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11 décembre 2025 4 11 /12 /décembre /2025 18:00
Le Dîner de Cons, au Pantographe, à Vevey

Hier soir, la salle du Pantographe (50 places) était pleine. Des spectateurs ont assisté à la représentation du Dîner de cons assis sur des strapontins côté cour ou derrière le bar situé au fond de la salle.

 

Le succès de la pièce est telle que des représentations supplémentaires à celles prévues initialement ont été agendées. Il n'était donc pas surprenant qu'en ce lendemain de la première, il y ait foule.

 

Il faut dire que la pièce de Francis Veber, créée au Théâtre des Variétés, à Paris, en 1993 et adaptée au cinéma en 1998, est drôle, et que, dans une époque sinistre, cela fait du bien, au corps et à l'esprit.

 

Cette pièce est drôle et, en même temps1, comme souvent dans les comédies, sous les rires, le propos est sérieux: car rire aux dépens des autres se retourne parfois, justement, contre ceux qui s'y adonnent.

 

Pierre Brochant (Steve Riccard) est éditeur. Il organise avec ses amis des dîners de cons: chacun invite un con remarquable. Le but est d'obtenir la palme pour son con, qui ignore ce pourquoi il est con-vié... 

 

Ce soir-là il a invité François Pignon (Olivier Lambelet), qui travaille au Ministère des Finances et qui a pour hobby de construire des ouvrages de génie civil, tels que des ponts, à l'aide d'allumettes.

 

Le problème est que, ce soir-là, il s'est fait un tour de reins dans sa douche en se penchant par terre pour attraper son savon, ce qui compromet le dîner de cons, sauf que le sien a rendez-vous chez lui.

 

Christine Brochant (Viviane Bonelli) en a assez de ces dîners et a prévu de sortir de son côté ce soir-là. Elle était la femme de son ami Juste Leblanc (Darius Kehtari), qu'elle avait quitté pour lui.

 

Alors que Pignon est arrivé, le professeur Sorbier (Yan Juillerat) arrive à son tour pour soigner Pierre qui a du mal à se déplacer. Il lui prescrit un antalgique puissant et l'intime de renoncer à son dîner.

 

Pierre, que la douleur rend méchant, demande alors de l'aide à Pignon sans imaginer dans quoi il s'engage. Car Pignon se révèle certes moins bête qu'il n'en a l'air, mais... spontanément gaffeur.

 

Ne manquent plus que deux personnages pour compléter le tableau de la distribution:

  • Marlène Sasseur (Carole Epiney), dont le patronyme sèmera la confusion et qui est la maîtresse envahissante et nymphomane de Pierre.
  • Lucien Cheval (Antony Mettler 2), qui est un collègue de Pignon et un contrôleur fiscal redoutable et redouté, ce qui aura des conséquences. 

 

Nombre de comiques théâtraux sont convoqués pour faire rire les spectateurs: situation, gestes, mots, caractère, burlesque, si bien que, malgré le désastre qui en résulte pour Pierre, cela fonctionne.

 

Et celui qui se retrouve le con de l'histoire n'est peut-être finalement pas celui que l'on croyait...

 

Francis Richard

 

1 - L'expression a été galvaudée par qui vous savez.

2 - Également metteur en scène de la pièce.

 

Renseignements pratiques:

 

  • Lieu: Le Pantographe, Avenue Reller 7, 1800 Vevey
  • Contact: contact@lepantographe.ch // +41 (0)21 921 75 71
  • Représentations: du 9 décembre 2025 au 4 janvier 2026; Mardi, Jeudi et samedi: 19h / Lundi, Mercredi et Vendredi: 20h / Dimanche: 17h30; 31 décembre: Représentation standard à 17h, suivie d’une soirée spéciale à 21h, tarif unique: CHF 80.-
  • Tarifs: Plein tarif CHF 42.- / AVS CHF 37.- / ETU CHF 22.- / ENF CHF 15.-
 

 

Le Dîner de Cons, au Pantographe, à Vevey
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11 octobre 2025 6 11 /10 /octobre /2025 17:00
La Métamorphose - D'après Franz Kafka, aux Pulloff Théâtres, à Lausanne

Hier soir, à 20 heures, La Métamorphose1 - D'après Franz Kafka, a été jouée devant une salle comble, aux Puloff Théâtres.

 

Cette pièce est une adaptation du célèbre texte de Franz Kafka faite, et mise en scène, par Benjamin Knobil. Préalablement, j'avais relu ce texte dans la traduction de Claude David, publiée initialement par Gallimard en 1989, puis éditée en folio classique en 2015.

 

On connaît, ou pas, l'histoire. Un certain Gregor Mansa se réveille un matin au sortir de rêves agités, [...] changé en un énorme cancrelat. Il n'a pas entendu son réveil sonner à quatre heures et est même dans l'incapacité de se lever pour prendre le train de sept heures.

 

Il est voyageur de commerce et le garçon de courses qui prend le même train que lui a déjà dû prévenir son patron de son absence alors qu'il est toujours ponctuel... Aussi d'un côté est-il tourmenté, mais de l'autre soulagé, parce que, vraiment, si cela ne tenait qu'à lui...

 

Il fait vivre sa famille: son père, qui ne travaille plus, a fait faillite et est criblé de dettes, sa mère et sa soeur, Grete, seize ans, à qui il paie des leçons de violon. Tous s'inquiètent donc qu'il ne soit pas parti au travail, se demandent ce qui lui arrive, qui s'est enfermé à clé.

 

Le fondé de pouvoir de l'entreprise qui l'emploie se rend à leur domicile et n'obtient pas davantage de réponses. En effet la métamorphose de Gregor l'empêche de s'exprimer clairement - personne ne le comprend -  et, de plus, il a du mal à sortir de son lit, à se déplacer.

 

Quand il parvient à sortir de sa chambre, c'est la consternation: le fondé de pouvoir est pris de dégoût, le père est furieux, la mère s'évanouit, la soeur essaie de lui venir en aide dans un premier temps, puis, peu à peu, renonce, car l'épreuve est au-dessus de ses forces...

 

Pour vivre sans les revenus de Gregor, la famille décide de prendre des locataires, qui découvrent un jour le terrible secret qu'elle lui cachait et lui donnent leur congé sans avoir l'intention de payer un quelconque loyer. Si bien que Grete dit que cela ne peut plus durer...

 

Tous poussent un soupir de soulagement quand le cancrelat a la bonne idée de disparaître à ce moment-là,  avant même que la famille ne mette à exécution la décision qu'elle a prise de s'en débarrasser: son corps découvert par la femme de peine était en effet plat et sec... 

 

Dans l'adaptation, Gregor devient Grégoire; la soeur, Greta; le fondé de pouvoir, assistant-manager et le patron, CEO..., qui sont mises au goût du jour comiques. Sinon tout se passe dans deux pièces: la salle de séjour et la chambre du métamorphosé, qui sont contiguës. 

 

Suivant qu'il s'agit de mettre en avant l'un ou l'autre lieu, le décor pivote. L'un ou l'autre occupe alors le devant de la scène. Ce quasi huis clos rend bien compte de l'impression étrange que donne le livre et est on ne peut plus fidèle à son ambiance et à sa qualité. 

 

Le père est interprété par Thierry Jorand, la mère par Valérie Liengme, la soeur par Delphine Delabeye et Grégoire par Lucas Savioz, dont il faut saluer la performance physique: comme dans le livre, tel un cancrelat, il arrive à ramper au plafond de sa chambre...

 

Hier soir Flavia Papadaniel interprétait les rôles du fondé de pouvoir, d'une locataire et de la femme de peine, rôles secondaires mais qui ont leur importance pour imprimer du rythme au récit auquel ils donnent les inflexions qui sont nécessaires à son déroulement.

 

Hier soir, les cinq comédiens ont été rappelés par le public je ne sais combien de fois. Le succès mérité de ce spectacle d'une heure et demie est tel qu'une représentation supplémentaire a eu lieu ce jour à 16 heures... Cette pièce sera jouée ce soir à 19 heures, demain à 18 heures.

 

Francis Richard

 

1 - Mon cher David Lynch, mort le 16 janvier de cette année, avait écrit un scénario de La Métamorphose, mais le film n'a jamais été tourné...

 

Renseignements utiles:

La Métamorphose - D'après Franz Kafka, aux Pulloff Théâtres, à Lausanne
La Métamorphose - D'après Franz Kafka, aux Pulloff Théâtres, à Lausanne
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20 juin 2025 5 20 /06 /juin /2025 11:55
Être Shakespeare, de Jonathan Bate, aux Pulloff Théâtres, à Lausanne

Il reste une semaine, jusqu'au 27 juin 2025, pour aller voir cette pièce sur la vie de Shakespeare (1564-1616), écrite en 2010, par Jonathan Bate, professeur de littérature anglaise à Oxford.

 

Il s'agit d'un véritable hommage à L'homme de Stratford-upon-Avon1.

 

Le fil rouge de ce portrait du génial dramaturge est la célèbre tirade de Jacques dans Comme il vous plaira, Acte II, Scène 7:

 

Le monde entier est une scène,

Hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs,

Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties,

Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles.

C'est un drame en sept âges.2

 

À l'instar de cette tirade, l'auteur a découpé la vie de William en sept âges:

  • le tout petit, qui ne connaît qu'un univers féminin et est, bien que le plus jeune, le seul enfant de la famille rescapé de la peste bubonique, tragi-comédie comme le sera Le Conte d'hiver, dans la petite ville de Stratford-upon-Avon;
  • l'écolier, qui se rend à la grammar school, où il apprend la grammaire... latine et l'art de la rhétorique romaine, apprend un vocabulaire très étendu, qui lui servira;
  • l'amoureux, qui se marie à dix-huit ans avec Anne Hathaway, descend à Londres pour gagner sa vie et nourrir sa famille, participe pour le théâtre à l'écriture des oeuvres des autres; 
  • le soldat, peut-être - nobody knows... it's a mystery - qui, surtout, écrit ses propres pièces et fonde le théâtre du Globe;
  • le justiciable, qui est en butte à la loi et subit l'injustice;
  • l'homme, qui nourrit un nouvel espoir;
  • l'homme, qui, enfin, redevient un enfant pour accueillir la mort, le jour même de son cinquante-deuxième anniversaire...

 

La pièce dure deux fois cinquante-cinq minutes, avec un entracte de dix. Ce long monologue est interprété par Geoffrey Dyson. Y alternent:

  • le récit biographique, proprement dit, haut en couleurs,
  • des extraits de l'oeuvre, qui lui correspondent, instantanément ou rétroactivement.

 

L'acteur, qui a participé au texte français avec Antoinette Monod, a de la bouteille3, un léger accent britannique, qui, renseignement pris, dissimule, mal, ses origines australiennes, ce qui ajoute une pointe charmante et opportune à son jeu.

 

Avant-hier soir, 18 juin 2025, le public, sous des applaudissements nourris, l'a obligé à le saluer deux fois... ce qu'il a fait, très élégamment.

 

Francis Richard

 

1 - Titre original de la pièce.

2 - Traduction de Jules Supervielle, dans l'édition de 1959 de La Pléiade.

3 - Il est né le 28 février 1955 et a consacré sa vie au théâtre depuis 1975...

 

NB

  • La mise en scène est de Raphaël Vachoux.
  • La scénographie de Kym Staiff.
  • Le costume de Berivan Meyer.
  • Les lumières de Jean-Pierre Potvliege.

 

C'est une coproduction Théâtre Claque Pulloff Théâtres.

 

Les représentations ont lieu:

  • mardi, jeudi, samedi à 19h,
  • mercredi, vendredi à 20h,
  • dimanche à 18h.

 

Billeterie: 

  • www.pulloff.ch,
  • une heure avant la représentation au 021 311 44 22.

 

Adresse: Rue de l'Industrie 10, 1005, Lausanne

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13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 18:15
Faire semblant d'être moi, de Luce Mouchel

Luce Mouchel écrit dans l'avant-propos de ce monologue où elle retraverse ses années de cinq à dix-huit ans:

 

Le théâtre, c'est jouer sa vie sans la perdre, c'est accéder à ce qu'il y a en elle de plus vrai, révéler les secrets qui travaillent en nous comme des rêves, et partager une solitude qui est au fond celle de tous.

 

Ces propos d'avant donnent inévitablement envie d'aller plus loin dans la lecture de Faire semblant d'être moi.

 

Luce Mouchel ne fait pas de différence, dit-elle encore dans son avant-propos, entre être moi et faire semblant d'être moi.

 

Le lecteur la croira d'autant plus volontiers quand il apprendra en fin de volume qu'elle en est l'auteure et l'interprète.

 

Ont l'accent de la vérité les souvenirs de Lulu correspondant bien à chacun de ses âges: cinq ans, treize, dix-sept dix-huit.

 

Entre chacun de ces âges, la transition se fait par un texte1 qui introduit très bien les évocations de celui qui suit.

 

Lulu n'est pas toute seule au monde: elle a une soeur, Gladys, neuf ans de plus, et un frère, Louis, cinq de plus.

 

Quand elle commence son récit, elle raconte comment elle a appris que sa mère avait été mariée une première fois...

 

Mais la grande nouvelle, c'est l'arrivée d'une petite soeur, Mathilde, dans cette famille ordinaire de Normandie.

 

Les filles de la fin des années 1960 et du début des années 1970 se reconnaîtront dans ses préoccupations et celles de ses amies.

 

Quant aux garçons de ces années-là, ils ne devraient pas être dépaysés par ce qu'elle dit de ses copains et de son frère.

 

Ceux qui aiment le théâtre seront touchés d'apprendre comment est devenue actrice cette petite musicienne de Papa et Maman...   

 

Francis Richard

 

1 - En italiques dans l'édition.

 

Faire semblant d'être moi, Luce Mouchel, 84 pages, BSN Press

 

PS

Faire semblant d'être moi a été créée au Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, à Paris, le 11 janvier 2025, dans une mise en scène de Xavier Maurel et jouée hier soir, 12 juin 2025, à la Galerie Analix Forever10 rue du Gothard, à Chêne-Bourg. 

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25 janvier 2025 6 25 /01 /janvier /2025 19:00
État-limite - suivi de - Poussière, de Béatrice Anselmo

ÉTAT-LIMITE

C'est une pièce de théâtre pour trois acteurs: une mère, sa fille atteinte du trouble de la personnalité limite ou TPL1, joliment nommé borderline, un des membres du personnel soignant. Elle comprend vingt-deux tableaux et un épilogue.

 

La mère, sous pression du médecin des urgences, a signé pour sa fille une HDT, hospitalisation à la demande d'un tiers, contre le gré de celle-ci, qui est majeure, la trentaine, et qui lui en veut.

 

Le TPL?

  • Cette maladie touche un à deux pour cent de la population.
  • Le taux de mortalité est particulièrement élevé, entre dix et quinze pour cent.
  • Une majorité de femmes sont concernées, les deux tiers.
  • Les facteurs sont surtout environnementaux2 (maltraitances, traumatismes3).

 

Les signes?

  • Le patient se sent abandonné.
  • Il porte atteinte à sa vie.
  • Il est devenu addict à l'alcool, au cannabis, à diverses substances qui circulent chez les étudiants.

 

Le spectateur apprend tous ces éléments, et d'autres, sur cette maladie, par des dialogues, notamment entre la mère et l'un ou l'autre membre du personnel soignant, ou des monologues.

 

Le problème est que la mère est désarmée devant la maladie de sa fille et ne trouve pas auprès du personnel soignant de directives claires: elle doit aider sa fille et, en même temps, la laisser décider de sa vie...

 

Et que la fille est aussi perdue que la mère... surtout quand elle se retrouve seule chez elle, entre deux hospitalisations, entre deux rechutes.

 

Car l'hospitalisation n'est pas la solution, d'après la mère:

Le système est impuissant. On fait croire qu'il peut aider puisque c'est son rôle, mais c'est faux, c'est un leurre, un mensonge. Pour ce type de cas, l'hôpital est défaillant. À commencer par les concours de médecine. C'est un toubib qui me l'a dit. On décroche une spécialité en fonction de son classement. En bas du tableau, la psychiatrie. Personne ne veut y aller, ou presque. Je crois qu'il y a de super psychiatres et on ne les a jamais trouvés sur notre chemin.

 

Ainsi sa fille aura-t-elle perdu dix ans de sa vie (il paraît que vers quarante ans, les symptômes s'atténuent)... avant de réussir à mener sa vie sans sa mère:

Je ne réponds plus au téléphone,

Ou très rarement.

Si, je réponds à ma meilleure amie,

Souvent,

À mon chéri,

Presque toujours,

À mon frère,

Quelques fois.

Il transmet les nouvelles.

 

POUSSIÈRE

Une mère se rend aux Orcades, un archipel au nord de l'Écosse, où sur une île, elle a loué une maison rose.

 

Elle monologue mais n'est pas venue seule:

Je porte ma grande fille sur mes épaules.

Dans un vase.

 

Elle va y passer l'automne, le début de l'hiver, les fêtes au bout du monde dans le froid et le vent.

 

Elle a vu sa fille morte, elle avait vingt ans à peine. Elle était tombée, avait cogné sa tête.

 

Avec sa fille sur le dos, elle arpente l'île. Et un matin, elle se baigne dans l'eau froide et jette un regard sur sa fille dans son sac sur la plage.

 

Elles restent ensemble toutes deux quelques jours, puis un jour, comme elle l'écrit:

J'entre dans la mer

Toi à bout de bras

Mes doigts dans les cendres de toi portées à ma bouche

L'eau si froide

Lentement je te verse dans la mer

Poussière grise qui s'envole

Nuée qui retombe

Dans l'eau

Bleue ce jour-là

 

Elle souhaite que ses cendres à elle soient dispersées dans l'eau un jour de soleil ... et disparaissent ainsi, de même, dans le grand Tout.

 

Francis Richard

 

1 - Le TPL est une maladie psychiatrique difficile à diagnostiquer et à soigner.

2 - Ils peuvent aussi être génétiques, selon la littérature médicale consultée.

3 - Dans le cas présent, la mort du père.

 

État-limite, suivi de Poussière, Béatrice Anselmo, 96 pages, BSN Press

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27 mai 2024 1 27 /05 /mai /2024 21:45
L'autre, de Mélanie Chappuis

L'autre est une pièce de théâtre en un acte et deux personnages. Les deux personnages sont deux femmes qui se partagent le même homme.

 

Alessandra est l'épouse et Nelly, la maîtresse. Alessandra, d'origine italienne, écrit des romans. Nelly en traduit de l'italien.

 

Toutes deux sont attablées à l'intérieur d'un bar. Nelly a pris l'initiative de cette rencontre pour le moins insolite. Alessandra a accepté, ce qui est tout aussi insolite.

 

Alessandra qui est une créatrice a le sens de la répartie et Nelly qui est une traductrice le sens du mot juste. Celle qui traduit est, cela va de soi, la traîtresse: traduttore, traditore...

 

Pourquoi se sont-elles rencontrées? Après un premier échange assez vif, elles tombent d'accord pour dire que cette rencontre doit servir à ce que quelque chose change ou s'arrête.

 

Leurs premiers échanges et même les suivants sont peu amènes. Et le spectateur, ou le lecteur, se demande si elles ne vont pas finir par en venir aux mains.

 

Si Nelly s'est renseignée sur Alessandra Darino, celle-ci, avant cette rencontre, ignore ce que fait Nelly dans la vie, hormis aimer bêtement un homme marié.

 

Cela dit, Alessandra n'a pas le monopole des propos vipérins, que nourrit son imagination. Nelly ne se gêne pas non plus pour dire ce qu'elle pense de l'oeuvre de l'autre, qu'elle a lue...

 

Certains échanges laissent l'autre coite, mais elles reprennent toujours leur dispute, qui, finalement, peut s'entendre dans les deux sens que le mot a pris au fil du temps: discussion, puis querelle, sauf que l'ordre en est inversé.

 

Ce qui, peu à peu, fait évoluer leur joute à fleurets parfois non mouchetés, c'est de mieux se connaître, c'est de voir l'autre telle qu'elle est et de l'entendre telle qu'elle s'exprime.

 

Au fond, serait-on tenté de dire, le fait d'aimer le même homme ou de l'avoir aimé, cela crée un lien entre ces deux femmes très différentes, mais qui se ressemblent.

 

Un autre lien qui les fait se ressembler, c'est une bonne connaissance de la littérature, sans doute parce que l'une comme l'autre, de manière certes différente, y exerce son métier.

 

Ces ressemblances expliquent sans doute pourquoi le même homme s'est intéressé tour à tour à elles deux. Mais ce tour à tour devrait inquiéter l'autre après avoir blessé l'une...

 

En tout cas Mélanie Chappuis sait très bien se mettre dans la tête de. Et là elle le fait à merveille. Car ses deux femmes sont vraies. Elle pourrait d'ailleurs interpréter sur scène aussi bien l'une que l'autre.

 

La pièce a été créée, dans une mise en scène de Christian Gregory et jouée du 7 au 23 mai 2024 au Théatricul, à Chêne-Bourg (GE), Maria Mettral dans le rôle d'Alessandra et Mélanie Chappuis dans celui de Nelly.

 

Pour ceux qui, comme moi, ont été dans l'impossibilité d'assister à une des représentations, il reste le bonheur de lire ce texte et d'imaginer les deux l'incarnant, à partir de la photo de couverture.

 

Francis Richard

 

L'autre, Mélanie Chappuis, 56 pages, BSN Press

 

Livres de Mélanie Chappuis précédemment chroniqués:

 

Des baisers froids comme la lune Bernard Campiche Editeur (2010)

Maculée conception Editions Luce Wilquin (2013)

Dans la tête de...  Editions Luce Wilquin (2013)

L'empreinte amoureuse L'Âge d'Homme (2015)

Dans la tête de... tome II / Chroniques L'Âge d'Homme (2015)

Un thé avec mes chères fantômes Éditions Encre fraîche (2016)

Ô vous, soeurs humaines Slatkine & Cie (2017)

La Pythie Slatkine (2018)

Suzanne, désespérément BSN Press (2021)

 

Rencontres-dédicaces:

 

- Librairie Payot à Lausanne, le 29 mai 2024, 16h30-18h

- Festival du Lac à Collonge-Bellerive, les 8 et 9 juin 2024

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28 février 2024 3 28 /02 /février /2024 22:50
Giordano, de Denis Lavalou

Giordano est une pièce sur Giordano Bruno (1548-1600), un philosophe du XVIe siècle, mort à Rome sur le bûcher après huit ans de procédure de l'Inquisition.

 

La pièce de Denis Lavalou comprend un prologue et trois actes. Elle a été écrite pour deux acteurs, l'un jouant Giordano au moment du bûcher, l'autre, Giordano jeune.

 

Le prologue est un monologue dans lequel Giordano exprime ses dernières pensées depuis le bûcher, et qu'il conclut par cette sentence:

 

Il est mauvais ce jour pour la libre pensée.

 

En fait de libre pensée, il s'agit surtout d'une pensée différente des deux pensées chrétiennes dominantes et qui émane d'un membre de l'une d'entre elles.

 

En effet Giordano est un frère dominicain qui a fini par s'éloigner de son ordre originel et de Naples, pour échapper à l'excommunication. L'excommunication se traduit à l'époque par une mort sociale (comme il en existe aujourd'hui pour les mal-pensants qui ne se conforment pas à la doxa).

 

Le premier acte relate son long périple à travers l'Europe, notamment l'Italie, puis Chambéry et Genève, enfin Toulouse avant de gagner Paris en 1581:

 

Ni catholique, ni protestant, je suis suspect aux yeux de tous.

 

À Paris, Giordano jeune rencontre Henri III, interprété par l'acteur qui joue le rôle du Giordano de la fin. Ils disputent des liens entre le pouvoir temporel et la religion.

 

En fait Giordano est philosophe et n'est pas théologien. Pour lui, il faut que la philosophie l'emporte sur le mercantilisme, le colonialisme, le prosélytisme des religions, l'hypocrisie, la corruption...

 

Pour lui, Dieu n'a pas de pouvoir sur les hommes et l'enfer n'existe pas, ce qui ne peut que laisser coi le roi de France qui a cautionné la Saint-Barthélémy.

 

Dans le deuxième acte, il se rend à Londres où il fait la connaissance de Philip Sydney, un homme qu'il aime profondément:

 

Poète doublé d'un guerrier, comme un paradoxe unifié, plus que la coïncidence des contraires que j'ai si souvent vantée, la symbiose des opposés.

 

Cette attitude d'esprit le prédispose à une éthique universelle qu'il a l'opportunité de développer devant la reine Elisabeth 1re, avec laquelle il a une discussion similaire à celle qu'il a eue avec le roi de France, mais encore plus hétérodoxe:

 

Ce sont les hommes qui ont inventé les religions, les cérémonies, la loi divine et ses règles de vie.

 

Expulsé de facto de la cour d'Angleterre, il rencontre un jeune scientifique, Francis Bacon, qui le séduit par sa conception du travail philosophique:

 

Il y a tout à espérer d'une alliance intime et sacrée de l'expérience, des sens, de l'intuition et de la raison.

 

À Paris, où il retourne en 1586, il a une dispute avec l'avocat ultra-catholique1 Raoul Caillier, à la Sorbonne, le fief des intégristes 2 catholiques.

 

Dans la lignée des Copernic et Galilée, il soutient que la Terre n'est pas fixe et qu'elle n'est que poussière d'étoile parmi une infinité de poussières d'étoile...

 

Sa vision de Dieu n'est pas dans l'esprit de son temps mais serait plutôt dans celui du nôtre et fait penser à ceux qui disent que nous sommes tous Un et faisons partie du Grand Tout:

 

Pour s'élever à Dieu, il ne faut pas entasser les syllogismes ni croire à des aberrations, il faut et il suffit de contempler la nature et de recueillir en soi l'éternel écho de l'universelle harmonie de l'Un.

 

Là encore il ne doit son salut que dans la fuite...

 

Dans le troisième acte, le philosophe court à l'abîme, non sans avoir eu une discussion avec Kepler qui lui révèle que les trajectoires des planètes sont elliptiques et non pas circulaires, et que le soleil est le centre du monde...

 

De retour en Italie, son sort est jeté. Malgré sa repentance stratégique pour y échapper, il finit sur le bûcher le 17 février 1600:

 

Je brûle, je suis, j'ai été. La vie et la mort ne sont que des modes transitoires. Je sera autre et cela me rend heureux.

 

Francis Richard

 

1 - Ultra-catholique est un anachronisme.

2 - Intégriste catholique, voir note 1 -.

 

Giordano, Denis Lavalou, 80 pages, BSN Press

 

N.B.

 

Giordano a été créé le 1er novembre 2023 au théâtre Oriental-Vevey:

Jeu: Denis Lavalou, Cédric Dorier.

Mise en scène: David Gauchard

 

Les prochaines représentations seront données du 5 au 10 mars 2024 au Théâtre 2.21, Rue de l'Industrie 5, 1005 Lausanne.

 

Réservations: ici ou au 021 311 65 14

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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25 février 2024 7 25 /02 /février /2024 17:00
Actualité de Jean Anouilh

Incidemment j'ai appris que des représentations de Pauvre Bitos de Jean Anouilh étaient données en ce moment au Théâtre Hébertot à Paris et qu'il y avait peu de chances que je puisse y assister, encore convalescent que je suis de mon opération à coeur ouvert.

 

Pour me consoler je me suis rendu au cimetière de Pully où l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle a été enterré après sa mort survenue à Lausanne le 3 octobre 1987. Et me suis recueilli sur sa tombe, à deux pas de la piscine où j'ai recommencé à nager.

Actualité de Jean Anouilh

Pour le centenaire de sa naissance, j'avais écrit sur ce blog un texte où je lui rendais hommage, parce que cet homme de théâtre a largement contribué à me faire aimer ce sixième art qui occupe pour moi la première place, sans que je rejette les autres pour autant.

 

Dans ce texte je précisais que, parmi toutes les pièces de Jean Anouilh, c'était au fond Pauvre Bitos justement que je préférais, et j'en faisais un résumé que j'aurais du mal à renier tant il me semble que je pourrais l'écrire aujourd'hui dans les mêmes termes.

Actualité de Jean Anouilh

Ainsi écrivais-je le 23 juin 2010:

 

Pauvre Bitos ou le dîner de têtes a été jouée la première fois en 1956, onze ans après la fin de la seconde guerre mondiale et a alors suscité des réactions très vives de la part de la critique, qui y a vu, à tort, une pièce politique furieusement réactionnaire. 

 

L'action se situe dans l'immédiate après-guerre. Dans la cave d'un prieuré qui a abrité les réunions de Jacobins pendant la Révolution française et dont il a hérité, Maxime, descendant d'aristocrates guillotinés, organise avant que le bâtiment ne devienne un garage à l'emblème de Shell, un dîner de têtes, c'est-à-dire un dîner où les convives doivent venir en s'étant fait la tête de protagonistes connus. Il s'agit pour l'occasion et compte tenu du lieu de grandes figures révolutionnaires. Maxime lui-même a la tête de Saint-Just, ses amis Julien et Philippe celles de Danton et du Père jésuite. Brassac et Vulturne sont Tallien et Mirabeau. Et André Bitos a été convaincu de jouer... Robespierre.

 

Le but de l'exercice est de tourner en ridicule le dénommé Bitos, l'ex premier de classe, le "petit boursier cafard", qui est devenu Substitut du Procureur de la République, fonction qui lui va comme un gant, parce qu'éternel puceau il est obsédé de propreté et qu'il veut nettoyer la terre entière des corrompus, des pourris, des jouisseurs. Le rôle de Robespierre lui sied donc à merveille. N'ayant pas compris qu'il s'agissait de seulement se faire la tête de l'Incorruptible, il est même venu complètement déguisé quand tous les autres étaient en smoking.

 

Bitos est un homme désintéressé, un homme courageux dans son genre, un homme à principes, un humanitariste, qui n'hésite pas, la main posée sur le coeur, à justifier des massacres... s'ils permettent au progrès de continuer sa marche inéluctable au profit des faibles et des malheureux. Pour ce juriste littéral, il faut seulement que les choses se fassent dans les règles, scrupuleusement. A partir de quoi tout est justifié. Il n'est pas question d'avoir pitié et il ne faut justement pas se poser de questions. Il faut faire son devoir, quitte à ne pas digérer son café crème quand devant soi est fusillé pour collaboration un camarade d'enfance qu'on a fait condamner.

 

Le dîner se déroule dans un climat tendu, entrecoupé d'un intermède dans le passé de Robespierre attendant d'être guillotiné, discutant avec ses gardes, redevenu - intermède dans l'intermède -, l'espace de quelques échanges, petit garçon au collège des bons Pères. Les comploteurs font boire André Bitos plus que de raison. Ce dernier baisse sa garde. Il en viendrait presque à tomber dans la débauche tant la tentation est forte et ses défenses devenues faibles.

 

Bitos est même sur le point de suivre la joyeuse compagnie dans un établissement à l'enseigne de l'Aigle Rose, plutôt ollé-ollé. Une jeune femme, dont la main, le matin même, lui a été refusée par le père et qui ne l'aime pas, écoute tout de même sa conscience, prend pitié de lui et lui évente le traquenard. Car il s'agit là-bas de ridiculiser définitivement le magistrat pur et dur en le compromettant. Grâce à elle Bitos se ressaisit et promet de se venger ... en commençant par elle.

 

Jean Anouilh a créé là un personnage de théâtre comme il n'en existait pas. Si Tartuffe est le personnage emblématique du théâtre de Molière, Bitos est, me semble-t-il, celui du théâtre d'Anouilh. Tous deux sont des personnages singuliers qui empruntent certes des traits à des semblables, mais jusqu'à la caricature. Tous deux ont fait scandale quand ils ont été joués sur scène pour la première fois, parce que leur personnification mettait le doigt où cela faisait mal dans la société de leur temps, Tartuffe symbolisant le faux dévot, l'imposture, Bitos symbolisant le faux vertueux, la médiocrité.

 

Pourquoi ai-je titré cet article: Actualité de Jean Anouilh? En voilà une question qu'elle est bonne!, comme dirait Coluche.

 

Non seulement le thème - la fausse vertu et la médiocrité -, mais la forme, grinçante, sont les meilleures réponses à donner à l'air du temps, émanation de l'esprit de 1793, concurrent de celui du 93, qui, sous prétexte de protéger les gens contre le mal, le leur inflige.

 

En relisant hier ce chef-d'oeuvre, j'ai relevé quelques morceaux de bravoure, avec solutions de continuité, pour illustrer mon propos:

 

Acte I

 

On n'a jamais tant fait fortune que du jour où on s'est mis à s'occuper du peuple.

Brassac, alias Tallien

 

Ce n'est pas toujours ceux qui le mènent sur la route dure de son bonheur qu'aime le peuple.

Bitos, alias Robespierre

 

Comment empêcher des accusés de parler?

En faisant voter [...] la mise hors des débats des accusés, sous prétexte qu'ils insultaient le Tribunal. [...] De siècle en siècle la justice française [...] a des petites inventions de détail comme celle-là, pour sortir des pas difficiles - des tours de main de cuisinier qui lui permettent de sauvegarder l'essentiel, c'est-à-dire de servir le régime, quel qu'il soit.

Vulturne, alias Mirabeau

 

J'ai remarqué que ceux qui parlent trop souvent d'humanité ont une curieuse tendance à décimer les hommes.

Vulturne, alias Mirabeau

 

Acte II

 

Mirabeau, qui le regarde. - Où est donc la force selon vous?

Robespierre, dont l'oeil a brillé doucement. - Chez les médiocres, monsieur, parce qu'ils sont le nombre.

 

Il faudra bien un jour que la France cesse d'être légère, qu'elle devienne "ennuyeuse" comme moi pour être propre enfin!

Robespierre

 

Un coup à gauche, un coup à droite, c'est comme cela qu'on marche droit.

Saint-Just

 

Effet rétroactif. Jurés partisans. Pas de défense. C'est un modèle du genre. Il resservira.

Saint-Just

 

Saint-Just, un peu étonné tout de même . - Mais alors, qui décidera en fait?

Robespierre, mystérieusement, comme apaisé . - Personne. La machine de la loi. Il est dangereux que des hommes puissent décider quelque chose d'eux-mêmes.

 

Acte III

 

J'aurais voulu que tout soit net, toujours, sans ratures, sans bavures, sans taches.

Bitos, alias Robespierre

 

Je laisse au lecteur le soin de tirer ses conclusions de ces extraits. Pour ma part, je constate que l'on parle beaucoup aujourd'hui d'état de droit, alors que celui-ci n'a jamais été autant bafoué et qu'on confond cet état, par dévoiement de la pensée, avec ce que j'appellerais l'état de loi.   

 

 Francis Richard

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 18:30
Dangereuses, d'Ariane Moret & Anna Lietti

Dangereuses 1 a été librement inspiré du roman épistolaire, Les liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, qui a été porté à l'écran notamment par Roger Vadim et Stephen Frears.

 

En fait il s'agit d'une pièce où de réels extraits de lettres du roman sont les répliques que les comédiens doivent se donner. À ces extraits s'ajoutent leurs commentaires au cours des répétitions.

 

La pièce commence par un extrait que lit Vincent et qui est tiré d'une oeuvre moins connue du romancier, De l'éducation des femmes, qui est révélatrice de son époque et qui résonne encore.

 

Les répétitions s'étalent sur quatre semaines pendant un ou deux jours qui ne sont pas forcément consécutifs, avec, de plus, une interruption d'une semaine entre la première et la troisième.

 

Le spectacle, proprement dit, court, se situe à la fin du livret. Il est composé de seulement deux scènes, l'une où des extraits du roman sont dits, suivie d'une autre, leurs conclusions actuelles.

 

Ce qui frappe en lisant ce texte, où les rapports de force entre hommes et femmes sont le sujet, est la différence de styles: celui de Laclos est raffiné, celui des autres répliques, familier.

 

Familier est le mot, car, par exemple, Mathilde qui incarne la Présidente de Tourvel, est mère de famille et est souvent préoccupée par ce qu'il advient de son fils Léo en son absence.

 

Les rapports entre Vincent, qui incarne le Vicomte de Valmont, et Denis, le Chevalier de Danceny, sont peu amènes, le premier ne prononçant pas le prénom du second et l'appelant mec.

 

Ce qui frappe aussi en lisant ce texte, c'est le parallèle entre la vie des personnages et celle des comédiens qui les incarnent. Ils n'ont pas été choisis au hasard par Karla, la metteure en scène.

 

Denis a des problèmes de revenus et doit pointer au chômage. Vincent est engagé par ailleurs dans un film. Nina, qui est la fille du producteur, débute... dans le rôle de Cécile de Volanges.

 

Karla ne fait pas seulement la mise en scène. Dans l'action elle est la Marquise de Merteuil, et, en bonne féministe, aimerait que chacun joue vrai et montre les dégâts du système patriarcal:

 

J'aimerais que vous réfléchissiez à une liaison dangereuse que vous avez vécue ou observée de près et que vous nous la présentiez. Elle servira à nourrir votre jeu. OK ?

 

Aussi le libertinage, rébellion contre les moeurs du XVIIIe, ne trouve-t-il pas grâce à ses yeux: elle propose que les femmes avouent les torts subis, les mâles, ceux infligés, et que tous disent:

 

Adieu au libertinage.

 

Francis Richard

 

1 - Le titre fait-il allusion à Ariane Moret & Anna Lietti ou aux Liaisons décrites par Laclos?

 

N.B. Cette pièce, créée en 2021, a été jouée pour la première fois le 21 février 2023, au Théâtre 2.21, à Lausanne.

 

Dangereuses, Ariane Moret & Anna Lietti, 112 pages, Éditions de l'Aire

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 22:45
Le Tartuffe ou l'Hypocrite, de Molière

Georges Forestier, qui a dirigé avec Claude Bourqui, en 2010, la nouvelle édition, en deux volumes, des Oeuvres complètes de Molière dans La Pléiade, a restitué la version de Tartuffe interdite en 1664.

 

Cette pièce comportait trois actes. Molière, pour la rendre acceptable, a dû la transformer et en a fait une pièce en cinq actes, qui, finalement, a pu être jouée le 5 août 1667, avec succès, au Palais-Royal.

 

Ce fut un succès éphémère puisqu'il fallut attendre 1669 pour que cette version remaniée soit vraiment autorisée, passe seule à la postérité sous le titre Le Tartuffe ou l'Imposteur, simplement Tartuffe tout court.

 

Cette restitution génétique permet de comprendre ce qui a motivé l'interdiction de la première version. Certes, pour la lever, on savait que Tartuffe d'hypocrite devenait imposteur, mais on n'en savait pas plus.

 

La comédie originelle l'est plus que la définitive. Molière s'y moque allègrement de la fausse dévotion quand elle est aveugle, Orgon, ou quand elle n'empêche pas de succomber à la tentation charnelle, Tartuffe.

 

Dans la version en trois actes, Tartuffe se fait mettre dehors par Orgon lui-même, tandis que, dans celle en cinq actes, c'est le Prince qui confond le Fourbe, le fait arrêter céans et met un terme à ses agissements.

 

Une autre différence, c'est l'absence de deux personnages, Mariane et Valère. Dans cette version, le mariage auquel s'oppose Orgon, sous l'influence de Tartuffe, n'est pas le leur mais celui de son fils, Damis.

 

Cette version a exigé des coupures, la composition et l'amélioration de quelques vers, avec l'aide d'Isabelle Grellet, pour assurer quelques soudures et pour restituer à Damis certains passages qui concernent Mariane.

 

À défaut de pouvoir assister à une des représentations par la Comédie-Française, qui la joue pour la première fois du 15 janvier au 24 avril 2022 et qui affiche complet, il faut lire cette pièce que Molière signerait. 

 

Francis Richard

 

Le Tartuffe ou l'Hypocrite, Molière, 120 pages, Portaparole (comédie en trois actes restituée par Georges Forestier)

 

Sur la version en cinq actes:

 

Le Tartuffe ou l'Imposteur, de Molière au Théâtre de la Porte Saint-Martin (2017)

 

À propos de Molière:

 

Album Molière, François Rey, 320 pages, Gallimard (2010)

Michel Bouquet raconte Molière, 192 pages, Philippe Rey (2017)

1622-2022 Quoi de neuf? Molière!, Collectif, 116 pages, Figaro Hors-Série (2022)

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 19:00
À quai la terre, de Dominique Brand

À quai la terre est un recueil de poèmes en prose destinés à la scène. Le virus politique, plus sévère que le virus biologique, a encore frappé: les représentations qui devaient avoir lieu au Théâtre 2.21 à Lausanne ont été annulées.

 

C'est bien dommage, parce que les poèmes de ce recueil - les affiches en ville étaient prometteuses -, méritaient d'être dits: la lecture en est plus exigeante que l'écoute en raison de l'absence de ponctuation, ou plutôt de virgules...

 

Qu'à cela ne tienne. Quand on aime la poésie et le théâtre, l'effort de lire contient sa récompense. Ces poèmes sont en fait des portraits de passagers du métro de Berlin, si bien croqués qu'ils apparaissent sur l'écran de l'imaginaire.

 

Les personnages sont gens ordinaires, décrits dans leurs aspects et comportements, en semaine ou le week-end. Ce sont des hommes et des femmes, vieux ou jeunes, connectés (un seul ou plusieurs de leurs doigts pianotent), ou pas. 

 

Les stations s'égrènent: Alt-Mariendorf, Mehringdamm, Alt-Tegel, Hakerscher Markt, Jannowitzbrücke, Möckernbrücke, Yorckstrasse, Rudow, Bernauerstrasse... Les recommandations ponctuent ouvertures et fermetures de porte:

 

Einsteigen bitte

Zurück bleiben bitte

 

Des passagers lisent les infos du Berliner Fenster qui défilent sur les écrans de télé des rames. D'autres lisent un livre. D'autres encore boivent ou écoutent de la musique sur leur smartphone, ou contemplent, méditent, sommeillent.

 

Alors, la couverture du livre aidant, le lecteur devient à son tour passager d'une des voitures jaunes, qui le brinquebale sur une des neuf lignes du métro berlinois. Il est naturellement plus proche du voyageur rêveur que du connecté. 

 

Comment, lecteur lui-même, ne rêverait-il pas de Calliope?

 

Hackerscher Markt un livre à la main elle prend place dans le métro Zurück bleiben bitte tout de rouge vêtue robe rouge sandales rouges bretelles de soutien-gorge rouges boucle d'oreilles rouges elle est tout à sa lecture cheveux lissés serrés retenus par un élastique les ongles courts très concentrée...

 

Ou, auditeur d'une musique intérieure, ne rêverait-il pas du Bûcheron musicien?

 

... son bonnet de laine vissé jusqu'aux yeux des petites lunettes métalliques un regard mélancolique aux passants il se concentre sur sa scie égoïne lui donne de l'angle l'assouplit d'une petite boîte blanche programme les Nocturnes de Chopin et son archet les accompagne sur le fil de la lame... 

 

Francis Richard

 

À quai la terre, Dominique Brand, 60 pages, BSN Press (sortie le 25 février 2021)

 

Livre précédent:

 

Tournez manège ! (2014)

Affiche de "À quai la terre" dans une rue de Lausanne

Affiche de "À quai la terre" dans une rue de Lausanne

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 17:30
Sing Sing Bar, de Mali Van Valenberg

Quand il n'est plus possible d'aller au théâtre, reste la possibilité de lire du théâtre. Ce n'est pas la même chose, car il faut laisser libre cours à son imagination et se faire le metteur en scène des images et des sons qui viennent par elle à l'esprit. Mais, c'est mieux que rien...

 

Cette pièce a été créée à Sion, au Petithéâtre, en novembre 2019. Il était prévu qu'ait lieu ce mois-ci une tournée au Théâtre du Pommier à Neuchâtel. Mais c'était avant. Avant que les États occidentaux, saisis d'hubris sanitaire, ne viennent figer le décor et ses habitants.  

 

Il ne faut pas se méprendre. Le Sing Sing de la pièce n'a rien à voir avec la prison de l'État de New-York. Le pub à l'enseigne de Sing Sing est un bar où on chantait naguère - une scène de karaoké en est le vestige - et où on entend maintenant de la musique d'antan.

 

Que s'est-il passé pour qu'on ne chante plus dans l'établissement? C'est au fil des disputes entre l'ancienne patronne, Solange, et sa fille, Vera, que l'histoire de ce naufrage se dessine. Pour plus de précision, il suffit d'écouter le monologue du seul client du jour.

 

Ce client, c'est Mister Nobody. C'est-à-dire personne. Mais il connaît l'histoire. Une fois joué son rôle, il laisse le soin à Solange et à Vera, quelques jours après, de s'entendre enfin, de redonner vie au bar en perdition et, peut-être, de ne pas chevaucher de chimères...   

 

Francis Richard

 

Sing Sing Bar, Mali Van Valenberg, 60 pages, BSN Press

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 19:15
Exils - suivi de - Femmes amoureuses, de Mélanie Chappuis

Mélanie Chappuis aime-t-elle se mettre dans la tête des autres? En tout cas elle le fait très bien. Écrits pour le théâtre, les monologues de ce recueil où elle parle d'Exils puis de Femmes amoureuses le montrent s'il en était besoin.

 

Mélanie Chappuis s'était déjà livrée à cet exercice avec bonheur en tenant des chroniques dans Le Temps du 24 janvier 2013 au 19 décembre 2014. A l'époque elle s'était mise dans la tête de toutes sortes de personnes, célèbres ou pas.

 

Cette fois elle fait dire tout haut ce que pensent tout bas des exilés et des femmes amoureuses. Se mettre dans leur tête semble aisé pour elle; c'est une façon de les aimer comme autant de frères humains et de soeurs humaines.

 

Les exilés ne l'ont pas toujours voulu. Souvent d'ailleurs ils n'ont pas eu le choix, a fortiori quand ce sont leurs parents ou grands-parents qui l'ont fait. Leur apparence trahit alors parfois leur pays d'origine, même s'ils n'y sont jamais allés.

 

En fait, les exilés gardent souvent deux pays dans leur coeur, celui d'où eux et/ou leur famille proviennent et celui où ils sont établis. Mélanie rend très bien ce sentiment qui n'est pas toujours forcément douloureux, mais qui est pregnant.

 

Dans un de ses seize textes d'exils, elle dit notamment ceci, qui résume bien ce qui peut se manifester dans la tête d'un exilé, quel qu'il soit, et qui n'est pas maîtrisable: L'homme est un arbre. Ce n'est pas dans sa nature d'être déplacé.

 

Mélanie Chappuis a écrit trente-huit textes où des femmes amoureuses disent ce qu'elles ont dans le coeur, sur le coeur, et à l'esprit. C'est instructif pour les hommes et rassurant pour les femmes qui se reconnaîtront en telle ou telle.

 

Dans les relations amoureuses, la raison perd ses droits. Et les sentiments et les sens prennent le dessus sur elle, se nourrissent de manques ou de présences, de mots tus ou exprimés, de gestes rêvés ou réels, de passé ou d'avenir...

 

Une des femmes amoureuses sait comment faire pour se sortir d'un chagrin d'amour...: Ça semble idiot de préciser, mais vraiment quand on aime on préfère souffrir d'aimer que ne plus aimer. Donc d'abord ne plus aimer souffrir d'aimer...

 

Francis Richard

 

Exils suivi de Femmes amoureuses, Mélanie Chappuis, 96 pages, BSN Press

 

Représentation théâtrale:

Femmes amoureuses, au Théâtre Alchimic, à Carouge (2017)

 

Livres précédents:

Des baisers froids comme la lune Bernard Campiche Editeur (2010)

Maculée conception Editions Luce Wilquin (2013)

Dans la tête de...  Editions Luce Wilquin (2013)

L'empreinte amoureuse L'Âge d'Homme (2015)

Dans la tête de... tome II / Chroniques L'Âge d'Homme (2015)

Un thé avec mes chères fantômes Éditions Encre fraîche (2016)

Ô vous, soeurs humaines Slatkine & Cie (2017)

La pythie Slatkine (2018)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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