pardonnés. [...]" (Lc 6, 27-38)

 

Cela dit, la foi donne la force d'aimer, de construire, de réparer. 

 

Le Cardinal François Bustillo précise:

  • L'indulgence est la cousine de la clémence, de la bienveillance, de la compréhension. Elle est à l'opposé de la dureté, de l'intransigeance, de la rigidité, de la sévérité, du sectarisme.
  • La rédemption nous rend capables de croire que l'homme peut se transformer, croître, renaître. Elle nous invite à l'espérance.
  • Être innocent 1, ce n'est pas simplement ne pas commettre le mal: c'est refuser d'alimenter les logiques de fracture et d'agression dans nos relations.
  • Le pardon n'est pas un mot; c'est un chemin. Un arrachement. Une libération. Par le pardon, je choisis de ne plus être dévoré par le mal qui m'habite.
  • Dans un monde saturé de superficialité, seul le silence 2 peut nous restituer un peu de profondeur.
  • Il est vrai que certains considèrent la religion comme un carcan, une entrave. Mais la foi véritable n'enferme pas, elle délivre. Elle arrache l'homme à ses tristesses, elle l'élève au-delà de lui-même, elle le guide vers le bonheur vrai.
  • Dans son étymologie même, "bénir" signifie "dire du bien". Et si ce verbe noble, souvent confiné aux sphères liturgiques, retrouvait sa place dans le langage quotidien?

 

CONCLUSION

 

Nous ne pouvons abandonner aux seules institutions le soin de la responsabilité collective. À chacun de déposer sa pierre à l'édifice commun. Nous ne sommes pas des clones; c'est dans nos différences que se célèbre la beauté du monde. La vie est notre vie.

 

Francis Richard

 

1 - L'innocence, littéralement non-nocence, signifie le ne pas nuire. L'innocence originelle a précédé le péché originel.

2 - Les monastères recèlent une douceur relationnelle, une paix silencieuse, un art de vivre tissé de silence et de lumière.

 

Réparation, Cardinal François Bustillo, 168 pages, Fayard

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 18:50
Guerre et Paix: Les Papes de Léon XIII à Léon XIV, de Clément Millon

À la suite de la perte de ses États au profit de l'État italien, en 1870, la papauté ne dispose plus que d'un territoire réduit à 44 hectares. N'étant plus considérée comme un État comme un autre, elle ne peut plus jouer le même rôle que précédemment en matière de guerre et de paix.

 

Guerre et Paix1, retrace l'histoire de la doctrine et de l'action de la papauté en ces matières, de Léon XIII inclus à Léon XIV exclu2, soit une succession de onze papes: Léon XIII, Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul 1er, Jean-Paul II, Benoît XVI et François.

 

Deux concepts propres à l'Église sur la guerre et la paix apparaissent au fil de la lecture et sont nécessaires à la compréhension de cet ouvrage très dense:

  • La guerre juste, aux trois conditions de Saint Thomas d'Aquin: autorité juste, cause juste, intention droite.
  • La tranquillité de l'ordre, expression de Saint Augustin pour la paix: en soi-même, dans sa famille, dans la cité.

 

Auxquels il faut ajouter les concepts plus généraux de:    

  • Jus in bello, ou règles internes à la guerre,
  • Jus ad bellum, ou droit de recourir à la force.

 

L'auteur distingue trois phases:

  • Une phase de repli, de 1870 à 1914, qui recouvre la fin du pontificat de Pie IX et à partir de 1878 celui de Léon XIII, pendant laquelle les papes cherchent seulement à offrir leur médiation et à avoir la possibilité de prêcher [la] doctrine [de l'Église] en toute quiétude;
  • Une phase de revendication d'une place internationale, de 1914 à 1958, qui recouvre les pontificats de Benoît XV, Pie XI et Pie XII, pendant laquelle les papes cherchent à faire entendre une autre voix que le monde;
  • Une phase de recherche d'une nouvelle doctrine au profit d'un nouveau mode d'action, de 1958 à aujourd'hui, qui recouvre les cinq deniers pontificats avant celui de Léon XIV, pendant laquelle les papes essaient de courir après le monde.

 

Ce livre savant s'appuie, pour chaque phase analysée, sur les écrits, documents et discours des papes et sur une bibliographie impressionnante d'auteurs qui ont eu notamment accès aux archives vaticanes: ce qui représente une trentaine de pages à la fin de ce fort volume.

 

Le moins que l'on puisse dire est que le résultat de l'action des papes pendant la période étudiée n'est guère probant, hormis:

  • La médiation relative à l'affaire des îles Carolines entre l'Espagne et l'Allemagne, en 1889;
  • La médiation relative au canal de Beagle entre l'Argentine et le Chili, en 1978;
  • Le rôle pacificateur de Jean-Paul II dans le grand conflit entre l'Est et l'Ouest dans les années 1980.

 

Aussi le lecteur ne peut-il être que d'accord avec l'auteur. La définition d'un corpus doctrinal en matière de guerre et de paix manque cruellement3:

 

L'Église ne peut se contenter de déplorer la guerre et d'appeler à la paix et de rester dans une attitude de recueillement. Elle a besoin d'une parole forte sur ces domaines et d'une action diplomatique et protectrice.

[...]

Il était facile de dénoncer l'utopie qui consisterait à considérer qu'il n'est de paix que dans le règne du Christ. Une pensée autrement plus utopiste est d'attendre que la résolution de la pollution, de la pauvreté, de conflits sociaux amène la paix.

 

L'auteur place beaucoup d'espoir en Léon XIV qui a offert sa médiation entre l'Ukraine et la Russie:

 

Le nouveau pape, avec ses origines venues d'Italie, d'Espagne, de France et son identité américaine et péruvienne, a un vécu autrement international [que Léon XIII]; en un mot, son identité est catholique.

 

Francis Richard 

 

1 - Ce titre fait immanquablement penser au roman monumental d'un autre Léon, Tolstoï.

2 - Il est évidemment trop tôt pour apprécier la doctrine et l'action de Léon XIV, élu le 8 mai 2025.

3 - Le concept de guerre juste devrait être modernisé.

 

Guerre et Paix: Les Papes de Léon XIII à Léon XIV, Clément Millon, 350 pages, Le Lys et le Lin Éditions

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15 août 2025 5 15 /08 /août /2025 21:30
Dieu existe-t-il?, du Cardinal Robert Sarah

L'appel d'un homme qui cherche le salut.

 

Tel est le sous-titre de ce livre qui pose la question fondamentale: Dieu existe-t-il ?

 

Il se présente sous la forme d'interrogations de l'éditeur Cantagalli posées aux Cardinal Robert Sarah. Dans une note liminaire, ce dernier expose comment il y a répondu : 

 

J'ai cherché ces réponses dans mon histoire personnelle et dans mon coeur, dans le Magistère de l'Église et dans celui des papes qui ont marqué ma vie et enfin dans le dialogue fructueux avec des amis, prêtres et laïcs, qui vivent une passion authentique pour le Christ et l'Église, en témoignant dans le monde de Celui qu'ils ont rencontré.

 

De son côté, dans son introduction, David Cantagalli précise l'objet de l'ouvrage:

 

C'est une question qui trouve sa plus grande portée et sa plus ample plénitude dans le christianisme, parce que c'est précisément le christianisme qui entend affirmer que l'existence objective de Dieu ne dépend pas d'une conviction personnelle et subjective, idéale et émotionnelle, mais d'une expérience réelle, sensible et intelligible.

 

Comme le nombre d'interrogations est important et que je me suis donné pour règle de ne jamais prendre de notes en cours de lecture pour avoir une vue d'ensemble de chaque livre que je lis, c'est en le re-parcourant que j'ai relevé quelques extraits qui cernent la question, laissant au lecteur intéressé le soin de lire le développement correspondant à chacun, en se plongeant dans le livre:

 

  • En se dissimulant derrière l'Organisation des Nations Unies, des lobbies très puissants insistent sur ce message: il existerait des droits de l'homme supérieurs à toute coutume, à toute tradition, à toute valeur culturelle, à toute croyance religieuse, et même supérieurs à Dieu. On proclame le droit de tuer volontairement un enfant dans le ventre d'une femme à la seule condition qu'elle le veuille; de tuer un enfant, parce que ce serait "dans son intérêt"; d'anéantir tout être humain si, dans un état de solitude et d'inconfort extrêmes, la douleur physique ou psychique devenait insupportable, selon des critères imposés et plus ou moins évolutifs.

 

  • Dieu n'est pas mort, mais, sans sa lumière, la société occidentale s'est transformée en bateau à la dérive dans la nuit. Il n'y a pas assez d'amour pour accueillir les enfants, les protéger dans le sein de leur mère, les défendre contre les agressions de la pornographie. Privée de la lumière de Dieu, la société occidentale ne sait plus respecter les personnes âgées, accompagner les malades jusqu'à la mort, donner de la place aux plus pauvres et aux plus faibles. Elle est abandonnée aux ténèbres de la peur, de la tristesse et de l'isolement. Elle n'a rien d'autre à offrir que le vide et le néant.

 

  • Si nous cherchons à être avec Dieu dans le silence, nous réussirons peut-être à comprendre quelque chose de sa présence et de son amour. Une Église qui parle sans interruption, une Église qui ne sait pas observer le silence pour contempler la Parole de Dieu, est une Église qui s'est éloignée de Dieu, une Église déchristianisée, mondaine et immergée dans une société "jacassière". 

 

  • Aucun des grands fondateurs de religion n'a jamais osé dire de lui-même "Je suis Dieu", en s'identifiant au Créateur de tout ce que nous pouvons voir et connaître. D'un autre côté, d'un point de vue rationnel, ce serait inimaginable, insoutenable. Un seul homme a osé cela, et cet homme, c'est Jésus-Christ, né à Bethléem en Judée, à une époque dont nous possédons de nombreux témoignages historiques.

 

  • Le christianisme ne constitue pas une tentative humaine pour atteindre Dieu, mais la proclamation, pleine d'émerveillement et de gratitude, du fait historique que Dieu a atteint l'homme en Jésus-Christ, Dieu fait homme.

 

  • La présence de Dieu, ce que nous pouvons appeler l'expérience de Dieu, se fait dans le recueillement, dans le silence, elle demande une disposition du coeur, de l'âme, de la pensée. Une disposition à l'écoute qu'il faut entraîner chaque jour, pour ne pas être éloignés, distraits par toutes les suggestions, tous les appels, les intrusions que comporte une vie frénétique.

 

  • Nous ne croyons pas à une doctrine, mais nous aimons une Personne, Jésus-Christ, en qui nous croyons.

 

  • Personne ne se soucie, à l'égal des catholiques, de la nourriture et de la liturgie, des malades et de la vie naissante: cela se produit précisément en raison de la profonde dignité qui est attribuée à l'univers créé, à la "chair" dont nous sommes faits.

 

  • L'homme qui n'a confiance qu'en ses propres forces, en la science, en le progrès, et qui aliène tout ce qui reste d'humanité résiduelle dans le "nouvel humanisme", les merveilles technico-scientifiques qui promettent l'immortalité humaine, a troqué contre le "plat de lentilles" biblique sa propre dignité, la dignité que Dieu même lui a donnée.

 

  • L'homme n'est grand que lorsqu'il est à genoux devant Dieu. Dieu reste maître de son dessein et, en même temps, Il a librement voulu ne pas nous limiter dans notre liberté. Cette réflexion peut expliquer, au moins en partie, le fait que Dieu semble ne pas intervenir pour arrêter le mal que nous pouvons commettre.

 

  • Dieu a choisi d'avoir besoin de l'homme pour réaliser son oeuvre, qui est avant tout "une oeuvre de salut", c'est-à-dire de rétablissement de la relation entre Lui et l'homme dans sa réalité originelle, telle qu'établie dans la première création.

 

  • Dieu est également qualifié de Pantoktrator, Seigneur de toutes les choses qui existent. Son action dans l'histoire est donc sous nos yeux, mais, pour la voir, il faut des yeux de la foi, il faut qu'il y ait la volonté de l'écouter, une action qui se déroule avant tout dans la prière liturgique, dans l'adoration et ensuite dans la méditation.

 

  • Lorsque nous nous rendons compte que nous succombons à la tentation, que notre amitié avec Dieu est en danger, nous nous approchons du sacrement de la miséricorde. La réconciliation avec Lui, par la confession, réjouit le coeur de Dieu; pour son coeur de Père, c'est l'occasion d'embrasser longuement le fils prodigue que nous sommes, de tuer le veau gras pour fêter ce retour et de nous rétablir dans notre condition d'enfants: enfants dans le Fils ! C'est cette étreinte qui nous ouvre à la communion avec Lui, à la possibilité de vivre pleinement la communion eucharistique avec Lui et avec l'Église.

 

  • La foi élève la raison à la certitude et à la perfection, tandis qu'à travers la raison nous expliquons et rendons accessibles les vérités de la foi, en la défendant contre les critiques et les objections.

 

  • Il n'est pas réaliste pour l'homme de vivre sans convoiter l'impossible, sans cette ouverture avec l'impossible, sans un lien avec l'au-delà, et quelles que soient les limites qu'il atteint.

 

  • La science est seulement le nom d'une dernière idole: non pas que l'homme de foi soit opposé à la science, à l'étude et à la recherche - au contraire, le christianisme est la seule religion qui ait permis le développement de cette science, confiant dans la permanence des lois voulues par le Créateur, dans la certitude que notre Dieu n'est pas un Dieu qui use d'une volonté capricieuse à l'égard de ses créatures.

 

  • L'homme est le seul être dans l'univers entier capable de conscience de soi, poussé par sa propre nature à demander le pourquoi des choses, à rechercher l'origine et le destin de tout ce qu'il voit. Nous pourrions dire que, par nature, l'homme fait de la science. En ce sens, il n'existe pas de fossé entre la science et la foi.

 

  • Revenir à l'Église des origines est l'un des slogans promus par ceux qui ne voudraient même pas que l'Église existe, qui lui sont ouvertement ou secrètement hostiles. L'Église est la même qu'à l'origine, comme un arbre est le même que l'arbrisseau et la graine qu'il fut. Elle est la même, car elle est la manifestation de la présence, elle est le corps historique du Christ qui l'a voulue et qui, miraculeusement, l'a préservée de ceux qui auraient volontiers célébré sa disparition.

 

  • La liberté de l'Église ne saurait être compromise par une conception malencontreuse de la pauvreté, la privant des moyens nécessaires à la subsistance de son corps, existant et fondé sur l'histoire, composé de la structure hiérarchique, des initiatives, y compris diplomatiques ou missionnaires, des personnes tout particulièrement appelées à réaliser sa présence visible. 

 

  • Nous avons besoin du Seigneur; et ce tout particulièrement quand, comme c'est le cas aujourd'hui, nous sommes appelés à évangéliser un monde occidental qui veut vivre etsi Deus non daretur, comme si Dieu n'existait pas.

 

  • Un dogme est un dogme s'il est justifié, s'il est énoncé - explicitement ou implicitement - dans les Écritures, dans la Tradition, et s'il est tenu comme tel par le peuple, par la communauté des fidèles, depuis des temps immémoriaux, et s'il est proclamé quand les temps l'exigent, quand sa proclamation devient indispensable pour contrer les erreurs qui se répandent, fortifier la foi des simples, permettre le développement de la conscience que l'Église a d'elle-même.

 

  • L'Église rappelle qu'il ne peut y avoir de contradiction réelle entre les lois divines qui régissent la transmission de la vie et celles qui favorisent l'amour conjugal authentique. 

 

  • Par souci d'exhaustivité, il convient de rappeler que le droit positif, le droit naturel et le droit révélé participent à la loi éternelle unique, qui existe même si nous ne voulons pas la reconnaître.

 

  • L'Église espère le progrès, mais elle espère en même temps que ce progrès se conjuguera avec une authentique progression sociale et morale, de sorte que cela ne se fasse pas contre l'homme.

 

  • Autour de l'homme, du corps humain et, par conséquent, de la famille, se déroule un affrontement entre le pouvoir du mal et la vérité de la dignité de la personne. Le malin hait l'homme et le corps humain, parce qu'il est le "lieu physique" de l'Incarnation du Verbe, le lieu de la manifestation pleine et définitive de Dieu au monde: le corps humain est un "lieu théologique", et, même inconsciemment, chaque jour que nous servons, respectons, soignons et aimons le corps humain, nous entrons en relation mystérieuse avec ce que Dieu a voulu habiter et assumer définitivement.

 

  • L'intelligence artificielle ne peut pas être responsable de ses actes. Elle est objet et non sujet; seul un être personnel peut être le sujet à part entière des actions accomplies.

 

  • Rerum novarum de Léon XIII, 15 mai 1891: C'est une déclaration limpide d'amour pour l'homme, ce dont l'Église a un besoin urgent: ne pas le laisser seul, le soutenir dans sa lutte quotidienne pour le salut éternel.

 

Francis Richard

 

Dieu existe-t-il, Robert Sarah, 352 pages, Fayard

 

Livre précédemment chroniqué:

 

Pour l'éternité (2021)

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5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 18:30
Journal d'un curé de Paris, de Mgr Patrick Chauvet

Ce livre n'est pas à proprement parler un vrai journal. Mais ceux qui me connaissent savent tout l'amour que je voue à Georges Bernanos et, je l'espère, ne m'en voudront pas d'avoir voulu lui adresser une sorte de clin d'oeil post mortem. En réalité, il s'agit plutôt de mémoires.

 

Sans avoir lu la quatrième de couverture de ce livre, c'est le titre qui a attiré mon attention et donné envie de le lire, ayant présent à l'esprit que la lecture d'un Journal d'un curé de campagne m'a, quand j'étais petit, donné envie d'écrire, si bien, qu'avant toute épreuve de français, j'en lisais un passage.

 

Que Monseigneur se rassure, je ne lui en veux pas, bien que je ne le connaisse pas, d'avoir adressé cette sorte de clin d'oeil post mortem à l'écrivain catholique que j'aime aussi, sans que, l'aimant, je ne sois aveugle au point d'ignorer qu'il eut des défauts, comme moi et tous nos pauvres frères humains.

 

Ces mémoires m'ont déçu en bien, comme on dit ici en Suisse romande. Mais je dois reconnaître n'être pas objectif, au moins pour deux raisons: Monseigneur est un contemporain - il est du même millésime -, et un catholique - il est de la même communion que celle où je suis entré par le baptême.

 

Comme nous sommes issus de milieux comparables, je suis sensible à ces mémoires qui ressemblent, pour partie, à ceux que je pourrais écrire un jour. Ainsi, ce qu'il dit de ses maîtres à Notre Dame de Sainte Croix de Neuilly me rappellent ceux qui m'ont formé à Notre Dame de Boulogne.

 

Nous n'avons pas suivi la même voie: il a fait des études de lettres à la faculté de Nanterre, j'ai fait des études scientifiques, d'abord au lycée Henri IV à Paris, puis à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il est entré au séminaire des Carmes à l'Institut catholique de Paris, je suis resté laïc.

 

Laissant au lecteur le soin de faire connaissance, dans tous ses détails, avec la voie suivie par Mgr Patrick Chauvet, aussi bien auprès des humbles que des puissants, je voudrais dire que nos voies différentes - et ce n'est pas surprenant - ne nous empêchent pas de nourrir des réflexions similaires.

 

Par exemple, je le cite:

 

  • En matière de formation:

Ce qui était interdit ou inconnu hier est désormais permis, voire encouragé. Nos jeunes ont besoin d'apprendre le discernement non pas pour rejeter ce monde, mais pour se frayer un chemin de liberté.

 

  • En matière de liturgie:

Pas de ritualisme étriqué, pas d'innovations qui suppriment la dimension divine.

 

(si je n'ai pas suivi Mgr Lefebvre dans sa rupture avec le pape, je suis resté attaché au rite extraordinaire, comme l'appelait Benoît XVI, tout en allant, quand cela m'est impossible, participer au rite ordinaire, et regrette que François, par crainte pour l'unité, ait semé la désunion...)

 

  • En matière d'apparence:

Le port de la soutane n'est pas un empêchement, ou alors le Vatican va se vider d'un coup, le pape en tête!

 

(attention, l'habit ne fait pas le moine!)

 

  • En matière de paroisse:

C'est l'amour qui unifie une paroisse; c'est le péché qui divise, et ce péché, nous le connaissons! La volonté de puissance, le désir du pouvoir, la jalousie, les ragots, les chapelles qui prennent la place des vraies chapelles où l'on peut se recueillir! C'est vrai chez les clercs comme chez les laïcs!

 

  • En matière de mentalité:

Ce ne sont pas les structures qui changent les coeurs; c'est le Seigneur qui nous exhorte à la conversion! Notre Église a besoin de saints et non d'abord de réformes!

 

  • En matière de pratique religieuse:

Ne cherchons pas à faire du chiffre, mais à faire fructifier ce qui reste. L'Église a besoin de saints et non d'officiers recruteurs! Laissons aussi travailler l'Esprit-Saint!

 

  • En matière de morale:

Personnellement je suis trop attaché à ma liberté et je n'accepte pas que l'on pense pour moi ou qu'on me dicte ce que je dois faire. Ma conscience seule assume ma vie. Je dois prendre le temps de discerner avant de décider. Ne pas le faire, c'est démissionner de l'humain qui est en nous. L'homme doit obéir à sa conscience informée; l'homme ne peut aller contre sa conscience qui est le lieu privilégié de rencontre entre l'homme et son Dieu.

 

  • En matière de pontificats:

Jean-Paul II, le pape de l'espérance, Benoît, le pape de la foi, François, celui de l'amour.

 

  • En matière de culture:

Nous avons besoin de notre culture; c'est elle qui façonne notre pays. Ne pas la transmettre, c'est ne rien comprendre à la France. Nous oublions vite les drames comme d'ailleurs les heures heureuses de notre histoire; même si elle ne se répète pas, elle nous éclaire sur notre présent.

 

Mgr Patrick Chauvet ne cache pas qu'il connaît la tristesse mais sait que Dieu ne peut pas nous abandonner. Aussi termine-t-il ce Journal d'un curé de Paris par une citation qui se trouve à la fin du Journal d'un curé de campagne 1:

À vrai dire, mon tempérament et ma mémoire me font oublier les causes de la tristesse, et alors je retrouve ce rayon de soleil qui me fait dire, comme le curé d'Ambricourt: "Qu'importe, tout est grâce."

 

Francis Richard

 

Journal d'un curé de Paris, Mgr Patrick Chauvet, 200 pages, Fayard

 

1 - Dans mon exemplaire des Oeuvres romanesques de Georges Bernanos, dans La Pléiade (1966), le curé de campagne dit avant de rendre l'esprit: Qu'est-ce que cela fait? Tout est grâce. Dans une note, Michel Estève précise que l'expression Tout est grâce est de Thérèse de Lisieux...

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26 avril 2025 6 26 /04 /avril /2025 20:00
Un libéral nommé Jésus, de Charles Gave

Ce livre, paru une première fois il y a tout juste vingt ans, n'a pas vieilli, et pour cause.

 

Dans ce livre, Charles Gave ne fait pas d'exégèse religieuse. Il étudie les Évangiles en utilisant les outils de son métier d'économiste. C'est un livre sur l'économie à la lumière des Évangiles.

 

À l'origine de la civilisation occidentale, il y a une synthèse entre la logique grecque et la morale chrétienne, c'est-à-dire entre une méthode et une éthique, écrit-il dans son avant-propos.

 

L'une ne va pas sans l'autre, autrement dit la liberté n'est pas sans l'égalité devant Dieu.

 

L'INDIVIDUALISME LIBÉRATEUR

 

Ce qui frappe dans les Évangiles c'est que, si l'on en croit Jésus, Dieu ne s'intéresse qu'à chacun d'entre nous, un par un, et veut développer avec chacun d'entre nous une relation individuelle:

Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.

Nul ne vient au Père que par Moi.

 

En conséquence:

  • Il n'y a pas d'amour collectif.
  • Il n'y a pas de responsabilité collective.
  • Il n'y a pas de morale collective.

 

La religion chrétienne diffère des autres religions:

  • Elle ne repose pas sur un livre, mais sur un homme, vraiment homme et vraiment Dieu.
  • Le message des Évangiles est un cri d'individualisme libérateur, et certainement pas un appel à l'on ne sait quel communautarisme.

 

Qu'est-ce que la liberté? L'auteur cite Jean-Paul II:

La liberté, c'est de pouvoir et de vouloir faire ce que l'on doit faire.

 

LE SOCIALISME MORALEMENT PERVERS ET ÉCONOMIQUEMENT DÉSASTREUX

 

Au contraire de la morale chrétienne qui est individuelle, la morale socialiste est collective:

Les socialistes n'ont jamais reconnu la capacité de l'être humain, quand il est libre, à concevoir des inventions.

 

Il n'est donc pas étonnant que pas une invention [ne soit] à mettre au crédit du socialisme, pas une seule, en deux cents ans.

 

Aussi les socialistes ne prétendent-ils plus qu'ils savent comment faire marcher la machine. Ils disent maintenant: Nous devons gouverner parce que nous savons discerner le bien du mal...

 

LES LEÇONS DES ÉVANGILES

 

Parabole du denier à César (Luc, XX, 21-26):

Il faut sortit l'"Église" et les prêtres laïcs de l'État.

 

Parabole des talents (Matthieu, XXV, 14-30) :

  • Le capital doit être rémunéré.
  • Il n'est pas d'égalité des chances, ni de résultats.
  • Il faut rendre des comptes.
  • Le capital doit avoir fructifié (pour cela il faut prendre des risques).

 

La valeur est subjective (Luc, XXI, 1-4):

La veuve très pauvre a donné son nécessaire, c'est-à-dire plus que des riches qui ont donné leur superflu.

Ce qui veut dire: pour que les valeurs puissent se concrétiser dans des actions, il faut que les prix soient libres.

Pourquoi? Parce que les préférences individuelles exprimées par les prix sont les informations de base dont les entrepreneurs ont besoin pour ajuster leur production à la demande.

Or les prix en France ne le sont pas puisque plus de 50% du PIB sont organisés selon des principes qui interdisent la liberté des prix et la liberté de choix...

 

Parabole du jeune homme riche (Matthieu, XIX,16-26):

À aucun moment, le Christ ne dit que la richesse est mauvaise.

 

Le Décalogue et le message du Christ: Je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir. ( Matthieu, V, 17):

L'envie et la jalousie [y] sont fondamentalement contraires.

 

Le jeune homme qui voulait que le Christ demande à son frère de partager avec lui leur héritage: Ô homme, qui m'a établi pour être votre juge et pour faire vos partages? (Luc, XII, 13-14):

Jésus se contrefout de la justice sociale [...] Parce que la justice sociale est une notion collective.

 

Parabole du maître qui envoie ses ouvriers travailler à sa vigne (Matthieu XX, 1-15):

Ce qui compte pour le maître, ce n'est pas combien il paie ses ouvriers mais combien ses ouvriers lui rapportent.

 

Charles Gave ajoute: 

Décidément, dans les Évangiles, la "valeur travail" est victime d'une condamnation irrévocable.

 

(Ce concept de valeur travail est la cause du cancer étatique qui ne cesse de croître en France et qui fait mourir lentement mais sûrement son système économique.) 

 

Autre leçon de cette parabole:

Le maître est libre de faire ce qu'il veut avec son argent, et il entend le rester. Sa liberté individuelle passe par son droit de propriété.

 

Charles Gave rappelle les conditions d'un équilibre harmonieux dans le monde économique. Il faut:

  • du capital;
  • du travail;
  • un contrat entre les parties;
  • le respect du contrat.

 

(La différence entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament se trouve dans les contrats: ils étaient collectifs; avec le Christ, ils deviennent individuels.)

 

Parabole du roi qui avait prêté à un serviteur qui ne pouvait pas le rembourser (Matthieu XVIII, 23-34):

À l'évidence, pour le Christ, c'est une mauvaise idée d'avoir une dette, car cela met en danger la liberté personnelle et augmente le risque de se retrouver en prison.

 

Une autre parabole, celle de l'homme riche qui avait un gérant explique comment s'en sortir (Luc, XVI, 1-10):

La solution la plus élégante est, de loin, celle que le gérant-serviteur a choisi: il demande à ses débiteurs de rembourser ce qu'ils peuvent  - il les connaît bien - sans mettre en danger leurs entreprises.

 

CONCLUSION

 

La liberté peut s'exercer dans trois domaines fort distincts:

  • La liberté civique, c'est de pouvoir faire élever ses enfants dans les écoles de son choix, créer des associations de quartier, un syndicat, voyager librement...
  • La liberté économique, c'est la possibilité de créer son entreprise, embaucher, débaucher, fixer ses prix, acheter, vendre, commercer... et le respect du droit de propriété. 
  • La liberté politique, enfin, c'est de pouvoir créer un parti politique, se présenter, voter sans crainte de représailles, manifester dans la rue...

 

Les socialistes, quand ils parviennent au pouvoir politique, n'ont de cesse de s'ingérer dans les deux autres domaines, prétendant qu'étant bons et généreux par nature, l'État sera bon et généreux.

 

Le communisme fut mortellement atteint par L'Archipel du goulag de Soljenitsyne, puis par l'élection de Jean-Paul II, enfin par la création de Solidarnosc par Lech Walesa:

 

Il faut que chaque chrétien reprenne pour lui-même l'analyse de saint Jean-Paul II, Soljenitsyne et Lech Walesa. Le postulat évangélique de base, c'est la liberté individuelle. 

 

Francis Richard

 

Un libéral nommé Jésus, Charles Gave, 200 pages, Éditions Pierre de Taillac

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13 février 2025 4 13 /02 /février /2025 21:00
Anarchie et christianisme, de Jacques Ellul

Il y a un mois, un ami, qui se reconnaîtra, m'a dit avoir lu Anarchie et christianisme  de Jacques Ellul (1912-1994) et demandé si je l'avais déjà commenté. Je lui ai répondu par la négative mais que j'allais y remédier. Aujourd'hui, c'est chose faite.

 

Dans cet essai, l'auteur, converti au christianisme1, convaincu que l'anarchisme est le vrai socialisme, tente de montrer qu'il n'y a pas incompatibilité entre anarchie et christianisme, sans chercher pour autant à convertir les anarchistes ou les chrétiens.

 

Par anarchie, il n'entend pas désordre mais objection de conscience [...] à toutes les contraintes et obligations imposées par notre société, sans recours à la violence, en considérant que l'ennemi est l'omnipotence et l'omniprésence de l'administration.

 

Jacques Ellul est toutefois réaliste: il ne croit pas qu'une société anarchiste idéale soit possible: mais on peut lutter, on peut mettre en question, on peut s'organiser en marge, on peut dénoncer (non pas les abus du pouvoir, mais le pouvoir lui-même!).

 

Exemples de griefs de l'anarchie contre le christianisme:

  • Penser seul détenir la vérité, ce qui conduit aux guerres et aux conflits.
  • Dire que tout pouvoir vient de Dieu, ce qui conduit à la collusion avec l'État, quelles que soient sa forme et l'idéologie qui lui correspond.
  • Dire que Dieu est Tout-Puissant ou Providence, ce qui est contradictoire avec la liberté ou le mal.

 

Jacques Ellul répond notamment que le christianisme a perdu de son influence, l'Église de son pouvoir - dans un sens, c'est heureux - , que Dieu n'intervient pas sans cesse2, et que l'homme, chrétien ou pas, reste libre de faire le bien comme le mal.

 

Mais l'essentiel de son argumentaire se trouve dans sa lecture attentive de la Bible, à commencer par la Bible hébraïque - l'Ancien Testament -, où il relève un ensemble de faits qui manifeste la constance d'un sentiment anti-royal sinon anti-étatique.

 

Pour ce qui est du Nouveau Testament, selon l'auteur:

  • Jésus a traité le pouvoir par le mépris et lui a refusé toute autorité 3.
  • Dans l'ensemble de l'Apocalypse, il y a une mise en question du pouvoir politique.
  • Paul se situe dans cette église chrétienne du début, qui, unanimement, est hostile à l'État, au pouvoir impérial, aux autorités.

 

En conclusion, malgré tous les exemples que Jacques Ellul donne, il n'est pas sûr, comme il le suggère, que l'on puisse dire: christianisme et anarchie, même combat 4, parce que tout chrétien ne peut que garder à l'esprit ces deux citations tirées de l'évangile:

 

Mon royaume n'est pas de ce monde.

 

Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

 

Elles signifient en fait qu'il y a un dualisme chrétien. Pour le chrétien, il ne faut simplement pas confondre royaume terrestre et royaume céleste. Ainsi un chrétien peut-il très bien, par exemple, s'opposer, sans violence, à la singerie d'un État-providence.

 

Un royaume terrestre, pour être légitime, doit, dans ses lois, respecter le droit naturel dont le Décalogue est l'expression et les libertés individuelles qui résultent de la disjonction du politique et du religieux, de la séparation du spirituel et du temporel 5.

 

Francis Richard

 

1 - Il se dit protestant.

2 - L'auteur rejette totalement les fameuses apparitions (de la Vierge, d'Anges etc.) qui n'ont rien à faire avec ce que la Bible nous apprend sur l'action de Dieu.

3 - L'auteur récuse toute hiérarchie, même dans l'Église, oubliant le tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église...

4 - Même s'il peut y avoir des convergences.

5 - Ces deux expressions proviennent de La cité antique de Fustel de Coulanges.

 

Anarchie et christianisme, Jacques Ellul, 160 pages, La Table Ronde (Première édition Atelier de création libertaire, 1988)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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27 décembre 2024 5 27 /12 /décembre /2024 23:05
Sur le chemin des cathédrales, de Henri d'Anselme

À l'image de leur flèche qui monte droit vers le ciel, les cathédrales nous redonnent le goût de la transcendance. Elles ne prônent pas un monde de fraternité horizontale. Elles militent par leur silence majestueux pour un dépassement vertical.

 

Tout le monde se souvient de ce qu'il faisait quand Notre-Dame de Paris a brûlé. Henri d'Anselme se trouvait dans le RER A, en direction de Saint-Germain. Une fois rentré chez lui, il rejoint sa famille agglutinée devant un écran d'ordinateur, car ils n'ont pas de télévision, par principe...

 

Étudiant, croyant, catholique pratiquant, il profite d'un moment de liberté à la sortie de ses cours pour se rendre sur l'île de la Cité et y faire ses dévotions, pour, notamment, les vendredis pendant le carême, embrasser la Couronne d'épines qui est ces jours-là offerte à la vénération des fidèles.

 

L'incendie réveille en lui un rêve d'enfant, celui de faire le tour de France des cathédrales à cheval: une idée folle qui deviendra projet. La chute de la flèche aura été déterminante. Elle l'aiguillonnera. Il prendra son bâton de pèlerin et, après Annecy1, ce sera pour lui le temps de transmettre.

 

Notre-Dame de Paris l'a vu grandir. Tous les ans, il a pèleriné en famille, de Paris à Chartres, d'une cathédrale à l'autre2. Il ne voulait pas se limiter à la centaine de kilomètres qui les séparent l'une de l'autre, il voulait un jour découvrir la France, ses régions, ses paysages, ses trésors.

 

Après trois ans d'études décevantes, à Paris puis à Marseille, il comprend qu'il doit se frotter à lui-même, affronter une épreuve à la hauteur. Il parcourra donc la France à la découverte de ses cathédrales: Ce voyage sera une initiation, un hommage, une mission, anonyme puis publique.

 

Avant Annecy, il ira surtout à pied. Parti de Gordes le matin du 25 mars 2023, il arrivera à l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux en fin d'après-midi. Le lendemain, début du périple, il partira pour Carpentras où l'attend sa première cathédrale et où il appliquera une méthodologie bien à lui. 

 

Sa méthodologie? Il part à l'aventure: il ne lit rien ou presque sur la cathédrale qu'il visitera; il n'a pas de plan de marche et décide de la destination suivante le soir ou le lendemain matin; il ne prévoit pas de logis pour la nuit et s'en remet à chaque fois à la Providence qui ne lui fera pas défaut:

 

Pendant neuf mois, je dînerai et dormirai souvent chez des prêtres et des religieux.

 

À Embrun, sur le conseil du prêtre qui l'a accueilli, il commence à faire du stop, ce qui lui permet d'accélérer le pas. À Annecy, il reste deux jours chez un oncle et une tante. En se rendant à la cathédrale Saint-Pierre qu'il veut revoir une dernière fois, il traverse le grand parc du Pâquier...

 

Avec pour seule arme son sac à dos ventral, il y fait fuir un agresseur d'origine syrienne qui a grièvement blessé quatre enfants et moins gravement deux personnes âgées, mais qui aurait pu, sans son intervention, faire beaucoup plus de victimes. Il devient un personnage public malgré lui.

 

Commence pour lui une tornade médiatique qui ne le laisse pas indemne. Il se rend mieux compte du trésor que réserve la démarche du pèlerin. Aussi n'est-il pas question pour lui de s'arrêter. Faire une pause, oui; renoncer, non. Mais il sera un temps escorté et filmé, ne choisira plus ses étapes:

 

Tout s'est compliqué: mon nouveau statut, la notoriété, les invitations par texto, mail ou autres. J'essaie de me remettre dans l'aventure tout en assumant les nouvelles relations que j'ai avec les gens.

 

Son récit se termine à Notre-Dame de Paris, qui avait réveillé son rêve. Il y avait fait halte plusieurs jours, au milieu de son aventure, en plein mois d'août. Sa notoriété lui avait permis d'être accueilli sur le chantier et il avait été conquis par l'esprit Notre-Dame qui reposait sur une idée simple:

 

Il faut tout laisser de côté pour se mettre totalement au service de la cathédrale.

 

Pourquoi le faut-il au fond? Pour le culte de Dieu et la vénération de la Vierge Marie. De fait le message que Henri d'Anselme a découvert en fréquentant ses cathédrales est que la France est un pays avec une soif profonde de se réunir autour d'une certaine transcendance, ou d'un idéal commun...

 

Aussi adresse-t-il in fine un cri du coeur à la France qu'il aime, une déclaration qui se termine ainsi: Je veux simplement passer du temps à tes côtés, te donner ma vie. Et, si tu l'acceptes, j'aurai le droit à ton sourire définitif. Celui d'une alliance renouvelée, et d'une promesse d'éternité.

 

Francis Richard

 

1 - Il est Le héros au sac à dos qui a fait face à l'agresseur de bébés et de personnes âgées dans le parc d'Annecy le 8 juin 2023.

2 - Il n'est pas le seul, voir mon Chant à Notre-Dame.

 

Sur le chemin des cathédrales, Henri d'Anselme, 256 pages, Fayard

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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15 décembre 2024 7 15 /12 /décembre /2024 19:00
Notre-Dame de Paris - Les symboles des pierres, de Paule Amblard

Une cathédrale est un espace sacré. Telle une antenne plantée en terre, elle transmet le langage céleste. Elle parle d'un autre temps, celui qui était, qui est et qui vient. Elle célèbre l'éternité que nous portons en nous, notre coeur spirituel que nous n'habitons pas ou peu.

 

Le livre de Paule Amblard est une invitation au voyage vers la cathédrale Notre-Dame de Paris, à s'approcher d'elle, à y entrer. C'est l'expression d'un pèlerinage.

 

Notre-Dame de Paris n'est pas un lieu comme les autres. Ce n'est pas un tas de pierres. C'est un livre que l'auteure nous invite à parcourir pour notre édification.

 

L'orientation de ce lieu saint est le fruit d'une symbolique invariable. Ce sanctuaire ouvre ses portes à l'ouest. Le visiteur remonte la nef jusqu'au choeur, à l'est:

 

De l'ombre à la lumière.

 

Notre-Dame de Paris a la forme du Christ en croix:

 

La nef représente ses jambes et les portes d'entrées, ses pieds percés. Le transept figure ses bras étendus. L'abside demi-circulaire, avec ses chapelles en étoile, montre sa tête couverte de la couronne d'épines. Et le choeur est le signe de son coeur saint.

 

Les tours de Notre-Dame de Paris représentent par leur verticalité le travail de conscience que l'être doit mener intérieurement contre sa nature pulsionnelle.

 

Notre-Dame de Paris n'est donc pas un lieu de mémoire, mais un lieu vivant où le visiteur peut, en regardant la pierre et en apprenant d'elle, la faire chanter.

 

Notre-Dame de Paris est un livre de pierres:

 

Les multiples statues et les vitraux font partie d'un vaste ensemble symbolique à déchiffrer du grand livre lapidaire. Chaque personnage ou scène représenté est une lettre d'un alphabet spirituel que l'on doit apprendre à lire.

 

L'auteure regrette que nous ayons oublié le langage symbolique, la vision spirituelle:

 

Les hommes du Moyen-Âge, des plus humbles aux plus cultivés, connaissaient le langage symbolique, ils cherchaient sous les apparences du monde naturel le sens caché.

 

Alors, dans son livre, elle nous réapprend ce langage que nous avons oublié et qui est répété dans ce grand livre qu'est Notre-Dame de Paris, notamment:

 

  • Le carré et le cercle, le corps et l'esprit sont les deux aspects de l'esprit humain.
  • [Douze] est un chiffre universel unissant le trois, signe de l'esprit, au quatre, la matière. Il représente la perfection.
  • La crypte représente la terre, les hauteurs des voûtes, le ciel et les vitraux, qui s'enflamment avec les rayons du soleil, sont le signe du feu. 

 

Pour nous en faciliter la lecture, l'auteure se fait notre guide pour déchiffrer dans le détail ce que nos yeux voient sans que nous le comprenions toujours et nous fait visiter:

 

  • Le parvis.
  • La façade, occidentale, et ses trois entrées: 

- le portail Sainte-Anne, au sud,  

- le portail de la Vierge, au nord,

- le portail royal, au milieu,

- au-dessus la galerie des rois dans la lignée desquels le Christ s'inscrit.

  • La porte du cloître, porte du transept nord.
  • La porte rouge, porte qui permet d'accéder plus directement au choeur.
  • La porte Saint-Étienne, porte du transept sud, côté palais épiscopal.
  • Le toit.

 

Après ce tour extérieur de la cathédrale, elle nous y fait entrer, c'est-à-dire nous fait passer de l'espace profane à l'espace sacré et nous fait visiter cette fois:

  • La nef.
  • Les vitraux, et plus précisément les roses.
  • Le choeur.

 

À chaque étape de la visite, historienne de l'art, l'auteure émaille de citations et d'histoires son décryptage de ce grand livre de pierres et de verres.

 

La dernière page qu'elle tourne est la statue de la Vierge à l'Enfant, qui date du XIVe siècle, épargnée miraculeusement par l'incendie du 15 avril 2019:

 

La Vierge se tient sur un pilier. Son apparence est celle d'une reine drapée dans un manteau aux larges plis. Elle a la tête voilée et couronnée. Elle répond aux canons de la beauté du Moyen-Âge avec son visage au nez fin et long, sa bouche mince et son corps déhanché. Elle porte maternellement Jésus, qui, enfant, joue avec son voile. Ce geste naturel d'un petit est émouvant. Il est l'héritage des mouvements monastiques des ordres mendiants qui ont imprimé à l'art sacré une vie familière et une tendresse dans l'expression. 

 

C'est en la contemplant que Paul Claudel s'est converti au cours des vêpres de Noël 1886...

 

Francis Richard

 

Notre-Dame de Paris - Les symboles des pierres, de Paule Amblard, 256 pages, Salvator

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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